Gabon Initial Uncrc SR - FR
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UNIES CRC
Distr.
Convention relative GÉNÉRALE
aux droits de l’enfant
CRC/C/41/Add.10
13 juillet 2001
Original: FRANÇAIS
GABON
Paragraphes Page
A. Territoire ................................................................................. 7 - 11 5
B. Population............................................................................... 12 - 24 6
B. Organisation administrative.................................................... 26 - 28 9
GE.01-43412 (F)
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A. En matière civile...................................................................... 70 - 74 17
A. La non-discrimination ............................................................. 86 - 91 19
Paragraphes Page
Introduction
1. L’une des principales caractéristiques de la population gabonaise est qu’elle est jeune.
La situation démographique démontre en effet que le Gabon compte 45 % de personnes âgées de
moins de 15 ans et 47,6 % de moins de 18 ans, limite retenue pour la définition de l’enfant dans
la Convention relative aux droits de l’enfant. Cela ne va pas sans poser de problèmes,
d’autant que cette population est en majorité urbaine (à 70 %), et que la déviance et la
délinquance juvéniles sont avant tout des phénomènes urbains auxquels le Gabon ne peut
échapper.
2. Pour mieux protéger ces jeunes dont personne ne saurait négliger l’importance dans
l’édification du Gabon de demain, le Gouvernement a ratifié la Convention relative aux droits de
l’enfant le 9 février 1994. Il s’engageait ainsi à adresser régulièrement au Comité des droits de
l’enfant des rapports relatifs à la mise en œuvre de la Convention, montrant les résultats obtenus
et les obstacles rencontrés en la matière.
3. La présentation du présent rapport initial, qui devait intervenir deux ans après la date
d’entrée en vigueur de la Convention au Gabon, soit en 1996, a accusé un certain retard, dû à
l’insuffisance des structures devant concourir à la mise en œuvre de la Convention.
6. Ce rapport a été réalisé par des agents relevant des administrations publiques, des membres
d’associations et d’organisations non gouvernementales concernés par les problèmes de
l’enfance, avec le concours d’une consultante du Fonds des Nations Unies pour l’enfance.
Il comprend une introduction, suivie d’une présentation du contexte national et d’une analyse de
la Convention relative aux droits de l’enfant.
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I. Territoire et population
A. Territoire
7. Le Gabon est un pays d’une superficie de 268 000 km2, peuplé d’un peu plus d’un million
d'habitants, avec un taux de croissance démographique de 2,5 % par an. Les trois quarts du
territoire gabonais sont couverts de forêts tropicales, une grande partie étant inhabitée. La zone
forestière, dont les deux tiers sont soit vierges, soit relativement intacts, abrite plus de
8 000 plantes et 600 espèces d’oiseaux, ainsi que l’une des plus importantes populations
d’éléphants d’Afrique.
Tableau 1: Géographie
8. Le Gabon possède également des ressources naturelles abondantes telles que le pétrole,
le bois, le manganèse et l’uranium.
9. Le produit national brut (PNB) par habitant est l’un des plus élevés de l’Afrique
subsaharienne (7 550 dollars en 1999). Cependant, les indicateurs sociaux sont comparables ou
même inférieurs à ceux de certains pays africains plus pauvres. Le Rapport mondial sur le
développement humain de 1999 du Programme des Nations Unies pour le développement
montre un écart de 71 places entre le classement du Gabon selon l’indicateur du développement
humain (IDH) (124ème rang mondial sur 174 pays) et le classement selon le produit intérieur brut
(PIB) par habitant (53ème rang mondial sur 174 pays).
11. Le paysage rural se distingue au contraire par son «vide» où les collectivités sont séparées
par des distances relativement importantes (dans près de la moitié du pays la densité de
population n’atteint que 1,4 habitant au kilomètre carré). En outre, on observe une diminution de
la population rurale qui connaît un vieillissement sensible et qui est composée en majorité de
femmes (52 %) appartenant principalement au groupe d’âge des 20/25 ans (58 %).
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B. Population
Tableau 2: Démographie
12. La population du Gabon a plus que doublé au cours des trente dernières années. D’après le
recensement général de la population et de l’habitat effectué en 1993, le Gabon compte
1 014 976 habitants. L’accroissement de la population au cours de la période allant de 1960
à 1993, s’est accompagné d’un exode rural et d’une immigration alimentée par les pays
limitrophes et par la France.
13. Attirés par l’élasticité du marché du travail gabonais et par la prospérité économique du
pays, les immigrés constituent actuellement 15 % de la population. Autre fait marquant,
la croissance démographique relativement faible au début de cette période s’est accélérée au
cours des vingt dernières années, grâce en partie à une réduction sensible de la prévalence de la
stérilité. L’indice de stérilité définitive, relatif aux femmes de 45 à 54 ans, est passé de 32 %
en 1960 à 17 % en 1993.
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16. À Libreville comme à Port-Gentil, seul un chef de ménage gabonais sur cinq est originaire
de la ville, les autres venant de l’intérieur du pays. Près d’un chef de ménage gabonais sur cinq
est arrivé dans la capitale âgé de 6 à 15 ans (migration scolaire). À Port-Gentil, la proportion est
d’un sur sept. La migration d’ordre professionnel y est plus élevée qu’à Libreville, en raison de
la présence des industries pétrolières. Dans les deux villes, l’immigration intérieure est deux fois
plus importante que l’immigration étrangère.
17. Trois provinces ont «profité» de cette croissance urbaine et se présentent comme étant les
plus dynamiques: l’Estuaire, l’Ogooué Maritime et le Haut–Ogooué. Cet exode rural pose un
véritable défi au développement: le manque de main-d’œuvre rurale. Parmi les autres villes,
Franceville, Moanda et Mounana sont spécialisées dans l’exploitation des ressources minières,
mais leur vocation agricole semble s’affirmer progressivement.
18. Cinq provinces comptent plus de ruraux que d’urbains. Il s’agit du Moyen-Ogooué
(18 726 urbains et 40 261 ruraux), de l’Ogooué-Ivindo (17 775 urbains et 31 087 ruraux),
de l’Ogooué-Lolo (19 379 urbains et 23 536 ruraux) et du Woleu-Ntem (35 094 urbains et
62 177 ruraux).
19. La population urbaine est nettement plus jeune que la population rurale (47,6 % a moins de
18 ans en ville, contre 42,7 % à la campagne). Les hommes se concentrent dans les villes
(99,5 % d’hommes contre 91,3 % de femmes). Il en est de même pour les communautés
étrangères (22,8 % des étrangers, parmi les 18 ans et plus, vivent dans les villes, contre 7 % dans
le milieu rural). La moitié des habitants de la capitale a moins de 17 ans.
20. Au Gabon, la ville a une considération administrative et politique. Est considérée comme
ville toute capitale départementale, indépendamment de son poids démographique. La population
des villes varie de 100 à 419 500 habitants pour le cas de Libreville. Dans ces conditions,
le Gabon compte 47 villes correspondant aux 45 départements, plus la commune de Mounana,
dans le Haut-Ogooué, et Libreville, la capitale.
1. Ethnies
22. On dénombre une quarantaine d’ethnies sur le territoire, dont les plus importantes sont:
Fang, Nzebi, Kota-Kele, Mbede-Teke, Okande-Tsogho, Shirpunu.
2. Langues
3. Religions
24. Jusqu’en 1960, on peut relever la présence des missionnaires catholiques, protestants et de
quelques musulmans isolés vivant au Gabon. Aujourd’hui, la population gabonaise est en
majorité chrétienne. Les catholiques sont les plus nombreux, suivis des protestants.
La proportion de musulmans reste infime.
A. Contexte politique
25. Jusqu’en 1990, le régime politique gabonais a été caractérisé par le monocéphalisme et
l’hypertrophie du pouvoir exécutif, renforcés par l’instauration du parti unique en 1968. Il faut y
ajouter le rôle insignifiant dévolu au Parlement malgré l’introduction de la motion de défiance
(motion de censure) en 1981. Mais l’avènement de la démocratie en Afrique, avec l’organisation
de la Conférence nationale en mars et avril 1990, a entraîné dans les institutions politiques du
pays les changements suivants:
• L'adoption, en 1990, d’une Charte nationale des libertés qui consacre les libertés
fondamentales, notamment la liberté d’expression, la liberté d’association et la
liberté de la presse;
• L'équilibre relatif des pouvoirs exécutif et législatif avec des moyens de pression et
des possibilités de sanctions réciproques et judiciaires.
B. Organisation administrative
27. Les assemblées départementales, créées en décembre 1980, constituent sans doute le
niveau le plus actif pour la participation au développement communautaire. Elles remplacent les
collectivités rurales et comprennent chacune un conseil dirigé par un président élu. Leur rôle
principal est d’assurer la gestion des intérêts locaux. Un projet de loi est en cours pour remettre
en œuvre la décentralisation des pouvoirs au niveau des élus locaux.
28. Tous les chefs-lieux de départements ont été érigés en communes depuis 1996.
La commune comprend un conseil municipal dirigé par un maire élu parmi les conseillers
municipaux eux-mêmes élus. Leur nombre varie selon l’importance de la population de la
commune. La commune de Libreville est divisée en six arrondissements comprenant chacun un
conseil municipal élu et dirigé par un délégué du maire élu.
C. Indicateurs socioéconomiques
• Allégement de la pression fiscale sur les personnes physiques grâce à une révision du
barème des taux d’imposition;
Tableau 3: Économie
1. Évolution du PIB
Source: DGE
30. L’évolution du PIB obtenue en 1997 a été en grande partie attribuée à la vigueur du secteur
hors produits pétroliers bénéficiant de 1996 à 1997 d’une croissance de 8,3 %, à la croissance
de 8,5 % de la demande intérieure et au maintien des ventes des grands produits d’exploitation.
En revanche, la faible valorisation de la production pétrolière, suite à la baisse du prix du baril,
a entraîné en 1997 une stagnation de la contribution de la branche pétrolière.
31. Les emplois du PIB devraient connaître une évolution notable, en particulier les
investissements du secteur non pétrolier dont le taux de croissance devrait augmenter de 20,1 %.
Les dépenses en biens et services des administrations devraient donner une impulsion à la
consommation totale, augmentant de 7,7 % en 1997, malgré la mise en place tardive du budget.
32. Tous ces efforts ont été malheureusement remis en cause depuis la grave crise financière
qui a frappé le Gabon en 1999, due principalement à la chute des prix des matières premières et
au fardeau important de la dette.
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2. Salaires
33. La masse salariale du secteur privé devrait croître de 8 % en raison des glissements
catégoriels, de la croissance, et de l’impact sur l’emploi des mesures arrêtées lors des assises
dites «concertation 97». Au cours du premier semestre 1997, les indices des prix à la
consommation ont observé une évolution constante. L’indice des prix à la consommation des
ménages à haut revenu (155 articles) a enregistré une croissance régulière et faible alors que
celui des ménages à bas revenu (125 articles) a évolué en dents-de-scie.
3. Mesures structurelles
34. Le Gouvernement s’engage à poursuivre et à consolider les mesures mises en œuvre dans
le cadre du programme d’ajustement à moyen terme en cours d’exécution.
35. En 1997, des actions concrètes ont été réalisées, dont les plus importantes sont:
• Les droits d’engagement des actes et mutations maintenant assujettis à un taux fixe;
36. En 1998, les efforts de gestion de l’économie se sont notamment poursuivis, dans les
domaines suivants:
• Dans les rapports État-entreprises. À cet effet, un changement d’état d’esprit doit être
insufflé au sein de l’administration pour que ces rapports, souvent perçus comme
antagonistes, deviennent complémentaires et coopératifs.
37. Dans sa volonté de s’engager résolument dans une stratégie de développement économique
et social basée sur l’épanouissement du secteur privé, le Gouvernement a mis en place la Charte
des investissements, en 1998.
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1. La Constitution
40. Dans son préambule, la Constitution affirme l’attachement du peuple gabonais aux droits
de l’homme et aux libertés fondamentales tels qu’énoncés dans la Déclaration universelle des
droits de l’Homme de 1948, la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples de 1981,
et la Charte nationale des libertés de 1990.
41. Le juge est notamment le gardien des libertés individuelles et collectives en ce qu’il est le
dernier rempart des citoyens contre l’arbitraire et l’injustice. Il n’est soumis, dans l’exercice de
ses fonctions, qu’à l’autorité de la loi.
2. Le pouvoir judiciaire
42. Selon l’article 67 de la loi 1/94 du 18 mars 1994, la justice est rendue au nom du peuple
gabonais par la Cour constitutionnelle, la Cour judiciaire, la Cour administrative, la Cour des
comptes, les cours d’appel, les tribunaux et la Haute Cour de justice.
