Indépendance des juges en RDC : enjeux clés
Indépendance des juges en RDC : enjeux clés
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Sawy BAENI
L'indépendance des juges congolais entre mythe et réalité: travail de recherche réalisé par Me Sawy
Publié le 28/09/2018
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Notre contribution vise à établir l’indépendance des juges congolais selon le Droit Positif Congolais. Cela
étant, une analyse critique sera portée en démontrant le degré de collaboration entre la justice vis-à-vis
d’autres pouvoirs au niveau interne, un regard sera porté sur l’emprise du politique sur le juridique à
travers des mécanismes de contrôle judiciaire des actes de ces institutions politiques.
L'indépendance des juges congolais entre mythe et réalité: travail de recherche réalisé par Me Sawy
ETAT DE LA QUESTION
Montesquieu, dans son œuvre ʺL’Esprit des loisʺ développe la théorie de la séparation des pouvoirs au
sein des Etats en vue de dégager les différentes attributions de chacun d’eux[1].
Dans son ouvrage « l’esprit des lois », Montesquieu est parti d’une certaine constatation lorsqu’il
exclame en ces termes : « Tout serait perdu si les mêmes hommes ou les mêmes corps des principaux
ou des nobles ou de peuple exerçaient ces trois pouvoirs :
« Celui de faire les lois, celui d’exécuter les résolutions publiques et celui de juger les crimes ou les
différends des particuliers». Il faut, disait-il, pour qu’on ne puisse abuser du pouvoir, il faut partir de la
disposition des choses, que le pouvoir arrête le pouvoir car tout homme qui a du pouvoir est porté d’en
abuser.
Ainsi, le pouvoir législatif sera confié au parlement, organe qui se chargerait de légiférer ou
élaborer les lois ; le pouvoir exécutif confié au gouvernement en vue de répondre aux exigences
de l’intérêt général ; et le pouvoir judiciaire aux cours et tribunaux qui se chargeraient de
trancher les litiges entre les particuliers et ceux opposant l’administration et les particuliers[2].
Cette indépendance est tellement importante car le pouvoir judiciaire est le garant des libertés
individuelles et les droits fondamentaux des citoyens.
La fonction juridictionnelle, le fait de rétablir l’ordre en tranchant les contestations par application
des règles et principes de droit, établir l’ordre par des dispositions générales et abstraites, et
maintenir l’ordre par des mesures concrètes répondant aux exigences de l’intérêt général,
constituent les fonctions juridictionnelles, normatives et administratives, lesquelles constituent les
fonctions principales d’un Etat[3].
L’indépendance des juges suppose qu’ils ne doivent pas subir des pressions de la part d’autres
pouvoirs comme exécutif, législatif et d’autres pouvoirs de fait (groupes de pression, partis
politiques, opinion publique).
L’indépendance de la fonction judiciaire se manifeste par le principe essentiel qui veut que ni le
gouvernement ni à plus forte raison les autorités administratives qui lui sont subordonnées, ne
puissent donner un ordre ou exercer une pression directe ou indirecte sur un juge ou l’inciter à statuer
dans un sens déterminé.
Le magistrat devrait être, dans l’exercice de ses fonctions, à l’abri de toute injonction, ingérence,
pression pouvant provenir du pouvoir exécutif en cela entendu du gouvernement et du président de la
République.
Le pouvoir législatif légifère des lois qui seront mises en pratique par les magistrats.
Le Président de la République révoque, nomme et relève de leur fonction les magistrats du siège et du
parquet sans oublier le pouvoir de grâce, de commuer les peines reconnues au Président de la
République en tant qu’incarnation et garant de la nation[4].
Le Ministre de la justice membre de l’Exécutif a le pouvoir de saisir le Procureur Général près la cour de
cassation des faits qui relèvent de sa compétence en vue de mettre l’action publique en marche.[5]
Le Professeur Vundwawe plaide pour une indépendance effective de la Justice à l’égard du Pouvoir
exécutif. Pour cela, il estime qu’il faudrait que le Gouvernement qui a le monopole de la puissance
publique s’interdise de refuser d’appliquer les décisions judiciaires ou de faire obstruction à leur
exécution et d’interférer dans les nominations et promotions des magistrats en gênant le
fonctionnement normal du Conseil supérieur de la magistrature; que l’Administration verse
régulièrement et à temps les rémunérations des magistrats[6].
Roger Perrot dans son ouvrage « institutions judiciaires », il dégage l’idée selon laquelle l’indépendance
de la fonction judiciaire et par l’effet même celle de la magistrature se manifeste par un principe
essentiel qui veut que ni le gouvernement, ni à plus forte raison les autorités administratives qui lui sont
subordonnées, ne puissent donner un ordre ou exercer une pression directe ou indirecte sur un juge ou
l’inciter à statuer dans un sens déterminé : le juge statue en conscience et dans le respect de la règle de
droit.
Roger Perrot ajoute cependant qu’à vrai dire, l’essentiel n’est pas tant de poser un principe que de le
faire respecter en veillant à ce que le juge soit définitivement à l’abri des sollicitations ou menaces du
pouvoir exécutif ; la difficulté vient de ce que les juges, hormis ceux qui sont élus, ils sont appelés à faire
carrière, certes, ils bénéficient d’un statut très particulier destiné à sauvegarder leur indépendance.
Pour sa part, Matthieu KONGOLO TSHILENGU affirme dans son ouvrage intitulé « droit judiciaire
congolais » que la justice doit être rendue dans les bonnes conditions : beaux bâtiments, personnel bien
rémunéré, à l’abri du besoin et des sollicitations de tout genre car rendre la justice est un des grands
attributs de la souveraineté nationale ; et bien la rendre, une garantie de la paix et des investissements.
La République Démocratique du Congo surtout dans sa partie Est, a été victime des guerres et
menaces en répétition orchestrées par des groupes armés, lesquelles ont eu un impact considérable sur
l’ordre public et la sécurité établie dont les auteurs sont toujours en liberté ; ainsi, s’agissant d’un pays
de droit lequel proclame qu’aucune violation de la loi ne resterait impunie avec une tolérance zéro en la
matière, en cela, le peuple ayant souffert de ces crimes serait soulagé lorsqu’il verrait ces principes
s’appliquer en mettant les criminels de grand chemin derrière les barreaux pour les faits qu’ils auraient
commis et qui pèseraient à leur charge également pour ceux qui commettent.
Eu égard à ce qui précède, nous estimons que notre pays a besoin d’une justice qui devrait en principe
être indépendante et que les juges rendent des décisions judiciaires avec toute indépendance sans
crainte d’être faussées par d’autres « pouvoirs ».
C’est dans cette houlette que nous pensons contribuer au développement de la justice congolaise à
travers le présent travail de mémoire qui servira, non seulement pour les étudiants mais aussi pour les
avocats, magistrats de siège comme de parquet, ainsi que les enseignants et chercheurs en Droit dans
l’exercice de leurs métiers.
Il peut paraitre curieux et même paradoxal d’évoquer la notion de pesanteur en matière de justice au
Congo-Kinshasa dès lors qu’elle implique une idée de subordination qu’il est difficile de concevoir dans
ce domaine. Il faut cependant accepter l’idée que la justice, en tant que service public, est également
concernée par la hiérarchie. L’organisation hiérarchique permet non seulement de structurer le corps
judiciaire, mais elle protège le citoyen contre l’arbitraire grâce au recours qu’il pourra éventuellement
exercer lorsqu’il fait l’objet d’une décision de justice qui ne lui donne pas satisfaction.
Ce principe de hiérarchie touche à la fois les magistrats (qui forment ainsi un corps hiérarchisé) et les
juridictions ; il permet de situer les responsabilités et donne une certaine cohésion au corps judiciaire.
En matière de justice toutefois, cette hiérarchie est particulière et n’entraîne pas une dépendance du
juge à l’égard de ses supérieurs ou de sa juridiction lorsqu’il s’agit des juges du siège. Tel n’est pas le cas
pour les magistrats du parquet qui obéissent à d’autres règles à ce sujet.
La hiérarchie au sein des juridictions ne soulève pas de problèmes particuliers. Le principe du double
degré de juridiction par exemple, est destiné à rendre une meilleure justice en permettant au requérant
qui n’est pas satisfait de la décision rendue par la première juridiction, de saisir la juridiction
hiérarchiquement supérieure. Et si celle-ci devait rendre une décision contraire, cela ne constituerait pas
une atteinte à l’autonomie de la décision de la juridiction inférieure dès lors que chaque juridiction est
libre de statuer comme elle l’entend et quelle que soit sa place dans la hiérarchie.
En revanche, la hiérarchie entre les personnes crée des rapports plus complexes et soulève plus de
questions quant à l’indépendance du magistrat. D’abord, ce pouvoir hiérarchique ne concerne
nullement la prise de décision ; celle-ci relève de la seule conscience de chaque juge qui n’a de compte à
rendre ni à son chef de juridiction, ni à qui ce soit. Cela dit, les chefs de juridictions sont investis de
pouvoirs administratifs qui peuvent constituer des menaces à l’indépendance du juge s’ils ne sont pas
limités aux nécessités du service. Il leur revient en effet le pouvoir de réglementer l’organisation des
audiences, de pourvoir aux affectations et d’évaluer l’activité professionnelle de magistrats placés sous
leur autorité (élément important pour leur avancement). Même si des garanties entourent ces pouvoirs
pour éviter tout arbitraire de leur part, le juge n’est pas à l’abri de pressions ou de sanctions de la part
de ses supérieurs hiérarchiques, si les rapports qui les lient dans le service ne sont pas d’une parfaite
sérénité[9].
La situation est toute différente pour les magistrats du parquet qui sont dans un véritable lien de
dépendance vis-à-vis de leurs autorités hiérarchiques, même dans leur prise de décision, à l’opposé des
magistrats du siège. A l’observation des textes relatifs au statut du juge dans la quasi-totalité, il apparait
que les magistrats n’échappent pas totalement à l’emprise directe ou indirecte des autorités politiques.
Presque partout, le juge est sous le contrôle d’un Conseil Supérieur de la Magistrature. La fonction
principale de ce Conseil est de garantir le respect des règles de fonctionnement du service public de la
justice et la protection des magistrats contre les éventuelles pressions du pouvoir politique. C’est dans
cet esprit que l’indépendance des juges et leur inamovibilité constituent des principes qui leur ont été
reconnus comme une garantie pour une bonne administration de la justice. Pourtant, les observateurs
sont unanimes pour constater l’existence de dysfonctionnements au sein de cet important organe qui
ne cesse de susciter débats et projets de réforme.
Dans beaucoup de pays ayant en commun l’usage de la langue française, existe un Conseil Supérieur de
la Magistrature qui vient assister le Président de la République garant de l’indépendance de la justice.
Ces Conseils n’ont pas toujours fait l’objet de commentaires élogieux. En France, de nombreux conflits
sont intervenus au fil des ans entre le Conseil et le gouvernement, notamment en matière de notation
et d’avancement des magistrats. L’ascension du juge depuis quelques années par ce phénomène de jus
n’a pas aidé à calmer les esprits. C’est dans ce sens qu’il faut comprendre les propos du Garde des
Sceaux Dominique Perben qui avait fait comprendre lors de la présentation de ses orientations
politiques, qu’il souhaiterait que la Chancellerie puisse avoir la possibilité de contourner les avis du
Conseil Supérieur de la Magistrature en ce qui concerne les sanctions disciplinaires des magistrats du
parquet[10]. La bonne administration de la justice s’oppose avec la politique qui génère des conflits
d’intérêts souvent personnels. La présence de la politique dans la justice est susceptible de porter
atteinte aux valeurs, à l’intégrité et à la dignité de celle-ci. John Locke évoque quant à ce, l’intérêt du
principe de la séparation des pouvoirs dans son Second Traité du Gouvernement[11] et sous l’inspiration
d’une distinction classique des pouvoirs, en recommande la séparation entre plusieurs entités
différentes. Bien plus, la tentation inhérente à la nature humaine de porter la main sur le pouvoir ne
serait sans doute trop forte si les mêmes autorités qui sont investies du pouvoir d’élaborer les lois
détenaient parallèlement celui de les faire exécuter. Ce principe qui a été repris et développé au XVIIIe
siècle par Montesquieu dans son ouvrage intitulé De l’Esprit des lois devenu sitôt publié un classique,
peut bien se résumer par cet extrait : « Il n’y a point encore de liberté si la puissance de juger n’est pas
séparée de la puissance législative, le pouvoir sur la vie et la liberté des citoyens serait arbitraire : car le
juge serait législateur. Si elle était jointe à la puissance exécutrice, le juge pourrait avoir la force d’un
oppresseur[12] ». S’interroger sur la réalité de l’indépendance des juges, c’est aussi poser la question : «
Qui a aujourd’hui le pouvoir sur les juges[13] ? ».
