Moses TFC
Moses TFC
Ce chapitre aborde les notions essentielles sur la détention préventive (section 1),
notamment son fondement et son régime juridique, d’une part, ses conséquences sur la
restriction de la liberté et les respects des garanties constitutionnelles d’autre part (section 2),
il permet de tirer au clair les zones d’ombre et certaines questions subtiles relatives à la
détention préventive.
Il y a plus ou moins deux siècles et demi (250 ans), la privation de liberté trouvait sa
justification en prison, et elle est intégrée dans la législation pénale congolaise comme un
remède infaillible au problème de la criminalité.
Certes, de nos jours la peine privative de la liberté n’a plus ce prestige, si elle est toujours
maintenue, c’est souvent moins pour ses bienfaits que par la difficulté à lui trouver une peine
de remplacement1.
C’est ainsi que pour des raisons d’enquête, la loi autorise aux officier du ministère public et
aux officier de police judiciaire de restreindre la liberté de l’individu soupçonné, et ce suivant
le respect de certaines conditions et pendant un délai prévu par la loi.
Elle est souvent rattachée à la phase d’instruction préparatoire. Dans une certaine mesure
cependant, elle peut se rencontrer pendant la phase préalable au jugement ou même en pleine
instance par décision spéciale et motivée du tribunal. Dans cette dernière hypothèse, le
tribunal prononce l’arrestation immédiate, qui constitue aussi une mesure de détention
préventive.
1
R. NYABIRUNGU Mwene SONGA, Droit pénal général, 2eme éd. DES, Kinshasa, 1995, p.281.
2
R. GUILLIEN et J. VIENCENT, Lexique des termes juridiques, Dalloz, Paris, 2007, p.234.
2
Divers sont les sources de la détention préventive en droit congolais dont les unes relèvent
du droit international, et les autres du droit interne ou national3.
Quelle que soit l’époque considérée, la liberté individuelle est comptée parmi les droits
fondamentaux de l’homme en RDC. C’est pourquoi plusieurs textes consacrent, notamment :
- La constitution du 18 février 2006 qui consacre à cette notion les dispositions de ses articles
17 à 19 ;
- En outre, le décret du 6 août 1959 portant Code de procédure pénale tel que modifié et
complété à ce jour4 en ses articles 27 à 47 peut être considère comme étant le « droit commun
de la détention préventive» en ce sens que les autres textes qui se rapportent à cette matière
s’y réfèrent en cas de lacune ;
- L’arrêté d’organisation judiciaire n° 299/79 du 20 août 1979 portant règlement intérieur des
cours, tribunaux et parquets ;
L’examen en amont et en aval des différentes sources de la détention avant jugement montre
que cette mesure ne peut être prise que sous le couvert de certains motifs légaux. En effet, on
justifie d’ordinaire la détention préventive par le souci de faciliter la recherche des preuves,
d’éviter la fuite de l’inculpé et de répondre à l’attente de l’opinion publique exaspérée par le
trouble social causé par l’infraction.
3
LUZOLO BAMBI LESSA et BAYONA Ba MEYA, Manuel de procédure pénale, PUC, Kinshasa, 2011, p.266.
4
Modifié par la loi n°06/019 du 20 juillet 2006
3
- Déclaration universelle des droits de l’Homme date (publiée au J.O du 5 décembre 2002)
- Règles minima en matière de détention préventive et sur le traitement des détenus préventifs
adoptées par le premier Congrès des Nations Unies pour la prévention du crime et le
traitement des délinquants, tenu à Genève en 1955 et approuvé par le Conseil économique et
social dans ses résolutions 663 c ( XXIV) du 31 juillet 1957 et 2076 (LXII) du 13 mai 1977
- Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples, Nairobi, 27 juin 1981 (ratifiée par la
RDC le 10 juillet 1987)
-Pacte international relatif aux droits civils et politiques, adopté par l’Assemblée générale
dans sa résolution 2200 A (XXI) du 16 décembre 1966 (ratifié par la RDC le 1ernovembre
1976)
- Convention relative aux droits de l’enfant, New York, 20 novembre 1989 (ratifiée par la
RDC le 27 septembre 1990).
La détention préventive est soumise à certaines réalités et règles impératives qui précédent
sa mise par les autorités judiciaires, il s’agit de son régime juridique qui met en évidence son
caractère exceptionnel ainsi que les conditions de son application.
Ce caractère tire son fondement de l’article 28 du code de procédure pénale qui dispose « La
détention préventive est une mesure exceptionnelle ».
L’inculpé doit rester libre tout au long du procès pénal, la décision de le mettre en détention
n’étant qu’exceptionnelle.
Les souffrances indicibles que les deux guerres ont infligées à l’humanité ont concouru à
l’éveil de conscience de la communauté universelle sur l’impératif catégorique de protéger et
de promouvoir les droits humains que certains qualifient de miracle du siècle 5. C’est dans e
cadre que plusieurs instruments juridiques ont été adoptés par les Etats pour mettre en
évidence et promouvoir les droits les plus fondamentaux de la personne humaine, à savoir le
droit à la vie, à la sureté et à la liberté. C’est dans ce sens que la liberté est protégée et
considérée comme le principe, et la détention l’exception. La liberté est la règle, cependant,
quoiqu’étant générale.
5
D, BAMUENE, Philosophie du droit, notes de cours polycopiées, Université catholique du Congo, Faculté de
droit et de Sciences politiques, année académique 2012-2013, p.67
4
Cette liberté n’est pas absolue car ses frontières sont consignées dans la loi. Aucune liberté
ne saurait être générale et absolue, car elle doit s’arrêter où commence celles des autres 6.
C’est dans le même sens qu’A. RUBBENS voit dans le caractère exceptionnel de la
détention préventive une exigence de la loi, une mesure facultative qui ne peut s’appliquer
que si les conditions prescrites par l’article 27 du code de procédure pénale congolais sont
réunies7.
Après avoir fixé les conditions de la mise en détention préventive, le législateur s’emploie à
énoncer que cette mesure revêt un caractère exceptionnel, mais aussi la loi prévoit les
conditions de la mise en détention dans son article 27, et le caractère exceptionnel dans
l’article 28 qui prévoit que la détention préventive est une mesure exceptionnelle. Lorsqu’elle
est appliquée, certaines règles doivent être respectées.
Ce caractère est le corollaire des garanties procédurales en matière répressive qui consistent
à protéger la liberté et limiter les occasions de sa restriction qui est différente de la privation
de liberté qui intervient grâce à une condamnation rendu par un juge de fond. Le caractère
exceptionnel favorise d’une part le principe de la présomption d’innocence, et n’est nécessaire
qu’en cas d’indispensabilité absolue.
