MINISTERE DE L’EDUCATION NATIONALE REPUBLIQUE DE COTE
D’IVOIRE
ET DE L’ALPHABETISATION Union - Discipline
- Travail
DRENA ABIDJAN II
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……………………………….………… PROFESSEUR : M.
FOFANA
GROUPEMENT
DE TEXTES
THÉÂTRAUX
AXE D’ÉTUDE
La satire du pouvoir politique dans le
théâtre négro-africain d’expression
française d’après les indépendances
Texte
Nahoubou, humilié par les hommes du Macadou qui dirige son pays, se révolte et rêve d’installer un règne
de prospérité et de [Link] rêve se réalise, il devient Macadou. Mais le pouvoir obtenu – et à quel prix ! -
le grise. Bacoulou, le vieux féticheur qui lui a permis d’accéder au pouvoir vient d’être porté « disparu ».
Nahoubou Ier
Je comprends… il le fallait. Il aurait pu parler… Mon honneur était en jeu… pour asseoir sa
réputation, pour ne tolérer aucune limitation à son pouvoir, un bon potentat se doit de
ruiner ou d’exterminer tous ceux qui l’ont aidé à se hisser sur le trône. Lui seul pourtant
pouvait me guérir. Alors, que plus personne ne dorme dans mon royaume, qu’aucun
animal, aucun oiseau, jamais plus ne se repose, ne ferme l’œil…(Rires). On a ri ! Qui a osé
rire ? (Aboiements de chiens). Un chien a aboyé. Un chien a aboyé. N’avais-je pas ordonné
d’arrêter toutes les voix ? Lorsque je parle, tout dans la nature doit se taire. (Aboiements
de chiens). Arrêtez-moi chiens et propriétaires de chiens. Dresser les chiens pour me
couper la parole, pour protester ! Me faire dialoguer avec les chiens !
Kablan
Tuez tous les chiens au nom du Macadou Nahoubou Ier
Nahoubou Ier
Je disais donc (coups de pilon). Encore ! Des coups de pilon lorsque je parle. Une
imagination diabolique. Sortez de mon empire pilons et mortiers
Kouassi
Les hommes ne mangeraient-ils plus ?
Nahoubou Ier (surpris)
Manger ! Manger ! Ne penser qu’à manger !...N’avoir pour horizon que le ventre, pour
objectif que le ventre ! Est-ce que je mange, moi ? Il faut avoir faim pour accomplir des
prodiges. C’est avec la faim et la foi qu’on soulève les montagnes. Or je veux qu’ensemble
nous soulevions les montagnes, toutes les montagnes…
Aka
Les hommes ont faim
Nahoubou Ier
Moi aussi j’ai faim !
Kouassi
Les hommes, eux, ont faim de faim véritable et non de puissance, de gloire.
Bernard Binlin DADIE, Les voix dans le vent, 1970, Clé Yaoundé, pages 112-113,
Texte
Dans cette tirade, Christophe répond à sa femme qui lui reproche ses excès dans sa
gestion du pouvoir politique.
CHRISTOPHE
Je demande trop aux hommes ! Mais pas assez aux nègres, Madame ! S’il y a
une chose qui, autant que les propos des esclavagistes, m’irrite, c’est d’entendre
nos philanthropes clamer, dans le meilleur esprit sans doute, que tous les hommes
sont des hommes et qu’il n’y a ni Blancs ni Noirs. C’est penser à son aise, et hors du
monde, Madame. Tous les hommes ont mêmes droits. J’y souscris. Mais du
commun lot, il en est qui ont plus de devoirs que d’autres. Là est l’inégalité. Une
inégalité de sommations, comprenez-vous ? A qui fera-t-on croire que tous les
hommes, je dis tous, sans privilège, sans particulière exonération, ont connu la
déportation, la traite, l’esclavage, le collectif ravalement à la bête, le total outrage,
la vaste insulte, que tous, ils ont reçu, plaqué sur le corps, au visage l’omni-niant
crachat ! Nous seuls, Madame, vous m’entendez, nous seuls, les nègres ! Alors au
fond de la fosse ! C’est bien ainsi que je l’entends. Au plus bas de la fosse. C’est là
que nous crions ; de là que nous aspirons à l’air, à la lumière, au soleil. Et si nous
voulons remonter, voyez comme s’imposent à nous le pied qui s’arcboute, le muscle
qui se tend, les dents qui se serrent, la tête, oh ! La tête, large et froide ! Et voilà
pourquoi il faut en demander aux nègres plus qu’aux autres : plus de travail, plus de
foi, plus d’enthousiasme, un pas, un autre pas, encore un autre pas et tenir gagné
chaque pas ! C’est d’une remontée jamais vue que je parle, Messieurs, et malheur à
celui dont le pied flanche !
