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Diplomatie moderne et enjeux globaux

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Diplomatie moderne et enjeux globaux

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INTRODUCTION

HYPOTHESE DE RECHERCHE

METHODE ET TECHNIQUE UTILISEES

CHAPITRE PREMIER

I.1.

1.1. LA DIPLOMATIE

La diplomatie moderne est appelée à jouer un rôle plus important que jamais

Les objectifs de la diplomatie, que ce soit évident ou non, doivent être aussi divergents que le sont
les desseins des différentes nations qui entretiennent des relations les unes avec les autres

Fort heureusement, cependant, la plupart des nations du monde entier poursuivent certains buts
communs. La plupart des gouvernements sont surtout intéressés par la prospérité et la sécurité de
leur propre pays, et, partant, par la préservation de la paix mondiale. Sur la scène du monde actuel,
divers autres facteurs plaident en faveur d’une tendance générale vers une collaboration plus étroite
entre les nations et l’harmonisation de leurs intérêts. Plus les efforts politiques travaillent dans ce
sens, plus la diplomatie, qui est essentiellement un mécanisme destiné à concilier les intérêts
opposés des nations grâce à des méthodes de négociation pacifique, trouve l’occasion de s’exercer. 1

Quels sont donc ces facteurs ?

I. — Deux grandes guerres en Europe ont remis en question la conception suivant laquelle la guerre
n’était que la conséquence automatique de la politique. La futilité de la guerre entre les grandes
puissances a été soulignée par l’apparition des armes nucléaires. Reste, bien entendu, le droit
fondamental à l’autodéfense individuelle ou collective reconnu dans la charte des Nations unies.

II. – Jusqu’à ces derniers temps, la politique et son auxiliaire, la diplomatie, étaient la prérogative des
nations européennes (y compris la Russie) et des Etats-Unis. Le reste du monde, excepté la Chine à
certaines périodes du dix-huitième siècle, étaient des territoires qui n’avaient pas leur mot à dire
dans la politique internationale. Beaucoup d’entre eux, en fait, représentaient des arènes où
s’affrontaient les rivalités des pays européens.

1
DIXON Pierre, « La diplomatie moderne est appelée à jouer un rôle plus important que jamais », in
Le Monde diplomatique, juillet 1967, P.7
III. – La plupart des nations européennes qui avaient des possessions coloniales outre-mer ont
virtuellement achevé de transformer leurs anciennes colonies en pays autonomes. Cela a eu un
double effet : la suppression des causes de friction entre les puissances coloniales européennes et la
création d’un grand nombre de nouvelles nations qui, toutes, ont et réclament leur mot à dire dans
les affaires internationales.

Quel a été l’effet de ces changements rapides et révolutionnaires ?

Cela a mis encore plus l’accent sur la nécessité de poursuivre avant tout l’objectif de paix et
d’employer des méthodes de négociation et de conciliation en cas de conflit entre nations.

Cette tendance générale a pris la forme d’une institution. Il y a les Nations unies dont l’objectif
principal est de maintenir la paix et d’obtenir le règlement des conflits internationaux par la
conciliation. En même temps, nous avons assisté à la création d’organismes de défense collective,
tels que l’O.T A.N. et l’O.T.A.S.E., ainsi que d’organismes destinés principalement à la coopération
économique tels que l’O.C.D.E. ou, en Europe, la C.E.E. et l’A.E.L.E.

Dans tous les cas, si différente que puisse sembler leur portée, l’idée fondamentale est réellement la
même : prévenir la catastrophe d’une autre guerre mondiale, qui serait une guerre nucléaire, et
essayer d’attirer davantage l’attention sur le besoin de prospérité et d’aide mutuelle. Les intérêts
nationaux, toutefois, continuent à prévaloir, comme il est normal, jusqu’au jour où le désarmement
général et une meilleure coopération internationale seront réalisés. Le problème de la diplomatie
contemporaine consiste à concilier les intérêts nationaux et le désir croissant de prospérité et de
sécurité de toutes les nations.

On peut déclarer que la guerre d’agression, procédé pour atteindre des objectifs nationaux, a été
bannie de notre civilisation occidentale. Ceci est déjà un progrès, si l’on considère que de telles
guerres étaient pratiquées couramment jusqu’à nos jours, durant les sept mille ans de civilisation de
notre planète. Durant tout ce temps, jusqu’à la guerre 1939-1945, on a vu des nations qui
n’hésitaient pas à recourir à une grande guerre pour satisfaire leurs objectifs nationaux. Toutefois,
tout le monde ne reconnaît pas encore, qu’à notre époque, une guerre entre les grandes puissances
serait aussi désavantageuse pour le vainqueur que pour le vaincu. Tant que cette notion ne sera pas
admise et traduite sous forme de désarmement général, un pays agressif pourra être tenté de
prendre des risques. La tentation sera d’autant plus forte qu’il se croit supérieur en armes à ses
adversaires. Si, au contraire, ses adversaires sont de force égale ou supérieure, il hésitera. C’est là la
raison d’être de l’O.T.A.N. et du maintien de la dissuasion nucléaire.
Mais le grand changement consiste dans le fait qu’à l’Ouest nous nous sommes armés et que nous
nous sommes unis en une alliance destinée, non pas à faire la guerre, mais, tout au contraire, à
l’empêcher. La guerre n’est plus une extension de la politique, mais une calamité que la politique
s’efforce de supprimer.

La méthode employée est essentiellement de nature diplomatique. Le règlement de la crise cubaine


de 1962 fournit un exemple de la mise en application de cette nouvelle forme de diplomatie de l’âge
nucléaire. L’un des partis a poussé trop loin ses ambitions politiques, escomptant que l’autre parti ne
réagirait pas, de crainte de provoquer une guerre nucléaire. Grâce à la diplomatie et aux moyens
modernes de propagande, le parti qui était allé trop loin a été amené à reconnaître qu’il courait le
risque d’une guerre nucléaire dans laquelle il ne souhaitait pas être entraîné lui-même. Il a fallu
arriver à une solution. Bien que cela n’en ait pas eu l’air à l’époque ce fut en fait une forme de
négociation, menée suivant des méthodes diplomatiques adaptées à l’âge nucléaire.

Evidemment, une guerre nucléaire pourrait être provoquée par autre chose qu’un heurt direct entre
deux puissances nucléaires. Cela pourrait être le résultat d’une situation particulière dans une zone
périphérique du globe où les intérêts des grandes puissances seraient entrés en conflit. Cela pourrait
être encore le résultat d’une erreur de calcul de la part d’un pays, ou d’un groupe de pays, qui
surestimerait certains intérêts nationaux.

Ici, à nouveau, la diplomatie joue un rôle extrêmement important pour concilier les intérêts opposés
engagés et pour régler la situation selon des techniques diplomatiques, si l’on en arrive à une crise.

Outre ce nouveau facteur important, les politiciens et leurs agents diplomatiques doivent aujourd’hui
tenir compte de certains autres changements récents, de caractère révolutionnaire. Parmi ceux-ci,
j’en citerai deux.

D’abord, la presse, la radio et la télévision jouent maintenant un rôle immense dans la formation de
l’opinion publique à propos des problèmes internationaux lorsqu’un événement est projeté dans le
monde entier en l’espace de quelques secondes. Nos méthodes diplomatiques doivent en tenir
compte et chercher des techniques de coopération avec la presse, favorables aussi bien au
gouvernement qu’à l’opinion publique. Cette question est particulièrement importante pour les
Nations unies où les débats ont lieu sous les feux de la rampe.

Ensuite, on compte maintenant cent douze nations aux Nations unies, dont une bonne moitié est
constituée par de nouveaux Etats qui n’ont guère plus de quelques années d’indépendance derrière
eux. La nature des problèmes à traiter est nettement affectée par les inévitables différences
d’influence et de puissance qui existent entre un pays très industrialisé et plein d’expérience et un
Etat neuf qui vient d’accéder à l’autonomie. A cet égard les choses sont différentes aujourd’hui de ce
qu’elles étaient, par exemple, au dix-huitième siècle, lorsque tous les Etats européens, sans tenir
compte des différences de puissance, étaient intimement liés les uns avec les autres.

Certains des Etats, d’existence récente, ne sont franchement pas prêts à accepter, comme
s’appliquant automatiquement à eux, les principes d’une théorie et d’une pratique de la diplomatie
qui a été élaborée par les pays européens de race blanche.

Cependant, malgré les changements dramatiques qui se sont produits au cours de ce siècle, j’estime
que ni les objectifs qui devraient régir les relations entre les Etats, ni les principes d’une bonne
méthode diplomatique n’ont réellement changé. En conclusion de cette causerie, je donnerai
brièvement les raisons de mon point de vue.

En ce qui concerne les relations entre les Etats, les objectifs poursuivis sont sûrement les suivants :

Premièrement, de bonnes relations : le maintien de bonnes relations entre les Etats amis et
l’extension de ces bonnes relations à des Etats moins amis.

Deuxièmement, un avantage mutuel : les échanges commerciaux, qui constituent toujours un bon
ciment entre les peuples, sont encore plus importants aujourd’hui, principalement lorsqu’il s’agit de
nouveaux pays.

Et enfin, la préservation de la paix et le règlement des conflits par des méthodes de conciliation et de
négociation.

En ce qui concerne la meilleure méthode diplomatique, les principes qui devraient la régir ont été
bien définis, il y a près de deux cent cinquante ans par le Français François de Callières, dont
l’ouvrage De la manière de négocier avec les souverains, publié en 1716, est devenu à l’époque un
manuel pratique de diplomatie pour toute l’Europe. Il a écrit, par exemple, « qu’un diplomate devait
se souvenir qu’une conduite loyale était la base de la confiance... que l’honnêteté était la meilleure
politique... et que le secret des négociations était d’harmoniser les intérêts réels des partis en jeu.

Je résumerai ainsi les fonctions d’un agent diplomatique : Premièrement, comprendre le


gouvernement, le peuple, les problèmes et les aspirations du pays auprès duquel il est accrédité.
Deuxièmement, être leur interprète fidèle et exact auprès de son propre gouvernement, dont il doit
présenter le point de vue avec une fidélité et une exactitude pareilles.

Et troisièmement, être une personne en laquelle le gouvernement auprès duquel il est accrédité,
peut avoir confiance et avec laquelle il est prêt à négocier.

En résumé, dans les circonstances actuelles où le nombre des nations indépendantes s’est largement
accru et où le besoin de régler les conflits internationaux à l’aide de méthodes pacifiques est devenu
impératif, j’estime que la diplomatie est appelée à jouer un rôle plus important que jamais.