43. Selon l’article 69 de cette même loi, le Président de la République est le garant de
l’indépendance du pouvoir judiciaire dans le respect des dispositions de la Constitution,
notamment son article 36. Il est assisté du Conseil supérieur de la magistrature et des présidents
de la Cour judiciaire, la Cour administrative et la Cour des comptes.
3. La Cour judiciaire
44. Selon l’article 73 de la loi 1/94 du 18 mars 1994, la Cour judiciaire est la plus haute
juridiction en matière civile, commerciale, sociale et pénale. Elle est divisée en chambres:
civile, commerciale, sociale et pénale.
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45. Chaque chambre délibère séparément selon son chef de compétence. La Cour Judiciaire
peut siéger toutes chambres réunies dans les conditions prévues par la loi. Les arrêts sont revêtus
de l’autorité absolue de la chose jugée.
4. La Cour administrative
46. Selon l’article 74 de la loi précitée, la Cour administrative est la plus haute juridiction de
l’État en matière administrative. Ses fonctions sont: contentieuses, consultatives,
et administratives.
47. Selon l’article 76 de cette même loi, la Cour des comptes est chargée du contrôle des
finances publiques. À cet effet:
• Elle vérifie la régularité des recettes et des dépenses décrites dans les comptabilités
publiques et s’assure, à partir de ces dernières, du bon emploi des crédits, fonds et
valeurs gérés par les services de l’État ou par les autres personnes morales de droit
public.
• Elle sanctionne les fautes de gestion commises à l’égard de l’État, par les
collectivités locales et les organismes soumis à son contrôle.
6. La Cour constitutionnelle
48. Selon les articles 83 à 87 de cette même loi, la Cour constitutionnelle est la plus haute
juridiction de l’État en matière constitutionnelle. Elle est juge de la constitutionnalité des lois et
garantit les droits fondamentaux de la personne humaine et les libertés publiques. Elle est
l’organe régulateur du fonctionnement des institutions et de l’activité des pouvoirs publics.
• La constitutionnalité des lois organiques, des lois avant leur promulgation, et des
actes réglementaires censés porter atteinte aux droits fondamentaux de la personne
humaine et aux libertés publiques;
50. La Cour constitutionnelle est saisie en cas de contestation sur la validité d’une élection, par
tout électeur, tout candidat, tout parti politique ou délégué du gouvernement dans les conditions
prévues par la loi organique. Les lois organiques sont soumises par le Premier Ministre à la Cour
constitutionnelle avant leur promulgation. Les autres catégories de lois, ainsi que les actes
réglementaires, peuvent être déférées devant la Cour constitutionnelle, soit par le Président de la
République, soit par le Premier Ministre, soit par les présidents des chambres du Parlement ou
par un dixième des membres de chaque chambre, soit par les présidents de la Cour judiciaire, de
la Cour administrative ou de la Cour des comptes, soit par tout citoyen ou toute personne morale
lésée par l’acte querellé.
51. La Cour constitutionnelle statue selon une procédure contradictoire dont les modalités sont
fixées par la loi organique, dans le délai d’un mois. Toutefois, à la demande du gouvernement et
en cas d’urgence, ce délai peut être ramené à huit jours. Le recours suspend les délais de
promulgation des lois ou l’application de l’acte.
53. La Cour constitutionnelle statue dans le délai d’un mois. Si elle déclare la loi incriminée
contraire à la Constitution, cette loi cesse de produire ses effets à compter de la décision.
Le Parlement examine, au cours de la session suivante, dans le cadre d’une procédure de renvoi,
les conséquences découlant de la décision de non-conformité à la Constitution rendue par
la Cour.
54. Les engagements internationaux prévus aux articles 113 à 115 de la Constitution doivent
être déférés, avant leur ratification, devant la Cour constitutionnelle, soit par le Président de la
République, soit par le Premier Ministre, soit par le Président de l’Assemblée nationale ou par
un dixième des députés. La Cour constitutionnelle vérifie, dans un délai d’un mois, si ces
engagements comportent une clause contraire à la Constitution. Toutefois, à la demande du
gouvernement, et en cas d’urgence, ce délai est ramené à huit jours. Dans l’affirmative, ces
engagements ne peuvent être ratifiés.
55. Selon l’article 47 de la Constitution, les dispositions des divers instruments relatifs aux
droits de l’homme peuvent être invoquées devant les instances judiciaires et administratives dès
lors qu’ils sont ratifiés, même si elles ne sont pas encore reprises dans le droit interne.
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I. Mesures générales
57. À l’époque de la ratification de la Convention, le Gabon disposait déjà d’un certain nombre
de mesures et d’actions favorables à l’application de la Convention. Il y a lieu d’énumérer ces
mesures et de présenter celles qui sont mises en place pour donner effet à l’application de la
Convention.
1. Au niveau officiel
58. On trouvera des détails aux paragraphes qui traitent du cadre juridique et administratif du
pays.
2. Au niveau privé
59. Plusieurs ONG et associations régies par la loi n° 35/62 du 10 décembre 1962 œuvrent en
faveur de la protection de l’enfant, parmi lesquelles:
- légitime défense,
- SOS Mwana,
- Caritas (arc-en-ciel),
60. L’article 177 du Code du travail (loi n° 3/94 du 21 novembre 1994) dispose que les enfants
ne peuvent être employés dans aucune entreprise avant l’âge de 16 ans, sauf dérogation édictée
par décret pris sur proposition conjointe des Ministères du travail, de la santé et de l’éducation
nationale, compte tenu de circonstances particulières.
61. Aujourd’hui on observe une augmentation du nombre d’enfants travaillant avant l’âge de
16 ans de manière informelle. Certains enfants travaillent à leur propre compte, et à leur rythme
(laveurs de voiture, gardiens sur les parkings), mais d’autres sont malheureusement exploités par
des adultes. C’est notamment le cas des enfants victimes de trafic (Bénin, Togo, Nigéria).
Le Gouvernement gabonais a mis sur pied un comité composé de plusieurs départements
ministériels pour trouver les moyens visant à éradiquer ce fléau qui ne fait pas partie de la culture
gabonaise.
62. L’ordonnance n° 001/95, qui porte sur l’orientation de la politique de l’État gabonais en
matière de santé, retient comme priorité la protection de la mère et de l’enfant, ainsi que
l’hygiène et la prévention.
63. Dans la réalité, il existe un décalage entre certains hôpitaux qui disposent d’équipements
de pointe et les centres de santé mal équipés. C’est pourquoi un plan national d’action sanitaire
a été élaboré en 1997 en vue de revoir la politique nationale en matière de santé. Un comité
national de lutte contre le sida et les MST a été organisé par décret présidentiel. Il se compose
des organes suivants:
- un comité d’éthique,
Il existe également des comités départementaux qui sont des organes d’exécution.
64. Depuis sa ratification en 1994, les dispositions de la Convention peuvent être invoquées
devant les instances judiciaires et administratives. Un projet de loi définissant certaines mesures
de protection sanitaire de la femme, de la mère et de l’enfant est au parlement pour adoption.
65. Le programme de coopération mis en place avec les institutions spécialisées de l’ONU
regroupe plusieurs projets et connaît de nombreuses réalisations.
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66. Selon l’article premier de la Convention, il faut entendre par «enfant» tout être humain âgé
de moins de 18 ans, sauf si la majorité est atteinte plus tôt en vertu de la législation qui lui est
applicable.
68. Néanmoins, pour le Gabon, la protection prévue par la Convention concerne l’enfant dès la
conception. On peut féliciter la Charte africaine d’avoir été très précise en fixant l’âge de
l’enfant à moins de 18 ans, sans autre modification susceptible de ruiner l’économie du principe
énoncé.
69. En effet, qu’adviendra-t-il si une législation fixe cet âge à 10 ou 12 ans? Ou encore,
comme nous allons le constater pour le Gabon, pour un pays où l’âge de la majorité civile est
fixé à 21 ans? Il y a lieu d’indiquer ici l’âge auquel sont acquis ou perdus certains droits ou
protections. La législation gabonaise parle de minorité et de majorité en se référant à un âge
différent selon que l’on se trouve dans le champ d’application du droit civil, du droit pénal ou du
droit social.
A. En matière civile
70. La législation gabonaise définit l’enfant dans les termes suivants: le mineur ou l’individu
de l’un ou de l’autre sexe qui n’a point encore l’âge de 21 ans accomplis (art. 492 du Code civil).
1. Mariage
72. Sur le plan civil, les hommes ne peuvent pas contracter de mariage avant 18 ans révolus, et
les femmes avant d’avoir 15 ans révolus (art. 203 du Code civil). Néanmoins, le Président de la
République peut accorder des dispenses d’âge pour des motifs graves. En ce qui concerne les
aliénés, ils ne peuvent se marier que dans un intervalle de lucidité, avec l’autorisation du tuteur
et après avis favorable d’un psychiatre, ou à défaut, d’un médecin (art. 204).
2. Rapports familiaux
73. L’enfant mineur bénéficie d’une protection spéciale dans les relations matrimoniales et les
autres formes de rapports familiaux.
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3. Consentement parental
74. Même si les conditions d’âge sont réunies, le jeune homme ou la jeune fille n’ayant pas
atteint l’âge de 21 ans révolus ne peuvent contracter de mariage sans le consentement de ses père
et mère ou de ses tuteurs (art. 205 du Code civil).
B. En matière pénale
75. Les mesures relatives au jugement des infractions commises par des mineurs varient en
fonction de l’âge de l’enfant.
1. En cas d’infraction
76. Un enfant âgé de moins de 13 ans n’est pas responsable pénalement, quelle que soit la
gravité des faits commis (art. 56 du Code pénal; art. 145 du Code de procédure pénale qui
interdit l’emprisonnement de l’enfant de cet âge).
77. Le mineur âgé de 13 à 18 ans fera l’objet d’un mandat de dépôt, c’est-à-dire qu’il sera
placé dans un quartier spécial au sein des établissements pénitentiaires (art. 60 du Code pénal),
ou sera confié par le juge à toute personne ou institution de son choix qui en conservera la garde
jusqu’à la décision du tribunal (art. 57 du Code pénal). Le mineur peut se faire assister d’un
avocat pendant la procédure, jusqu’à son jugement. Les dispositions de la loi n° 9/83 du
31 décembre 1983 relative à la détention préventive sont valables pour le mineur.
79. Dans le cadre du droit pénal, «tout acte sexuel avec un mineur de moins de 15 ans est
sanctionné par la loi» (art. 256) et tout détournement de mineur de moins de 16 ans est passible
de peines d’emprisonnement avec amende (art. 279).
80. Voir l’article 24 de la Convention relatif au travail des enfants (mesures d’exploitation).
81. L’article 38 de la Convention énonce que les États parties prennent toutes les mesures
possibles dans la pratique pour veiller à ce que les personnes n’ayant pas atteint l’âge de 15 ans
ne participent pas directement aux hostilités. Lorsqu’ils incorporent des personnes âgées entre
15 et 18 ans, ils s’efforcent d’enrôler en priorité les plus âgées. La législation gabonaise prévoit
l’enrôlement dans les forces armées à partir de 20 ans révolus (loi n° 004/98 du 20 février 1998
portant sur l’organisation générale de la défense nationale et de la sécurité publique). Cet
enrôlement n’a pas un caractère obligatoire, le pays n’ayant jamais été en conflit armé.
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E. En matière de scolarité
83. Cependant, force est de constater que malgré ce cadre juridique avantageux pour les
enfants, il en est tout autrement dans la pratique. L’école n’est en effet pas véritablement gratuite
pour tous les enfants car les dispositions de la politique en matière d’éducation ne sont pas
respectées.
84. La Convention est indivisible et ses articles sont interdépendants. Cependant, chaque
article définissant les droits de l’enfant doit tenir compte des principes généraux de la
Convention qui sont au nombre de quatre, à savoir:
A. La non-discrimination
86. Le droit à la non-discrimination constitue une priorité qui accompagne l’application des
autres droits visant à assurer l’égalité de tous dans la jouissance des droits prévus par la
Convention. Selon l’article 2, tous les droits s’appliquent à tous les enfants sans exception.
L’État a l’obligation de protéger l’enfant contre toute forme de discrimination, et de prendre des
mesures positives pour favoriser le respect de ces droits.
l’exercice pour tous, dans des conditions d’égalité, de l’ensemble des droits de l’homme et des
libertés fondamentales (Manuel d’application de la Convention relative aux droits de l’enfant,
UNICEF, Genève, 1999).
91. Les conditions économiques défavorables, ainsi que certaines habitudes culturelles,
continuent de perpétuer des formes de discrimination. C’est le cas d’enfants «de la rue» et
d’enfants handicapés qui, bien que protégés par la loi, continuent de faire l’objet de
discrimination sociale et d’être rejetés.
92. La prise en compte de l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale
dans toutes les décisions concernant l’enfant. Les autorités judiciaire et administrative, ainsi que
les intervenants en matière de protection de l’enfant doivent systématiquement s’en préoccuper.