Aimé CÉSAIRE, La tragédie du roi Christophe, 1963, Présence Africaine, Paris,
Acte I, scène ,7 page 59,
Texte
Dos Santos Bagoza a pris le pouvoir suite à un coup d’état militaire qui a renversé le régime de Salé
Briganza. Une fête est organisée à l’occasion du 18è anniversaire de la prise de pouvoir. La presse est
mobilisée à cet effet pour couvrir l’événement.
LE JOURNALISTE
(S’agitant sur un fond de musique militaire)
Allô, le studio ? Allô, le studio, est-ce que vous m’entendez ? Oui ? Alors passez-moi
l’antenne, s’il vous plait ! Merci…
(Toussant pour s’éclaircir la voix. Sur un ton maniéré)
Cette soirée mémorable est, comme vous le savez, placée sous le signe de la simplicité,
comme l’a voulu son Excellence, le Guide Suprême, le Général Dos Santos Bagoza. Ce dix-
huitième anniversaire, cette journée mémorable, doit être célébrée sans fastes,
conformément à la politique d’austérité lancée par le Guide Suprême, son Excellence Dos
Santos Bagoza ; politique d’austérité dans laquelle s’est engagé notre pays sous la conduite
éclairée de notre homme providentiel, le Guide Suprême, le Général Dos Santos Bagoza.
(Musique)
Les personnalités commencent à arriver. Certains sont déjà là. Les épouses des officiers -
nos vaillants officiers qui ont porté haut le flambeau de l’abnégation et le sens du sacrifice-
sont comme d’habitude vêtues avec cette élégance innée qui les caractérise. Chacune des
Señoras est la quintessence de la beauté africaine. Des bijoux d’une valeur inestimable
rivalisent avec des bijoux d’une valeur tout aussi [Link] civils sont également
présents. Parmi ceux-ci, signalons la présence remarquée de monsieur Aliki Antonio
Bagoza illustre frère de son Excellence le Guide Suprême, le Général Dos Santos Bagoza.
Monsieur Aliki est, comme vous le savez, le secrétaire d’Etat à la défense, le ministre de la
défense étant son illustrissime grand frère, le Guide Suprême , son Excellence le Général
Dos Santos Bagoza, charge que ce dernier détient conformément à son immense
dévouement pour la chose publique en plus de ses nombreux autres ministères :
l’agriculture, la justice, la jeunesse et les sports, les postes et télécommunications, les
travaux publics et le ministère de l’information.
(Musique)
Arrêtons-nous un peu sur la biographie de Monsieur Aliki Antonio Bagoza. Comme le dit le
philosophe, la poule naît de l’œuf. Les grands destins naissent des petits destins. Qui
aurait pense que ce modeste cultivateur du village de Rassaffil y Miranda serait du jour au
lendemain secrétaire d’Etat à la défense ? Vous le savez, chers auditeurs, dans notre pays
où la vertu est toujours récompensée et le vice puni, ceux qui se dévouent à la nation
obtiennent toujours ce qui leur est dû. Souvenez-vous : depuis dix-huit ans, monsieur Aliki
a défendu sans désemparer notre patrimoine culturel : premier prix de la lus belle patate ;
premier prix du plus gros melon, etc. Messieurs les intellectuels, vous qui n’hésitez pas à
jeter la pierre, montrez-nous vos meilleurs états de service !
(Musique)
BABA Moustapha, Le commandant Chaka, 1983, , Hatier, pages 32-33.
Texte
Sogoma Sangui occupe un poste élevé dans l’administration ; il est gouverneur de quartier. Il tient une
réunion à son bureau avec ses collaborateurs.
