2019LEMA3007
2019LEMA3007
I.
« QUELLE
Par Sosthène ÉCONOMIE CIRCULAIRE SPONTANÉE POUR UNE VILLE MOYENNE
Parole MBIADJEU-LAWOU
COTUTELLE INTERNATIONALE
CAMEROUNAISE?
Par Sosthène DE THESE
Le casDE
Parole MBIADJEU-LAWOU DOCTORAT
des déchets solides ménagers de Bangangté»
DEThèse
LE Parprésentée
MANS et soutenue
UNIVERSITE à Le
ET DE Mans, le P
DOCTORAT 08HD
Avril
DE 2019
Unité de Sosthène
recherche Parole
: MBIADJEU-LAWOU
UMR-CNR 6590 Espace et Société (ESO)
L’UNIVERSITE DE YAOUNDE 1
Devant un jury composé de:
Thèse N° : ()
Par Sosthène Parole MBIADJEU-LAWOU
COMUE«UQUELLE
Directrice de
NIVERSITE BRETAGNE
thèse ÉCONOMIE LCIRCULAIRE
DJELLOULI SPONTANÉE
OIRE Yamna, POUR
Professeure UNE
émérite, LeVILLE MOYENNE
Mans Université
CAMEROUNAISE?
Co-Directeur de thèse Le cas des déchets solides
TCHINDJANG Mesmin, ménagers de Bangangté (Cameroun)»
Maître de Conférences, HDR, Université de Yaoundé 1
ThèseDOCTORALE
ECOLE présentéeNet soutenue
° 604 à Le Temps,
: Sociétés, Mans, le 08 Avril 2019
Territoires :
Unité de recherche
Co-encadrant de thèse : UMR-CNR
DURAND6590 Espace et SociétéMaître
Mathieu, (ESO)de Conférences, Le Mans Université
DThèse
ROIT, ECONOMIE, GESTION, ENVIRONNEMENT (DEGEST)
N° : ()
Rapporteur YENGUE Jean Louis,
Par Sosthène Parole MBIADJEU-LAWOU Professeur, Université de Poitiers
Spécialité : « Géographie sociale et régionale»
Rapporteur TCHAWA Paul, Professeur, Université de Yaoundé 1
« QUELLE ÉCONOMIE CIRCULAIRE SPONTANÉE POUR UNE VILLE MOYENNE
Examinatrice MORONCINI Aurore, Professeure, Université de Mons (Belgique)
CAMEROUNAISE? Le cas des déchets solides ménagers de Bangangté»
I. Thèse présentée et soutenue à Le Mans, le 08 Avril 2019
Unité de recherche : UMR-CNR 6590 Espace et Société (ESO)
Thèse N° : ()
Ȧ Monsieur FEUTHEU Jean Claude pour son soutien multiforme. Tu as toujours encouragé
les jeunes au culte de l’effort tout en leurs demandant d’abandonner les querelles intestines
qui ne peuvent que diviser les hommes. Ceci, en cultivant le « vivre ensemble » afin d’être
honoré par le Seigneur Jésus-Christ.
ii
Avant-propos
L’économie circulaire est un processus ancien de boucle que nos ancêtres ont pratiqué et que
certaines populations pratiquent spontanément encore de façon traditionnelle dans nos
bourgades. Ce processus reste visible dans certains territoires périurbains et ruraux, pour les
observateurs avertis. Lors d’un séjour d’un mois dans la ville de Bangangté en 2014, j’ai
observé un certain niveau de pauvreté, ce qui n’exclut pas que la ville de Bangangté soit
récompensé à l’échelle nationale du Cameroun du fait de sa propreté. Nous avons vu certains
habitants récupérer les déchets putrescibles issus de leurs foyers, les cendres de cuisine, les
charbons de bois pour les employer comme fumiers ou engrais biologiques dans les jardins et
les champs agricoles, et source d’énergie pour le chauffage des domiciles et des produits issus
des récoltes. Les uns creusent les fosses pour conserver les déchets ménagers tandis que
d’autres les déposent dans les fûts. Ces pratiques alternatives de proximité dans la valorisation
des putrescibles en lien fort avec la ville m’ont captivité. Une tranche d’individus a été aussi
observée (en particulier les jeunes écoliers, les élèves des enseignements secondaires et
d’autres dont l’âge est avancé) fouiller et récupérer des vieilles chaussures, de l’aluminium et
des ferrailles dans les poubelles et les ruelles des différents quartiers. Ceci est dû au fait que
certains hommes passent dans les écoles et collèges pour les acheter. En raison des impacts
sociaux, économiques et environnementaux attribués à l’exploitation des ressources
naturelles, ce qui était autrefois perçu comme un simple déchet représente désormais une
richesse potentielle pour les générations présentes et celles du futur. D’où cette
maxime : « Les poubelles des uns sont les supermarchés des autres» (entretien d’un
récupérateur, 2017). Mon intérêt pour l’économie circulaire spontanée dans une ville
moyenne africaine est donc né de ma conviction que les déchets solides ménagers ont une
valeur sous-estimée par certaines personnes et de mon désir de proposer une approche
novatrice pour accroître la fraction détournée de l’élimination.
iii
Remerciements
Je tiens tout d’abord à rendre grâce à Dieu pour m’avoir donné la sagesse et la santé à pouvoir
terminer mon mémoire de thèse.
Je dois l’aboutissement de mon travail à mes directeurs madame Yamna DJELLOULI,
Professeure émérite de Le Mans Université, enseignante-chercheure au CNRS-UMR6590
ESO et monsieur Mesmin TCHINDJANG, Professeur à l’Université de Yaoundé 1,
enseignant-chercheur au Département de Géographie. Ainsi que monsieur Mathieu
DURAND, Maître de Conférences à Le Mans Université, Laboratoire ESO qui ont accepté
d’assurer la direction de cette thèse malgré leurs nombreuses préoccupations.
Je remercie très sincèrement madame Yamna DJELLOULI pour sa générosité pour avoir
accepté de diriger cette thèse dans le cadre de la cotutelle entre Le Mans Université et
l’Université de Yaoundé 1. Je pense particulièrement à la signature du document d’aide à la
mobilité. Cette aide m’a permis d’acheter les matériels pour la collecte des données de terrain
et de réaliser mes activités de terrain. Je remercie également pour son énergie communicative,
pour avoir chaque fois facilité mon intégration et mes séjours dans la ville du Mans. Je ne me
suis jamais senti loin d’elle, malgré la distance qui nous sépare parfois (France-Cameroun),
elle a su à travers les mails et appels téléphoniques me guider, me conseiller et répondre à mes
préoccupations. Ses suggestions, son attention et sa rigueur scientifique ont considérablement
amélioré la qualité de mon travail.
Je tiens aussi à exprimer ma profonde gratitude à monsieur Mesmin TCHINDJANG, qui m’a
initié dans la recherche géographique avec la réalisation de Master en 2015 et a accepté de
diriger ce travail de thèse de doctorat, a su par sa perspicacité et son sens du travail bien fait,
me conduire vers l’essentiel et je le suis infiniment gré.
Je remercie vivement mon co-encadrant monsieur Mathieu DURAND, Maître de Conférences
à Le Mans Université, Laboratoire ESO Le Mans pour sa disponibilité, son engagement et son
suivi objectif pour rehausser la qualité de cette recherche.
Je pense également à monsieur Moise TSAYEM-DEMAZE, Professeur, enseignant-chercheur
à Le Mans Université, Laboratoire ESO pour ses remarques constructives pendant nos
différentes échanges.
Mes remerciements vont aussi à l’endroit des différents rapporteurs nommés messieurs Jean
Louis YENGUE, Professeur à l’Université de Poitiers ; Paul TCHAWA, Professeur à
l’Université de Yaoundé 1 ; madame Aurore MORONCINI, Professeure à l’Université de
Mons (Belgique) et les membres du jury qui ont bien voulu honorer de leur temps.
iv
Qu’il me soit permis de remercier tous les enseignants du département de Géographie de
Yaoundé 1 pour leurs enseignements et les conseils qu’ils nous ont apportés pendant toute
notre formation. Je pense aux Pr. Paul TCHAWA, Pr. Jean Louis NDONGMO, Pr. NGWA
NEBASSINA Emmanuel de regretté mémoire, Pr. KENGNE FODOUOP, Pr. Roger
NGOUFO, Pr. Joseph Gabriel ELONG, Pr. Benoit MOUGOUE, Pr. Maurice TSALEFAC, Pr.
Moïse MOUPOU, Pr. Armathé AMOUGOU, Pr. Samuel ABOSSOLO, Pr. YOUTA Happi,
Pr. Clément NKWEMOH, Dr. OJUKU TIAFACK, Dr. NGEH Grace, Dr. Jean Guy DZANA.
Dans le cadre de cette thèse, j’ai bénéficié d’une bourse du gouvernement Français à travers le
Service de Coopération et d’Action Culturelle (SCAC) de l’Ambassade de France à Yaoundé-
Cameroun pour avoir pris en charge mes séjours en France à travers une bourse d’études qui
m’a été accordée. Je tiens ici à saluer particulièrement madame Monique Balavoine
responsable des bourses académiques au SCAC-Cameroun pour sa diligence dans le
traitement des dossiers. Je ne saurais oublier son collaborateur monsieur Camille Leford
Attaché de coopération, Développement Durable et Environnement, qui a été intéressé par
mon thème de recherche et avec qui nous nous sommes entretenus sur ma problématique.
Je dis merci à toute la famille LAWOU, précisément à mon papa Lawou Claude, à mes sœurs
et frères Fetngo Lawou Noubeusse Annie Flore, Motfeu Lawou Doline, Nkoundjo Lawou
Ruth Claire, Keutchabia Lawou Chimène, Funke Lawou Arno Majesté, dont le soutien sans
faille m’a permis de réaliser cette thèse.
J’adresse particulièrement mes remerciements à Koudjou Talla Idocie Léocadie, fiancée
MBIADJEU-LAWOU, pour sa confiance, son soutien moral et physique au succès de cette
recherche doctorale. Que mon travail soit un miroir pour ma fille Powoui Mbiadjeu Imelda
Julie.
Ȧ l’équipe du laboratoire de Géographie, Unité Mixte de Recherche Espace et Société de Le
Mans Université en la personne de son directeur M. Billard. Que François MESSNER,
Sébastien Angonnet, Anne Sauresso et Frédérique Leguillon trouvent mes sincères
remerciements pour leur disponibilité à mon encontre.
J’adresse également mes sincères remerciements au collège doctoral de Le Mans Université à
travers son Président qui a permis de financer partiellement les travaux de terrain et d’une
dotation d’appui aux doctorants de l’Unité Mixte de Recherche Espace et Société (UMR 6590
ESO) qui a aidé à l’achat des documents liés à ma thématique.
Je remercie mes supérieurs hiérarchiques, particulièrement M. Sandjoh Rostand Vincent et
Dr. Ntoupka Mama respectivement Chef et ex-Chef de la Station Spécialisée de l’Institut de
Recherche Agricole pour le Développement (IRAD) pour le soutien, Dr Woin Noé et M.
v
Mouen Jean, respectivement Directeur Général et ex-Directeur Général Adjoint de (IRAD)
pour m’avoir régulièrement encouragé tout en m’octroyant le feu vert de mise en stage
d’études doctorales dans le cadre de mes activités de recherche.
Je dis merci au Dr. NGAMBI Jules Raymond, pour ses remarques, ses suggestions et ses
soutiens multiformes.
Lors de mes séjours en France, Yamna DJELLOULI, la famille Leveille François, KOSSONI
Patience, TSAYEM Moïse, Julie et NGAMBI Jules m’ont ouvert grand la porte de chez eux
où je passais régulièrement des moments sympathique. Je remercie également la famille
Leveille (François et Leslie) pour les merveilleux week-ends passés chez eux à Guette-loupe.
Cette chaleur et ambiance familiale et les délicieux repas de Leslie, de Patience, de Julie
m’ont mis à l’abri du stress et de la solitude. Je me suis senti comme chez moi au Cameroun
et je vous en suis très reconnaissant. Je rends aussi un vibrant hommage à Moïse, Jules et
Patience qui m’ont fait découvrir Le Mans à travers les balades qui ont abouti à des rencontres
fructueuses.
J’adresse humblement un grand merci à mes amis de promotion et frères et particulièrement à
OSIS Reinis, ORY François, TCHEKPO Sourou Enock Wilfrid, SUFFO KANKEU Richard
pour leur disponibilité et astuce dans Arc gis. Je ne saurais oublier de dire mes remerciements
à PHILIPPE Claire, MOUNVERA Simon-Pierre, LEMOUPA Cyrille, SAHA Frédéric,
RATEAU Mélanie, ESSONO MILLA Dimitri, LIBONGUI Gérald Emmanuel, LOUAIL
Amal, Ali pour l’entente, la tolérance et le dialogue qui ont prévalu entre nous dans toutes les
circonstances.
Je tiens aussi à exprimer ma reconnaissance à tous mes amis français et camerounais qui
m’ont accompagné sur le chemin fort périlleux de l’élaboration de cette thèse.
À tous ceux et celles que nous ne pouvons nommer ici et dont la participation a été
déterminante pour la réalisation de ce travail, je leur témoigne toute ma gratitude.
vi
Résumé
Pour appréhender l'économie circulaire spontanée de Bangangté, ville moyenne
camerounaise, avec le cas des déchets solides ménagers, nous avons formulé une hypothèse
principale montrant les liens forts des pratiques alternatives ou spontanées de cette gestion
avec l’économie circulaire. Pour y parvenir, nous avons adopté une approche transversale,
explicative et analytique. Des recherches documentaires nous ont permis d’obtenir des
données relatives à notre problématique. Sur la base d’un échantillonnage aléatoire, nous
avons enquêtés 200 ménages dans 10 quartiers de la ville de Bangangté. De plus, nous avons
réalisé 30 entretiens avec plusieurs acteurs : administration publique en charge de la gestion
des déchets, entreprise Hygiène et Salubrité du Cameroun (HYSACAM), récupérateurs,
emplois verts, association, etc. Des observations empiriques, souvent illustrées nous ont
permis d’identifier et d’évaluer les facteurs de risques et les conséquences liés aux déchets
solides ménagers. Nous avons pu suivre les activités de valorisation par les bangangtéens et la
municipalité, pour une gestion efficace et rentable des déchets. Cette démarche nous a permis
d’obtenir des résultats sur la caractérisation des déchets, les pratiques courantes, les filières de
l’Économie Circulaire (EC) et la réalisation de la cartographie des gisements et composition
des déchets, leur répartition par quantités et par quartiers, les sites de transformation et de
vente des matières de récupération et de recyclage. La connaissance des différentes
perceptions et modes d’utilisation des Déchets Solides Ménagers (DSM) sont aussi
importants. À Bangangté, la pratique de l’économie circulaire de proximité a eu des
conséquences socio-économiques positives et a généré plus d’une centaine d’emplois, à
l’échelle locale, dans le domaine de la récupération, des activités de recyclage, de
compostage, de réemploi… Pour aller plus loin, la mutualisation entre plusieurs acteurs du
territoire permettrait de pérenniser cette pratique et de répondre à plus de durabilité. La mise
au programme scolaire et universitaire des filières de l’aménagement du territoire et
d’économie circulaire.
Mots clés : Économie circulaire, gestion des déchets solides ménagers, pratiques alternatives
ou spontanées, proximité ou échelle, Bangangté
vii
Abstract
To understand the spontaneous circular economy of Bangangte, a Cameroonian medium-sized
city, with the case of household solid waste, we formulate a main hypothesis, showing the
strongly linked that alternative or spontaneous practices for managing to the circular
economy. To achieve this, we have adopted a transversal, explanatory and analytical
approach. Documentary research permitted us to obtain data related to our topic. Based on a
random sample, we surveyed 200 households in 10 neighbourhoods or quarters in Bangangte
city. In addition, we conducted 30 interviews with several stakeholders : public administration
in charge of waste management, company of Cameroon Sanitary and Hygene (HYSACAM),
reclaimers, green jobs, association, etc. Empirical observations, often illustrated, allowed us to
identify and assess the risk factors and consequences related to solid household waste. We
were able to monitor the recovery activities by the people of Bangangte or ‘Bangangteans’
and the municipality, for the efficient and profitable waste management. This approach has
enabled us to obtain results on waste characterization, current practices and the mapping of
waste deposits and compostion, their distribution by quantity and neighbourhood, and the
processing and sale sites for recovery and recycling materials. Knowledge of the different
perceptions and ways of using solid waste management is also taken in to consideration. In
Bangangte, the practice of the local circular economy has had positive socio-economic and
has generated more than a hundred local jobs in the field of recovery, recycling activities,
composting, reuse, etc. to go further, the mutualization between several actors. The inclusion
in the school and university curricula of waste engineering or land use planning and circular
economy sectors.
Keywords: Circular economy, solid household waste management, spontaneous or alternative
practices, proximity or scale, Bangangte
viii
Sommaire
Dédicace ..................................................................................................................................... ii
Avant-propos ............................................................................................................................. iii
Remerciements .......................................................................................................................... iv
Résumé ..................................................................................................................................... vii
Abstract ................................................................................................................................... viii
Sommaire .................................................................................................................................. ix
Liste des tableaux ..................................................................................................................... xii
Liste de figures ........................................................................................................................ xiii
Liste des schémas .................................................................................................................... xiv
Liste des photos ........................................................................................................................ xv
Listes des planches .................................................................................................................. xvi
Listes des encadrés ................................................................................................................. xvii
Sigles et acronymes ............................................................................................................... xviii
INTRODUCTION GÉNÉRALE ............................................................................................ 1
1. Contextualisation et justification du choix du sujet ........................................................ 2
2. Intérêts de la recherche .................................................................................................... 5
3. Problématisation et questionnement de recherche : interrogation sur le rôle des acteurs
dans la gestion des déchets ......................................................................................................... 6
4. Objectifs de recherche : comprendre les pratiques de gestion des déchets ..................... 7
5. Hypothèses de recherche : Bangangté fait-elle de l’économie circulaire sans le savoir? 8
6. La scientificité historique et géographique de la gestion des déchets solides ménagers 9
7. Approche méthodologique et matériels utilisés pour la collecte des données .............. 11
8. Quelques difficultés rencontrées ................................................................................... 16
9. Organisation synoptique de la thèse .............................................................................. 16
10. Structuration du travail autour de l’économie circulaire spontanée des déchets solides
ménagers de Bangangté ............................................................................................................ 20
PREMIÈRE PARTIE : CONCEPTUALISATION, THÉORISATION ET
TERRITORIALISATION DE L’ÉTUDE ........................................................................... 21
CHAPITRE 1 : CADRE CONCEPTUEL ET THÉORIQUE : les déchets, une analyse par les
sciences sociales ....................................................................................................................... 22
Introduction .............................................................................................................................. 23
1. Les déchets dans le cadre conceptuel ............................................................................ 23
2. Les déchets vus sous l’angle théorique ......................................................................... 46
Conclusion au chapitre 1 .......................................................................................................... 51
CHAPITRE 2 : BANGANGTÉ, UNE VILLE MOYENNE EN MUTATION ....................... 52
ix
Introduction .............................................................................................................................. 53
1. La présentation spatio-temporelle de Bangangté ................................................................. 54
2. Présentation économique et administrative .......................................................................... 63
3. Morphologie physique de Bangangté ................................................................................... 65
4. La morphologie humaine de Bangangté : le constat d’inégalités sociales .......................... 71
5. Les déchets et l’environnement de Bangangté ..................................................................... 82
Conclusion au chapitre 2 .......................................................................................................... 86
Conclusion partielle de la première partie ................................................................................ 88
DEUXIÈME PARTIE : GESTION DES DÉCHETS MÉNAGERS ET LOGIQUE DES
ACTEURS À BANGANGTÉ (CAMEROUN) .................................................................... 89
CHAPITRE 3 : GESTION INSTITUTIONNELLE ET JURIDIQUE DES DÉCHETS
MENAGERS À BANGANGTÉ (CAMEROUN): UNE RÉPARTITION COMPLEXE DES
ROLES ENTRE LES ACTEURS ............................................................................................ 90
Introduction .............................................................................................................................. 91
1. Diagnostic du mode de gestion des déchets solides ménagers dans la ville de Bangangté
(Cameroun) : de la stratégie nationale de la gestion des déchets survenue au lendemain des
conférences internationales ...................................................................................................... 91
2. Réglementation en vigueur au Cameroun en matière de gestion des déchets solides
ménagers................................................................................................................................... 95
3. Les principaux acteurs de la gestion des déchets et leurs logiques .................................... 103
Conclusion au chapitre 3 ........................................................................................................ 114
CHAPITRE 4 : PRODUCTION ET CARACTÉRISATION DES DÉCHETS SOLIDES
MÉNAGERS Ȧ BANGANGTÉ ............................................................................................ 115
Introduction ............................................................................................................................ 116
1. Les sources de production des déchets solides ménagers .................................................. 116
2. La caractérisation des déchets ménagers à Bangangté ...................................................... 121
Conclusion au chapitre 4 ........................................................................................................ 140
CHAPITRE 5 : SYSTÈME DE GESTION DES DÉCHETS MÉNAGERS Ȧ BANGANGTÉ
................................................................................................................................................ 141
Introduction ............................................................................................................................ 142
1. Le mode de gestion pour les déchets à Bangangté : de la régie à la délégation ou avec
prestation de service (1937 à 2018) ........................................................................................ 142
2. Les étapes de la gestion des déchets ménagers : apport volontaire, collecte, transport et
décharge/enfouissement à flux difficile ................................................................................. 150
3. Taux de collecte officiel dans la moyenne d’autres villes africaines ................................. 166
4. Les conséquences environnementales et sanitaires liées aux déchets solides ménagers à
Bangangté ............................................................................................................................... 169
Conclusion au chapitre 5 ........................................................................................................ 182
Conclusion partielle de la deuxième partie ............................................................................ 183
x
TROISIÈME PARTIE : INNOVATIONS DANS LES PRATIQUES DE GESTION DES
DÉCHETS DANS UNE PERSPECTIVE D’ÉCONOMIE CIRCULAIRE ? ................. 184
CHAPITRE 6: INNOVATIONS OU ADAPTATIONS : LES PRATIQUES
ALTERNATIVES DE LA GESTION DES DÉCHETS MÉNAGERS EN LIEN AVEC
L’ÉCONOMIE CIRCULAIRE Ȧ BANGANGTÉ ................................................................ 185
Introduction ............................................................................................................................ 186
1. Le fonctionnement du secteur informel : un système organisationnel peu structuré mais
innovant .................................................................................................................................. 186
2. Les systèmes de production : une économie circulaire spontanée des déchets dans une
ville moyenne en quête d’une grande productivité agricole................................................... 209
Conclusion au chapitre 6 ........................................................................................................ 220
CHAPITRE 7 : CONDITIONS D’UNE ÉCONOMIE CIRCULAIRE AUTHENTIQUE Ȧ
BANGANGTÉ (CAMEROUN) ............................................................................................ 221
Introduction ............................................................................................................................ 222
1. Perspectives pour des évolutions territoriales des filières de déchets ................................ 222
2. Des idées et des leviers clés pour les décideurs ................................................................. 229
Conclusion au chapitre 7 ........................................................................................................ 239
Conclusion partielle de la troisième partie ............................................................................. 240
CONCLUSION GÉNÉRALE ............................................................................................. 242
REFÉRENCES BIBLIOGRAPHIES ..................................................................................... 251
ANNEXES ............................................................................................................................. 271
TABLE DES MATIÈRES ..................................................................................................... 288
xi
Liste des tableaux
xii
Liste de figures
Figure 1: Perception de l’économie circulaire par les populations de Bangangté ................... 43
Figure 2 : Localisation de la ville de Bangangté au Cameroun ............................................... 56
Figure 3 : Carte des limites administratives de la ville de Bangangté ..................................... 60
Figure 4 : Évolution de la population de Bangangté de 1930 à 2015 ...................................... 61
Figure 5 : Provenance des populations présentes à Bangangté ................................................ 63
Figure 6 : Répartition des activités des enquêtés ..................................................................... 63
Figure 7 : Inégale répartition des niveaux d’étude des enquêtés .............................................. 65
Figure 8 : Carte orographique de Bangangté............................................................................ 66
Figure 9 : Diagramme ombrothermique de Bangangté (1993) ................................................ 68
Figure 10 : Variation des pluies par rapport à la moyenne de Bangangté (1993 à 2011) ........ 69
Figure 11 : Répartition spatiale du nombre de la population de Bangangté ............................ 76
Figure 12 : Répartition des quartiers enquêtés de Bangangté .................................................. 76
Figure 13 : Description du type d’habitat en fonction des enquêtés ........................................ 81
Figure 14 : Carte de la typologie des quartiers de la ville de Bangangté ................................. 81
Figure 15 : Taille des ménages enquêtés ................................................................................ 119
Figure 16 : Ancienneté des ménages ...................................................................................... 119
Figure 17 : Durée de résidence dans les quartiers .................................................................. 120
Figure 18 : Caractérisation par taille et par catégorie des DM du quartier 8 spontané .......... 128
Figure 19 : Habitats de types spontanés (4 et 8) .................................................................... 129
Figure 20 : Quartiers à habitats périphériques........................................................................ 129
Figure 21 : Quartiers à habitats moyens standing .................................................................. 130
Figure 22 : Quartiers à habitats hauts standing ...................................................................... 131
Figure 23 : Synthèse de gisements des déchets à Bangangté issue de la caractérisation ....... 132
Figure 24 : Synthèse des caractérisations de gisement des déchets ménagers à Bangangté .. 133
Figure 25 : Représentation des déchets bruts ......................................................................... 134
Figure 26 : Variation par quartiers ou type d’habitat de la composition des déchets (en % de la
masse humide) ................................................................................................................ 135
Figure 27 : Répartition des déchets solides ménagers par quantité (kg) dans les quartiers
enquetés........................................................................................................................... 137
Figure 28 : Modes d’évacuation des déchets ménagers ......................................................... 138
Figure 29 : Perception sur le tri des déchets ménagers à Bangangté ..................................... 139
Figure 30 : Prestation de service de la gestion des déchets dans les villes du Cameroun ...... 144
Figure 31 : Carte des sites d’intervention aux services HYSACAM ..................................... 147
xiii
Figure 32 : Responsables des activités de collectes des ordures dans les ménages à Bangangté
......................................................................................................................................... 153
Figure 33 : Modes d’évacuation des déchets ménagers ......................................................... 157
Figure 34 : Satisfaction des ménages de Bangangté .............................................................. 157
Figure 35 : Cause de l’insatisfaction ...................................................................................... 157
Figure 36 : Carte de dépôts de déchets à Bangangté .............................................................. 158
Figure 37 : Carte de flux des déchets ménagers du centre-urbain vers la décharge municipale
......................................................................................................................................... 163
Figure 38 : Distances qui séparent les dépotoirs des ménages ............................................... 170
Figure 39 : Répartition des maladies d’origine hydrique liée aux déchets dans la ville de
Bangangté et ses environs (données cliniques 2012 in Nya 2014) ................................. 179
Figure 40 : Évolution des maladies hygiéniques par saison à Bangangté .............................. 181
Figure 41 : Trajet des ressources recyclables métalliques des villes camerounaises vers l’Asie
......................................................................................................................................... 193
Figure 42 : Modes d’usages des ressources dans les habitats hauts standing (HS)................ 199
Figure 43 : Taux d’emploi des ressources dans les quartiers à habitats moyens standing (MH)
......................................................................................................................................... 199
Figure 44 : Taux d’emploi des ressources dans les quartiers à habitats spontanés ................ 200
Figure 45 : Taux d’emploi des ressources dans les quartiers périphériques .......................... 200
Figure 46 : Carte des sites de vente des matières recyclables ................................................ 201
Figure 47 : Destination des OM après usage .......................................................................... 216
Figure 48 : carte du site de transformation des plastiques recyclés en pavés ........................ 234
xiv
Schéma 9 : Filières actuelles de l’économie circulaire à Bangangté ..................................... 207
Schéma 10 : Réemploi des déchets ménagers à Bangangté ................................................... 208
Schéma 11 : Processus de valorisation de la biomasse en charbon écologique ..................... 238
xv
Listes des planches
xvii
Sigles et acronymes
xviii
FMI : Fonds Monétaire International
GDSM : Gestion des Déchets Solides Ménagers
GIC : Groupements d’Intérêts Communautaires/Groupe d’Initiative
Communale
GPS : Global Positioning System
Hbt : Habitant
HYSACAM : Hygiène et Salubrité au Cameroun
INC : Institut National de la Cartographie
IRAD : Institut de Recherche Agricole pour le Développement
JERSIC : Journées d’Excellence de la Recherche Scientifique et de l’Innovation
au Cameroun
MEEM : Ministère de l’Environnement, de l’Énergie et de la Mer
MFAE : Ministère Française des Affaires Étrangères
MDP : Mécanisme du Développement Propre
MINATD : Ministère de l’Administration Territoriale et de la Décentralisation
MINDCAF : Ministère du Domaine, du Cadastre et des Affaires Foncières
MINDDELEV : Ministère de la Décentralisation et du Développement Local
MINFI : Ministère des Finances
MINHDU : Ministère de l’Habitat et du Développement Urbain
MINEE : Ministère de l’Eau et de l’Énergie
MINEPDED : Ministère de l’Environnement, de la Protection de la Nature et
Développement Durable
MINRESI : Ministère de la Recherche Scientifique et de l’Innovation
MINSANTE : Ministère de la Santé
MINTSS : Ministère du Travail et de la Sécurité Sociale
MODEAB : Maitrise d’Ouvrage Durable de l’Eau et Assainissement à Bangangté
MST : Maladie Sexuellement Transmissible
NTIC : Nouvelles Techniques d’Information et de la Communication
OCDE : Organisation de la Coopération et du Développement Économique
OM : Ordures Ménagères
ONG : Organisations Non Gouvernementales
PCS : Pouvoir Calorifique Supérieur
PCDB : Plan Communal de Développement de Bangangté
PDC : Plan de Développement Communal
xix
PDF : Portable Document Format
PDM : Partenariat pour le Développement Municipal
PDUL : Plan de Développement Urbain Local
PED : Pays en Développement
PNDP : Programme National de Développement Participatif
PNGE : Plan National de Gestion de l’Environnement
PS-Eau : Programme Solidarité Eau
PVD : Pays en Voie de Développement
RED PASTIC : Recyclage des Déchets Pastiques
REP : Responsabilité Élargie du Producteur
RGPH : Recensement Général de la Population et de l’Habitat
SARL : Société Anonyme à Responsabilité Limitée
SCAM : Salubrité du Cameroun
SGDSU : Système de Gestion des Déchets Solides Urbains
SNGD : Stratégie Nationale de la Gestion des Déchets
SIDA : Syndrome d’Immuno Déficience Acquise
SIG : Système d’Information Géographique
SPSS : Statistical Package for Social Sciences
SYCRAF : Synergie de création d’Affaires
SYNETMEFCAM : Syndicat National des Travailleurs pour l’Environnement et
l’Exploitation des métaux et Déchets Ferreux et Non Ferreux du Cameroun
TEOM : Taxe d’Enlèvement des Ordures Ménagères
UE : Union Européenne
UMR : Unité Mixte de Recherche
UY1 : Université de Yaoundé 1
XAF : Code qui signifie « franc de la Coopération Financière en Afrique
Centrale (FCFA) »
xx
INTRODUCTION GÉNÉRALE
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1. Contextualisation et justification du choix du sujet
Contextualisation de l’étude : l’environnement social et économique
Au début du XXème siècle, l’urbanisation très rapide est caractéristique du continent africain
contrairement au continent européen et nord-américain qui ont vu leur transition urbaine
s’étaler, plus lentement, sur plusieurs décennies (Noupadja, 2011). Elle a entraîné un
ensemble de problèmes inhérents aux espaces urbains. Les villes de l’Afrique subsaharienne,
s’inscrivant de manière générale dans cette dynamique, n’ont pas pu adapter leurs
infrastructures et leurs structures de gestion aux nouvelles réalités urbaines (Mabou, 2013 ;
Jaglin et al, 2018). Des besoins fondamentaux tels que la fourniture des services sociaux de
base comme l’éducation et la santé, et des commodités urbaines telles que l’alimentation en
eau potable, l’assainissement et la gestion des déchets n’ont pas pu être assurés aux
populations (Diawara, 2010 ; Noupadja, 2011 ; Mabou, 2013). On pense en particulier à
certaines ressources dont la gestion pose aux communes des défis particulièrement aigus en
termes d’impacts écologiques, d’équilibre économique et d’équité sociale : la distribution de
l’eau, l’assainissement, l’utilisation du sol, la gestion de l’énergie et surtout la gestion des
déchets solides ménagers (Leresche et al, 2006 in Mabou, 2013).