1.2. VELLEITE

A. − Amorce d'acte de volonté, intention fugitive généralement non suivie de réalisation. Synon.
désir, envie, intention, [Link]éités impuissantes; velléités révolutionnaires; velléités
d'évasion, de résistance, de révolte, de suicide; avoir, écraser, manifester, se sentir une, des
velléité(s) (de); ce ne sont que des velléités; n'avoir aucune velléité; pas la moindre velléité (de); si
jamais il lui prenait la moindre velléité (de); il me vient des velléités (de). J'ai des velléités fortes et
très passagères pour quelques femmes (Stendhal, Journal, t. 2, 1808, p. 381).La persistance en moi
d'une velléité ancienne de travailler, de réparer le temps perdu (...) me donnait l'illusion que j'étais
toujours aussi jeune (Proust, Fugit., 1922, p. 593).

♦ Absol. Avoir des velléités. Il voulait être héroïque et positif, ou plutôt il ne voulait rien du tout; il
avait des velléités (Taine, Notes Paris,1867, p. 258).

− PHILOS., PSYCHOL. ,Tendance ou intention mal affirmée, se traduisant par une tentative hésitante,
parfois non suivie d'action`` (Carr.-Dess. Psych. 1976). Perpétuels « rêveurs éveillés » encombrés
d'idées irréalisées, de velléités en instance, de rêves errants (Mounier, Traité caract., 1946, p. 344).

B. − Vague envie ou apparence, faible esquisse de quelque chose. Voici la drogue [le haschisch] sous
vos yeux: un peu de confiture verte, gros comme une noix, singulièrement odorante, à ce point
qu'elle soulève une certaine répulsion et des velléités de nausée (Baudel., Paradis artif., 1860, p.
355).Nous sommes rangées et convenables, avec des mains qui tirent sournoisement les corsages
pour défaire jusqu'aux velléités de plis disgracieux (Colette, Cl. école, 1900, p. 71).

velléité \[Link]\ ou \vɛ[Link]\ féminin

Envie faible de faire quelque chose, hésitante et inefficace, pas forcément suivie d’un acte.

Il y a très loin de la velléité à la volonté, de la volonté à la résolution, de la résolution au choix


des moyens, du choix des moyens à l’application. — (Jean-François Paul de Gondi de Retz)
Il y avait cela de peu édifiant dans ses velléités religieuses, qu'elles ne lui revenaient jamais si
fréquemment que lorsqu'il se dégoûtait ou se désespérait. — (Pierre-Joseph-Olivier Chauveau,
Charles Guérin, G.H. Cherrier, éditeur, Montréal, 1853, I, 5, page 72)

Il y a des envieux qui paraissent tellement accablés de votre bonheur qu’ils vous inspirent
presque la velléité de les plaindre. — (Edmond et Jules de Goncourt)

La pire des politiques, en tous temps et en tous pays, a toujours été et sera toujours celle des
velléités, celle qui ose et celle qui n’ose plus, celle qui ose assez pour compromettre tout et qui n’ose
pas assez pour résoudre rien. — (Émile de Girardin, en préface de Le dossier de la Guerre de 1870, 23
septembre 1877)

Chaque matin, un détachement de soldats précède la colonne pour protéger les douars des
velléités pillardes de leurs camarades. Ordre a été donné de ne plus dévaster les champs. — (Frédéric
Weisgerber, Trois mois de campagne au Maroc : étude géographique de la région parcourue, Paris,
Ernest Leroux, 1904, page 152)

À l’orgie latine succédèrent les ébats des Barbares, dignes héritiers de ces Romains gorgés de
falerne et de sang, épuisés de stupre, sombrés dans les velléités. — (Victor Méric, Les Compagnons
de l’Escopette, Éditions de l’Épi, Paris, 1930, page 84)

Seule planait l’ombre de la Kampétaï, prête à abattre sa lourde main supplicieuse pour étouffer
dans l'œuf toute velléité d’insoumission. — (Thuyen Nhis, My-Lan, Publibook, 2002, page 138)

1.3. HEGEMONIE

L'hégémonie est dans le langage courant une domination sans partage. Celui qui l'exerce peut être
qualifié d'« hégémon ».

C'est un mot d'origine grecque dérivé du mot hêgemôn (ἡγεμών, « commandant des chefs »).
Hégémon est ordinairement appliqué à l'Antiquité grecque et à la période des Printemps et
Automnes de l'histoire de la Chine.2

Dans le cycle de science-fiction Les Cantos d'Hypérion de Dan Simmons, l'Hégémonie est le
gouvernement interplanétaire des humains.

Dans les œuvres de Orson Scott Card (cycle d'Ender et la Saga des ombres), l'hégémonie est le
mode de gouvernement au IIIe millénaire.

Pour le philosophe marxiste Antonio Gramsci, c'est un concept forgé pour désigner la domination
idéologique d'une classe par une autre (voir hégémonie culturelle et le concept d'hégémonie chez
Gramsci).

2
Michel Beaud, Olivier Dollfus, Christian Grataloup (dir.), « Hégémonie », in Mondialisation : les mots et les
choses, Groupe mondialisation du GEMDEV, Karthala, Paris, 1999, p. 309-311
Les historiens[Lesquels ?] parlent ainsi d'« hégémonie du parti communiste » dans les dictatures se
réclamant du marxisme.

Il est aussi utilisé comme synonyme de suprématie.

En relations internationales, l'hégémonie régionale est l'hégémonie (prédominance, contrôle ou


influence politique, économique ou militaire) d'un État indépendant puissant, connu sous le nom
d'hégémonie régionale sur les autres pays voisins3. La relation entre les hégémons régionaux et les
autres États au sein de leurs sphères d'influence est analogue à la relation entre un hégémon
mondial ou superpuissance et les autres États du système international.4

L'éminent spécialiste des relations internationales, le réaliste John Mearsheimer a beaucoup écrit sur
la poursuite de l'hégémonie régionale dans son livre phare, The Tragedy of Great Power Politics.
Selon sa théorie, connue sous le nom de réalisme offensif, la nature anarchique du système
international, le désir de survie et l'incertitude quant aux intentions des autres États conduisent
finalement les États à rechercher l'hégémonie régionale. Selon Mearsheimer, l'hégémonie mondiale
est un objectif inaccessible ; au lieu de cela, un État qui a atteint le niveau d'hégémonie régionale
s'efforcera alors d'empêcher le développement de concurrents pairs dans d'autres régions 5.

SECTION 2. CADRE THEORIQUE

Les approches réaliste, libérale et constructiviste sont les paradigmes (c’est-à-dire les modèles)
dominants des relations internationales. À partir du critère de l’anarchie et à travers des propositions
qui se veulent universelles, ils visent à identifier des régularités et à les comprendre.

L’approche réaliste consiste à étudier la réalité telle qu’elle est. Aussi est-elle souvent décrite comme
une théorie explicative, ne cherchant pas à influencer les cours des événements, mais à en analyser
les causes. Inspirée de la lecture de la guerre du Péloponnèse par Thucydide, elle l’est également par
des philosophes comme Hobbes, qui décrit l’état de nature comme une guerre de chacun contre
chacun. La théorie réaliste calque cette vision d’une nature égoïste de l’homme sur les États en
situation d’anarchie. La guerre est inévitable car la distribution et l’utilisation de la puissance sont le
facteur principal des relations interétatiques. Ce courant devient le dominant pendant la Guerre
froide, apparaissant comme le plus pertinent pour expliquer le rapport de force entre les deux
Grands.

3
David J. Myers, Regional Hegemons: Threat Perception and Strategic Response, 1991
4
David R. Mares, Puissances moyennes sous hégémonie régionale: défier ou acquiescer à l'application
hégémonique in Revue trimestrielle d'études internationales, 32(4), 1988 :453–471.
5
Guillaume Zimmermann, Systèmes régionaux hiérarchiques et politique des limites du système, Organisation
internationale, 1978. 26(1):18–36.
Hans Morgenthau établit alors six principes du réalisme, parmi lesquels on retrouve la définition de
l’intérêt national en termes de puissance. Il a pourtant été critiqué pour sous-estimer le rôle d’autres
facteurs comme l’économie, ou d’autres acteurs que l’État, critiques auxquelles le néo-réalisme a
tenté d’apporter des réponses.

Pour les libéraux, le recours à la force n’est pas une fatalité. Postulant une interdépendance entre les
États, ils insistent sur le rôle formateur des normes, de la coopération et des institutions
internationales. Cet apprentissage pourrait tempérer l’anarchie pour aboutir à la constitution d’une
société internationale, ayant en partage un certain nombre de pratiques et d'intérêts communs. La
coopération favoriserait dès lors la pacification des relations internationales, que la paix repose sur le
libre-échange, comme chez Montesquieu, ou sur la diffusion du modèle républicain ou
démocratique, en s’inspirant de Kant. Lié à son contexte d’émergence après la Première Guerre
mondiale (création de la Société des Nations et croyance dans les bienfaits du droit), cet objectif
pacificateur fait que l’on qualifie la théorie libérale de normative. Enfin, inspirée de la philosophie
libérale, elle prend en compte, outre les États et les organisations internationales, les individus.

Bien que plus tardif, le constructivisme, considéré comme le troisième plus important courant de
pensée, aborde les relations internationales comme n’importe quelles relations sociales. Pour ses
auteurs, notamment Nicholas Onuf ou Alexander Wendt, la réalité est intersubjective, c’est-à-dire
qu’elle dépend du sens que lui donnent les acteurs. Ainsi, plus que les rapports de puissance, ce sont
les perceptions qui guident le comportement des États. Autrement dit, l’intérêt national d’un État se
construit en fonction de son identité, de la représentation qu’il se fait de lui-même et des autres, et
de sa perception de son environnement. Wendt souligne ainsi qu’un acteur ne peut pas savoir ce
qu’il veut avant de savoir qui il est. Quant aux normes, elles sont adoptées dès lors qu’elles
apparaissent comme des attentes partagées.

2.1. THEORIE REALISTE

Le réalisme est un courant de pensée des relations internationales. Pour l'école réaliste, les États
recherchent avant tout à garantir leur sécurité et à étendre leur puissance en raison de la
compétition qui existe entre eux. Historiquement, le réalisme est la théorie dominante au sein des
relations internationales. Le réalisme se caractérise par le pessimisme anthropologique, le
conservatisme, le rejet de l'idée de progrès et de l'utopie, par opposition aux idéologies socialistes ou
libérales6.