Sogoma Sangui
-Prenez place, messieurs. Je vous attendais. (Les collaborateurs s’assoient autour de la
table de conférence). Messieurs, voici l’ordre du jour. Premier point… (Le téléphone
sonne. Il se lève et va réponde. Très bonnes manières). Allo !...Oui… Oui C’est ça… Non,
pas aujourd’hui…Demain ça sera mieux demain... Comment ?... Mais qu’est-ce que tu
crois ? On ne discute pas de ces choses-là au téléphone, mon vieux !
Je ne discute pas de problèmes aussi sérieux au téléphone… Allo !... Combien tu
dis ?...Millions ?... Ah bon ! (il rit bruyamment) très bien…Très bien…C’est ça… Bien…Oui,
oui. Rappelle-moi dans une heure… Oui. Dans une heure ou deux… Voilà… de rien, mon
ami. (il raccroche et regagne son siège, tout rayonnant de joie. De très bonne humeur, se
frottant les mains).
Donc, premier point de l’ordre du jour : mesures d’assainissement du quartier. Premier
sous point : renforcement de la force publique. Deuxième sous-point : démolition des
taudis. Troisième sous point… (Le téléphone sonne. Il se lève et va répondre. Toujours très
bonnes manières). Allo !...Oui… Ah ! C’est toi, Bob ? Comment vas-tu ?...Oh ! Pas trop
mal…ça va, merci… (Il fronce les sourcils.) Oui…Oui…Oui, Oui…Ah bon !... c’est ça.
(Extrêmement ennuyé) oui, je comprends, Bob, mais tu sais que ce n’est plus très prudent,
ces choses- là… mais justement !... Oui… Ecoute. Je vais tout de même essayer d’arranger
ça…non…non… ce n’est pas tragique. Seulement… ça peut mal tourner, ces choses-là…
Bon… D’accord…d’accord… Alors, on fera comme ça. Qu’il passe me voir demain matin. De
rien, Bob. A bientôt. (Il raccroche nerveusement. Pas du tout content). Zut ! C’est tout de
même un peu fort, tout ça. Enfin… (Un temps) où en étions-nous déjà ?
Un collaborateur Exaspération à peine dissimulée)
Troisième sous-point du premier point de l’ordre du jour, monsieur le gouverneur.
Sogoma Sangui
-Ah ! Merci. (Un temps) donc troisième sous-point : mesures de coercition pour la rentrée
des impôts. Je répète : Me-su-res-de-co-er-ci-tion-pour-la-ren-trée-des-im-pôts. Entre
parenthèses : contre les simples particuliers, virgule, contre les sociétés, virgule, contre les
personnalités politiques et administratives.
Deuxième point… (le téléphone sonne à nouveau) zut ! (il se lève néanmoins et va
répondre assez sèchement). Allo !... Oui. Vous dites ?... ah ! Ça alors ! Vous plaisantez, vous
autres !... Non, non et non. Il n’y a pas de délai qui tienne ! Je ne sais pas si vous vous
rendez compte…ça fait la troisième fois que l’échéance est différée… Comment !... Vous
vous moquez ! Ma parole ! C’est demain, un point, c’est tout. (Il raccroche brutalement.
fulminant) Ah ! Ça alors ! (Prenant ses collaborateurs à témoin), vous avez déjà vu de
pareilles choses, vous ? (un temps) Où en étions-nous déjà ?
Un collaborateur (résigné)
-Deuxième point, Monsieur le Gouverneur.
Sogoma Sangui (il allume un cigare nerveusement)
-Ah ! Oui ! Deuxième point…(le téléphone sonne. Il se lève rageusement et va répondre
avec arrogance) qui est à l’appareil ?... (La peur dans la voix) qui ça ?...A…a…ah… ! Mon…
Monsieur le Président… (Petit rire obséquieux). Il y a tellement de coups de fil ce matin,
Monsieur le Président… oui, Monsieur le Président… Bien sûr, bien sûr, monsieur le
Président… entendu, Monsieur le Président…Mes respects, Monsieur le président… (Il
raccroche très délicatement, s’épongeant le front.) Ouf ! Ah ! ça par exemple ! (Un
temps). Ça c’est la meilleure ! (A ses collaborateurs qui étouffent tant bien que mal leur
rire). Vous vous rendez compte ! Moi qui croyais m’adresser à un gredin quelconque.
Bernard Zadi Zaourou, Les sofas suivi de l’œil, l’harmattan, 1979, pages 72-77.