La densification des villes du Cameroun s’accompagne d’une augmentation importante de la
production des déchets. L’essentiel de ces déchets sont abandonnés dans la nature sans tri
préalable (MINEPDED, 2016). Au mieux, ils sont parfois enfouis dans quelques décharges
existantes (contrôlées ou sauvages) ou recyclés par des acteurs informels. En outre, les
habitudes des consommateurs et des producteurs ne prennent pas en compte les piliers du
développement durable qui visent à réduire, à réutiliser, puis à recycler et à valoriser les
déchets afin de réduire leur impact environnemental. Le «développement durable » est, selon
la Commission mondiale sur l’environnement et le développement dans le Rapport
Brundtland en 1987 : « un développement qui répond aux besoins des générations du présent
sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs ». La gestion
durable des déchets voudrait donc dire une utilisation rationnelle des ressources et la
réduction de volume de rebuts produits par différents acteurs.
Dans l’optique de capitaliser ces orientations, il paraît opportun d’envisager le développement
de ces activités, selon un modèle économique qui promeut l’utilisation efficace des
ressources. L’économie des déchets représente un marché potentiel susceptible de contribuer
efficacement à l’économie des ressources, à l’amélioration des revenus des populations, à la
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création d’emplois, à la préservation de l’environnement et de la santé (MINEPDED, 2016 ;
Jaglin et al, 2018).
La gestion des déchets est présentée par la plupart des magistrats municipaux comme la plus
importante difficulté à laquelle peut faire face le gestionnaire des Collectivités Territoriales
Décentralisées (CTD) aujourd’hui. En effet, la concentration des hommes et des activités en
milieu urbain a généré un ensemble de difficultés liées à la gouvernance des déchets, elle-
même conséquente d’une consommation de plus en plus croissante de produits industriels.
Les gouvernements des États se sont montrés faibles face à ce problème. Au fil des années,
l’immense majorité des pays africains s’est retrouvée dans l’incapacité de définir des options
de gouvernance capables de gérer rationnellement les déchets. Les uns incriminent l’absence
de volonté politique au sein de l’appareil étatique, qui ne tient toujours pas compte du besoin
de créer de meilleures conditions de vie pour les populations tandis que d’autres jettent leur
dévolu sur l’ignorance des gouvernants quant à la nécessité de la préservation de
l’environnement urbain.
Au Cameroun, le problème de la gestion des déchets s’est globalement compliqué au cours
des deux dernières décennies (1998-2018) avec la croissance démographique accélérée des
principaux centres urbains et leurs consommations, tels Douala, Yaoundé, Bafoussam, ainsi
que certaines villes secondaires à l’instar de Dschang, Mbalmayo, Édéa, Garoua et Bangangté
(Kengne et al, 2000). La question de la gestion des déchets à la fois préoccupante et
complexe, amène les autorités publiques à repenser leurs stratégies de manière à les rendre
plus efficaces. Raison pour laquelle le Gouvernement camerounais à travers le Ministère de
l’Environnement, de la Protection de la Nature et du Développement Durable (MINEPDED) a
organisé les premières Assises Nationales des Déchets (AND) des 27 et 28 avril 2016 dans le
but de mettre en place une plate-forme de dialogue, de sensibilisation et de gestion efficiente
des déchets pouvant conduire vers une économie circulaire. Ceci serait bénéfique pour un
pays en quête d’une émergence économique pour 2035, telle que les prônes le Président de la
République camerounaise, Monsieur Paul BIYA (MINEPDED, 2016).
Si à Douala, Yaoundé et Bafoussam, des mesures importantes (les contrats tripartites entre
l’institution publique, certaines municipalités et la société HYSACAM en charge du
ramassage des déchets) ont été prises pour évacuer hors des centres villes et des quartiers
d’affaires les déchets notamment produits par les ménages, il n’en demeure pas moins que ces
politiques n’ont pas nécessairement tenu compte de l’impact environnemental des actions
menées sur les zones périphériques : Gouhier, (2000), Tchuikoua (2010), Durand (2010),
Noupadja (2011), Ngambi (2015), Mbiadjeu-Lawou (2015).
3
Bangangté est une ville moyenne marquée par des difficultés dans son mode de gestion des
déchets ménagers. Ce territoire est caractérisé par une population dense et hétérogène dont les
principales activités sont l’agriculture, le commerce et les services. Face à la très forte
croissance démographique à laquelle s’ajoute la mise en place de nouvelles structures
institutionnelles (création de l’Université des Montagnes, des Instituts supérieurs, des
entreprises, etc.), sa capacité à gérer durablement et efficacement les déchets s’en trouve
dépassée. Les populations autant que la société civile se trouvent s’impliquées davantage dans
la recherche de solutions appropriées à la gestion des déchets ménagers. La construction des
toilettes écologiques, l’organisation des concours des quartiers les plus propres, la collecte des
ordures, la sensibilisation des populations sur la gestion environnementale, etc. sont des
pratiques de développement local que la mairie a mis en place et lui ont permis de gagner des
prix à l’échelle nationale et internationale. Ces pratiques justifient aussi notre choix de la ville
de Bangangté.
De ce fait, notre recherche vise à montrer en quoi les pratiques alternatives ou spontanées,
correspondant à des modes de vie spécifiques aux villes moyennes africaines, permettent
implicitement de contribuer de manière efficiente à la gestion des déchets solides ménagers.
Nous supposons alors qu’une ville moyenne, ayant une forte interaction avec les milieux
naturels et agricoles avoisinants, peut avoir certaines facilités à mettre en œuvre une gestion
de proximité de ses déchets. Face à ces pratiques alternatives, les déchets solides ménagers ne
sont plus uniquement considérés comme des rebuts mais comme des matières de récupération,
pouvant entrer dans un circuit économique. D’où la maxime : « Il y’a de l’or dans nos
poubelles ».
Justification de notre recherche
Différents éléments permettent de justifier le choix de la ville de Bangangté dans le cadre de
notre recherche. D’abord, certaines grandes et moyennes villes du Cameroun ont été étudiées
dans le cadre de la gestion des déchets alors que les villes moins peuplées, en pleine
croissance urbaine demeurent moins explorées en la matière. Ensuite, les modes de gestion
des déchets, les caractéristiques de l’espace urbain, peuvent offrir des potentiels importants en
termes de gestion des déchets organiques par exemple, comme le compostage, mais aussi les
tas de fumiers au fond du jardin. Par ailleurs certains déchets valorisables (plastiques, papiers,
cartons, ferrailles, aluminiums, verres), sont récupérés localement mais nécessitent d’être
traités dans les grandes villes (exemple Douala) ou exportés à l’international.
Toutefois, le service de gestion des déchets solides ménagers se trouve défaillant dans son
organisation, dans la mesure où l’ensemble du système est remis en question, notamment
4
parce que la collecte se heurte à des difficultés multiples (insuffisance d’emplois, de matériels
roulants et de moyens financiers). Or, l’engagement des populations à lutter contre
l’insalubrité à travers « les journées de propreté » organisées par les chefs de quartiers tous les
jeudis, et la construction des toilettes écologiques a permis que Bangangté soit reconnue
comme « ville propre » à l’échelle nationale camerounaise (Rapport FEICOM, 2011, 2018).
Enfin, la commune de Bangangté, un territoire majoritairement rurbain pauvre et en quête de
terres arables, les habitants ne jettent pas tous les déchets dans les bacs à ordures. Ils
réutilisent une part importante de leurs déchets, notamment les putrescibles qui représentent
46% de gisements, à des fins agricoles.
2. Intérêts de la recherche
La présente étude intitulée : « Quelle économie circulaire spontanée pour une ville
moyenne camerounaise? Le cas des déchets solides ménagers de Bangangté
(Cameroun)» présente un intérêt à la fois scientifique et pratique.
Intérêt scientifique de notre recherche
Ce travail se propose de montrer que l’on peut avoir une économie circulaire aux formes
spécifiques dans une ville moyenne camerounaise. On peut observer les potentiels
économiques des ressources issues de la caractérisation des déchets solides ménagers restés
inconnus dans la ville de Bangangté. Les zones urbaines et rurales qui la jouxtent, produisent
des déchets solides ménagers avec des potentiels valorisables aussi bien organiques, que
plastiques (PET), cartons, papiers que métaux. Les spécificités de cette ville permettent
d’avoir des pratiques différentes de celles des grandes métropoles africaines. Les liens forts
entre ces espaces et les espaces ruraux permettent aux populations, à partir de pratiques
spontanées mises en place, de diminuer le tonnage des déchets ménagers notamment en
valorisant les déchets putrescibles pour des activités agricoles. Notre travail élargit aussi le
champ de réflexion sur la mise en place de l’économie circulaire, particulièrement au niveau
du territoire.
Intérêt pratique à une gestion des déchets ménagers
Cette recherche s’inscrit dans les préoccupations majeures et actuelles de la Géographie
Appliquée. Elle a pour avantage d’offrir une base de données d’ordre institutionnel,
quantitative, schématique et caractéristique du dynamisme positif ou négatif de la ville de
Bangangté en termes de gestion de ses déchets. Elle formule aussi quelques nouvelles
propositions ou perspectives aux acteurs en charge de la gestion des déchets qui envisagent de
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contribuer au développement de la ville à travers la valorisation économique et écologique des
déchets.
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rejet des déchets ont un lien avec l’économie circulaire. Il est question de comprendre les
sources de production des déchets ménagers et leurs caractéristiques dans le milieu périurbain
de Bangangté. Cela amène à analyser également les modes de gestion des déchets par les
acteurs concernés (institutionnels, de financement, entreprises semi-privée, etc.) et voir
comment se traduisent sur le terrain, les engagements théoriques et la réglementation. Sachant
que ces activités économiques devraient créer des emplois et répondre aux besoins des
populations locales. Quelques objectifs spécifiques encadrent cette recherche (OS).
OS1 : L’objectif spécifique premier vise à comprendre dans notre travail le sens des concepts
de déchets solides ménagers, gestion des déchets, proximité ou échelle, économie circulaire et
la présentation de Bangangté, territoire dans lequel s’insèrent et se développe les activités de
gestion des déchets solides ménagers.
OS2 : Le second objectif spécifique est d’identifier et d’analyser les sources de production et
les caractéristiques des déchets solides ménagers dans la ville de Bangangté, de relever les
modes de gestion ainsi que la logique des acteurs.
OS3 : Le troisième consiste à identifier les pratiques adaptatives ou innovantes en matière des
déchets ménagers et leur contribution possible à une mise en place d’une économie circulaire
au sein des collectivités territoriales décentralisées.
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HS2 : La production des déchets solides ménagers à Bangangté peut avoir plusieurs sources
aux caractéristiques variées. Le service public de la gestion des déchets solides s’avère
défaillant dans la ville de Bangangté. Les modes d’élimination des déchets solides ménagers
par la population locale amplifient parfois les menaces environnementales et sanitaires
(dépôts sauvages) à Bangangté.
HS3 : L’adoption des pratiques alternatives de gestion de déchets (déchets valorisables) à
proximité dans la ville de Bangangté peut susciter les opportunités socio-économiques et
environnementales tout en facilitant un changement de paradigme.
Notre méthodologie s’est appuyée sur deux principales démarches. Il s’agit d’une part de la
méthode empirico-inductive basée sur des observations directes et d’autre part de la méthode
hypothético-déductive, qui guide notre processus de sondage et d’enquêtes, à partir des
questionnements préalables. Cette démarche méthodologique s’est appuyée sur les méthodes
de collecte et de traitement des informations collectées sur le terrain.
La recherche documentaire
La première phase qui est la recherche documentaire a consisté en l’exploitation des
documents et travaux qui ont été effectués antérieurement dans le domaine de notre
thématique de recherche. Dans cette ville nous avons aussi fait recours aux documents de
l’ONG ERA-CAMEROUN de Bangangté en Janvier 2016 dont l’objectif est basé sur le
conseil sur la gestion durable des déchets solides. Ensuite, les documents de la Mairie, de la
Délégation Départementale (D-D) du MINHDU et de celle du MINEPDED de Bangangté
nous ont permis de voir les techniques dont ils disposent. À Yaoundé, on a également exploité
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la documentation de la bibliothèque centrale de la Faculté des Arts, Lettres et Sciences
Humaines (FALSH) et celle du Département de Géographie de l’Université de Yaoundé I
(UYI). Il en est de même du Département de Géographie de l’École Normale Supérieure
(ENS), des ministères et/ou délégations de tutelles dans la gestion des déchets au Cameroun.
Cette recherche documentaire a consisté également en la collecte des informations de
plusieurs sources locales (sur la ville de Bangangté), nationales (exploitation des travaux
effectués dans d’autres villes du Cameroun), et internationales. La Communauté Urbaine de
Bafoussam et la société HYSACAM ont été sollicitées pour l’acquisition des informations
quantitatives, qualitatives et cartographiques (fonds de carte, photographies aériennes).
Malheureusement, nous n’avons eu aucune donnée à la communauté urbaine de Bafoussam et
à l’agence générale HYSACAM de Bafoussam.
Au niveau de Le Mans Université, en France, on a consulté des données documentaires à la
bibliothèque du Laboratoire de Géographie Espaces et Sociétés (ESO), UMR 6590 CNRS et à
la bibliothèque universitaire. Nous-nous sommes aussi initiés à une formation en techniques
cartographiques (utilisations des logiciels Arc gis, Map info, openMapStreet). Par ailleurs,
nous avons profité pour réaliser, avec les Masters en Ingénierie de Déchets et Économie
Circulaire (MIDDEC) de Le Mans Université, les visites de quelques déchetteries (Le Mans
Centre, Ruandin), les entreprises de l’incinération (USOM) et de la valorisation (Valor Pole
72) nous ont montré la gestion des déchets dans les pays développés.
La recherche documentaire nous a permis d’enrichir nos connaissances et nous a aidés à
établir un cadre théorique et conceptuel de notre recherche. Dans cette logique, il a été
question de privilégier des ouvrages généraux, des ouvrages spécifiques, des mémoires et des
thèses, des articles, des communications des différents colloques et assises, des rapports
d’études, des dictionnaires, etc.
La recherche électronique
L’internet a eu une importance particulière dans notre recherche documentaire ayant trait à
l’économie circulaire et les déchets solides ménagers. Après l’obtention d’une inscription
dans les deux universités (Yaoundé 1 et Le Mans), cet outil de travail, devenu incontournable
à la limite pour la recherche, est gratuitement mis à notre disposition dans la salle de la
documentation du Département de Géographie de l’Université de Yaoundé 1 (UY1), au
Laboratoire de Géographie Espace et Société (ESO). Les documents téléchargés au
Laboratoire ESO et l’Espace Numérique de Travail (ENT) de Le Mans Université nous ont
beaucoup aidés. Il en a été aussi des cyber-cafés des différents milieux où je me suis retrouvé
pour effectuer des recherches numériques ainsi qu’au Ministère de la Recherche Scientifique
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et de l’Innovation à Yaoundé (MINRESI). Des informations trouvées ont été tout simplement
téléchargées soit sur la forme numérique, soit des impressions sur format analogique. Cette
recherche documentaire a été effectuée tout au long de la rédaction de cette thèse. Les moteurs
de recherche ont permis d’accéder à des bibliothèques virtuelles et à plusieurs travaux de
recherche en ligne. Les données et informations obtenues ont enrichi notre recherche. Toutes
ces productions scientifiques consultées et exploitées ont élargi notre champ de recherche. Ce
qui a également permis de maîtriser notre problématique de recherche en faisant des liens
avec les autres sciences sociales comme la sociologie.
La collecte des données primaires quantitatives
Pour atteindre notre objectif, plusieurs techniques sont employées.
Pré-enquête
Dans l’optique de mieux appréhender la pré-enquête, nous avons réalisé un échantillonnage
qui est bien développé (détaillé) dans le chapitre 2.
La première sortie de prospection de deux jours s’est effectuée (du 08 au 09 Avril 2016) dans
le but d’affirmer ou d’infirmer les modes de gestion des déchets ménagers ainsi que les
pratiques alternatives mis en place par la population locale, de tester le questionnaire, de
mieux circonscrire le territoire d’étude en fonction des objectifs qui ont été fixés afin de nous
imprégner des problèmes auxquels font face les populations locales en matière de gestion des
déchets. En outre, des prises de vue sont réalisées dans l’optique d’illustrer les faits saillants.
Echantillonnage
Nous avons adopté un échantillonnage aléatoire où nous avons enquêté 200 ménages. Cette
technique est plus détaillée dans le chapitre 2. Ces questionnaires sont en annexe 5 du travail.
Questionnaires
En sciences sociales et humaines, les questionnaires sont l’un des outils les plus employés
pour atteindre le but de la recherche, surtout lorsque les données n’existent pas.
- Enquêtes de terrain et prise de vue
Il a été question de procéder à une enquête par questionnaire, car, c’est l’outil qui a permis de
collecter les données afin de comprendre et d’analyser les opinions dans cette phase de travail.
De ce fait, à travers ces questionnaires nous avons fait un état des lieux, inventorié les
conséquences environnementales. À cet effet, nous avons obtenu des informations qui nous
ont facilité le choix de prise de vue. Ces sorties nous ont permis de connaitre les mutations
socio-économiques, culturelles et spatiales en cours sur le territoire. Cette observation
combinée à la connaissance de la ville de Bangangté, a été d’un grand apport dans
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l’identification des personnes ressources, à même de nous donner des informations fiables sur
des aspects précis de notre recherche.
- Mode d'administration du questionnaire
Dans l'optique d'obtenir des informations fiables, nous avons choisi le mode d'administration
direct pour notre questionnaire. Ainsi, les chefs de ménages ou leurs épouses, les jeunes dont
l’âge est compris entre 20 ans et plus, ont constitué notre cible. La méthode directe consiste à
administrer directement le questionnaire aux personnes concernées par l’étude. Nous avons
fait des sorties de terrain pour administrer le questionnaire aux personnes cibles et pris le soin
d'expliquer les questions et de clarifier à chaque fois, les principaux objectifs de notre
recherche à nos enquêtés, afin que l'information ne soit pas biaisée. Pour les enquêtés ayant
des difficultés de lecture, nous leur avons traduit les questions en langue locale « Medumba »
lors de l'administration du questionnaire. Il s’agissait entre autres de cerner les actions des
habitants et leurs perceptions des déchets, d’identifier des inégalités environnementales et les
modes de gestion des déchets dans les différents milieux socioéconomiques, etc. Le
questionnaire est un élément fondamental pour la collecte des données quantitatives sur le
terrain. Nous avons réalisé 200 questionnaires.
- Codification et dépouillement du questionnaire
L'étape de la codification et du dépouillement du questionnaire, préalable à l'analyse
statistique, est une grande partie du travail de traitement des données recueillies sur le terrain.
Après la confection du questionnaire, il a été question de créer une banque de données
codifiées pour les questions tout en prévoyant des espaces modifiables après la collecte du
questionnaire. Une fois l'ensemble des questionnaires collectés, nous les avons recodifié afin
de prendre en considération les réponses des enquêtés qui n’ont pas été prévues. La
codification dépend du type d'information que nous voulons extraire. Le dépouillement du
questionnaire consiste d'abord à relever manuellement le code correspondant à la question
cochée ou répondue par chaque individu et pour chaque variable. Après ce dépouillement
manuel, l'introduction des variables dans l'ordinateur a été effectuée en saisissant le code
correspondant à chaque variable. Le logiciel de traitement de données statistiques Excel a
permis de saisir le maximum de variables. Puis nous avons procédé à l’analyse et au
traitement des données.
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La collecte des données primaires qualitatives
Entretiens
Pendant cette étape, nous avons interrogé les personnes susceptibles de nous procurer des
informations fiables sur la thématique. Quelques guides d’entretiens ont été au préalable
établis. De ce fait, 30 entretiens semi-directifs ont été réalisés. Les autorités traditionnelles
(chefs des quartiers) et administratives, en l’occurrence le premier Adjoint préfectoral de
l’Arrondissement de Bangangté, les autorités municipales, à savoir le Secrétaire Général, le
premier Adjoint au Maire de la commune de Bangangté, le responsable du service d’hygiène,
quelques délégués départementaux des ministères de tutelle (MINEPDED, MINHDU,
MINSANTE), le responsable de HYSACAM considéré comme acteur du service semi-privé
et d’autres groupes d’enquêtés, composés d’acteurs indépendants (les récupérateurs, les
réparateurs et les revendeurs, etc.). Cette recherche permet de construire à la fin une base des
données sociales, économiques, environnementales et ressortir les entraves liées à la gestion
des déchets et à l’essor des filières de la valorisation. L’objectif de ces entretiens était de
vérifier l’effectivité de gestion de déchets ménagers valorisables sur le territoire d’étude.
En bref, l’entretien est considéré comme une méthode clé pour l’obtention des données
qualitatives expliquant les pratiques et les systèmes de gestion des déchets ménagers, la
valorisation ainsi que les facteurs pouvant affecter la participation publique. En outre, nous
donnions à chaque personne interrogée la possibilité de répondre à son gré et d’aller au-delà
du thème abordé. Le temps mis pour un entretien variait entre 30minutes et 2h. Nous avons
mis environ 2 heures avec certaines autorités (Délégué Départemental (D-D) -MINEPDED et
le Chef secteur HYSACAM) parce qu’elles sont plus impliquées. Les personnes ressources,
en fonction de leur expertise, leur domaine d’activité et leur fonction administrative, étaient
questionnées entre autres sur les types de maladies liées aux déchets solides ménagers et leur
évolution à Bangangté, les projets réalisés ou en cours dans le domaine des déchets, les
difficultés rencontrées dans la gestion locale des déchets, etc. Toutefois, certains entretiens
semi-directifs se résument dans les tableaux 1 et 2 (annexe 1). Étant donné qu’on travaille sur
un domaine sensible de la vie sociale, on a privilégié l’observation participante pour vérifier
la fiabilité des informations.
Observations participantes ou directes
Cette démarche a permis qu’on se familiarise avec les habitants tout au long de nos séjours de
prospection de terrain (2016, 2017, 2018) afin de mieux comprendre leur logique en ce qui
concerne la gestion des déchets, ainsi que les pratiques alternatives mises en place. Elle nous
a fait vivre de jour en jour le processus d’utilisation majoritaire des putrescibles par les
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ménages pour les jardins et les champs sans toutefois attendre leur décomposition. Ces
observations sont également permises de réaliser des photographies illustrant les faits
saillants. Elles sont d’un grand apport pour appuyer nos propos et montrer les caractéristiques
géographiques. Ainsi, une typologie des quartiers, en fonction de leurs niveaux de
développement a été effectuée : quartiers à habitats hauts standings, les moyens standings, les
quartiers à habitats spontanés ou précaires et quartiers périphériques ou périurbains.
- Analyse et traitement des données
L’analyse et le traitement des données comportent la création des fichiers et des variables
d’analyse ainsi que le traitement des variables. Le logiciel Excel propose un éventail assez
bien fourni de méthodes d'analyse de l'information. Dans un premier temps, une analyse
descriptive des différentes variables du questionnaire a été effectuée. Cette opération a permis
d'obtenir une description de la population statistique. Pour analyser la sociodémographique de
la population du territoire. Elle a permis l’élaboration des graphiques, des tableaux, des
diagrammes en secteurs. Puis nous avons procédé à des requêtes afin d'obtenir des tableaux
croisés en deux ou plusieurs variables. Le logiciel Excel effectue automatiquement ces tests
lorsqu'on leur donne les instructions au moment de l'extraction des tableaux croisés. Ensuite,
le traitement a été effectué. Le logiciel OpenOffice Draw X4 a également permis de produire
certains schémas et graphiques. Les photos ont été traitées dans le logiciel Photoshop.
Par ailleurs, nous avons réalisé des cartes pour illustrer certains de nos résultats.
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Tableau 1: Organisation synoptique de la thèse
QP: Quelles sont les pratiques OP: Montrer que ces pratiques alternatives HP : Les pratiques alternatives et leurs mises Méthodologie Parties correspondants
alternatives de gestion des déchets et et les potentialités qu’elles offrent en en place susciteraient une économie
comment sont-elles mises en place par termes de GDM sont en lien avec circulaire dans la ville de Bangangté.
les populations de Bangangté ? l’économie circulaire.
QS1 : Que nous renvoient les OS1 : La compréhension des déchets HS1 : Déchets, déchets solides ménagers, La méthode hypothético-déductive, la Partie I : Conceptualisation,
concepts déchets solides ménagers, solides ménagers, la gestion des déchets, gestion de déchets, économie circulaire, collecte des données secondaires, centres théorisation et territorialisation
gestion des déchets, économie l’économie circulaire, la proximité et la proximité, concepts polysémiques de documentation. La collecte des données de l’étude
circulaire et proximité ? présentation de la ville de Bangangté, nécessitent qu’on s’y attarde. Bangangté, primaires, entretiens préliminaires.
territoire dans lequel s’insèrent et se territoire d’étude n’est pas toujours présenté Echantillonnage, observations de terrain,
développent les activités de gestion des comme une ville où les déchets ménagers entretiens libres, administration des
déchets solides ménagers. prolifèrent. questionnaires, prise de vue.
QS2 : Quelles sont les caractéristiques OS2 : Identifier et analyser les sources de HS2 : La production des déchets solides La méthode hypothético-déductive et
de déchets solides ménagers à production et les caractéristiques des ménagers à Bangangté peut avoir plusieurs empirico-inductive, la collecte des Partie II : Gestion des déchets
Bangangté? Quels sont les modes de déchets solides ménagers à Bangangté. sources aux caractéristiques variées. Le données secondaires, centres de ménagers et logique des acteurs
gestion et la logique des acteurs de Relever les modes de gestion ainsi que la service public de la gestion des déchets documentation, la collecte des données à Bangangté (Cameroun)
déchets à Bangangté ? logique des acteurs. solides s’avère défaillant dans la ville de primaires, entretiens préliminaires,
Bangangté et les modes d’élimination des échantillonnage, observations de terrain,
déchets solides ménagers par la population prise de photos, entretiens libres,
locale amplifient les menaces administration des questionnaires,
environnementales et sanitaires à Bangangté. cartographie, inspiration personnelle.
QS3 : L’économie circulaire met-elle OS3 : Identifier les nouvelles initiatives en HS3 : La mise en place d’une économie La méthode hypothético-déductive, la
davantage en lien la production matière de gestion efficace des déchets circulaire d’échelle ou de proximité dans la collecte des données secondaires dans les
urbaine de déchets et le potentiel de ménagers et de l’environnement à ville de Bangangté peut susciter les centres de documentation. La collecte des Partie III : Innovation dans les
valorisation du milieu rural et agricole Bangangté, entrant dans une optique d’une opportunités socio-économiques et données primaires, entretiens pratiques de gestion des déchets
avoisinant, s’appuyant ainsi sur sa circularité économique au sein de la CTD. environnementales tout en facilitant un préliminaires, échantillonnage, dans une perspective
dimension de proximité à Bangangté? changement de paradigme. observations de terrain, Entretiens libres, d’économie circulaire ?
prise de vue, administration des
questionnaires.
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10. Structuration du travail autour de l’économie circulaire spontanée des déchets
solides ménagers de Bangangté
Notre travail est structuré en une introduction générale où il est question de contextualiser et
de problématiser l’objet d’étude ainsi que la mise en évidence des approches scientifiques et
l’état de l’art sur la gestion des déchets et l’économie circulaire. Trois parties avec sept
chapitres constituent notre mémoire de thèse.
La première partie porte sur la conceptualisation, la théorisation et la territorialisation de
recherche. Cette partie est structurée d’un chapitre qui porte sur le cadre conceptuel et
théorique: les déchets, une analyse par les sciences humaines ou sociales et un deuxième
chapitre présentant le territoire de recherche et où est développée : Bangangté, une ville
moyenne où les différentes mutations sont explicitées.
La deuxième partie est centrée sur la gestion des déchets ménagers à Bangangté. Elle est
constituée du troisième chapitre qui porte sur la gestion institutionnelle et juridique des
déchets au Cameroun. Dans ce chapitre, nous avons analysé les stratégies institutionnelles et
juridiques établies par l’État pour les déchets. Le chapitre quatrième va examiner les sources
de production et la caractérisation des déchets solides ménagers sur le territoire d’étude. Le
cinquième chapitre va constituer l’examen du système de la gestion des déchets solides
ménagers par la population locale.
La troisième partie portera sur les innovations ou les moyens d’adaptations dans la gestion et
les pratiques des déchets ménagers, dans une perspective d’économie circulaire. De ce fait, le
sixième chapitre va porter sur les innovations : pratiques alternatives ou spontanées et
potentialités économiques. Le dernier chapitre va porter sur la possibilité d’une économie
circulaire authentique à Bangangté.
Enfin nous achevons notre travail par une conclusion générale et des perspectives de
recherche.
20
PREMIÈRE PARTIE : CONCEPTUALISATION,
THÉORISATION ET TERRITORIALISATION DE L’ÉTUDE
Nous allons dans cette première partie montrer et expliquer comment certains auteurs ou
chercheurs de par le monde appréhendent les déchets tout en présentant le territoire sur lequel
nous travaillons. Ainsi, cette partie se structurera en deux chapitres. Le chapitre premier va
porter sur la présentation des modèles conceptuels et théoriques qu’utilisent les scientifiques
pour mieux aborder la problématique des déchets dans les sciences humaines et sociales. Dans
le chapitre deuxième, nous allons épiloguer sur la notion d’économie circulaire sur un
territoire moyen africain semi-urbain. Il sera question de parler de l’évolution de la ville ainsi
que les mutations qui en courent tout en montrant quelques spécificités qui le distinguent des
grandes villes africaines. Il sera aussi question dans ce chapitre de s’appuyer sur les facteurs
géographiques pour analyser la gestion des déchets de Bangangté. Les travaux scientifiques
parcourus nous permettront de voir et de juger si les déchets font partir de tous.
21
CHAPITRE 1 : CADRE CONCEPTUEL ET THÉORIQUE :
les déchets, une analyse par les sciences sociales
22
Introduction
Ce chapitre permet d’une part de donner les orientations aux concepts utilisés en fonction du
contexte, du sens qui cadre avec notre sujet intitulé « Quelle économie circulaire spontanée
pour une ville moyenne camerounaise ? Le cas des déchets solides ménagers de Bangangté
(Cameroun) et d’autre part d’énoncer quelques théories y afférentes. Il vise à comprendre les
pratiques de gestion des déchets dans une ville moyenne tout en amenant les politiques
publiques à penser à l’adoption de l’économie circulaire. Vue sous cet angle, « le savant doit
d’abord définir les choses dont il traite afin que l’on sache et qu’il sache bien de quoi il est
question » Grawitz (2001). Mais en sciences sociales, il y a peu de concepts univoques ayant
une signification précise à la fois claire et acceptée par tous. Ces concepts plus ou moins
difficiles à définir ne manquent pas d’entretenir des controverses entre bon nombre des
chercheurs (géographes, démographes, sociologues, historiens, biologistes, etc.) puisque
jusqu’alors aucun auteur ne peut se targuer d’avoir donné une définition définitive à ces
concepts. En outre, les concepts sont des notions qui délimitent clairement l’objet de la
recherche. Définir les concepts « consiste à identifier toutes les dimensions et à préciser le
sens à partir duquel le chercheur décide d’envisager son étude » (Durkheim, 1995 in
Pinghané, 2005). Ils découlent du sujet abordé. La conceptualisation quant à elle est
l’élaboration d’un concept, et consiste à déterminer, si possible pour chacune de ces notions,
leurs dimensions, leurs composantes et leurs indicateurs. Pour mieux cerner la quintessence
de notre sujet, il est important de rendre opérationnels les concepts que nous aurons à utiliser
tout au long de notre travail. Dans le cadre de cette étude, il est question de nous appesantir
sur les concepts tel que : déchet, déchets solides ménagers, gestion, valorisation, économie
circulaire, proximité, ville, périphérie. La problématique de gestion des déchets n’intéresse
pas seulement les géographes, mais aussi d’autres chercheurs, ayant parfois une approche
distincte des différents objets de travail, en l’occurrence ici « les déchets ». Ainsi, qu’en est-il
des théories de la diffusion de l’innovation de Rogers Everett, systémique, économiste,
sociologue ? L’analyse de différents concepts nous permet de comprendre leur sens. Les
théories nous permettent de voire les phénomènes ou les acteurs qui peuvent interagir entre
eux. Ainsi, leur application à notre travail aidera à mieux cerner la quintessence de notre
texte.
