Multinationalisation des firmes
Chapitre introductif : Les Firmes Multinationales : développement et
conséquences de l’implantation
1. Les Firmes Multinationales (FMN)
a. Le développement des FMN
b. Les stratégies de développement FMN
1) La compétitivité prix
2) La compétitivité hors-prix
2. Les conséquences de l’implantation des FMN
a. Les effets positifs
b. Les effets négatifs
Objectifs
Définir les firmes multinationales.
Distinguer et caractériser les différentes stratégies des FMN.
Comprendre que la productivité des firmes détermine la compétitivité d’un pays.
Expliquer les avantages et les inconvénients de l’implantation des FMN pour le pays
d'accueil.
Points clés
Une firme multinationale (FMN) est une entreprise qui possède au moins une unité à
l’étranger.
La compétitivité-prix définit la capacité à conquérir des parts de marché en raison d'un
niveau de prix plus faible que les concurrents.
La compétitivité hors prix ou structurelle désigne la capacité à conquérir des parts de
marché indépendamment du niveau de prix grâce à l'adaptation à la demande, à la
qualité réelle ou supposée du produit, au service après-vente, à l'image de marque, aux
délais de livraison, etc.
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Un investissement direct à l’étranger (IDE) correspond à un investissement qu’une
unité résident d’une économie effectue dans une unité résidente d’une autre économie.
Pour bien comprendre
La compétitivité désigne la capacité pour une entreprise ou une économie à conquérir
des parts de marché en affrontant la concurrence.
Un investissement représente l’acquisition de biens de production en vue de
l’exploitation d’une entreprise ou d’un capital dans le but de dégager un revenu.
La spécialisation désigne la concentration de la production d’un pays dans des
branches d’activités ou des produits particuliers.
1. Les Firmes Multinationales (FMN)
a. Le développement des FMN
La mondialisation ne se résume pas au seul accroissement du volume des échanges. Elle se
caractérise également par une internationalisation du processus de production.
Une firme multinationale (FMN) ou firme transnationale (FTN) est une entreprise implantée
dans plusieurs pays.
Le poids des FMN dans l’économie mondiale est, de nos jours, très important :
elles réalisent 50 % du PIB mondial ;
elles sont à l’origine d'un tiers du commerce intra-firmes ;
le stock de capital possédé par les FMN représente 1,5 fois le PIB mondial ;
elles emploient dans le monde entier plus de 80 millions de salariés.
Elles accèdent au marché mondial selon des modes différents :
les exportations, c’est-à-dire vendre ses produits à l’étranger ;
Exemple : Louis Vuitton est une entreprise de maroquinerie de luxe qui fabrique en France et
vend ses produits dans le monde entier.
la délocalisation, c’est-à-dire la fermeture d’une unité de production implantée sur un
territoire accompagnée de sa réouverture sur un autre territoire ;
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Exemple : Renault qui ferme ses usines en France pour les implanter au Maroc mais garde son
siège en France.
l’investissement direct à l’étranger (IDE), c’est-à-dire la prise de contrôle de
sociétés implantées à l'étranger par capitalisation ;
Exemple : Le constructeur français d’automobile Renault qui rachète le constructeur roumain
d’automobile Dacia ou bien qui s’implante au Brésil pour répondre à la demande en
Amérique latine.
l’externalisation, c’est-à-dire confier une partie ou la totalité de la production à un
sous-traitant étranger dont les couts de production sont moins élevés ;
Exemple : Apple confie à Foxconn, entreprise taïwanaise implantée en Chine, l’assemblage
des Iphones.
le licensing ou franchise, c’est-à-dire vendre le droit d’utilisation d’un savoir-faire
sous la forme de la location de licences d’un brevet ou sous la forme d’un contrat de
franchise.
Exemple : Mac Donald’s qui est implantée dans le monde par des franchises.
La mondialisation est un processus induit par la stratégie de conquêtes de nouveaux marchés
des grandes entreprises.
b. Les stratégies de développement FMN
La compétitivité d'une firme se mesure à sa capacité à accroître ses parts de marché.