6
J-J. ROUSSEAU, Du contrat social « de l’Etat civil », paris, éd, politique, 1977, p.188
7
A. RUBBENS, Le droit judicaire congolais, Tome III. L’instruction criminelle et la procédure pénale, Bruxelles, éd,
Larcier, 1965, p.36
8
J-M, TASOKI MANZELE, Procédure pénale congolaise, éd, L’harmattan, Paris, 2016, p.186
5
Les conditions de la mise en détention préventive sont prévues par les articles 27 et 28 du
code de procédure pénale.
La lecture de ces articles laisse entrevoir que les faits qui peuvent donner lieu à la mise en
détention sont de trois ordres : De la nature des faits commis, du degré de gravité de ceux-ci et
de l’interrogatoire préalable de la personne inculpée. Concernant la nature des faits commis,
La décision de mise en détention préventive doit reposer sur la commission de l’infraction,
mais également le degré de gravité de l’infraction commise. Concernant cette condition, les
dispositions de l’article 27 alinéa 1 er du Code de procédure pénale requiert trois conditions
essentielles pour qu’une décision de mise en détention préventive soit prise contre un inculpé.
Il faut d’abord une infraction, ensuite une peine d’au moins six mois de servitude pénale
applicable à cette infraction et, enfin, des indices sérieux de culpabilité.
L’inculpé ne peut être mis en état de détention préventive que s’il existe contre lui des
indices sérieux de culpabilité et qu’en outre le fait paraît constituer une infraction punie d’une
peine de servitude pénale de six mois au moins.
Il s’agit là des faits matériels de nature à faire présumer la qualité d’inculpé à la personne
suspectée. Il peut s’agir d’une pièce, d’un aveu, d’un témoignage.
Pour qu’une personne soit incarcérée, il faut qu’il existe des indices suffisants corroborant
les faits mis à sa charge. Il s’agit d’indices sérieux, puisqu’à ce stade de la procédure pénale,
en vertu du principe de présomption d’innocence, la personne est soupçonnée mais non
déclarée coupable. C’est pourquoi il importe que le magistrat instructeur entende
préalablement l’inculpé, afin de mettre à jour les charges suffisantes légitimant une privation
de liberté. Le magistrat instructeur doit dresser un procès-verbal d’audition du suspect et y
mentionner les éléments justifiant sa décision.
Outre cette condition, il faudrait encore qu’existe cumulativement avec l’une des conditions
suivantes :
Il est généralement admis que le danger de fuite existe plus chez les délinquants récidivistes
en raison de leurs antécédents. Mais d’autre part, il est aussi vrai que la plupart des inculpés,
9
LUZOLO BAMBI LESSA et BAYONA Ba MEYA, [Link]. p.282
6
sinon tous, cherchent plus ou moins à se soustraire à la justice, ce monde aux arcanes
difficiles où ils se sentent désorientés ; aux effets redoutables de l’arrestation et de
l’incarcération, même très brève. Le choc est en effet terrible pour le délinquant primaire, et
l’innocent redoute une éventuelle incarcération par erreur, la fuite dans ce cas restera souvent
à craindre. Et comme il est de coutume de dire que la vérité se trouve mieux assurée lorsque
l’inculpé est dans l’impossibilité de communiquer aisément avec l’extérieur en restant à
l’entière disposition du magistrat instructeur, la détention préventive sera toujours requise, et
d’exceptionnelle qu’elle devrait être, elle risque de devenir pratiquement la règle. Le souci
d’éviter que le suspect ne se soustraie à l’action judiciaire est lié au fait que la répression des
crimes et délits est d’intérêt public. Le Ministère public peut uniquement se fonder sur cette
cause, s’il existe des circonstances objectives, tirées des faits de la cause et de la personnalité
de l’inculpé. Le fait que le prévenu ait une adresse connue, un travail stable et une famille à
charge sont autant d’éléments qui laissent supposer, jusqu’à preuve du contraire, qu’il n’existe
pas de risque de fuite.
La condition de l’identité douteuse ou inconnue est dans la pratique souvent conforme avec
l’absence de domicile connu10.
Il arrive que le prévenu puisse être privé de sa liberté lorsqu’il n’a pas de domicile connu en
RDC ou lorsqu’il est de nationalité étrangère. Mais s’il a répondu spontanément à l’invitation
de comparaître et qu’il n’a jamais fait obstruction à la justice, ces deux éléments ne peuvent
plus justifier la mesure. Ainsi, l’avocat pourra démontrer que la crainte de fuite ne peut pas
reposer uniquement sur le fait que l’inculpé n’a pas de résidence connue en RDC ou qu’il
risque de rentrer dans son pays d’origine pour se soustraire à la justice.
Cette condition est justifiée par le fait que les magistrats doivent fonder leurs décision sur le
fait que l’infraction est de nature à choquer l’opinion publique et risque donc de provoquer
des désordres si la personne est laissée en liberté11.
Il peut s’agir d’un cas où la personne suspectée est poursuivie par la clameur publique ou
s’il existe un risque de vengeance ou de justice privée de la part de la famille de la victime des
faits infractionnels. Dans ces conditions, la privation de liberté peut se justifier, même si les
conditions de seuil de gravité de l’infraction ne sont pas remplies.
La détention préventive peut également être justifiée dans cette condition par l’impératif de
conserver les preuves et d’empêcher le prévenu remis en liberté d’entrer en contact avec les
témoins ou d’organiser d’autres crimes pour dissimuler les faits. Mais il appert de rappeler
que dans le cas de circonstances graves et exceptionnelles, l’appréciation de ces conditions
10
Henri-D Bossy et Damien Vandermeersch, Droit de la procédure pénale, pp 496-497.
11
G. BUSIMBA KISINDIKIRA, Droit de l’homme et la procédure congolaise de la détention préventive, Kinshasa,
PUK, 2003, p.5.
7
- L’interrogatoire de l’inculpé :
L’article 28 du code de procédure pénale dispose que : « lorsque les conditions de mise en
état de détention préventive sont réunies, l’officier du ministère public peut, après avoir
interrogé l’inculpé, le placer sous mandat d’arrêt provisoire, à charge de le faire conduire
devant le juge le plus proche pour statuer sur la détention préventive ».
Dès l’instant où ces conditions seront remplies, l’officier du ministère public pourrait
solliciter du juge du tribunal de paix siégeant en chambre de conseil de prendre une
ordonnance sur autorisation de détention préventive. Et cette décision pourrait entrainer
plusieurs conséquences (Section 2) en droit, aussi bien sur la liberté restreinte et sur les
garanties reconnues à cette liberté.
§ 1. LA RESTRICTION DE LIBERTE
En droit congolais, la détention préventive, au sens large du terme, est une mesure
susceptible d’être prise par plusieurs autorités judiciaires : officiers de police judiciaire,
Officiers du ministère public et juges de certaines juridictions. Cependant, envisagée dans un
sens plus strict, cette mesure n’est l’œuvre que du juge de la Chambre du Conseil. Ainsi, la
Chambre du Conseil est également le seul organe juridictionnel compétent pour statuer sur la
détention préventive, même à l’égard des bénéficiaires du privilège de juridiction12.