Bertolini, (1990) définit le déchet comme « un produit dont la valeur d’usage et la valeur
d’échange sont nulles pour son détenteur ou propriétaire ». Cette définition ne donne aucune
valeur économique au déchet. Toutefois, l’amélioration de stratégies de gestion des déchets,
l’avancée des recherches et des techniques de traitement, l’évolution des sociétés ont pu
changer la vision négative du déchet. Les déchets, dans ce millénaire, sont de plus en plus
valorisés dans toutes sociétés. La valeur économique d’un déchet dans une expression plus
simple peut être définie par trois critères à savoir : Le lieu qui, au départ, peut être un
emplacement initial sans valeur ou un emplacement valorisant. Le temps qui influence sur la
durabilité de la valeur du bien car tous les objets ne gardent pas la même valeur dans le temps.
La quantité qui met en exergue le volume pour que le bien soit exploitable ou non. (Maystre
et al, 1994 in Tchuikoua, 2010) illustrent clairement ce raisonnement par l’exemple suivant :
« un objet débarrassé d’un vieux grenier peut devenir objet de brocante, puis une antiquité.
24
Quelques vieux papiers dans une poubelle sont un déchet alors qu’un ballot de vieux papiers
imprimés dans un conteneur est une matière de récupération et recyclable ».
Sur le plan juridique
Deux conceptions des déchets sont considérées à savoir la conception subjective et la
conception objective.
Selon la conception subjective, on peut définir le déchet comme étant « un bien ne devient
déchet que lorsque son détenteur a marqué sa volonté de s’en débarrasser ». Pour la
conception objective, un déchet est « un bien dont la gestion doit être contrôlée au profit de la
protection de la santé publique et de l’environnement » (Bertolini, 1990 ; Ngambi, 2015).
Le déchet est aussi définit comme « tout résidu d’un processus de production, de
transformation ou d’utilisation, toute substance, matériau, produit ou, plus généralement,
tout bien meuble abandonné ou que son détenteur destine à l’abandon » (Loi française du 15
juillet 1975 in Ademe, 1994).
Selon le Code de l’environnement du Burundi, « un déchet est tout résidu résultant d’un
processus d’extraction, d’exploitation, de transformation, de production, de consommation,
d’utilisation, de contrôle ou de traitement dont la qualité ne permet pas de le réutiliser dans
le cadre d’un procédé dont il est issu ou, plus généralement tout bien, tout meuble,
abandonné ou que son détenteur destine à l’abandon ». (Code de l’environnement du Burundi
du 30 juin 2000).
La loi n°01-19 du 12 Décembre 2001 relative à la gestion, au contrôle et à l’élimination des
déchets en Algérie définit le déchet comme « tout résidu d’un processus de production, de
transformation ou d’utilisation, et plus généralement toute substance, ou tout produit et tout
bien meuble dont le propriétaire ou le détenteur se défait, projette de se défaire, ou dont il a
l’obligation de se défaire ou d’éliminer » Hamza, (2014).
Pour l’article 66 de la loi n°98-030 du 12 février 1999 portant Loi cadre de l’environnement
en République du Bénin, le déchet est « tout résidu d’un processus de production, de
transformation ou d’utilisation, ou tout bien meuble abandonné ou destiné à l’abandon »
Eyebiyi, (2010) ; Ngambi, (2015).
Au Cameroun, la loi n°96/12 du 05 août 1996 article 4 alinéa C portant Loi Cadre relative à la
gestion de l’environnement votée par l’Assemblée Nationale définit « déchet » comme « tout
résidu d’un processus de production, de transformation ou d’utilisation, toute substance ou
tout matériau produit ou, plus généralement, tout bien meuble ou immeuble abandonné ou
destiné à l’abandon. On entend par abandon, tout acte tendant, sous le couvert d’une cession
à titre gratuit ou onéreux, à soustraire son acteur aux prescriptions législatives et
25
réglementaires ». On constate dans cette définition camerounaise un emprunt à celle de la
France.
La définition du déchet donnée par la loi française du 15 juillet 1975 a été et reste jusqu’à
présent un outil juridique important. Il a servi de base à la définition de la notion de déchet
dans plusieurs pays qui l’ont adaptée à leur contexte socio-économique. Le déchet défini
comme précédemment montre une fois de plus le caractère univoque de ce concept. Quelle
que soit la définition prise, il en ressort la notion de relativité et la notion d’obligation
d’élimination de déchet. La relativité renvoie à la valeur du déchet qui évolue avec le temps,
les perceptions sociales et les usages qu’on en fait. L’obligation fait référence à la
responsabilité du producteur du déchet de l’éliminer ou de le faire éliminer car, de par ses
caractéristiques et ses propriétés, le déchet peut être dangereux pour l’homme et
l’environnement. Maystre et al, (1994), montre aussi que la définition juridique du déchet est
basée sur la subjectivité et l’objectivité. Dans les pratiques usuelles, les ménages n’ayant pas
les moyens de traiter leurs déchets, remplissent leurs obligations à travers le tri sélectif, le
compostage individuel ou collectif et le payement des taxes des ordures ménagères qui
permettent de financer le traitement des déchets.
Gouhier, (1999), fait du déchet « un bien dévalorisé, déconsidéré et rejeté par son producteur
ou son propriétaire ». De ce fait, il est discrédité, mais à des niveaux différents. Au plus bas
niveau de déconsidération, celui de l'impureté, c'est l'immondice (en latin "immondus"), le
"non-propre", support de mépris et symbole d'insulte suprême. L'autre niveau, plus abstrait et
plus général dérive du vieux verbe français "déchoir", c'est perdre de la valeur, de la
considération. Le déchet et l'ordure sont la trace obligée, immédiate et générale de l'activité et
de la vie. À notre ère il se développe, se diversifie, s'amplifie. Cette situation s’explique par
l'extension humaine, sa concentration urbaine, son mode de vie moderne ou mode de vie
interrogatoire très appareillé et aussi par l'extension industrielle, la complexité des
technologies de production, de circulation, de liaison. Désormais, le déchet devient un objet
d'analyses techniques et économiques. C’est ainsi que de nouveaux métiers de traitement ont
vu le jour. On peut par-là affirmer que l’analyse réalisée par Jean Gouhier des déchets, il y a
au moins deux décennies, peut aujourd’hui être prolongée dans la mesure où on fait de ces
derniers, des biens, des ressources de récupération capables de transformer la situation de vie
de certaines personnes. C’est alors sous ce dernier prisme que nous abordons notre
thématique.
Durand, Djellouli, et Naoarine, (2015), définissent le déchet comme étant « un marqueur
social des modes de consommation, des processus de productions agricoles, artisanales et
26
industrielles ». De cette définition, on comprend que le déchet provient de plusieurs sources et
constitue une ressource économique. Cette définition semble être acceptée aujourd’hui par
beaucoup de chercheurs.
Pendant les différents entretiens directs de terrain (2016, 2017 et 2018), les acteurs rencontrés
ont donné plusieurs sens par rapport au mot « déchet ». C’est ainsi qu’ils pensent que
« déchets » c’est : « produits jetés » ; « c’est rien d’autres que les ordures » ; « ordures
provenant des activités ménagères » ; « tout ce qui est voué à l’abandon après son
utilisation » ; « les saletés qui sont produits dans les ménages » ; « tout ce qui peut causer la
maladie chez l’homme » ; « bien qu’on réemploie » ; « matière de récupération pour autre
chose ».
Selon le (Responsable du service d’hygiène de la commune de Bangangté, 2018), le déchet
est « l’ensemble des résidus provenant de la préparation des aliments et du nettoyage normal
des habitations, débris de verre ou de vaisselle, cendres éteintes, feuilles, chiffons, balayures
et résidus divers déposés même indûment aux heures de collecte dans les récipients
individuels ou collectifs placés devant les immeubles ou à l’entrée des voies inaccessibles par
les camions » . Cette définition s’étend sur les résidus provenant des voies publiques, trottoirs,
marchés, casernes, écoles ou autres collectivités, groupés sur les emplacements déterminés et
dans les récipients réglementaires fournis par HYSACAM (Cahier des charges de
HYSACAM, 2007-2011).
Suite aux différentes définitions données par les habitants du territoire, on constate dès lors
une divergence de conception. D’une part, les non partisans ou ceux qui marginalisent encore
les déchets et d’autre part, ceux pour qui les déchets peuvent constitués des objets de valeur
ou de récupération.
Approche de déchet adoptée dans notre travail de recherche
Au regard de toutes les définitions liées au concept de déchet et par rapport à cette recherche,
nous nous appuierons principalement sur la définition donnée par Durand et al., (2015), qui
parlent du « marqueur social des modes de consommation, des processus de productions
agricole, artisanales et industrielles » pour mieux l’appréhender. Cette vision de la chose
illustrerait à suffisance l’usage de déchet à Bangangté. Le réemploi des déchets est une
pratique quotidienne dans la ville de Bangangté.
28
Les déchets toxiques ou dangereux (9%) sont ceux qui contiennent un poison chimique ou
radioactif issu des industries, des laboratoires et des particuliers. Il s’agit des flacons de
médicaments, des piles électroniques, etc.
Les déchets fermentescibles ou biodégradables sont essentiellement constitués de
matière organique animale ou végétale et représentent le gros des déchets de
Bangangté avec une proportion de 46%. Ces déchets sont moins encombrants du fait
de leur rapide fermentation aérobie, mais par contre très polluants et ils peuvent
provoquer des maladies dont les vecteurs de transmission sont les mouches, les
moustiques et autres insectes.
La composition des déchets est variable selon le type de pays, sans qu’il puisse être établi une
corrélation assez forte avec les richesses. Le schéma 1 conceptualise les déchets solides.
Schéma 1: Conceptualisation de l’expression « déchets solides » à Bangangté
Le prisme d’attaque des déchets solides touche ceux en provenance de la vie des
ménages (cuisine, renouvellement des biens, agriculture, jardinage, loisir, etc.), ceux
des activités des commerces qui y concourent, les déchets en provenance d’abattoirs et
les déchets industriels. S’y ajoutent les déchets de même nature des cantines et ceux
du nettoiement des rues. C’est cette dernière définition qui sera hypothétiquement
retenu dans notre travail. Au Cameroun, les déchets solides sont assimilés à ceux
provenant des ménages, des industries ou commerces et des hôpitaux.
Dans cette recherche, deux définitions de Déchets Solides Ménagers (DSM) sont adoptées. La
première définition est celle donnée par les Nations Unies, la deuxième est celle qui est ferme
ou massive.
29
1.3. Concept de « gestion des déchets solides »
D’après Gouhier (2000, 2005), la gestion des déchets est « la collecte, le transport, le
traitement (le traitement de rebut), la réutilisation ou l'élimination des déchets, habituellement
ceux produits par l'activité humaine, afin de réduire leurs effets sur la santé humaine,
l'environnement, l'esthétique ou l'agrément local ». La gestion des déchets concerne tous les
types de déchets, qu'ils soient solides, liquides ou gazeux, chacun possédant sa filière
spécifique. Face à cette définition, l’on comprend dès lors l’idée de traitement et la
réutilisation qui renvoie à ce que nous pouvons appeler la pratique alternative.
D’après le dictionnaire le Larousse (2010), la gestion renvoie à « l’administration, au
contrôle, à l’organisation mais gestion ici signifie le contrôle des déchets solides ». C’est
aussi « Action ou manière de gérer, d’administrer, de diriger, d’organiser quelque chose.
Période pendant laquelle quelqu’un gère une affaire ». Dans la problématique de cette thèse,
cette définition reste restrictive du fait qu’elle se limite aux aspects financiers et
entrepreneurials ou tout au plus au management. Le management se réfère aux aspects
technologiques et opérationnels de la question et il implique des facteurs économiques,
administratifs, environnementaux et de rendement (la productivité et la qualité). Il est relié à
« la prévention, la réduction, la ségrégation, la réutilisation, le conditionnement, la collecte, le
transport, le traitement, la récupération de l’énergie et la destination finale des déchets
solides » (Leite et al, 1999 in Mbiadjeu-Lawou, 2015). La gestion des déchets va au-delà du
management. Elle constitue un ensemble d’organisations plus complexes qui intègre aussi les
aspects politiques, les stratégies, les institutions. Gérer les déchets solides suppose donc de
réfléchir à la fois sur le but ultime de l’élimination, sur l’évolution des services en fonction
des dispositions de la loi et de créer des outils à la disposition des agents économiques. Il
s’agit aussi de toute opération relative à la collecte, au tri, au transport, au stockage, à la
valorisation et l’élimination des déchets, y compris le contrôle de ces opérations (enquêtes de
terrain, 2017). Le schéma 2 illustre le concept de gestion des déchets solides.
30
Schéma 2 : Conceptualisation du terme « Gestion des déchets solides» à Bangangté
31
Approche de la gestion des déchets ménagers adoptée dans notre thèse
Il a été question ici d’employer la définition de « gestion des déchets » donnée par la Loi Cadre de
l’environnement au Cameroun en 1996. Ainsi, est entendu comme « Gestion des déchets »
« l’ensemble des opérations comprenant la collecte, le transport, le stockage et le traitement
nécessaires à la récupération des matériaux utiles ou de l’énergie, à leur recyclage, ou tout dépôt
ou rejet sur les endroits appropriés de tout autre produit dans des conditions à éviter les nuisances
et la dégradation de l’environnement ». Elle est orientée sur les opérations de collecte, de transport,
de traitement et de mise en décharge des déchets solides. Le déchet est devenu de façon
incontestable une ressource de récupération même si ceci n’est explicité dans aucun texte juridique
au Cameroun. La législation camerounaise a cependant précisé que le déchet doit être collecté,
stocké et traité pour la récupération des matériaux utiles ou de l’énergie et le recyclage. L’analyse
des pratiques sur la « gestion des déchets » à savoir: objet économique, source d’énergie et
prévention des risques environnementaux montre qu’une économie circulaire serait en voie
d’adoption au Cameroun.
32
écosystèmes, (Jouvenel, 2002 in Arnsperger et Bourg, 2016) écrivait dans Arcadie : « Voilà de quoi
nous rendre soucieux de fermer les circuits, soit en substituant à nos matériaux d’autres digérables
par les agents naturels, soit en suppléant l’action de ceux-ci par des agents artificiels ».
Arnsperger et Bourg (2016), montrent que l’économie circulaire ou la circularité des ressources
secondaires récupérables est faite pour créer la richesse. Pour eux, c’est donc un modèle qui permet
de redonner de l’importance aux rebuts, tout en favorisant sa gestion efficace. La pensée de ces
chercheurs nous permet de comprendre et de clarifier les activités qui tournent autour des déchets
solides ménagers dans la ville de Bangangté.
« L’économie circulaire préserve, optimise et sécurise les ressources essentielles à notre avenir »
(Desoutter et Galazzi, 2016). Pour aller dans le même sens, Ségolène Royal, alors ministre française
de l’environnement (2016) déclare : « Réduire, réutiliser, recycler : l’économie circulaire est un
chantier clé de la croissance verte ». Une économie circulaire est un modèle industriel qui se veut
par définition « réparateur » ou « régénérant » (Sana, 2016). Il substitue le concept de « fin de vie »
à celui de « réparation », il utilise les énergies renouvelables et vise à éliminer les produits
chimiques toxiques en favorisant une conception plus élaborée des produits et des matériaux.
ADEME (2015), propose deux définitions qui montrent la nécessité du changement : « un système
d’économie d’échange et de production qui, à tous les stades du cycle de vie des produits (biens et
services), vise à augmenter l’efficacité de l’utilisation des ressources et à diminuer l’impact sur
l’environnement tout en développant le bien-être des individus ». C’est aussi « ce qui vise à changer
le paradigme par rapport à l’économie linéaire ».
Le Ministère Français de l’Écologie, du Développement Durable et de l’Energie (MEDDE), 2014,
pense que « l’EC est un concept qui s’inscrit dans le cadre du Développement Durable (DD) et
dont l’objectif est de produire des biens et des services tout en limitant la consommation et le
gaspillage des matières premières, de l’eau et des sources d’énergie ». Il s’agit de déployer, une
nouvelle économie, circulaire, et non plus linéaire, fondée sur le principe de « renfermer le cycle de
vie » des produits, des services, des déchets, des matériaux, de l’eau et de l’énergie.
Adoué et al, (2015), définissent l’économie circulaire, comme « un modèle opérationnel de
développement soutenable, permettant la création de valeur à la fois économique, sociale et
environnementale, et ce, tant au niveau microéconomique que macroéconomique ». L’économie
circulaire permet en effet l’émergence de nouveaux modèles d’affaire, notamment liés aux boucles
de réemploi, de réparation ou encore de recyclage.
Le Conseil Economique, Social et Environnemental (CESE de Bretagne, 2015) stipule que « le
concept d’économie circulaire consiste à rechercher au maximum la réutilisation des sous-produits
33
de chaque processus de production ou de consommation, pour réintégrer ces derniers et éviter leur
dégradation en déchets, en les considérant comme ressources potentielles. »
Ellen MacArthur, (2010) précise que « l‘économie circulaire est un terme générique pour une
économie qui est réparatrice par nature. Les flux de matières sont de deux types, des matières
biologiques, qui ont vocation à retourner à la biosphère, et des matières techniques, qui ont
vocation à circuler avec une perte de qualité aussi faible que possible, tour à tour entraînant le
changement vers une économie alimentée finalement par de l’énergie renouvelable ». C’est ainsi
que l’indiquait la (fondatrice et navigatrice, 2013 in Lehmann et al, 2014) que l’économie circulaire
est « un système où les choses sont faites pour être refaites ou système de restauration ». Au sein
des travaux de cette fondation britannique, abondamment financés et soutenus par de grandes
multinationales comme Nestlé, Apple, Unilever ou Renault, on rencontre notamment un document
récent à destination des entreprises où il est affirmé sans ambages qu’« un schéma de déploiement
de ressources qui est circulaire dans sa conception rend possible une poursuite de la croissance
sans avoir besoin davantage de ressources. Il crée nettement plus de valeur par unité de ressource
» (Arnsperger et Bourg, 2016).
Les approches de l’économie circulaire sont nées de la gestion durable des ressources. Compte tenu
de la diversification du concept dans la littérature scientifique, on peut s’appuyer sur quelques
institutions telles que Ademe (2013, 2014, 2015), MEDDE (2014), CESE (2015) qui font allusion à
une économie en circuit fermé et mettent un accent sur la préservation des déchets, la croissance, la
création d’emploi et la consommation durable des ressources.
Au regard de ce qui précède, il est à noter une variabilité de l’économie circulaire sur la forme et
dans les politiques d’application selon les institutions, les courants de pensée, les acteurs
économiques et politiques, les sciences. La complexité des approches autour de l’EC réside dans
l’absence d’un vocabulaire et de cadre conceptuel unanime et clairement défini. Les stratégies de
l’EC peuvent se concevoir et s’adapter en fonction des spécificités et des besoins de chaque
communauté. La complexité des approches autour de l’économie circulaire réside dans l’absence
d’un vocabulaire et de cadre conceptuel unanime. Avec l’évolution de la science, on ne saurait se
figer à une pensée.
1.5. L’économie circulation et la gestion des déchets perçue par certains pays à
économie industrialisés
L’avenir des déchets et le concept de l’économie circulaire suscitent des interrogations des pouvoirs
étatiques et des acteurs économiques sur l’échiquier national et international. Ceci entre dans le
cadre de l’optique pour remédier aux défis socio-économiques et environnementaux sans toutefois
34
user les ressources naturelles. Les stratégies pour sa mise en œuvre dans les pays en développement,
les pays émergents et les pays développés ne se font pas au même rythme et prennent également des
formes variées. Toutefois, pour appréhender sa formalisation, il serait judicieux d’examiner ces
variétés à travers quelques pays à l’instar du Japon, la Chine, la France et le Cameroun.
- L’économie circulaire et la gestion des déchets au Japon
Selon Teigeiro et al, (2018), « le Japon est un pays très actif dans la mise en œuvre de l’économie
circulaire en raison de son manque de ressources naturelles et de sa pénurie d’espace, notamment
pour le stockage et l’enfouissement des déchets ». Le Japon promeut législativement les principes
d’une démarche basée sur les 3R : réduire, réutiliser, recycler. Dès 1991, la loi pour la promotion de
l’usage des ressources recyclables venait compléter la loi sur le recyclage qui datait de 1970 (Sana,
2014). Cette dernière a été étendue en 2000 aux 3R et rebaptisée loi sur la promotion de l’usage
efficace des ressources. La démarche basée sur les 3R se schématise à partir du schéma 3.
Schéma 3 : Démarche basée sur les 3R
Ces deux Lois sont encadrées par la Loi de base (ou Loi cadre) pour l’établissement d’une société
circulaire qui définit les grands principes de l’économie circulaire. Elle est accompagnée d’un plan
fondamental pour l’établissement d’une société circulaire, le premier datait de 2003, le second
couvre la période 2008-2015. Ces plans servent de base à la mise en œuvre de programmes et
définissent une série d’objectifs non contraignants. Ils sont évalués à leur terme.
Le dispositif législatif nippon se caractérise par une déclinaison sectorielle et par catégorie de
produits pour tenir compte des spécificités et de la maturité différente des industries du recyclage
selon les secteurs concernés. En effet, une série de Lois sur le recyclage de catégories spécifiques de
produits ont été votées au Japon. Ce dispositif législatif est aussi caractérisé par une dynamique
d’amélioration continue : les objectifs sont revus régulièrement pour intégrer l’évolution
technologique et les résultats atteints. L’ensemble du système repose sur des mécanismes de
concertation régulière avec les professionnels.
35
La politique des 3R est renforcée par deux programmes : le programme «Top-runner» et le
programme «Eco town». «Top-runner» est un programme d’amélioration de l’efficacité énergétique
et un écolabel créé en 1998. Au lieu de fixer un minimum en termes de performance énergétique
(comme cela est majoritairement le cas en Europe), le standard est défini pour chaque catégorie de
produits comme la meilleure performance actuelle. Les autres produits de la catégorie doivent
s’aligner sur cette performance dans un délai fixé. Le standard est régulièrement réévalué.
L’écolabel « e-Mark » est largement utilisé. Il exprime la performance du produit par rapport au
standard de référence. Le suivi des performances est assuré par un comité d’experts qui a la
possibilité de prendre des sanctions en cas de non atteinte de l’objectif. Le programme est efficace :
on estime qu’il représente 20% de l’objectif d’économies d’énergies au niveau national (Sana,
2014 ; Ngambi, 2015).
Le programme « Eco town » a été mis en œuvre entre 1997 et 2007. L’objectif principal était de
créer des éco-parcs industriels 3R avec des centres de recyclage à la pointe de la technologie afin de
limiter drastiquement la mise en décharge mais aussi de revitaliser ou reconvertir certains secteurs
économiques (comme l’industrie lourde) et de développer une filière d’excellence dans le
recyclage. Pour obtenir le label « Eco town », la collectivité locale et les entreprises doivent déposer
un plan qui sera analysé selon sa durabilité économique et ses critères d’innovation. Un autre
élément remarquable est que le Japon s’est doté en 2000 d’une loi sur la promotion de l’achat vert.
Le Japon est plus avancé sur ce sujet que l’Allemagne, pays le plus avancé en Europe avec la Suède
en matière d’achats verts (Sana, 2014). La Loi concerne les achats du gouvernement, du Parlement,
des agences, et autres institutions gouvernementales. Les collectivités locales n’ont pas
d’obligations. Une base de données sur les produits dans les diverses catégories concernées est
disponible avec leur performance environnementale.
L’objectif de l’économie circulaire dans son acception pleine est la préservation de la biosphère afin
d’en maintenir la viabilité, pour l’espèce humaine au premier chef, (Arnsperger et Bourg, 2016).
Selon Cyril et al, (2014 in Korczowski, 2016), « l’économie circulaire propose aux entreprises des
solutions concrètes à ces enjeux, au travers des démarches opérationnelles telles que le recyclage, le
réemploi, la réutilisation, l’éco-conception, l’économie de la fonctionnalité et l’écologie industrielle
et territoriale. En ce sens, elle constitue un véritable modèle appliqué de développement soutenable,
capable de découpler la création de valeurs de l’utilisation des ressources non renouvelables et des
impacts environnementaux, tout en étant créatrice d’emplois ».
Une telle situation aboutit naturellement à des différences notables dans la manière dont les
entreprises se sont approprié cette notion. Un consensus semble toutefois se dessiner autour de la
dimension opérationnelle de l’économie circulaire. Ce terme relativement nouveau dans le langage
36
commun s’appuie paradoxalement sur des outils développés depuis les années 1990: éco-
conception, écologie industrielle, économie de fonctionnalité, consommation responsable.
Il s’appuie également sur des pratiques anciennes telles que le recyclage, le réemploi, la réparation
ou la réutilisation, mais pouvant être renouvelées. Ainsi le recyclage est une pratique ancienne mais
la mise en place de boucles courtes, avec implication dans le secteur du déchet d’un acteur
industriel est une pratique innovante (Arnsperger et Bourg, 2016). L’économie circulaire propose
donc un objectif clair : passer d’une économie linéaire à un modèle bouclé s’inspirant des
fonctionnements écosystémiques, en s’appuyant sur un ensemble coordonné d’outils à l’efficacité
prouvée depuis des années ou plus innovants et en cours de création. Sa mise en pratique repose sur
des interactions entre un grand nombre d’acteurs.
- La Chine : entre économie circulaire et gestion de déchets
En Chine, l’économie circulaire est une priorité nationale au plus haut niveau de l’État, notamment
en raison de sa contribution à la réponse aux défis majeurs de développement que ce pays rencontre
: la dépendance aux matières premières et à l’énergie, la réduction des gaz à effet de serre et des
impacts environnementaux. La responsabilité en matière d’économie circulaire a été transférée en
2004 du SEPA (Administration nationale pour la Protection de l’Environnement) au NDRC
(Commission nationale pour le Développement et la Réforme) ce qui montre qu’il ne s’agit pas
seulement d’une politique environnementale mais bien d’une priorité d’État. D’ailleurs, l’économie
circulaire est impulsée et supervisée directement par le Conseil des affaires de l’État.
Le 1er janvier 2009 est entrée en vigueur la Loi sur la promotion de l’économie circulaire.
S’inspirant des modèles allemands et japonais, elle met l’accent sur la démarche des 3R. Son champ
porte sur l’ensemble des ressources. Elle ne se limite donc pas aux déchets et inclus les matières
premières de récupération, l’énergie, l’eau et le foncier. La loi s’adresse à un large panel d’acteurs :
État, collectivités locales, entreprises, consommateurs, ONG. Les collectivités locales ont un rôle
important à jouer : la loi les oblige à décliner l’économie circulaire au niveau local via l’élaboration
de plans régionaux de développement de l’économie circulaire. Ce dernier doit être intégré à part
entière dans les autres plans nationaux et régionaux. La priorité est donnée aux projets d’utilisation
efficace des ressources pour les prêts bancaires et dans les plans d’investissement. On notera aussi
l’existence d’incitations fiscales, d’une tarification progressive en fonction de l’usage des
ressources (eau, électricité, etc.) et d’écolabels. Le Conseil des affaires de l’État a publié le 23
janvier 2013 le premier plan national concernant l’économie circulaire. Ce plan comporte 18
objectifs chiffrés qui concernent notamment le marché du recyclage et de la réutilisation et
l’augmentation de la productivité des ressources.
37
- La France : entre économie circulaire et gestion des déchets
En France, le concept d’économie circulaire a commencé à être mis en avant lors du Grenelle de
l’environnement de 2007. Plusieurs services ou directions travaillent actuellement sur cette
thématique. La direction générale de la prévention des risques (DGPR) et son Département
Politique de Gestion des Déchets (DPGD) sont chargés de définir les orientations de politique
publique de gestion des déchets, incluant les objectifs de recyclage. Le Conseil national des déchets
(CND) a mis en place un sous-groupe de travail « économie circulaire ». Le Commissariat général
au développement durable (CGDD) promeut l’écologie industrielle et va faire paraître un guide à
l’attention des collectivités territoriales. Du côté des industriels, le CGDD suit les travaux du
Comité Stratégique des Eco-industries (COSEI) et plus particulièrement l’initiative des industries
de la filière du recyclage portant sur la création d’un « pacte économie circulaire ». Enfin, l’Agence
de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie (ADEME), dans le cadre des investissements
d’avenir, soutient à hauteur de 210 millions d’euros le développement d’innovations et de solutions
industrielles pour augmenter la réutilisation, le recyclage et la valorisation des matières, développer
l’écoconception et l’écologie industrielle.
Le recyclage et la valorisation des déchets constituent un aspect important de l’EC. En effet, selon
la Fédération Nationale des Activités de Dépollution et de l’Environnement (FNADE), les déchets
sont au cœur de cette économie et sont appelés « déchets ressources ». À ce sujet, l’Ademe (2010),
prône l’utilisation des matières premières issues des déchets en boucle fermée (c’est-à-dire avec un
usage dans les mêmes produits, ou en boucle ouverte donc un usage dans d’autres types de biens).
L’économie circulaire repose sur 7 axes qui se combinent et génèrent des emplois. Ces axes sont
regroupés autour de trois domaines d’action (offre des acteurs économiques, demande et
comportement des consommateurs, gestion des déchets).
Le premier axe, l’approvisionnement durable qui concerne le mode d’exploitation et d’extraction
des ressources. Il vise à réduire les rebuts d’exploitation et à limiter sur l’environnement,
notamment en ce qui concerne l’exploitation des matières énergétiques et minérales mais également
dans l’exploitation agricole et forestière.
Le deuxième axe, l’écoconception (ou « Eco design »), prend en compte, au stade de la conception,
tous les impacts environnementaux sur l’ensemble du cycle de vie d’un procédé ou d’un produit.
Par exemple, la hausse de la durée de vie tout en réduisant la masse du pneu.
Le troisième axe, l’écologie industrielle, est un mode d’organisation industrielle mis en place par
plusieurs entreprises d’un même territoire et caractérisé par une gestion optimisée des ressources
(eau, matière, énergie). Elle répond à une logique collective de mutualisation et d’échanges
38
(déchets, matières premières, énergie, services…). Les déchets de pneus des usines peuvent ainsi,
par exemple, être valorisés comme combustibles alternatifs.
L’économie de fonctionnalité constitue le quatrième axe. Elle privilégie l’usage à la possession et
tend à vendre des services liés aux produits plutôt que les produits eux-mêmes. Par exemple, la
location de pneus avec garantie de distance parcourue et non la vente de pneus.
Le réemploi, cinquième axe, permet de remettre dans le circuit économique les produits ne
répondant plus aux besoins du premier consommateur. C’est ce qui correspond à la vente de pneus
d’occasion.
Le sixième axe est celui de la réparation. Les biens en panne (comme les pneus crevés) peuvent
retrouver une deuxième vie par le biais de la réparation avec des pièces neuves ou d’occasions
issues du processus de réutilisation. L’allongement de la durée d’usage des produits par le
consommateur. Il passe par exemple par la réparation, la vente, le don, l’achat d’occasion ou encore
le réemploi. Ce dernier processus constitue notre sixième axe. Certains déchets peuvent être réparés
ou démontés et les pièces en état de fonctionnement triées puis revendues. Le rechapage prolonge la
vie du pneu.
Enfin, le dernier axe est bien connu : il s’agit du recyclage. Il vise à réutiliser les matières premières
issues des déchets soit en boucle fermée (pour produire des produits similaires) soit en boucle
ouverte (utilisation dans la production d’autres types de biens), comme les terrains de sport et les
souliers fabriqués à partir de pneu recyclés (schéma 4).
Schéma 4 : Les piliers de l’économie de circulaire
Source : ADEME (2010 in Korczowski, 2016), ADEME (2014). Guide méthodologique du développement des
stratégies d’EC en France
Ce concept d’économie circulaire ne fait que prolonger toutes les pratiques de recyclage déjà
anciennes. Il leur offre cependant une approche systématisée et à l’avantage de donner un visage
39
bien plus positif à la gestion des déchets, qui passe du statut de nuisance à éliminer, à celui de
ressource vecteur de dynamisme économique.