93. Le concept d’intérêt supérieur de l’enfant prendra toute sa signification chaque fois qu’une
disposition spécifique prévue par la Convention ne peut s’appliquer. C’est ainsi qu’en cas de
conflit de loi (par exemple entre le droit écrit et le droit coutumier), il est recommandé
d’appliquer à l’enfant la loi qui sauvegarde son intérêt supérieur.
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94. Dans la législation nationale, la Constitution fait des soins à donner aux enfants et de leur
éducation un droit naturel et un devoir que les parents exercent sous la surveillance et avec l’aide
de l’État et des collectivités publiques (art. 1er, al. 16). Le Code civil, dans ses articles 273 à 275,
précise également que le juge doit tenir compte de l’intérêt de l’enfant lorsqu’il statue sur la
garde de celui-ci en cas de séparation de corps ou de divorce des parents.
95. En ce qui concerne les progrès réalisés dans la politique sociale, le Département des
affaires sociales mène une politique sociale et une action globale où les enfants occupent une
place prépondérante. Cette action prend différentes formes, à savoir:
- la lutte contre les grands fléaux sociaux qui ont une incidence sur la vie des enfants,
96. Pour ce qui est des obstacles rencontrés, et bien qu’il ressorte que dans toutes les
législations mentionnées ci-dessus l’intérêt supérieur de l’enfant est vivement affirmé, il faut
noter que le manque d’institutions et de structures spécialisées, l’héritage culturel ainsi que des
pratiques religieuses rétrogrades constituent des freins à l’application de la politique de l’État en
la matière.
97. Dans le préambule de la Déclaration des droits de l’enfant proclamée par l’Assemblée
générale de l’ONU le 20 novembre 1959, dans sa résolution 1386 (XIV), il est dit que l’enfant,
en raison de manque de maturité physique et intellectuelle, a besoin d’une protection spéciale et
des soins spéciaux.
99. On ne peut parler de survie et de développement d’une personne que lorsqu’elle vit. Les
concepts de survie et de développement ont une signification large qui fait référence à plusieurs
autres droits énoncés dans la Convention. Certaines dispositions de la Convention traitent en
effet du rôle des parents dans le développement et le bien être de l’enfant et de l’obligation de
l’État de les soutenir (art. 18). D’autres articles portent sur la santé, l’éducation, l’exploitation de
l’enfant, les violences et les tortures ainsi que sur les mesures de reclassement, le suivi et le
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100. Au Gabon, les droits de l’enfant sont protégés par la Constitution, le Code civil et le Code
pénal. Dans la Constitution, les alinéas 1 et 8 de l’article 1er traitent du droit au libre
développement de la personnalité et garantissent le droit à la santé et à un environnement naturel
préservé.
101. Dans le Code civil, l’article 78 traite du droit à la vie et dispose que la personne humaine
est sujette de droit à partir de sa naissance jusqu’à sa mort; l’article 79 note cependant que
chaque fois que son intérêt l’exige, l’enfant simplement conçu est sujet de droit, pourvu qu’il
naisse vivant et viable.
102. Dans le Code pénal, toute atteinte à la vie de l’enfant est sanctionnée dans les articles 223
à 229, les homicides, les blessures involontaires et la non-assistance à personne en danger sont
sanctionnés aux articles 223 à 229 et 246 à 249 et l’article 244 du même Code préserve la vie de
l’enfant avec des sanctions contre l’avortement.
103. La contraception est par contre interdite par l’ordonnance n° 64/69 du 4 octobre 1969, sauf
pour des raisons thérapeutiques. Cependant, une nouvelle loi libéralisant la contraception est en
cours de promulgation afin d’être en conformité avec l’esprit de la Charte nationale des libertés,
de 1990.
104. La maltraitance physique et morale est sanctionnée par les articles 271 à 281 du Code
pénal. On note aussi une aggravation des peines pour les infractions commises sur la personne
d’un enfant de moins de 15 ans. Par exemple, le viol est puni de la réclusion criminelle lorsqu’il
est commis sur un enfant de moins de 15 ans (art. 256 du Code pénal).
Progrès réalisés
105. Le Gabon reconnaît le droit à la vie de l’enfant et le protège dès sa conception du fait d’une
politique nataliste ambitieuse qui est due à sa faible démographie. Pour garantir la vie de l’enfant
et de la mère, l’État envisage un meilleur encadrement juridique qui se traduit par une nouvelle
loi en cours de promulgation qui libéralise la contraception, organise le planning familial et crée
des mesures de protection spéciales pour les intéressés.
Obstacles rencontrés
106. La répression de l’avortement a eu des conséquences perverses sur les jeunes filles
mineures qui se sont traduites par des décès de mères et d’enfants au cours d’avortements
clandestins, traditionnels (utilisation de potions magiques) ou modernes (absorption
extrapharmaceutique).
107. Le premier paragraphe de l’article 12 de la Convention demande aux États de garantir que
tout enfant capable de discernement ait le droit d’exprimer librement son opinion sur toutes
questions le concernant et que les opinions des enfants soient dûment prises en considération eu
égard à leur âge et à leur degré de maturité. Le second paragraphe, quant à lui, spécifie qu’il faut
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donner à l’enfant la possibilité d’être entendu dans toute procédure judiciaire ou administrative
l’intéressant.
108. La Convention veut que l’enfant soit considéré comme un sujet de droit actif. Respecter
l’opinion de l’enfant ne signifie pas qu’on lui donne le droit à l’autodétermination mais qu’on lui
reconnaît le droit de participer à la prise de décisions le concernant. Ainsi l’enfant peut se
protéger contre certains abus des autorités (juges, parents, éducateurs …) qui s’occupent de son
orientation ou de sa participation.
109. Dans la législation gabonaise, la Constitution garantit cette liberté en l’alinéa 2 de son
article 1er relatif à la liberté de conscience, d’opinion, d’expression, de communication. Il en est
de même pour le Code civil dans le domaine du mariage, notamment les articles 205 à 212, et
pour le Code pénal en matière de protection de l’opinion de l’enfant, lors des procès.
111. Il existe dans les faits certains obstacles. Les parents ont en effet tendance à dicter aux
enfants la conduite à tenir. Ceci est dû à l’influence de la coutume qui proscrit la liberté de
pensée et de conscience dans la vie familiale. Notons cependant que le droit à la liberté d’opinion
des enfants varie selon l’origine sociale des parents. Dans certaines familles, la possibilité de
décider n’est pas reconnue aux enfants. Cette attitude est une mauvaise interprétation de
l’alinéa 16 du titre premier de la Constitution gabonaise qui autorise les parents à diriger
l’éducation religieuse et morale de l’enfant. Il importe de favoriser, de vulgariser et de souligner
l’importance de la pratique de la communication et du dialogue entre parents et enfants afin de
bannir les tabous.
112. Cette rubrique traite des aspects des droits de l’enfant relatifs:
A. Identification de l’enfant
113. Les articles 7 et 8 de la Convention portent sur le droit de l’enfant à un état civil (nom et
nationalité) et sur le droit de préserver cette identité et de bénéficier d’une assistance de l’État
pour que cette identité soit préservée ou, le cas échéant, établie. Ils portent également sur le droit
qu’a l’enfant de connaître ses parents et d’être élevé par eux.
1. Droit au nom
114. Les articles 93 à 111 du Code civil gabonais traitent du nom. Ainsi, tout Gabonais doit
avoir un nom auquel s’ajoutera celui de son père et éventuellement un ou plusieurs prénoms
(art. 93). Le législateur gabonais s’entoure de toutes les précautions pour que l’enfant, quelles
que soient les conditions de sa naissance ou le statut de ses parents, puisse avoir un nom.
115. Si l’enfant est légitime, ou naturel reconnu par son géniteur, il porte le nom de son père si
ce nom est héréditaire ou si le père en a décidé ainsi (art. 94, al. a). Dans le cas contraire,
l’attribution du nom se fait conformément à la coutume (art. 94b, al. b.). En cas de désavœu, le
nom de l’enfant sera choisi par sa mère (art. 94, al. c.). Tout enfant légitime, ou naturel reconnu,
né de père étranger devra porter un nom gabonais donné par sa mère, adjoint à celui de son père
(art. 94 c.). Si l’enfant n’est pas reconnu par son géniteur, il portera le nom de sa mère (art. 95)
dans les conditions fixées à l’article 94. L’adoptant peut, s’il a un intérêt légitime, être autorisé
à ajouter son nom à celui de l’adopté (art. 97).
116. Toutefois, si une mineure se marie, elle conserve son nom patronymique et pourra y
adjoindre celui de son mari (art. 98). Le ou les prénoms des enfants sont déclarés par les parents
à l’officier de l’état civil, ou par ce dernier lorsqu’une filiation n’a pas été établie (art. 99). Il n’y
a pas de restriction à la réception par les officiers publics des prénoms même si ceux-ci ne sont
pas consacrés par les us et coutumes (art. 102). Le changement de nom d’une personne peut être
autorisé par le Président de la République s’il y a juste motif (art. 101). Ce changement s’étend
de plein droit, s’il y a lieu, aux enfants mineurs de celui-ci après rectification des actes de l’état
civil les concernant (art. 102).
2. Droit à la nationalité
118. L’article premier du Code de la nationalité dispose que la nationalité gabonaise est le lien
de droit qui, depuis le 17 août 1960, date de l’accession du Gabon à la souveraineté
internationale, rattache les individus à l’État gabonais (par. 1). En conséquence, tous ceux qui
ont la nationalité gabonaise l’ont au même titre (par. 3).
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119. Toutefois il existe des restrictions légales en matière électorale, notamment pour les
personnes d’origine étrangère qui ne peuvent se présenter aux fonctions électives qu’au bout de
dix ans (ancien Code, le nouveau Code étant en voie d’adoption).
120. Les dispositions relatives à la nationalité contenues dans les traités ou accords
internationaux dûment ratifiés et publiés, prévalent sur la loi portant code de la nationalité et sont
applicables alors même qu’elles lui seraient contraires (art. 2, al. 3).
121. L’obtention de la nationalité gabonaise à titre de nationalité d’origine est valable pour toute
personne née au Gabon ayant un des parents au moins de souche gabonaise, à l’exception des
enfants des agents diplomatiques ou des consuls de nationalité étrangère et pour toute personne
dont, au jour de la naissance et quel qu’en soit le lieu, un des parents au moins a la nationalité
gabonaise. Cette disposition s’applique aux personnes nées postérieurement au 17 août 1960
(art. 9, al. 1 et 2).
122. A acquis la nationalité gabonaise au 17 août 1960 à titre de nationalité d’origine toute
personne qui, à cette date était domiciliée au Gabon ainsi que son conjoint et leurs enfants,
(art. 10, al. 1), toute personne, même non domiciliée au Gabon à cette date, qui est née d’un
parent au moins de souche gabonaise (art. 10, al. 2), ainsi que l’enfant nouveau-né, trouvé au
Gabon qui est présumé, jusqu’à preuve du contraire, être né au Gabon (art. 12).
- les personnes nées au Gabon et dont aucun des deux parents n’est de souche
gabonaise,
- les personnes nées au Gabon ou dont un des parents au moins est de nationalité
gabonaise, par application de l’article 10,
- les personnes nées dans un État ou territoire ayant avec le Gabon une frontière
commune ou dans une île située, en mer, à moins de 400 miles du Gabon,
- les personnes qui n’ont perdu la nationalité gabonaise d’origine que par l’effet d’une
renonciation faite en leur nom, durant leur minorité,
- les personnes qui, ayant été recueillies au Gabon avant l’âge de 15 ans, y ont été
élevées soit par l’assistance publique, soit par une personne de nationalité gabonaise,
soit par un étranger ayant, au Gabon, sa résidence habituelle (article 14).
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124. L’enfant mineur, adopté par une personne de nationalité gabonaise, acquiert cette
nationalité lors de l’adoption (art. 19). De même, les enfants mineurs, même adoptés, d’individus
réintégrés ou naturalisés dans la nationalité gabonaise, en application des articles 21 et 23 du
Code de la nationalité, acquièrent ou retrouvent, s’il y a lieu, la nationalité gabonaise à la date
d’effet de cette réintégration ou de cette naturalisation (art. 20). Au regard de ces dispositions du
Code de la nationalité, il est ainsi démontré que l’enfant né au Gabon, ou ne fut-ce que d’un
parent gabonais, peut jouir de la nationalité gabonaise et de tous les droits qui s’y rattachent.
a) La déclaration de naissance
125. Selon l’article 169 du Code civil, la déclaration de naissance est faite à l’officier d’état
civil dans les trois jours suivant l’accouchement pour les enfants nés dans les communes et les
chefs-lieux de district, et dans le délai d’un mois pour les enfants nés dans les autres localités.