Le principe de l’indépendance de la justice qui veut que le juge, dans le cadre d’une bonne
administration de la justice, ne puisse subir des pressions dans son métier de dire le droit, n’est pas
absolu.
Même si on a des cas précis où les juges congolais se plaignent avoir subi des menaces comme pour la
juge Ramazani dans l’affaire Katumbi, on voit très peu de juges se plaindre avoir subi des pressions. Si les
juges eux-mêmes ne font pas souvent état de leur dépendance, il n’empêche en effet que des soupçons
continuent de peser sur eux.
Considérant cet état de chose, notre préoccupation est celle de savoir en effet :
A travers des propositions de réponses que nous parviendrons à dégager par la suite, le lecteur pourra
se fixer des idées sur la suite du travail.
[1] Montesquieu, De l’Esprit des lois, La séparation des pouvoirs, tome I, p3,
[Link]/decouverte-institutions/approfondissements/[Link]
[2] Cfr. Article 149 de la Constitution du 18 février 2006 telle que révisée à ce jour, in JO (RDC), n°
spécial, Kinshasa, le 18 février 2006.
[3] J. Van COMPERNOLLE, Droit judiciaire, Introduction aux principes de Droit, 2e éd, Louvain, 1993, p9.
[5] Article 15 al2 de la loi organique n°06/020 du 10 octobre 2006 portant statut des magistrats, Article
70 de la loi organique n° 13/011-B du 11 avril 2013 portant organisation, fonctionnement et
compétences des juridictions de l'ordre judiciaire
[6] F. VUNDWAWE te PEMAKO, Traité de droit administratif, Larcier, Bruxelles 2007, p. 119 ; Constantin
Yatala Nsomwe Ntambwe, l’indépendance du pouvoir judiciaire à l’égard du pouvoir exécutif au congo-
kinshasa,p16
[7] Télesphore KAVUNDJA N. MANENO, Droit judiciaire, Organisation et compétence judiciaire, , 6e éd,
Bukavu, 2008, p32
[8] A. PELLET, Discours et réalité de droit international. Reims : apport et limite d’une méthode, 8e
rencontre de Reims, Centre d’Etude des Relations Internationales Faculté de Droit et de Science
Politique de Reims, 27-28 mai 1989, p.7
[9] Alioune Badara Fall, Les menaces internes à l’indépendance de la justice, L’indépendance de la
justice, novembre 2007, Dakar, Sénégal, 2007, p12
[11] John Locke, Le Second Traité du Gouvernement, essai de la véritable origine, l’étendue et la fin du
gouvernement civil, traduction de Jean-Fabien Spitz et de Christian Lazzeri, Paris, Presses Universitaires
de France, 1994, cité par F. GUERILUS, op. cit.
[12] Charles-Louis de Seconda Montesquieu, De l’esprit des lois, Tome I, Introduction et présentation de
Gonzague Truc, Paris, Garnier Frères, 1956, p.164 cité par F. Guérilus, [Link]., p.2
[13] Roger errera, La réalité de l ‘ indépendance des juges, Réflexions sur un partage du pouvoir, p1.
Sur la scène internationale, l’indépendance du juge constitue une garantie à un procès équitable.
Des textes juridiques internationaux ci-après, promeuvent cette indépendance des juges :
la Convention sur les travailleurs migrants ; articles 7(1) et 26 de la Charte africaine à son article 18 ;
L’indépendance du tribunal est indispensable pour assurer l’équité d’un procès et elle est une condition
préalable à l’état de droit[1]. Les tribunaux en tant qu’institutions et chacun des juges doivent être
indépendants. Les décideurs dans une affaire donnée doivent être libres de prendre des décisions à ce
sujet de manière indépendante et impartiale, sur la base des faits et conformément à la loi, sans aucune
ingérence, pression ou influence indue de quelque organe que ce soit du gouvernement ou d’ailleurs[2].
Cela signifie aussi que les principaux critères de nomination des magistrats doivent être leurs
compétences juridiques et leur intégrité[3].
A coté de la Constitution du 18 février 2006 tel que modifiée en ces jours, il y a aussi la loi n°06 /020 du
10 octobre 2006 portant statut des magistrats, la loi organique n°013/011-B du 11 avril 2013 portant
organisation, fonctionnement et compétences des juridictions de l’ordre judiciaire qui consacrent
l’indépendance du juge congolais.
Le Siècle des Lumières, à travers les idées de Locke et de Montesquieu, a distillé l’idée de séparation des
pouvoirs dans les esprits.
Montesquieu révèle dans sa théorie, qu’il n’existe pas de liberté si et seulement si le pouvoir
judiciaire n’est pas séparé de l’exécutif, sinon il serait oppresseur, instrument de l’exécutif et si le
pouvoir judiciaire n’est pas séparé du pouvoir législatif sinon, il serait arbitraire. Le principe de
séparation des pouvoirs est une autre manière d’exprimer l’indépendance des juges vis-à-vis d‘autres
pouvoirs[4].
L’indépendance des magistrats peut se définir comme étant la situation du magistrat auquel son statut
(dispositions constitutionnelles et légales) assure la possibilité de prendre ses décisions à l’abri de toutes
les influences, instructions et pressions[5].
Partant des pages introductives de la thèse du professeur Joël FICET, le principe d’indépendance de la
justice, bien qu’il soit devenu la base de toutes les formulations de l’exercice légitime de la justice et un
élément indissociable de la doxa démocratique, reste fondement polysémique. La sensation
d’enchevêtrement sémantique est plus forte encore quand sont sortis en compte, non seulement les
productions intellectuelles des grands auteurs (Montesquieu, Althusser, Foucault,…), mais les prises de
position des mouvements politiques ou syndicaux, moins formalisées et sujettes aux aléas de la
conjoncture. Les querelles idéologiques concernant le principe d’indépendance sont en effet, entre 1954
et 1986 caractérisées par une intensité et un polymorphisme rarement atteint précédemment, et qui
peuvent se comparer avec l’esprit routinier des polémiques actuelles, axées autour de la question des
scandales politico-financiers et de la reforme du statut des magistrats : de la promotion d’intérêts ou
d’affirmation d’idéologies politiques[6].
Cette indépendance peut se justifier par rapport aux pressions que peut subir le magistrat de la part
d’autres pouvoirs (exécutif ou législatif) mais aussi certains pouvoirs de fait (partis politique, opinion
publique, médias groupe de pression, etc.
Cette notion on ne peut plus capitale, s’associe toujours à celle de l’impartialité, cette dernière qui
suppose une sorte d’indépendance par rapport à soi-même c’est-à-dire une attitude qu’un juge peut
avoir dans un processus juridictionnel. Elle est donc liée à l’organisation et au fonctionnement interne
des juridictions, aux qualités personnelles du juge.
L’indépendance et l’impartialité du juge constituent une garantie essentielle voire le socle du procès
équitable[8] et sont autant de conditions préalables nécessaires pour protéger les droits de l’homme et
garantir l’absence de discrimination de la justice[9].
L’article 151 de la constitution dispose que «le Pouvoir judiciaire est indépendant du Pouvoir législatif et
du Pouvoir exécutif». Elle précise que ce pouvoir « est dévolu aux Cours et Tribunaux qui sont : la Cour
constitutionnelle, la Cour de cassation, le Conseil d’État, la Haute Cour militaire, les cours et tribunaux
civils et militaires.» Et pour enfoncer le clou, la norme ajoute que « la justice est rendue sur l’ensemble
du territoire national au nom du peuple». Cette disposition constitutionnelle est on ne peut plus
claire. Elle affirme sans équivoque l’indépendance du Pouvoir judiciaire vis-à-vis des Pouvoirs législatif
et exécutif, elle nomme les autorités chargées d’exercer ce pouvoir et le souverain au nom de qui il est
exercé.
Le droit d’être jugé par un tribunal indépendant et impartial établi par la loi est un droit absolu ne
souffrant aucune exception. Il s’agit d’un principe général du droit international coutumier, qui s’impose
à tous les États (y compris ceux qui n’ont pas ratifié les traités internationaux) en tout temps, même
dans les situations d’état d’urgence ou de conflit armé[10].
Le Comité des droits de l’homme a indiqué clairement que seul un tribunal peut juger une personne
accusée d’une infraction pénale. Toute déclaration de culpabilité prononcée par un organe autre qu’un
tribunal indépendant et impartial établi par la loi est incompatible avec les dispositions de l’article 14 du
PIDCP5[11].
Le droit d’être jugé par un tribunal compétent, indépendant et impartial établi par la loi veut que la
justice soit non seulement rendue, mais aussi qu’elle le soit de façon visible (« justice must not only be
done, it must also be seen to be done »). Pour décider s’il existe un motif légitime de craindre qu’un
tribunal donné ne soit pas indépendant ni impartial, l’élément déterminant est de savoir si les craintes
peuvent être objectivement justifiées[12].
Les normes font référence à des « tribunaux », c’est-à-dire des organes exerçant des fonctions
judiciaires, établis par la loi pour statuer, sur la base de normes de droit et à l’issue d’une procédure
organisée, sur toute question relevant de leur compétence[13].
Les garanties relatives à l’équité des procès, dont le droit d’être jugé par un tribunal compétent,
indépendant et impartial, s’appliquent à toutes les juridictions : tribunaux ordinaires, militaires, de droit
coutumier ou religieux reconnus par l’État dans son ordre juridique[15].
Dans l’exercice de ses fonctions, le juge doit s’abstraire rigoureusement de toutes ces interférences qui
pourraient fausser les décisions et compromettre la confiance qu’il doit inspirer. La crédibilité de la
justice est à ce prix. Il est évidemment difficile pour ne pas dire impossible, d’enclore cet impératif dans
des textes réglementaires. Sous cet aspect, l’indépendance de juge est essentiellement une question de
caractère personnel, doublé d’un comportement empreint de prudence et de sagesse.
Puisqu’il s’agit de l’indépendance des juges, il importe de souligner qu’il existe des mesures de garantie
de cette indépendance, entre autre l’inamovibilité des juges.
L’inamovibilité signifie que le juge ne peut faire l’objet d’une mesure individuelle quelconque prise en
son encontre par le gouvernement (révocation, suspension, déplacement, mise à la retraite
prématurée), en dehors des cas et de conditions prévues par la loi[16].
Le principe de l’inamovibilité du juge est une notion qui signifie que celui-ci (le juge) une fois
nommé à ses fonctions ne peut plus être révoqué, suspendu ou retraité en dehors des conditions
légales[17]. Il implique particulièrement que le déplacement de ce magistrat ne peut intervenir qu’avec
son consentement même si une nouvelle affectation ou une nomination est assortie d’une promotion.
Les facteurs qui influent sur l’indépendance de la magistrature ont été formulés par le Comité des droits
de l’homme, le Rapporteur spécial sur l’indépendance des juges et des avocats, la Commission africaine,
le Comité des ministres du Conseil de l’Europe et les Cours européenne et interaméricaine. Ils sont
énoncés, dans une certaine mesure, dans des normes non conventionnelles dont les Principes
fondamentaux relatifs à l’indépendance de la magistrature, les Principes de Bangalore et les Principes
relatifs aux procès équitables en Afrique. Ils comprennent la séparation des pouvoirs, qui protège les
juges d’une influence ou d’une ingérence externes indues, ainsi que des garanties pratiques de leur
indépendance telles que l’inamovibilité et un salaire correct. Ces exigences et garanties protègent tant
le droit à un procès équitable que l’intégrité du système judiciaire.
« Toute personne inculpée d’une infraction pénale a le droit d’être jugée par un tribunal compétent,
indépendant et impartial établi par la loi[18] »
Dans le but de garantir l’indépendance et impartialité ses juges, ce droit oblige les États à instaurer et
maintenir des tribunaux indépendants et impartiaux.