Depuis le 19 février 2013, un Institut de l’économie circulaire a été créé à Paris dont les objectifs
sont de mutualiser les compétences et les ressources de manières à mener des réflexions collectives
sur le sujet associé à l’économie circulaire (EC) ; de faire évoluer la législation et la réglementation
pour dynamiser l’EC ; de promouvoir et dynamiser la recherche dans ce domaine. Le 22 juillet
2015, le parlement français s’est organisé et un des objectifs affichés de cette organisation est
l’adoption d’une Loi-cadre sur l’économie circulaire en 2017. En parallèle du travail effectué par
cet Institut, le gouvernement a également inscrit l’économie circulaire comme un thématique phare
de la conférence environnementale qui a eu lieu en septembre 2013. Cette conférence a confirmé le
rôle clé des régions dans la mise en place de stratégies régionales d’économie circulaire. Ces
dernières devront à terme être intégrées dans les schémas régionaux de développement économique.
En France, depuis l’adoption récente d’un règlement communautaire, la «sortie du statut de déchet»
est dorénavant devenue possible. Un déchet peut officiellement devenir une matière de
récupération, « après avoir subi une opération de valorisation s’il est couramment utilisé à des fins
spécifiques, fait l’objet d’une demande, remplit les exigences techniques, respecte les normes
applicables aux produits, et si son utilisation n’a pas d’effets globaux nocifs pour l’environnement
ou la santé » (Cavé, 2015). Avec ce texte, un retournement de perspective est acté : les recycleurs
sont désormais également reconnus comme producteurs de matières premières. Cette disposition
concerne évidemment en premier essor les métaux non-ferreux et ferreux et le verre. Mais, à terme,
les déchets de papiers, les cartons, les cendres et les scories, les granulats de plastiques, les textiles,
le fumier ou encore le compost pourraient aussi de nouveau être éligibles au statut de produit (Cavé,
2015).
À ce jour, la perspective a changé car l’abandon en ce qui concerne le déchet a perdu sa valeur. Il
est devenu une ressource pour la valorisation (Cavé, 2015).
En bref, suite aux stratégies d’économie circulaire des États précédents, nous pouvons remarquer
que la Chine a adopté « une stratégie de gouvernance de type descendante (« top down »), reposant
sur des instruments politiques de commande et de contrôle, qui peut avoir un effet limitatif de
l’innovation, l’éducation, la recherche et le développement » (Teigeiro et al., 2018). Cependant, les
systèmes politiques européens et japonais s’appuient plutôt sur le principe de marché. L’Europe a
adopté une approche ascendante (« bottom-up ») où les initiatives et les pressions proviennent
principalement d’organismes environnementaux, de la société civile, des ONG. Le Japon applique
une stratégie similaire à celle de la Chine avec sa loi-cadre s’adressant à une grande variété
d’intervenants et de parties prenantes. Cette structure diffère de celle des autres pays n’ayant
40
souvent pas aucune application verticale limitée aux parcs industriels. Il n’y a pas de normes
établies et les mesures sont partagées entre des approches en aval (gestion des matières résiduelles)
et en amont (prévention et réduction).
- Le Cameroun
Le concept de l’économie circulaire a commencé au Cameroun lors des Premières Assises
Nationales sur les déchets en 2016. Ainsi, le Ministère de l’Environnement, de la Protection de la
Nature et du Développement Durable (MINEPDED) et plusieurs autres entreprises se sont réunis
pour travailler sur le thème afin de faire de la gestion des déchets, un maillon important dans le
développement économique du pays. Monsieur Hélé Pierre, le chef de département du MINEPDED
a déclaré que l’économie circulaire, non linéaire, désigne « un concept économique qui s’inscrit
dans le cadre du développement durable et dont l’objectif est de produire des biens et services tout
en limitant la consommation et le gaspillage des matières premières ». Il ressort aussi du propos du
Ministre que l’une des priorités des Assises Nationales des Déchets (AND), est de permettre au
Cameroun de sécuriser l’approvisionnement de l’économie camerounaise en matières premières, de
diminuer ses impacts néfastes sur l’environnement, d’industrialiser le pays sur des bases propres et
d’augmenter la compétitivité des entreprises Camerounaises. Ces Premières Assisses Nationales sur
les déchets avaient pour objectif principal de mettre en place une plate-forme de dialogue, de
sensibilisation et de formation pour une gestion efficiente des déchets. Face à cet objectif, ce sont
greffés les objectifs spécifiques suivants : faire un bilan critique de la gestion des déchets sur le plan
national ; définir les rôles et responsabilités des différents acteurs impliqués dans la gestion des
déchets ; identifier par échange d’expériences, les dispositions (meilleures pratiques et techniques
environnementales) adaptées pour une meilleure gestion des déchets pour l’atteinte des objectifs de
Développement Durable ; renforcer les capacités des acteurs par une appropriation efficiente des
instruments juridiques et institutionnels en la matière ; identifier les projets éco-innovants et
porteurs pouvant contribuer au développement d’une économie circulaire ; provoquer une
dynamique nationale autour des richesses liées à la gestion des déchets ; développer de manière
consensuelle les axes, les actions prioritaires, et les plans d’action ou schémas directeurs pouvant
servir à la révision de la Stratégie Nationale de Gestion des Déchets pour une gestion intégrée des
déchets.
L’idée la plus marquante et innovante au cours de la rencontre de Yaoundé (27-28 avril, 2016) est le
projet de création d’une bourse de déchets au Cameroun. Trois mois plus tard précisément le 11
août de la même année, s’est organisé une concertation multisectorielle où il était question de
proposer des projets. Au sortir de cette rencontre, quelques clauses (02) ont retenu l’attention.
41
D’abord, le projet de création d’une plate-forme physique et électronique pour la collecte, la vente,
l’achat et la transformation des déchets. Enfin, le projet de mise en place d’un service en ligne de
l’offre et de la demande des déchets valorisables sur le territoire national. Depuis trois années, ces
projets en gestation ne sont pas opérationnels.
Ngambi (2015), dans sa thèse « la gestion linéaire des déchets ménagers à Yaoundé vers l’économie
circulaire », a montré que le passage d’une gestion linéaire vers une économie circulaire dans les
villes camerounaises nécessite une intervention efficace des administrations publiques et une
législation claire. Ceci peut être une stratégie pour inciter les populations et les investisseurs à
s’intéresser aux gisements des déchets encore peu exploités dans les villes. Ainsi, la récupération
étant à la base de tout processus de valorisation, elle se présente comme un moyen efficace pour la
réduction des flux de déchets vers les décharges. Les activités de valorisation, qu’elles soient
formelles ou informelles, contribuent parfois à la réduction des coûts de traitement des déchets dans
les municipalités. Pourtant, créent aussi une économie permettant un développement socio-
économique et une préservation de l’environnement. Les filières de l’économie circulaire, avec ou
sans transformation des déchets, les plus développées sur certains terrains (Yaoundé, Douala) sont
promues surtout par les structures privées, notamment le secteur informel (schéma 5). Ainsi, on
peut limiter le prélèvement excessif des ressources naturelles qu’à partir de la récupération au
recyclage.
Schéma 5 : processus d’interaction entre les bases de l’économie circulaire au Cameroun
La présence des acteurs informels dans les divers processus de valorisation des déchets est tolérée
parce qu’ils constituent une alternative pour les pouvoirs publics, ne parvenant pas à satisfaire la
42
demande des populations en termes d’assainissement, de subventions pour les projets et d’offres
d’emplois.
Approche d’économie circulaire adoptée dans ce travail
Définir l’économie circulaire comme étant un système qui redonne de la valeur ou la vie aux
déchets, tout en contribuant à mieux les gérer serait acceptable à cette recherche. Mais, avec sa
complexité du point de vu des auteurs, nous pouvons hypothétiquement adoptée celle de Aurez et
al, (2013), qui entendent par économie circulaire « un mode de développement économique basé sur
la prise en considération du flux des matières, qui exige le respect des principes écologiques (lois
de la thermodynamique) et une utilisation rationnelle des ressources naturelles pour assurer un
développement durable ».
Le concept d’économie circulaire étant à l’état initial au Cameroun, peu de personnes dans la
collectivité territoriale décentralisée de Bangangté en ont une idée. Pendant nos prospections,
86,5% soit 173 ménages enquêtés affirment n’avoir jamais entendu l’économie circulaire. Mais
dans leurs pratiques quotidiennes, ils font de la récupération, du réemploi qui est entre autre, les
éléments du système de l’économie circulaire. 11,5% soit seulement 23 ménages ont eu l’idée de la
chose. Cette appréhension nous amène à affirmer la négligence observée sur le terrain. Car certains
jeunes rencontrés clament « qu’ils ne peuvent pas toucher les déchets parce qu’ils sont la source
des maladies ». Après avoir expliqué à chaque enquêté ce qu’est l’EC ? Et à la question de savoir en
quoi consiste l’économie circulaire ? Il ressort de nos investigations que 64 ménages affirment que
c’est le recyclage, le réemploi, la vente et 51 ménages assimilent à d’autres fins (figure 1). La
qualité du tri mené par les ménages à la base détermine la qualité des éléments à valoriser.
43
1.6. La notion de « ville », territoire d’application de la gestion des déchets
La ville est « un groupement de populations agglomérées définies par un effectif et par une forme
d’organisation économique et sociale. » (Pierre George, 1990). Suivant les conventions statistiques
de chaque pays, la désignation de la ville est appliquée à des groupements d’au moins 2500
(France), 5 000 au Cameroun et définie dans d’autres pays par plusieurs critères. À ce critère,
s’ajoute également les différentes fonctions, infrastructures qu’on peut y retrouver. Bangangté,
territoire dépassant les 5000 habitants, peut justement être nommé ville.
Dans le dictionnaire « les mots de la géographie », un autre sens lui a été attribué. Ici, ce terme
désigne une agglomération d’immeubles et de personnes de quelque importance, qui à l’origine se
distinguait de la campagne agricole. La ville rassemble des personnes qui vivent fondamentalement
du commerce et des services. La nécessité de loger une population nombreuse et d’assurer les
différentes fonctions urbaines font de la ville un ensemble de constructions spécifiques comportant
des bâtiments fonctionnels dont certains sont des monuments d’âges plus ou moins anciens et des
accumulations de maisons d’habitation plus ou moins serrées et élevées permettant d’abriter de très
fortes densités d’habitants par unité de surface (Kouatchou, 2017).
La périurbanisation ou l’espace périurbain est considéré comme l’espace situé autour des villes,
soumis à leur influence directe et susceptible d’être significativement touché par les processus
enclenchés par cette proximité. Étymologiquement, périurbain vient de « péri » (qui signifie zone
autour de) et de « urbain » (qui vient de ville). Selon le Petit Robert, (2010) « c’est une zone où il ne
règne ni la vie citadine, ni la vie rurale… où il y a un peu des deux ». Le périurbain est un territoire
rural qui s’urbanise, mais ayant copié les habitudes urbaines liées aux commodités de la gestion
efficiente des déchets ménagers et de l’électrification. Le territoire périurbain est donc compris
entre le rural et l’urbain, c’est-à-dire « l’entre deux » en ce qui concerne les infrastructures et les
habitudes urbaines.
Ainsi, Banekane et Feubat faisant partir du territoire périurbain de la ville de Bangangté sont choisis
dans notre échantillon pour plusieurs raisons : c’est l’espace périphérique le plus proche du centre-
ville de Bangangté (située à 7km du centre) et on voit par-là, la notion de proximité qui va jouer un
rôle tant dans la gestion des déchets solides que sur la valorisation et leur l’économie.
44
territoire pour mettre fin aux transferts de déchets qui induisent une spécialisation entre territoires,
producteurs et territoires d’élimination, et pour assurer une répartition équilibrée dans les
territoires ». Le dictionnaire Larousse (2009) définit la proximité comme étant « la situation de
quelqu’un, de quelque chose qui se trouve à peu de distance de quelqu’un, de quelque chose
d’autre, d’un lieu ». Dans les communes de taille moyenne ou de petite taille, où l’on dénonce les
incapacités des grandes villes à assumer la gestion de leurs déchets et à reporter vers l’extérieur la
charge, le principe d’autonomie progresse dans un contexte où la délocalisation de la gestion des
déchets en usage dans les décennies précédentes est de moins en moins envisageable. En vertu de ce
pilier, l’exportation hors de Bangangté des déchets dangereux sont généralement exclus à cause de
leurs complexités. Seule l’exportation des déchets non dangereux peut se faire hors de la commune
tout en limitant leur quantité, sauf dans les territoires limitrophes d’autres régions dont les
installations seraient plus proches des lieux de production des déchets à Bangangté. Ce qui importe
c’est la distance entre le lieu de production et le lieu de traitement qui doit être le plus faible
possible. La valorisation possible des biodéchets grâce au lien avec les activités agricoles plus
proches, le réemploi des bouteilles plastiques et le recyclage. Nous mobilisons la proximité dans ce
travail pour montrer le lien entre les pratiques alternatives observées sur le terrain avec la
valorisation des putrescibles dans les champs agricoles et les jardins tout proche des concessions ou
des domiciles. Les distances entre les zones de collecte (bacs à ordures) font aussi l’objet de
proximité parce que ceux qui sont proches des bacs à ordures pourraient gérer différemment par
rapport à ceux qui sont éloignés. L’éloignement de la décharge municipale ne permet pas aux
récupérateurs de s’y rendre, d’où la nécessité de proximité ou d’échelle dans ce travail pour
l’application des différentes pratiques alternatives des populations. La proximité est aussi définit
comme « situation d’une chose qui est à faible distance d’une autre chose ou de quelqu’un, de deux
ou de plusieurs choses qui sont rapprochées » ([Link]/définition/proximité, consulté le
vendredi, 10 août 2018 à 18h05’). La proximité des bacs à ordures, des décharges, des habitats, des
champs faciliterait une bonne gestion des déchets solides ménagers. Comme l’affirme (Durand et
al, 2015), l’obligation d’une proximité a pour but de responsabiliser les collectivités territoriales en
les obligeant à adopter les politiques efficaces de réduction et les rendre autonome dans le
traitement et l’élimination de leurs propres déchets.
Pendant nos prospections de terrain, les enquêtés ont pensé que la proximité relève d’une forme de
représentation d’une situation en temps donné. C’est le fait de prendre conscience, à titre individuel
et/ou collectif, qu’une infrastructure est présente dans leur espace vécu ou le sera dans un futur
proche. La proximité est donc porteuse de perception, de projection dans l’avenir et de mémoire.
45
L’idée de la proximité revêt un intérêt particulier dans le cadre de la ville de Bangangté grâce aux
pratiques alternatives de valorisation des déchets sur plusieurs formes à des distances courtes.
Si le principe de proximité fait partie des obligations en terme de gestion des déchets, son
application est des plus complexe et fonctionne de façon variable. La volonté politique d’établir ce
principe répond à des enjeux essentiellement sanitaires : éviter d’exporter les nuisances et limiter les
transports, sources de risques potentiels. Pour autant, des conceptions plus approfondies sous-
entendent, telles que l’autonomie des territoires dans leur approvisionnement en matière première et
dans le traitement de leurs rejets. Ces approches ont évolué durant les dernières décennies pour
aboutir à une gestion techniquement et économiquement rationnalisée des filières des déchets.
Pourtant, le concept d’économie circulaire remet la dimension territoriale au cœur de la gestion des
déchets, intégrant des enjeux sociaux et environnementaux (Ademe et al, 2016).
Des méthodologies, actuellement en phase de structuration théorique, offrent des pistes nouvelles
pour connaitre les flux circulant sur les territoires et le potentiel d’utilisation locale des matières de
récupération que peuvent constituer certains déchets. Gérer les déchets à proximité signifie accepter
une variété de flux plus grande pour assurer des gisements suffisamment importants.
Au regard de tout ce qui précède, il est opportun de dresser quelques théories qui permettraient
d’analyser et de comprendre le processus de gestion des déchets.
46
L’avantage relatif : c’est le degré auquel une innovation est perçue comme étant meilleure
que celle qui existe déjà. Il n’est pas nécessaire que cette innovation possède beaucoup plus
d’avantages que les autres, mais ce qui est important, c’est que l’individu la perçoive comme
étant avantageuse.
La compatibilité : c’est une mesure de degré auquel une innovation est perçue comme étant
consistante avec les valeurs existantes, les expériences passées, les pratiques sociales et
normes d’utilisateurs. Une idée qui serait incompatible avec les valeurs et les normes
actuelles prendrait plus de temps à être adoptée qu’une innovation compatible. De même,
dans certains cas, l’adoption d’une innovation compatible, nécessitera l’adoption au
préalable d’un nouveau système de valeur, ce qui peut prendre un temps considérable.
La complexité : c’est une mesure du degré auquel une innovation est perçue comme étant
difficile à comprendre et à utiliser. Les nouvelles idées qui sont simples à comprendre vont
être adoptées plus rapidement que d’autres qui nécessitent de développer de nouvelles
compétences avant de pouvoir les comprendre.
La testabilité : elle consiste en la possibilité de tester une innovation et de la modifier avant
de s’engager à l’utiliser. L’opportunité de tester une innovation va permettre aux éventuels
utilisateurs d’avoir plus de confiance dans le produit, car il aura eu la possibilité d’apprendre
à l’utiliser.
L’observabilité : c’est le degré auquel les résultats et les bénéfices d’une innovation sont
clairs. Plus les résultats de l’innovation seront clairs, plus les individus l’adopteront plus
facilement.
Chacune de ces caractéristiques prise seule n’est pas suffisante pour prédire l’adoption d’une
innovation, mais les études ont démontré qu’une combinaison de ces caractéristiques (des
avantages, une compatibilité avec les croyances et les normes, un niveau de complexité bas, une
possibilité de tester l’innovation et un fort degré d’observabilité) ouvre la voie plus à de grandes
chances d’adoption de l’innovation que si les caractéristiques sont inversées (Everett, 1995 in Nya,
2014).
Leurs résultats ont démontré que les caractéristiques qui détermineraient l’adoption d’une
innovation étaient celles mentionnées par la théorie de la diffusion de l’innovation d’Everett, mais
avec quelques modifications. Leur apport a consisté à ajouter le concept d’image qui se réfère au
degré auquel l’utilisation de l’innovation améliore le statut social de l’individu. En outre, ils ont
distingué deux dimensions au sein de l’observabilité. Ces deux dimensions sont la visibilité de
l’innovation et la possibilité d’en démontrer les résultats. En 1995, ces deux auteurs ont testé leur
47
modèle et ont démontré que le volontarisme, les normes sociales en place et l’ensemble des
caractéristiques décrites précédemment étaient les éléments qui influenceraient le plus l’adoption.
L’application de la théorie de diffusion de l’innovation à cette thèse
Cette théorie de la diffusion spatiale dans mon travail de recherche aide à mieux saisir le processus
d’innovation ayant cours dans la ville de Bangangté. L’innovation ici concerne les dispositifs ou les
pratiques alternatifs mis en place par la population locale et le secteur informel pour réduire la
quantité de déchets et leur valorisation. L’organisation d’un Service Public de gestion des déchets
solides basée sur trois éléments principaux à savoir la représentation des usagers ; un service
d’exploitation et de transformation des déchets en compost et un appui conseil et contrôle de la part
de l’autorité locale et la structure semi-privée HYSACAM.
La présence de cet opérateur depuis 2008 a permis que Bangangté soit de plus en plus propre d’où
de multiples prix sur l’échiquier national (ville la plus propre du Cameroun). Le placement des bacs
à ordures et des poubelles dans quelques coins de la ville permet de tester cette innovation afin de
construire un projet complet sur l’ensemble de la commune. L’utilisation des ordures ménagères
pour le fumier (amendement des sols) et l’alimentation des bêtes, le réemploi des bouteilles
plastiques constituerait aussi une innovation à l’échelle locale tandis que le recyclage des bouteilles
plastiques (fabrication des pavés), les papiers et les cartons ; la récupération des métaux pourrait
pour sa part constituer une innovation à l’échelle régionale et nationale voire globale. Puisque
l’innovation résulte de plusieurs éléments, il est judicieux de parler de la systémique : d’où la
théorie systémique.
48
socioéconomique et le sous-système moyens matériels et organisationnels qui déterminent la nature
et la composition des déchets, les modes de leur production, les moyens de leur collecte, de leur
évacuation, leur élimination ou valorisation ».
Dans ce sens, un système peut se définir comme un ensemble d’éléments structurés et organisés de
manière à maintenir un certain équilibre interne et où les différents éléments sont interdépendants et
interagissent dans la poursuite des objectifs communs. C’est une théorie qui embrasse presque tous
les domaines scientifiques. La société en tant que système est donc régie par un ensemble de
normes déterminant les fonctions de chaque élément socioculturel. Ces normes ne sont pas des
données naturelles.
49
domestique de l’espace public. Les déchets comme source d’informations contribuent à la définition
de l’identité collective ou individuelle. L’auteur béninois Eyebiyi dans « Gérer les déchets
ménagers en Afrique. Le Benin entre local et global », va enrichir cette prise de position en
décrivant les relations sociales autour des déchets ménagers. Ces relations sont même l’essence
d’un développement allant du global au local. Les jeux d’acteurs se conjuguent entre négociations
et conflits, les savoir-faire et les rôles basés sur les dynamiques locales, endogènes et exogènes pour
impulser le développement et le changement social. On note aussi que la gestion moderne des
déchets a beaucoup influencé les comportements des citadins à travers la mise en place de la
collecte sélective. Celle-ci a connu du succès grâce à plusieurs règlementations qui ont facilité son
application. Le tri sélectif a été une grande avancée dans la gestion des déchets. Mais son expansion
n’a pas été facile dans plusieurs localités à cause des attitudes réfractaires de certains habitants et
des moyens logistiques mis à la disposition des collectivités locales parfois insuffisants.
50
Conclusion au chapitre 1
Au terme de ce chapitre, il était question de bien éclairer les lecteurs sur les concepts et les théories
par rapport à la gestion et à la valorisation des déchets. Il ressort de ce travail scientifique que
plusieurs concepts à l’exemple du déchet, déchet solide ménager, gestion des déchets solides,
économie circulaire, valorisation, proximité, etc. ont été mis en exergue afin de mieux appréhender
la problématique de notre thèse qui est « Quelle économie circulaire spontanée pour une ville
moyenne camerounaise ? Le cas des déchets solides ménagers de Bangangté (Cameroun). Cette
problématique peut être mieux comprise grâce à ces théories par rapport au mode de
fonctionnement des acteurs qui interagissent dans la gestion et la valorisation des déchets, les
perceptions de chaque personne et les gains économiques que produisent les déchets. Toutefois, ces
concepts sont variables en fonction des territoires où l’on se trouve et dépendent aussi des
différentes politiques mises en jeu par les États. Mieux, la complexité des approches autour des
concepts réside dans l’absence d’un vocabulaire et d’un cadre conceptuel unanime et clairement
défini. Ainsi, il y’a une pertinence à lier « le déchet », « l’économie circulaire » à ce territoire semi-
urbain. La mobilisation de différentes théories (innovation, systémique, économiste et sociologiste)
a permis une liaison avec la gestion de déchets ménagers à Bangangté dans le sens de comprendre
l’interconnexion entre les acteurs. Les données qu’on a exploitées dans cette analyse sont issues de
l’espace susmentionné. Ces théories sont utilisées pour comprendre le processus de la gestion des
déchets afin d’implémenter une gestion durable et rentable des déchets. Elle est basée sur
l’observation participante des faits suivie de leur interprétation. Au regard de tout ce qui précède, il
ressort que les différentes théories suscitées ont permis de comprendre certaines situations en
rapport à la gestion des déchets et l’économie circulaire.
Une présentation de la ville de Bangangté est pertinente pour que les lecteurs puissent bien
comprendre cet environnement.
51
CHAPITRE 2 : BANGANGTÉ, UNE VILLE MOYENNE EN MUTATION
52
Introduction
Depuis sa création en 1930, la ville de Bangangté a connu plusieurs dynamiques territoriales. Elle
s’est imposée progressivement comme une ville très mouvementée sur le plan politique pendant la
guerre d’indépendance du Cameroun, à la fin des années 1950. Comme entité territoriale,
Bangangté a connu de nombreux leaders, des évolutions ou des dynamiques sur le plan agricole, et
a eu un impact sur l’économie nationale. Cette diversité et ce dynamisme lui ont permis de
bénéficier du projet de gestion des déchets solides ménagers en 2008. Le projet est apparu dans
l’optique de résoudre le problème de l’insalubrité. Certains natifs de cette région se sont faits une
place en politique au niveau national. Nombre d’entre eux s’en sont servis comme moyen pour
porter au-devant de la scène des préoccupations d’ordre local et socio-ethnique. La ville de
Bangangté, est retenue dans le cadre de cette recherche grâce aux meilleures pratiques communales
de développement local (1er Prix FEICOM en février 2012 et en décembre 2018), le 2ème Prix ONU
d’Excellence du Service Public dans le Secteur de l’Eau et de l’Assainissement, remis à Seoul en
Corée du Sud, le 26 juin 2014. La valorisation des fermentescibles à proximité en compost dans les
fosses, dans les fûts, aux pieds des maisons d’habitations, au niveau communal, le réemploi, la
réutilisation, le recyclage, le repérage des objets, etc. a aussi suscité notre attention à ne travailler
que sur la ville de Bangangté.
Elle fut érigée au rang de département par décret n°61 du 03 février 1961 (Compte administratif,
2013 in Commune de Bangangté, 2015). Bangangté jouit d’une grande superficie de 868,43km²
(Commune de Bangangté, 2015). Formé au prix de plusieurs guerres civiles et des hostilités contre
les Bamoun, ce territoire comporte le plus grand nombre de tranchées (commune de Bangangté,
2015). Cette structure est née dans l’optique de sortir le Ndé de sa léthargie, causée par la non-
maitrise des facteurs naturels tels que la densité du réseau hydrographique, la topographie
responsable de la dégradation de la végétation, l’émigration qui concoure à l’instabilité des
populations. Le système agricole quant à lui, est fortement influencé par la réduction de la
population, principale main d’œuvre. Le découpage administratif survenu en 2007 dans le cadre de
la mise en œuvre de la décentralisation au Cameroun est arrivé à point nommé, conduisant au
remodelage du paysage administratif de cette portion du territoire. Cette nouvelle configuration a
induit des enjeux importants sur le plan de la gestion locale, dans la mesure où elle implique de
nouveaux acteurs.
Pour mener à bien cette recherche, nous allons faire un état des lieux de la ville de Bangangté tout
en insistant sur les mouvements qui ont eu lieu de la phase précoloniale à la phase post-coloniale et
ses facteurs naturels. Notons qu’avant la mise en place d’un plan de gestion des déchets, la situation
d’enclavement de la ville de Bangangté constitue une difficulté pour son aménagement.
53
1. La présentation spatio-temporelle de Bangangté
1.1. Délimitation temporelle de l’étude
Cette thèse est centrée sur les deux dernières décennies. En effet, la ville de Bangangté comme
toutes les autres villes camerounaises a connu des dysfonctionnements tant sur les plans
économiques, culturels, religieux et sociaux depuis les années 1990-2000. Elle a pu mettre en place
quelques moyens ainsi que des matériels pour l’assainissement liquide et plus récemment la gestion
des déchets solides ménagers. L’assainissement liquide est mieux organisé avec le projet MODEAB
(Maitrise d’ouvrage Durable dans le secteur Eau et Assainissement dans la commune de Bangangté)
et celui de la construction d’un site de vidange ou égout qui a été signé en 2015 par le
gouvernement du Cameroun par rapport aux déchets solides qui tarde malgré certains acteurs
impliqués du domaine.
Cette étude s’intègre dans le contexte du développement durable, concept diffusé et popularisé dès
le début des années 1990. Depuis la conférence de Rio de Janeiro en 1992, il a été remarqué
l’émergence de la problématique environnementale au Cameroun. Puisque le développement
durable a fait l’objet de débats et continue. Il est opportun de parler des pratiques alternatives des
déchets ménagers en lien avec l’économie circulaire qui est d’actualité au Cameroun mais à son
stade initial. Cette situation est fille de la crise économique survenue à la fin des années 1980 et qui
a atteint son apogée au début des années 1990, sevrant l’État camerounais et les municipalités
(Bangangté par exemple) de moyens (matériels, financiers et humains) pour faire face à la
multiplication des immondices ou monticules d’ordures en bordure de rues et au cœur des quartiers
(Kengne et Bopda, 2000). Même s’il est admis que depuis 2008 quelques efforts sont faits par la
municipalité ainsi que les services de la société civile (HYSACAM) qui fait suite à un partenariat
tripartite de travail pour éliminer complètement ou amoindrir le développement des immondices
dans la ville et autres, il n’en demeure pas moins vrai que certains quartiers sont encore le site de
décharges sauvages. Ceci peut justifier que les déchets solides ménagers continuent d’être
considérés comme une menace environnementale et sanitaire, alors que ces derniers peuvent être
valorisés ou transformés en matière de récupération.
54
La dimension spatiale de la valorisation renvoie à un autre processus indissociable de notre
réflexion, la territorialisation, définie par (Sack 1986; Jaglin, 2005 in Pierrat, 2014) comme « un
moyen par lequel des individus et des groupes construisent et maintiennent des organisations
spatiales ». Dans un cadre circonscrit à des villes moyennes comme Bangangté, la définition
d’Elinor Ostrom de la spatialisation permet de distinguer ce cadre d’action dont l’unité préservée
par l’affirmation du pouvoir de régulation sur un tout (le système de gestionnaire et de politique
d’une ville) et sur ses parties (les dispositifs territorialisés) (Elinor Ostrom, 1996).
Le territoire ayant déjà été l’objet de plusieurs débats, on l’entendra ici en prenant en compte les
éléments tels que l’appropriation et les représentations d’une portion d’espace par un groupe
(acteurs de gestion et de valorisation dans leur acceptation), l’individu et son identité, le rapport au
pouvoir et les stratégies déployées par un groupe dit « marginal ». Ainsi, la caractéristique de
« Territoire » urbain que nous retenons pour étudier leurs relations avec la gestion et l’économie
circulaire des déchets combine plusieurs définitions de la géographie sociale.
Premièrement, le territoire est compris selon Di Méo, (1998) comme : « Appropriation à la fois
économique, idéologique et politique dans l’espace par des groupes qui se donnent une
présentation particulière d’eux-mêmes, de leur histoire, de leur singularité ». Deuxièment, notre
définition du territoire accorde une place importante aux acteurs, aux individus et à leur identité
(Bonnemaison, 1996 ; Grata loup, 2007 in Pierrat, 2014). La définition de Sack complète les deux
premières en incluant la notion de pouvoir qui apparait dans le territoire de Bangangté, et en
soulignant que « le territoire n’est pas un objet concret autonome mais le résultat des stratégies de
territorialisation ». Il est aussi à retenir que le territoire révèle la spécificité au sein d’un ensemble
plus vaste permettant de mettre en exergue la singularité de territoire de déchets qui pourrait résulter
de nos recherches. Enfin, la signification que nous donnons à l’objet déchet en tant que
« ressource » implique que notre proposition de définition rejoigne celle de Debarbieux, « qui
combine une spatialité proprement géographique et une spatialité symbolique » et pour qui les
lieux apparaissent « comme une figure rhétorique du territoire » (Debarbieux, 1995 in Pierrat,
2014). La relation déchet-territoire peut être symbolique si le déchet est considéré comme une
nuisance, alors la relation à l’espace est caractérisée par l’éloignement, il y’a alors création de
distance et même « négation » de territoire. Ces notions de spatialisation, de territorialisation et de
territoire permettent de comprendre l’évolution de la ville de Bangangté.
La ville de Bangangté se situe à environ 240 km de la capitale politique du Cameroun. Sa situation
latitudinale et longitudinale montre qu’elle se localise entre 5°00’ et 5°12’30’’Nord ; 10°25’00’’ et
10°45’00’’Est. Ce territoire est limité au Nord par Bangang-Fokam, au Sud par Bangoulap, à
55
l’Ouest par Bamena et à l’Est par le Noun (figure 2). Située à 1340 m d’altitude, elle bénéficie d’un
climat de mousson de type topographie abritée (Suchel, 1973 ; Tchindjang, 1985, 1996).
56
Les notions de territorialisation, territorialité et territoire évoquées précédemment permettront la
compréhension de quelques dynamiques ou mutations survenues à Bangangté tout en ressortant
quelques spécificités qui lui sont propres par rapport aux grandes villes camerounaises.