Le réalisme se définit principalement comme opposition à ce qu'il nomme l'espoir ou l'illusion


idéalistes d'un système international fondé sur la négation de la force et la valeur absolue accordée à
une idée ou à une loi (c'est-à-dire le droit international) – idéalismes idéologique ou légal. Le

6
Alex Macleod et Dan O'Meara (dir.)Théorie des relations internationales: Contestations et résistances,
Montréal: Éditions Athena, 2007, 515 p. (pp. 35-60).
réalisme rejette l'idéalisme pour deux sortes de raisons : parce qu'il lui reproche de ne pas
correspondre à la réalité mais aussi parce que l'idéalisme, lorsqu'il défend des principes totaux, peut
mener au fanatisme et donc à la guerre la plus violente7.

Le réalisme ne se confond cependant pas avec la position qu'on pourrait qualifier de cynique
consistant à interpréter les grands principes comme masquant uniquement la volonté de puissance :
les théoriciens réalistes estiment que le souci de justice doit contrebalancer celui de prudence 8.

Comme praxéologie, le réalisme déduit de son opposition à un idéalisme excessif la recommandation


de faire preuve de prudence dans la conduite des affaires étrangères, ce qui signifie qu'il faut se fixer
des objectifs limités et concrets au lieu du triomphe de grands principes absolus justifiant des conflits
sans bornes. Cette préconisation existe également chez des auteurs idéalistes et n'est donc pas
propre au réalisme9.

L'insistance mise sur la notion de puissance contre celle de loi conduit, comme le constate Raymond
Aron, à définir toute politique comme puissance (même la politique intérieure où les conflits sont
pourtant tranchés par la loi et d'autres règles), plutôt que définir l'ordre international comme celui
qui n'a pas d'arbitre ; il est dit anomique. Lorsque le réalisme affirme rigoureusement que l'État
poursuit et doit poursuivre son intérêt national, il devient lui-même idéologique, et le vrai réalisme
consisterait plutôt à reconnaître l'importance de l'idéologie et des passions dans la conduite des
nations10.

En première approche, le réalisme s’apparente à une exigence : celle de tenir compte des contraintes
du réel, c’est-à-dire de ce qui est, du monde non idéal dans lequel nous vivons, pour analyser les
situations politiques en toute connaissance de cause. Le réaliste est anti-utopique dans le sens où il
juge la valeur d’une proposition à sa faisabilité, sans se faire d’illusion sur la volonté ou la capacité
des acteurs de respecter les principes qu’ils invoquent. Il a conscience que les politiques sont ancrées
dans les circonstances et qu’elles ne dépendent pas tant des convictions que des rapports de force.
Le réalisme est une méthode incitant « à garder la tête froide, à observer le monde tel qu’il est, et
non à l’imaginer tel que nous voudrions qu’il fût, à nous méfier des abstractions ». Il est une attitude
de prudence « qui tient compte de toute la réalité, qui dicte la conduite diplomatico-stratégique
adaptée non au portrait retouché de ce qui serait la politique internationale si les hommes d’État
étaient sages dans leur égoïsme, mais à ce qu’elle est avec les passions, les folies, les idées et les
violences du siècle ».En RI, le réalisme est une famille de théories qui a dominé la discipline durant la
majeure partie du xxe siècle, des années 1930 à la fin de la guerre froide. « Tout le monde est réaliste
de nos jours », disait Martin Wight dans ses cours dans les années 1950. Davantage contesté

7
Macleod, Alex et Dan O’Meara (dir.), Théories des relations internationales. Contestations et résistances,
Montréal, Athéna, 2007, 515 p.
8
Alex Macleod, Évelyne Dufault, Guillaume Dufour (dir.), Relations internationales ; théories et concepts,
Montréal, Athéna, 2004
9
Dario Battistella, Théories des relations internationales, Presses de sciences po, 2003
10
Raymond Aron, Paix et guerre entre les nations, Calmann-Lévy, 1962, 3e édition, chap. XIX, p.569
aujourd’hui, ne serait-ce que par la profusion des autres options, le réalisme reste l’une des familles
de pensée les plus répandues…

2.2. THEORIE CONSTRUCTIVISTE

Contrairement au modèle behavioriste, le constructivisme considère que l'apprenant acquiert des


connaissances en partant des perceptions qu'il a de sa réalité et de son vécu : on apprend en
construisant des connaissances, et en reconstruisant nos perceptions pour les adapter aux contextes
qui nous sont propres.

Le constructivisme se penche tout particulièrement sur l'intersubjectivité du savoir parce qu'il désire
mettre l'accent sur l'aspect social de l'existence humaine, sur l'influence du milieu et des interactions
sur la constitution de nos comportements.

Le terme « constructivisme », qui se répand

aujourd’hui dans la littérature théorique des

relations internationales, dénote une contes-

tation des postulats strictement matérialistes ou individualistes, supposée per-

mettre de mieux comprendre les changements observés dans la politique mondiale.

Nous ne cherchons pas ici à en imposer une définition hégémonique, mais à amor-

cer une discussion « constructive », justement, sur ses possibilités et ses limites. Loin

d’occulter ou d’estomper les divergences entre les chercheurs qui ont adopté cette

approche, nous tâchons de les clarifier, car nous considérons que cette complexité,

voire ces tensions donnent naissance à une « conversation » fructueuse.

À cette fin, nous retracerons brièvement les origines interdisciplinaires de

l’approche constructiviste en relations internationales en mettant en évidence ses

traits distinctifs. Puis nous nous intéresserons plus particulièrement à deux contro-

verses opposant les constructivistes aux autres théoriciens des RI : les origines des

intérêts et le rôle des agents de changement. Nous situerons, à cette occasion, le

constructivisme par rapport au matérialisme et au rationalisme. Nous proposerons

aussi des pistes de réflexion tant sur le fond que sur la méthode. Enfin nous explo-

rerons brièvement les implications de notre discussion en termes d’agents et d’in-

térêts sur l’identité et le rôle de la société dans la politique internationale.

CHAPITRE DEUXIEME
SETION 1.

1.1. ESQUISSE DE LA COOPERATION RDC-RWANDA

La RDC, le Burundi et le Rwanda ont su développer des relations amicales fondées sur des

traités de coopération bilatérale sans mécanisme de mise en œuvre. La création de la Com-

munauté Économique des Pays des Grands Lacs (CEPGL) marquait l’institutionnalisation

d’une coopération économique qui a quelque peu profité aux trois pays membres. L’histoire

démontre toutefois que cette organisation n’a pas été à la hauteur de la conjoncture socio

politico-économique de ses États membres. La relance de la coopération économique ac-

tuellement encouragée entre ces trois pays s’inscrit dans une perspective de consolidation

de la paix dans cette phase post-conflit. Elle devrait allier exploitation commune des res-

sources naturelles transfrontalières, paix, stabilité régionale, et impératifs démocratiques

des États impliqués.

La République Démocratique du Congo (RDC) est un pays du centre de l’Afrique entouré

par neuf autres États appartenant à différentes communautés économiques régionales. Cette

position fait de ce pays un véritable espace géographique ouvert à des interconnexions qui

l’ont conduit, d’abord, dans un réseau d’accords de coopération bilatérale entre chacun de ses
voisins, ensuite, dans le cadre des organisations d’intégration économique sous régio-

nales, dont la Communauté Économique des Pays des Grands Lacs (CEPGL) dans laquelle

il est associé au Rwanda et au Burundi, deux pays de l’Est de son territoire.

L’intérêt marqué pour la RDC, à l’origine, à la coopération avec ces deux pays pourrait

actuellement être évalué à la lumière des enjeux de la crise qui l’a secoué, dès la fin du

règne du Président Mobutu, crise qui s’est cristallisée dans sa partie orientale, directement

frontalière avec ses deux derniers voisins. D’aucuns ont pu même soutenir que les guerres

qui ont éclaté dans la région des Grands Lacs sont des conséquences de l’échec de la CEP-

GL2.

Aussi, examiner la question de la coopération économique entre la RDC et ses deux

voisins membres de la CEPGL s’analyse dans la perspective de sortie de cette crise, tant il

est vrai, qu’une véritable coopération, fondée sur une idée d’intégration économique des
populations des trois pays recréerait un climat de confiance rompue par deux décennies de

conflit. Sans cela, le difficile processus actuel de reconstruction d’une paix fondée sur une

multitude des résolutions3 et d’accords, ne s’appuierait que sur des fondements fragiles.

Relancer une coopération économique en perspective (B) revient, dans un premier

temps, à présenter ses acquis sur lesquels peuvent se greffer les idées actuelles tendant à

recréer une plus grande intégration des populations par le développement des projets trans-

frontaliers. Il sera très intéressant d’inventorier ceux-ci dans un second temps(A) afin de

présenter le potentiel économique de l’espace considéré.

LES ACQUIS DE LA COOPÉRATION ENTRE LA RDC ET SES DEUX

VOISINS.

Au cours de trente dernières années ayant précédé les indépendances de ces trois pays, la

coopération entre ces derniers s’est d’abord construite autour des accords bilatéraux (A),

ensuite dans le cadre de la CEPGL (B).

Les Accords bilatéraux : une coopération intergouvernementale classique

Il s’agit, à ce stade, de présenter les grandes lignes de quelques accords ayant lié la RDC et

chacun de ses deux voisins, mais, dont la mise en œuvre n’aura parfois connu aucun début

de réalisation faute d’organes permanents de mise en œuvre. Les identifier simplement

d’abord donnerait plus de lumière à la perspective d’une coopération plus efficace. Dans le

cadre d’une analyse plus approfondie, l’on travaillerait à leur amélioration.

A.

I.

2 CONFÉRENCE INTERNATIONALE SUR LA RÉGION DES GRANDS LACS, Programme d’Action Régional
pour le

Développement Économique et Intégration Régionale, Relance de la Communauté Économique des

Pays des Grands Lacs et de ses institutions spécialisées EGL, SINELAC, IRAZ, et BDEGL, 2006,

p.2.

3 Adoptées notamment du Conseil de Sécurité des Nations Unies dès le début de la crise entre ces

trois pays, le 2 août 1998.


La coopération économique entre la République Démocratique du Congo, le Rwanda et le Burundi

167[Link] am 26.10.2023, [Link]

Open Access – - [Link]

La Convention entre la République démocratique du Congo et la République Rwandaise

Dans le cadre de cette Convention signée à Léopoldville (Kinshasa actuel), le 4 avril 1966,

les deux États désirent assurer, sur la base de la réciprocité et dans les meilleures condi-

tions, leurs communications routières communes vers le Lac Tanganyika4. Le texte adopté à

cet effet se fixe entre autres objectifs: la conservation et le maintien en bon état de la route

asphaltée qui relie Bukavu-Bugarama au Lac Tanganyika, via Kavimvira, ainsi que de son

libre usage pour le transit des marchandises5 et des personnes autres que les militaires en

armes6. Aux termes de son article premier, les tronçons de la route du côté de la RDC sont

délimités comme suit : (i) Bukavu-pont sur la Ruzizi, près de Bukavu; (ii) Pont sur la Ruzi-

zi, près de Bugarama-Kavimvira; (iii) Kavimvira-pont sur la petite Ruzizi, frontière du Bu-

rundi, vers Usumbura; (iv) Kavimvira-Kalundu sur le Lac Tanganyika. Le tronçon de la

route se trouvant sur le territoire rwandais part du pont sur la Ruzizi, près de Bukavu-pont,

près de Bugarama.