Cette déclaration peut être faite, à défaut des pères et mères ou de leurs représentants, par le
médecin, ou la sage-femme ayant assisté à la naissance. Elle précise le sexe, la date, l’heure, le
lieu de naissance, les noms et prénoms de l’enfant, de ses parents et du déclarant, ainsi que la
profession de ces derniers (art. 167 à 170 du Code civil). Les chefs des agglomérations rurales
(chefs de village, de regroupement et de canton) doivent veiller à ce que les naissances survenues
dans leurs circonscriptions soient déclarées au centre d’état civil le plus proche, dans les délais
prévus par le Code civil ( art. 170, al. 2 ).
126. En cas de naissance survenue dans un navire de la marine gabonaise ou dans un aéronef
gabonais, il en est dressé acte par les commandants de ce navire ou de cet aéronef. Les actes
doivent être ensuite remis pour transcription à l’officier de l’état civil du premier arrondissement
de la capitale (art. 174 du Code civil).
b) Enfant trouvé
127. Toute personne qui aura trouvé un enfant nouveau-né est tenu d’en faire la déclaration à
l’officier de l’état civil du lieu de la découverte. Il est dressé un procès verbal détaillé qui, outre
les indications prévues à l’article 154 du Code civil, précisera la date, l’heure, le lieu et les
circonstances de la découverte, l’âge apparent et le sexe de l’enfant, toute particularité pouvant
contribuer à son identification, ainsi que l’autorité ou la personne à laquelle il est confié. Ce
procès-verbal daté, est inscrit sur le registre de l’état civil (art. 171, al. 2). C’est à la suite de ces
indications que l’officier de l’état civil établit un acte tenant lieu d’acte de naissance.
128. L’acte de naissance concernant un Gabonais né à l’étranger est dressé hors du Gabon par
une autorité publique étrangère et transcrite, soit d’office, soit sur la demande des parents de
l’enfant, par les agents diplomatiques ou consulaires du Gabon territorialement compétents sur
les registres de l’état civil tenus par ces derniers (art. 159, al. 1).
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129. Lorsqu’un enfant n’a pas été déclaré dans un délai légal, l’officier d’état civil ne peut le
relater qu’en transcrivant un jugement du tribunal civil contenant les énonciations relatives à la
déclaration de naissance (jugement supplétif). Le tribunal et l’officier de l’état civil compétents
sont ceux du lieu de naissance de l’intéressé (art. 172, al. 1). Si ce lieu est connu, le tribunal
compétent est celui du domicile du requérant et ce tribunal décide le lieu où le jugement sera
transcrit (art. 172, al. 2). Si la date de naissance est certaine ou présumée, mention du jugement
est faite à cette date en marge des registres de l’état civil (art. 172, al. 3).
130. Le jugement ordonnant que l’enfant adopté cesse d’appartenir à sa famille d’origine tient
lieu de jugement déclaratif de naissance. Il doit contenir toutes les énonciations relatives aux
actes de naissance (art. 173).
131. Cependant, l’application de ces dispositions rencontre plusieurs obstacles, qui sont les
suivants:
- le coût du jugement supplétif, qui décourage certains parents de déclarer leur enfant
s’ils ne l’ont pas fait dans le délai légal,
- l’éloignement des centres de déclaration des naissances par rapport à la résidence des
parents,
132. Beaucoup d’enfants étrangers n’ont pas de pièces d’identité pour cause d’entrée
clandestine au Gabon et de négligence de leurs parents. Il arrive également qu’en cas de
séparation des parents, l’un des parents confisque les pièces d’identité de l’enfant.
4. La filiation
133. La filiation est le lien unissant les parents et les enfants. Elle peut être légitime (art. 391 du
Code civil), naturelle (art. 414), adultérine et incestueuse (art. 435 et 436). Lorsqu’elle est
légitime, elle se prouve par le mariage des pères et mères (art 393 du Code civil), par l’acte de
naissance ou par la possession continue de l’état d’enfant légitime (art. 395 du Code civil).
Lorsqu’elle est naturelle, adultérine ou incestueuse, elle se prouve par l’acte de naissance ou par
la reconnaissance faite par le père et la mère (art. 414, 415 et 435 du Code civil).
134. Il faut noter que tous les enfants nés hors mariage, même incestueux ou adultérins, sont
légitimés par le mariage subséquent de leurs père et mère lorsque leur filiation a été légalement
établie avant le mariage, ou lorsque leurs père et mère les reconnaissent au moment de la
célébration du mariage (art. 438 du Code civil).
135. Tout intéressé peut, par tous moyens de preuves, contester la filiation naturelle résultant
d’un acte de naissance, d’une reconnaissance ou d’une possession d’état (art. 434 du Code civil).
Les actions en recherche de maternité et de paternité sont ouvertes dans le but de protéger
l’enfant qui a droit à une famille. Ainsi, elles s’exercent, lorsque l’enfant est mineur, par les
représentants de l’enfant et en son nom (art. 429 du Code civil).
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136. Cependant l’action en recherche de paternité n’est pas recevable s’il est établi
médicalement, ou par tout autre moyen de preuve, que le père recherché n’en est pas un (art. 428
du Code civil). Elle doit être intentée dans les deux années qui suivent la naissance de l’enfant,
ou si la mère et le père prétendu ont vécu en concubinage, ou si le père prétendu a pendant un
temps contribué à l’entretien de l’enfant, dans l’année qui suit, soit la fin du concubinage, soit la
fin de cette contribution (art. 432). Si l’action n’est pas intentée pendant la minorité de l’enfant,
celui-ci ne peut l’intenter que pendant les deux années qui suivent sa majorité, ou pendant les
deux années qui suivent le jour où le jugement de désavœu le prive de sa filiation paternelle, ou
le jour où sa filiation maternelle est établie (art. 432, al. 2). L’action en recherche de paternité ou
de maternité est débattue en Chambre du conseil. Seul le jugement est lu en audience publique
(art. 433).
137. Il ressort des dispositions des articles 9 et 10 de la Convention que l’enfant a le droit de
vivre avec ses parents, à moins que cela ne soit jugé incompatible avec son intérêt supérieur. Il a
également le droit de maintenir des contacts avec ses deux parents s’il est séparé de l’un d’entre
eux, ou des deux.
138. De plus, l’enfant et ses parents ont le droit de quitter tout pays et d’entrer dans le leur aux
fins de la réunification de la famille ou du maintien des relations entre les membres de celle-ci.
Dans la législation nationale, la Constitution consacre l’importance des relations familiales dans
1’alinéa 14 de l’article premier.
139. Dans le Code civil, les articles 493 et 494 disposent que l’enfant, à tout âge, doit respect
et honneur à ses père et mère et autres ascendants, tout comme ces derniers sont tenus de
l’entretenir et de l’élever jusqu’à sa majorité ou son émancipation. L’article 501 du même Code
précise que l’enfant doit entretenir des relations avec ses père et mère et autres ascendants.
140. Dans le Code pénal, l’article 271 sanctionne l’abandon de famille par les parents,
l’abandon d’une femme enceinte ainsi que la non-représentation d’un enfant (art. 280 du Code
pénal).
B. La liberté d’expression
141. L’article 13 de la Convention confirme le droit à la liberté d’expression qui a été garantie
à chaque individu par la Déclaration universelle des droits de l’homme et du citoyen du
26 août 1789. L’enfant a aussi le droit de rechercher, de recevoir et de répandre des informations
et des idées sous réserve du respect de l’ordre public.
142. La Constitution gabonaise, en conformité avec cet article de la Convention, dispose dans
l’alinéa 2 de son article premier que la liberté de conscience, de pensée, d’opinion, d’expression,
de communication, et la libre pratique de la religion sont garanties à tous, sous réserve du respect
de l’ordre public.
143. On constate qu’au Gabon l’enfant, de par la tradition, n’a pas souvent droit à la parole.
Cette situation tend néanmoins à évoluer. Il y a donc lieu d’organiser et d’augmenter des moyens
multimédias qui donnent la parole aux enfants, à l’exemple du Parlement des enfants initié par
l’Assemblée nationale.
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145. La Constitution gabonaise, dans les alinéas 2 et 4 de son article premier, garantit ces
libertés sous réserve du droit des parents de décider, dans le cadre de l’obligation scolaire, de
l’éducation morale et religieuse de l’enfant. La liberté de culte est garantie par la loi n° 35/62 du
10 décembre 1962 sur les associations. Sur le plan pratique les enfants adhèrent aux religions de
leurs parents jusqu’à ce qu’ils soient majeurs. On note cependant une évolution au niveau des
églises dites «éveillées» auxquelles les enfants adhèrent parfois sans s’en référer à leurs parents.
Il y a tout de même lieu de renforcer la réglementation en matière de reconnaissance des
associations religieuses.
D. La liberté d’association
146. Ce droit, exercé à l’article 15 de la Convention, souligne la participation active des enfants
à la société et fait écho à l’article 12 de la Convention qui porte sur le droit de l’enfant
d’exprimer librement ses opinions. Les seules restrictions applicables concernent le respect de
l’ordre public et des bonnes mœurs. Dans le cadre des associations et des réunions pacifiques, les
enfants peuvent en même temps apprendre à connaître leurs droits et à les promouvoir.
147. Au Gabon, la loi n° 35/62 du 10 décembre 1962 garantit ce droit sous réserve des
restrictions prescrites par la loi, dans l’intérêt de la sécurité nationale, de la sûreté publique ou de
l’ordre public ou pour protéger la santé ou la moralité publique ainsi que les droits et libertés
d’autrui. Sur le plan pratique, il existe des associations de jeunes à connotation laïque, politique
ou religieuse, comme par exemple:
- le scoutisme,
148. Il serait d’ailleurs souhaitable que les associations de jeunes soient de véritables foyers de
sensibilisation sur les fléaux qui minent l’avenir des enfants.
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150. La Constitution ainsi que certaines lois gabonaises particulières garantissent et protègent la
vie privée de chaque citoyen. Les alinéas 5 et 12 de l’article premier de la Constitution
garantissent par exemple le secret de la correspondance et l’inviolabilité du domicile et des
communications postales.
151. Il en est de même de la protection de la vie privée de l’enfant lorsqu’il se trouve en conflit
avec la loi. Par exemple, l’examen en Chambre du conseil des affaires concernant les mineurs
(art. 147 du Code de procédure pénale) vise à protéger leur vie privée, tout comme la non
inscription des condamnations sur l’extrait de casier judiciaire d’un mineur (art. 230, al. e. du
même Code) et l’interdiction de la publication dans la presse des comptes rendus des affaires des
mineurs, et la condamnation des auteurs en cas de non-observation de cette interdiction (article
147 dudit Code).
152. Cependant, malgré ces textes, la protection de la vie privée de l’enfant n’est pas respectée
par les parents à cause de la tradition qui fait de l’enfant un objet de droit et non un sujet de droit.
On note à cet égard le contrôle systématique des effets personnels et intimes de l’enfant et le
manque d’espace privé où l’enfant peut s’isoler (les enfants sont souvent nombreux dans une
même chambre et sont d’âges, de filiations et de sexes différents…).
F. Le droit à l’accès à l’information
153. L’article 17 de la Convention présente le rôle positif des médias, qui, lorsqu’ils diffusent
des matériels positifs et bénéfiques pour l’enfant, contribuent à favoriser sa santé physique et
mentale et constituent un outil pédagogique pour son éducation. Dans les cas de violation des
droits de l’enfant, les médias contribuent à la révélation de ces faits. Cependant, leur rôle nocif
apparaît lorsqu’ils sont mal organisés et mal orientés. Ils peuvent alors exercer une influence
pernicieuse sur des enfants. Il faut entendre par médias l’ensemble des moyens audio-visuels, la
presse, les écrits, les affiches, le théâtre, la musique, etc.
154. Au Gabon, les moyens et les organes mis en place pour l’application de l’article 17 de la
Convention sont:
- le département de la communication,
- le Conseil national de la communication,
- la télévision,
- la radio,
- la presse écrite,
- les centres culturels,
- les services d’Internet Gabon,
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- la bibliothèque nationale,
- le théâtre de rue,
- le programme I E C multisectoriel,
156. L’article 37 stipule que nul enfant ne doit être soumis à la torture, à des peines ou
traitements cruels, à l’arrestation ou à la détention illégale. La peine capitale et
l’emprisonnement à vie sans possibilité de libération sont interdits pour les infractions commises
par des personnes âgées de moins de 18 ans.
157. Tout enfant privé de liberté sera séparé des adultes, à moins que l’on estime préférable de
ne pas le faire dans l’intérêt supérieur de celui-ci. Il a droit à une assistance juridique et a le droit
d’être visité par sa famille. La Constitution gabonaise consacre ce droit dans son article premier,
à l’alinéa 23 du titre préliminaire. Dans son article 272, le Code pénal sanctionne les mauvais
traitements infligés aux enfants.