12
LUZOLO BAMBI LESSA, [Link]. p.297.
13
MATADI NENGA GAMANDA, Le droit à un procès équitable, Ed. Droit et idées nouvelles, Kinshasa, 1990, p.70.
8
28 du code de procédure pénale. Ainsi pour placer un inculpé sous mandat d’arrêt provisoire,
l’officier du Ministère Public doit s’assurer de la réunion des conditions suivantes14 :
Nous avons mentionné ci-haut que le mandat d’arrêt provisoire avait une durée de validité
de 5 Jours, délai augmenté du temps strictement nécessaire pour effectuer le voyage, lorsque
l’inculpé réside une localité éloignée.
L’inculpé ainsi incarcéré sous le lien du mandat d’arrêt provisoire pour des nécessités
d’instruction préparatoire ne peut pas rester dans cet état au-delà de cinq jours sans que le
juge l’ait autorise. Car en mettant l’inculpé sous le mandat d’arrêt provisoire, l’officier du
ministère public a la charge de le faire conduire devant le juge compétent pour statuer sur la
détention préventive.
La suite à rendre à cette demande est laissée à la libre appréciation du juge, qui peut soit
prendre l’ordonnance d’autorisation de la détention préventive, soit refuser, tout en motivant
sa décision d’autorisation ou d’acceptation.
La liberté de l’inculpé est restreinte que lorsque le juge autorise la mise en détention
préventive, après la requête de l’officier du ministère public. Cette ordonnance autorisant la
mise en détention préventive n’est valable que pour quinze jours.
14
Article 28 du décret du 06 Aout 1959 portant code de procédure pénale tel que modifié et complété à ce
jour.
9
Ce délai peut être renouvelé par échéances successives d’un mois tant que l’exigera l’intérêt
de l’instruction. Il s’agira dans ce cas, pour l’OMP, de s’en remettre au même juge de la
Chambre du Conseil pour obtenir, cette fois-ci, une ordonnance de confirmation de
l’autorisation de mise en détention préventive qui consistera à proroger la durée de la
détention.
Cette procédure n’est pas la même pour les bénéficiaires de privilégiés de juridictions, car
pour ceux-là, leur accusation est tributaire à l’autorisation du bureau de l’assemblée nationale
ou du bureau du sénat dans lequel appartient l’individu inculpé, et ce en vertu de l’article 73
de la loi organise relative à la procédure devant la cour de cassation.
Même les autorités judicaires ayant reçu la compétence de prendre ces décisions ou de saisir
le bureau sont différents de celles ayant reçu la compétence pour la procédure ordinaire.
Quelle que soit la procédure suivie, la mise en détention doit se faire au respect des
garanties constitutionnelles et légales de la liberté individuelle.
La présomption d'innocence, en droit pénal, protège les personnes contre l'arbitraire, Ces
présomptions, fondées sur la situation la plus vraisemblable ou sur l'idée que, s'ils n'étaient
pas présumés, certains faits seraient impossibles ou très difficiles à établir, constituent des
avantages souvent décisifs que la loi concède à l'une des parties au nom de considérations de
politique juridique et de certaines valeurs qu'elle tend à protéger. Simples procédés techniques
utilisés à des fins supérieures qui dépassent la recherche de la vérité objective ou de la
sécurité juridique, ces présomptions légales ne valent que ce que vaut le but qu'elles
poursuivent.
15
Article 17 de la constitution du 18 Février 2006
16
Article 225 du code civil congolais
17
A. SITA MUILA, Manuel de droit pénal général congolais, éd. L’harmattan, Paris, 2020, p.89.
10
La protection de la liberté individuelle dans le procès pénal est donc fondée sur le principe
de la présomption d’innocence, dont la portée n’a pas souvent été bien prévue par bon nombre
de législateurs. En effet, la présomption d’innocence est affirmée aujourd’hui dans l’ensemble
des droits nationaux et dans l’ensemble des conventions internationales.
Cette garantie attribue la charge de la culpabilité à l’accusateur d’une part, sur base de
l’adage Actori incumbit probation, et d’autre part de l’interdiction de la présomption de la
culpabilité.
Si la preuve de la culpabilité n'est pas apportée, le doute doit profiter à l'accusé (In dubio
pro reo). En outre, Les personnes inculpées ont le droit de se faire examiner par un médecin
dès qu’elles en expriment le désir. Si le médecin constate qu’il a été exercé contre elles des
sévices ou mauvais traitements, il en fait rapport au Procureur de la République. Si le médecin
constate que la personne gardée à vue ne peut, en raison de son état de santé, être retenue plus
longtemps, celle-ci est acheminée aussitôt devant le Procureur de la République.
L’inculpé, jouit du droit au silence. Il s’agit d’un principe général de droit. Ainsi, les
tribunaux répressifs ne peuvent, en principe, retenir le manque ou le refus d’explications d’un
18
M-L RASSAT, Traite de procédure pénale, Paris, PUF, coll. DROIT DONDAMENTALE, 1e édit, 2001, p.58.
11
prévenu lorsque l’accusation est suffisamment étayée pour entraîner, à elle seule, une
conviction de culpabilité.
Les Officiers du ministère public procèdent régulièrement et à tout moment à la visite des
locaux de garde à vue. Ils s’assurent de leur salubrité et des conditions matérielles et morales
des personnes qui y sont maintenues. Ils se font communiquer les procès-verbaux établis à
l’encontre de ces personnes et recueillent leurs doléances éventuelles. Ils dressent les procès-
verbaux de toute contravention à la loi. Ils peuvent, lorsque la garde à vue leur paraît
injustifiée, ordonner que la personne gardée à vue soit laissée libre de se retirer. Les officiers
de police judiciaire sont tenus d’obtempérer à leurs ordres et doivent tenir constamment à leur
disposition les procès-verbaux des personnes gardées à vue19.
Le droit à l’information est garanti ; ce droit implique dès son entrée dans les locaux où il
est retenu, l’auteur présumé de l’infraction est mis au courant des motifs de sa rétention, de
son droit à refuser d’être interrogé avant d’avoir pu s’entretenir avec un avocat.
Cet appel formé contre l’ordonnance de détention préventive est porté devant le tribunal de
grande instance, dans un délai de vingt-quatre heures, délai qui court du jour où cette
ordonnance lui est notifiée. La déclaration d’appel est faite au greffe du tribunal qui a rendu
l’ordonnance de détention préventive, c’est-à-dire au greffe du tribunal de paix. Il en découle
qu’un appel formé contre une ordonnance de détention préventive et déposé au greffe du
tribunal compétent pour connaître de l’appel est irrecevable. Autant l’ordonnance de détention
préventive est rendue à huis clos en chambre du conseil, autant la décision statuant sur l’appel
d’une ordonnance autorisant la détention préventive ne doit pas être rendue en audience
publique.