Traité d’amitié et de coopération entre la République du Zaïre et la République

Rwandaise.

Ce Traité a été conclu à Kigali, au Rwanda, le 28 octobre 1972. Il entend favoriser une co-

opération dans tous les domaines. Les États devraient y parvenir en promouvant ensemble

des projets répondant à un intérêt commun, en vue de leur avantage mutuel (art.1). L’article

4 du Traité prévoit l’organisation des consultations et des rencontres régulières entre les

deux parties, de manière à leur permettre d’une part, d’étudier tout problème qu’elles jugent

important et à veiller à l’avancement rapide de leurs projets d’intérêt commun, et d’autre

part, à favoriser la stabilité des relations amicales entre les deux pays.

Accord relatif aux transports aériens entre la République démocratique du Congo et la

République Rwandaise.
Cet Accord conclu à Kinshasa, le 11 septembre 1970, en vue de favoriser le développement

des transports aériens et de renforcer la coopération internationale dans ce domaine entre

les deux pays s’inspire des principes et dispositions de la Convention relative à l’Aviation

Civile Internationales signée à Chicago le 7 décembre 19447. Plus de quarante après sa si-

gnature, la réalité démontre plutôt qu’aucune liaison aérienne n’existe encore entre ces deux

pays. Même si Kigali, la capitale rwandaise se trouve à quelques minutes de la ville congo laise de
Goma, il peut paraître gênant de relever, par exemple que, pour atteindre cette ville
depuis Kinshasa par avion, l’on doit dans certains cas passer par Addis-Abeba, en Éthiopie
ou par Nairobi au Kenya. L’application de cet accord permettrait d’éviter un tel exercice à
la fois couteux et fatiguant.
Convention de coopération entre la République du Zaïre et la République Rwandaise
pour l’exploitation, le transport et la commercialisation du gaz méthane du Lac Kivu
Le Lac Kivu contient environ 300 milliards de mètres cube de dioxyde de carbone (Co2) et
de 60 milliards de mètres cube de gaz méthane (CH4). Selon les estimations des spécia-
listes, 120 à 250 millions de m3 de CH4 sont générés annuellement dans le lac. Le Rwanda
souhaite utiliser cette ressource pour développer des projets de production d’énergie à partir
du gaz méthane ainsi que pour d’autres usages tels que des projets de fabrication d’engrais
et des projets gaz-liquide. Les études démontrent que le gaz méthane présent dans le Lac
Kivu est suffisant pour générer 700MW d’électricité sur une période de 55 ans8. Les deux
pays se sont convenus dans un premier temps de développer conjointement 200 MW.
Dans le cadre de la convention conclue à Bukavu, le 3 mai 1975, les deux États ont décidé
de créer une société commune à laquelle ils confèrent le monopole sur toutes les activités
liées à l’exploitation, au transport et à la commercialisation du gaz méthane du Lac Kivu
(Article 1). Chacune des parties participe à raison de 50% dans le capital social de la société
à créer (Article 2). Les Parties contractantes avaient prévu de confier à l’Association
« ASSINEZ » la mission d’étudier, avec des partenaires désignés par chacune d’elles la
faisabilité d’une usine d’exploitation du gaz méthane, d’inventorier et d’analyser
l’ensemble des problèmes relatifs au lancement d’une telle usine et d’en proposer des
solutions adéquates (Article 3).
Quarante ans après sa signature, les conditions matérielles de sa mise en œuvre semblent se
préciser, puisque, le 19 novembre 2015, en prévision du lancement des activités de l’exploi-
tation du gaz méthane, les deux pays ont signé à Gisenyi, au Rwanda, un autre accord por-
tant essentiellement sur la surveillance de ce cours d’eau au moment des travaux d’exploita-
tion du gaz9. L’installation, ce 27 avril 2016, d’un comité mixte10 de 10 experts chargé de la
surveillance de l’exploitation du gaz méthane dans ce lac constitue, en effet, une autre étape
franchie pour la mise en œuvre effective de cette coopération.
4.
8 Document sur les Opportunités d’Investissement (DOI), processus de consultation, leçons
apprises
et principales conclusions, p.28.
9 La RDC et le Rwanda signent un accord en prévision de l’exploitation du lac Kivu, [en
ligne]
[Link]
accord-en-
prevision-de-lexploitation-du, ce 20 avril 2016.
10 RDC-Rwanda : un comité pour surveiller l’exploitation du gaz dans le lac Kivu, [en ligne]
[Link]
[Link]/2016/04/28/actualite/societe/rdc-rwanda-un-comite-pour-surveiller-
lexploitatio
n-du-gaz-dans-le-lac, le 20 avril 2016

À notre sens, ce comité devrait avoir pour mission, outre la surveillance des activités,

celle d’examiner, de rejeter et/ou de valider les rapports des études d’impact environnemen-

tal effectuées par les sociétés exploitantes. Le comité se doterait en ce sens de l’expertise et

des moyens humains, matériels et financiers nécessaires à la hauteur de ses missions.

Accord commercial entre la République du Burundi, la République Rwandaise et la

République du Zaïre.

Ce dernier Accord a été conclu à Kigali, le 21 juin 1975 entre les trois États. Son analyse

démontre qu’il s’inscrit dans le cadre du programme de la réalisation progressive d’une

communauté économique entre ces trois pays11. Son objectif est de promouvoir et d’intensi-

fier les échanges entre les Parties. Aux termes de son article 1er, les Parties s’engagent mu-

tuellement à autoriser, sans formalités que celles de l’introduction d’une demande de li-

cence d’importation et d’exportation, par les soins de l’importateur et de l’exportateur inté-

ressé, l’exportation ou l’importation des marchandises figurant aux listes A, B et C annexés

au présent Accord et produites sur leurs territoires respectifs.

Il résulte de la lecture de ces différents accords que la coopération est restée au niveau

intergouvernemental, où des commissions mixtes d’experts non permanentes devraient se

réunir sporadiquement en vue d’évaluer une politique et proposer des options pour la mise

en œuvre. Seule la Convention de coopération entre la République du Zaïre et la Répu-

blique Rwandaise pour l’exploitation, le transport et la commercialisation du gaz méthane

du Lac Kivu avait formellement prévu la création d’une Société commune qui devrait sym-

boliser une coopération plus réelle dans un domaine tout aussi vital pour les États. Cette
société n’avait jamais vu le jour. Les nécessités sociales de deux peuples démontrent plutôt

que les deux pays sont dans une obligation liée de coopérer.

Dans le cadre de la coopération envisagée actuellement et, dans la perspective d’une

sortie définitive de crise, il est important d’évaluer l’ensemble des initiatives prises en vue

de déterminer les priorités et les mesures à prendre à court, à moyen et à long terme. Car, le

rétablissement d’un climat propice au développement d’une coopération saine entre ces

pays doit être assis sur une base sociale. Les projets à développer actuellement devront da-

vantage s’attaquer aux secteurs qui peuvent regrouper les populations de deux ou de ces

trois pays.

La RDC dans la CEPGL : une coopération économique institutionnalisée

La CEPGL est une organisation internationale sous régionale réunissant les trois pays fron-

taliers, le Burundi, le Rwanda et la RDC, tous, anciennes colonies belges. Créée le 20 sep- tembre
1976 à Gisenyi12, au Rwanda, elle tire ses origines dans les liens politico-adminis-

tratifs et économiques qui unissaient ces trois pays depuis l'époque coloniale. En effet, alors

que le Congo, propriété privée de Léopold II devenait en 1908 une « colonie belge13 », la

Belgique avait reçu le 31 Août 1923 de la Société des Nations, le mandat sur le Ruanda-

Urundi. En vertu de la loi sur le gouvernement du Ruanda-Urundi, le territoire sous mandat

est administrativement rattaché au Congo belge le 25 août 192514. Ce mandat fut transfor-

mé en tutelle par l'Acte des Nations Unies du 13 décembre 1946.

Sur le plan économique, le Congo Belge et le Ruanda-Urundi constituaient un espace

économique intégré sous l'autorité du Gouvernement belge dans le cadre d'une union éco-

nomique et monétaire de fait et opéraient des échanges de toutes sortes, sans compter les

activités économiques communes et les services publics communs. Dans les lignes qui

suivent, nous présentons brièvement les objectifs et les institutions de la CEPGL (1) avant

de tenter d’esquisser un bilan de ses activités jusqu’au moment où se déclenche la guerre à

l’origine du génocide rwandais en 1994 (2).

La coopération entre la RDC et ses voisins est actuellement encouragée par la Conférence

Internationale pour la Région des Grands Lacs (CIRGL), et encadrée par le dernier Accord-
cadre du 24 février 2013, pour la paix, la sécurité et la coopération pour la République dé-

mocratique du Congo et la Région. La CIRGL est une structure qui résulte du Pacte pour la

Sécurité, la Stabilité et le développement dans la région des Grands Lacs adopté à Nairobi

en 2006. Ce document énonce plusieurs Programmes intégrateurs dont la réalisation passe

nécessairement par la mise en œuvre des projets impliquant directement les populations de

la RDC et ses deux voisins de la CEPGL. De même, l’Accord-cadre d’Addis-Abeba entend

accompagner le processus de paix en soutenant en RDC des actions concrètes32, qui favo-

risent l’approfondissement de l’intégration économique33 résultant d’une coopération régio-

nale34 entre ce pays et ses voisins.

Nous présentons, à la lumière des documents disponibles, quelques idées des projets

formulés dans le cadre de la CIRGL (A), ceux devant être financés dans le cadre des enga-

gements pris par la Communauté internationale au titre de l’Accord-cadre pour la paix, la

sécurité et la coopération pour la République démocratique du Congo et la Région (B),

d’autres projets pouvant provenir du secteur privé (C). À travers cette présentation, la RDC

aura à opérer le choix selon ses propres priorités de développement.

Projets identifiés dans le cadre de la CIRGL

Le Pacte pour la Sécurité, la Stabilité et le Développement dans la région des Grands Lacs

comporte quatre Programmes complétés par d’autres protocoles. La mise en œuvre de cha-

cun de ces programmes se traduit par la réalisation des projets d’intégration. La CIRGL a

pu élaborer quelques-uns dont nous présentons quelques idées maîtresses.