57
à 1469 en 1956. C’est au point de contact des chefferies que sera créé en 1930 le centre urbain de
Bangangté par un arrêté du Commandant allemand Marchand (Noupadja, 2011). La pénétration
coloniale dans la zone de l’Ouest va créer une période trouble. En effet, les populations du territoire
qui forme la commune de Bangangté vont subir de lourdes exactions avec les colons allemands à
cause de la résistance qu’elles opposèrent à cette incursion (déportations des hommes pour les
travaux forcés, massacre des résistants, destruction des villages et biens). Au cours de cette période,
certains villages comme Bitchoua, Madoum, Babou, Sanki, Bametcha, Bapoumpa se sont vidés de
leurs populations (compte administratif de Bangangté, 2013 in Commune de Bangangté, 2015). Des
chefs de village furent emprisonnés : le chef de Babou Yowa Philippe, le chef Bandiangseu. Le
Chef de Bangang Fokam TOUKAM (grand guerrier et martyr de sa localité) opposa une résistance
farouche à l’arrivée des allemands et fit une résistance à l’invasion des Bamouns et des Bandjoun.
La fin de cette période trouble vers 1915 (défaite allemande au cours de la première mondiale) est
marquée par l’agrandissement et le développement de Bangangté avec l’annexion de Batchingou,
Bangweu, Poozou, Noumko, Noumtchouet, Ndoukong, Sanki (localités retenues par les colons pour
isoler les malades de la lèpre).
Durant cette période, la population rurale environnante refuse de se soumettre aux traitements
infligés par les colons, d’où le nom Bangangté. Ce nom proviendrait d'une mauvaise prononciation
par un colon allemand de l'expression originelle « Pah ha nteu », traduit de manière littérale en
français par : « ceux qui refusent l’assujettissement, l’esclavage ou la soumission », ce qui signifie
en d’autres termes « Ceux qui rejettent la domination des autres » (Franqueville, 1987 ; commune
de Bangangté, 2015). Depuis cette période, cette expression caractérisant ce peuple va rester dans sa
prononciation actuelle. Les données statistiques montrent que les trois principaux foyers de
peuplement au Cameroun sont la zone montagneuse de l’Extrême Nord, la zone montagneuse de
l’Ouest et la région de Yaoundé (Franqueville, 1987). Cependant, la région de l’Ouest est la zone de
plus fort exode rural du pays, et le Ndé est le département le plus touché par ce phénomène, ce qui
explique la structure instable de sa population (Dongmo, 1978).
- La phase des crises de libération nationale ou la phase coloniale
Il s’agit de la période durant laquelle, les mouvements nationaux visant à mettre fin à la domination
coloniale sont actifs. Notons qu’en 1955, après la dislocation de l’Union des Populations du
Cameroun (UPC), ses adeptes vont décider de se réfugier dans les villes plus discrètes pour
continuer leur revendication. La région de l’Ouest a reçu à cette époque une partie importante des
58
membres qui y ont menés une véritable rébellion connue sous le nom de « maquis »1. La zone rurale
apparaît ainsi comme un espace à risque, d’où l’augmentation rapide des habitants de la ville. Ainsi,
la population du Ndé est passée de 1469 en 1956 à 10 080 habitants en 1967.
Vers la fin du XIXème siècle, plusieurs conflits tribales vont marquer l’histoire de cette partie : c’est
ainsi que diverses résistances de conquêtes territoriales ont ruiné le village Bonkeu et occasionné
son déplacement successif ; les populations de Babou sorties au bord du Noun suite à la guerre avec
les Bamouns ; la migration des Bandiangseu vers la plaine du Noun suite à une guerre avec les
Bangoua ; les rivalités du village Bagnou contre les Ndepnou (Bangoua), Bazou et Bamena.
Certains villages se sont créés à la fin du 19e siècle : Maham, Nounfam, Louh. Langweu, Babou,
Bagnou.
- La phase post-coloniale
Après l’indépendance du Cameroun le 1er janvier 1960, plusieurs actions ont été entreprises dans
l’optique de contribuer au développement du pays. L’histoire contemporaine a été également
marquée par la pénétration du christianisme vers les années 1920 avec l’arrivée des premiers
missionnaires protestants de l’Église Évangélique du Cameroun (EEC), puis des missionnaires
catholiques. Cette arrivée des missionnaires sera marquée par la création des écoles dans les
villages. À côté des religions importées, une bonne tranche de la population est restée attacher aux
valeurs et croyances ancestrales. Bangangté est un arrondissement et en même temps chef-lieu de
Département du Ndé, placé sous l’autorité administrative du Préfet. La subdivision de Bangangté a
été créée en 1930 par l'Arrêté du Haut-Commissaire de la France d'Outre-mer. Après
l’indépendance, la Subdivision devint Département du Ndé par le Décret N° 61 du 03 février 1961.
La Commune de Bangangté voit le jour comme unité administrative à la faveur de l’Arrêté N° 807
du 29 Novembre 1954. La commune mixte rurale de Bangangté va par la suite devenir
l’arrondissement de Bangangté à partir de la loi n° 96/06 du 18 janvier 1996 portant révision de la
constitution du 02 juin 1972 et créant les Communes d’Arrondissement. Elle s’étendait à l’époque
sur le territoire de la Subdivision de Bangangté, couvrant le Département du Ndé actuel. Ce
territoire est traditionnellement administré par un chef supérieur de 1er degré en milieu urbain et six
chefferies de 2ème degré. L’ensemble, Bangangté rural et les sept groupements se répartissent en
Trente-six villages ayant à leur tête des chefs traditionnels de 3ème degré. L’espace urbain de
Bangangté quant à lui est subdivisé en dix quartiers ayant chacun à leur tête un chef de 3edegré.
1
Les Maquis étaient une technique adoptée par les membres de l’UPC qui, fortement armés détruisaient tout sur leur
passage. Jusqu’à nos jours, plusieurs familles ont des séquelles de ces maquisards (les actes de naissances et plusieurs
autres dossiers ont été calcinés sur leur passage) (Dongmo, 1978).
59
Le début des travaux de la nationale n°4 Yaoundé-Bafoussam vers les années 1983 va accélérer le
désenclavement, le développement et la modernisation de la commune. Cette époque va connaitre
l’extension du réseau routier où la ville de Bangangté est considérée comme agglomération satellite.
C’est le principal axe d’entrée et de sortie de la région de l’Ouest (figure 3).
Toutes ces évolutions et modifications ont entrainé des changements sur le mode de la gestion
environnementale à Bangangté. Parmi ces initiatives, on a le renforcement du système de gestion
des déchets à travers la société prestataire de collecte des ordures au Cameroun et le système
éducatif. Ceci va se concrétiser à travers la construction du site de décharge des déchets solides
ménagers et l’ouverture des infrastructures à caractère éducatif. Dans la ville de Bangangté,
plusieurs écoles vont ouvrir leur porte et plus tard l’Université des Montagnes (UdM) sera mise en
place. Tous ces évènements vont œuvrer à une augmentation de la population, à la faiblesse de la
productivité agricole et à l’enclavement de la ville de Bangangté.
60
1.2.2. La croissance démographique en hausse
Entre 1930 et 1956, le nombre de la population a considérablement régressée, et la ville est passée
de 5200 à 1468 habitants. Il s’agit d’une période de conflit des « maquis » qui a poussé un grand
nombre de personnes à quitter le village devenu très dangereux. Par la suite, la population va croître
de façon progressive jusqu’en 1967 avec une population de 10 080 habitants. Après 1967, On note
une population qui évolue à un rythme accéléré. En 1976, 17 078 personnes vivaient dans la zone
et 18 610 habitants en 1987. Dès 1990, l’État du Cameroun s’est engagé dans une politique de
décentralisation de nombreux services publics et la création des entreprises dans les centres urbains.
Cette politique vise l’émergence et le développement des villes moyennes (SNGD, 2007).
Aujourd’hui, cette population urbaine évolue de manière exponentielle à cause du renforcement de
la carte urbaine en infrastructures éducatives (création des nouvelles écoles primaires et
secondaires, les Instituts Privées d’Enseignements Supérieurs, l’Université de Montagne,), etc.
Le dernier rapport du Recensement Général de la Population et de l’Habitat (3e RGPH, 2005) au
Cameroun, publié en 2010 par le Bureau Central de Recensement et des Études de Population
(BUCREP) montre que la ville de Bangangté a une population de 28 011 habitants. D’après nos
prospections effectuées auprès des gestionnaires de la collectivité territoriale décentralisée de
Bangangté, la population serait estimée à environ 67 000 habitants en 2015 (figure 4). Toutefois,
ces chiffres seraient à considérer avec beaucoup de retenue compte tenu de l’absence de publication
ou de source officielle présentant les derniers chiffres de la population issus du 4e RGPH qui ne
s’est plus réalisé en 2015 par le BUCREP.
61
Le rythme de la croissance urbaine estimé à 3% (3e RGPH, 2005) fait peser sur la commune des
charges supplémentaires d’enlèvement des ordures dues à ce développement. Cette croissance
démographique constitue l’une des difficultés qui contraignent la maitrise de la production des
déchets ménagers et sa gestion efficace par la société de collecte en place.
La diversité ethnique des peuples est la conséquence des lieux d’habitation de ceux-ci sur le
territoire. Cette diversité ethnique est aussi la cause des différences dans les modes de production et
de consommation des déchets. Les bamilékés constituent la catégorie la plus représentée. Quelques
petits groupes disparates de personnes originaires des autres régions du Cameroun. Au moins 20%
des habitants de la zone urbaine viennent des régions du grand Ouest (nord-ouest, sud-ouest et
ouest), le grand mbam, le centre, le sud et le septentrion (surtout les bororos). Les peuples des
régions du Nord et de l’Extrême-nord vivent principalement de l’élevage des bovins. Ils sont
représentés par 10% des ménages enquêtés. Par contre, ceux de la région de l’Ouest soit 80%
pratiquent l’agriculture intensive comme activité principale, qui est source de production de déchets
agricoles, des déchets organiques issus des ménages et des marchés en quantité considérable dans la
ville. La diversité ethnique (tableau 2) ne facilite pas une bonne gestion des déchets solides
ménagers car chacun a une perception différente des déchets. Ces différents facteurs constituent les
spécificités des villes moyennes africaines qui réalisent en leur sein certaines pratiques compte tenu
des espaces non occupés.
Tableau 2 : Peuples présents à Bangangté
Région Effectifs Pourcentage (%)
Ouest 160 80
Centre 6 3
Nord 10 5
Extrême-nord 10 5
Nord-ouest 10 5
Sud 4 2
Total 200 100%
Source : Enquêtes de terrain, août-septembre 2017
Notre enquête de terrain fait observer que 60,5% des habitants de Bangangté viennent d’autres
villes, contre 39,5% des campagnes (figure 5). Ce phénomène de divergence des appartenances
explique les comportements de chaque individu sur la provenance des déchets et leurs méthodes de
gestion.
62
Figure 5 : Provenance des populations présentes à Bangangté
2. Présentation économique et administrative
Les secteurs informels d’une part, primaire d’autre part emploient la majorité des habitants de la
ville, raison pour laquelle le niveau de vie des populations est bas. En outre, cette population ne
cesse de croître au fil du temps. En avril 1976, l’économie de Bangangté était en crise malgré le fait
que le taux d’activités était élevé à 66,3% (Djamfa, 2011 in Kouatchou, 2017) et identique à celui
de toute la région de l’Ouest. Ce taux est relatif car le sous-emploi est bien répandu et la portée
économique de certaines activités reste encore très limitée.
Les activités économiques de la ville de Bangangté s’appuient principalement sur deux secteurs : le
secteur primaire et le secteur tertiaire. Les principales activités tournent autour de l’agriculture, du
commerce (figure 6).
63
Les secteurs tels que l’artisanat, l’élevage, le transport, les petites manufactures et la sylviculture
sont autant d’activités qui se greffent autour des activités principales. Nous verrons par la suite que
les activités (apport volontaire, collecte et le recyclage des déchets restent largement informelles,
faisant ainsi partie de ces activités économiques.
La commune de Bangangté a connu depuis sa création, le passage de dix Maires parmi lesquels
Monsieur Marcel NIAT NJIFENJI (actuel Président du Sénat depuis la législature de 2013 et réélu
en mars 2018). À ce jour, la commune est administrée par Madame KETCHA Célestine, élue en
2007 et réélue en 2013. Ces fonctions de mairesse prennent fin le 01 mars 2019 par sa nomination
au poste du Ministre de l’Habitat et du Développement Urbain (MINHDU) le 04 janvier 2019 lors
du réaménagement du gouvernement par le Président de la République. Cette nomination pourrait
se justifier par sa compétence et son dynamisme dans les affaires publiques.
La mairie est actuellement dirigée par Monsieur KOUAMO Jonas, élu à l’unanimité par les 41
conseillers municipaux le 01 mars 2019.
Sous l’impulsion de cette 1ère Femme Maire titulaire à Bangangté et grâce à son dynamisme, la
commune de Bangangté va connaître un rayonnement national et international sans pareil. La
commune de Bangangté gagnera le 1er Prix FEICOM des meilleures pratiques communales de
Développement Local en février 2012, 2014, 2016 et décembre 2018 ; ainsi que le 2ème Prix ONU
d’Excellence du Service Public dans le Secteur de l’Eau et de l’Assainissement, remis à Seoul en
Corée du Sud, le 26 juin 2014 ; présidente des femmes Maires d’Afrique en 2015.
Le secteur éducatif est aussi l’un des moteurs de développement dans la ville de Bangangté tel que
nous l’observons sur la figure 7. Il ressort de la figure 7 que 120 des personnes enquêtés ont des
niveaux de formation secondaire et supérieur, soit respectivement 60% et, 32%, du secteur primaire
contre 7,5% des ménages non scolarisés. Ceci peut nous amener à affirmer que les habitants de la
ville de Bangangté sont plus ou moins éduqués. Cette éducation qui les amènerait à mieux gérer
leurs déchets tels qu’observer sur le terrain malgré quelques poches de résistance dans certains
quartiers. Il est ainsi possible de supposer que la gestion des déchets diffère d’un quartier à un autre
en fonction du niveau de formation des habitants. Ces résultats expliquent la gestion acceptable des
déchets solides ménagers sur le territoire de Bangangté, tel que nous le démontrons dans le chapitre
6.
64
Figure 7 : Inégale répartition des niveaux d’étude des enquêtés
65
Ad-Lucem avec 1500 m d’altitude, portant des sols profonds et peu évolués sur basalte (Tchindjang,
1985)2, pour déboucher sur la colline de Feutap, considérée comme le plus culminant (1600m) et
située à 4 km au Nord de la ville (figure 8).
Le contraste lié à un relief bien accidenté ne facilite pas la collecte des déchets dans une bonne
partie de la ville ; ce qui a pour conséquence le rejet des ordures dans les cours d’eau et torrent
récepteur, les ruelles.
2
TCHINDJANG MESMIN. (1985). Le rebord du plateau bamiléké autour de Bangangté, Mémoire de géographie
physique, UYI, 125 p.
66
(influence de la mousson) et protégé des courants d’air desséchants intérieurs par les montagnes
Batcha, Batchingou et Batié. La ville de Bangangté, bien qu’étant presque à la même altitude, est
plutôt sous le vent. Suchel (1973)3 essaie d’apporter une explication à ce phénomène. Il estime qu’il
est fort probable que le franchissement par les vents océaniques des obstacles constitués par l’axe
de la dorsale camerounaise et la haute escarpe du plateau bamiléké s’accompagnerait d’une giration
anticyclonique qui amènerait sur sa droite des courants subsidents de type foehn, surtout à l’époque
où la mousson est encore peu épaisse. On ne doit pas non plus oublier que ce territoire occupe
l’extrémité Nord-Ouest d’une vaste aire de pluviosité déficitaire (Tchindjang, 1985) qui pourrait
bien avoir son origine dans ce phénomène.
De ce fait, la ville de Bangangté appartient à ce que Suchel (1973) appelle le climat de mousson de
type submontagnard dit « abriter », et plus précisément le sous-type à palier et à nuance déficitaire.
Cette ville occupe l’extrême Nord-Ouest d’une vaste aire de pluviosité déficitaire qui pourrait avoir
son origine dans ce phénomène. Dans l’ensemble, la pluviométrie moyenne annuelle est inférieure à
1 400 mm. L’altitude apparait comme l’élément fondamental qui conditionne la pluviométrie. On
distingue à Bangangté deux saisons à durée inégale. La saison sèche ne dure que trois mois
(décembre à février). Des pluies intermittentes et occasionnelles surviennent pendant les mois de
janvier et février. Le mois de décembre est le plus sec, car aucune goutte de pluie ne tombe (figure
9). La saison pluvieuse s’étend sur neuf mois avec une baisse de précipitations entre les mois de mai
et de juin. Par ailleurs, les observations sur le terrain au cours de ces dernières années montrent une
perturbation notoire de l’intensité des pluies et de leur périodicité. C’est peut-être la raison pour
laquelle les cours d’eau de la région sont en pleine régression (tableaux 3 et 4) en annexe 2. Il est à
constater sur la figure 9 que le maximum se situe au mois de septembre et le minimum au mois de
janvier.
3
SUCHEL J.B., (1973), La répartition des pluies et les régimes pluviométriques du Cameroun. Travaux et documents
de géographie tropicale/-CNRS n° 5, Talence 287 p.
67
Figure 9 : Diagramme ombrothermique de Bangangté (1993)
La pluviométrie qui représente la totalité de l’eau au cours de l’année est une donnée importante
dans la compréhension de la situation économique de Bangangté et sa périphérie. Elle règle le
rythme de vie de la population qui vit en majorité des produits des champs. La ville de Bangangté
apparaît comme un terroir « décourageant, voire maudit » (Nganso. E, 1973)4. Dès lors, la
population menacée par la nature choisit l’exil ou l’émigration. Les investisseurs ne s’intéressent
pas aussi à cette zone. Ce qui a occasionné une importante réduction de la population et a entrainé
une stagnation économique.
Le caractère climatique influence la gestion des déchets ménagers dans la mesure où en saison des
pluies, les agents HYSACAM n’accèdent pas facilement à certains quartiers qui possèdent des
routes non bitumées. Les sols argileux ne facilitent pas la circulation des véhicules parce que du fait
de leur caractère collant. Ces grosses averses qui empêchent souvent la circulation des engins en
charge de la collecte constituent un obstacle causant parfois les inondations; ce qui emmène parfois
les populations à vidanger les déchets dans le torrent. Après certaines pluies, on constate une
prolifération des déchets de toute sorte soit dans les rues, soit dans les caniveaux.
Le mois de septembre se distingue par une forte pluviométrie car les précipitations sont supérieures
à 2000 mm. Les précipitations croissent de mars à avril (1134,6 à 1146 mm) et baissent de mai à
juin avant de croître à nouveau en juillet. L’inexistence des pluies en décembre constitue une
menace pour les ressources hydriques et facilite bien la collecte.
Nganso E.19733 , parle de terroir « décourageant, voire maudit » car ici les activités y menées ne sont pas rentables.
L’activité agricole étant la plus prisée ne satisfait même pas les besoins de son acteur seul a cause de son climat peu
favorable à cette activité.
68
Par ailleurs, on observe ces dernières années une grande fluctuation des précipitations. Les relevés
pluviométriques sur 16 années permettent de cerner ces variations (figure 10).
Figure 10 : Variation des pluies par rapport à la moyenne de Bangangté (1993 à 2011)
La figure 10 permet d’identifier trois grandes périodes à l’instar de la période déficitaire qui va de
1993 à 1995, de 1998 à 2000; la période excédentaire pour les années 1997, 2002 et 2007 ; la
période relativement stable présentant une baisse de la pluviométrie entre 2009 et 2011.
Sur les 16 années étudiées, seules huit années ont une moyenne de pluviométrie supérieure ou égale
à la moyenne annuelle. Tout cela montre à suffisance qu’en dehors de la problématique de gestion
des déchets ménagers, le problème d’eau est aussi très fréquent.
La combinaison permanente de la chaleur et de l’humidité accélère la dégradation des déchets qui
dégagent de fortes odeurs. Celles-ci attirent des espèces variées et nombreuses d’animaux et
insectes (souris, rats, cafards, moustiques, mouches) qui sont de potentiels agents vecteurs de
transmission des maladies pour les citadins. La période des pluies à Bangangté s’accompagne de
déplacements difficiles liés aux pistes et routes boueuses qui mènent vers les lieux de dépôts des
déchets (bacs à ordures). La plupart des ménages situés au-delà de 400 m des bacs n’hésitent pas à
utiliser les torrents comme mode d’évacuation de leurs déchets (observations de terrain, 2016-
2017). Certaines personnes ont évoqué que la distance doit être un élément à prendre en compte par
les services de collecte. Donc les bacs à ordures doivent être proches les uns des autres afin d’éviter
les dépotoirs sauvages. En saison sèche, un autre scénario non loin désastreux se produit. L’arrivée
du soleil symbolise l’inauguration de la période des incinérations à ciel ouvert. Les actions sont
synchrones dès les premières semaines ensoleillées comme si tous les assoiffés du feu fonctionnent
au même rythme des saisons sèches. Les flammes spontanément activées par les pyromanes d’un
69
autre genre dévorent à longueur de temps les tas d’immondices et les dépôts sauvages dans les
quartiers, au centre-ville, devant les immeubles administratifs voire dans tous les recoins de la ville.
Les pratiques des populations pour se débarrasser de leurs déchets en saison sèche ou pluvieuse
rendent plus difficile la mission des structures chargées du service public des déchets.
3.3. Le sol
Les sols de la ville sont majoritairement de type ferralitique dérivé des roches métamorphiques
(Tchindjang, 1985). Dans la périphérie Est de la ville de Bangangté (Banekane), on a à faire à des
sols indurés, de cuirasses peu profondes (1 à 2 m). On rencontre également des sols alluvionnaires
vers les sommets des collines, sols alluvionnaires amorphes noirs très fertiles dans les plaines, sols
alluvionnaires hydromorphes dans les bas-fonds, les sols ferralitiques rouges sur les flancs de
quelques sommets, les sols sablo-argileux dans les zones marécageuses (Tchindjang, 1985). La
zone bordière, constituant la majeure partie de la ville de Bangangté, est formée des sols durs à
socle acide et très pauvres. Tous ces sols sont affectés par une intense hypothermique de base cause
de l’érosion. Ici, le sol est toujours humide, ce qui favorise la décomposition des matériaux à la
surface de la terre et favorise la valorisation des déchets organiques.
Face à la qualité très pauvres desdits sols, les ménages utilisent les déchets ménagers putrescibles
ou biodégradables sous forme de fumiers ou compost dans les jardins et les champs comme engrais
biologique tant à l’échelle des quartiers ou au pied des maisons d’habitation qu’à l’échelle de la
commune pour booster la production agricole. Ceci dit, les pratiques alternatives d’une bonne
gestion des déchets ménagers pourrait contribuer à une économie circulaire de ces derniers via le
compostage en fosse, en tas, dans les fûts; engrais organique, trois fois fertilisant et peu onéreux que
les engrais chimiques qui parfois appauvrissent les sols. Cependant, il a été constaté dans plusieurs
espaces, la prolifération des déchets plastiques qui plus tard s’ils ne sont pas collectés pourrait
rendre ces sols incultivables. L’artificialisation des sols s’est accrue au fur et à mesure que naissent
les institutions privées d'enseignement supérieur élargissant le champ d’action de la ville
(Kouatchou, 2017).
3.4. L’hydrographie
Le territoire de Bangangté est arrosé par un réseau hydrographique dense constitué de cours d’eaux
à régimes réguliers et saisonniers. Leurs cours sont sinueux du fait du relief montagneux et de la
profondeur des vallées. Le cours d’eau le plus important qui traverse la ville est la rivière Noun qui
est alimentée par les rivières affluentes Kon, Ngam et Ndé. D’autres cours d’eau de moindres
importances arrosent également la ville. Ces cours d’eau connaissent leur période d’étale haute
pendant la saison des pluies, particulièrement entre août et octobre. Il est important de retenir que la
70
majorité de ces cours d’eau sont saisonniers et on observe de ce fait une baisse du régime d’eau
pendant la saison sèche pour certains et un tarissement complet pour la majorité. Les petits cours
d’eau qui traversent les quartiers de la ville constituent pour certains ménages leurs décharges.
Lorsque ces cours d’eau sont débordés par les tas d’immondices, cela crée des inondations dans la
ville d’où la nécessité d’une gestion durable des déchets solides dans cette partie du pays. Ces cours
d’eau sont parfois les réceptacles des ordures ménagères dans les quartiers où l’accès est difficile
pour la collecte.
3.6. La faune
La situation biogéographique de la Commune de Bangangté lui confère une faune diversifiée,
constituée pour la plupart de petits mammifères, de rongeurs, de reptiles, d’oiseaux et de quelques
primates. Ces rongeurs apparaissent souvent en grand nombre dans des champs et les boutiques
situées dans le centre urbains et d’autres milieux. Ceci est souvent dû à une gestion inefficace des
déchets tant en milieu urbain qu’en milieu rural. Parmi ces espèces fauniques on peut distinguer :
les petits rongeurs (hérissons, porcs épics, rats palmites), les petits mammifères (lièvres, biches,
singes, chat-tigre), les reptiles (varans, serpents,), les oiseaux (corbeaux, éperviers, perdrix,
pintades). Cependant, la destruction de l’habitat de ces espèces par les activités agricoles et
l’intensification du braconnage sont à l’origine de la raréfaction de la faune et de la disparition de
certaines espèces.
71
infrastructures. Ainsi, le type d’habitat peut donc être considéré comme un indicateur pertinent du
statut socio-économique et a par conséquent un impact sur la santé. Il s’agit notamment de l’impact
sur l’environnement intérieur et sur l’environnement extérieur immédiat. Les ménages pauvres
vivent généralement dans de mauvaises conditions hygiéniques et dans les logements ne disposant
pas d’infrastructures nécessaires à la satisfaction des besoins divers tels que l’eau courante, les
toilettes, le système d’évacuation des eaux usées et des ordures ménagères, etc. Les conditions
d’habitat sont favorables au développement des microorganismes pathogènes et augmentent ainsi
les risques d’exposition aux maladies infectieuses parmi lesquelles les maladies diarrhéiques.
Travailler sur les inégalités environnementales à travers l’exemple des territoires et des services
urbains est doublement important : pour produire une connaissance scientifique sur des situations
socio-environnementales diverses qui concernent des fractions toujours croissantes des populations,
mais aussi pour les nommer et les rendre visibles au public et aux politiques. « Le politique ne
saurait être tenu responsable de problèmes non encore établis, non établis car non investis par la
recherche scientifique » (Emelianoff, 2006).
Pour mieux appréhender les notions d’inégalités environnementales et écologiques, certains
chercheurs se sont forcés à les différencier. Il s’agit en réalité d’inégalités socio-écologiques et
socio-environnementales, c’est-à-dire « des inégalités sociales face à l’environnement » (Chaumel
et La Branche, 2008, faisant référence aux travaux de Theys in Durand et Jaglin, 2012). Les
inégalités écologiques ont tout d’abord été définies comme « un cumul des inégalités sociales, des
inégalités d’accès à la qualité du cadre de vie et des inégalités dans l’exposition aux nuisances
urbaines et aux risques (industriels, naturels…) » (Laigle, 2004, in Durand et Jaglin, 2012). Cette
définition insiste sur l’empilement des inégalités environnementales et sociales, leur commune
contribution à une « trappe écologique ». Le Comité Français pour le Sommet Mondial du
Développement Durable de 2002 avait donné une définition similaire à cette notion, notant que « le
champ des “inégalités écologiques” est en fait fort étendu et recouvre aussi bien une exposition aux
risques naturels et techniques, une dégradation de la qualité de vie, une privation relative de certains
biens et services communs allant jusqu’à un accès restreint ou altéré à des ressources vitales ».
« Ces inégalités sociales face à l’environnement » dont parle Chaumel et La Branche, (2008 in
Durand et Jaglin, 2012) pourraient s’illustrer par la photo 1.
72
Photo 1:Mixité des quartiers du centre urbain
La justification de la mixité sur ce cliché s’observe plus au niveau du bâti et des routes secondaires.
On a observé lors des enquêtes de terrain tout un mélange des habitats que nous avons catégorisés
en quatre groupes et considérés comme habitats hauts standing, habitats moyens standing, habitats
spontanés ou précaires et habitats périphériques ou périurbains.
73
leurs implications dans les activités génératrices de déchets. Nous parlerons du type d’habitat de la
commune de Bangangté ainsi que son système de production des déchets.
Nous avons ainsi regroupé les quartiers de la ville de Bangangté en quatre catégories d’habitats à
savoir : les quartiers à habitats Hauts Standing, Moyens Standing, Habitats spontanés ou précaires et
les quartiers périphériques. Ce classement a été réalisé à partir des observations empiriques de
terrain. Le quartier administratif et le centre commercial forment le centre-ville de Bangangté. Ils
sont situés le long de la route principale. Ces deux quartiers sont suivis directement par une zone
d’habitat mixte. Il s’agit d’un type habitat qui comporte en même temps les infrastructures
commerciales et les maisons d’habitation. De l’intérieur vers l’extérieur de la ville, après l’habitat
mixte, c’est le domaine de l’habitat évolutif. Ce type d’habitat couvre presque la moitié de la ville.
Par ailleurs, cet habitat évolutif est constitué de maisons d’habitations qui peuvent subir des
modifications à tout moment. Vers la périphérie de la ville, on est dans le domaine de l’habitat
spontané très diffus, développé de manière anarchique entre les champs et les plantations de
caféiers. De cette morphologie générale de la ville de Bangangté, nous avons sélectionné dix
quartiers et nous les avons regroupés en strates (tableau 3).
Tableau 3 : Répartition des échantillons
Quartiers à Échantillons Caractéristiques du
enquêter Prévus Réalisés territoire
La technique d’échantillonnage
Il consiste à « choisir un nombre limité d’individus, d’objets ou d’événements dont l’observation
permet de tirer les conclusions applicables à la population entière à l’intérieur de laquelle le choix a
74
été fait ». Il pose trois problèmes à savoir le choix d’une technique d’échantillonnage, l’existence
d’une base de sondage et la détermination de la taille de l’échantillon.
La stratégie d’échantillonnage doit également tenir compte des moyens financiers ou matériels mis
en œuvre. C’est aussi l’étape fondamentale et décisive en ce qui concerne la qualité et la précision
des résultats attendus de la caractérisation. Raison pour laquelle, avant de pouvoir arrêter un mode
d’échantillonnage de déchets, il est nécessaire de définir le contexte dans lequel les opérations de
prélèvement vont être effectuées. Ould-aloueimine, (2006), Hamza, (2014) clament que
l’hétérogénéité des gisements de déchets et la variation au sein des populations rendent
l’échantillonnage plus complexe. On doit tenir compte du zonage, de la période (variation
saisonnière), de la fréquence de collecte de l’échantillon et de la source de l’échantillon collecté. La
technique d’échantillonnage doit être choisie de manière à avoir un échantillon le plus représentatif
de la population initiale (déchets, bennes ou ménages) et ainsi à minimiser au maximum les biais
dans les résultats. L’enjeu est donc de taille et il faut recourir à une combinaison de technique. Ici,
nous avons choisi quelques quartiers en se focalisant sur les aspects socio-économiques, l’accès aux
services d’hygiène et de salubrité, la qualité des maisons et la qualité du site afin de pouvoir
catégoriser ces quartiers dans la ville de Bangangté où nous devons conduire l’étude. On a adopté
l’échantillonnage aléatoire qui permet de choisir au hasard et à plusieurs reprises chaque élément de
la population à échantillonner. Cette méthode de sondage s’impose dans le cadre de cette étude
compte tenu du fait que la population de référence est peu homogène. L’inconvénient de cette
technique est relatif à la faible précision des résultats obtenus quand la population, objet de
l’échantillonnage, a des tendances inconnues ou des variations non systématiques. Toutefois, dans
certains cas, ces éventuelles variations sont minimisées grâce à une stratification préalable. C’est
dire que les sciences sociales disposent entre autres de deux techniques ou méthodes
d’échantillonnage plus utilisées : la méthode probabiliste ou du choix au hasard (aléatoire) et la
méthode des quotas ou du choix raisonné. La ville de Bangangté est structurée en deux strates. Une
partie urbaine constituée de neuf quartiers et une partie semi-urbaine qui compte 15 quartiers et des
villages (environ neuf villages).