1) La compétitivité prix
Dans le cas de la compétitivité-prix, une firme est compétitive au niveau des prix lorsque,
pour un produit identique, elle a les prix les moins élevés et gagne ainsi des parts de marché.
Remarque : Parts de marché = Ventes du pays (ou de la firme)/Total des ventes x 100
La compétitivité-prix d’un pays peut être attribuée à plusieurs facteurs :
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la compétitivité-cout, c’est à dire obtenir des couts de production les plus bas
possibles ;
la politique de prix des entreprises ;
Les firmes peuvent « faire de la marge » (marge à l'exportation élevée par rapport à leur cout
de production unitaire) ou « faire du volume » (marge faible pour accroître les quantités
vendues). Cette stratégie des prix dépend du degré de concurrence du marché. Lorsque le
marché est concurrentiel, on fait du volume. Lorsqu'on est en situation de monopole, on fait
de la marge.
l’évolution du taux de change.
Le prix du bien exporté va être facturé dans la monnaie du pays d’accueil. Toute variation du
taux de change va donc modifier la valeur de ce bien. Ainsi, une dévaluation ou une
dépréciation d'une monnaie nationale par rapport aux monnaies étrangères, c'est-à-dire une
baisse du taux de change, se traduit par une baisse des prix à l'exportation pour ce pays.
Exemple : Supposons qu’un € soit égal à un $. Pour acheter un produit valant 10 €, un
américain devra donner 10 $. Si le cours de l’Euro baisse et passe à 1,5 € = 1 $, un américain
n’aura plus qu’à donner 6,6 $ (10/1,5) pour obtenir le même bien.
Lorsque cette sous-évaluation de la monnaie nationale entre dans une stratégie de conquête
des marchés étrangers, on parle de dévaluation compétitive.
2) La compétitivité hors-prix
La compétitivité hors-prix ou structurelle : une firme détient une compétitivité structurelle ou
hors-prix lorsque, à prix équivalent, ses produits sont mieux adaptés à la demande mondiale
ou de meilleure qualité.
La compétitivité structurelle ou hors-prix dépend donc d’un certain nombre de facteurs :
La politique de recherche et d’innovation va permettre une double différenciation des
produits :
o une différenciation verticale des produits qui consiste à décliner une gamme de
produits à partir d'un produit central pour satisfaire les besoins de
différenciation des clients qui n’ont pas les mêmes revenus,
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o une différenciation horizontale des produits qui consiste à augmenter la variété
des produits pour satisfaire la diversité des goûts des consommateurs
(ordinateur de bureau, ordinateur portable, ultraportables, etc.). Le design entre
dans cette logique de différenciation ;
L’entreprise qui saura innover dispose d’un monopole temporaire pour conquérir les marchés
extérieurs indépendamment du prix.
Exemple : Apple avec l’Iphone ou l'Ipad.
La qualité va permettre d’avoir un avantage sur le produit concurrent, si celui-ci dure
plus longtemps et si le service après-vente est efficace ;
Une flexibilité de l'appareil productif vis-à-vis des variations de la demande.
Exemple : Une bonne implantation à l’étranger permet de mieux connaître les goûts des
consommateurs locaux et une organisation de la production flexible.
Ainsi, les stratégies des firmes sont à l’origine de la spécialisation des pays dans des
productions à bas cout (la Chine) ou bien à haute technologie (l’Allemagne).
2. Les conséquences de l’implantation des FMN
a. Les effets positifs
On constate que 75 % des IDE sont issus des pays développés (flux sortants), et 50 % sont
destinés aux pays développés (flux entrants). Il y a donc une corrélation entre les IDE et le
niveau de développement économique. Les pays développés ont une position nette positive
(flux sortants-flux entrants) alors que les pays en développement ont une position négative.
L’implantation de FMN et les flux d’IDE ont plusieurs effets positifs pour le pays d’accueil :
l’implantation des FMN accélère le développement des exportations du pays d’accueil.