Projet de Relance de la Communauté Économique des Pays des Grands Lacs et de ses

institutions spécialisées EGL, SINELAC, IRAZ, et BDEGL35.

Après plusieurs années de conflit, la relance de la coopération et de l’intégration écono-

miques dans le cadre de la CEPGL apparaît comme le cadre le plus indiqué aux États

membres de trouver des solutions aux problèmes qui se posent non seulement pour le déve-

loppement économique et social, mais aussi pour la restauration de la paix et de la sécurité dans la
sous-région36. Chacun de ces organes techniques de la CEPGL analysés plus loin
dispose encore d’un patrimoine. L’importance des activités réalisées par ces structures
avant le conflit justifie l’enthousiasme exprimé en faveur de la relance de cette Organisa-
tion. Ce qui a conduit aux experts d’envisager la relance de la CEPGL dès 2006, bien avant
la fin de la crise. Les projets tels que celui de la construction du Barrage sur la RUZIZI III,
serait une continuité de la politique régionale en matière d’énergie électrique. Ce projet at-
tend encore des financements.
Projet des Bassins Transfrontaliers de Développement37
Les zones de croissance sont des mécanismes « flexibles » qui peuvent être utilisés pour
favoriser le développement, la paix et la sécurité38. Elles ont l’avantage d’être généralement
non encombrées par les formalités liées aux accords plus conventionnels et codifiés caracté-
risant les zones de libre échange et des unions douanières. Ces cadres accordent aux sous
régions participantes une plus grande flexibilité dans la formulation, l’adoption et la mise
en œuvre des politiques du secteur public coordonnées sur une base sous régionale. De
même, les investissements frontaliers et la coopération du secteur privé peuvent y être effi-
cacement mis en œuvre. Le choix porté à ce genre de mécanisme pour la région est fondé
sur le fait que, partout où une approche industrielle basée sur les ressources a pu s’affirmer,
elle a été en grande partie due au développement d'un groupe d’industries en amont et en
aval, et des services liés à l'investissement majeur initial39. Ce que la région des Grands
Lacs ne dispose pas encore actuellement.
De même, la question de la coopération transfrontalière devient de plus en plus impor-
tante dans le contexte de la paix, de la sécurité et du développement économique de la Ré-
gion des Grands Lacs. Les principaux domaines de coopération peuvent inclure première-
ment, le développement des institutions, tels que l'établissement d'un Comité des Territoires

transfrontaliers ou des Commissions des BTD, tel qu’indiqué dans le Protocole sur la

ZSRD, (qui est centré sur la promotion du développement socio-économique en général),

les efforts de collaboration entre les agences compétentes de mobilisation d'investissement

et l'établissement d'une initiative régionale de réseau de tourisme qui pourrait être connue

comme réseau de tourisme de la sous région des Grand Lacs (RTRGL)40.

En termes de développement socio-économique, les initiatives principales incluraient le

développement des infrastructures de santé et d’éducation ainsi que des infrastructures de

télécommunications. Plus spécifiquement, un effort de coopération transfrontalière impli-

quant trois pays est à même de faciliter le partage des ressources naturelles potentielles

pour améliorer la diversité des produits de tourisme ainsi que pour constituer un mécanisme

aux termes duquel les ressources et l'expérience sont partagées.

Dans ce cadre, le développement des postes frontières stratégiquement essentiels peut

être conçu et mis en œuvre conjointement, afin de s'assurer que le mouvement des mar-

chandises et des services est autant que possible exempt de troubles potentiels et que, celui
des marchandises, des services illégaux et des personnes soit correctement contrôlé. De

même, puisque les terres limitrophes sous-régionales tendent invariablement de posséder

les mêmes ressources naturelles, les avantages et coûts liés au développement de ces res-

sources, de chaque côté de la frontière, devraient également être invariablement partagés41.

Les triangles de croissance ont également des implications sur la paix et la sécurité,

ainsi que sur l'intégration sociale et la participation des communautés au développement

des régions concernées. Ils favorisent une plus grande coopération et harmonisation des po-

litiques, telles que dans les douanes, les banques et les finances, aux fins de libéraliser le

flux des marchandises, des capitaux, et de la main d’œuvre à travers les frontières natio-

nales. Ceci s'applique non seulement au niveau national où les gouvernements essaient de

coopérer à réaliser le triangle de croissance, mais cela permet aussi aux autorités locales de

formaliser, tout au plus, leurs relations ou, tout au moins, établir des contacts entre eux.

L’idée soutenue en filigrane, est qu’en créant plus de liens d'interdépendance entre les

économies locales, la force sera moins susceptible d’être utilisée pour régler un conflit, en

raison des effets perturbateurs qu'il aurait sur des activités économiques. Par conséquent,

les coûts élevés de la violence favoriseraient la paix42. Les secteurs principaux d'activité

pour des triangles de croissance incluent (i) la promotion de l'investissement; (ii) la facilita-

tion commerciale (iii) la collaboration du secteur d'affaires et (iv) la planification indus-

trielle.

La promotion de l'investissement vise à explorer les voies pour attirer l'investissement

local et étranger dans le triangle de croissance par le marketing, les richesses complémen-

taires dans la zone, le flux des facteurs de production à travers les frontières, et offrir éven-

tuellement des incitations dans les zones économiques spéciales. Les activités possible dans le
triangle de croissance incluent notamment des stratégies coordonnées de marketing;

le développement des capacités institutionnelles pour les organismes locaux d'investisse-

ment; les mesures de coopération inter agences; des approbations harmonisées et des procé-

dures de normalisation pour les projets d'investissement frontaliers; la promotion de l'inves-

tissement dans la zone TC appropriée; et un système d'échange de l'information sur l'inves-


tissement.

La facilitation commerciale entend examiner les approches visant à améliorer l'efficaci-

té des procédures, de la documentation, et de l'échange de données commerciales dans le

triangle de croissance. Les activités possibles incluent notamment l’harmonisation des pro-

cédures de douanes et des procédures d'inspections et des exigences requises en termes de

documentation, en développant un système cohérent de classification des biens, des sys-

tèmes d'information relatifs au commerce, des activités communes de promotion des expor-

tations; en accélérant la question des accords d’échanges commerciaux et établir des

normes de qualité à l’exportation pour les produits agricoles.

Dans un contexte de collaboration du secteur d'affaires, les États mettraient en place des

mécanismes de coopération entre les secteurs d'affaires dans le triangle de croissance pour

soutenir d'autres activités et pour créer une dynamique durable afin de créer l'activité éco-

nomique. Les activités possibles incluent notamment la création d’un forum d'affaires du

Triangle, organiser des sessions de mise en réseau, particulièrement dans les domaines du

tourisme et de l’agriculture, et assurer des échanges d’information sur les affaires locales.

En fin, les pays membres s’efforceront à coordonner ensemble une planification indus-

trielle, sur la base des complémentarités et de la richesse potentielle en ressources, en vue

de promouvoir un modèle de coopération industrielle à faire profiter à toutes les sociétés

dans le triangle de croissance43.

Trois pays africains (Ouganda, Kenya et Tanzanie) partageant le Lac Victoria, expéri-

mentent un projet des bassins transfrontaliers de développement. Le projet pilote proposé

aux trois pays porte sur les pêcheries et le traitement industriel des poissons. L’objectif

poursuivi est de créer un triangle de croissance et fournir la capacité tripartite en vue d’aug-

menter la valeur ajoutée dans les activités de traitement et la main d’œuvre; planifier le dé-

veloppement d'infrastructures à long terme; mise à niveau des capacités professionnelles et

des technologies (…).

Ce projet est conçu pour s’appliquer aux trois pays de l’Est peut être répliqué entre la
RDC et ses deux voisins, compte tenu le fait que ces derniers partagent un vaste réseau la-

custre qui présentent d’énormes potentialités pour l’industrie de la pêche.

Après les indépendances, l’intégration régionale était perçue comme un moyen devant of-

frir des possibilités d’expansion du marché, de réalisation d’économies d’échelle et de di-

versification de la base économique après le morcellement du continent africain. Les ac-

cords de coopération et d’intégration économiques conclus pour la mise en place de mar-

chés sous régionaux protégés, offrant un espace économique élargi pour les facteurs de pro-

duction, la production industrielle et les échanges devraient permettent d’y répondre. La

RDC a expérimenté cette forme de coopération d’abord dans le cadre des Accords bilaté-

raux, ensuite dans le cadre de la CEPGL.

Dans les premiers cas, la coopération s’est révélée plus formaliste, les accords conclus

n’ayant prévu aucun mécanisme institutionnel de mise en œuvre. Dans le second cas, la

CEPGL, l’Organisation créée à cet effet, a plutôt su développer une forme institutionnalisée

plus pratique de la coopération entre les trois États. Les acquis de cette coopération pos-

tulent actuellement la relance et/ou l’élargissement67 de cette Organisation sous régionale

dans un contexte de consolidation de la paix dans cette période post-conflit.

Toutefois, parmi ses faiblesses, l’on note d’abord que le secteur privé n’avait pas été

associé aux initiatives de développement devant aboutir à l’intégration des économies. En-

suite, peu de moyens ont été consacrés au développement des infrastructures sous régio-

nales, si bien que ces États restent encore enclavés. Comme pour le reste de l’Afrique, les

résultats peu reluisants de premières tentatives d’intégration de la CEPGL peuvent être at-

tribués au faible niveau de complémentarité structurelle des économies nationales. Ce qui a

empêché, à son tour, l’accroissement de la production et des possibilités d’échanges68, com-

promettant ainsi les avantages attendus de la coopération envisagée.

Actuellement, bien plus qu’avant, la coopération régionale apparaît un puissant levier

pour prévenir ou réguler et apaiser les conflits. Philippe Hugon69 relève que la réconcilia-

tion franco-allemande, l'accord Mercosur visant à éviter la rivalité Brésil/Argentine, les tri-
angles de croissance est-asiatiques, sont autant de moyens qui ont permis de contourner et

de neutraliser les rivalités politiques dans ces régions. Les interdépendances entre les inté-

rêts économiques demeurent un moyen de contourner les conflits en puissance souligne

l’auteur70.

Dans la perspective de la relance de la CEPGL et de consolidation de la paix après deux

décennies de conflits meurtriers, les investissements à consentir devront à la fois concerner

des projets qui mettent en relation les Gouvernements des États, avec une haute expertise,

et ceux qui impliquent directement des populations dans leur réalisation et sollicitant une

main d’œuvre plus accrue. Mais cela ne peut être possible sans une réelle coopération poli-

tique entre États membres.