158. Dans la pratique, le Président de la République peut gracier toute personne condamnée à
mort. Il faut également noter que dans les maisons d’arrêt, les enfants bénéficient d’un quartier
spécial.
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159. Il faut cependant noter que les agents de la police judiciaire et de la sécurité pénitentiaire
exercent la torture sur les détenus lors des enquêtes préliminaires et lors de la détention des
prévenus et des inculpés.
160. Ce chapitre porte sur les relations entre les enfants, les parents ou les tuteurs légaux, et
l’État. Celui-ci doit tracer le cadre juridique de ces relations, et aider les parents dans l’exercice
de leur autorité parentale, conformément au respect des principes généraux de la Convention.
On se retrouve ici en présence d’une série d’articles dont le contenu se recoupe.
161. L’article 5 définit la famille dans un sens large, englobant la parenté qui prend également
part à l’orientation et à l’éducation de l’enfant d’une manière qui correspond au développement
des capacités de ce dernier.
163. L’article 9 affirme le droit de l’enfant de connaître ses parents et de vivre avec eux.
S’il doit se séparer d’eux, l’article recommande que les procédures judiciaires et autres soient
menées en respectant son intérêt supérieur et, dans la mesure du possible, ses opinions.
Les causes qui peuvent être à l’origine de la séparation de l’enfant avec ses parents sont
nombreuses. Citons à titre indicatif le décès, le divorce, la situation de guerre, l’emprisonnement,
le placement, l’adoption, l’expulsion. Dans tous les cas, l’État veillera à protéger l’enfant,
notamment en facilitant et en favorisant les contacts entre les membres de la famille, en
procurant à l’enfant un milieu familial de remplacement ou en le plaçant dans une institution
publique ou privée. Il veillera également à ce que l’organe de contrôle et de suivi de ces milieux
de substitution puisse fonctionner.
164. L’article 10 impose aux États parties d’examiner avec rapidité et humanité les demandes
des parents ou des enfants qui veulent quitter un pays, ou y entrer, en vue de la réunification
familiale. Cet article porte une attention spéciale sur la situation des personnes déplacées ou
réfugiées à cause d’une guerre, et à la situation des émigrés pour raisons économiques. Il fait
écho à l’article 22, sur les enfants réfugiés, et à l’article 38 sur les conflits armés.
167. L’article 21 traite de l’adoption. La convention attire l’attention des États parties sur les cas
d’adoption pour intérêt économique et commercial. Il leur fait une obligation de prévoir des
conditions d’adoption qui favorisent le maintien des liens entre l’enfant et sa famille d’origine.
168. L’article 11 impose aux États parties de prendre des mesures pour empêcher que des
enfants ne soient enlevés sur leur propre territoire, ou retenus illégalement en dehors de leur
juridiction et que des enfants enlevés dans un autre État par des personnes autres que leurs
parents, ou par un parent introduit illégalement sur le territoire, soient ramenés à l’endroit d’où
ils viennent. Cet article encourage les États à adhérer à des accords multilatéraux tels que la
Convention de La Haye sur les aspects civils de l’enlèvement international d’enfants, de 1980.
169. Enfin, les articles 25 et 39 insistent sur le suivi du traitement appliqué à l’enfant qui doit
viser sa réinsertion sociale.
A. Orientation parentale
170. Dans la législation gabonaise, les articles 493 et suivants du Code civil disposent que les
parents doivent assumer l’éducation de l’enfant jusqu’à sa majorité et même au-delà. Les parents
décident des grandes orientations concernant la vie de l’enfant. L’article 501 du Code civil
établit la conformité de la législation gabonaise avec la Charte africaine des droits et du bien-être
de l’enfant puisqu’il stipule que le milieu familial est le lieu idéal pour l’éducation et
l’épanouissement de l’enfant. Les parents doivent ainsi lui garantir une protection spéciale.
171. La loi sur l’éducation oblige les parents à scolariser leur enfant dès l’âge de 6 ans et ce
jusqu’à l’âge de 16 ans. Cependant, ses droits se trouvent limités du fait:
− des effectifs pléthoriques dans les classes du primaire, en milieu urbain qui entraînent
des déperditions scolaires,
− de l’initiation de l’enfant à certains rites traditionnels par les parents ascendants, sans
le consentement du père ou de la mère.
172. Pour prévenir ces différentes situations néfastes au développement de l’enfant, l’État doit
relancer et accentuer la sensibilisation de la communauté qui intervient aussi dans le cadre de
l’éducation de l’enfant au sens large du terme.
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173. Dans son article 18, la Convention rappelle que la responsabilité d’élever un enfant
incombe au premier chef et conjointement aux deux parents, et que l’État doit les aider à exercer
cette responsabilité en leur accordant une aide appropriée pour l’élever.
174. Sur le plan coutumier, la responsabilité de la famille sur l’enfant est très étendue, celui-ci
étant la propriété de la communauté tout entière.
175. La Constitution au paragraphe 16 de son article 1er souligne les devoirs des parents envers
les enfants, et le Code civil dans ses articles 494 à 501 traite de l’obligation d’entretenir et
d’élever l’enfant jusqu’à sa majorité ou son émancipation. L’enfant se trouve sous l’autorité de
ses parents, et cette autorité comporte également d’autres droits et obligations, dont la garde,
l’éducation, l’administration des biens de l’enfant, le consentement à son mariage, à son
adoption et à son émancipation (art. 495).
176. Cette autorité est exercée conjointement par le père et la mère, et la décision prise ou l’acte
fait par l’un d’eux est présumé l’avoir été avec l’accord de l’autre (art. 496). Cependant, il existe
des cas où les parents perdent cette autorité. La législation retient les cas suivants, dont la liste
n’est pas exhaustive:
– lorsque les parents sont hors d’état de manifester leur volonté,
– lorsqu’ils ont abandonné tout ou partie de leur autorité en confiant la charge de leur
enfant à un service public, un établissement ou une association régulièrement
habilitée ou autorisée à cet effet,
– lorsqu’ils sont déchus ou privés de tout ou partie de leur autorité,
– en cas de divorce, de séparation de corps, ou de décès, etc.
177. Au-delà de ces mesures, l’État, dans sa politique d’aide aux parents pour la sauvegarde des
droits de l’enfant, a mis en place:
– un programme élargi de vaccination,
– des services de médecine scolaire,
– une assistance publique pour les fonctionnaires,
– une Caisse nationale de garantie sociale pour les contractuels et les indigents,
– une Caisse nationale de sécurité sociale pour les travailleurs du secteur privé,
– un Centre national de nutrition,
– le transport scolaire gratuit pour les élèves (mais qui deviendra payant à partir de la
rentrée scolaire 2000/2001),
– la gratuité des fournitures scolaires «proposition»,
– des centres de formation des enseignants.
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178. Dans la pratique, l’enfant manque d’affection du fait de la polygamie, de la désunion des
familles et de l’augmentation des familles monoparentales. Par exemple, sur 138 cas d’enfants
pris en charge en 1998 par la Direction des affaires sociales (Service de la protection de la
jeunesse), 69 sont issus de familles désunies et monoparentales, dont 68 sont des foyers où les
chefs de famille sont des femmes.
179. L’alinéa 14 de l’article 1er de la Constitution et les articles 252 et suivants du Code civil
protègent la famille gabonaise comme cellule de base de la société et comme milieu par
excellence de l’évolution de l’enfant.
– en cas de décès d’un des deux parents, la garde est confiée à l’autre parent (art. 527)
– en cas d’emprisonnement des parents, le tribunal saisit le service social pour qu’il
pourvoie à la garde de l’enfant s’il n’est pas pris en charge par la famille,
– en cas de divorce l’alinéa 4 de l’article 273 du Code civil prévoit que le service social
de la protection de la jeunesse recherche qui des deux parents offre les meilleures
conditions de vie à l’enfant.
181. La législation protège l’enfant dont les parents vivent en concubinage au même titre que
ceux qui vivent dans le cadre d’un mariage légal. En général, en cas d’absence des parents, la
solidarité familiale s’exprime. La tutelle et l’adoption sont également des mesures de
remplacement pour l’enfant privé du milieu familial. L’article 1er (al. 14 du titre préliminaire) de
la Constitution place les enfants sous la protection particulière de l’État. L’article 527 du Code
civil organise la tutelle des enfants abandonnés et orphelins. Quant aux alinéas 3 et 4 de
l’article 445, ils organisent l’adoption, et l’article 56 du Code pénal traite du placement des
enfants en conflit avec la loi.
182. Pour ce qui est de l’adoption, la loi organise les conditions d’adoption, qu’il s’agisse de
l’adoption simple (c’est-à-dire celle qui s’effectue sans rupture de lien avec la famille d’origine),
ou de l’adoption plénière (celle qui s’effectue avec rupture du lien familial). Ces conditions
portent sur l’âge, l’état civil, les moralités, les moyens de subsistance, etc. (art. 449 et suiv.
du Code civil).
183. Cependant, l’adoption est rendue difficile par le législateur, la solidarité familiale s’atténue
à cause des difficultés économiques, et certaines tutelles sont faites abusivement.
184. L’État doit donc aider les familles en difficulté, alléger la procédure d’adoption, et veiller à
ce que la tutelle soit réelle et effective.
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a) Réunification de la famille
185. L’alinéa 1 de l’article 1er de la Constitution ainsi que l’article 501 du Code civil précisent
que l’enfant doit être entretenu par ses parents. Dans la pratique, le tribunal et les services
sociaux œuvrent pour la réunification des familles. En 1998 et en 1999, le service social a
procédé à 46 essais de conciliation de famille.
186. Le Gabon a prévu des lois contre la sortie des enfants mineurs du territoire national et
l’article 275 du Code pénal punit les enlèvements d’enfants. Toutefois, on rencontre
traditionnellement des cas de kidnapping d’enfants par l’un des deux parents. De plus, le Gabon
connaît depuis un certain temps un afflux d’enfants réfugiés, c’est pourquoi il est nécessaire que
l’État renforce les textes du Code pénal relatifs à la protection de tous les enfants y compris les
enfants expatriés.
187. La Convention de La Haye sur les aspects civils de l’enlèvement international d’enfants
doit être appliquée, notamment dans le cadre des enfants expatriés qui travaillent au Gabon et qui
se trouvent exploités par ceux qui ont procédé à leur déplacement: en 1998, on a recensé
582 enfants expatriés âgés de 7 ans et plus travaillant comme femmes de ménage, baby-sitters,
vendeurs (de fruits et légumes, de produits pharmaceutiques, de médicaments traditionnels ou
autres) ou comme mécaniciens automobiles.
E. Niveau de vie
188. Le titre préliminaire de la Constitution, en son article 1er, alinéa 16, ainsi que les
articles 494 et 481 du Code civil traitent de l’obligation des parents d’entretenir et d’élever leurs
enfants, et de l’obligation pour les parents de verser une pension alimentaire.
189. En matière de scolarité, l’État n’aide plus les parents à acquérir, pour eux, une meilleure
éducation et un meilleur développement, car dans la pratique les parents éprouvent de grandes
difficultés à favoriser le bien-être de l’enfant. Cependant, une loi est en voie de promulgation
pour essayer de remédier à cette situation. En effet, le salaire bien qu’élevé par rapport à d’autres
pays (le salaire minimum (SMIC) est de 44 000 FCFA), ne suit pas le coût de la vie.
190. Dans la pratique, lorsqu’un enfant est privé de son milieu familial, les actions menées
visent à faire jouer la solidarité familiale pour que l’enfant reste de préférence dans son milieu
d’origine. Le cas échéant, l’enfant peut être placé dans une famille d’adoption. C’est ainsi que
40 enfants ont été adoptés par des particuliers entre 1980 et 1998 (Source: Direction générale
des affaires sociales). En dernier recours, l’enfant est placé dans une institution. Pour la même
période, un enfant a été rapatrié dans son pays d’origine, et quatre ont été placés en familles
d’accueil. Cependant, on rencontre des cas de tutelles fictives organisées visant à bénéficier des
avantages sociaux sans remplir les obligations qui s’y rattachent.
191. La procédure et les conditions d’adoption d’un enfant sont très contraignantes:
– un enfant de 15 ans et plus ne peut pas être adopté,
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192. Selon la définition de l’Organisation mondiale de la santé, la santé est un état de complet
bien-être physique, mental et social et non pas simplement l’absence de maladie ou d’infirmité.
Ainsi, l’article 29 de la Convention fait écho aux articles portant sur les principes généraux de la
Convention, à savoir: la non-discrimination, l’intérêt supérieur de l’enfant, la vie, la survie, ainsi
que le développement et la participation de l’enfant.