En s’appuyant sur ces critères, le choix est porté sur la trame urbaine constituée de 28 011 habitants.
Ainsi, l’on a procédé à un échantillonnage aléatoire où il a mené des enquêtes quantitatives auprès
de 200 ménages et a sélectionné 10 quartiers témoins, pour vérifier ses hypothèses de recherche. De
ce faire, 20 ménages par quartier font l’objet des enquêtes.
La figure 11 montre la répartition spatiale du nombre de population et le territoire urbain à enquêter.
Par contre la figure 12 illustre les quartiers enquêtés.
75
Source : Cartes de l’INC (2006). Adaptée Djounguep et Nya, 2014
Figure 11 : Répartition spatiale du nombre de la population de Bangangté
76
4.1.1. Quartiers à habitats hauts standing
Les quartiers 1, 2 et 6 sont les mieux lotis et où sont logés les bâtiments administratifs de la ville.
On y retrouve les habitats de types hauts standing. Ces secteurs sont les mieux desservis en matière
de collecte des ordures et les bacs de collecte des déchets se situent un peu partout et à proximité
des ménages. C’est un espace où la majorité des résidents possède des bacs à ordures à l’intérieur
des maisons. Il était parfois très difficile pour nous d’avoir accès dans ces logements. Les quartiers
sont qualifiés de « quartiers des bosses » plus particulièrement le quartier 1 parce que ce sont les
riches qui y vivent. Ils regroupent aussi la majorité des services publics de la ville (préfecture, sous-
préfecture, cours d’appel du Ndé, maire, sureté nationale, prison, délégations départementales, etc.).
C’est aussi le secteur commercial qui accueille une grande partie des populations venues des
horizons différents. La planche 1 et la photo 2 illustrent l’armature des habitats et le centre
administratif.
77
Cette photo 2 présente le centre administratif de la ville de Bangangté situé dans les feuillages. Le
bâtiment central est la préfecture. Autour d’elle, se greffe la mairie, la sous-préfecture, le palais de
justice, la gendarmerie nationale, le commissariat de sécurité publique et bien d’autres délégations
ministérielles. La photo 2 justifie aussi la spécificité de certains territoires semi-urbains africains où
l’on peut encore trouver les espaces vides, avec les arbres qui permettent la protection de
l’environnement par rapport aux grandes villes du Cameroun où tout a été coupé. Ces arbres ont été
plantés soit par les habitants du quartier, soit par la municipalité.
78
population résidente est tentée et poussée de déverser les ordures dans les rigoles, les champs, et
près des cours d’eau.
Outre le phénomène d’altitude, il y’a aussi le problème d’inaccessibilité aux logements. Ici, on
assiste à un accès difficile des logements de qualité à cause des constructions anarchiques des
habitations et d’infrastructures, d’où leur considération à des quartiers spontanés. La grande
majorité des matériaux de construction est de mauvaise qualité. La planche 3 illustre des habitats
spontanés ou précaires de la ville de Bangangté tout en montrant quelques exemples des lieux de
dépôt des déchets (cliché D) et la qualité de route (cliché C). Ces routes sont impraticables en saison
de pluie et ne facilitent pas le passage des camions de collecte.
Cette planche photographique illustre aussi à suffisance la spécificité d’une ville moyenne semi-
urbaine où les pratiques agricoles s’exercent autour des concessions (cliché C) par rapport aux
grandes villes africaines où on assiste à l’absence totale des espaces cultivables en milieux urbains.
Au regard de nos observations de terrain, nous avons qualifié ce phénomène à ce que Durand et
Jaglin (2012) ont appelé « inégalité sociale et environnementale ». C’est un exemple de cumul
négatif au détriment des populations pauvres. Cette assertion se justifie par l’absence totale des bacs
à ordures et la qualité des maisons comme l’illustre la planche 3. Ce problème témoigne aussi la
géographie des nuisances liées aux sites sauvages ou les torrents qui accueillent les résiduelles dans
la plus part des quartiers pauvres et ceux des périphériques (Durand et Jaglin, 2012). La pauvreté,
les quartiers d’habitats non planifiés, la densité, etc., compliquent la gestion du service des déchets
tout en rendant peu opérants les modèles techniques, économiques et environnementaux dans la
ville de Bangangté (Jaglin et al, 2018).
79
Chez les résidents des quartiers hauts standing, la modernisation écologique des systèmes
d’assainissement collectif permet de réduire l’impact des rejets de déchets sur l’environnement dans
les quartiers raccordés (clichés E et F) tandis que les vastes quartiers pauvres continuent de mal
entretenir le milieu tel qu’illustre le cliché D (planche photo 3).
Planche photo 4 : Construction des Mini Cités à l’entrée de l’Université des Montagnes (Banekane)
Ȧ travers les clichés G et H de la planche 5, on voit la multiplication des habitats collectifs en zone
universitaire située à la périphérie. Les parpins observés sur cliché H seront utilisés pour la mise en
place d’autres maisons.
Les modalités précises d’articulation entre inégalités écologiques, environnementales et socio-
économiques restent donc à décortiquer à l’échelle locale. Il ressort de la figure 13 que 44,5%
ménages logent dans les habitats en terre battues considérés comme les habitats réservés aux
pauvres tandis que seulement 3% ménages enquêtés vivent dans les maisons en étage. 22%
ménages logent dans les maisons collectives où les effectifs humains sont souvent très pléthoriques.
Par contre, 30% ménages enquêtés vivent dans les villas telles que montre le cliché F. Le courant
de recherche sur les inégalités socio-environnementales, à l’échelle locale, est de loin le plus
80
consolidé (figure 13). Cette disparité crée une certaine distance entre ces peuples. L’observation
directe ou participante est la méthode que nous avons utilisée tout au long de cette recherche pour
distinguer les différences entre les espaces comme on peut voir sur la figure 14.
81
Pour mieux comprendre les situations d’inégalités de proximité locale « infra-urbaine », la
compréhension des concepts d’inégalités environnementales, écologiques et leur méthodologie
distincte sont nécessaires (Durand et Jaglin, 2012). Porteuses de valeurs esthétiques, patrimoniales,
symboliques ; les « situations environnementales » et leurs « variations qualitatives », termes
omniprésents dans les écrits sur les inégalités environnementales au Cameroun, traduisent en fait de
plus en plus nos rapports au monde. Les différences en ce qui concernent les maisons d’habitation
et les moyens de déplacements des personnes, les pratiques alimentaires peuvent constituer
quelques inégalités et/ou des réalités visuelles à Bangangté.
L’application croisée des paradigmes d’inégalités environnementales et d’inégalités écologiques à
une échelle locale est donc relativement récente et nécessite un approfondissement des
méthodologies utilisées dans la mesure où certains scientifiques du domaine s’attardaient sur les
inégalités d’échelle mondiale. Le manque de données appropriées pour mesurer les inégalités
environnementales est de la même manière pointée du doigt, puisque les données sociales comme
les données environnementales n’ont pas été conçues pour être articulées entre elles : faute de
variable directe, il faut donc souvent chercher à s’appuyer sur d’autres données. Or, seul un constat
précis et mesuré des inégalités permettrait aux responsables publics de concevoir des mesures et des
politiques appropriées. Il permettrait également « de comprendre en quoi les capacités des individus
et groupes à se protéger de certains risques, de certaines pollutions ou nuisances, autant qu’à
accéder à des ressources environnementales, constitueraient à ce jour le cœur de telles injustices,
pleinement socio-environnementales » (Durand et Jaglin, 2012).
82
La loi n° 96 / 12 du 05 Août 1996 portant Loi Cadre relative à la gestion de l’environnement au
Cameroun quant à elle définit le concept de l’environnement comme « l’ensemble d’éléments
naturels ou artificiels et des équilibres biogéochimiques auxquels ils participent, ainsi que des
facteurs économiques, sociaux et culturels qui favorisent l’existence, la transformation et le
développement du milieu, des organismes vivants et des activités humaines ». Dans un langage plus
simple, il s’agit du cadre de vie, d’un agencement spatial de manière systémique des structures et
mécanismes écologiques et sociaux.
Le désordre urbain qui se manifeste par l’occupation anarchique de l'espace public, la dégradation
des infrastructures et des équipements collectifs, l'insalubrité et les gênes environnementales, la
violation des règles élémentaires de la circulation routière, la crise environnementale, sont autant de
phénomènes observables à Bangangté.
Ces approches soutiennent la faculté qu’a l’homme d’aller à ses propres périls à l’encontre des
contraintes, des directives imposées par la nature. Delà, il est capable de réorganiser son cadre de
vie en usant de son intelligence et de ses moyens. Ainsi, la nature propose, l’homme dispose. Ceci
dit qu’il peut choisir entre les multiples possibilités que lui propose le milieu. Il peut ainsi choisir de
fuir le danger en mettant sur pied des stratégies pouvant les contrôler ou faire face à la situation ou
au phénomène. L’origine de cette théorie vient des travaux des géographes déterministes de l’école
allemande du 19è siècle à l’instar de Von Humboldt (1759-1859), Karl Ritter (1779-1859), du
darwinisme, etc. À l’aube du 20è siècle, cette théorie évolue grâce à l’école de la géographie
française qui développe le possibilisme avec pour précurseurs Paul Vidal de la Blache (1845-1918)
et ses paires (Emmanuel de Martonne, Jean Brunhes, Albert Demangeon, etc.).
Les débats sur la gestion des déchets, en particulier ménagers, pour la protection et la conservation
du milieu urbain ne laissent personne indifférent. Cette politique de commun accord avec les
populations et les gouvernements se traduit en ce temps par une réduction de la production des
déchets, la mise en place d’un système efficace de ramassage et de traitement des déchets,
l’encouragement à la valorisation, la récupération. Les premières stratégies de traitement des
déchets ont privilégié l’incinération qui, pendant plus d’un demi-siècle, a été la méthode la plus
efficace pour éliminer les déchets. Dans leur ouvrage intitulé « Incinération des déchets ménagers »,
(Le Goux et Le Douce, 1995 in Yao-Kouassi, 2010) ont étudié l’incinération sous ses aspects
techniques, économiques, réglementaires et environnementaux. Malgré les points positifs qu’ils ont
ressortis, les auteurs ne manquent pas de souligner que « l’incinération engendre des menaces sur
l’environnement comme sur la santé ». Ils relèvent aussi que les incinérateurs peuvent amoindrir la
proportion des résiduelles reçues de 70%. Mais il en reste 30% sous forme de cendres hautement
toxiques que l’on doit enterrer. L’enfouissement en est aussi un risque pour l’environnement car
83
susceptible de provoquer les glissements de terrain. Il a été constaté à travers nos sociétés les
affaissements ou glissements répétés dus aux décharges sauvages. L’incinération et l’enfouissement
qui ne sont que l’une des multiples méthodes de traitement des déchets qui rejettent des polluants
dans l’environnement. Par ailleurs, quels que soient la nature et le traitement sophistiqué subit par
les déchets, la perception environnementaliste du déchet reste mitigée car il n’existe pas de déchet
ou de méthode de traitement avec un risque zéro ou une nuisance zéro. La détérioration de
l’environnement par les déchets, en particulier dans les villes, peut avoir des effets graves sur la
santé et le bien-être des habitants, surtout les plus démunis. Cette approche déchets et
environnement relève d’une spécificité des territoires.
84
5.2. Le nouveau visage de la ville de Bangangté : la création des nouveaux établissements
comme facteurs du dynamisme urbain.
La création des nouvelles institutions scolaires et académiques a joué un rôle dans le développement
de la ville. Les activités qui se développent autour de ces différentes institutions sont à l’origine de
nombreuses mutations. Par conséquent, provoque le problème de déchets solides ménagers qui
s’accroissent et l’on va assister à la prolifération de ceux-ci. On admet parfois que l’éducation, et
plus précisément l’enseignement supérieur, constitue un facteur de développement socio-
économique et culturel de toutes les nations.
Suite à nos enquêtes de terrain, nous avons observé plusieurs changements dus aux nouvelles
installations des établissements qu’ils soient publics ou privés. Ces dynamiques territoriales vont de
la construction de l’avènement d’une population nouvelle à la périurbanisation.
5.2.1. L’avènement d’une population plus nombreuse, mieux formée et très dynamique
Pour mieux appréhender le dynamisme qui sévit en zone périphérique, il est nécessaire de
catégoriser la population qui y réside. Ainsi, nous voulons montrer la présence des immigrants.
Pour atteindre cette idée, on a eu recours à quelques critères tels que la croissance démographique
accélérée, la population active caractérisée par une pluralité d’activités et le rajeunissement de la
population.
L’évolution des effectifs dans les établissements supérieurs privés permettrait de
comprendre soit l’augmentation rapide de la population de Bangangté, soit l’accroissement
du taux de scolarisation. À cette population estudiantine, s’ajoute des migrants qui viennent
soit pour développer une activité commerciale, soit pour s’approprier un terrain pour la
construction de cités pour élèves et étudiants. Ces migrants de retour sont souvent constitués
en grande partis de retraités, des jeunes désœuvrés de la ville ou les habitants proches de la
ville et attirés par certaines potentialités qu’offrent le territoire. Désormais, l’arrivée de
ceux-ci va réveiller les bangangtéens du sommeil de l’inconscience, qui va se lancer à la
quête du gain comme tous les autres hommes.
En effet, le mouvement des personnes a facilité le développement agricole qui, d’antan était peu
développé. Les parcelles sont louées aux allogènes pour la pratique des cultures maraichères. Ces
activités ont rendu le marché compétitif avec la présence massive des jeunes qui se sont lancés dans
les cultures saisonnières (maïs, tomates, piments, haricots, légumineuses, pommes de terre, etc.).
La ville de Bangangté regorge de nos jours plus de jeunes que des personnes âgées (RGPH,
2005, commune de Bangangté, 2015). Les personnes de plus de 66 ans représentent 5,6%
tandis que les jeunes dont l’âge est compris entre 26 et 40 ans constituent 47%. Puisqu’il
85
s’agit de la tranche d’âge où l’on réfléchit sur son avenir, nous pouvons comprendre par-là
l’idée d’un développement rapide de la ville.
Population active aux activités diverses. Nos investigations ont montré une divergence de
personnes quittant la périphérie pour travailler dans le centre-ville. Ceci concerne le plus
certains fonctionnaires qui parcourent des distances pour les lieux de services. On ne peut
s’en passer des ménagères, des agriculteurs, des commerçants, des retraités, etc. Ces facteurs
cités permettraient d’affirmer une population nouvellement installée, ce qui modifie la
composition de la population ancienne. La présence de cette nouvelle population encourage
les anciens tout en les rendant plus stables. Ce phénomène va accentuer l’immigration tout
en ralentissant l’exode rural : d’où l’augmentation rapide de la population. Il est aussi à
noter que la plus part des personnes enquêtées ont des petits lopins de terres où elles
exercent l’agriculture de subsistance. Ceci constitue une spécificité des villes en milieu
rural.
Conclusion au chapitre 2
Au terme de ce deuxième chapitre, sur Bangangté, ville moyenne en mutation, une analyse spatio-
démographique est réalisée, afin de montrer comment sa structuration morphologique découle d’une
dynamique démographique et économique sur le territoire. Ce sont ces facteurs qui ont conduit à
l’extension des terres occupées. Les travaux sur la gestion des déchets ménagers en Afrique et plus
précisément au Cameroun ne sont pas novateurs. Cependant, aucun auteur n’a encore investigué sur
cette problématique dans la ville de Bangangté, mais, elle reçoit des prix nationaux pour sa salubrité
ou sa propreté, d’où notre idée de déblayer ces champs. Un état des lieux de la ville avant la mise en
place de la structure d’Hygiène et Salubrité du Cameroun (HYSACAM) et des institutions privées
d’enseignement supérieur est réalisé. Pour y parvenir, une analyse descriptive est réalisée sur son
milieu naturel qui n’offre pas assez d’opportunités à ses habitants. Face à cette situation, les
populations dans la recherche du bien-être, vont se livrer à un système migratoire amplifié. On
constate une relation d’interdépendance et de corrélation entre ces différents facteurs. Plusieurs
auteurs ont qualifié Bangangté à cette époque de « ville maudite plongée dans la léthargie »
(Nganso, 1982 ; Franqueville, 1987).
L’agriculture, principale activité de la zone, est affectée et n’arrive pas à subvenir aux besoins
locaux. La population doit donc trouver des voies et moyens pour pallier cette difficulté.
Les contraintes liées à la situation géographique de la ville de Bangangté et son climat constituent
parfois un frein pour le développement des nouvelles activités. Le relief de la ville de Bangangté est
86
accidenté et très contrasté. On retrouve les collines avec entre autre des altitudes de 1400 m (au
niveau du lycée classique) et de 1500 m qui s’étire du centre de distribution des Brasseries du
Cameroun au dispensaire Ad-Lucem. Le point culminant de la ville est de 1600 m d’altitude. Ceci
constitue un véritable handicap dans la gestion des déchets car il ne facilite pas le transport et leur
accès au sein de certains quartiers.
Des différenciations en matière d’accès au service public de collecte des déchets sont observables
sur le terrain. Les quartiers à habitats spontanés (quartiers 4 et 8), les quartiers périphériques
(Banekane et Feubat) et le quartier 7 (quartier à habitat moyen) ne bénéficient pas des services
HYSACAM. Pourtant, l’État, devrait fournir les moyens à l’entreprise de collecte pour la salubrité
de toute la ville. On assiste aussi à l’inégalité dans la pause des bacs à ordures dans les différents
quartiers. Le quartier à habitat haut standing (1) possède plus de bacs à ordures que tous les autres
quartiers (20 bacs). Cela pourrait se justifier par sa proximité par rapport au marché « A » du
centre-ville.
Nous avons noté que 44,5% de personnes enquêtées habite dans les maisons construites en terre
battue. 22% d’elles vit dans les maisons collectives, 30% vit dans la villa contre 3% qui vit dans les
maisons en étages. Ces résultats pourraient justifier les différences en termes des conditions socio-
économiques.
Au niveau de l’éducation, nos résultats ont montré que les habitants de la ville de Bangangté sont
plus ou moins éduqués : 41,5% des enquêtés a un niveau secondaire (collège et lycée), 18,5% a le
niveau de l’enseignement supérieur, 32% des ménages a le niveau primaire contre 7,5% qui
constitue les personnes non scolarisées. Ces résultats permettent d’affirmer que les populations sont
plus ou moins éduquées et trouvent des moyens pour réduire les déchets sur leur environnement
tout en les valorisant.
La mise en place d’une structure en charge de la collecte des déchets et des institutions privées
d’enseignement supérieur dans le département du Ndé est une action positive pouvant donner une
impulsion au développement local. C’est ainsi que la ville de Bangangté bénéficie depuis 2008 des
prestations du service d’Hygiène et de la Salubrité du Cameroun (HYSACAM).
87
Conclusion partielle de la première partie
En conclusion, cette première partie nous a permis de mettre en évidence la divergence autour des
concepts afin de choisir ceux qui lient à notre travail. Il ressort de notre recherche une complexité
de points de vue sur les concepts (déchet, gestion, économie circulaire, proximité) employés due
aussi aux différents territoires de recherche ainsi qu’aux politiques établis par chaque État. Au vue
de la littérature scientifique, cette complexité des approches réside autour d’une absence
d’interconnaissance pouvant définir clairement les concepts.
La mobilisation de différentes approches théoriques (innovation, systémique, économiste,
sociologue) a permis de comprendre les innovations ou les adaptations sociales et territoriales ainsi
que les jeux et stratégies d’acteurs dans la ville de Bangangté autour de gestion des déchets solides
ménagers. Ces théories ont aussi permis de comprendre le système d’économie circulaire au sein
d’une ville moyenne camerounaise aux spécificités distinctes de celles des grandes métropoles. Le
caractère des habitats nous a permis de dresser une certaine inégalité à Bangangté en ce qui
concerne quelques commodités. Ces inégalités peuvent être dues à certains facteurs géographiques
qui semblent ne pas être favorables à la ville de Bangangté.
Face à cette situation, les acteurs du développement vont rechercher des moyens pour développer
cette ville, d’où la gestion des déchets solides ménagers à Bangangté (Cameroun) et la logique de
leurs acteurs.
88
DEUXIÈME PARTIE : GESTION DES DÉCHETS MÉNAGERS ET LOGIQUE DES
ACTEURS À BANGANGTÉ (CAMEROUN)
Le but de notre deuxième partie est d’étudier les différents acteurs qui interviennent dans la gestion
des déchets à Bangangté. Pour mieux l’appréhender, nous allons dans le chapitre troisième nous
pencher sur la complexité des textes institutionnels et juridiques en la matière de gestion des
déchets à Bangangté au Cameroun. Une analyse de ces différents textes sera faite afin de
positionner les nouveaux dispositifs pour leur amélioration. Le chapitre quatrième porte sur la
production et la caractérisation des déchets solides ménagers dans la ville de Bangangté. Ce
chapitre permettra d’avoir une idée sur la production journalière et annuelle des déchets solides
ménagers pour entrevoir une gestion efficace. Il permettra également d’avoir une idée sur les
constituants des déchets ménagers dans l’optique de penser aux potentiels économiques. Le chapitre
cinquième va porter sur l’analyse des techniques organisationnelles et managériales de la gestion
des déchets solides ménagers à Bangangté sans toutefois faire fi aux conséquences liées à la faible
implication de la municipalité. Face aux situations d’insalubrité et de pollution, la formalisation de
certaines lois va donner recours à la collecte, au transport ainsi qu’à la mise en décharge, incluant
aussi la valorisation.
89
CHAPITRE 3 : GESTION INSTITUTIONNELLE ET JURIDIQUE DES DÉCHETS
MENAGERS À BANGANGTÉ (CAMEROUN): UNE RÉPARTITION COMPLEXE DES
ROLES ENTRE LES ACTEURS
90
Introduction
La planification de l’environnement, la gestion des déchets ainsi que le développement durable des
Pays en Développement tel que le Cameroun a été fortement influencé par les programmes et textes
adoptés lors des conférences régionales et internationales (SNGD, 2007). Quatre ans après le
Sommet de la Terre de Rio de Janeiro du 3 au 14 juin 1992, le Cameroun a promulgué sa Loi Cadre
relative à la protection de l’environnement. « Ce texte juridique a révolutionné la politique en
matière de développement durable, d’environnement et de gestion des déchets » (Ngambi, 2015).
Toutefois, l’outil qui a le plus contribué à la mise en place des stratégies nationales de gestion des
déchets a été l’Agenda 21. Au sortir de ces conférences, le Ministère de l’Environnement, et la
Protection de la Nature (MINEP) fut créé par décret n°2004/320 du 08 Décembre 2004. Il deviendra
avec le décret n°2012/431 du 01 Octobre 2012, le Ministère de l’Environnement, de la Protection de
la Nature et du Développement Durable (MINEPDED). Il est l’organe institutionnel qui anime les
débats et les actions dans le domaine de la gestion des déchets. La réglementation en vigueur en
matière de gestion des déchets au Cameroun est bien dense. Cependant, les domaines de
compétence et chevauchements des rôles respectifs de différents acteurs créent une confusion qui
n’est pas de nature à favoriser les interactions et l’application efficace des stratégies
gouvernementales définies. Les données ayant servi à la construction de ce débat ont été collectées
lors des enquêtes auprès des ménages, des interviews auprès des services municipaux et ministériels
et l’analyse des textes législatifs sur les déchets au Cameroun (SNGD, 2007). Les interviews ont été
réalisées pour la plupart dans l’anonymat et à la demande de l’interlocuteur.
La grande partie de ce texte en ce qui concerne l’institutionnelle et le juridique relève de mes
analyses faites dans mon mémoire de Master 2 de 2015 car la politique de réglementation de gestion
des déchets demeure la même partout au Cameroun. Ces textes sont issus du document de la
stratégie nationale de gestion des déchets adopté en 2007. C’est un document de référence
qu’utilisent tous les chercheurs camerounais avec des analyses différentes.
1. Diagnostic du mode de gestion des déchets solides ménagers dans la ville de Bangangté
(Cameroun) : de la stratégie nationale de la gestion des déchets survenue au lendemain des
conférences internationales
La gestion des déchets solides au Cameroun est assez complexe, car, elle est liée à plusieurs
situations parfois mal maîtrisées comme l’urbanisation, l’industrialisation, le changement des
habitudes de consommation, le boom démographique, etc. Tous ces phénomènes ont également eu
une influence sur les ressources naturelles de la planète (AND, 2016). L’Agenda 21 se positionne
comme un outil de travail qui suggère une politique globale susceptible d’apporter des orientations
pour assurer un développement durable à l’échelle locale, nationale et mondiale. C’est un document
91
non contraignant juridiquement pour les signataires mais faisant autorité. Il définit les obligations de
toutes les parties prenantes dans l’application du développement durable, du respect à
l’environnement, en garantissant aux générations futures les possibilités de le faire dans les mêmes
conditions. L’Agenda 21 a actualisé les thématiques de la responsabilité des citoyens, des
communautés, des institutions publiques, des ONG, des organisations des Nations Unies et l’effort
commun pour les « générations présentes et futures » déjà abordées en 1972 lors de la Conférence
de Stockholm. Le Sommet de Johannes bourg (Rio+10) tenu en Afrique du Sud sur le «
Développement Durable » a évalué les résultats de l’Agenda 21 et a reconnu l’échec de
l’application du programme pendant sa première décennie (Rojo, 2009). Ȧ l’issue du Somment de
Johannes bourg, une déclaration politique et un Plan de mise en œuvre des dispositions et des
mesures ont été adoptés pour réactualiser les principes de Stockholm et de l’Agenda 21 issus du
premier Sommet de Rio de Janeiro. Le but est d’inciter les Nations Unies à mettre en place un
mécanisme de suivi et d’évaluation de la réalisation de l’Agenda 21. Parmi les objectifs définis par
la déclaration de Johannes bourg, il y a « la constitution d’un cadre institutionnel pour la mise en
œuvre de l’Agenda 21 ». Les États doivent promouvoir toute sorte de participation de tous les
acteurs à l’exécution de l’Agenda 21 pour faciliter la réalisation des objectifs fixés pendant le
sommet de Rio de Janeiro. De ce fait, les gouvernements ont été invités à élaborer et à adopter des
stratégies nationales de développement durable et à s’engager à les mettre en œuvre avant 2005. Ce
réajustement de l’Agenda 21 a éclairé les gouvernements sur la prise en compte dans leur
fonctionnement des problèmes réels et urgents de société comme la production et la gestion des
déchets. Le texte a obtenu un consensus mondial et une adhésion presque totale de tous les
gouvernements pour mener une bonne coopération internationale, régionale et locale en matière de
développement et d’environnement. Les stratégies proposées sont diverses et variées. Mais
l’application de l’Agenda 21 demeure un réel souci pour bon nombre des États comme ceux des
pays du sud. La majorité des pays en voie de développement ont adhéré à ce programme et se sont
engagés à atteindre les Objectifs du Millénaire pour le Développement. Cependant, la situation est
assez préoccupante car les résultats attendus de l’Agenda 21 sont loin d’être atteints. Cet échec peut
être justifié par plusieurs défaillances qui ne permettent pas d’implémenter le programme. Il s’agit
entre autres du manque de moyens techniques et de connaissances adéquates ; de cadres
règlementaires et institutionnels inexistants ou embryonnaires ; du manque de données sur les
questions d’environnement (évaluation des ressources et des problèmes y afférents) ; du manque de
stratégies locales réalistes pour amorcer un développement durable ; etc. Malgré son application
assez difficile, l’Agenda 21 demeure un document de référence pour l’orientation des politiques de
gestion des déchets. Son Chapitre 21 intitulé « Gestion écologiquement rationnelle des déchets
92
solides et questions relatives aux eaux usées » comprend quatre grands programmes: minimiser et
maximiser les déchets ; réutiliser et recycler écologiquement rationnels des déchets ; promouvoir le
traitement et éliminer écologiquement rationnelles des déchets ; et, enfin élargir les services en
matière de déchets. Tous ces domaines d’activités sont liés et, n’aucunement être traités séparément.
93
publiques, il serait raisonnable de promouvoir à l’échelle locale et nationale le tri et le recyclage des
déchets ; le compostage des déchets biodégradables ; la création et la mise à la disposition des
populations d’un réseau d’information technique et un cadre juridique et fiscal pour encourager la
promotion des réseaux de réutilisation et de recyclage des déchets. La mise en application de ce
programme demande une coalition ou une mutualisation entre les institutions publiques et les
acteurs de la société civile, mais aussi l’intervention des organisations des Nations Unies pour
faciliter le transfert des technologies, la formation des spécialistes, la sensibilisation et l’éducation
des populations pour qu’elles s’approprient les méthodes et techniques de valorisation des déchets.
94
1.4. L’extension des services en matière de gestion des déchets
Dans les pays du Sud, l’urbanisation accélérée et mal maîtrisée, associée à l’accroissement des
populations urbaines, rend plus compliquée la gestion des déchets en milieu urbain (Mabou, 2013).
Les équipements pour l’amélioration des conditions d’hygiène et de salubrité n’ont pas suivi
l’évolution des villes. Parfois, plus de la moitié des populations urbaines vit dans les quartiers non
desservis par le service public des déchets. Les problèmes y sont récurrents, surtout dans les
quartiers spontanés, avec les épidémies comme le choléra, résultat d’une insalubrité permanente.
Les impacts se prolongent aussi sur les composantes environnementales par la pollution des sols,
des eaux et de l’air souvent à l’échelle de toute la ville. Les orientations proposées dans ce
programme demandent aux gouvernements, selon leurs capacités et les ressources disponibles, de
fournir à toutes les couches sociales un service de collecte et de traitement des déchets adéquats et
sans risques. Les actions à entreprendre sont : la création des mécanismes appropriés de
financement pour étendre le service de collecte des déchets dans toute la ville ; l’application du
principe « pollueur-payeur ». Ce principe peut être appliqué même à l’échelle du quartier par une
amende que devra payer toute personne qui déroge à la réglementation (déversement des ordures
sur le trottoir ou dans un cours d’eau). L’État doit également promouvoir la gestion décentralisée
(ressources financières, administratives, etc.) pour permettre aux collectivités locales et aux acteurs
privés de participer activement aux activités liées aux déchets.
La prise en compte de la réglementation sur la gestion des déchets au Cameroun est traduite par la
Loi n°96/12 du 5 Août 1996 portant Loi cadre relative à la gestion de l’environnement qui stipule
en son article 42 et suivants que les collectivités assurent l’élimination des ordures ménagères,
excrétas, eaux usées, et autres déchets assimilés sur toute l’étendue du territoire en collaboration
avec les services publics ou privés en charge de l’hygiène et de l’assainissement. Mieux, les déchets
doivent être traités de manière écologiquement rationnelle afin d’éliminer ou réduire leurs effets
nocifs sur la santé de l’homme, les ressources naturelles, la faune et la flore, et sur la qualité de
l’environnement en général. Lorsque les déchets sont abandonnés, déposés ou traités contrairement
aux prescriptions de la présente Loi et de ses textes d’application, l’autorité investie du pouvoir de
police peut être mise en demeure, en assurer l’élimination aux frais du producteur.
Plus loin en son article 43 alinéa 1, il précise « qu’il est interdit de détenir ou d’abandonner des
déchets dans des conditions favorisant le développement des animaux nuisibles, d’insectes et
d’autres vecteurs de maladies susceptibles de provoquer des dommages aux personnes et aux
95
biens ». Aussi est-il reconnu que l’élimination des déchets comporte les opérations de collecte, de
transport, de stockage, de tri et de traitements nécessaires à la récupération des éléments et
matériaux réutilisables ou de l’énergie ainsi qu’aux dépôts ou aux rejets dans le milieu naturel de
tout autre produit dans les conditions propres à éviter les effets nocifs sur le sol, à dégrader les
paysages, à polluer l’air ou l’eau, à engendrer des odeurs et de façon globale à porter atteinte à la
santé de l’homme, des animaux domestiques et à l’environnement.
Pour finir, le brûlage en plein air des déchets combustibles pouvant produire des nuisances et le
déversement, l’immersion dans les cours d’eau, mares et étangs des déchets domestiques et
industriels sont interdits.