Les États doivent garantir au système judiciaire les moyens humains et financiers dont il a besoin pour
fonctionner efficacement dans tout le pays. Ils doivent également dispenser une formation juridique
continue aux juges, procureurs et autres membres du personnel judiciaire, et combattre toute forme de
corruption ou de discrimination au sein de l’institution[19]. Les tribunaux étant normalement considérés
comme indépendants, il est rare qu’un juge national soit appelé à se prononcer en la matière, à moins
d’avoir été saisi concernant les décisions d’un organe non judiciaire. En effet, tout organe de ce type
ayant le pouvoir de rendre des décisions relatives à la détermination de droits et obligations de
caractère civil ou du bien-fondé d’une accusation pénale doit répondre aux deux conditions énoncées :
indépendance et impartialité[20].
Le tribunal doit avoir le pouvoir de rendre une décision obligatoire non susceptible de modification par
une autorité non judiciaire[21]
En effet, en dépit de la diversité des traditions juridiques, la première manifestation d’une adhésion
officielle à l’Etat de droit ou la « rule of law » se trouve dans l’existence d’une constitution ou des textes
de valeur constitutionnelle. Les travaux de Jacques-Yvan Morin, professeur de l’université de Montréal,
ont analysé les garanties constitutionnelles de l’Etat de droit révèlent quelques 175 textes
constitutionnels[22] et notamment l’indépendance et l’impartialité des juges comme exigences du
procès équitable, le contrôle de l’effectivité du respect des droits fondamentaux ou plus généralement
la consistance du principe de l’Etat de droit. L’ouvrage confronte les dispositions constitutionnelles des
pays francophones portant sur les droits et libertés fondamentales en les groupant sous quatre
rubriques : les droits et libertés reconnus aux personnes, la séparation des pouvoirs, la protection du
système constitutionnel de garantie et les rapports du droit international et du droit interne.
Il L’indépendance des tribunaux repose sur la séparation des pouvoirs, inhérente à une société
démocratique dans laquelle différents organes de l’État ont des responsabilités exclusives
et spécifiques. Selon la Commission africaine, la principale raison d’être du principe de la séparation des
pouvoirs est de s’assurer qu’aucun organe du gouvernement ne devient puissant et abuse de son
pouvoir. La séparation des pouvoirs entre les trois organes exécutif, législatif et judiciaire assure un
système régulateur contre tout excès de leur part[23]. La magistrature dans son ensemble, et chaque
juge en particulier, doit être libre de toute ingérence, qu’elle soit le fait de l’État ou de particuliers[24].
L’indépendance du pouvoir judiciaire doit être garantie par l’État, inscrite dans la loi, et respectée par
toutes les institutions gouvernementales. Les États doivent veiller à l’existence de garanties structurelles
et fonctionnelles contre l’ingérence politique ou autre dans l’administration de la justice[25] La
magistrature comme institution, et les juges en tant qu’individus, doivent avoir le pouvoir exclusif de
statuer sur les affaires dont ils sont saisis[26]. Cela signifie que les décisions de justice ne peuvent pas
être changées par une autorité non judiciaire au détriment de l’une des parties, exception faite des
questions se rapportant à la réduction ou la commutation des peines et aux grâces[27].
L’ingérence directe dans l’indépendance de la magistrature en tant qu’institution et dans celle des juges
à titre individuel est source de préoccupation, raison pour laquelle, dans un premier temps, il nous
convient de mener une étude critique cette indépendance en démontrant qu’il s’agit d’une réalité au
Congo-Kinshasa.
Ce principe qui n’a cessé d’alimenter les débats depuis la publication de « l’Esprit des lois » par
Montesquieu en 1748, renferme l’idée que dans un Etat, le pouvoir devrait arrêter le pouvoir. Il s’est en
effet, créé une sorte de consensus que résume les formulations retenues par le conseil constitutionnel
français selon lequel : « l’indépendance des juridictions est garantie ainsi que le caractère spécifique de
leurs fonctions sur lesquelles ne peuvent empiéter ni le législateur ni le gouvernement », moyennant
quoi « il n’appartient ni au législateur ni au gouvernement de censurer les décisions des juridictions,
d’adresser à celles-ci des injonctions ou de se substituer à elles dans le jugement des litiges relevant de
leurs compétences ». Il s’agit là selon le professeur Guy Carcassonne1 l’étiage de la séparation des
pouvoirs, du minimum en dessous duquel cette indépendance serait méconnue.
Aussi, tous les pays, reconnaissant la nécessité de préserver un équilibre entre les trois pouvoirs
traditionnels, à savoir les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire, inscrivent-ils ce vieux principe dans
leurs constitutions respectives.
Lors d’un colloque international sur l’indépendance des juges[28] tenu en France à Rouen, en mai 1953,
M. Vincent Auriol, Président de la République française avait déclaré dans son message : « Le souci de
protéger contre pression, quelle qu’en soit l’origine, le magistrat qui dit le droit est un principe commun
à tous les pays de civilisation et de liberté ». L’indépendance du juge a précisé de son côté M. Ernesto
Battaglini, est le centre et le foyer de toute institution judiciaire : elle est même le support essentiel de la
fonction judiciaire elle-même », et l’éminent magistrat italien ajoutait : « l’indépendance du juge a un
triple aspect : indépendance constitutionnelle, indépendance de la fonction et indépendance de
l’institution.». Si dans la pratique les deux premiers pouvoirs semblent s’accorder au tour de l’idée d’une
nette séparation des pouvoirs entre eux, le pouvoir judiciaire semble s’affronter avec l’exécutif dans un
combat pour une conquête d’indépendance qu’il a très souvent du mal à gagner, surtout dans les Etats à
régimes peu favorables à une émergence d’une véritable démocratie.
En effet, la question de l’indépendance du pouvoir judiciaire a toujours été au cœur des débats
particulièrement dans les pays ayant la langue française en commun, dont la République Démocratique
du Congo.
La question de l’indépendance du pouvoir judiciaire en RDC a évolué suivant deux périodes : la période
de la guerre froide et celle de l’après chute du mur de Berlin. Si chacun des deux Etats avait ainsi
réglementé la question au gré de grands bouleversements que le monde a connus, dans les deux cas, la
période de la guerre froide a été la plus sombre dans l’histoire de l’indépendance du pouvoir judiciaire ;
celle que nous vivons est marquée par de timides avancées faites parfois avec beaucoup d’hésitations.
Nous retraçons par la suite, son évolution législative.
Dans ce pays, nous analysons les dispositions constitutionnelles et législatives sur l’indépendance du
pouvoir judiciaire, en examinant les compétences attribuées aux organes de mise en œuvre qu’elles ont
institués pour garantir l’indépendance de ce pouvoir. En effet, en cinquante ans d’indépendance, la
République démocratique du Congo a connu plusieurs constitutions qui ont en même temps, modifié le
contenu du principe de l’indépendance du pouvoir judiciaire dans ce pays. Cette législation est déjà très
abondante et très disparate. De la loi fondamentale de 1960 à la constitution du 18février 2006, le
contenu juridique de ce principe n'est pas resté stable.
L’évolution positive de la question d’indépendance du juge congolais
Dans la loi fondamentale du 19 mai 1960 relative aux structures du Congo, les articles 187 à 197 se
rapportent au pouvoir judiciaire. L’article 187 alinéa1er pose le principe que le pouvoir exécutif ne peut
empêcher, arrêter ou suspendre l’action des cours et tribunaux. L’article 192 précise que le statut des
magistrats est régi par la loi et que dans le cadre de leur statut, les magistrats du siège sont inamovibles,
ils ne peuvent être déplacés qu’en vertu d’une nouvelle nomination ou de leur propre consentement, et
leur suspension n’étant possible qu’après un jugement. En effet, si le principe de l’inamovibilité, très
important pour une bonne administration de la justice était reconnu aux juges, celui de nomination
faisait une distinction entre les magistrats des tribunaux et ceux des parquets. Ainsi, l’article 194 de
cette loi précisait que les magistrats du parquet eux, sont nommés et révoqués par le chef de l’Etat seul.
Dans ces conditions l’indépendance de l’officier du ministère public devrait déjà être confrontée à un
pouvoir d’injonction inévitable de l’exécutif. Cet aspect des choses a demeuré dans les constitutions
subséquentes.
La constitution de 1964 qui a réservé huit articles au pouvoir judiciaire (Art. 122-130) est revenue sur le
principe de l’inamovibilité des juges et sur celui de nomination des magistrats des parquets par un
pouvoir discrétionnaire du chef de l’Etat, mais deux innovations importantes peuvent être soulignées
par rapport à la loi fondamentale de 1960. D’abord, son article 129 parle d’un statut des magistrats qui
est fixé en vertu d’une loi nationale ; et ajoute que leur nomination ne peut se faire qu’en vertu d’une loi
nationale, mais en l’absence d’une telle loi, la nomination des juges ne devrait logiquement se faire que
suivant l’esprit de l’article 194 de la loi fondamentale de 1960. La deuxième innovation résulte de la
lecture de l’article 130 qui introduit le Conseil Supérieur de la Magistrature comme organe de discipline
des magistrats. Ce qui est significatif, ce n’est pas en fait le Conseil Supérieur de la Magistrature en soi,
mais c’est surtout le fait qu’aucun magistrat, membre de cet organe ne pouvait être nommé par le chef
de l’Etat[31] bien que ce dernier en était le président, secondé dans cette fonction par le Ministre de la
justice, qui en était le premier vice-président et membre de droit. On peut évidemment regretter le fait
qu’un organe spécialement chargé de la gestion des magistrats n’ait reçu à titre principal qu’un pouvoir
de discipline et cela sur une catégorie seulement de ses membres : les magistrats du siège, et
subsidiairement celui de donner les avis sur la nomination des magistrats de siège. L’indépendance du
pouvoir judiciaire était ainsi réduite à un simple formalisme juridique si bien que la constitution du 24
juin 1967 n’a pas eu besoin d’apporter des modifications à un système qui joue en faveur de l’exécutif.
Les articles 56 et 63 se rapportant aux deux aspects de la question examinée ci-haut ont gardé le même
esprit avec la constitution de 1964.
Une autre étape douloureuse fut vécue en ce qui concerne le pouvoir judiciaire et particulièrement son
indépendance. En effet, en 1974 intervint une révision de la constitution de 1967 par une loi N°74-020
du 15 Aout 1974 portant révision de la constitution du 24 juin 1967. L’exposé de motif de cette loi
indique que toutes les anciennes institutions de la république sont devenues des organes du
Mouvement Populaire de la République (MPR), fonctionnant sous la responsabilité, la direction et la
présidence du président du MPR qui reçoit ainsi la plénitude des pouvoirs. En ce qui concerne le pouvoir
judiciaire, le point (e) indique que l’appellation Conseil judiciaire a été préférée à d’autres pour des
raisons d’option politique. Le Conseil judiciaire composé de l’ensemble des cours et tribunaux10, reçut
ainsi la mission de dire le droit dans la grande famille du MPR. L’article 67 al. 2 disposait que le magistrat
est indépendant dans l’exercice de sa mission, de même, l’article 71 traite du Conseil Supérieur de la
magistrature dans les mêmes termes que dans l’ancienne constitution de 1967. Dans un même texte
apparut ainsi, une volonté affichée de réduire le pouvoir judiciaire en un simple conseil, et en même
temps, un semblant de volonté de reconnaître une indépendance au magistrat, en parlant d’un Conseil
Supérieur de la Magistrature qui n’aura jamais fonctionné dans la pratique. Bien plus, son
fonctionnement ne changerait pas grand-chose devant les pesanteurs d’ordre politique imprimées par
un régime peu enclin au changement, si bien que la loi N°078-010 du 15 février 1978 portant révision de
la constitution précédemment examinée n’a pas pu améliorer le régime de l’indépendance du pouvoir
judiciaire, pris en otage. En effet, cette loi (la loi N°078-010 du 15 février 1978 portant révision de la
constitution de 1967) sensée assouplir les conditions d’un bon fonctionnement de la justice, s’est non
seulement inscrite dans l’esprit de l’ordre ancien, mais il a en même temps opéré un recul. Cela découle
de la lecture de son exposé des motifs qui indique que, le conseil judiciaire a subit une réforme
importante du fait de la création à sa tête d’un président permanant qui est un magistrat. Cela
permettrait, selon le texte, de renforcer l’unité de commandement et permettrait d’assurer au mieux le
fonctionnement du conseil judiciaire. Il est reconnu à cet effet au président du conseil judiciaire, nommé
par le président de la république, le pouvoir de contrôle des sentences des cours et tribunaux, la
possibilité d’en suspendre l’exécution, d’édicter des directives s’imposant aux juges dans l’exercice de
leurs attributions juridictionnelles et auxquelles ils ne peuvent déroger que par motivation spéciale[32].