193. Plusieurs programmes et plans d’action internationaux ont été élaborés à l’intention des
États Membres de l’Organisation des Nations Unies, à savoir:
• le Sommet mondial pour les enfants, tenu en septembre 1990, qui a fixé des objectifs
à atteindre en matière de santé et d’éducation d’ici l’an 2000, en particulier dans le
domaine de la santé primaire et de la vaccination en Afrique,
• la quatrième Conférence mondiale sur les femmes tenue à Beijing en 1995 qui a mis
l’accent sur les droits des adolescents à la santé et à être protégés contre
l’exploitation sexuelle à des fins commerciales, sans oublier les droits à l’éducation
de la «petite fille»,
194. En ce qui concerne le cadre législatif du Gabon, l’ordonnance n° 1/95 du 14 janvier 1995
fixe les orientations de la politique de la République gabonaise en matière de santé. Dans cette
ordonnance, une grande place est réservée à la mère et à l’enfant, notamment dans les
articles 1er à 38. Ce texte définit la santé comme un état de complet bien-être physique, mental et
moral assurant à «l’individu-enfant» une croissance, un développement et une vie sociale
harmonieuse (art. 1er). Il pose ensuite les principes généraux, notamment la garantie par l’État,
selon ses possibilités, de la protection de la santé de l’enfant. Ce texte associe la protection de la
mère et de l’enfant afin de réduire les taux de morbidité et de mortalité maternelle, et de prévenir
les maladies infantiles et les grossesses à risque (art. 10). Les articles 1er, 12 et 13 de cette
ordonnance précisent les actions prioritaires qui doivent être menées sur le terrain par les centres
de santé maternelle et infantile chargés d’assurer la santé de la mère et de l’enfant. Ils en
déterminent aussi le personnel: médecins, sages-femmes, infirmières de santé publique, agents
de nutrition, éducateurs sanitaires, travailleurs sociaux travaillant en association avec des agents
de santé et des accoucheuses traditionnelles.
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195. La législation sanitaire prévoit également des bilans de santé gratuits et obligatoires pour
les enfants en âge préscolaire ainsi qu’une prise en charge des frais d’hospitalisation des enfants
par les services étatiques compétents.
196. Dans la pratique, des données statistiques permettent d’évaluer les résultats de la politique
sanitaire du Gouvernement en matière de promotion de la santé de la mère et de l’enfant. Le taux
d’allaitement maternel, à Libreville, est de 17,7 %, les accouchements en présence d’un agent
formé s’élèvent à 79,7 %, et les soins prénataux atteignent 86,5 % (Source: Ministère de la
santé).
197. La Direction générale de la santé organise les structures de santé primaires dans les grands
centres et les zones rurales. Il faut également noter que le Service de l’éducation pour la santé et
celui de la vaccination ne forment qu’un seul département.
198. En dépit des structures existantes et du fort taux de consultations pour des soins prénataux
(85 %), les taux de mortalité restent toujours très élevés: le taux de mortalité infantile est en effet
de 94 ‰, le taux pour les moins de 5 ans est de 154 ‰ et la mortalité maternelle est de 500 ‰.
199. Dans le domaine de la santé de l’enfant, on note l’existence d’une étroite collaboration
entre les services nationaux et les organismes et programmes internationaux, tels que
l’Organisation mondiale de la santé, le Fonds des Nations Unies pour l’enfance, le Fonds des
Nations Unies pour la population, le Programme des Nations Unies pour le développement, le
projet en matière de santé du Fonds européen de développement, les financements accordés au
Gabon ainsi que plusieurs programmes d’action dans le domaine de la santé.
200. L’école nationale d’action sanitaire et sociale assure la formation d’un personnel qualifié
en matière de santé et d’action sociale.
201. Malgré le nombre de textes législatifs et de projets en la matière, on note néanmoins que
les soins de santé sont payants, que le coût des médicaments reste élevé, et que le contenu des
textes relatifs à la sécurité sociale n’est pas traduit dans les faits. Au niveau des affaires sociales,
il existe cependant un service de suivi médical gratuit dans les crèches et les établissements
préscolaires.
203. La couverture de la vaccination, en 1993, était de 51,5 % (en zone urbaine) et de 45,6 %
(en zone rurale).
Indicateurs de santé
204. Selon une enquête à indicateurs multiples, menée par l’UNICEF en 1995, le taux
d’allaitement exclusif au sein se situerait autour de 15 %.
205. Pour optimiser le fonctionnement des institutions et des services chargés de la promotion
de la santé de la mère et de l’enfant, l’État doit augmenter les moyens mis en œuvre en la
matière, et renforcer son expertise quant à leur utilisation.
A. Éducation
207. L’article 28 proclame le droit à l’éducation comme étant une nécessité fondamentale pour
chaque enfant. Il souligne que cette éducation doit inclure l’égalité des chances en faisant appel
aux principes généraux de la Convention. L’État doit tout mettre en œuvre pour garantir la
gratuité de l’éducation primaire et favoriser l’éducation scolaire des filles en vue d’en réduire
l’écart avec les garçons. Ce principe a également été énoncé lors du Sommet mondial pour les
enfants qui s’est tenu en 1990.
208. Quant aux objectifs de l’éducation, l’article 29 reflète le consensus mondial en la matière
selon lequel l’éducation doit développer au mieux les potentialités de l’enfant, le préparer à
assumer les responsabilités de la vie dans une société libre et lui inculquer le respect des autres et
du milieu naturel. Il fait écho à la liberté quant au choix du type d’éducation, tout en sachant que
plusieurs facteurs créent des barrières au libre exercice de ce droit, comme par exemple la
pauvreté et l’insuffisance des infrastructures scolaires.
1. Législation gabonaise
209. La Constitution reconnaît les différents principes de la Convention dans son titre premier,
article 1er, al. 16, qui fait de l’éducation des enfants un droit naturel pour les parents et un devoir
qu’ils exercent sous la surveillance et avec l’aide de l’État et des collectivités publiques. Les
parents ont le droit, dans le cadre de l’éducation scolaire, de décider de l’éducation morale et
religieuse de leur enfant. L’État doit veiller à ce que le programme d’enseignement soit diversifié
et permette le développement physique, intellectuel et moral de l’enfant.
210. Pour traduire ces objectifs, l’État gabonais a mis en place les services publics d’exécution
suivants:
– le Ministère de l’éducation nationale préscolaire, qui est maintenant rattaché au
Ministère de l’éducation nationale,
– le Ministère des affaires sociales, au sein duquel existait un service d’éducation,
– le Ministère de l’enseignement supérieur,
– le Ministère de la santé.
211. Il existe, par ailleurs, des lois et des décrets qui régissent le secteur de l’éducation, tels que:
– la loi n° 20/92 du 8 mars 1993, fixant les statuts particuliers des fonctionnaires du
secteur de l’éducation,
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212. En dépit de ces objectifs, la fermeture de certaines écoles spécialisées, telles que l’école
d’Agondjé, et la ferme école de Mélen, a suscité de grandes interrogations. Il existe également, à
l’Université Omar Bongo de Libreville, une faculté de médecine. La nécessité d’avoir du
personnel qualifié, au fait des réalités nationales, est un des soucis de l’État. Il existe, en outre,
un service de l’alphabétisation au sein du Ministère de la culture qui accueille aussi des enfants
en difficultés scolaires.
213. Le Gabon consacre chaque année près du dixième du budget de l’État à l’éducation
nationale, et 16,5 % du budget d’investissement y a été consacré en 1998. L’école est gratuite et
obligatoire jusqu’à 16 ans.
2. Constat
214. Les taux de scolarisation sont plus bas pour les filles que pour les garçons, surtout à partir
de 12 ans. Plus inquiétants, encore, les chiffres faisant état du redoublement et de l’abandon
scolaire sont accablants. Sur 100 élèves qui commencent l’école, moins de 60 atteignent le CM2,
moins de 30 accèdent à la sixième, et un seul réussi à passer le baccalauréat.
215. En dépit de la somme que l’État gabonais consacre à l’éducation nationale, le principe de
l’école gratuite et obligatoire est difficilement appliqué dans toutes les écoles publiques du pays.
216. Le rendement externe du système n’est pas non plus satisfaisant. Les élèves sont formés
dans le seul but de passer au cycle secondaire alors que la majorité ne l’atteindra pourtant pas.
Ils sont donc mal préparés à la vie active. Ainsi, les enfants qui ne terminent pas le cycle
primaire vont souvent grossir les rangs des chômeurs ou des délinquants et sont généralement
condamnés à vivre dans la pauvreté.
217. Ces difficultés s’expliquent par de nombreux facteurs: carences graves dans la gestion du
système éducatif, insuffisance dans la planification, mauvaise répartition des revenus et absence
de supervision qui a conduit à une pénurie de matériel pédagogique, à une sous-qualification des
enseignants et au surpeuplement des classes. À Libreville il y a effectivement en moyenne
100 élèves par classe, ce qui oblige de nombreux établissements à fonctionner avec deux sections
à mi-temps. En zone rurale, le ratio est peu favorable, avec 40 élèves par salle. De plus, les
écoles rurales sont souvent construites en matériaux peu durables et manquent de mobilier et de
supports pédagogiques. Pour 16 % des élèves, il n’y a qu’un maître pour enseigner les six
niveaux du primaire, et dans certaines écoles, il n’y a pas de maître du tout.
218. Par ailleurs, l’échec scolaire peut s’expliquer par le manque de suivi par les parents du
travail scolaire de leurs enfants. Parmi les causes d’abandon de l’école, il y a le fait que les
parents manquent souvent de moyens pour acheter les fournitures scolaires ou pour assurer les
frais de scolarité de leurs enfants dans les établissements privés. Les enfants n’ont pas, en effet,
le droit de tripler une classe dans les écoles officielles et doivent donc passer dans le privé s’ils
veulent poursuivre leurs études. Enfin, les enfants ont du mal à gérer leur temps libre.
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219. L’État gabonais est conscient de ces problèmes et essaie d’y répondre en formant des
enseignants et en construisant des écoles. Il faut impérativement améliorer la qualité de
l’enseignement dans toutes les écoles du pays et diversifier les programmes en matière de
formation professionnelle en y introduisant des cycles de formation dans le secteur de
l’agriculture, de l’élevage et de la pêche à partir du niveau du cours moyen. Ces formations
doivent être de courte durée (de 2 à 4 ans) et être adaptées aux enfants qui ne peuvent pas suivre
dans les cycles longs ou qui ont été exclus du système pour d’autres raisons, notamment à cause
de leur faible capacité de mémorisation.
220. Il faut créer des écoles pour enfants souffrant de handicaps, à l’exemple de l ’école des
sourds-muets de Nzeng Ayong et soutenir les structures privées. Il existe également un projet
d’ouverture d’un centre de formation pour sourds-muets et d’aveugles à Lébamba. Les
organisations non gouvernementales offrent également un début de formation professionnelle
pour les enfants qui présentent un handicap mental, physique ou sensoriel.
221. Au-delà de ces mesures et de quelques actions concrètes, il faut un meilleur développement
des structures de formation afin de traduire dans les faits l’alinéa 18 du titre premier de la
Constitution qui stipule que l’État garantit l’accès de l’enfant et de l’adulte à l’instruction, à la
formation professionnelle et à la culture.
222. On note ici des expressions telles que: repos, jeux, loisirs, activités récréatives et
culturelles. Le repos est un droit qui s’oppose au tapage nocturne. Pour les loisirs, les États
parties organisent des activités sportives, récréatives (cinéma) et culturelles. L’article 31 attire
l’attention des États sur le besoin d’une urbanisation qui prévoit des espaces verts pour le repos,
les jeux et autres activités récréatives et culturelles.
223. Au Gabon, le Ministère de la jeunesse, de la culture civique, des sports et des loisirs définit
la politique de l’État en matière de loisirs et d’activités récréatives et culturelles, comme le
stipule la Constitution en ce qui concerne l’égalité d’accès à la culture pour tous les enfants
(art. 1er, al. 18). Dans les capitales provinciales, le Ministère est très présent au niveau
organisationnel. Ainsi, dans la législation nationale, le décret n° 0951/MJSACSE/DS du
1er octobre 1970, portant création de l’Office gabonais des sports scolaires et universitaires,
organise chaque année, sur toute l’étendue du territoire, des manifestations sportives toutes
disciplines confondues en vue de découvrir les futurs représentants du Gabon aux différentes
compétitions africaines.
225. En matière de protection des mineurs, il existe l’ordonnance n° 59/76 du 1er octobre 1976,
qui interdit aux mineurs de moins de 21 ans de se retrouver dans les lieux publics après
21 heures.
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226. À travers la loi 15/96 sur la décentralisation, les collectivités publiques organisent des
activités récréatives au niveau local dans le but de faire appliquer la politique de l’État. La loi
n° 35/62, du 10 décembre 1962, sur les associations régit les associations des sports et de théâtre.
La réglementation autorise aussi l’ouverture de cinémas et autres loisirs, comme les salles de
jeux.