Car, comme l’a démontré Franck P., la solidité d’un processus d’intégration régionale

dépend d’une part, du degré d’implication des États membres et de leur cohésion politique,

et d’autre part, de la pacification des relations interétatiques, auxquelles on peut ajouter la

congruence démocratique et l’équilibre géopolitique entre les États membres71. Même si

l’auteur relativise quelque peu l’importance de la convergence démocratique entre États

membres dans la consolidation des processus d’intégration régionale, l’exemple des conflits

vécus entre la RDC, le Burundi et le Rwanda, trois États membres d’une Organisation inter-

nationale, la CEPGL, démontre plutôt un enchevêtrement complexe des causes mettant face

à face déficit démocratique, revendication de citoyenneté et une prépondérance des causes

économiques.

S’il est vrai qu’une coopération économique entre la RDC, le Burundi et le Rwanda,

axée sur l’exploitation en commun des ressources naturelles transfrontalières, quelle que

soit le format envisagé, bilatéral ou multilatéral, à travers notamment la CEPGL ou la CIR-

GL, peut contribuer à ramener la paix dans cette région, il est tout aussi vrai qu’une telle

entreprise ne peut valablement se construire et se pérenniser que si les États membres main-

tiennent une stabilité politique sur le plan interne. Il est nécessaire que les efforts actuelle-

ment entrepris par les Nations Unies en vue de consolider la paix entre la RDC et la région,
intègrent la dimension de l’État de droit, gage d’une stabilité politique interne dans ces trois

États post-conflit.

1.2. LE RWANDA AU CŒUR DE LA DIPLOMATIE DE MOBUTU

Comme de dire du bien du Rwanda, dire du mal de la République démocratique du Congo (RDC) est
un exercice facile tant sont nombreux les rapports alarmistes des Nations unies, les mauvais
classements internationaux, les réquisitoires des organisations non gouvernementales et les
reportages chocs nourrissant les motifs d’indignation. La critique est vive parmi les Congolais eux-
mêmes. Une phrase revient à Kinshasa : « Congo ekobonga te », « Le Congo ne sortira jamais de ce
trou dans lequel il se trouve. »

Le Congo est-il l’illustration parfaite d’un « État failli » ? Cinquante-quatre ans après son
indépendance, le bilan est assurément dramatique. Pourquoi les pouvoirs successivement en place
ne sont-ils pas parvenus à créer des institutions robustes ? Pays trop vaste pour être efficacement
gouverné ? Incapacité des élites à gérer l’héritage colonial ? Rôle pervers des grandes puissances,
notamment pendant la guerre froide ? Une autre hypothèse est rarement étudiée : la cupidité des
voisins. Elle a une certaine pertinence. Dans l’histoire tragique du grand – par la superficie – Congo,
le rôle du Rwanda, presque cent fois plus petit, n’a certes probablement pas été le plus décisif, mais
il a exercé son influence.

LE ROLE DE LA COMMUNAUTE INTERNATIONALE

La communauté internationale n'a pas pu favoriser de manière efficace la transition vers la


démocratie au Zaïre. L'une des raisons principales de cet échec est le manque de pressions exercées
pour instaurer les conditions préalables nécessaires à l'organisation d'élections libres et impartiales.
Lorsque la crise politique interne sous-jacente finit par déboucher sur une guerre ouverte, la
communauté internationale se lança dans des efforts diplomatiques effrénés afin d'encourager les
parties à rejoindre la table des négociations. Cependant, lors des pressions exercées pour cesser
immédiatement les hostilités, et ainsi atteindre et prêter secours aux réfugiés et aux personnes
déplacées victimes de la guerre, il ne fut pas tenu compte de la nécessité de tenir le gouvernement et
les forces rebelles responsables des nombreuses violations des droits de l'homme dont il est fait état
dans les régions se trouvant sous leur contrôle respectif.

Avant le déclenchement de la guerre dans l'est du pays, les puissances occidentales étaient d'une
part engagées dans une politique de soutien à un gouvernement dont la légitimité était mise en
doute et, d'autre part, fermaient les yeux sur les violations systématiques des droits de l'homme.
Elles exigeaient cependant l'organisation d'élections et l'instauration d'une transition accélérée sans
se préoccuper des conditions préalables nécessaires pour que de telles mesures soient efficaces.
Etant donné que le budget envisagé pour les élections se chiffrait à plus de 250 millions de dollars et
devait donc être largement financé par la communauté internationale, les donateurs se préparaient à
disposer d'un outil de poids vis-à-vis de l'autorité qui émergerait de la crise actuelle et espéraient
pouvoir l'utiliser pour garantir le respect sans équivoque des droits de l'homme avant de prêter tout
secours.

La communauté internationale a joué un rôle complexe dans la crise zaïroise depuis 1990. Si l'on
excepte l'assistance fournie aux réfugiés ruandais à l'est--des sommes considérables, estimées à 2,5
milliards de dollars, furent dépensées--l'aide internationale au Zaïre est toujours restée extrêmement
limitée. La communauté internationale a cependant constamment exercé une influence significative
à tous les niveaux de la vie politique intérieure du pays. Les déclarations, et très souvent les silences,
des Etats-Unis, de la France et de la Belgique face aux violations commises ont eu des répercussions
considérables dans tout le pays. De nombreux Zaïrois pensent que la communauté internationale est
responsable des événements survenant dans le pays comme la survie de Mobutu en tant que
président, l'instauration du gouvernement Kengo (l'opinion changea après quelque temps) et la
guerre elle-même.

Fin 1991, à l'exception de l'assistance humanitaire, toutes les aides vers le Zaïre furent suspendues.
Jusqu'à la mi-1994, la 'Troïka' composée de la France, de la Belgique et des Etats-Unis maintint une
cohésion surprenante dans les politiques menées afin d'instaurer une transition pacifique dans le
pays. Lorsque le Président Mobutu intervint dans le processus de transition amorcé par la
Conférence Nationale Souveraine et qu'il rétablit l'Assemblée Nationale en mars 1993, le nouveau
premier ministre, Faustin Birindwa, fit l'objet d'un boycott unanime de la part des nations
occidentales. Le président lui-même, ainsi que son entourage, étaient soumis à un boycott
international très efficace. Cependant, la Troïka fut victime de tensions internes suscitées par des
accusations de fuites et de contacts secrets avec Mobutu. La mesure potentiellement la plus efficace,
le gel des avoirs étrangers de Mobutu, ne fut jamais mise en oeuvre.

L'opposition concertée au régime de Mobutu commença à se fissurer publiquement lors du


déclenchement de la crise ruandaise en avril 1994 et continua à se dissoudre après la nomination de
Kengo au poste de Premier Ministre, en juillet 1994. Seule la France prit position publiquement et
appuya de manière enthousiaste le nouveau premier ministre. La Belgique et les Etats-Unis, bien que
réticents au début, lui emboîtèrent le pas. Le 24 avril 1995, lors du cinquième anniversaire du début
de la transition, la Troïka effectua une démarche auprès du « pouvoir politique » zaïrois, critiquant
tout d'abord l'entourage du président et le leader de l'opposition, Etienne Tshisekedi. (165) Au même
moment, les Etats-Unis rendaient hommage au Premier Ministre Kengo pour son « effort courageux
visant à mettre en śuvre son programme ambitieux de réformes politiques et économiques et à
conduire le Zaïre vers des élections libres, impartiales et transparentes. » (166)

En avril 1996, la France renoua les relations d'aide bilatérale avec le Zaïre. Un porte-parole du
Ministère de la Coopération déclara à cette occasion que la décision française ne signifiait pas que
Paris ait noté une véritable amélioration du respect accordé aux droits de l'homme au Zaïre. (167)
La reprise des contacts entre la France et Mobutu avait déjà été pressentie en 1995, lorsque le
Président zaïrois avait reçu l'autorisation de revenir en France à plusieurs occasions et de rencontrer,
discrètement dans un premier temps, puis publiquement, de nombreuses personnalités du
gouvernement.

La Belgique a elle légèrement accentué son programme d'aide vers le Zaïre, qui s'élevait à quelque 15
millions de dollars U.S. en 1995, mais en faisant transiter cette aide via les O.N.G., et non par le biais
du gouvernement. Elle a maintenu son interdiction de visa pour Mobutu, même si d'autres membres
de son entourage rencontrèrent peu de difficultés pour se rendre en Belgique.

L'Union Européenne

Depuis la suspension de l'aide américaine au gouvernement zaïrois en janvier 1992, la Commission


Européenne a consacré 309,81 millions de dollars U.S. à des programmes de réhabilitation et
d'infrastructure au Zaïre. L'Union Européenne était prête à consacrer environ 35 millions de dollars
U.S. aux élections zaïroises, à la seule condition que le gouvernement de Kinshasa prenne les
mesures nécessaires pour organiser des élections régulières et transparentes et qu'il y contribue
financièrement. Le gouvernement zaïrois déclara qu'il consacrerait 102 millions de dollars U.S. à
l'organisation des élections mais à ce jour, n'en a encore rien fait. Aucune condition spécifique
concernant les droits de l'homme et constituant un préalable à un financement de l'U.E. n'a été
formulée. En plus de contribuer au fonds spécial instauré par l'O.N.U. afin de gérer le budget des
élections, l'assistance de l'U.E. pour les élections s'est aussi traduite par l'établissement d'une Unité
Electorale Européenne.