Cette Loi cadre camerounaise est bâtie sur plusieurs principes fondamentaux qui ont ouvert les
réflexions sur des programmes visant à protéger et à conserver l’environnement, à promouvoir le
développement durable et la gestion rationnelle et écologiquement durable des déchets. Parmi ces
différents piliers, nous pouvons citer :
« Le principe de précaution selon lequel l’absence de certitudes, compte tenu des connaissances
scientifiques et techniques du moment, ne doit pas retarder l’adoption des mesures effectives et
proportionnées visant à prévenir un risque de dommages graves et irréversibles à
l’environnement, à un coût économiquement acceptable. Le principe d’action préventive et de
correction, par priorité à la source, des atteintes à l’environnement, en utilisant les meilleures
techniques disponibles à un coût économiquement acceptable ».
« Le principe pollueur-payeur, selon lequel les frais résultants des mesures de prévention, de
réduction de la pollution et de la lutte contre celle-ci et de la remise en l’état des sites pollués
doivent être supportés par le pollueur. C’est pour tout simplement dire que plus tu pollues, plus
tu paies les lourdes tribus ».
« Le principe de responsabilité, selon lequel toute personne qui, par son action, crée des
conditions de nature à porter atteinte à la santé de l’Homme et à l’environnement, est tenue
d’en assurer ou d’en faire assurer l’élimination dans des conditions propres à éviter lesdits
effets » ;
« Le principe de participation, selon lequel chaque citoyen doit avoir accès aux informations
relatives à l’environnement, y compris celles relatives aux substances et activités dangereuses ;
chaque citoyen a le devoir de veiller à la sauvegarde de l’environnement et de contribuer à la
protection de celui-ci ; les personnes publiques et privées doivent, dans toutes leurs activités, se
conformer aux mêmes exigences ; les décisions concernant l’environnement doivent être prises
96
après concertation avec les secteurs d’activité ou les groupes concernés, ou après débat public
lorsqu’elles ont une portée générale ».
« Le principe de subsidiarité, selon lequel en l’absence d’une règle de droit écrit, générale ou
spéciale en matière de protection de l’environnement, la norme coutumière identifiée d’un
territoire donné, et avérée plus efficace pour la protection de l’environnement, s’applique ».
« Le principe de la gestion hiérarchisée des déchets, selon lequel la gestion des déchets doit se
faire dans l’ordre de priorité dans la pratique de gestion de ces derniers à savoir : Prévention /
réduction de la production et de la nocivité des déchets ; la valorisation des déchets et
l’élimination des déchets ».
La Loi-Cadre camerounaise N° 96/12/ du 12 Août 1996 sur l’environnement comporte 99 articles.
Mais un seul article fait allusion aux déchets ménagers. Il s’agit de l’article 46 (1) fixant les
attributions des Collectivités Territoriales Décentralisées (CTD) ou les communes dans la gestion
des OM : « les Collectivités Territoriales Décentralisées assurent l’élimination des déchets produits
par les ménages, éventuellement en liaison avec les services compétents de l’État, conformément à
la réglementation en vigueur. L’alinéa 2 précise que les CTD veillent à ce que tous les dépôts
sauvages soient enrayés ; assurent l’élimination, si nécessaire avec le concours des services
compétents de l’État ou des entreprises agréées, des dépôts abandonnés, lorsque le propriétaire ou
l’auteur du dépôt n’est pas connu ou identifié ». Cet article est complété dans le cadre de la gestion
générale des déchets par les articles 42, 43 et 47. D’abord, l’article 42 préconise les dispositions à
prendre pour le traitement des déchets afin de protéger l’Homme et l’environnement. Ensuite,
l’article 43, alinéa 1, ressort la responsabilité du producteur du déchet et propose des pistes à ce
dernier s’il ne peut pas traiter lui-même son déchet. Dans l’alinéa 2, il prévoit la création d’un
décret pour clarifier les aspects de la valorisation et de l’élimination des déchets ultimes. Enfin,
l’article 47 fixe les conditions d’élimination par le producteur et dans les décharges. Toutefois, la
Loi Cadre 96 relative à l’environnement n’est pas le seul texte sur la gestion des déchets néanmoins,
il est le plus récent. Au Cameroun, il constitue un référentiel important pour toutes les activités liées
aux concepts environnement, développement durable, gestion rationnelle et écologique des déchets.
Cette Loi a pu poser les bases qui peuvent renforcer les pouvoirs des CTD et faciliter dans une
certaine mesure la mobilisation de tous les acteurs (Administration publique, société civile,
organismes internationaux) pour former une synergie indispensable à la réalisation des projets
sociaux. Cependant, la Loi 96 sera efficace si et seulement si elle est accompagnée par les décrets
d’application.
97
La Loi n° 2004/18 du 22 juillet 2004 fixant les règles applicables aux communes
Cette Loi, dans son article 16, indique que les Communes d’Arrondissement sont responsables de
l’enlèvement des ordures ménagères au niveau local. L’article 110, de cette Loi transfère le pouvoir
de la collecte, de l’enlèvement et du traitement des ordures ménagères à la Communauté Urbaine.
La Loi 2009/019 du 05 décembre 2009 portant fiscalité locale
Dans l’article 57 de ladite Loi, alinéa 1, une taxe de développement local est instituée. Cette taxe
communale est relevée contre des services et des prestations de base rendus aux populations. Il
s’agit de l’éclairage public, de l’enlèvement des ordures ménagères, de l’électrification, de
l’adduction d’eau, etc. Comparée à la Loi n°74/23 du 5 décembre 1974 portant organisation des
communes et les décrets d’application n°80/17 du 15 janvier 1980 et n°77/220 du 01 juillet 1977
fixant les taux maxima des taxes communales directes, la Loi 2009 apporte une amélioration. Les
taux de prélèvement ont été multipliés par trois pour accroître l’assiette fiscale dans le domaine des
services rendus. La taxe du développement local est perçue en même temps que l'impôt sur le
revenu des personnes physiques, l'impôt libératoire et la patente. Les montants prélevés sont fixés à
l’article 58.
Les Lois créées doivent être suivies par les décrets d’application pour qu’elles aient réellement leur
emprise juridique. Il existe peu de décrets pouvant apporter les précisions sur la gestion des déchets
ménagers. Les décrets en vigueur sont déjà anciens (plus de 30 ans pour certains). Source : décrets
n° 77/220 du 1er juillet 1977 et n° 80/017 du 15 janvier 1980 ; ce qui retarde encore la relance des
activités, l’organisation institutionnelle et technique dans ce domaine.
2.1. Adoption des arrêtés et des circulaires sans impact réel sur le terrain
Les arrêtés et les circulaires du tableau 4 ont une portée générale ou locale et sont promulgués par
une ou plusieurs administrations centrales ou décentralisées (Ministère, Préfecture, Mairie, etc.). Ils
participent dans une certaine manière à ramener les citoyens à l’ordre par rapport à un problème
bien précis ou tout simplement à réorganiser un service pour le rendre plus dynamique. Les arrêtés
et les circulaires récents (à partir de 2000) sont promulgués au moment où l’insalubrité se répand à
une vitesse accélérée dans les villes en particulier de Yaoundé et de Douala. Les pouvoirs publics
veulent à travers ces textes amener les populations à se prendre en charge pour assainir leur milieu
de vie. L’application de ces textes est parfois une chimère et ne sont souvent pas respectés par les
populations.
98
Tableau 4: Arrêtés et circulaires relatifs à l'hygiène et salubrité en milieu urbain
99
ménagers n’a encore été promulgué au Cameroun. D’une manière générale, la législation sur la
gestion linéaire des déchets est très généralisée et donne lieu à toutes les spéculations possibles. La
Loi n°2004/018 du 22 juillet 2004 portant sur les règles applicables aux communes vient amplifier
le flou. Elle donne des missions similaires aux Commune d’Arrondissement et à la Communauté
Urbaine. Ceci a très vite généré le chevauchement des pouvoirs et exacerbé les conflits. En outre,
cette Loi ne précise pas les moyens d’actions de chaque intervenant.
Pour les habitants, le Code Pénal prévoit, dans ses articles R367, R369 et R370, une sanction de
200XAF à 3600 XAF pour toute personne qui ne respecte pas les dispositions légales concernant la
gestion des déchets. Il s’agit notamment des écarts de comportements comme la création des dépôts
sauvages, le déversement des déchets dans les cours d’eau et l’incinération à ciel ouvert qui causent
des dommages à l’environnement. Par rapport à l’ampleur des impacts provoqués, ces sanctions
pénales sont insignifiantes pour que la population adopte une démarche écoresponsable. Toutefois,
si la réglementation en matière de gestion linéaire des déchets au Cameroun reste implicite sur le
plan technique et organisationnel, un effort est en cours sur le cadre juridique de la
valorisation/transformation. Le gouvernement camerounais a renforcé le cadre juridique pour
réguler la création des activités de valorisation/recyclage des déchets. Cette initiative répond à la
politique nationale de préservation et protection de l’environnement ainsi que de limitation des
pressions sur les ressources naturelles. Ceci s’est illustré en 2012 par la promulgation de plusieurs
textes juridiques, puis en 2016 par l’organisation des premières Assises Nationales des Déchets.
Décret N° 2012/2809 /PM du 26/09/2012
Ce décret signé par le Premier Ministre fixe les conditions de tri, de collecte, de stockage, de
transport, de récupération, de recyclage, de traitement et d'élimination finale des déchets au
Cameroun. Ce texte juridique met en avant le rôle des collectivités territoriales décentralisées. De ce
fait, il est précisé que les collectivités territoriales décentralisées élaborent en liaison avec les
services compétents de l’État, un plan communal ou intercommunal de gestion des déchets
ménagers qui définit les opérations de tri, de précollecte, de collecte, de transport, de mise en
décharge, de valorisation et d’élimination finale. Le concept valorisation promu dans la Stratégie
Nationale de Gestion des Déchets au Cameroun est défini dans cette loi comme toute opération de
récupération, de réutilisation, de recyclage, d’utilisation des déchets comme source d’énergie ou
toute autre action visant à obtenir des matières premières ou des produits réutilisables provenant de
la récupération des déchets, et ce, afin de réduire ou d’éliminer l’impact négatif de ces déchets sur
l’environnement.
100
Arrêté N°001-MINEPDED du 15 octobre 2012
Il porte sur les conditions d’obtention d’un permis environnemental en matière de gestion des
déchets. Selon l’article 1 de cet arrêté, le permis environnemental en matière de gestion des déchets
est un document qui autorise toute personne physique ou morale à exercer les activités de tri, de
collecte, de transport, de stockage, de valorisation, de recyclage, de traitement et/ou d’élimination
finale des déchets (SNGD, 2007 ; Ngambi, 2015). Les domaines d’activités où l’obtention d’un
permis environnemental est exigée sont : les Déchets d’Équipements Électriques et Électroniques
(D3E) ; la fabrication, l’importation et la commercialisation des emballages non biodégradables ;
les déchets non dangereux et déchets ménagers liquides ; les déchets toxiques et/ou dangereux, les
déchets médicaux, pharmaceutiques et déchets médicaux liquides. Cet outil juridique vise surtout la
sortie de l’informel de la plupart des filières des déchets.
Arrêté conjoint n°004/MINEPDED/MINCOMMERCE du 24 octobre 2012
Le texte réglementaire statue sur la fabrication, l’importation et la commercialisation des
emballages non biodégradables. Il est question dans ce cadre de lutter à long terme contre la
prolifération des déchets plastiques devenus très nocifs dans les villes camerounaises. Les
changements attendus sont : la limitation de la production des plastiques non biodégradables ; la
responsabilisation de tout fabricant ou importateur des emballages non biodégradables à mettre en
œuvre un plan de gestion de ses déchets ; la promotion de la réutilisation et du recyclage et toute
autre forme de valorisation des emballages non biodégradables.
Arrêté conjoint n°005/MINEPDED/MINCOMMERCE du 24 octobre 2012
Cet arrêté fixe les conditions spécifiques de gestion d’équipements électriques et électroniques ainsi
que l’élimination des déchets issus de ces équipements (D3E). « L’adoption de ce texte par le
MINEPDED et le MINCOMMERCE constitue un début de solution à la gestion durable des D3E
qui polluent les villes camerounaises » (SNGD, 2007). Mais surtout, cet arrêté ouvre des
possibilités pour l’émergence de filières de valorisation/transformation des D3E. « Cette démarche
commence à produire des résultats avec l’implantation du premier Centre de recyclage et de
réemploi des déchets d’équipements électroniques et électriques à Yaoundé » (Ngambi, 2015).
L’innovation apportée par les pouvoirs publics pose certes des bases pour formaliser les filières de
valorisation et de recyclage des déchets. Mais aucune stratégie n’est encore proposée pour
subventionner les filières de valorisation/transformation des déchets. Le permis environnemental,
outil indispensable pour intégrer le circuit de l’économie du déchet, est susceptible d’induire
d’énormes perturbations au fonctionnement actuel. La plupart des filières sont dominées par les
petites unités de production parfois sans un personnel qualifié. Les personnes physiques ou morales,
101
ne pouvant se conformer aux conditions techniques, organisationnelles, matérielles, financières et
de compétences requises, risquent de passer « d’acteurs informels à acteurs clandestins ».
Au regard de tout ce qui précède, le gouvernement camerounais constate toujours des défaillances
dans les différents décrets et arrêtés sur la gestion des déchets. Il est aussi à noter qu’aucune loi ne
régit la gestion des déchets au Cameroun. De ce fait, il s’est réuni des 27 et 28 avril 2016 à Yaoundé
par le biais du Ministère de l’Environnement, de la Protection de la Nature et du Développement
Durable (MINEPDED) à travers les Premières Assises Nationales des Déchets (AND) pour revoir
leur stratégie afin de prendre des résolutions véritables. De ce fait, le gouvernement du Cameroun
veut faire de la gestion des déchets, un maillon important dans le développement économique d’où
le thème des assises est: « Gestion des déchets : vers une économie circulaire ». Ceci pour permettre
la mise en place d’une plateforme de dialogue, de sensibilisation en vue d’une gestion efficiente des
déchets. C’est aussi un espace d’échanges qui permet de dégager des pistes en vue d’une meilleure
gestion de nos déchets et un développement durable pour nos populations laborieuses. C’est en
quelque sorte le temps de faire un bilan critique de la gestion des déchets sur le plan national ; de
définir les rôles et responsabilités des différents acteurs impliqués dans la gestion des déchets ;
identifier par échange d’expériences, les dispositions (meilleures pratiques et techniques
environnementales) adaptées pour une meilleure gestion des déchets pour l’atteinte des objectifs de
Développement Durable ; de renforcer les capacités des acteurs par une appropriation efficiente des
instruments juridiques et institutionnels en la matière ; d’identifier les projets éco-innovants et
porteurs pouvant contribuer au développement d’une économie circulaire ; de provoquer une
dynamique nationale autour des richesses liées à la gestion des déchets ; développer de manière
consensuelle les axes, les actions prioritaires, et les plans d’action ou schémas directeurs pouvant
servir à la révision de la Stratégie Nationale de Gestion des Déchets pour une gestion intégrée des
déchets.
Au vu de cela, le constat est que plusieurs acteurs exercent dans ce domaine aux rôles bien
différents ; ce qui est la cause du dysfonctionnement que l’on rencontre dans ce secteur. Parmi ces
acteurs, nous relevons les Administrations Publiques, des Organisations Internationales, des
Parlementaires au développement, des acteurs du Secteur privé aux rangs desquels des Industriels,
des Partenaires Techniques et Financiers, des Universitaires, des Collectivités Territoriales
Décentralisées, des responsables des Services Centraux du MINEPDED jusqu’au rang de Sous-
Directeurs, et ceux des services déconcentrés dont les Délégués Régionaux et Départementaux, des
représentants de la Société Civile au nombre desquels les ONG et Associations de défense de droit
de l’environnement.
102
3. Les principaux acteurs de la gestion des déchets et leurs logiques
On désigne par acteur toute personne morale intervenant dans le champ du service de la propreté
urbaine dans une municipalité camerounaise. La gestion des déchets municipaux au Cameroun est
organisée de façon générale comme dans les pays en voie de développement en trois secteurs : le
secteur institutionnel ou public qui a une responsabilité de contrôle et de mise en application des
dispositions de certains services urbains y compris la gestion des déchets solides ; le secteur privé
formel engagé dans la gestion des déchets notamment, la collecte et le recyclage ; et le secteur privé
informel engagé dans la réutilisation de certains types de déchets.
Comme nous l’avons dit précédemment, il existe une multitude d’acteurs dans le domaine des
déchets au Cameroun aux attributions bien différentes. Ainsi pour comprendre ce dynamisme, nous
devons faire une analyse des jeux d’acteurs.
Il est observé sur l’image (A) une séance de sensibilisation organisée la veille de la fête de la
jeunesse 2016 par les responsables en charge de l’environnement à Bangangté pour sensibiliser tout
en éduquant les populations sur la protection du cadre de vie. L’image (B) quant à elle est une
affiche publicitaire sensibilisant les habitants sur la dangerosité des sachets plastiques. On observe
sur la même image des tas d’ordures en bordure de route et dans un canal ; ce qui ternit l’image de
la ville.
Ce qui inquiète semble-t-il relève du fait qu’il ne participe souvent pas à certains fora urbains à
cause du personnel vieillissant et insuffisant.
104
Du drainage, de la collecte et du traitement des déchets, de l’élaboration des normes
d’hygiène et de salubrité, et de l’élaboration des normes en matière d’assainissement dans
les villes en collaboration avec les autres administrations concernées ;
De la constitution d'une banque de données et de la mise à jour de données urbaines ;
Du suivi de l'application de la réglementation en matière d'hygiène et de salubrité,
d'enlèvement et du traitement des ordures ménagères ;
La Direction de l’Assainissement et de la protection du cadre de vie est chargée de définir et
d’appliquer les orientations en matière d’environnement et de lutter contre les nuisances en milieu
urbain. Elle est composée de quatre divisions dont deux ont des attributions relatives à la GDS à
savoir : la division de l’hygiène et de la salubrité publique du MINHDU a la responsabilité de
contrôler les municipalités dans la GDSU ; de contrôler les règles et principes d’hygiène ; de
contrôler l’application des normes d’hygiène et de sécurité alimentaires dans les établissements
publics et privés, dans les centres d’apprentissage, écoles, bars, buvettes, restaurants, hôtels et
marchés. La division de l’environnement urbain et de la protection contre les nuisances se charge de
la protection et la promotion d’un environnement urbain sain ; de la lutte contre la pollution
ménagère et industrielle. Il s’agit des pollutions des véhicules de transports et de motocyclistes,
puis, les pollutions dues à la multiplication des dépotoirs sauvages et au passage des véhicules de
transport d’ordures ménagères.
La commune de Bangangté bénéficie des expertises de ce cabinet ministériel à travers la
construction des routes à l’exemple de la route projet 1 pour le Noun. Il n’agit pas dans la gestion
des déchets dans toute la circonscription administrative.
105
salubrité de l’environnement ; la normalisation des critères de pollution et la réglementation de
certains déversements en collaboration avec les organismes concernés.
La Note Circulaire n°069/NC/MSP/DMPHP/SHPA du 20 août 1980 du MINSANTE concernant les
déchets solides précise que les agents techniques du génie sanitaire doivent surveiller l’élimination
des ordures ménagères à l’échelle domestique, promouvoir, contrôler et participer au projet de la
collecte et de l’élimination collective des déchets solides, vulgariser la méthode du compostage et
celle de l’utilisation du compostage, enseigner aux populations les moyens salubres d’évacuation de
leurs ordures en tenant compte de leurs habitudes et de l’environnement. Le Service d’hygiène du
milieu est chargé d’appliquer la politique du MINSANTE sur le suivi de la gestion des déchets et de
l’hygiène en général. Cependant, tout ce qui est prescrit dans cette circulaire est un leurre dans la
ville de Bangangté parce qu’aucune activité n’est menée sur le terrain.
106
déchets au Cameroun. Cependant, il devrait bel et bien l’être pour accompagner les étudiants
chercheurs du domaine de la rudologie tout en adoptant aussi le programme des enseignements sur
les déchets afin de mieux faire connaitre au public le bien fondé des déchets tout en montrant aussi
ce que cache les déchets au niveau environnemental et sanitaire lorsqu’ils sont mal utilisés. Cela
pourrait motiver les étudiants à faire carrière dans le domaine.
107
Ceci est en plein essor à Bangangté mais le potentiel local existe. La croissance du rendement en
termes de couverture des zones ainsi que le compost sont le projet de la Mairie. Les autorités
communales ont confirmé la synergie existante entre le MINHDU et HYSACAM dans la mesure où
c’est le MINHDU qui alloue les fonds au prestataire non gouvernemental (HYSACAM) pour la
collecte, le transport, mise en décharge et le traitement des déchets ménagers. La commune de
Bangangté pour assurer la gestion des ordures, reçoit un financement auprès de l’État qui parait
insignifiant.
108
pour financer toutes les opérations du service public des déchets. Il sert également de liaison entre
l’État et les organismes internationaux (FMI, BM, UE, etc.) dans le cadre de la réception et de la
distribution des subventions obtenues desdites institutions.
Le FEICOM est placé sous la tutelle technique du Ministère en charge des Collectivités
Territoriales Décentralisées et sous la tutelle financière du Ministère chargé des Finances. Il a été
créé par la Loi n°74/23 du 05 décembre 1974 portant organisation communale. Il est rendu
fonctionnel par le décret n°77/85 du 22 mars 1977 (SNGDC, 2008). C’est un établissement public
administratif doté de la personnalité juridique et de l'autonomie financière. Le FEICOM réorganisé
par le décret présidentiel du 11 décembre 2000 est devenu une Direction Générale. Ce décret a été
modifié et complété par celui du 21 mai 2006 qui donne au FEICOM le rôle d’intermédiaire
financier. Cette structure étatique accompagne les CTD dans le processus de développement local
en leur apportant une assistance technique et financière (MINEP, 2007). Le FEICOM doit ainsi
trouver les partenaires financiers aux municipalités pour réaliser les projets locaux comme la
valorisation des déchets, la collecte et la destruction des dépôts sauvages.
Les organismes de financement internationaux tels que la Banque Mondiale (BM), l’Union
Européenne (UE), le Fonds Monétaire International (FMI) interviennent à plusieurs échelles dans la
ville de Bangangté. On peut noter, le financement des projets de latrines écologiques, les projets
MODEAB, attente du financement des projets d’un égout pour l’assainissement liquide, l’assistance
technique à la maîtrise d’œuvre et l’élaboration du cadre juridique local et le contrôle technique des
projets. Par exemple, entre 1994 et 1996, la Banque Mondiale a financé le Programme Social
d’Urgence qui avait pour objectif de collecter les ordures ménagères dans les villes de Douala et de
Yaoundé (SNDGC, 2007). En ce qui concerne le financement pour la gestion des ordures
ménagères, c’est le MINHDU qui œuvre.
109
toute personne physique ou morale sur l’ensemble du territoire national. L’association est la
convention par laquelle des personnes mettent en commun leurs connaissances ou leurs activités
dans un but autre que de partager des bénéfices. Au Cameroun, les associations fonctionnent selon
deux régimes, à savoir le régime de déclaration et le régime d’autorisation. Les associations qui
relèvent du régime de l’autorisation sont les associations étrangères et les associations religieuses.
Les autres formes d’associations sont soumises au régime de la déclaration. Toutefois, les régimes
précités ne s’appliquent pas aux associations de fait, d’intérêt économique ou socioculturel. Dans
les villes camerounaises, ce sont les associations relevant du régime de déclaration qui sont
impliquées dans les projets d’hygiène et de salubrité. Il s’agit généralement d’associations de
personnes visant des intérêts communs ou des groupes de personnes réunies dans le cadre d’une
entraide ou pour développer des activités d’intérêt économique et socioculturel. Au Cameroun, ce
genre d’association se trouve dans les quartiers (association des jeunes du quartier), les milieux
estudiantins et d’élèves, les originaires d’une même tribu ou région, etc. Elles constituent un
maillon important dans la promotion des projets d’assainissement à l’échelle du quartier. Leurs
actions relèvent plus souvent du volontariat et du souci de garder leur cadre de vie sain et agréable à
vivre. Aucun groupe n’existe pour le moment à Bangangté pour exercer ces tâches.
110
leurs actions sur le terrain. Dans le domaine des déchets, le mouvement syndical est récent. Le Syndicat
National des Travailleurs pour l’Environnement et l’Exploitation des Métaux et Déchets Ferreux et non
Ferreux du Cameroun (SYNETMEFCAM) est l’un des premiers à regrouper les travailleurs des déchets
sans discrimination. À Douala par exemple, il existe une association des récupérateurs à la décharge qui
travaille en collaboration avec le SYNETMEFCAM. Ceci a constitué une force leur permettant de
mieux négocier avec l’administration en cas de litige ou de revendication sur leur site de travail. Celui-ci
n’existe pas encore à Bangangté et nous espérons qu’avec le temps et surtout lorsque le conseil
municipal mettra dans son agenda le projet de gestion des déchets solides, on assistera à des
manifestations du genre.
111
ou activités relevant des domaines juridique, économique, social, culturel, sanitaire, sportif,
éducatif, humanitaire, de la protection de l’environnement et de la promotion des droits de
l’Homme. Il faut noter que l’orientation des champs d’activité donnée aux ONG par
l’administration camerounaise ne reflète pas trop l’esprit de liberté qu’une organisation libérale doit
avoir pour faire le choix de ses domaines d’activités sur le terrain. À Bangangté, l’ONG ERA-
Cameroun, contrairement aux autres acteurs de la société civile, travaillent dans un cadre formel
correspondant à leurs objectifs de création. Bien structurées et ayant le personnel qualifié, elle
s’investit dans l’éducation, la sensibilisation, l’information, la formation des habitants sur les
techniques d’assainissement des déchets liquides et un peu sur des déchets ménagers.
Les Associations, les GIC, les Coop et les ONG travaillent en collaboration avec les administrations
publiques locales et les bailleurs de fonds internationaux. Malgré les contraintes administratives,
techniques, financières et le manque de personnel qualifié, ces structures parfois de petite taille
offrent aux habitants des quartiers enclavés et/ou défavorisés un service de propreté de qualité
importante. Leurs actions n’existent pas à Bangangté à cause de non implication des citoyens dans
le métier. Par contre dans certaines villes comme Douala et Yaoundé, ceux-ci prolifèrent ; exerçant
la précollecte, la récupération, le recyclage des ordures ménagères, le curage des caniveaux, etc. Ils
promeuvent également la sensibilisation, l’information et l’éducation dans les ménages sur les
problèmes liés à l’environnement. Dans le cadre de la précollecte, les contrats de gré à gré sont
passés avec les ménages pour le ramassage quotidien des ordures. Parfois les précollecteurs
trouvent un accord avec HYSACAM qui leur permet d’acheminer sans crainte les ordures
ménagères ramassées vers les bacs à ordures ou tout autre point de groupement.
112
n’existe pas le service de précollecte, les usagers assurent eux-mêmes le stockage et le ramassage
des ordures puis les vident directement dans les camions ou dans les bacs à ordures HYSACAM.
Ndum (2013), en parlant de l’examen de l’impact des facteurs sociaux sur la prestation de services
de GD, affirme que le genre est l'un des domaines clés qu’il faudrait aborder, parce que les femmes
en tant que noyaux de la société ont un rôle différent de celui des hommes. Leurs rôles en tant que
mères, femmes au foyer, éducatrices, des entrepreneurs et des producteurs leur accordent une forte
responsabilité. Le schéma 6 réalise la synthèse des acteurs de la gestion des déchets à Bangangté.
Schéma 6: Les différents acteurs de la gestion des déchets à Bangangté
Source : Compilation des entretiens de terrain (service d’hygiène, HYSACAM, MINHDU) de Bangangté et de
Bafoussam, 2017 ; inspiré de Ngambi, 2015
113
Conclusion au chapitre 3
La pluralité des textes juridiques attribue aux institutions les missions en matière de gestion des
déchets ménagers au Cameroun. Cependant, leur contenu est parfois incohérent voir touffu. On note
qu’une Loi donne les mêmes attributions à plusieurs institutions étatiques. Cette inattention a
facilité le chevauchement des pouvoirs et l’inertie de certains acteurs étatiques. La délégation
départementale de l’Agriculture et du Développement Rural, dont l’une des principales missions en
matière de gestion des déchets est la promotion de la transformation des déchets urbains, n’a aucun
projet et ne soutient aucune initiative de compostage à Bangangté. Pourtant, l’agriculture est la
principale activité dans la ville et la valorisation des déchets ménagers par compostage est
nécessaire pour une certaine demande. Le Ministère de l’Habitat et du Développement Urbain a été
mandaté par décret n°2004/320 du 8 décembre 2004 pour s’occuper de la collecte et du traitement
des déchets avec d’autres administrations compétentes. Une fois de plus, le MINHDU semble
démissionner devant sa mission régalienne car aucune activité de cette institution dans le domaine
des déchets ménagers n’est enregistrée dans la ville de Bangangté en dehors du financement que ce
département ministériel met à la disposition de HYSACAM. Les constats ci-dessus montrent qu’il
manque une solidarité entre les institutions pour la mise en place de projets communs ou
complémentaires et des stratégies adaptées pour gérer efficacement les déchets ménagers urbains.
Par ailleurs, il n’existe aucun texte juridique définissant les mécanismes de gestion des déchets
ménagers (collecte, transport, le traitement et/ou la mise en décharge). Pour rendre plus efficaces et
efficientes les stratégies de gestion des déchets ménagers, tant sur le plan de la valorisation que des
performances du service public des déchets, il est indispensable que la Loi cadre sur
l’environnement ayant posé les bases de la gestion des déchets en général soit suivie des décrets et
que ces décrets soient appliqués. Nous déplorons la multitude de Lois qui ne sont pas appliquées. Le
but en est de définir explicitement le rôle de chaque acteur et les moyens d’actions à lui octroyer, de
faciliter l’intégration des acteurs de la société civile dans le processus de gestion publique des
déchets, de mettre en place des mécanismes qui vont inciter les acteurs à se regrouper au moins tous
les deux années, de revoir le cadre juridique pour prendre en compte les préoccupations relatives à
la mutualisation des efforts en l’occurrence l’incitation à l’écoconception, l’économie circulaire et
la responsabilité du citoyen dans la gestion des déchets. Ȧ ce stade, la proximité dans la politique de
gestion des déchets permettrait une exigence de la récupération des emballages et bouteilles
plastiques par ces producteurs industriels. Face à la situation qui prévaut, il y’a lieu de se
questionner sur la production et la caractérisation des déchets à Bangangté et ses environs.
114
CHAPITRE 4 : PRODUCTION ET CARACTÉRISATION DES DÉCHETS SOLIDES
MÉNAGERS Ȧ BANGANGTÉ
115
Introduction
Ce chapitre tente de mettre en lumière l’absence d’informations fiables sur l’origine, la composition
et les quantités des déchets ménagers à Bangangté. À partir des estimations et sur quelques points
de repères, nous pouvons avoir certaines données. Disposer des ordres de grandeur concernant le
poids, le volume et la composition des ordures à évacuer, selon les catégories de quartiers, est en
effet un préalable à la mise en place d’une gestion efficace des déchets au niveau communal.
La production et la caractérisation des déchets ménagers et assimilés sont des données essentielles
pour comprendre les caractéristiques d’un gisement donné, notamment pour connaitre les quantités
générées et la composition physiquo-chimique du flux de déchets étudiés. Elles constituent le
préalable au bon fonctionnement de tout projet d’amélioration de la filière de gestion des déchets
solides, surtout au niveau du traitement et de la valorisation. À Bangangté ces informations font
cruellement défaut. Les données existantes produites notamment par HYSACAM et le MINHDU
sont théoriques et n’ont, à ce jour, pu être vérifiées par des caractérisations physiques. Les
observations de terrain ont toutefois permis de mettre en évidence la part importante des
putrescibles, des bouteilles plastiques et bocaux, des cartons, des papiers et des métaux
(aluminiums, ferrailles) dans la production totale déchets ménagères d’une part et d’identifier
d’autre part les ménages, les marchés, l’artisanat, l’agriculture, les administrations et le transport
(gares routières) comme pôles générateurs de tous ces déchets suscités. Puisque c’est le tout premier
travail scientifique du genre dans le territoire, il est important de faire ressortir cette composition.