227. Dans les faits, la législation nationale est peu suivie. Les structures existantes en matière de
loisirs et de sports sont inégalement réparties sur le territoire. Seuls les grands centres urbains en
possèdent, et leur accès est souvent difficile. Dans les établissements scolaires, les installations
sont souvent vétustes ou inexistantes. On trouve encore des écoles qui manquent d’aires de jeux,
et de toutes les disciplines sportives, seul le football est organisé, malgré ses faibles résultats à
l’échelle du continent africain.
228. La culture, le sport et les activités récréatives sont à relancer, voire à organiser, au Gabon.
Les difficultés économiques sont telles que ce secteur important du développement de l’homme
est aujourd’hui oublié. L’État doit tout faire pour restaurer ces activités comme le font déjà
quelques structures privées, telles que les sociétés Elf Gabon, Shell-Gabon, Comilog, et les
mouvements, de jeunes tels que: les Scouts et les Guides, les éclaireurs et les éclaireuses du
Gabon, les Cœurs Vaillants et les Âmes Vaillantes, ainsi que les associations telles que JEC,
JEN, Caritas, SOS Mwana, Cose Enfants CEMEA Horizons Nouveaux, AFEG, ASMARE,
Club UNESCO, et AFJG
229. Ce chapitre porte sur les enfants qui se trouvent en situation d’urgence, tels que les enfants
victimes de conflits armés ou d’exploitations, et tous ceux qui ont besoin de mesures de
réinsertion sociale. Il concerne également les enfants qui se trouvent en conflit avec la loi.
1. Enfants réfugiés
230. L’énoncé de l’article 22 souligne la nécessité de protéger les droits des enfants réfugiés et
de leur accorder une assistance humanitaire appropriée, conformément aux instruments
internationaux humanitaires tels que les Conventions de Genève du 12 août 1949 pour la
protection des victimes de guerre et les Protocoles additionnels s’y rapportant, ainsi que la
Convention relative au statut des réfugiés de 1951, telle qu’amendée en 1967. Les États parties
sont appelés à collaborer avec les institutions et organisations humanitaires nationales et
internationales, comme par exemple le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés,
afin de favoriser la réunification familiale et faciliter les procédures d’octroi de l’identité (statut
de réfugié, nationalité, rétablissement du nom, etc).
231. Au Gabon, le nombre d’enfants réfugiés est difficile à déterminer car, à l’heure actuelle,
le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés procède au recensement de toutes les
personnes ayant un statut de réfugié au Gabon.
232. Pour la protection des enfants réfugiés, le Gabon a travaillé en collaboration avec le
Haut Commissariat et des Organisations non gouvernementales, lorsqu’il a reçu, sur son
territoire, un nombre assez important d’enfants réfugiés issus de la guerre du Biafra (Nigéria).
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Ces enfants qui, selon les instruments internationaux devraient bénéficier des mêmes droits que
les autres en matière de protection, d’éducation, de santé et de travail, comme le stipule la Charte
africaine dans ses articles relatifs aux réfugiés, rencontrent cependant beaucoup de difficultés
dans leur vie quotidienne, à savoir:
• l’entrée dans des écoles supérieures spécialisées dites «nationales» n’est pas garantie
automatiquement aux enfants réfugiés,
233. Il est clair que les dispositions de l’article 38 font obligation aux États parties de respecter
les règles du droit international humanitaire qui leur sont applicables en cas de conflits armés.
Citons notamment, les Conventions de Genève du 12 août 1949 et les Protocoles additionnels s’y
rapportant, la Charte africaine des droits et du bien être de l’enfant et la Charte africaine des
droits de l’homme et des peuples. Outre les protections spéciales à accorder aux enfants touchés
par les conflits armés, la Convention fait obligation aux États de ne pas enrôler des enfants de
moins de 15 ans dans leurs forces armées, ni de les faire participer aux conflits armés.
234. Cette limite d’âge va à l’encontre de l’article premier qui définit l’enfant comme toute
personne âgée de moins de 18 ans. C’est ainsi qu’en 1994, la Commission des droits de
l’homme, encouragée par le Comité des droits de l’enfant, a créé le Groupe de travail
intersessions, à composition non limitée, chargé d’élaborer un projet de protocole facultatif à la
Convention relative aux droits de l’enfant, concernant l’implication d’enfants dans les conflits
armés qui élèverait, entre autres, l’âge minimum d’enrôlement et de participation aux hostilités à
18 ans. Une étude de Mme Graça Machel sur l’impact des conflits armés sur les enfants révèle
les effets nocifs de la guerre sur le plan physique, mental, moral et spirituel des enfants, et
particulièrement pour ceux appelés «enfants soldats». Elle révèle aussi les facteurs à l’origine de
la participation des enfants aux hostilités armées, à savoir, la pauvreté, le désœuvrement des
enfants, et la multiplication des conflits et des tensions politiques, particulièrement en Afrique.
Les paragraphes 80 et 81 du présent rapport apportent des précisions en ce qui concerne
l’enrôlement des personnes au Gabon.
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235. L’article 39 recommande que des mesures soit prises pour aider les enfants victimes de
multiples formes de violence, de négligence, de sévices ou d’exploitations. Son contenu très
large fait écho aux dispositions de la Convention portant notamment sur le travail (art. 32), la
consommation et le trafic de drogue (art. 33), l’exploitation sexuelle (art. 34), la vente et la traite
des enfants (art. 35) et autres formes d’exploitation (art. 36), la torture et autres peines cruelles et
dégradantes (art. 37), et le conflit armé (art. 38). Il n’oublie pas non plus les secteurs de la santé
et de l’éducation (art. 24 et 28) et attire l’attention sur l’enfant privé de son milieu familial suite,
notamment, à des mesures judiciaires (art. 37 et 40). Toutes ces différentes catégories d’enfants
victimes ont besoin de mesures de réadaptation et de réinsertion sociale.
236. Au Gabon, le mauvais traitement de l’enfant peut être physique ou moral, et causé par les
parents au sens élargi de la tradition. La Constitution dans son article premier aux alinéas 4 et 23
du titre préliminaire consacre ce droit, de même que le Code pénal, dans ces articles 223 et
suivants, 230 et suivants, et 256 et suivants et répriment tous les cas de violence sur les enfants.
237. Ces mauvais traitements apparaissent sous forme de maltraitances de toutes sortes.
Les brutalités physiques ou mentales peuvent en effet prendre différentes formes, telles que la
violence physique, l’abus sexuel, l’abandon, la négligence et l’exploitation.
238. La Direction générale des affaires sociales a enregistré 146 cas d’abandon de 1980 à 1999
et 12 cas de maltraitance en 1998. D’octobre 1997 à mai 1998, 25 cas de viol ont également été
enregistrés au parquet du tribunal de Libreville.
• organise la prise en charge psycho-sociale des personnes concernées, afin de les aider
à trouver les solutions à leur problème. Cette prise en charge avoir lieu sous forme
d’entretiens individuels et familiaux, de visites à domicile ou en prison, de suivi
scolaire, de réinsertion familiale, scolaire et parfois professionnelle grâce à une
formation en apprentissage, ou sous forme d’orientation et d’accompagnement dans
des structures de sensibilisation, telles qu’Agir pour le Gabon, ou spécialisées, telles
que l’hôpital psychiatrique de Melen pour la prise en charge des alcooliques et des
drogués.
240. Dans la pratique, la prise en charge des cas de maltraitance est cependant difficile étant
donné que:
• le partenariat entre les structures privées compétentes et l’État est suffisant car ce
dernier ne leur octroie aucune aide.
241. Les articles 37, 39 et 40 concernent en particulier les enfants qui sont traduits en justice
ainsi que le traitement qui leur est réservé.
242. Les présentes dispositions de la Convention traitent de la façon dont est traité l’enfant dès
le moment où il est considéré comme suspect, que ce soit pendant l’arrestation, durant l’enquête
ou la procédure, pendant la détention préventive, ou lors du jugement ou de la condamnation.
Elles demandent aux États parties d’établir un âge minimal de responsabilité pénale, en
suggérant qu’il soit supérieur à 18 ans.
243. En cas d’infraction à la loi pénale elles prient également les États de favoriser le règlement
des conflits par des voies non judiciaires et d’accorder une priorité aux mesures non privatives de
liberté en favorisant le traitement hors milieu carcéral. Elle leur demande en outre d’interdire la
peine capitale et l’emprisonnement à vie pour les personnes âgées de moins de 18 ans (art. 37)et
de faire appel à l’Ensemble de règles minima des Nations Unies concernant l’administration de
la justice pour mineurs (Règles de Beijing) dans l’application de la loi pénale aux enfants (civils
comme militaires).
244. Au Gabon, la loi interdit l’exécution capitale des femmes enceintes (art. 10 du Code pénal)
et la peine de mort pour les personnes âgées de moins de 18 ans (art. 60 du Code pénal). Pour
plus d’informations, il est utile de se référer à la définition de l’enfant en matière pénale (par. 75
à 79 du présent rapport).
245. Les dispositions des articles 37-39 et 40 ont été examinées aux paragraphes 235 à 244 du
présent rapport, portant sur la réadaptation et la réinsertion des enfants victimes, et sur
l’administration de la justice pour mineurs. Elles se font également l’écho à l’article 25 sur la
révision du placement.
246. Au Gabon, lorsqu’un enfant est privé de liberté, il purge sa peine dans une prison centrale,
où il est interné dans un quartier spécial. Théoriquement, il est prévu un régime spécial pour ces
enfants, mais dans la pratique, aucune structure n’existe pour leur réinsertion.
247. Les enfants peuvent être exploités par voie économique (travail, vente, traite) par voie
d’usage de stupéfiants, d’enlèvements, de violences sexuelles, et autres. Toutes ces formes
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d’exploitation causent un déséquilibre sur le plan de la santé physique et mentale de l’enfant. Les
articles 32 à 35 de la Convention traitent de ce problème.
248. La Convention attire également l’attention des États parties sur les effet nocifs du travail
sur des enfants. Elle recommande aux États parties de prendre des dispositions pour réglementer
l’âge d’admission à l’emploi, et pour fixer les horaires de travail de l’enfant, la nature de la tâche
qu’il peut effectuer, et ses conditions de travail, sans oublier les systèmes de contrôle et les
sanctions à appliquer en cas de violation de ces dispositions.
249. En Afrique, le travail des enfants dans le secteur économique informel se caractérise par
l’insécurité et la précarité de l’emploi et de la rémunération.
250. Au Gabon, le Code du travail (loi n° 3/94 du 21 novembre 1994) dispose, en son
article 177, que les enfants ne peuvent être employés dans aucune entreprise avant l’âge de
16 ans, sauf dérogation édictée par décret pris sur proposition conjointe du Ministre chargé du
travail, du Ministre chargé de la santé publique et du Ministre de l’éducation nationale, compte
tenu des circonstances et des tâches qui peuvent leur être demandées.
251. Les Conventions collectives prévoient des dispositions de même nature, comme par
exemple la Convention collective des banques et la Convention collective des travaux publics.
252. Outre la Convention relative aux droits de l’enfant, le Gabon a ratifié les Conventions n° 5,
10, 33 et 123 de l’Organisation internationale du Travail (OIT), qui fixent l’âge minimum
d’admission à l’emploi à 14 ans. Les Conventions concernent les secteurs de l’industrie, de
l’agriculture, des travaux non industriels et des travaux souterrains.
253. Par ailleurs, deux autres instruments sont en examen technique au Ministère du travail, en
vue de leur ratification. Il s’agit de la Convention n° 138 concernant l’âge minimum d’admission
à l’emploi, de 1973 et de la Convention n° 182 concernant l’interdiction des pires formes de
travail des enfants et l’action immédiate en vue de leur élimination, de 1999.
254. Il convient cependant de préciser que le Code du travail précité prévoit des dispositions
plus restrictives en fixant par exemple l’âge minimum d’admission à l’emploi à 16 ans contre
14 ans pour la Convention n° 138.
255. Sur le plan régional, le Gabon a signé, le 27 février 1992, la Charte africaine des droits et
du bien-être de l’enfant de 1990 qui contient, en son article 15, le même dispositif que la
Convention et les instruments pertinents de l’OIT sur l’âge minimum d’admission à l’emploi.
257. À la lumière de divers rapports effectués par l’inspection du travail, il ressort qu’aucun
enfant en dessous de l’âge minimum légal ne travaille dans le secteur structuré et qu’en outre, les
dérogations prévues à l’article 177 du Code du travail ne sont pas sollicitées. Mieux, le décret
conjoint fixant les modalités dérogatoires n’a jamais été pris. Il faut ainsi analyser cette attitude
comme une volonté délibérée des autorités de ne pas favoriser le recours au travail des enfants.
258. Depuis un certain temps, le recours au travail des enfants s’est développé. Il s’agit d’un
phénomène complexe qui est principalement dû aux flux migratoires de populations étrangères
qui transposent au Gabon les pratiques en cours dans leurs pays d’origine. C’est ainsi que
l’écrasante majorité des enfants qui travaillent en dessous de l’âge minimum légal est d’origine
étrangère. Ce phénomène commence à toucher les enfants gabonais, et il est surtout visible dans
les principales villes et présente quelques caractéristiques qui lui sont propres.