L'U.E. était prête à consacrer environ 18 millions de dollars U.S. à l'achat de matériel et d'articles de
base nécessaires à la bonne organisation du scrutin. A l'heure où nous rédigeons ce rapport, nous ne
savons toujours pas avec certitude quand un tel scrutin aura lieu. Les 18 millions de dollars U.S. ne
seront alloués que lorsque le gouvernement zaïrois aura lui-même débloqué des fonds pour les
élections, que la situation semblera plus propice à un tel scrutin et que d'autres donateurs se seront
également engagés à apporter une contribution financière. (168)

Le 17 février 1997, la présidence néerlandaise de l'Union Européenne publiait un communiqué sur la


situation au Zaïre, condamnant la recrudescence de l'activité militaire, appelant au retrait de toutes
les forces étrangères et mercenaires du pays et à l'ouverture de négociations en vue de la conclusion
immédiate d'un cessez-le-feu. Le communiqué plaidait également pour une solution politique à la
crise, basée sur cinq principes: 1) le respect de l'intégrité territoriale du Zaïre; 2) le respect des droits
des citoyens; 3) le rapatriement volontaire des réfugiés, sans manoeuvre d'intimidation ou risque
pour leur vie; 4) la non-agression entre les Etats, y compris la fin de toute activité illégale de la part
des groupes de l'opposition stationnés dans des pays limitrophes; et 5) la démocratisation de tous les
pays de la région, la poursuite du processus de transition vers la démocratie et la tenue d'élections
libres et impartiales au Zaïre. (169)

Les ministres des affaires étrangères de l'U.E. ont continué de plaider pour une conférence
internationale sur la région des Grands Lacs, tout en demandant un cessez-le-feu, des négociations et
l'accès aux réfugiés pour les organisations humanitaires. A la fin du mois de mars, les ministres des
affaires étrangères de l'UE ont de nouveau souligné l'importance d'élections démocratiques dans le
processus de paix. (170)

Les Etats-Unis

Les Etats-Unis dépêchèrent un ambassadeur au Zaïre en novembre 1995, après une interruption de
plus de deux ans destinée à montrer leur mécontentement vis-à-vis du Président Mobutu. Cette
décision constituait une nouvelle marque de soutien au Premier Ministre Kengo. Le nouvel
ambassadeur, Daniel Simpson, était un partisan avoué des élections mais ne défendait pas avec la
même vigueur les mesures nécessaires pour donner à ces élections tout leur sens. Tant lors de
déclarations publiques que privées précédant le report du scrutin, l'ambassadeur se prononça sans
ambiguïté pour la poursuite du processus électoral selon le calendrier prévu, même en l'absence des
réformes promises. Les interdictions légales empêchaient toujours toute assistance ou financement
américain du développement au Zaïre, y compris l'aide à l'organisation des élections, si ce n'est par
l'entremise des O.N.G. (171)

Lorsque la guerre éclata, nombreux étaient ceux au Zaïre qui soupçonnaient les Etats-Unis de
soutenir les rebelles, ce qui déclencha une vague d'anti-américanisme en novembre et décembre
1996. Les Etats-Unis émirent ensuite des critiques publiques à l'encontre des rebelles, dénonçant
leurs violations des droits de l'homme. Le trois décembre, le porte-parole du Département d'Etat,
Nicholas Burns, faisait part de l'existence « de possibles violations des droits de l'homme à l'est du
Zaïre, commises par des éléments de l'alliance rebelle, » et priait les chefs rebelles d'enquêter sur ces
accusations et de punir les responsables. De plus, l'ambassadeur américain fit de nombreuses
déclarations publiques soutenant la position du gouvernement zaïrois selon laquelle le pays était
effectivement envahi par le Ruanda et l'Ouganda. Le 9 janvier, lors d'une interview à la télévision
d'Etat zaïroise, l'ambassadeur Simpson déclara: « Nous sommes conscient du fait que le Zaïre a été
attaqué par le Ruanda et l'Ouganda. Cette agression pose des problèmes sur les fronts politique et
humanitaire. » (172)
Le quatorze mars, Nicholas Burns, porte-parole du Département d'Etat, abordait le problème de
l'accès de l'aide humanitaire, faisant remarquer que Kabila avait offert des garanties d'accès et de
sécurité et que les autorités américaines « [attendaient] de lui qu'il tienne ses promesses ». Il déclara
que les Etats-Unis continueraient à exercer des pressions sur les deux parties.

Il est à noter, cependant, que les Etats-Unis montrèrent au départ peu d'enthousiasme à faire
pression sur Kabila en matière de respect des droits de l'homme, que ce soit directement, lors de
contacts personnels, ou indirectement, par l'entremise du Ruanda et de l'Ouganda. Les Etats-Unis
nièrent avoir le moindre pouvoir sur Kabila, même si l'influence américaine était bien supérieure à ce
que les responsables américains affirmaient. Washington se décida finalement à soulever le
problème des droits de l'homme lors d'une démarche entreprise auprès de Kabila à la fin du mois de
mars ou au début du mois d'avril, et qui aurait été axée sur l'arrêt des violations et la prise de
mesures contre les responsables de tels actes, sur l'accès donné aux équipes d'enquête des
organisations de défense des droits de l'homme et sur l'assistance aux réfugiés. Une démarché
similaire aurait été entreprise auprès du ministre des affaires étrangères de l'A.F.D.L. à Kigali.

En février et mars, les Etats-Unis prirent une part de plus en plus active dans la recherche d'un
règlement politique, fondé sur l'arrêt des hostilités. Les Etats-Unis soutenaient le plan en cinq points
de l'O.N.U. (cf. ci-dessous) et participèrent activement aux négociations tenues en Afrique du Sud à la
fin février. Cependant, à l'heure où nous rédigeons ce rapport, toute discussion relative aux élections
a été éclipsée par l'avancée des forces rebelles et les efforts visant à négocier une solution politique.
Le trois mars, le porte-parole du Département d'Etat, Nicholas Burns, déclarait que les combats
continus mettaient en péril les chances d'arriver à un règlement pacifique de la crise, et invitait
toutes les parties à cesser les hostilités et à entamer le dialogue. Dans une lettre datée du 21 mars, la
Secrétaire d'Etat, Madeline Albright, demandait instamment à Mobutu d'entreprendre des
négociations immédiates et directes avec l'A.F.D.L. Elle exprimait également le soutien des Etats-Unis
aux efforts de l'envoyé spécial de l'O.N.U., Mohamed Sahnoun, concernant un cessez-le-feu et des
négociations.

L'O.N.U.

La Division d'Assistance Electorale de l'O.N.U. commença en 1996 à offrir un certain soutien au


processus électoral zaïrois, bien que ce support fût limité à un bureau d'assistance technique à
Kinshasa, fonctionnel à partir d'avril 1997. Ce bureau avait pour mission d'aider la commission
électorale à être en mesure d'assurer elle-même le bon déroulement des élections au niveau du
cadre juridique, de formation et d'éducation civique.
La position de l'O.N.U. concernant le soutien apporté aux élections zaïroises a été expliquée dans une
lettre du Secrétaire Général, Boutros Boutros Ghali, adressée au gouvernement zaïrois en date du 9
août 1996, et dans laquelle il formulait les principales conditions préalables à toute aide de l'O.N.U.,
à savoir l'adoption opportune du cadre juridique pour les élections et la contribution financière du
gouvernement à la Commission Electorale Nationale. Le Secrétaire Général soulignait également que
« ni votre gouvernement ni l'O.N.U. ne pourra compter sur le soutien politique et financier de la
communauté internationale--une condition importante pour le succès des élections dans les
circonstances actuelles au Zaïre--si ces conditions préalables ne sont pas remplies dès que possible. »
(173)

Cette lettre ne faisait cependant aucune mention de conditions préalables concernant les droits de
l'homme, si ce n'est qu'elle exigeait la tenue d'élections transparentes et conformes aux principes
internationaux.

L'O.N.U. a affecté un budget de quelques 5 millions de dollars U.S. au cas du Zaïre, dont environ 2
millions ont été dépensés pour le recrutement provisoire de consultants en matière d'assistance
technique et un million au projet pilote de scrutin. En outre, au début de l'année 1997, l'O.N.U. a
ouvert un fonds en fidéicommis pour les élections zaïroises, bien que le fonds n'ait reçu aucune
contribution d'Etats membres depuis le début du mois d'avril. (174)

Le 21 août 1996, après plus d'un an et demi de négociations, le Zaïre acceptait l'instauration d'un
bureau des droits de l'homme de l'O.N.U., composé de deux personnes. (175)

Le bureau a rapidement été mis sur pied, et se compose d'un professionnel « national » et d'un autre
devant être recruté. Le bureau fut d'abord suggéré par le Rapporteur Spécial Roberto Garretón, afin
de l'aider dans la collecte d'informations et le maintien des contacts avec le gouvernement zaïrois. Le
premier mandat du bureau consistait à examiner les violations des droits de l'homme, bien que
certaines activités de coopération technique aient également été envisagées. Il s'agissait cependant
d'une opération extrêmement limitée.

En janvier 1997, l'O.N.U. nommait nommé Mohammed Sahnoun au poste d'envoyé spécial pour la
région, en concertation avec l'O.U.A. Celui-ci se prononça en faveur d'un règlement négocié de la
guerre et, après avoir effectué de nombreuses consultations dans le cadre d'une tournée dans la
région, et notamment une visite au Zaïre, il dressa un plan en cinq points devant être examiné par le
Conseil de Sécurité. Le 18 février 1997, le Conseil approuvait le plan, dans le cadre de sa résolution
1097 (1997), et plaidait pour:

la cessation immédiate des hostilités;


le retrait de toutes les forces extérieures, y compris les mercenaires;

la réaffirmation du respect de la souveraineté nationale et de l'intégrité territoriale du Zaïre et des


autres Etats de la région des Grands Lacs;

la protection et la sécurité de tous les réfugiés et personnes déplacées et la possibilité pour l'aide
humanitaire d'accéder à ces personnes;

le règlement rapide et pacifique de la crise par le dialogue, le processus électoral et la tenue d'une
conférence internationale sur la paix, la sécurité et le développement dans la région des Grands Lacs.

L'OUA et les Autres Initiatives Régionales

Le cinq novembre 1996, le Président Kényan Daniel arap Moi organisait un sommet régional sur la
crise dans l'est du Zaïre. Ce sommet réunissait les présidents de l'Ouganda, du Ruanda, de la Zambie
et de l'Erythrée. Le secrétaire général de l'Organisation pour l'Unité Africaine et le premier ministre
éthiopien étaient également présents. Le Zaïre déclina l'invitation à participer à cette conférence,
baptisée « Nairobi I », invoquant le soutien apporté par l'Ouganda et le Ruanda à la rébellion. Les
leaders africains insistèrent auprès du Conseil de Sécurité pour qu'une « force neutre » soit déployée
afin d'aider à rapatrier les réfugiés bloqués dans la zone des combats dans l'est du Zaïre et plaidèrent
pour un cessez-le-feu immédiat, devant permettre d'arriver à une paix durable par la voie
diplomatique.