La formule générale selon laquelle le magistrat est indépendant dans l’exercice de sa mission apparaît à
l’article 99 alinéa 2, mais il ne peut autrement s’agir là que d’une contradiction au regard des articles 95
et 98 précédemment examinés. La modification de la constitution intervenue le 15 Novembre 1980 ne
changera rien à cet ordre des choses qui fonctionna dans ces conditions jusqu’en 1990 lorsque le régime
annonça le processus d’un changement timide d’objectifs vers la démocratisation du pays. En effet, le 24
avril 1990, le président Mobutu prononça un discours dans lequel il proclamait l’ouverture de l’espace
politique à un multipartisme. C’est donc dans ce contexte qu‟il faut comprendre la modification de la
constitution intervenue en juillet 1990. Par la loi N°90-002 du 05 juillet 1990, le régime tendait à se
conformer à l’esprit du discours précité, et parmi les nouvelles orientations apportées par cette loi, on
peut noter la réhabilitation des trois pouvoirs traditionnels dont le pouvoir judiciaire animé, comme
avant par les cours et tribunaux. A propos de son indépendance, l’article 110 indique simplement,
comme c’est le cas, que la mission de dire le droit est dévolue aux cours et tribunaux et que le magistrat
est indépendant dans l’exercice de sa mission. Néanmoins, l’ouverture de l’espace politique annoncée
permit la tenue d’une Conférence Nationale souveraine (CNS) qui a initié d’importantes réformes
restées lettres mortes, les résolutions de la CNS et sa constitution n’ayant jamais été promulguées. Les
travaux de la CNS ont eu le mérite d’avoir élaboré une architecture juridique sur laquelle on ne s’est
jamais totalement écarté à bien d’égards, y compris en ce qui concerne la question de l’indépendance
du pouvoir judiciaire.
L’avènement en 1997 d’un nouveau régime installé par l’AFDL ne permit pas également de libérer le
pouvoir judiciaire sous le système d’inféodation systématique qu’il a vécu trois décennies durant. Le
décret-loi N° 003 du 28 mai 1997 sur l’organisation du pouvoir politique en République Démocratique du
Congo avait fait du chef de l’Etat le seul véritable détenteur des pouvoirs publics. Quelle place aurait-il
réservé au pouvoir judiciaire ? Les articles 11 et 12 reprennent les formules consacrées selon lesquelles,
« le pouvoir judiciaire est indépendant du pouvoir législatif et du pouvoir exécutif » ; … « la magistrature
est indépendante dans l’exercice de cette mission. Il n’est soumis, dans l’exercice de ses fonctions, qu’à
la loi ».
Le Dialogue Inter Congolais, par son Accord Global et inclusif et sa Constitution de transition du 5avril
2003 a permis de réaffirmer l’indépendance du pouvoir judiciaire en consacrant pour la première fois
que « la justice est rendue sur tout le territoire de la République Démocratique du Congo au nom du
peuple Congolais ». La création d’un Conseil supérieur de la Magistrature et l’amélioration des
conditions des magistrats étaient constitutionnellement annoncées. Aucune de ces dispositions ne fut
suivie d’effet, les magistrats ayant continué de travailler dans un régime de « liberté surveillée », aussi
que la pratique va le démontrer.
Une constitution a été adoptée en 2006. Les principes évoqués dans celle-ci en ce qui concerne
l’indépendance du pouvoir judiciaire, sont les plus ambitieux. Un CSM totalement purgé de la présence
des autorités politiques et n’admettant aucun membre non magistrat. Les deux lois de mise en œuvre
ont été votées et promulguées (Loi organique N°06/020 du 10 octobre 2006 portant statut des
magistrats et Loi organique N°08/013 du 05 aout 2008 portant organisation et fonctionnement du
Conseil Supérieur de la Magistrature en République démocratique du Congo).
L’exemple frappant caractérisant l’indépendance effective du juge congolais est tiré de l’affaire TREVOR
CHIMUKHO, poursuivi pour viol sur mineur par l’Officier du Ministère Public en date du 18 septembre
2015.
la partie civile, par les biais de son Conseil Maître Diane GAKURU en ses conclusions tendant a ce qu’il
plaise au Tribunal de dire établie en fait comme en droit la prévention de viol mise en charge du
prévenu TREVOR CHIMUKHO :
Ayant la parole pour ses réquisitions, le Ministère Public requiert à ce qu’il plaise au Tribunal de :
Dire établie la prévention de viol d’enfant mise à charge du prévenu et l’en condamner à 15 ans de SPP
et 800.000Fc d’amende ;
Ayant la parole le prévenu par le biais de ses conseils plaident et concluent en ces termes :
Ayant la parole en dernier lieu le prévenu ; je plaide non coupable, je l’ai dit encore que cette fille est
arrivée dans ma maison c’est quelqu’un d’autre qui l’a accompagnée aux toilettes.
Sur ce, le tribunal déclare clos les débats, prend la cause en délibéré pour son jugement être rendu
comme suit à l’audience publique de ce jour.
Attend que par procédure de flagrance, le Procureur de la république près le tribunal de céans a
déféré en date du 16/09/2015, le prévenu TREVOR CHIMOKO du chef de viol d’enfant, fait prévu et puni
par les articles 171, a et 170 de la loi portant protection de l’enfant .
Qu’en en date du 16/09/2015 la voisine au prévenu et amie à la mère de la victime avait organisé un
festin dans la parcelle qu’elle occupe ensemble avec le prévenu et à l’occasion plusieurs personnes ont
été invitées dont la victime ainsi que sa mère ;
Attendu que c’est dans cette circonstance vu l’exiguïté du lieu où la manifestation se passait, certaines
personnes avaient occupé la cour de l’annexe qu’occupe le prévenu ;
Attendu que cependant et ce, compte tenu des rapports de bon voisinage entre le prévenu et sa voisine,
la victime était obligée de venir se soulager dans la maison du prévenu ;
Qu’en effet, selon la victime, alors que le prévenu faisait son entrée dans la parcelle et l’ayant vu assise
par devant sa porte, il lui posa la question de savoir s’il avait déjà mangé et ayant répondu à la négative,
il l’invita au salon pour ce faire, mais curieusement il l’invita de nouveau à la cuisine et de là, il la poussa
de force dans sa chambre, c’est là où il arracha les boutons de sa robe et introduisit les deux doigts dans
son vagin . Que vérification faite, il s’est avéré que le prévenu était venu chercher sa fille parmi tant
d’autre filles pour aller dans sa maison, mais quand elle y était entrée, elle trouvera trois expatriés ainsi
qu’un congolais, ceux qui étaient au salon étaient en train de suivre le match de football, ils sont allés
frapper à la porte du prévenu lui demandant de libérer l’enfant d’autrui car, sa mère la recherchait, mais
l’enfant était sortie avec sa robe déchirée ;
Que c’est alors, qu’elle sera informée de la sortie de sa fille de la chambre du prévenu, approchée par
elle, le prévenu lui dira d’aller se faire foutre ;
Attendu qu’en conclusion, le médecin a abouti à un récit d’une introduction d’un doigt dans le vagin
avec objectivation d’une déchirure partielle ancienne de l’hymen ;
Attendu qu’avant toute défense au fond, le prévenu par le biais de ses conseils a sollicité du tribunal de
décréter son incompétence personnelle tirée de la qualité du prévenu qui est agent du système des
NATIONS UNIES d’une part ;
Qu’en effet, conformément aux statuts des NATIONS UNIES ainsi que de l’accord de siège signé entre la
MONUSCO alors MONUC ainsi que la RDC, les personnels des NATIONS UNIES jouissent des immunités
des poursuites et que le prévenu étant parmi ceux-là devait également en bénéficier ;
Attendu que d’autre part, s’agissant de la procédure de flagrance, il estime que cette procédure ne
devait pas l’être car, les faits reprochés au prévenu ont eu lieu le Samedi, curieusement le prévenu ne
sera déféré devant le juge que le Mardi et ce, en dépassement du délai légal sur la notion de l’infraction
flagrante ;
DE LA FORME ;
Rappel de la procédure ;
Attendu que le procureur de la république a déféré par devant le tribunal de céans le précité prévenu en
procédure de flagrance pour des faits commis le Samedi alors que pour le prévenu et ce, par le biais de
ses conseils, le délai ayant été dépassé, le tribunal devra le constater et faire passer le prévenu en
procédure ordinaire ;
Attendu que l’infraction flagrante se définit comme étant le cadre juridique qui autorise une
administration coercitive de la preuve, et ceci après avoir constaté un crime ou un délit dont la
commission est d’une antériorité récente ;
Que son fondement est ainsi l’urgence causée par le trouble à l’ordre public qu’il faut faire cesser ;
Attendu que l’infraction flagrance est selon la loi celle qui se commet actuellement ou celle qui vient de
se commettre ;
Attendu que dans le cas d’espèce, il se pose un problème d’une infraction clandestine où les indices
n’apparaissent pas au grand jour ;
Attendu que c’est dans ce sens, la chambre criminelle de la Cour de cassation française dans son arrêt
du 30 Mai 1980 a donné au-delà du critère temporel, un critère matériel d’’où la notion d’indice
apparent d’un comportement délicieux ;
Attendu que c’est dans son arrêt du 22 Avril 1992 que la Cour l’a retenue départ la dénonciation de la
victime ;
Attendu que dans le cas d’espèce, il appert qu’avant l’accomplissement des actes incriminés, aucun
indice apparent d’un comportement délictueux ne pouvait révéler l’existence d’une infraction
répondant à la définition légale de l’infraction flagrante d’où il fallait attendre la dénonciation de la
victime un jour plus tard ;
Attendu que pour la défense, le prévenu en sa qualité d’agent du système des Nations Unies ne devait
pas être soumis à la compétence des juridictions nationales et ce, en vertu de la convention de Vienne
sur les immunités diplomatiques ainsi de par l’accord de siège passé entre la MOSUSCO alors la MONUC
avec la RDC ;
Attendu que tant il est vrai que la convention de VIENNE de 1961 en son article 29 pose le principe
d’inviolabilité d’agent diplomatique et ne peut être soumise à aucune forme d’arrestation ou de
détention même temporaire sauf en cas de flagrant délit ;
MESURES DE PROTECTION ;
Attendu que le tribunal a avait ordonné la mise en place des mesures propres à protéger l’identité tant
de la partie civile, de la civile que des renseignant en raison des craintes qu’ils nourrissent pour leur
sécurité personnelle et pour celle de leurs familles. Pour les mêmes raisons, les renseignant sont
désignés dans le présent jugement par un pseudo-nomme plutôt que par leur nom ;
Attendu que le tribunal souligne que lorsqu’elle a ordonné des mesures de protection au bénéfice des
enseignants, les parties avaient connaissance des éléments d’indentification pertinents ;
Du fond ;
Attendu qu’en droit, commet un viol d’enfant, soit à l’aide de violences ou de menaces graves ou par
contrainte à l’, encontre d’un enfant, directement ou par l’intermédiaire d’un tiers, soit par surprise, soit
par pression psychologique, soit à l’occasion d’un environnement coercitif, soit en abusant d’un enfant
qui, par le fait d’une maladie, par l’altération de ses facultés ou par toute autre cause accidentelle a
perdu l’usage de ses sens ou en a été privé par quelques artifices : …………. b) tout homme qui pénètre,
même superficiellement l’anus, la bouche ou tout autre orifice du corps d’un enfant par un organe
sexuel, par toute autre partie du corps ou par un objet quelconque ou toute femme qui oblige un enfant
à exposer son organe sexuel à des attouchements par une partie de son corps ou par un objet
quelconque ;
Qu’en d’autre terme, tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la
personne d’autrui par violence, contrainte, menace ou surprise est un viol (Jean Pradel et Michel DANTI
JUAN, DROIT PENAL SPECIAL, 5e édition, Edition cajus, Paris, 2010, P.447) ;
Attendu qu’en droit, l’infraction viol est constituée lorsqu’il est notamment réuni les deux éléments
matériels communs suivants :
L’auteur a pris possession du corps d’une personne de telle manière qu’il y a eu pénétration, même
superficielle, d’une partie du corps de la victime ou de l’auteur par un organe sexuel, ou de l’anus ou du
vagin de la victime par un objet ou toute (autre) partie du corps ;
L’acte a été commis par la force ou en usant à l’encontre de ladite ou desdites ou de tierces personnes,
de la menace, de la force ou de la coercition, telle que celle causée par la menace de violences,
contrainte, détention, pressions psychologiques, abus de pouvoir, ou bien à la faveur d’un
environnement coercitif, ou en profitant de l’incapacité de ladite personne de donner son libre
consentement ;
Le tribunal constate qu’il sera caractérisé si l’auteur a pris possession du corps d’une personne de telle
manière qu’il en résulte une pénétration, et ce même s’il ne se livre pas lui-même à cet acte de
pénétration. En effet, le libellé de cet élément envisage également l’hypothèse où l’auteur est lui-même
pénétré ainsi que celle où il cause ou provoque une pénétration. Quelle que soit l’hypothèse, il devra
s’agir d’une pénétration, même superficielle, d’une partie du corps par un organe sexuel ou de la
pénétration de l’anus ou du vagin par un objet ou par toute autre du corps.