Ces garanties contribuent à éviter les injustices, et détentions injustes, et les lourdeurs
administratives en matière de détention.
Une détention préventive qui est suivie d’un classement sans suite, ordonné par le magistrat
instructeur, ou qui est suivie d’un acquittement, décidé par le juge, constitue un défaut de
protection des libertés individuelles. Elle laisse supposer un dysfonctionnement ou un
mauvais fonctionnement de la justice.
La détention préventive est alors regardée comme une détention injustifiée, qui cause
dommage à autrui et qui est susceptible d’ouvrir la voie à une indemnisation.
types, préférant les feuilles volantes (autrement appelées « billets d’écrou »), qui ne
mentionnent pas nécessairement tous ces renseignements. Fréquemment, la prévention
retenue contre la personne ne correspond même pas aux faits décrits. En outre, alors que
l’OPJ doit reporter la date d’arrestation de la personne sur un registre, les magistrats comme
les avocats sont nombreux à déplorer le fait que ceux-ci sont mal tenus voire inexistants,
l’identification du prévenu étant d’autant plus malaisée lorsque le magistrat et/ou l’avocat
doivent faire face à une absence de dossier physique. Leurs plaintes concernent également les
transmissions tardives des dossiers aux Parquets, les auditions et établissements de PV par des
policiers non habilités, les « oublis » de délivrer la quittance pour tout paiement, qui peut dans
certains cas s’accompagner d’actes de corruption ou de concussion.
Toutes ces violations et entorses au Code de procédure pénale ne peuvent être évitées que
par les garanties procédurales en matière de détention préventive.
A l’égard des personnes relevant de la compétence de la cour de cassation et qui l’ont comme
juge naturel en vertu du principe du privilège de juridiction, la Cour de cassation dispose
d’une double compétence : celle de juge ordinaire de la détention préventive et de juge de la
connaissance au fond (en premier et dernier ressort) de toute action publique dirigée contre
ces personnalités. En effet, lorsque l’une de ces personnalités est mise en accusation pour une
infraction, les règles ordinaires de la procédure pénale sont applicables. Cependant, à leur
égard, seule la Cour de cassation est compétente pour autoriser la mise en détention
préventive qui est remplacée par l’assignation à résidence surveillée, dont elle détermine les
modalités dans chaque cas. Il reste que le législateur n’a pas encore déterminé le régime
pénitentiaire de cette mesure. Mais que faut-il comprendre par cette juridiction ?
cassation dont le siège ordinaire est établi dans la capital de la République Démocratique du
Congo.
A. De l’organisation
La cour de cassation occupe dans la hiérarchie des juridictions de l’ordre judicaire la dernière
place, conformément aux articles 6 al. 1 et 24 al 3 de la loi du 11 avril 2013.
- Premier président de la cour de cassation assisté d’un cabinet dont le personnel est
choisi par lui
- Des présidents et des conseillers
- Des conseillers référendaires, choisis sur les mérites de leurs publications par le
conseil supérieur de la magistrature. Ce sont des professeurs des universités, les
avocats. Ils assistent les magistrats de la cour et du parquet dans l’accomplissement de
leurs missions. Les conseillers référendaires sont investis par ordonnance du président
de la république, conformément au statut des magistrats. C’est un corps des magistrats
civils et militaires.
En vue de bien fonctionner, la cour de cassation comprend trois formations dont les chambres,
les chambres restreintes et les chambres réunies.
Chacune des chambres siège au nombre de cinq membres et elle est présidée par un président.
Le premier président de la cour peut présider toutes les chambres de la cour.
Les chambres restreintes qui sont composées de trois membres désignés par le premier
président de la cour, cette chambre statue sur les pourvois manifestement irrecevables ou
lorsque la cause ne révèle pas de façon définitive la compétence de la cour.
14
Les chambres réunies comprennent tous les présidents des différentes chambres et tous les
conseillers les plus anciens de chaque chambre.
Les justiciables de la cour de cassation sont des autorités voulues par le législateur d’être
jugées par devers cette instance, après la commission des infractions. Avant de les connaître
(B), il va falloir comprendre le sens du concept privilège (A).
A. Privilège
Le concept privilège a plusieurs sens selon que l’on est en droit civil ou en droit pénal. Au
sens civiliste, il signifie droit que la loi reconnaît à un créancier, d’être préféré aux autres
créanciers, même hypothécaires, sur l’ensemble des biens de son débiteur (privilège général)
ou sur certains d’entre eux seulement21. Mais dans le cas de cette étude, il ne sera pas examiné
les privilèges selon le sens civiliste que nous venons de définir, mais plutôt selon le sens du
droit de la procédure pénale qui fait état non seulement des privilèges tout court, mais ajoute
les privilèges de juridictions.
A cet effet, il faut entendre par privilège de juridictions, une dérogation aux règles de
compétence matérielle répressive qui fait que certaines catégories des personnes puissent être
jugées par des juridictions bien déterminées, à l’exclusion de toutes les autres, et ce, dans le
souci d’empêcher que ces personnes ne puissent influencer ces juridictions 22. C’est une
institution juridique selon laquelle une personne, compte tenu de sa personnalité c’est-à-dire
des fonctions qu’elle exerce ne soit jugée que par une juridiction déterminée quelle que soit
l’infraction commise. Cependant, Les privilèges de juridiction que connaît le droit congolais
renvoyant certains justiciables devant la juridiction supérieure à celles que leur désigne le
droit commun, n’a pas pour but de ménager leurs intérêts, ni même le prestige de leur
fonction. Les privilèges ne sont toutefois pas accordés comme faveurs, mais visent plutôt à
éviter que les magistrats ne soient pas amenés à assurer les responsabilités excessives au
jugement respectivement des dignitaires dont le rang et le prestige pourraient les influencer
»23. Les privilèges de juridictions sont un avantage, une faveur que la loi accorde à certains
dignitaires d’être justiciables non devant les juges inférieurs, mais devant les hauts juges
qu’ils ne peuvent pas facilement influencer. Etant donné que ces bénéficiaires sont des
autorités qui peuvent facilement emballer des petits magistrats compte tenu de l’influence
qu’elles peuvent exercer. En effet, les privilèges de juridictions trouvent leur fondement dans
le souci de voir même des personnes jouissant d’un rang social élevé, répondre de leurs actes
21
GUINCHARD, S. et DEBARD, Th. (dir.), Lexique des termes juridiques, Paris, 19ème éd., Dalloz, 2012, p. 681.
22
LUZOLO BAMBI LESSA et BAYONA BA MEYA, [Link]., pp. 90-91.