Une autre réunion des chefs d'Etat africains fut convoquée à Nairobi le seize décembre. Cédant aux
pressions internationales l'enjoignant à y participer, le Président sud-africain Nelson Mandela
rejoignit huit autres leaders d'Afrique centrale et de l'Est, ainsi que le secrétaire général de l'O.U.A.,
afin de débattre de l'escalade de la crise dans la région des Grands Lacs. Le sommet reçut le nom de «
Nairobi II. » (176)

Le Zaïre brilla à nouveau par son absence, malgré les promesses faites par Mobutu au Président Moi
que le Premier Ministre Kengo se rendrait au sommet. Au dernier moment, Kengo annula sa
participation, criant au « complot anglo-saxon. » (177)

Les chefs d'Etat présents plaidèrent pour le respect de l'intégrité territoriale des Etats de la région
des Grands Lacs et pour la fin des incursions transfrontalières. Ils appelèrent aussi à un règlement
pacifique du conflit dans l'est du Zaïre. Dans l'intervalle entre Nairobi I et Nairobi II, le Président Moi
s'était plaint du fait que l'initiative ait été largement ignorée par les Etats du nord, qui prévoyaient
d'envoyer une force d'intervention dans la région.
Alors que six ministres africains des affaires étrangères se rendaient à Kinshasa durant la troisième
semaine de février 1997, pour donner suite aux résolutions de Nairobi II et discuter de l'éventualité
d'un sommet régional Nairobi III, l'Afrique du Sud était le théâtre de négociations indirectes entre les
représentants de l'alliance et Honore Ngbanda, le neveu du Président Mobutu et son conseiller en
matière de sécurité. Cette initiative différait des négociations régionales de Nairobi par le fait qu'elle
impliquait la participation de l'alliance des rebelles, exclue du processus de Nairobi. D'autre part,
l'O.U.A. annonçait qu'elle organiserait un sommet des Etats membres dans la capitale togolaise,
Lomé, dans le cadre de l'Organe Central du Mécanisme de l'O.U.A. pour la Prévention, la Gestion et la
Résolution des conflits, et ce avant la fin du mois de mars, le but étant d'examiner à nouveau la
situation dans la région des Grands Lacs.

Initiatives Convergentes et Divergentes

Un consensus est apparu autour du plan en cinq points, considéré comme la base du règlement du
conflit lors de plusieurs efforts ultérieurs de médiation. Après avoir d'abord qualifié le plan de paix de
l'O.N.U. de « timide », le gouvernement zaïrois l'accepta dans une déclaration rendue publique le
cinq 5 mars 1997. Cédant aux pressions internationales, l'alliance des rebelles déclara le huit mars
qu'elle acceptait le plan en cinq points, mais seulement en tant que point de départ de négociations
directes avec le gouvernement. Dans le cas contraire, annonça l'alliance, elle rejetterait tout cessez-
le-feu.

L'Organisation de l'Unité Africaine approuvait elle le plan lors de la cinquante-sixième session


ordinaire de son Conseil des Ministres, tenue à Tripoli du 24 au 28 février. La présence du
Représentant Spécial de l'O.U.A./O.N.U. pour la région des Grands Lacs, Mohamed Sahnoun, du
Secrétaire d'Etat adjoint américain pour les affaires africaines et du directeur général du Conseil de
Sécurité Nationale américain pour l'Afrique, basé au Cap, illustrait bien les espoirs soulevés par
l'initiative de médiation de l'Afrique du Sud. Ils étaient là pour encourager le processus et
apparemment aussi pour réconcilier les initiatives internationales et régionales. Ces espoirs furent
cependant vite oubliée, lorsque la campagne militaire des rebelles enregistra de nouvelles victoires
et que le gouvernement zaïrois prit ses distances par rapport aux pourparlers, déclarant que l'envoyé
du président n'était pas mandaté pour le représenter.

Nairobi III fut convoqué le 19 mars en l'absence de l'A.F.D.L., ainsi que du Ruanda et de l'Ouganda,
deux de ses défenseurs déclarés. Les six nations présentes au sommet plaidèrent pour la fin du
conflit au Zaïre par la mise sur pied urgente du plan de paix en cinq points de l'O.N.U. (178)

Le sommet de l'O.U.A. à Lomé, le 26 mars, réunissait lui quatorze chefs d'Etat et des délégués du
gouvernement zaïrois et de l'A.F.D.L. Malgré que les deux parties au conflit aient refusé de se
rencontrer face à face, le sommet tenta de combler le fossé les séparant en essayant d'arriver à un
cessez-le-feu et à des négociations élargies sur le règlement de la crise. Le communiqué final du
sommet de Lomé stipulait que les deux parties du conflit s'engageaient à « respecter le principe d'un
cessez-le-feu et le principe de négociations .»

Au terme du sommet de Lomé, l'Agence de Presse kenyane annonçait que le Président arap Moi, en
concertation avec les participants à Nairobi III, avait transmis la présidence de l'initiative de Nairobi à
l'O.N.U. et à l'O.U.A. Cette mesure semblait indiquer la fusion de l'O.N.U./O.U.A. et le lancement
d'initiatives diplomatiques régionales. Un accord fut trouvé à Nairobi, selon lequel les délégations
représentant Kinshasa et l'A.F.D.L. entameraient des négociations directes en Afrique du Sud début
avril. Le Représentant Spécial, Mohamed Sahnoun, jouerait un rôle de médiation de premier plan
dans la des pourparlers censés jeter les bases de conditions préalables à des négociations ultérieures
et devant permettre de préparer une rencontre entre le président du Zaïre et le chef de l'A.F.D.L.

Dans une déclaration faite le 12 mars, l'Union Européenne réaffirmait son soutien aux efforts de
l'O.N.U. visant à obtenir la paix au Zaïre et invitait toutes les parties concernées à souscrire à ce plan
et à mettre en śuvre ses diverses dispositions. (179)

Lors d'une réunion tenue à Paris le 18 février, des diplomates américains de premier plan et de six
pays de l'UE (180)

réaffirmaient « leur adhésion aux principes devant guider la communauté internationale dans sa
tentative de restaurer la paix et la stabilité au Zaïre, et notamment les lignes directrices qui
inspirèrent le plan de paix en cinq points (. . .) unanimement approuvé par le Conseil de Sécurité de
l'O.N.U. » (181)

Cette unanimité a été constamment mise à l'épreuve, les intérêts et agendas divergents des
membres de la communauté internationale ayant souvent pris le pas sur la résolution pratique de
problématiques spécifiques. Au cours du premier trimestre 1997, la France s'est retrouvée esseulée,
après avoir essayé à plusieurs reprises de convaincre d'autres membres de la communauté
internationale d'imposer un cessez-le-feu et d'organiser une force multinationale pour « aider les
réfugiés. » Elle répondait à un appel du Secrétaire Général de l'O.N.U., désireux d'organiser une force
d'intervention, alors que les Etats-Unis et la Grande-Bretagne semblaient eux réticents à la mise en
place d'une telle initiative.
165. Déclaration de Nicholas Burns, Porte-parole, Département d'Etat américain, 24 avril 1995.

166. Déclaration de Nicholas Burns, Porte-parole, Département d'Etat américain, 24 avril 1995.

167. François Raitberger, « Mobutu Salue l'Aide 'Courageuse' de la France envers le Zaïre » («
Mobutu Hails 'Courageous' French Aid to Zaire »), Reuters, 26 avril 1996.

168. Entretien avec Bruno Gatta, Bureau Zaïre, Commission Européenne, DGVIII, 6 mars 1997.

169. Conseil de l'Union Européenne Secrétariat Général, « Communication à la Presse: Déclaration de


la Présidence au nom de l'Union Européenne sur le Zaïre », 6017/97 (Presse 44), Bruxelles, 17 février
1997.

170. « Les Ministres de l'U.E. organisent un nouvel échange de vues sur le Zaïre » (EU Ministers Hold
Another Exchange of Views on Zaire »), Rapport européen, 25 mars 1997.

171. L'aide américaine au Zaïre a été interrompue en 1991 par l'Amendement Brooke, qui empêche
l'aide étrangère vers les pays en cessation de paiement des emprunts contractés auprès du
gouvernement américain.

Une équipe d'évaluation électorale composée de l'Institut National Démocrate, de l'Institut


International Républicain, et de la Fondation Internationale pour les Systèmes Electoraux s'est
rendue au Zaïre en septembre/octobre 1996, mais comme son seul but était de faire rapport de l'état
d'avancement des préparatifs électoraux au gouvernement américain, elle n'a pas été soumise à ces
dispositions.

172. « L'Ambassadeur Américain au Zaïre Accuse le Rwanda et l'Ouganda d'Agression » (« US


Ambassador to Zaire Accuses Rwanda and Uganda of Aggression »), Reuters, 10 janvier 1997.

173. Lettre du Secrétaire Général Boutros Boutros Ghali au Premier Ministre Léon Kengo wa Dondo,
9 août 1996.
174. Entretien avec Nour Eddine Driss, Directeur de la Division d'Assistance Electorale de l'O.N.U. et
responsable de l'Unité d'Assistance Electorale au Zaïre, 7 mars 1997.

175. « Protocole d'accord relatif à l'établissement à Kinshasa d'un bureau des droits de l'homme »,
signé le 21 août 1996.

176. Ont participé à la réunion les Présidents Benjamin Mkapa de la Tanzanie, Pasteur Bizimungu du
Rwanda, Nelson Mandela de l'Afrique du Sud, Isayas Afwerki de l'Erythrée, Frederick Chiluba de la
Zambie, Robert Mugabe du Zimbabwé et Yoweri Museveni de l'Ouganda, ainsi que le Premier
Ministre Meles Zenawi d'Ethiopie, Salim Ahmed Salim de l'O.U.A., Julius Nyerer, au titre de doyen des
chefs d'Etat de la région, et Ferdinand Oyono, le ministre des affaires étrangères du Cameroun. Cf.
KBC radio, « Le sommet des Grands Lacs publie un communiqué commun » (« Great Lakes summit
issues joint communique »), Nairobi, 17 décembre 1996, Résumé de la B.B.C. des nouvelles
internationales, 18 décembre 1996.

177. Des sources du Département d'Etat américain pensent que la destitution de Kengo est due à un
document interne américain divulgué par les Français.

178. Trois présidents participèrent au sommet: Daniel arap Moi du Kenya, Robert Mugabe du
Zimbabwe et Pascal Lissouba du Congo. Le Zaïre et le Cameroun envoyèrent leur premier ministre, et
l'Afrique du Sud son vice-président.

179. « L'UE soutient les efforts de l'O.N.U. pour résoudre la crise zaïroise » (« E.U. supports U.N.
efforts to solve Zaire crisis »), Reuter, La Haye, 12 mars 1997.

180. Des experts des ministères des affaires étrangères d'Allemagne, de France, de Grande-Bretagne,
de Belgique, d'Espagne et des Pays-Bas, alors en charge de la présidence tournante de l'UE, ont
participé à la réunion avec leurs homologues américains. Cf: « Les Américains et les Européens se
rencontrent pour discuter du Zaïre à Paris » (« U.S., Europeans meet on Zaire in Paris »), Reuter,
Paris, 18 février 1997.

181. « Les Etats-Unis et la France ont déclaré avoir surmonté leurs divergences sur le Zaïre » (« U.S.,
France said overcoming Zaire differences »), Reuter, Paris, 19 février 1997.

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