Le deuxième élément constitutif; énumère les circonstances et les conditions dans lesquelles doit s’être
produite la prise de possession du corps de la victime et qui lui confèrent un caractère criminel ;
Attendu que s’agissant de l’élément subjectif, l’auteur matériel du crime doit avoir intentionnellement
pris possession du corps de la victime. Cette intention sera caractérisée s’il est démontré que l’auteur a
délibérément agi ou omis d’agir 1° afin qu’il y ait pénétration ou 2° alors qu’il était conscient qu’une telle
conséquence surviendrait dans le cours normal des événements. De plus, l’auteur devra avoir été
conscient du fait que l’acte a été commis par la force, la menace de la force la coercition ou encore à la
faveur de l’existence d’un environnement coercitif ou enfin « en profitant de l’incapacité (dans laquelle
se trouvait la victime) de donner son libre consentement ;
Attendu que pour asseoir la culpabilité du prévenu, il a été versé au dossier un rapport médico-légal
précité dont les conclusions y ont été reprises ;
Attendu que s’agissant de la crédibilité du récit des faits par la victime, cette dernière avait affirmé que
le prévenu avait introduit ses deux doigts, mais plus tard, elle reviendra sur ses déclarations en affirmant
qu’il s’agit d’un seul doit et à l’occasion elle était blessée ;
Que contre cette version des faits, le rapport médical fait à l’occasion n’a objectivé aucune lésion
récente, mettant ainsi en néant les allégations de la victime ;
Attendu que la version des faits de la partie civile n’est pas non plus de nature à forger la conviction du
tribunal en ce que selon, c’est suite à la présence du policier et ce, après insistance que la fille a dénoncé
les faits, mais alors sa tante matérielle en était informée le jour même des faits, mais a préféré taire
cette information ;
Attendu que les dépositions des enseignants font état de ce que le prévenu n’a jamais fait entrer la
victime dans sa chambre, car après qu’elle y était sortie des toilettes de la maison du prévenu, elle était
repartie pour danser et après, ils se sont rendu dans un bistrot sans elle pour aller clôturer la soirée ;
Attendu qu’en tout état de cause, une pièce ne peut être admise que si le tribunal décide qu’elle est
pertinente et/ou admissible, ce qui conduit à apprécier sa valeur probante et si elle est de nature à nuire
à l’équité du procès ou à une évaluation de la déposition ;
Que pour se prononcer sur l’admissibilité d’un élément de preuve, le tribunal a suivi une méthode en
trois temps. Elle a d’abord examiné la pertinence de la pièce, elle a ensuite évalué sa valeur probante,
enfin, a elle a mis en balance cette valeur probante avec l’effet préjudiciable qui pourrait
éventuellement résulter de l’admission de cette pièce ;
Attendu qu’aux termes de la constitution toute personne n’est présumée innocente jusqu’à ce que sa
culpabilité soit établie par le jugement. Pour qu’il soit déclaré coupable, il faut que chacun des éléments
de l’infraction reprochée ait été établi « au-delà de tout doute raisonnable » ;
Attendu que la Cour Pénale Internationale précise que le principe d’établissement de la preuve « au-delà
de tout doute raisonnable » doit être appliqué s’il s’agit d’établir l’existence d’un élément du crime ou
du mode de responsabilité retenu à l’encontre de l’accusé, ou encore, s’il s’agit d’établir l’existence d’un
fait indispensable pour entrer en voie de condamnation (affaire Germain KATEANGA, P.47, 7 Mars 2014)
;
Attendu que pour la Cour, qu’une allégation ne soit, selon, elle pas prouvée au-delà de tout doute
raisonnable n’implique pas pour autant qu’elle mette en cause l’existence même du fait allégué. Cela
signifie seulement qu’elle estime, au vu du standard de preuve, ne pas disposer suffisamment de
preuves fiables pour se prononcer sur la véracité du fait ainsi allégué. Dès lors, déclarer qu’un accusé
n’est pas coupable ne veut pas nécessairement dire que la chambre constate son [Link] telle
décision démontre simplement que les preuves présentées au soutien de la culpabilité ne lui ont pas
permis de se forger une conviction « au-delà de tout doute raisonnable » (Aff. Germain KATANGA, P.41,
7 Mars 2014) ;
Attendu qu’en considération de tout ce qui précède, le tribunal acquittera le prévenu, car les éléments
de preuve lui soumis ne sont pas de nature à forger sa conviction ;
Attendu que s’agissant des intérêts civils, le tribunal relève que pour avoir acquitté le prévenu il se
déclarera incompétent à y statuer ;
Attendu que les frais seront à charge de la partie civile et du trésor public ;
Par ces motifs ;
Dit non établie ni en fait ni en droit l’infraction de viol d’enfant mise à charge du prévu NASSOR
NYANGEZI et l’en acquitte au bénéfice du doute ;
Met les frais à charge de la partie civile et du trésor public à raison de la moitié chacun[35] ;
Après l’analyse scrupuleuse de ce jugement du Tribunal de Grande Instance de Goma vient marquer
l’indépendance du juge congolais dans sa mission de dire le droit de manière équitable, indépendante et
impartiale.
Le professeur Guy CARCASSONE a eu à révéler les résultats d’une enquête réalisée dans quelques uns de
ces pays. Et d’après cette enquête : « En Albanie, « selon l’opinion publique, les juges ne sont pas
indépendants ». Au Burkina-Faso, « l’opinion publique n’a pas le sentiment que les juges sont
indépendants ». En France, 54 % des sondés considèrent que le fonctionnement de la justice est plutôt
dépendant du pouvoir politique. En Guinée, « il faut reconnaître que l’opinion publique n’a pas le
sentiment que les juges sont indépendants ». En Haïti, « l’opinion publique, par la faute de certains juges
véreux, a collé à la justice haïtienne une épithète de ‘corrompue’, cela suppose qu’elle est partiale, elle
ne saurait donc, dans l’esprit du public, être indépendante ». Au Mali, « si l’opinion publique pense que
les juges ne sont pas aux ordres du pouvoir, il n’en demeure pas moins qu’ils sont sous l’influence de
l’argent ». En Mauritanie, l’opinion publique « est plutôt convaincue que les juges sont sous l’influence
des pouvoirs politiques ou des puissances financières ». 38,7 % des sondés en Moldavie ne font pas trop
confiance à leur justice, contre seulement 27,6 % qui nourrissent le sentiment inverse. Au Tchad, «
l’opinion publique a le sentiment que les juges ne sont pas indépendants », tout comme au Togo où elle
ne semble pas être convaincue de l’indépendance des juges[36].
Dans son dernier rapport sur l’indépendance du système judiciaire (partie I : l’indépendance des juges),
la Commission de Venise souligne que l’indépendance judiciaire présente deux aspects
complémentaires. L’indépendance externe protège le juge contre l’influence des autres pouvoirs de
l’Etat ; elle est une composante essentielle de l’état de droit. L’indépendance interne garantie qu’un
juge prend ses décisions en se fondant uniquement sur la constitution et la législation, et non sur les
instructions de juges plus élevés dans la hiérarchie[37]. Dans la pratique cependant, les entraves portées
à l’indépendance du pouvoir judiciaire sont de deux ordres : les unes sont internes et résultent de la loi ;
les autres, beaucoup plus à craindre sont externes. Dans l’un ou l’autre cas, les menaces que leurs
interventions font planer sur l’impartialité de la justice sont regrettables.
Le degré d’indépendance dont bénéficie la magistrature varie selon les États ; il dépend en effet très
étroitement de la réalisation plus ou moins achevée de l’État de droit. Dans les pays sous examen
comme partout ailleurs, le principe que le pouvoir judiciaire est indépendant des autres pouvoirs
notamment l’exécutif ne se discute plus à l’heure actuelle. Sa proclamation, du moins sur le plan formel
témoigne de cette évidence. Mais une analyse minutieuse permet de découvrir que très souvent, les
obstacles à une réelle indépendance des magistrats, et donc du pouvoir judiciaire, résultent de la
formulation des lois sensées organiser le fonctionnement des organes de mise en œuvre de ce principe
dans la pratique. Il s’agit en l’occurrence le statut qui organise sa carrière, ensuite les lois sur le Conseil
Supérieur de la Magistrature ; sans écarter la personnalité individuelle du magistrat, d’autres entraves
tiennent plutôt aux conditions d’ordre matériel et financier de la vie personnelle du magistrat et du
fonctionnement des juridictions. La constitution de 2006 a mis fin à un système qui consistait à placer les
magistrats du parquet sous la direction et le contrôle de leurs chefs hiérarchiques[38] et sous l’autorité
du Ministre de la justice qui avait sur eux un pouvoir d’injonction, très souvent négative. Sous l’empire
de cette constitution, le magistrat du parquet est de façon formelle affranchi de sa subordination vis-à-
vis du Ministre de la justice, il reste que cela se réalise dans la pratique. La hiérarchie au sein des
juridictions ne soulève pas de problèmes particuliers. Le principe du double degré de juridiction comme
partout d’ailleurs, est destiné à rendre une meilleure justice en permettant au requérant qui n’est pas
satisfait par la décision rendue par la première juridiction, de saisir la juridiction hiérarchiquement
supérieure. Et si celle-ci devait rendre une décision contraire, cela ne constituerait pas une atteinte à
l’autonomie de la décision de la juridiction inférieure dès lors que chaque juridiction est libre de statuer
comme elle l’entend et quelle que soit sa place dans la hiérarchie. En revanche, la hiérarchie entre les
personnes crée des rapports plus complexes et soulève plus de questions quant à l’indépendance du
magistrat. Le pouvoir hiérarchique dont il est question au sein du corps judiciaire ne concerne nullement
la prise de décision ; celle-ci relève de la seule conscience de chaque juge qui n’a de compte à rendre ni
à son chef de juridiction, ni à qui ce soit. Il s’agit plutôt de certains pouvoirs administratifs reconnus aux
chefs de juridictions et des parquets qui peuvent, dans la pratique constituer des menaces à
l’indépendance des magistrats s’ils ne sont pas limités aux seules nécessités du service. Il leur revient en
effet le pouvoir de réglementer l’organisation des audiences, de pourvoir aux affectations et d’évaluer
l’activité professionnelle de magistrats placés sous leur autorité élément important pour leur
avancement. Même si des garanties entourent ces pouvoirs pour éviter tout arbitraire de leur part, le
magistrat n’est pas pour autant à l’abri de pressions ou de sanctions de la part de ses supérieurs
hiérarchiques, si les rapports qui les lient dans le service ne sont pas d’une parfaite sérénité. Il est vrai
que la séparation des pouvoirs veut que le pouvoir limite le pouvoir par le biais d’un contrôle mutuel,
mais il s’agit d’un contrôle visant à maintenir l’équilibre des pouvoirs et non une immixtion d’un pouvoir
dans l’activité essentielle de l’autre[39]. Le Professeur VUNDWAWE te PEMAKO[40] y voit la raison
suivant laquelle, les actes de gouvernement échappent au contrôle juridictionnel, contrairement aux
actes administratifs qui, eux, y sont soumis. Dans le cadre de la RDC particulièrement, ce pouvoir peut
s’avérer très dangereux dans la pratique si son détenteur s’emploie à l’utiliser de manière extensive et
répétée. C’est dans ce cadre que le Ministre de la justice du Gouvernement Gizenga II a promis, au cours
d’un point de presse tenue le 29 août 2008, de sanctionner les magistrats qui, de son point de vue, «
rendent des jugements iniques et se compromettent dans la corruption.