Les FTN ont favorisé l’essor du commerce international pour plusieurs raisons :
o forte augmentation du commerce intra-firme. Ce commerce intra-firme
représenterait un tiers du commerce mondial,
o forte augmentation du commerce interbranches entre les FMN et leurs clients
ou leurs fournisseurs. Il s'agit, tout d'abord, d'un commerce de biens
intermédiaires ;
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En s’implantant à l’étranger, les FMN font connaitre leurs produits et leurs marques, ce qui va
susciter ensuite une demande pour les produits de la marque qui ne sont pas fabriqués sur
place. D’où un flux d’importations pour le pays d’implantation et d’exportations pour le pays
de la maison-mère. Cela se traduira par une augmentation de la demande qui favorise le
pouvoir d’achat des populations du pays de la maison-mère et le pouvoir d’achat du pays
d’implantation.
l’implantation des FTN et le développement de l’externalisation se traduisent par des
créations importantes d’emplois dans les filiales locales où chez les sous-traitants. Les
travailleurs au contact de nouvelles technologies bénéficient des effets d’apprentissage
ce qui va augmenter leur productivité et ce qui va leur permettre d’obtenir des
augmentations de salaires (La Chine) ;
l’implantation des firmes multinationales favorise les transferts technologiques en
faveur des pays d’accueil. Il y a donc à la fois un effet d’encouragement, qui incite les
firmes locales à améliorer leur compétitivité pour faire face à la concurrence des
FMN, et un effet d’imitation, qui pousse les firmes locales à adopter les technologies
des FMN ;
les FMN favorisent la croissance économique du pays d’accueil par l’apport de
capitaux. Elles vont ainsi développer le tissu économique local.
b. Les effets négatifs
L’implantation des FMN peut avoir plusieurs effets négatifs pour le pays d’accueil.
Les FMN peuvent étouffer la concurrence en rachetant ou en éliminant les firmes locales. En
effet, en imposant leur brevet et en imposant leurs méthodes de production plus efficaces, les
firmes qui s’implantent dans un pays pauvres provoquent la faillite des entreprises locales
moins performantes et empêchent l’éclosion de firmes locales. La multinationalisation des
firmes pousse à la mise en concurrence des pays d’accueil. Chaque pays, pour attirer les
FMN, abaisse ses prélèvements fiscaux et sociaux au détriment des recettes pour le budget de
l’État.
Les FMN contribuent à la dégradation des conditions de travail et de l’environnement des
pays d’accueil. En exportant leurs industries polluantes (chimie) et leurs activités de main-
d’œuvre (automobile, textile…), les FMN diminuent l’émission de CO2 dans les pays du
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Nord et augmentent celle des pays du Sud. Les activités les plus pénibles (désamiantage, tri
des produits électroniques…) sont confiées aux travailleurs marginalisés qui mettent en
danger leur santé pour un salaire de survie. En effet, l’existence de FMN pose le problème de
l’apparition d’un « dumping social ».
Le « dumping social » correspond à l’action d’une entreprise visant par la localisation sur le
territoire étranger, à tirer avantage de différences de réglementations sociales et de cout du
travail pour réduire les couts de production.
Le dumping risquerait d’inciter les différents pays à réduire peu à peu leurs réglementations
sociales afin de ne pas perdre en compétitivité. L’existence de firmes transnationales pose
ainsi le problème du « dumping environnemental » qui pourrait mener à l’accroissement de la
pollution à l’échelle de la planète si des normes environnementales n’étaient pas mises en
place.
Le « dumping environnemental » correspond au fait de tirer avantage de la différence des
normes pour réduire les couts de production mais cela augmente la pollution dans les pays
d’accueil.
Ainsi, l’implantation des firmes étrangères a des aspects positifs et des aspects négatifs pour
le pays d’accueil.
En conclusion, la mondialisation impulsée par la spécialisation des pays selon leur dotation
factorielle s’est faite à travers l’implantation des firmes multinationales dans le monde depuis
la colonisation. Nous verrons dans un prochain chapitre comment le déploiement des FMN
aboutit à la création d’un véritable système productif international.