23
RUBBENS, A., Le droit judiciaire congolais. Tome I. Le pouvoir, l’organisation et compétence judiciaire,
Bruxelles, Ed. Larcier, 1970, p. 156.
15
répréhensibles sur le plan pénal. Etant donné qu’il est admis dans des textes nationaux que
certaines personnes vis-à-vis des fonctions, des rangs qu’elles occupent dans la société
puissent bénéficier de certaines faveurs, sous entendues des privilèges et immunités qui
pourraient être un obstacle à leur poursuite ; éventuellement, à leur répression en cas
d’infraction.
Pour éviter que ces protections n’assurent leur impunité, le législateur a conçu un procédé
pouvant rendre possible la poursuite et la sanction de ces dignitaires. Ceux-ci sont soumis
désormais à un juge supérieur par rapport au juge naturel de toute personne ordinaire24.
C’est en considération de cela que, bénéficier de privilèges de juridictions n’est pas tellement
avantageux. Car en effet, ces justiciables sont privés du bénéfice de double degré de
juridiction, qui est un principe constitutionnel, qui garantit le droit pour toute affaire soumise
aux cours et tribunaux de faire l’objet d’examen quant au fond à deux niveaux : au premier
degré et en appel. C’est pour veiller à ce que les décisions des tribunaux, qui peuvent être
entachées d’insuffisances ou d’erreurs, voire d’injustice, fassent l’objet d’un second examen.
Qui sont donc ces personnes bénéficiaires de privilèges de juridiction et à l’égard de qui sont
appliqués le régime particulier de la détention préventive ?
Ce sont les autorités délinquantes qui peuvent commettre des infractions et que la cour les
juge en premier et dernier ressort. Il s’agit entre autres : des membres de l’Assemblée
nationale et du Sénat, les membres du gouvernement autres que le Premier ministre ; les
membres de la cour constitutionnelle et ceux du parquet près cette cour ; les membres de la
cour de cassation et ceux du parquet près cette cour ; les membres du Conseil d’Etat et ceux
du parquet près ce conseil ; les membres de la cour de comptes et ceux du parquet près cette
cour ; les premiers présidents des cours d’appel et des cours administratives d’appel ainsi que
les procureurs généraux près ces cours ; les gouverneurs, les vicegouverneurs de provinces et
les ministres provinciaux ainsi que les présidents des Assemblées provinciales25.
De tous ces justiciables que nous venons de citer bénéficient de privilèges de juridictions,
mais également parmi eux seuls les membres du parlement bénéficient outre des privilèges de
juridictions, des immunités et inviolabilité. Tandis que les membres du gouvernement ne sont
pas immunisés, mais bénéficient plutôt de l’inviolabilité et les restes, ne sont bénéficiaires que
des privilèges de juridictions. Voilà pourquoi il serait souhaitable d’abord d’étudier les
membres du parlement : pouvoir législatif pour connaître leur statut et ensuite les membres du
gouvernement : pouvoir exécutif et enfin, les membres du pouvoir judiciaire et autres
autorités politiques.
24
LUZOLO BAMBI LESSA et BAYONA BA MEYA, [Link]., p. 291.
25
art.93, loi organique n° 13/011-B du 11 avril 2013 portant organisation, fonctionnement et compétences des
juridictions de l’ordre judiciaire
16
Le pouvoir législatif congolais est exercé par un parlement composé de deux chambres :
l’Assemblée nationale et le Sénat ; votent des lois, contrôlent le gouvernement, les entreprises
publiques ainsi que les établissements publics. Chacune de chambre jouit de l’autonomie
administrative et financière et dispose d’une dotation propre 26. Il convient de préciser que
ceux de l’Assemblée nationale sont appelés députés tandis que ceux du Sénat sont des
sénateurs. Ils sont tous élus pour un mandat de cinq ans.
Après avoir passé en revue les membres du parlement : pouvoir législatif, il convient
d’examiner les membres du gouvernement : pouvoir exécutif.
Les membres du gouvernement sont appelés des ministres. Le gouvernement est composé du
Premier ministre27, des ministres, de viceministres et, le cas échéant de vice-premier ministre,
de ministre d’Etat et des ministres délégués 28. Il est dirigé par le Premier ministre Chef du
gouvernement. Malheureusement celui-ci n’est pas justiciable de la cour de cassation, il
relève de la cour constitutionnelle. En effet, chaque membre du gouvernement est appelé
ministre et il est responsable de son département ministériel. Il est investi d’un pouvoir
prestigieux parce qu’il engage son ministère. Il dispose d’un pouvoir réglementaire pour
assurer le bon fonctionnement de services placés sous son autorité. Il nomme les
fonctionnaires relevant de son ministère et par conséquent, bénéficie d’un grand respect. Il
applique le programme du gouvernement dans son ministère. Il statue par voie d’arrêt. Il est
l’ordonnateur des dépenses de son département, il signe les contrats pour le compte de son
département. Dns le cadre de l’exercice de ses fonctions, il peut être secondé par un vice-
ministre qui exerce sous son autorité les attributions leur confiées par l’ordonnance portant
organisation et fonctionnement du gouvernement. Il assume l’intérim du ministre en cas
d’absence ou d’empêchement.
Cependant, comme nous l’avions soutenu que ces autorités n’ont pas d’immunité comme les
membres du parlement dans l’exercice de leurs fonctions. Ils bénéficient simplement de
l’inviolabilité qui prohibe toute atteinte à leur intégrité corporelle, sauf nécessité médicale
pour la personne et le consentement préalable de l’intéressé.
Dans ce point, il sera traité d’une part tous les membres du pouvoir judiciaire justiciables de
la cour de cassation(a) et d’autre part, les autres autorités politiques(b).
Il s’agit ici de différentes catégories des magistrats qui sont justiciables de la cour de cassation
et qui siègent dans des cours et tribunaux de la République Démocratique du Congo. Il s’agit
26
Les articles 101, 104 de la loi organique relative à la procédure devant la cour de cassation
27
VUNDUAWE TE PEMAKO, F., Cours de contentieux administratif congolais, Vol. 1, Notions de juridiction et
délimitation du contentieux administratif en République Démocratique du Congo, Kinshasa, 2018.
28
Art. 90 al.1 de la Constitution de la R.D.C telle que modifiée…, [Link].
17
de : membres de la cour constitutionnelle et ceux du paquet près cette cour, les membres de la
cour de cassation et ceux du parquet près cette cour, les membres du conseil d’Etat et ceux du
parquet près ce conseil, les membres de la cour des comptes et ceux du parquet près cette
cour, les membres des cours d’appel et ceux des parquets près ces cours et enfin, les membres
de cours administratives d’appel et ceux des parquets près ces cours.
a.1. Les membres de la cour constitutionnelle et ceux du parquet près cette cour
Cependant à côté de la cour constitutionnelle, il est institué un parquet général près cette cour.