En république démocratique du Congo par exemple, une mission d’enquête réalisée par la Commission
Européenne sous la conduite du professeur J. MVIOKI BABUTANA de la Faculté de droit a permis de
démontrer que les cours et tribunaux, les offices et les prisons ne reçoivent ni budget de
fonctionnement, ni budget d’investissement[41]. Et pourtant chaque année, le Ministre de la justice
prépare et soumet à la Commission budgétaire les prévisions budgétaires du secteur de la justice. Ayant
examiné profondément la question de la justice en RDC, le professeur y est revenu dans une autre étude
où il fait remarquer que : « sur le plan budgétaire, le pouvoir judiciaire perd son caractère de pouvoir
indépendant et est réduit au rang d’un simple service du Ministère de la justice[42] ». Sa note
préliminaire sur la mission en RDC, le Rapporteur Spécial sur l’indépendance des juges et des Avocats est
arrivé aux mêmes conclusions lorsqu’il dit : « le manque d’indépendance financière de la justice a une
incidence directe sur le manque d’indépendance de la justice tant civile que militaire, et nourrit une
corruption quasi généralisée des magistrats et des auxiliaires de justice[43] ». En effet, peut-on vraiment
concevoir qu’un juge vienne partager le même autobus (n’ayant à sa disposition aucun autre moyen de
transport) avec un prévenu qu’il vient de condamner, même d’une peine légère ? La situation est
pourtant réelle en RDC, même s’il est vrai que les plus hauts gradés parmi eux ont bénéficié d‟un
matériel roulant dans des conditions qui restent à préciser. En dehors des risques d’agression, un tel
juge bénéficiera difficilement de toute l’autorité nécessaire dont il aura besoin pour exercer en toute
indépendance sa profession. Pour assurer la sécurité financière des juges et des institutions judiciaires,
le droit des juges à un salaire et à des prestations de retraite ou autres avantages sociaux devrait être
assuré et mis à l’abri des ingérences arbitraires de l’exécutif susceptibles de compromettre non
seulement l’indépendance du juge individuellement, mais également l’apparence d’indépendance de
l’institution à laquelle il appartient. L’idée générale qui sous-tend cette proposition est que les rapports
entre la Justice et les deux autres organes de l’État doivent être dépolitisés[44].
Au sens de l’article 149 de la constitution, en RDC le salaire des magistrats devrait formellement être
déterminé par le Conseil Supérieur de la Magistrature qui élabore un budget qu’il transmet au
Gouvernement pour être inscrit dans le budget général de l’Etat.
Les menaces que font planer les interventions externes sur l’impartialité de la justice sont de sources
différentes et de nature variée ; cependant, il convient, croyons-nous, d’accorder une importance
particulière à certaines. Le processus de nomination, de promotion et de récompenses, ou encore le
processus de renouvellement de mandat peut être de nature à compromettre l’impartialité réelle ou
apparente de la Justice. Par ailleurs, certaines pressions provenant de l’environnement social peuvent
aussi avoir une influence négative sur l’impartialité du juge.
magistrats, des craintes demeurent encore ; on peut même craindre que la proposition du CSM ne soit
pas de nature à lui attribuer un pouvoir décisionnel si l’autorité de nomination doit opérer un choix sur
une liste de plusieurs candidats, pour pourvoir à des postes très limités et bien moins inférieurs aux
nombres des candidats. Le système de désignation des juges sur liste en ce qui concerne par exemple les
magistrats de la Cour Suprême et le président de la Cour constitutionnelle au Congo Brazzaville, ne
présente aucune garantie d’indépendance pour des raisons que nous avons déjà évoquées. En RDC par
exemple, des magistrats ont indiqué avoir été informés par leur hiérarchie qu’ils devraient prendre une
certaine décision pour pouvoir aspirer à une promotion[45]. Le maintien de système d’entérinement
permet au Président de la République de se présenter comme le véritable détenteur des pouvoirs de
nomination. Tel est l’esprit du constituant ? Rien ne permet d’affirmer une telle hypothèse en ce qui
concerne la RDC. La logique serait de se passer de cet entérinement. Cela ne relèverait pas de
l’abstraction car, au Rwanda, la loi organique n° 3/1996 du 29 mars 1996 portant organisation,
fonctionnement, et compétences du Conseil Supérieur de la Magistrature avait permis à cet organe de
nommer seul tous les magistrats du siège à l’exception du Président et des Vice-président de la Cour
suprême. Une telle option devrait amoindrir l’ingérence directe de l’exécutif dans la nomination ou dans
la promotion des magistrats.
Le magistrat, comme tout agent de l’Etat, est soucieux de poursuivre une bonne carrière dans sa
profession sans se préoccuper d’autres questions que celles liées à la nature et à l’exercice de son
activité. Parler de menaces au sujet de la carrière du juge pouvait paraitre contradictoire avec l’idée
d’indépendance du magistrat affirmée directement ou indirectement par les textes
Pressions politiques
De façon générale, les pressions politiques exercées sur les magistrats visent à obtenir d’eux, l’abandon
des poursuites ou d’influencer leurs décisions, le but final étant en ce qui concerne les magistrats
militaires de protéger un ou plusieurs alliés d’hier.
Les pressions politiques sont exercées de manière très subtile et leur manifestation n’est souvent pas
évidente pour le public en dehors du magistrat directement concerné. Gédéon Kyungu Mutanga et
Tshiinja Tshiinja, deux anciens chefs May May du Nord Katanga, sont cités pour avoir bénéficié d’une
telle protection de la part du Gouvernement. Dans le cas du premier, des pressions ont été exercées sur
le magistrat pour influencer le cours de l’instruction à son égard. Dans un rapport du 8 février 2007, la
MONUC[46] auprès de qui le chef militaire s’était volontairement rendu le 12 mai 2006, a du confirmer
cet état de choses lorsqu’elle a constaté que le sort de M. Gédéon dépendait exclusivement de la
volonté du Président de la République. Dans le cas de Tshiinja Tshiinja par contre, le magistrat
instructeur de l’affaire, acculé par la Société Civile au sujet des lenteurs dans le déclenchement des
poursuites, aurait confirmé que le sort du suspect ne dépendait pas de lui mais du pouvoir politique.
Dans d’autres cas, ces pressions politiques sont plus ouvertes. Il semble que celles exercées sur les
magistrats dans l’affaire Kilwa ont particulièrement été flagrantes qu’elles ont du susciter l’indignation
de quatre Organisations des Droits de l’Homme qui ont ainsi signé un communiqué de presse[47]. Plus
récemment, le gouvernement a interdit aux magistrats militaires de poursuivre les chefs et les
combattants des groupes armés basés au Nord et au Sud Kivu, en particulier ceux du mouvement rebelle
Conseil National pour la Défense du Peuple (CNDP). Par une lettre[48] du 9février 2009 adressée au
Procureur général de la République et à l’Auditeur général des forces armées de la République
Démocratique du Congo, le Ministre de la Justice les avait instruits « de ne pas engager des poursuites
contre les membres desdits groupes armés et d’arrêter celles déjà initiées ». L’impératif de la paix a
souvent était avancé pour justifier des telles décisions. Il faut cependant vite dire que ces mesures, si
elles permettent d’établir un semblant de paix dans la mesure où elles gèlent des situations, il n’en
demeure pas moins qu’elles constituent une prime à la capacité de nuisance accordée à certains de nos
frères égarés. Faut-il rappeler que la paix marche avec la justice ? Plusieurs affaires devant les
juridictions internationales (Tribunal d’Arusha pour le Rwanda et Cour Pénale Internationale, par
exemple dans le cas du Chef de l’Etat soudanais) ne témoignent-elles pas de cette exigence ? A ces
pressions déjà très perceptibles s’ajoutent d’autres facteurs non moins négligeables qui minent
l’indépendance de la justice.
En République Démocratique du Congo, l’article 150 de la constitution dispose en son dernier alinéa que
: « le magistrat du siège est inamovible. Il ne peut être déplacé que par une nomination nouvelle ou à sa
demande ou par rotation motivée décidée par le Conseil supérieur de la Magistrature ». Le premier
président de la haute cour militaire NAWELE MUKHONGO a été révoqué en 2006 dans les conditions
peu respectueuses de la loi. Il semble que cette révocation ait été liée à l’acquittement, par le tribunal
militaire de garnison de Kinshasa-Gombe, de Maître Marie Thérèse NLANDU, l’une des candidates de
l’opposition à la dernière présidentielle, poursuivie du chef de participation à un mouvement
insurrectionnel. Un rapport des Nations Unies[49] affirme qu’on aurait reprochait au général président,
de n‟avoir pas bien « encadré » le président de ce tribunal militaire, MBOKOLO, alors son directeur de
cabinet.
Cette thèse semble s’accréditer par le fait que, Monsieur MBOKOLO et Monsieur KAKWENDE, un autre
magistrat militaire proche du général NAWELE ont été, dans les mêmes circonstances mutés à l’intérieur
du pays. N’ayant pas rejoint leurs lieux d’affectation respectifs, ils ont fait l‟objet des poursuites pour
refus d’obéissance. Dans un autre rapport des Nations unies, l’expert note que : « dans plusieurs procès
pour crimes graves, les magistrats ayant entamé des actions ou pris des décisions défavorables à un
membre du commandement militaire ont été déplacés et que, suite à ce déplacement, les décisions
prises par leur successeur ont abouti à l’acquittement de l’accusé. Dans des nombreux cas, les
commandements militaire et de la Police ne remettent pas aux magistrats les militaires ou les policiers
inculpés en expliquant parfois qu’ils sont soutenus par la capitale (…)». Les magistrats décrivent une
situation intenable dans laquelle il est souvent impossible de travailler[50].
Le poids qu’exerce le commandement a été identifié comme l’un des facteurs de la contre performance
sur la justice militaire. Partout, le commandement s’arroge le droit soit d’interdire les poursuites à
l’encontre des éléments placés sous son autorité soit de soumettre lesdites poursuites à son
autorisation préalable. Ainsi, dans une lettre adressée à l’auditeur militaire de garnison de Bunia en date
du 24 juillet 2006, le général MBUYAMBA NSONA[51] commandant des opérations dans l’Ituri, on peut
lire ce qui suit :
- J’ai constaté que depuis un certain temps, les militaires de garnison sont convoqués et viennent
comparaître dans vos offices à l’insu du commandement des opérations ;
Dans beaucoup d’autres cas, les magistrats se sentent souvent menacés. Dans le même rapport, on peut
lire exactement que : « plusieurs magistrats ont indiqué avoir reçu des menaces, notamment dans les
provinces de l’Est du pays, entre autres pour avoir accepté le soutien de la MONUC. Ils ont reçu des
avertissements leur indiquant que, après le départ de la MONUC, eux resteront et que leur compte sera
réglé. D’autres magistrats militaires ont indiqué avoir trouvé des tracts contenant des menaces et les
enjoignant à ne pas enquêter dans les affaires de meurtre. Dans le cas de la justice militaire, ce sont des
militaires qui menacent ou agressent les juges à des fins d’intimidation, en vue de s’assurer leur
impunité ou celle de leurs collègues. Les récents graves incidents qui ont eu lieu à Kisangani où le
général Kifwa a enlevé quatre magistrats à leur domicile, les a déshabillés et battus dans la rue devant la
foule, et les a ensuite amenés à l’état major où deux d’entre eux aurait fait l’objet de traitements cruels
et dégradants toute la nuit, démontrent que le degré de vulnérabilité des juges atteint des niveaux
intolérables[52] ».