259. À l’inverse des enfants étrangers, les enfants travailleurs nationaux ne sont pas issus de
trafic, ni employés par leurs parents. Ils sont le plus souvent en rupture familiale ou scolaire et
viennent parfois des couches pauvres de la population. Leur régime est assimilable à celui des
travailleurs occasionnels ou indépendants.
260. Le Code du travail gabonais ne détermine pas d’horaire de travail spécifique pour les
enfants. Le régime commun fixe, à l’article 165, la durée du travail hebdomadaire légale à
40 heures par semaine. Cependant, en vertu du même article, des dérogations peuvent être
édictées par décret sur proposition du Ministre du travail.
261. En revanche, le législateur a codifié le travail de nuit des enfants. C’est ainsi que
l’article 167 du Code du Travail exclut le recours au travail de nuit pour les enfants de moins de
18 ans, à l’exception des établissements où tous les employés sont membres d’une même famille.
L’article 168 du même Code énumère également d’autres cas dérogeant à l’interdiction visée à
l’article 167. D’autres mesures spécifiques sont en outre prévues par le Code du travail, en ce qui
concerne:
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• L’adhésion aux syndicats (art. 274). Bien que cette question ne relève pas des
conditions d’emploi, elle mérite d’être soulignée. Les mineurs de plus de 16 ans
peuvent adhérer à un syndicat de leur choix sous réserve de l’accord de leurs parents
ou tuteurs dans le secteur formel.
• Le régime des congés (art. 185) l’enfant de moins de 18 ans bénéficie d’un congé
supplémentaire égal à une demi-journée effective de travail, ouvrable par mois.
262. Le Code du travail fixe, pour l’ensemble des travailleurs, un mode de détermination de
salaire unique fondé sur la non-discrimination. Ainsi pour définir le salaire d’une personne, il
n’est pas tenu compte de son âge, de son sexe ni de son origine. À qualification et rendement
égaux, l’employeur verse ainsi le même salaire à tous ses employés.
b.4) Constat:
263. Même si la législation prévoit la possibilité de déroger au régime commun (art. 165 du
Code du travail), aucun texte n’a été pris pour ce faire (40 heures de travail par semaine), et bien
que le travail de nuit soit réglementé, de nombreux enfants évoluant dans le secteur informel y
sont astreints, en particulier les jeunes domestiques.
264. En vertu de l’article 178 du Code du travail, l’inspecteur du travail peut requérir l’examen
médical des enfants pour des travaux présentant des risques pour leur santé, et peut prononcer la
résiliation du contrat de travail lorsqu’il juge qu’un enfant effectue un travail au-dessus de ses
forces.
265. Les infractions à l’article 177 (âge minimum d’admission à l’emploi) peuvent être
sanctionnées par des pénalités prévues à l’article 195 du Code du travail. On y distingue les
peines d’amende allant de 30 000 à 300 000 francs CFA et, en cas de récidive, de 60 000 à
600 000 francs, des peines d’emprisonnement allant de deux à six mois.
266. Les infractions aux articles 4, 6, et 8, qui visent respectivement le recours au travail forcé,
l’emploi d’un enfant pour l’empêcher de recevoir l’instruction scolaire obligatoire, et toute
discrimination fondée sur le sexe, la race, l’âge, la couleur etc., exposent leurs auteurs à des
peines plus lourdes (art. 16 du Code du travail) qui vont d’une amende de 300 000 à
600 000 FCFA, ou de 600 000 à 1 200 000 FCFA en cas de récidive, à un emprisonnement de un
à six mois.
267. En pratique, il est rare que ces sanctions soient effectivement appliquées. En effet, le
champ d’intervention des inspecteurs du travail se limite au secteur structuré qui, par nature, n’a
pas recours au travail des enfants en dessous de l’âge légal d’admission à l’emploi.
268. Cependant, pour lutter contre le recours au travail des enfants dans le secteur informel, le
Gabon est devenu depuis mars 1998 partenaire du Programme international pour l’abolition du
travail des enfants (IPEC). Une commission paritaire Benino-Gabonaise a également été créée en
mars 1999 dans le cadre de la coopération bilatérale. Elle est chargée, entre autres, de proposer
des mesures concrètes pour lutter contre le trafic et le travail des enfants béninois au Gabon.
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269. En ce qui concerne les instruments de l’OIT, le Gabon envisage de ratifier la Convention
n° 138 concernant l’âge minimum d’admission à l’emploi, et la Convention n° 182 concernant
l’interdiction des pires formes de travail des enfants et l’action immédiate en vue de leur
élimination.
2. Usage de stupéfiants
270. La Convention attire l’attention des États sur le fait que les substances psychotropes et les
stupéfiants sont susceptibles d’engendrer une dépendance chez l’enfant et de lui créer des
problèmes sociaux ainsi que des problèmes de santé physique et mentale. Elle leur recommande,
à l’article 33, de prendre toutes les mesures nécessaires pour empêcher que des enfants ne soient
utilisés pour la production et le trafic illicites de ces substances. Outre les drogues proprement
dites, les États prendront également des mesures pour contrôler l’utilisation des boissons
alcoolisées, du tabac et d’autres solvants qui, même s’ils ne tombent pas sous le contrôle des
instruments internationaux, demeurent nocifs pour l’enfant. La Convention recommande aux
États parties de coopérer à la lutte contre la drogue en adhérant aux instruments internationaux
en la matière.
271. Pour ce qui est du Gabon, indépendamment de l’article 237 du Code pénal qui sanctionne
l’administration de substances nuisibles à la santé, l’article 208 du même Code punit tous ceux
qui auront, sans autorisation, cultivé, détenu, offert, cédé, vendu, acquis, acheté ou employé des
substances ou des plantes classées comme stupéfiants par voie réglementaire, telles que l’opium
et ses dérivés, l’héroïne, la morphine etc. Les peines encourues ont été aggravées par la loi
n° 19/93 du 27 août 1993 qui est venue modifier l’article 208 du Code pénal. L’ivresse publique
et manifeste est également sanctionnée par l’article 209 bis du Code pénal.
272. Une prise en charge pour la réinsertion sociale, scolaire et professionnelle est assurée par le
Service de la protection de la jeunesse de la Direction générale des affaires sociales. Il existe
cependant certains obstacles, à savoir que:
• les structures adéquates et le personnel qualifié pour la prise en charge des jeunes
drogués sont insuffisants.
273. L’exploitation et les violences sexuelles infligées aux enfants sont une préoccupation
importante des États en cette fin de XXe siècle. Elles se présentent sous des formes diverses
allant des brutalités physiques aux violences mentales. Elles comprennent la vente des enfants, le
rapt, la prostitution, la pornographie, la pédophilie, et le harcèlement sexuel. Des instruments
internationaux tels que le Protocole facultatif se rapportant à la Convention relative aux droits de
l’enfant, concernant la vente d’enfants, la prostitution des enfants et la pornographie mettant en
scène des enfants, et le Congrès mondial contre l’exploitation sexuelle des enfants à des fins
commerciales, tenu à Stockholm en août 1996, contiennent des recommandations pour protéger
l’enfant victime de ces comportements immoraux.
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274. Au Gabon, la sexualité reste un sujet tabou. En règle générale, les jeunes ne discutent pas,
ou très peu, avec leurs parents de leur sexualité. Au niveau législatif, les articles 260 à 263 du
Code pénal répriment la prostitution, le proxénétisme et tout attentat aux bonnes mœurs.
L’article 265 du même Code sanctionne toute personne qui aura commis un acte sexuel, ou tenté
d’en commettre un, sur la personne d’un enfant âgé de moins de 15 ans.
275. Sur le plan pratique, malgré l’effort de vulgarisation des problèmes relatifs à la sexualité
des adolescents qui est mené par les médias, les Organisations non gouvernementales et les
structures étatiques, notamment les Ministères de l’éducation nationale, de la famille et de la
promotion de la femme, et des affaires sociales, ce sujet reste tabou sur le plan familial. Face à ce
constat, ces structures doivent poursuivre et renforcer leur effort de sensibilisation sur les fléaux
que constituent les Maladies sexuellement transmissibles et le SIDA chez des jeunes.
276. Les dispositions de l’article 35 de la Convention font écho à l’article 21 sur l’adoption (en
ce qui concerne la protection des enfants en cas d’adoption à l’étranger), à l’article 32 sur
l’exploitation économique, et à l’article 34 sur l’exploitation sexuelle. Elles s’étendent à des
sujets comme le viol et l’attentat à la pudeur. Les paragraphes 102 et 104 du présent rapport
traitent des sanctions prévues par le Code pénal pour de tels actes, et les paragraphes 75 et
suivants, qui concernent la définition de l’enfant en matière pénale au Gabon, font également
mention du sujet.
277. En dépit de toute protection des droits de l’enfant prévue par la Convention, l’article 30
pourrait paraître superflu. Il faut noter que la Convention, dans cet article, veut insister sur le
droit de l’enfant de jouir en paix des modes de vie et des croyances qui ne sont pas nuisibles,
aussi étranges qu’ils puissent sembler aux autres personnes. Ces dispositions affirment la riche
diversité des cultures du monde dans le cadre des droits de l’homme et au regard des principes
généraux de la Convention.
278. En ce qui concerne le Gabon, la Constitution assure dans son article 2 l’égalité de tous les
citoyens sans discrimination.
279. Sur le plan pratique, il existe 40 ethnies, dont quelques minorités, mais cette situation ne
peut priver un autochtone de jouir de sa vie culturelle, de pratiquer sa religion, ou d’employer sa
propre langue en commun avec les autres membres de son groupe.
Sur le plan scolaire, les enfants des minorités peuvent continuer à pratiquer leur culture
sans entrave, tout en fréquentant les structures de l’éducation publique.
de la Convention, ou encore de faire des réserves (art. 51), leur permettant d’évoquer une clause
de la Convention contraire à leur système juridique national.
281. À titre d’exemple, le Gabon aurait dû harmoniser les différents seuils d’âge de la minorité
de l’enfant qui existent dans sa législation avant de ratifier la Convention. C’est pourquoi le
Gabon doit initier une loi fixant la majorité à partir de 18 ans.
282. En ce qui concerne les articles 42 à 54, on retiendra seulement que le consentement à être
lié en bonne et due forme à une Convention donnée par la signature, la ratification ou l’adhésion,
lie l’État qui doit l’exécuter de bonne foi. L’autorité qui s’est exécutée l’a fait au nom de l’État.
Après la ratification ou l’adhésion, les obligations résultant de la Convention ont une primauté
sur le droit interne.
283. Adoptée le 20 novembre 1989 par l’Assemblée générale des Nations Unies, la Convention
relative aux droits de l’enfant est entrée en vigueur le trentième jour qui a suivi le dépôt du
vingtième instrument de ratification ou d’adhésion. Pour d’autres États Membres il s’agira du
trentième jour qui suivra le dépôt de leurs documents de ratification ou d’adhésion auprès du
Secrétariat général de l’Organisation des Nations Unies.
284. Au niveau du Comité des droits de l’enfant, les experts siègent à titre personnel, et ne
représentent ni leur État, ni aucune organisation. Des avis et considérations sont donnés en toute
objectivité et indépendance. L’article 42 de la Convention traite de l’obligation des États parties
de faire une large diffusion de cette dernière. En effet, on ne peut prévaloir de ses droits que
lorsqu’on les connaît. D’où, l’obligation faite aux États signataires de la Convention d’utiliser
tous les moyens nécessaires pour la faire connaître à toutes les couches de la population: enfants
comme adultes, civils comme militaires. Les médias, sous toutes leurs formes, les institutions,
tant étatiques que privées, les groupements religieux et laïcs (Églises, syndicats) sont invités à y
participer. La Convention recommande aussi la traduction de son texte en langue nationale ainsi
que son insertion dans le programme scolaire.
285. La mise en place d’un Comité national de l’enfant avec des antennes en province facilitera
le suivi de l’application de la Convention et l’élaboration des rapports au Comité des droits de
l’enfant auprès de l’Organisation des Nations Unies.
286. Le présent rapport initial du Gabon a été rédigé à la demande du Gouvernement, sous la
direction d’une consultante financée par l’UNICEF, en la personne du
Professeur Joséphine IDZUMBIUR ASSOP, de nationalité congolaise, qui a reçu la
collaboration de:
• Mme Sonia MEYO, éducatrice spécialisée, chef du Service de l’assistance
sociale spécialisée à la Direction générale des affaires sociales;
• Mme Honorine NZET BITEGHE, magistrat, consultante UNICEF;
• Mr Petit Lambert OVONO: Président de l’ONG Cose Enfants.
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