Le parquet général exerce les attributions qui lui sont dévolues par la présente loi organique.
Il est placé sous l’autorité du procureur général près cette cour. Le procureur général est
assisté d’un ou de plusieurs premiers avocats généraux et d’un ou de plusieurs avocats
généraux. Ils sont nommés conformément au statut des magistrats, par le Président de la
République pour un mandat de trois ans renouvelable une seule fois, parmi les magistrats de
l’ordre judiciaire ou administratif ayant au moins quinze ans d’expérience, sur proposition du
conseil supérieur de la magistrature. Ils sont soumis au statut de la cour. Le procureur général
fixe l’organisation intérieure du parquet. En matière pénale, il recherche et constate les
infractions relevant de la compétence de la cour, soutient l’accusation et requiert les peines.
Dans les autres matières de la compétence de la cour, il émet des avis motivés. Il assiste à
toutes les audiences de la cour. Il peut y présenter des observations. Il ne prend pas part au
délibéré29.
a.2. Les membres de la cour de cassation et ceux du parquet près cette cour
Conformément à la loi, sont magistrats : le premier président, les présidents et les conseillers
de la cour de cassation. Le procureur général, les premiers avocats généraux et les avocats
généraux près la cour de cassation25. Devant la cour de cassation donc, nous avons d’un côté
les juges qui sont censés dire le droit et de l’autre, les parquetiers qui sont censés requérir les
accusations et les peines. En effet, les magistrats du parquet sont coiffés par le procureur
général près la cour de cassation. Il est le premier de tous les magistrats du parquet général
29
Art.12, 13 et 14 de la loi organique n° 13/026 du 15 octobre 2013 portant organisation et fonctionnement de
la cour constitutionnelle.
18
près la cour de cassation. Il exerce près cette juridiction les fonctions du ministère public, en
ce compris l’action publique. Il peut cependant, sur injonction du ministre de la justice, initier
ou continuer toute instruction préparatoire portant sur des faits infractionnels qui ne ressortent
pas de la compétence de la cour de cassation. Il peut également, sur injonction du même
ministre ou d’office et par l’exécution des mêmes devoirs, faire injonction aux procureurs
généraux près la cour d’appel. De même, le procureur général près la cour de cassation peut,
sur injonction du ministre de la justice, requérir et soutenir l’action publique devant tous les
cours et tribunaux à tous les niveaux30.
En effet, en principe, c’est le ministère public près la cour de cassation qui recherche les
infractions aux actes législatifs et réglementaires qui sont commises sur tout le territoire de la
République. Il dispose d’un pouvoir proactif qui lui permet d’exercer d’office la mission de
rechercher des infractions. Il ouvre un dossier répressif d’instruction préparatoire (RMP). Il
instruit au parquet général et, chaque fois qu’il est convaincu de l’infraction, il saisit le juge
compétent pour soutenir l’accusation. Il détient de la loi le droit d’exercer à tout moment
l’action publique dès l’instant où une infraction a été commise. L’absence de la plainte de la
victime ou de dénonciation d’un tiers ne peut, sauf cas exceptionnel (adultère, grivèlerie,
harcèlement sexuel, etc.) pas l’empêcher d’aller à la recherche des infractions 31.
Selon les dispositions légales, sont magistrats de l’ordre administratif : le premier président,
les présidents et les conseillers du conseil d’Etat ; le procureur général, les premiers avocats
généraux, et les avocats généraux près le conseil d’Etat. Tous sont régis par le statut des
magistrats32.
Il convient de préciser que le premier président est le patron du conseil d’Etat. Il veille au bon
fonctionnement des services de sa juridiction. Il communique directement avec les chefs des
autres juridictions, avec ceux de juridictions de l’ordre judiciaire ou avec ceux de la cour
constitutionnelle pour les questions concernant sa juridiction. Il communique avec les
autorités administratives que pour les mêmes questions et sous le même couvert. A côté du
conseil d’Etat, il y a un parquet général. Le procureur général près le conseil d’Etat exerce les
fonctions du ministère public près cette juridiction. Il dispose du droit de surveillance et
d’inspection sur les parquets généraux près les cours administratives d’appel et sur les
parquets près les tribunaux administratifs. Il prononce une mercuriale à l’audience solennelle
de rentrée du conseil d’Etat. Les premiers avocats généraux et les avocats généraux exercent
les fonctions du ministère public sous sa surveillance. Il règle l’ordre intérieur ainsi que la
tenue des registres du parquet près le conseil d’Etat. Il intervient par voie d’avis. Il intervient
par voie d’action dans les cas de renvoi pour cause de sûreté publique, de révision et de
30
loi organique n° 13/011-B du 11 avril 2013 portant organisation, fonctionnement et compétences des
juridictions de l’ordre judiciaire
31
NDANGI BAZEBANZIA, Le défaut de pertinence de la qualité officielle en droit pénal congolais, Mémoire de
D.E.S en Droit Pénal, Faculté de Droit, UNIKIN, 2011-2013, p. 61
32
Art.26 et 44, loi organique n° 16/027 du 15 octobre 2016 portant organisation, compétence et
fonctionnement des juridictions de l’ordre administratif.
19
pourvoi dans l’intérêt de la loi. Cela étant, passons en revue les membres de la cour des
comptes.
a.4. Les membres de la cour des comptes et ceux du parquet près cette cour
Il est institué en République Démocratique du Congo une cour des comptes. En vertu de
l’article 173 de la constitution, la cour des comptes, en tant qu’administration spécialisée au
service du parlement, donne chaque année, avec ses observations, ses avis sur le compte
général de la République. En général, l’ensemble des attributions dévolues à une cour des
comptes est divisé en cinq principales tâches.
La cour des comptes de la manière que voici : - Le contrôle de la gestion des finances et des
biens publics, ainsi que du bon emploi des crédits, fonds et valeurs gérés par les services de
l’Etat et de tout autre organisme public soumis à son contrôle ;
Les membres de la cour des comptes et ceux du parquet près cette cour, ont rang des
magistrats de la cour de cassation et par conséquent, justiciables devant cette cour. Ils ont les
mêmes avantages. Ils sont nommés, relevés de leurs fonctions et, le cas échéant, révoqués par
le Président de la République, après avis de l’Assemblée nationale. A côté des membres de la
cour des comptes, il existe un parquet général dirigé par un procureur général secondé par un
ou plusieurs premiers avocats généraux, mais également un ou plusieurs avocats généraux. Ils
exercent tous les fonctions du ministère public près cette cour conformément à la loi. Cela
étant, étudions les membres des cours d’appel.
a.5. Les membres des cours d’appel et ceux des parquets près ces cours
Par la volonté du constituant de 2006, relayée par le législateur de 2013, a fait de la cour
d’appel une juridiction de l’ordre judiciaire, implantée dans chaque province du pays (une
cour pour chaque province et deux pour la ville de Kinshasa) en vue de connaître l’appel
formé contre les jugements rendus par les tribunaux de grande instance et les tribunaux de
commerce, mais également les tribunaux de travail. La cour d’appel dispose d’une
compétence ratione personae, mais aussi d’une compétence matérielle au premier degré, celle
consistant à juger le génocide, les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité commis
par les personnes qui relèvent de sa compétence personnelle et celle du tribunal de grande
instance33.