Le magistrat est partie intégrante de l’environnement social dans lequel il évolue et il n’est pas
souhaitable de l’isoler de celui-ci ; la « bonne justice » est rendue par un juge qui est en phase avec la
réalité. S’il est vrai que les droits et libertés qui sont reconnus aux autres membres de la société civile ne
sauraient lui être reconnus sans restriction aucune, il est tout aussi vrai que le juge ne doit pas paraître
vulnérable à certaines influences politiques, religieuses, ethniques, ou d’ordre économique, susceptibles
d’affecter son impartialité. Le souci d’éliminer les risques de conflits d’intérêts justifie qu’il soit interdit
aux juges l’exercice de toute activité professionnelle susceptible de les conduire à exercer leurs
fonctions juridictionnelles avec partialité. les influences et pressions provenant de son environnement
social susceptibles de compromettre l’impartialité d’un juge sont de sources si diverses qu’il serait
difficile de les mentionner toutes. Le juge se laisse très souvent influencer par les considérations d’ordre
sociologique (clanique ou tribal)[53] et par le pouvoir de l’argent. Aussi, avoir des relations parmi les
autorités politiques influentes, et le critère de parenté au sens large (famille, clan, ethnie) avec un haut
placé est un atout pour gagner un procès. Le contraire l’est pour la perte d’un procès même lorsqu’on a
juridiquement raison. Le Professeur VUNDWAWE n’a pas hésité de parler des Avocats et des magistrats
qui entretiennent des relations mercantilistes en bradant le droit contre de l’argent[54].
Dans un rapport de l’ONU sur l’indépendance des juges déjà cité, l’expert note ceci : « alors que les
Avocats ne semblent souffrir ni d’un manque d’organisation de leur profession ni de l’absence
d’indépendance au niveau formel, les difficultés qu’ils rencontrent se situent au niveau du manque
d’indépendance des magistrats, et notamment de leur corruption. Il est bien trop fréquent que les juges
demandent de l’argent aux avocats et, s’ils ne payent pas, ils perdent le plus souvent les procès. De ce
fait, une partie des Avocats se laissent corrompre et ceux qui restent intègres ont beaucoup de
difficultés[55].
L’environnement social et le pouvoir de l’argent sur le magistrat, sont donc ces deux autres facteurs qu’il
faut considérer dans la détermination des règles sur l’indépendance des magistrats. Le principe de
l’inamovibilité des juges par exemple devrait s’adapter à cette réalité ; un régime plus dissuasif des
sanctions est, pour ainsi dire souhaitable pour décourager des pratiques pour les moins avilissantes.
La Constitution a posé de solides bases de l’indépendance du pouvoir judiciaire. Très peu cependant a
été fait pour bâtir sur ces bases. Le gouvernement et le parlement ont failli à élaborer des lois qui
devaient concrétiser les principes constitutionnels et remplacer le cadre législatif ancien basé sur
l’inféodation du pouvoir judiciaire au pouvoir exécutif.
Tout aussi objectifs sont les critères pris en compte pour la promotion des magistrats, en l’occurrence
accomplir au moins trois années de service dans un grade et obtenir au moins deux fois la côte « très
bon » pendant cette période[56].
Deux procédures sont prévues pour la nomination des magistrats. La première comprend notamment la
publication par le CSM, dans tous les chefs lieux des provinces, d’un avis officiel fixant un délai utile pour
l’introduction des candidatures, l’organisation d’un concours de recrutement, la nomination des
magistrats selon leur ordre de classement sur la liste établie à cet effet, la formation professionnelle des
magistrats nommés auprès de l’Ecole supérieure de la magistrature, leur soumission à un stage
professionnel d’une durée de douze mois et la prestation de serment[57]. La seconde procédure de
nomination des magistrats, applicable aux avocats ayant exercé leur profession pendant cinq mois au
moins se distingue de la première en ce qu’elle n’intègre pas le concours de recrutement[58]. Depuis
l’établissement de cette nouvelle procédure, deux vagues de recrutement des magistrats se sont
succédé, respectivement en 2009 et 2011. Ces recrutements ont néanmoins été opérés en violation de
la procédure établie. Abusant de son pouvoir budgétaire, le ministre de la Justice a chaque fois frustré la
tenue du Conseil supérieur de la magistrature et a ensuite utilisé l’argument de l’impossibilité pour le
CSM de se réunir pour s’arroger l’initiative de recruter les magistrats. En 2008 par exemple, le ministre
de la Justice Mutombo Bakafwa a d’abord créé les conditions rendant impossible la tenue des réunions
du CSM pour préparer et superviser la nomination des magistrats par le président de la République.
Face aux critiques sur la violation des pouvoirs du CSM, il s’est ensuite défendu en déclarant que « le
président de la République ne pouvait pas attendre l’année prochaine ou dans deux ans lorsque le
Conseil supérieur de la magistrature sera mis en place pour qu’il puisse en ce moment-là prendre des
décisions».
Ces recrutements ont également été marqués par la violation des critères de nomination, comme par
exemple, la nomination de détenteurs des diplômes autres que ceux de licence en droit et des
personnes qui n’auraient pas subi le concours de recrutement.
La promotion dans la magistrature répond à des critères préétablis dans la loi et fonctionne de façon
automatique. Deux critères principaux sont pris en compte dans la procédure d’avancement en grade
des magistrats : l’ancienneté et la cotation. Le magistrat qui a accompli au moins trois années de service
dans un grade est nommé au grade immédiatement supérieur si au cours de cette période il a obtenu au
moins deux fois la cote « très bon[59] ». La cotation des magistrats se fait au moyen d’un système de
signalement du rendement, de la conscience et des aptitudes professionnelles du magistrat dans un
bulletin « dans lequel sont brièvement décrites les activités exercées pendant l’année écoulée et dans
lequel est proposée ou attribuée une appréciation du mérite du magistrat ». L’appréciation du mérite
est synthétisée par l’une des mentions suivantes : « élite », « très bon », « bon », « médiocre[60] ».
Dans la pratique, ces principes ne sont pas toujours respectés. De nombreux magistrats occupent leurs
postes depuis plusieurs années tandis que d’autres, à peine nommés à un poste, connaissent très vite
une série de promotions. Les uns stagnent dans leur vie professionnelle, les autres connaissent une
ascension fulgurante. On trouve ainsi des substituts du procureur de la République, grade de
recrutement dans la magistrature, qui occupent ce poste depuis vingt ans alors même que leur
collègues, recrutés le même jour, sont déjà à la Cour suprême de justice à la suite de plusieurs «
enjambements », c’est-à-dire des avancements en brûlant les étapes. L’incidence de la cotation dans le
destin professionnel des uns et des autres est, sinon nulle, du moins négligeable. Cela ne peut
qu’aboutir à la démotivation généralisée de la plupart des magistrats.
La politisation de la gestion de la carrière des magistrats a encore été plus flagrante dans la vague des
révocations et mise à la retraire, dont certaines anticipées, des magistrats, y compris ceux du siège qui
bénéficient pourtant de l’inamovibilité. Nawele Mukhongo, ancien président de la Haute cour militaire,
est le premier à en avoir fait les frais en 2006, dans l’indifférence totale[61]. Suivront les purges des 9
février 2008 et 15 juin 2010, sévèrement critiquées dans l’opinion[62]. Cela n’a pas empêché le
président de la République de prendre, en date du 26 novembre 2010, une autre ordonnance de
révocation de Bemwizi Kienga, alors premier président de la CSJ. Preuve éloquente de l’instabilité
professionnelle des magistrats et de l’ineffectivité de l’indépendance du pouvoir judiciaire, en cinq ans,
depuis 2006, date de la promulgation de la Constitution en vigueur, la CSJ a connu quatre premiers
présidents. Il s’agit de Lwamba Bindu (juin 2003-9 février 2008), Tinkamanyire (9 février 2008-15 juillet
2009), Bemwizi (15 juillet- 26 novembre 2010) et Kitoko Kimpele (26 novembre 2010-).
La nature trop hiérarchisée des rapports entre magistrats contribue également à la détérioration des
conditions de travail et favorise la corruption au sein de la magistrature. Les chefs de corps des
tribunaux et d’office des parquets abusent de leur pouvoir d’attribution des affaires pour acheter la
loyauté de leurs collègues ou comme moyen de tisser des réseaux de corruption. Ils n’attribuent pas
d’affaires judiciaires à certains de leurs collègues pendant de longues périodes, tandis qu’ils attribuent à
d’autres des affaires moins « juteuses » (c’est-à-dire celles dans lesquelles il n’est pas possible
d’extorquer des paiements illégaux des parties), se réservant à eux-mêmes ou aux magistrats de leur
obédience le traitement des affaires les plus « juteuses » – dans lesquelles ils perçoivent de plus grandes
possibilités d’obtenir des paiements illégaux[63]. D’âpres le bâtonnier national Mbuy Mbiye, «bien des
juridictions de notre pays semblent fonctionner aujourd’hui au rythme des réseaux de protection tissés
en partant de l’amitié ou de la fidélité vis-à-vis de leur chef, qu’il s’agisse des cours et tribunaux ou des
offices de parquet, où l’on voit les mêmes magistrats siéger régulièrement de semaine en semaine ou
instruire activement les dossiers, pendant que leurs collègues végètent dans l’ennui[64]».
Au siège, certains chefs de juridictions interdisent à leurs collaborateurs de prononcer des décisions
judiciaires dans des affaires soumises à leur sanction avant qu’ils n’aient émis un visa préalable255.
Toutes ces pratiques ont pour effet d’aliéner l’indépendance du pouvoir judicaire, les magistrats étant
obligés de se référer, pour prononcer leurs jugements, non pas au prescrit de la loi et à leur conscience
mais à la positon de leur hiérarchie.
En ce qui concerne l’inamovibilité des magistrats, l’article 14 de la loi organique n°06/020 su 10 octobre
2006[67] portant statut des magistrats donne à ce principe un sens très restreint relatif uniquement au
déplacement des magistrats. Le principe d’inamovibilité des magistrats doit être plutôt compris en ce
sens que le juge ne peut faire l’objet de mesure individuelle quelconque prise à son encontre par le
gouvernement (révocation, suspension, déplacement, mise à la retraite prématurée), e, dehors des
conditions et cas prévus par la loi. Il ne peut être muté géographiquement, même en avancement, sans
son consentement.
S’agissant ensuite de l’autonomie dans la désignation et la révocation des magistrats d’âpres l’article 82
de la Constitution, « le président de la République nomme, relève de leurs fonctions et, le cas échéant,
révoque, par l’ordonnance, les magistrats du siège et du parquet sur proposition du Conseil Supérieur
de la Magistrature ». Ces prérogatives reconnues au Président de la République et reprises par la loi
portant statut des magistrats paraissent aller à l’encontre du principe du principe d’indépendance de la
justice. En effet, on comprendrait encore s’il s’agissait d’une simple formalisation de désignation, de
promotion et de révocation opérée matériellement par le Conseil Supérieur de la Magistrature. Mais ici,
ce conseil ne fait que proposer ; le véritable pouvoir de nomination de promotion et de révocation est
reconnu au Chef de l’Exécutif, le plaçant ainsi au-dessus des membres d’un pouvoir
constitutionnellement séparé, différent et indépendant de celui auquel il appartient.
Il y a enfin, le contrôle disciplinaire autonome, d’apres l’article 20 de la loi organique du 05 aout 2008
portant organisation et fonctionnement du Conseil Supérieur de la magistrature, celui-ci est la
juridiction disciplinaire des magistrats. Il sied de souligner un fait déterminant c’est que les différentes
fautes ne sont pas assorties des peines correspondantes, laissant une chambre de discipline du conseil
supérieur de la magistrature une grande discrétion dans l’appréciation des cas et dans la détermination
de la sanction à infliger au magistrat en faute.
La conquête de l’indépendance effective du pouvoir judiciaire peut être l’œuvre du Conseil Supérieur de
la magistrature.
En effet, le CSM a un grand rôle à jouer dans la lutte pour l’indépendance du pouvoir judiciaire. En
France, par exemple, le CSM a permis une avancée en matière d’indépendance de la justice, puisque,
outre ses deux prérogatives essentielles nominations et discipline, il est chargé d’assister au Président
de la République dans son role de garant de l’indépendance de l’autorité judiciaire[69]. Pour ce faire, il
effectue des missions d’information aupres de la Cour de Cassation, des Cours d’Appel, des tribunaux et
de l’Ecole nationale de la magistrature. Dans le cadre cette mission, il a ainsi adressé à plusieurs reprises
des avis, rendus publics au Président de la République. Il faut néanmoins souligner que cette réduction
du CSM à un organe consultatif du chef de l’Etat est contraire à l’indépendance de la justice en France.