Par ailleurs, près chaque cour d’appel est institué un parquet général qui forme le corps du
ministère public et c‘est le procureur général qui en est le maître de l’action publique.
33
Art.91, loi organique n° 13/011-B du 11 avril 2013 portant organisation, fonctionnement et compétence de
juridiction de l’ordre judiciaire
20
Cependant, dans le cadre de cette étude, seuls les premiers présidents et les procureurs
généraux près les cours d’appel sont justiciables de la cour de cassation, lorsqu’ils sont
soupçonnés d’avoir commis les infractions.
a.6. Les membres des cours administratives d’appel et ceux du parquet près ces cours
Selon la loi, la cour administrative d’appel est composée d’un premier président, d’un ou de
plusieurs présidents et des conseillers. Les procureurs généraux, les avocats généraux et les
substituts du procureur général près les cours administratives d’appel. Ils sont tous régis par le
statut des magistrats. Mais, dans le cas d’espèce, seuls les premiers présidents et les
procureurs généraux sont justiciables de la cour de cassation ; lorsqu’ils sont soupçonnés
d’avoir commis les actes contraires à la loi pénale. Après avoir fini l’examen des membres du
pouvoir judiciaire et justiciables de la cour de cassation, il va falloir étudier les autres
autorités politiques qui comparaissent également devant cette cour.
Toutes les autorités justiciables de la cour de cassation ne sont pas traitées comme tous les
autres citoyens même si elles commettaient une infraction. Pour qu’elles soient arrêtées sans
condition, il doit s’agir d’une infraction intentionnelle flagrante ; sans cela, il faudrait au
préalable que les autorisations soient accordées. Pour les uns, qu’avec l’autorisation de
l’assemblée nationale ou du sénat mais aussi des assemblées provinciales pendant la session
ou par le bureau en dehors de la session, selon les cas. Pour les autres, elles ne peuvent être
poursuivies que sur l’autorisation du bureau du conseil supérieur de la magistrature34.
Pour dire que, ces justiciables bénéficient d’une faveur même s’ils ont commis une infraction
qui obligerait que la procédure soit respectée avant la mise en mouvement de l’action
publique par le procureur général près la cour de cassation à leur encontre. Mais également,
toute personne accusée, d’une infraction est présumée innocente jusqu’à ce que sa culpabilité
ait été établie par un jugement définitif.
A cet effet, il va falloir étudier d’un côté la procédure de leur privation de liberté (§1) et de
l’autre, l’assignation en résidence surveillée (§2), enfin les problématiques et pistes des
solutions (§3).
D’après la constitution, tous les congolais sont égaux devant la loi et ont droit à une égale
protection des lois, c’est-à-dire que les mêmes organes chargés par la loi de poursuivre tout
citoyen congolais serait les mêmes pour le même manquement. Au fait, cette disposition
constitutionnelle vise dans son applicabilité l’égalité de traitement en tout et pour tout devant
les instances judiciaires. Donc, on ne peut pas se prévaloir d’une quelconque qualité, rang
social pour chercher à se soustraire des organes institués par l’Etat pour poursuivre tous les
citoyens lorsqu’ils parviennent à commettre les mêmes actes infractionnels35.
34
7 Art.85, loi organique n° 13/010 du 19 février 2013 relative à la procédure devant la cour de cassation.
35
LUZOLO BAMBI LESSA et BAYONA BA MEYA, op. cit., p. 90.
21
Mais, cette égalité connaît des limites de droit et des faits. Néanmoins, le principe d’égalité ne
s’oppose ni à ce que le législateur règle de façons différentes des situations différentes, ni
qu’il déroge à l’égalité pour des raisons d’intérêt général, pourvu que, dans l’un et l’autre cas,
la différence de traitement qui en résulte soit en rapport direct avec l’objet de la loi qui
l’établit.
Lorsqu’une personne commet une infraction, elle devient délinquante ; peu importe son rang.
Après les dénonciations ou les plaintes à sa charge que le magistrat du parquet pourra ouvrir
un dossier RMP si les éléments constitutifs de l’infraction sont clairs ou un dossier RI
(registre d’information) qu’il pourra peut-être le transformer en un RMP. Il peut lancer
l’invitation ou le mandat d’amener selon que les faits sont graves. Après qu’il y ait répondu à
l’invitation ou amené de force, il procèdera aux actes d’instruction en l’identifiant, en
l’interrogeant et même en l’amenant à la confrontation pour se rassurer de la véracité des
faits. Convaincu de l’existence d’une infraction, il va l’inculper tout en appréciant librement
l’opportunité à la loi.
Il peut le placer sous le lieu du mandat d’arrêt provisoire lorsqu’il y a réunion des conditions
de la mise en état de la détention préventive. A cet effet, le mandat d’arrêt provisoire est
délivré pour une période de validité de cinq jours. Ce délai est augmenté du temps strictement
nécessaire pour effectuer un voyage, sauf le cas de force majeure ou celui du retard rendu
nécessaire par les devoirs de l’instruction. Entretemps, la personne inculpée sera conduite à la
prison, comme nous n’avons pas des maisons d’arrêt, en attendant l’issu de la procédure. Mais
cela n’est pas le cas pour les justiciables de la cour de cassation. Pour les membres du
parlement, ils ne peuvent être poursuivis, recherchés, arrêtés, détenus ou jugés en raison des
opinions ou votes émis par eux dans l’exercice de leurs fonctions ; ils ne peuvent, en cours de
session être poursuivis ou arrêtés sauf en cas de flagrant délit qu’avec l’autorisation de
l’assemblée nationale ou du sénat selon le cas.
Pour les membres du pouvoir judiciaire, la procédure est organisée par la loi et voudrait à ce
que les membres de cette institution sans préjudice de la procédure en matière d’infractions
36
Art.27 et 28 du code de procédure pénale
37
Art.166 al.2 de la Constitution de la R.D.C. telle que modifiée
22
intentionnelles flagrantes, ne peuvent être poursuivis que sur autorisation du bureau du conseil
supérieur de la magistrature38. Ce n’est qu’après cette autorisation que tous les membres du
pouvoir judiciaire, auteurs des actes infractionnels peuvent comparaître devant leurs collègues
du parquet général près la cour de cassation pour y être entendu des faits à leur charge.