Mais l’indépendance de la justice, condition sine qua non pour l’efficacité dans son action et sa
crédibilité aux yeux des citoyens, dépend d’une combinaison de plusieurs conditions, c'est-à-dire de
l’organisation et du fonctionnement de la justice, du statut, des attributions et des moyens du juge.
L’indépendance du juge, impliquée par une séparation des pouvoirs (qui ne peut s’interpréter comme
une rupture totale), ne signifie pas un isolement du juge vis-à- vis d’autres institutions : indépendant
doit être celui-ci, mais il doit continuer à exercer sa fonction essentielle qui est celle de juger et qui est
l’une des trois fonctions de l’Etat[70].
Bien savoir que l’indépendance du juge doit cependant être appréhendée d’un triple point de vue :
l’indépendance de la justice suppose d’abord que le juge soit à l’abri de l’influence ou de la domination
d’autres pouvoirs publics de l’Etat. Mais il faut admettre ensuite qu’elle doit être protégée des pressions
provenant des partis politiques notamment de l’opposition, des syndicats et, de manière générale, de la
société civile. Enfin, l’indépendance de la justice doit être envisagée dans son sens large : les
déclarations de principe ne suffisent pas ; encore faudrait-il que d’autres conditions matérielles,
statutaires, financières etc. soient également remplies pour que le juge puisse en toute sérénité rendre
la justice.
poursuivre les efforts en matière de renforcement des effectifs des magistrats dans le strict respect du
principe constitutionnel de la parité ;
veiller à l’amélioration des conditions de vie et de travail des magistrats, particulièrement ceux d’entre
eux qui travaillent dans les milieux reculés ;
redynamiser les mécanismes d’évaluation interne des magistrats, notamment à travers l’actualisation du
bulletin de signalement ;
veiller à ce que la mise en cause de la responsabilité des magistrats ne soit un prétexte pour porter
atteinte à l’indépendance du pouvoir judiciaire ;
doter les chambres de discipline des moyens nécessaires à leur fonctionnement optimal ;
respecter scrupuleusement l’inamovibilité des magistrats.
sensibiliser leurs membres à leur responsabilité et leur rôle dans la défense de l’Etat de droit ; les
encourager à se mobiliser pour la protection de l’indépendance du pouvoir judiciaire ;
multiplier les contacts avec les collègues étrangers afin d’échanger les expériences, notamment sur les
mécanismes de protection de l’indépendance du pouvoir judiciaire.
Sawy BAENI
[2] Premier principe des Principes de Bangalore. Cour interaméricaine : Reverón Trujillo v Venezuela,
2009, §146.
[3] Principe 10 des Principes fondamentaux relatifs à l’indépendance de la magistrature ; titre A(4)(i) des
Principes relatifs aux procès équitables en Afrique
[4] E. JEULAND, Droit processuel, Paris, éd. L.G.D.J., 2007, n° 199, p. 198.
[5] G. DE LEVAL, Institutions judiciaires, Liège, 2ème éd., Collection Scientifique de la Faculté de Droit de
Liège, 1993, p. 37.
[7] CONSTANTIN Yatala, Indépendance du pouvoir judiciaire, Indépendance du pouvoir judiciaire face au
pouvoir exécutif ao Congo-Kinshasa, p8.
[8] J. VAN COMPERNOLE, « L’indépendance et l’impartialité du juge », in P. LEMMENS et M. STORME,
confiance dans la justice, Bruxelles, éd. Bruylant, 1995, p. 17
[9] Résolution 1993 / 44 du 5 mars 1993 de la Commission des Droits de l’Homme de l’ONU
[10] Jean-Marie Henckaerts (CICR) et Louise Doswald-Beck (Commission internationale des juristes),
Droit international humanitaire coutumier, Volume 1 : Règles, Bruylant, 2006, règle 100, p. 467-491.
[12] Voir Cour européenne : Incal c. Turquie (22678/93), 1998, § 71 ; Borgers c. Belgique (12005/86),
1991, § 24-29 ; Kress c. France (39594/98), Grande Chambre, 2001, § 81-87 ; Delcourt c. Belgique
(2689/65), 1970, § 31.
[13] Voir Cour européenne : Le Compte, Van Leuven et De Meyere c. Belgique (6878/75 et 7238/75),
1981, § 55. Voir aussi Comité des droits de l’homme : Observation générale 32, § 18.
[14] Voir M. Nowak : U.N. Covenant on Civil and Political Rights: CCPR Commentary, 2e édition révisée,
Engel, 2005, p. 319-356.
[16] R. PERROT, Institutions judiciaires, Paris, 12e éd., Montchrestien, 2006, n° 362 p. 301 ; M.L. RASSAT,
Institutions judiciaires, Paris, PUF, 1996, p. 49 ; J.A. MAST, « L’indépendance des magistrats », in Journal
des tribunaux, 1946, p. 181
[17] Art 14 de la loi n°06/020 du 10 octobre 2006 portant statut des magistrats
[18] Article 10 de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme
[20] Nuala Mole, Catharina Harby, Le droit à un procès équitable, Un guide sur la mise en œuvre de
l’article 6 de la Convention européenne des Droits de l’Homme, Précis sur les droits de l’homme, nº 3,
p33
[22] J.-Y. MORIN, L’Etat de droit : émergence d’un principe du droit international, dans « Recueil des
cours l’Académie de droit international de la Haye », 1995, pp.126 et suivant cité par B. FAVREAU,
L’indépendance des avocats et des magistrats : une condition de l’état de droit, Centre Albert
Borschette, 3 et 4juillet 2003, Bruxelles, p.6.
[23] Commission africaine : Lawyers for Human Rights v Swaziland (251/2002), 2005, § 56.
[26] Comité des droits de l’homme : Observation générale 32, § 19. Cour interaméricaine : Apitz Barbera
et al v Venezuela, 2008, § 55.
[30] Il s‟agit de la Loi organique N°06/020 du 10 octobre 2006 portant statut des magistrats et de la Loi
organique N°08/013 du 05 aout 2008 portant organisation et fonctionnement du Conseil Supérieur de la
Magistrature en République démocratique du Congo.
[31] 9L‟article 130 de cette constitution détermine la composition du CSM et les modalités de
désignation des membres devant y faire parti. Le chef de l‟Etat n‟avait aucun pouvoir dans ce processus.
[32] les articles 95 et 98 de la loi N°078-010 du 15 février 1978 portant révision de la Constitution de
1967.
[33] Alioune Badara Fall, « Les menaces internes à l’indépendance de la justice », in Débats sur la
protection de l’indépendance du pouvoir judiciaire, Deuxième Congrès de l‟AHJUCAF, Dakar 7-8
Novembre 2007.
[34] Idem
[37]Commission européenne pour la démocratie par le droit (Commission de Venise), Rapport sur
l’indépendance du système judiciaire partie I : l’indépendance des juges, Strasbourg, 16 mars 2010 (Doc.
CDL-AD(2010)004.
[38] Le principe de la subordination hiérarchique de tous les membres du Ministère public d‟un ressort
d‟une Cour d‟Appel à un supérieur commun tire son fondement d‟un autre principe, celui de la
plénitude d‟exercice de l‟action public, qui appartient au procureur Général près la cour d‟Appel (lire le
professeur Luzolo Bambi Lessa, cours de procédure pénale, Kinshasa, 2007)
[40] VUNDWAWE te PEMAKO, Traité de droit administratif, Larcier, Bruxelles, 2007, PP 858-859 ; Cour
Suprême de Justice, Arrêt (RC. 2407) du 8février 2002, Bulletin des Arrêts 2004, p114-115.
[41] Joseph MVIOKI BABUTANA (Dir.), Etat des lieux du système judiciaire congolais, Rapport, Fondation
Konrad Adenauer, Commission Européenne, Kinshasa, Aout 2003, pp178-179.
[42] Joseph MVIOKI BABUTANA, le système judiciaire congolais : Etat des lieux et perspectives‟‟,in
Pamphile Mabiala Mantuba-Ngoma, Théodor Hanf et Béatrice Schlee, La République démocratique du
Congo : une démocratisation au bout du fusil, publications de la Fondation Konrad Adenauer, Kinshasa,
2006, p 185.
[44] Nicole DUPLE, « Les menaces externes à l’indépendance de la justice », in Deuxième Congrès de
l‟AHJUCAF, Dakar 7-8 Novembre 2007.
[45] NATIONS UNIES, Rapport du Rapporteur Spécial des Nations unies sur l’indépendance des juges et
des Avocats, additif, mission en République Démocratique du Congo. Doc. A/HCR/8/4/Add.2, § 39, 11
avril 2008 (disponible en ligne sur http :
//[Link]/doc/UNDOC/GEN§Go8/128/48/PDF/[Link] ?).
[46] MONUC, La situation des Droits de l’Homme en RDC au cours de la période de juillet à décembre
2006, 8 février 2007, p. 22.
[47] ACIDH, ASADHO, GLOBAL WITNESS ET RAID, Le procès de kilwa: un déni de justice, chronologie,
octobre 2004-juillet 2007, 17 juillet 2007
[49] NATIONS UNIES, Rapport de l’expert indépendant sur la situation des Droits de l’Homme en
République démocratique du Congo, Doc. A/HCR/7/25, 29 février 2008§28.
[53] Même les règles présidant à la promotion sont également affectées par ce phénomène de
tribalisme, ce que le Bâtonnier MBUY-MBIYE TANAYI semble affirmer lorsqu‟il écrit que : « Les règles
présidant à la promotion constituent un autre problème, dans la mesure où la compétence était souvent
écartée comme critère possible de sélection, l’évaluation des candidats se limitant bien souvent à
l’origine tribale ou clanique ou encore à l’équilibre régional, avec pour conséquence que certains
méritants sont astreints à une carrière plane qui finit par engendrer découragement et aigreur. »
(MBUY-MBIYE TANAYI,
[61] M. Wetsh’Okonda Koso, République démocratique du Congo, La justice militaire…, [Link], p. 72.
[62] L’état de la justice congolaise, discours de rentrée judiciaire 2008 par le Bâtonnier national (inédit) ;
M. Wetsh’Okonda Koso, « La Cour suprême de justice serait-elle le juge idéal pour connaitre du
contentieux électoral de 2011 ? », disponible en ligne :
[63] Mbuy Mbiye Tanayi, « L’état actuel de la justice congolaise », in Les Analyses juridiques n°16/2009,
p. 43.
[64] Mbuy Mbiye Tanayi, Bon fonctionnement de la justice congolaise et recours en annulation spéciale
contre les décisions et reglèments des organes de l’ordre national des avocats, discours prononcé à
l’occasion de la rentrée de la Cour suprême de justice en date du 10 novembre 2012, disponible en ligne
à l’adresse [Link]
(3 février 2013).
[67]Article 14 de la loi organique n°06/020 du 10 octobre 2006 portant statut des magistrats prévoit : «
Le juge est innamovile. Il ne peut etre depacé que sur sa demande dument motivée et accpetée ou suite
à une promotion ou encore pour des raisons liées à ses fonctions dument constatées par sa hiérarchie
qui en saisit le Conseil Superieur de la magistrature ».
[68] §39 et 40 du rapport de l’ONU sur l’indépendance des juges et des avocats, LEANDRO DESPOUY,
sur sa mission en RDC (15-20 avril 2007) présenté devant le conseil des droits de l’homme le 11 avril
2008.
[69] P. PACTET / F. MELIN-SOUCRAMANIEN, Droit Constitutionnel, 27e edition, Sirey, Paris 2008, p. 523-
524 cité par C. Yatala Nsomwe Ntambwe, Indépendance du pouvoir judiciaire à l’egard du pouvoir
exécutif au congo-kinshasa, inedit, université de Fribourg, Suisse, 2010
[70] Association des Hautes Juridictions de Cassation des Pays ayant en partage, l’usage du Français, «
L’indépendance de la Justice » ; Acte de deuxième congres, Dakar, du 7 au 8 novembre 2007,p47
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