Exception faite aux membres de la cour des comptes. Pour eux, sans préjudice de la procédure
en matière d’infractions intentionnelles flagrantes, ils ne peuvent être poursuivis et mis en
accusation que par l’assemblée nationale, statuant au scrutin secret et à la majorité absolue des
suffrages exprimés et ce, à la requête du procureur général 39. Pour dire, si l’assemblée
nationale n’autorise pas les poursuites, le procureur général près la cour de cassation ne va pas
s’en saisir du délinquant membre de la cour des comptes. Il restera donc impuni faute
d’autorisation.
La nécessité de la régularité du titre primitif d’arrestation est une condition essentielle de mise
en détention préventive ou d’assignation en résidence surveillée d’un justiciable inculpé d’une
infraction quelconque. Elle devrait, selon certains auteurs, s’imposer aux Chambres du
Conseil de toutes les juridictions compétentes en matière de détention préventive tout au long
de sa procédure.
Après que le procureur général ou l’autre magistrat du parquet général près la cour de
cassation qu’aurait désigné le procureur général pour poser les actes d’enquêtes et
d’instruction à l’égard de l’un des justiciables de cette cour auteurs des actes ignobles
qualifiés d’infraction, convaincu que le délinquant a effectivement commis l’acte lui reproché,
et que par conséquent sa détention peut se justifier du fait de la réunion des conditions
prévues par la loi40 quant à ce, il peut se décider de lui placer sous mandat d’arrêt provisoire.
En effet, comme ces justiciables bénéficient d’une faveur de par la loi même s’ils commettent
des infractions, au lieu de les envoyer à la maison d’arrêt ou à la prison, comme on le fait à
tous les citoyens ordinaires, ceux-ci ne peuvent pas subir des actes de violences, et surtout que
les uns sont inviolables, ils seront envoyés dans un endroit sûr, autre que sa résidence ou
carrément lui assigné dans sa résidence. Mais là, il y aura certaines conditions qui seront
appréciées par les magistrats, précisément les juges.
38
Art.85, loi organique n° 13/010 du 19 février 2013 relative à la procédure devant la cour de cassation.
39
Art.86, loi organique n° 13/010 du 19 février 2013 relative à la procédure devant la cour de cassation.
40
Art.27 et 28 du décret du 6 août 1959 portant code de procédure pénale.
23
Comme nous l’avions soutenu, les justiciables de la cour de cassation par ricochet, les
bénéficiaires de la qualité officielle et les privilégiés de juridiction sont, selon la volonté du
législateur, ne peuvent pas être poursuivis par les mêmes organes ordinaires institués par
l’Etat, censés poursuivre tous les citoyens lorsqu’ils sont soupçonnés d’avoir commis un acte
qualifié par la loi ou par un texte d’infraction.
Normalement, on ne peut pas se prévaloir d’une quelconque qualité, rang social pour chercher
à se soustraire des organes institués pour poursuivre tous les citoyens lorsqu’ils parviennent à
commettre les mêmes actes infractionnels. D’ailleurs, il serait très honteux de voir une haute
autorité de ces genres, commettre une infraction et se faire prévaloir de son rang, titre ou
qualité.
Nous aurions pensé que cela se fasse comme dans le statut de Rome que nous avons ratifié,
qui fait état du défaut de pertinence de la qualité officielle61, qui entraînerait pour incidence,
l’égalité de traitement. Mais également, le faire comme en matière de divorce ou tous les
citoyens comparaissent devant le juge de pays compris les bénéficiaires de la qualité
officielle, et les privilégiés de juridiction.
A cet effet, tous les bénéficiaires de la qualité officielle, par ricochet, les justiciables de la
cour de cassation seraient comme toute personne, traduites devant les mêmes organes
compétents, en tenant compte de leurs compétences matérielles et/ou spatiales. Bien plus, le
principe du défaut de pertinence de la qualité officielle n’est aussi consacré dans notre
législation pénale en le particularisant aux violences sexuelles. Mais aussi dans la loi n°
024/2002 du 18 novembre 2002 portant code pénal militaire. Cela pourrait alors rassurer tout
le monde.
Pour clore, la protection que le droit assure aux représentants de l’Etat ne saurait s’appliquer à
des actes criminels. Les auteurs de ces actes ne peuvent invoquer leur qualité officielle pour
se soustraire à la procédure normale et se mettre à l’abri du châtiment.
CONCLUSION
En effet, lorsqu’une infraction est commise, elle défie l’imagination la plus fertile et heurte
profondément la conscience de la communauté toute entière ; dans la mesure où l’infraction
ou le crime qui se commet, ne laisse aucune personne normale indifférente. Dans le sens que
l’infraction trouble l’ordre public et que son rétablissement soulagerait les esprits.
Il va falloir que l’auteur de cet acte ignoble soit arrêté éventuellement avec ses autres
participants pour que justice soit faite. En principe, c’est le procureur général près la cour de
24
cassation qui recherche les infractions aux actes législatifs et réglementaires commises par ses
justiciables sur tout le territoire de la République. Il dispose d’un pouvoir proactif qui lui
permet d’office d’exercer cette mission.
Mais, s’il se rend compte que la loi violée est par le fait d’un justiciable de la cour de
cassation, bénéficiaire de la qualité officielle mais également privilégié des juridictions, il a la
liberté d’appréciation fondée sur le principe d’opportunité de poursuites, qui s’oppose à celui
de la légalité de poursuites qui lui oblige de poursuivre tout fait constitutif d’infraction que la
loi pénale prévoit et punit.
Malheureusement en ce qui concerne ces justiciables, la loi prévoit des procédures pour
contourner ce principe en instituant des immunités et privilèges de juridiction pour conférer à
ces autorités des procédures très compliquées avant de les mettre en accusation, lorsqu’elles
sont soupçonnées d’avoir commis des actes illicites qualifiés d’infraction. Qui peuvent être,
les autorisations des bureaux des assemblées parlementaires ou du bureau de conseil supérieur
de la magistrature ; sauf en cas d’infraction intentionnelles flagrantes.
Nous pensons que laisser l’appréciation des poursuites d’un délinquant à des autorisations et
le remplacement de la détention préventive à la résidence surveillée préalables ne sont pas
une bonne chose. Il serait souhaitable que les textes traitant de l’organisation et de la
compétence de juridictions, mais également de la procédure à suivre soient révisés dans le
sens d’éviter toutes les procédures des faveurs qui risqueraient d’asseoir l’impunité plutôt que
de lutter contre elle.
Précisément, en ce qui concerne particulièrement les plus hautes autorités du pays parce que,
même sous d’autres cieux, ces procédures ne sont pas comme chez nous car il y a la
pertinence de la qualité officielle et l’assignation. Telle est de manière succincte, l’économie
générale des réflexions et suggestions qui en découlent afin que soit assurée l’égalité de
traitement devant les instances judiciaires pour traquer quiconque, auteur ou présumé auteur
des crimes commis par les justiciables de la cour de cassation.