116
visibles, et la collecte dans les quartiers centraux que de réaliser une formation de l‘exécutif
municipal pour une étude sur la caractérisation des déchets afin d’avoir une bonne maitrise sur la
catégorisation de ceux-ci. Lors d’un entretien avec le chef des services techniques de la mairie, il
m’a été révélé qu’ils n’avaient pas connaissance des types de déchets qui sont produits dans la ville,
d’où la nécessité de réaliser la caractérisation des déchets solides ménagers. La réalisation de la
caractérisation a précédé les estimations sur les quantités de déchets que peuvent produire les
habitants.
- Quantités produites
L’augmentation des déchets produits est la conséquence de la croissance démographique, de
l’urbanisation et du changement des modes de consommation. En effet, dans les pays en
développement, la production d’ordures ménagères tourne au tour de 0,75 kg/hbt/jr (Farinet et
Niang, 2004 in Tounkara, 2014). La même source stipule que dans les quartiers spontanés, cette
valeur est de 0,3kg/hbt/jr. Par contre, il est observé à 1,7 kg/hbt/jr dans les quartiers de haut
standing, clame toujours la même source. En fait, la composition de ces ordures ménagères est de
40 à 50% de matières fermentescibles pour les pays en développement, et de 25% en Europe
(Farinet et Niang, 2004). Cette tendance est dépassée avec l’explosion démographie et
l’urbanisation accélérée. La composition des ordures ménagères s’est vue à la hausse ces dernières
décennies en ce qui concerne les putrescibles dans les pays en développement ; 50 à 65%
(Tounkara, 2014). Toutefois, après des études faites dans certaines villes du Cameroun, la Stratégie
Nationale de Gestion des Déchets (SNGD, 2007) estime que la production des déchets ménagers et
assimilés est de 0,6 kg/hbt/jr. Ngnikam et Tanawa (1998, 2006), Tchuikoua (2010), Ngambi (2015)
ont démontré plutôt un dynamisme dans la production tout en faisant l’analyse par rapport aux types
d’habitat. Il ressort de leur analyse qu’il y aurait une diminution du taux de production des déchets
par habitant au fur et à mesure qu’on passe des secteurs ou quartiers à hauts standing et moyens
standing (0,95 à 1,31kg/hbt/jr) aux secteurs ou quartiers spontanés (0,5 à 0,8kg/hbt/jr). Il est aussi à
noter que la production varie selon le climat et les villes. Les villes situées dans les zones humides à
l’instar de Bangangté produiraient plus de déchets par rapport à celles situées dans les zones arides
(Garoua, Maroua), Ngnikam et Tanawa, (1998). Ainsi, nous pouvons affirmer comme le dit Hamza,
(2014) que le volume de la production est changeant d’une ville à une autre, d’un quartier à l’autre.
Les volumes sont nettement supérieurs (presque deux fois) dans les villes de plus de 100 000
habitants que dans les villes plus petites (0,6 kg contre 0,33 kg) Hamza, (2014). Si nous tenons
compte des saisons, nous réaliserons que les variations dans la production massique des déchets
solides ménagers suivant les saisons sont liées à la fluctuation saisonnière du taux d'humidité. Par
ailleurs, la saison des pluies correspond à la période de récolte des denrées alimentaires, notamment
117
celles des mangues, du maïs, des arachides et les légumes. Ces produits se retrouvent en grande
quantité sur les marchés de la ville Bangangté. Les produits non vendus et les déchets de
consommation constituent une part importante de la fraction fermentescible des déchets pendant
cette période, qui va généralement de juin à octobre. D’où la variation des productions spécifiques
des déchets solides ménagers. Malheureusement, nous n’avons pas fait la caractérisation pendant la
saison des pluies parce que nous n’étions pas au Cameroun. Nous nous sommes rendus sur le terrain
pendant la saison sèche et la période de récolte des avocats, des choux, tomates, etc.
Au regard de toute la littérature sur la production des déchets ménagers par kg/hbt/jr dans les pays
en développement lié à leur population, Bangangté produit environ 0,54kg/hbt/jr d’après les
estimations de calculs et aussi compte tenu de son habitat qui a un caractère presque commun ou
mixte, la taille ainsi que les habitudes des habitants.
Face à ce résultat de terrain, les points de vue des chercheurs tels que Tounkara, Ngnikam, Tanawa,
Tchuikoua et Ngambi sur 0,6kg/hbt/jr dans les villes des PVD sont mis en doute à cause du
contexte dans lequel se trouvent certaines villes moyennes à la différence des grandes villes. Le
point de vue de Hamza (2014) serait hypothétiquement acceptable dans ce cas d’étude car la
production change en fonction de la population, du quartier et du type d’activité.
La connaissance de la masse de déchets produite par un individu et par jour faciliterait qu’on puisse
estimer le tonnage annuel de déchets ménagers sur le territoire afin de rendre le résultat fiable.
L'augmentation de la quantité de déchets produits oblige donc à sa gestion pour un meilleur cadre
de vie. Les quantités produites sont en fonction de la taille des ménages.
D’après nos enquêtes, 48,5% des ménages sont constitués de 5-10 personnes et 47,5% sont
constitués de 1-4 personnes. Ces résultats justifient le fait que l’abondance des individus dans un
ménage favorise la grande production de déchets dans la ville. Un ménage de deux personnes
produirait un volume de déchets moindre que les ménages constitués de plus de deux personnes
comme le montre la figure 15.
118
Figure 15 : Taille des ménages enquêtés
En ce qui concerne l’ancienneté des ménages, on observe sur la figure 16 que 51% ont fait plus de
10 ans, 21% des enquêtés y vivent depuis 5-10 ans. 25% ont une durée comprise entre 1-4 ans
contre 3% de moins d’un an. Ces résultats expliquent alors la connaissance variable sur la
provenance des déchets ménagers et leurs modes de gestion.
La durée de résidence de ménages enquêtés par quartiers ou strates constitue aussi un facteur
déterminant dans la maitrise gestion des déchets ménagers. Il ressort de nos enquêtes de terrain que
46% des ménages se sont installés dans les quartiers depuis 10 ans, 18,5% des ménages entre 5-10
ans, 31,5% des ménages entre 1-4 an, et 4% des ménages d’au moins 1 an (figure 17).
119
Figure 17 : Durée de résidence dans les quartiers
Il ressort de la figure 17 que le grand taux des ménages enquêtés a plus de 10 années et cela pourrait
justifier leur mode de gestion de déchets ménagers dans la ville de Bangangté.
- Calcul du taux de production annuelle des déchets ménagers : T(%)
120
recycleurs informels ou jeté dans les décharges sauvages ? Même si la répartition de la production
de déchets par source n’est pas connue, on sait que les déchets produits à Bangangté proviennent
essentiellement des ménages, des marchés, de l’agriculture, des administrations puis des agences de
transport de la ville. Le tableau 5 montre la synthèse d’estimation de production annuelle des
déchets solides ménagers par cas.
Tableau 5: Synthèse d’estimation de la production annuelle des déchets solides ménagers à Bangangté
en 2018 par cas
121
matériaux (papier, verre, métaux, etc.)
paramètres physiques, chimiques ou biologiques (masse volumique, teneur en eau,
biodégradabilité, etc.)
composition élémentaire (carbone, mercure, etc.)
Toutefois, il est nécessaire de signaler que la détermination de tous ces paramètres n’est pas
toujours importante. Il est souvent suffisant d’analyser un seul groupe spécifique pour répondre à
une question donnée sur la gestion des déchets. Par exemple, pour le recyclage de la matière,
l’analyse du groupe matériaux est suffisante alors que l’évaluation de l’impact des émissions de
l’incinération sur l’environnement nécessite une analyse de la composition élémentaire des déchets
(Brunner and Ernst, 1986).
La caractérisation peut être abordée de 2 manières différentes, soit par des méthodes et modèles
théoriques, soit par des méthodes d’analyse directe sur les déchets.
122
les pays et les objectifs poursuivis, plusieurs types de catégories (composants) de déchets sont
identifiés : la norme XPX30-408 d’octobre 1996 en France, recommande treize (13) catégories
(tableaux 6 et 7).
Tableau 6: Nombre de catégories et de sous-catégories recherchées dans 7 pays européens
Pays Nombre de catégories Nombre de sous-catégories
Autriche 11 25
Allemagne 13 41
Angleterre 11 33
Finlande, Suède et Norvège 11 ≥ 20
France 13 39
Irlande 13 55
Pays Bas 18 17
Source: European Commission Project 2001 in Hamza, 2014
Tableau 7: Catégories recherchées dans 7 pays européens
Autriche (11) Allemagne Angleterre Finlande, France (13) Irlande (13) Pays Bas (18)
(13) (11) Suède et
Norvège (11)
Papier Métaux Métaux Papiers Déchets Déchets Déchets ménagers
ferreux ferreux putrescibles organiques résiduels
Verre Métaux Métaux non Cartons Papiers Papiers Déchets ménagers
non ferreux ferreux encombrants
résiduels
Textiles Papiers et Papiers et Déchets Cartons Cartons Déchets résiduels
Cartons Cartons dégradables de bâtiments
Plastiques Verre Verre Plastiques Composites Composites Déchets
organiques
Bois Plastiques Divers Serviettes et Textiles Textiles Déchets
combustibles serviettes organiques
sanitaires encombrants
Métaux Déchets Divers non Autres Textiles Textiles Papiers et Cartons
Organiques combustibles combustibles sanitaires sanitaires
123
Cependant, dans notre recherche 12 catégories ont été identifiées en raison de la dégradation
avancée des OM, à savoir : putrescibles, bouteilles plastiques et bocaux, cartons, papiers, textiles,
verres, métaux, les éléments fins, combustibles non classés, les incombustibles et les déchets
d’Équipements, Électriques et Électroniques (D3E). Tout est regroupé dans le tableau 8.
Tableau 8: Composition des déchets ménagers à Bangangté
types de déchets Description qualitative
Epluchure de banane/plantain, de légumes, pastèques, ananas, tomates, restes
Fermentescibles
de nourriture, déchets verts, cadavre d’animaux.
Papiers et cartons Journal, feuilles de composition, carton plat et ondulé.
Eléments fins (<20mm) ou
Organiques, petits cailloux issus des balayages du sol, des rues
sable
Textiles Vieux vêtements en coton et en nylon, serviettes hygiéniques et couches,
Plastiques Bouteilles en PVC et en PET, sacs mbandjock et bidons de plastique dure
Combustibles non classés Bois
Bouteilles de boisson alcoolique blanches et vertes, bouteilles de
Verres
mayonnaise, du verre cassé,
Boites de conserve en fer rouillé (tomates, lait, sardine, café) et les ferrailles,
Métaux
les vieilles marmites (aluminium)
Incombustible non classé Poterie, cailloux
Déchets de réparation des garagistes et des cordonniers (filtre d’huile,
Déchets spéciaux
peinture, colle, etc.) plus des emballages, des piles et pesticides
D3E Vieilles télévisions, fers à repasser, téléphones, câbles électriques,…
Déchets dangereux Plaquettes de médicament, piles, gangs
Source : Enquêtes de terrain Mbiadjeu-Lawou, 2017
Les études de caractérisation des déchets ménagers tableau 9 proposent différentes masses
d’échantillons. La masse de l’échantillon dépend de plusieurs facteurs d’ordre économique, de
commodité et/ou en fonction de l’objectif. Par exemple, si l’on veut déterminer les quantités des
déchets de cuisine majoritaires dans les ordures ménagères (OM), un échantillon de 100 kg est
124
nécessaire pour avoir un degré de précision suffisant, or pour des composants minoritaires dans le
flux de déchets, tels que les métaux ou le verre, l’échantillon doit être beaucoup plus important pour
avoir le même degré de précision dans les résultats (SENES Consultants Limited, 1999). Le tableau
9 représente la synthèse des échantillons ayant issus de certains travaux.
Tableau 9: Poids à échantillonner proposé dans la littérature
Méthode d’échantillonnage à la source Méthode d’échantillonnage à la source
Poids à trier Auteurs Poids à Auteurs
trier
320kg BEN AMMARR S. (2006). 100kg European Commission Project. (2001).
1 à 50kg François. (2004). 500kg Morvan. (2000).
80kg Enda M. (2003). 57kg SENES Consultants Limited. (1999b).
200 à 300kg Kathiravale et al. (2003) 90 à 135kg SENES Consultants Limited. (1999b).
100 à 200kg Mohee. (2002). 500kg MODECOM. (1993).
50 à 500 kg Mbiadjeu-Lawou. (2017)
Source : revue de la littérature et enquêtes de terrain
En vue de réduire à la fois la variabilité du taux de génération et la composition des déchets
ménagers, il a été nécessaire de stratifier la ville selon le type d’habitat. AFNOR XPX 30-411.
(1996), stipule que la stratification permet de « subdiviser un lot initial, soit matériellement, soit
idéalement en un certain nombre de fraction ou strates dont chacun fera l’objet d’un
échantillonnage élémentaire séparé ». Après la stratification de la ville selon le type d’habitat, un
échantillonnage aléatoire simple dans chaque strate (type d’habitat) a été effectué pour le choix des
quartiers à échantillonner. De ce fait, dix quartiers ont été choisis du centre urbain vers la périphérie.
Pour effectuer cette séparation, nous avons procédé par des tris comme l’illustre la planche photo 6.
L’image (A) montre le processus de caractérisation des déchets à la décharge tandis que les images
(B) et (C) ressortent quelques types d’objets triés dans la mème décharge à savoir les cartons sur
l’image C et les seaux, bidons en plastiques sur l’image B.
Le même travail a été effectué dans certains quartiers du centre urbain et nous avons collecté les
différents échantillons. Ceci pour observer véritablement les différents types d’ordures ménagères
125
produites à Bangangté. Au terme de ces investigations, nous avons pu ressortir les échantillons sur
la photo 3 afin de voir les types de gisements produits à Bangangté.
126
quartier. Puisqu’il était impossible de travailler la nuit, nous avons parfois aménagé des sites dans
certains secteurs pour le même travail de tri.
En ce qui concerne les matériels, nous avons utilisé la bâche, les seaux, les sacs en plastiques, une
balance de poche pour le pesage, les pairs de gangs, le tamis pour le criblage afin de distinguer les
éléments fins (sable) des autres éléments.
La limite financière a constitué une contrainte majeure et n’a pas permis d’avoir plus d’équipements
et de pouvoir recruter plus de personnes pour effectuer plus le tri.
Pour la caractérisation des ordures, une masse comprise entre 100kg à 200 kg permettrait d’avoir
une représentativité de 10% des constituants les moins présents dans la masse des déchets (Mohée,
2002 ; Hamza, 2014). Selon l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie (Ademe,
1993), il serait mieux d’utiliser une masse de 500 kg de déchets. Compte tenu de mes moyens
humains, matériels et financiers, la combinaison des échantillons minimums suggérés par Mohée et
Ademe (50 à 500 kg) a retenu notre attention dans chaque quartier de production des déchets
ménagers où il est question de procéder à une caractérisation. Dix zones ont servi comme cible de
l’évaluation et la caractérisation des déchets ménagers à Bangangté. Au sortir de cet exercice, on a
obtenu une masse totale de 1530,4 kg comme le présente le tableau 10.
Tableau 10: Zones d'évacuation des d'ordures ménagères
Types d’habitats Lieux de production Quantité de déchets Pourcentage (%)
triés en kg
Haut standing Quartier 1 233 15,22%
Haut standing Quartier 2 102,5 6,69%
Haut standing Quartier 6 120 7,84%
Moyen standing Quartier 3 100 6,53%
Moyen standing Quartier 5 192 12,54%
Moyen standing Quartier 7 102 6,66%
Banekane Quartier 50,5 3,29%
périphérique
Feubat périphérique 100 6,53%
Spontané Quartier 8 430 28,09%
Spontané Quartier 4 100 6,53%
Total 10 1530,4 100%
Source : Enquêtes de terrain, février 2018
Il ressort du tableau 10 que 50,5kg et 100kg de déchets ménagers ont été respectivement triés à
Banekane et à Feubat; quartiers situés en zone rurbaine où la pratique agricole abonde. Par contre,
une masse importante a été évaluée au niveau du centre urbain. Soit, 430kg au quartier 8 ; 192kg au
quartier 5 (proche du marché B); 233kg au quartier 1 (proche du marché A); 120kg au quartier 6 ;
102kg au quartier 7 ; 102,5kg au quartier 2 ; 100kg au quartier trois ; 100kg au quartier 4. Ces
résultats regroupent en quelque sorte la part de production des ordures ménagères de chaque type
127
d’habitat. La nécessité de réaliser la caractérisation par taille et par catégorie dans tous les quartiers
enquêtés a permis de voir véritablement ce que produisent les « bangangtéens ». Ainsi, les figures
18, 19, 20, 21 et 22 constituent les caractérisations par taille et par catégorie des déchets ménagers
effectués dans les quartiers enquêtés repartis en types d’habitations.
La proportion élevée des putrescibles dans ce quartier se justifie par la consommation abondante
des produits agricoles, l’absence des bacs à ordures et le manque d’espaces cultivables qui peuvent
recevoir les déchets. Face à cette situation, les habitants de la zone ont créé quelques décharges
sauvages ; espaces où nous nous focalisés pour la caractérisation.
L’analyse des données issues des enquêtes de terrain met en évidence une proportion moyenne des
déchets putrescibles ou fermentescibles (près de 46%). Elle varie de 45-55 % des déchets ménagers
dans les habitats de type haut standing à plus de 43% dans ceux de types moyen standing, plus
proche du monde rural. La grande proportion des fermentescibles se trouve dans les habitats haut
standing parce que ces résidents jettent les restes alimentaires dans les poubelles. Nos enquêtes et
pesées en 2017 à Bangangté ont abouti presque aux taux variant entre (38% à 55%), à partir des
déchets collectés. Cette faible proportion de déchets fermentescibles laisse au moins envisager des
opportunités de valorisation (activités de compostage notamment), encore peu exploitées.
La différence avec les quartiers périphériques est qu’on a trouvé plus des métaux ou les ferrailles
que partout ailleurs. Ce sont les zones les plus visitées par les récupérateurs de la ferraille comme le
montrent leurs résultats issus de la caractérisation.
128
Figure 19 : Habitats de types spontanés (4 et 8)
A : Banekane B : Feubat
Figure 20 : Quartiers à habitats périphériques
129
C : quartier à habitat moyen (3)
130
F : quartier à habitat haut standing (1) G : quartier à habitat haut standing (2)
131
Figure 23 : Synthèse de gisements des déchets à Bangangté issue de la caractérisation
132
Les déchets comprennent également des quantités importantes de cailloux, de gravats et surtout de
sable (près d’un tiers des déchets en moyenne), qui contribuent aussi à l’augmentation de leur
volume et à une détérioration plus rapide des engins mécaniques. Les quantités de sable retrouvées
dans les déchets varient d’un quartier à l’autre au sein de la ville. En général, ce sont les quartiers
« spontanés », moins urbanisés, où l’on observe les plus grandes quantités d’argile et de sable,
provenant essentiellement du balayage des cours d’habitation et souvent plus importantes durant la
saison des pluies. La figure 24 représente le graphique de synthèse des caractérisations des déchets
ménagers à Bangangté.
Il ressort aussi de cette figure 24 qu’il y’a une forte quantité d’éléments fins (inférieures à 20 mm) ;
soit une proportion de 11% due au phénomène de balayage. Donc les éléments fins ou le sable
impactent sur les déchets biodégradables tout en réduisant la proportion de ces derniers. Nous avons
pendant les investigations de terrain observé une présence de putrescibles dans les éléments fins. La
caractérisation indique également 46% de putrescibles pour les fractions massives. Soit un total
d’environ 57% de matières fermentescibles (éléments fins inclus), auxquelles s’ajoutent 10% de
papiers-cartons qui peuvent être valorisables sous forme de compost comme les putrescibles. Le
taux des putrescibles est moindre à Bangangté (46%) par rapport aux grandes villes d’Afrique et
particulièrement celles du Cameroun (Douala et Yaoundé) où l’on trouve 70 à 80% des putrescibles
parce que les bangangtéens ont mis en place des pratiques alternatives permettant in fine de
valoriser et de réduire la quantité de déchets organiques sur le territoire. En outre, un individu qui
produit par exemple 0,54kg/jr les réutilise à plus de 60% par la suite pour ses propres besoins sans
133
même faire passer ces déchets par la collecte municipale (enquêtes de terrain, 2017). Ces techniques
partent des compostages en tas, comptages en fosse, dans les fûts, etc. Plus de 60% des putrescible
sont conservés dans chaque ménage après usage. Ceci constitue une spécificité de la ville de
Bangangté. Les 10% des plastiques, 6% des métaux, de 4% des verres, de 2% des D3E, sont
également constituent des ressources recyclables ou valorisables. Ces pratiques alternatives
permettent donc de réduire une bonne quantité de putrescibles qui constituerait la source de
plusieurs vecteurs.
Les résultats granulométriques montrent la forte représentativité des déchets ayant une masse >100
mm. Ils sont essentiellement constitués des éléments tels que les matières putrescibles, plastiques,
cartons, papiers, etc. (figure 25).
Il ressort de cette classification figure 25 la proportion des matières secondaires trouvées dans les
gisements à Bangangté. Les déchets à granulométrie > 100mm constituent la principale matière des
ordures ménagères (58%). Ces déchets biodégradables sont composés à plus de 46% de résidus
alimentaires (agrumes, légumes, pâtes) et d’épluchures (tubercules, plantains, bananes, etc.). Le
reste des déchets fermentescibles provient des déchets verts des jardins, des espaces verts
municipaux, du désherbage des bordures de routes et des cours d’eau, des écoles et des
administrations.
La composition des déchets solides par classe de déchets solides en pourcentages de la masse
humide selon les quartiers ou les types d’habitat échantillonnés, est présentée dans la (figure 26).
L’analyse de ces compositions montre des variabilités importantes dans les quartiers. Des
variabilités par type d’habitat ou de quartiers sont enregistrées dans 12 catégories suivantes :
putrescibles, plastiques, papiers, cartons, verres, textiles, métaux, combustibles, incombustibles,
déchets dangereux, D3E et éléments fins.
134
Figure 26 : Variation par quartiers ou type d’habitat de la composition des déchets (en % de la masse
humide)
Au regard de la figure 26, les putrescibles représentent une part importante des déchets solides
ménagers dans la ville Bangangté et varient entre 43% à 51,28% du poids humide en fonction des
types d’habitations. Les pourcentages les plus élevés varient entre les hauts standing (quartiers 1 et
6) et l’habitat spontané (quartier 8). Dans ce cas, la grande quantité de déchets ménagers provient
des quartiers à hauts standing parce qu’ils ne les utilisent suffisamment pas. Par contre, les quartiers
spontanés produisent moins car ils réemploient également les déchets à d’autres fins.
Les papiers varient entre 0,71% à 6,67% du poids humide et les pourcentages les plus élevés sont
enregistrés au niveau du type moyen et haut standing (quartiers 1, 2, 6). Alors que les pourcentages
les plus faibles sont enregistrés au niveau de l’habitat spontané (quartier 8), comme conséquence de
leurs modes de consommation.
Les plastiques varient de 5,20% à 15,00% du poids humide, les pourcentages les plus élevés sont
enregistrés au niveau de l’habitat moyen standing, des quartiers péri-urbains (3, 5, 7) et Banekane,
et le pourcentage le plus faible est enregistré au quartier 5 (moyen standing). Les cartons varient
entre 3,43% à 11,44% du poids humide et les pourcentages se situent dans les habitants moyens
standing proche des marchés ; et le plus bas se situe dans l’habitat spontané. Les verres varient de
3,33% à 8,28% du poids humide, les pourcentages les plus élevés sont enregistrés dans l’habitat
haut standing et les pourcentages les plus faibles sont enregistrés dans l’habitat spontané. Les
métaux varient de 1,95% à 39,58% du poids humide. Les pourcentages les plus élevés sont
enregistrés dans la périurbaine (Banekane) et le plus bas se situe au niveau de l’habitat haut
standing.
135
Les combustibles varient de 1,04 à 4,58% pour tous les types d’habitats moyens et hauts standing ;
et de 1,14% dans l’habitat spontané. Les incombustibles varient de 0% à 1,96% pour les habitats
moyens et hauts standing ; et 0 % à 1,42% pour l’habitat spontané et le rurbain.
Les éléments fins varient de 0% à 24,47% du poids humide, les pourcentages les plus élevés sont
enregistrés au niveau de l’habitat moyen standing alors que les pourcentages les plus faibles sont
enregistrés au niveau de l’habitat spontané et la rurbaine ou périphérie.
La présence abondante des matières fines dans les déchets ménagers pourrait être justifiée par le fait
qu’on n’ait pas bitumé les grandes majorités des routes, des foyers non cimentés qui produisent le
sable ou la terre après le balayage.
La figure 27 représente la répartition des déchets solides ménagers par quantité ou taille dans les
quartiers enquêtés.
136
Figure 27 : Répartition des déchets solides ménagers par quantité (kg) dans les quartiers enquetés
137
On peut aussi remarquer sur la figure 27 que plus on se trouve au centre urbain, plus les masses ou
les quantités de déchets ménagers croissent. Le quartier 8 par exemple est un quartier pauvre ou
précaire situé au cœur de la ville de Bangangté. Il ne bénéficie pas de l’intervention des services
HYSACAM et les populations déversent les ordures sur une décharge sauvage en bordure de la
route à cause du manque des bacs à ordures conventionnels de la Société d’Hygiène et Salubrité du
Cameroun. Lors de nos séances de caractérisation des déchets ménagers, on s’est attardé sur ladite
décharge parce qu’il était parfois très difficile de trouver les déchets dans les poubelles des
ménages.
Le faible taux des putrescibles dans les poubelles se justifie par le fait que 85% des ménages
enquêtés les débarrassent directement dans leurs jardins qui se trouvent soit derrière les maisons
d’habitation, soit dans les champs. 53% des personnes enquêtées ramènent les déchets dans les bacs
à ordures du service de collecte. Ces méthodes de gestion des déchets ménagers à Bangangté
facilitent une valorisation qui permet à la fois de booster l’agriculture et de protéger
l’environnement voire la figure 28. Nous ne pouvons pas faire fi du taux de déchets que les
populations déversent le long des routes et les caniveaux (20%). Ceci provoque souvent les
inondations dans certaines parties de la ville. Les ménages enquêtés utilisent plusieurs méthodes
pour se débarrasser de leur déchets ; raison pour laquelle on voit les pourcentages plus élevés.
À cette question des modes d’évacuation des déchets ménagers à Bangangté, nous avons pu
observer lors de nos enquêtes que certains ménages utilisent plus d’une méthode. Ainsi, nous
remarquons au niveau de la figure 28 des grandes proportions dues au fait que certains ménages
utilisent deux à trois modes. Ils jettent souvent soit dans les bacs à ordures, soit dans les jardins, soit
le long des rues ou dans tout à la fois pour ceux qui sont proches des différents endroits de dépôts.
138
Pour verser les déchets putrescibles dans les jardins ou les champs, certains ménages font le tri et
vont les renvoyer soit dans les bacs à ordures, soit le long de la route. Il ressort donc des enquêtes
de terrain que 52% enquêtés font le tri de leurs déchets contre 48% (figure 29).
139
Conclusion au chapitre 4
Au terme de ce chapitre dont l’objectif est de relever les sources de production des déchets solides
ménagers et de les caractériser, il est à noter que les déchets ménagers proviennent de l’Homme
ainsi que les activités menées au quotidien (marchés ou commerces, des restaurants, de l’agriculture
et de quelques institutions aux caractéristiques distinctes). La caractérisation des différents déchets
solides ménagers a permis d’avoir une connaissance sur les types de déchets ménagers qui s’y
trouvent et leur proportion produite. Nous avons trouvé après certaines estimations qu’un habitant
produit environ 0,54kg/j et la production annuelle est de 133876 t/an. À partir de la connaissance
des gisements de déchets ainsi que les différents taux de production, on peut entrevoir d’autres
pratiques ou méthodes qui permettraient la valorisation et la réduction des putrescibles de 46% à
20% au minimum. Cette vision ne pourrait être atteinte que si les pratiques alternatives ou
spontanées s’intensifient et qu’on puisse les vulgariser ou les mettre à la disposition des communes
environnantes. La connaissance de ces déchets ménagers permettrait aussi de penser à une
économie circulaire d’échelle ou en lien fort avec le territoire malgré les dangers qu’on encourt sur
l’environnement et la santé des populations. Ce chapitre 4 nous a aussi permis d’observer que les
habitants de la ville utilisent plus de 60% de ces matières de récupération issues de la
caractérisation. Cette spontanéité dans la réutilisation des ressources pourrait justifier d’une part le
faible taux de collecte des déchets solides ménagers par la structure en charge de cette dernière et
d’autre part la faible proportion des putrescibles.
Au regard des quantités de déchets produites, il est important de parler du système de gestion des
déchets ménagers à Bangangté (Cameroun).
140
CHAPITRE 5 : SYSTÈME DE GESTION DES DÉCHETS MÉNAGERS Ȧ BANGANGTÉ
141
Introduction
Au Cameroun la gestion technique des déchets urbains relève de la compétence des Collectivités
Territoriales Décentralisées. En fonction des moyens financiers, humains, etc. et parfois du type de
municipalité, les conseils municipaux et les Délégués du gouvernement peuvent choisir le mode de
gestion des déchets (SNGD, 2007). À Bangangté par exemple, il est question de parler du
fonctionnement et/ou des étapes de la gestion des déchets ménagers et des répercussions
environnementales et sanitaires liées à une gestion partiellement inefficace des déchets ménagers
sur le territoire. Pour mener à bien cette partie de recherche, il a été question de nous adresser aux
personnes ressources de la Délégation Départementale du Ministère de l’Habitat et du
Développement Urbain (DD-MINHDU), de la Commune d’arrondissement de Bangangté (CAB) et
de HYSACAM de Bangangté. Nous avons effectué des entretiens semi-directifs pour mieux
comprendre le processus. L’analyse des textes législatifs en vigueur et les observations de terrain
nous ont permis de comprendre les différentes réalités.
142
car cette structure est la seule entreprise de collecte au Cameroun. Ces services sont bien visibles au
Cameroun, mais son monopole pose des soucis. Par conséquent, le travail n’est pas assuré partout et
des points de résistance existent dans les villes où le fonctionnement est difficile. Face à ce
problème, la commune de Bangangté sous l’égide du Mairesse KETCHA Célestine épse Courtès va
entreprendre en 2007 un projet pour la gestion des ordures ménagères. Le projet de collecte des
déchets une fois conçue, il a été accepté par le gouvernement, d’où la délégation des travaux à
HYSACAM en 2008. Depuis 2008 jusqu’à aujourd’hui (2018), la gestion des déchets ménagers est
quittée du mode régie au mode délégation où la prestation du service est remise à l’entreprise
HYSACAM.
La collecte des ordures ménagères est un phénomène nouveau dans la ville de Bangangté. La
délégation de la gestion technique du service public des déchets a un opérateur privé à travers un
contrat à durée déterminée. Ce mode de gestion des déchets ménagers est apparu au Cameroun dès
1969 à Douala, puis en 1979 à Yaoundé. Il s’est étendu en 2006 dans les villes de Bafoussam,
Limbé et Kribi, (SNGD, 2007 ; Ngambi, 2015). En 2008, les villes d’Edéa, Garoua, Maroua,
Ngaoundéré, Bangangté et Bangou vont connaitre la présence de cette entreprise sur leur territoire.
En octobre 2010, HYSACAM s’installe à Ebolowa et va desservir aussi les agglomérations telles
que Bertoua, Buea, Meyomessala et Sangmélima. De nos jours, dans le Cameroun, le service de la
gestion déléguée s’est étendu dans plus de dix-sept villes avec l’inclusion de Bamenda et de
Mbouda, respectivement en février 2017 et avril 2018 (figure 30).
143
Figure 30 : Prestation de service de la gestion des déchets dans les villes du Cameroun
Au cours de nos différents entretiens avec les acteurs de la structure Hysacam, tant au niveau local
qu’au niveau régional, il a été très difficile et parfois impossible d’avoir les données sur certains
aspects (le budget, les matériels, etc.).
144
La reconfiguration du service est unanimement qualifiée de « modernisation » de la gestion des
déchets. Le terme « modernisation », employé comme un synonyme de progrès, est rarement défini.
Une définition en est proposée en 2010 : « La modernisation est un processus intégré de mise à
niveau de la gestion des déchets consistant à inclure plus qu’une simple décharge sauvage »
(Scheinberg et al, 2010). On peut définir la modernisation de la gestion des déchets comme « une
ré-conception de l’ensemble du service du fait du remplacement de la décharge par un centre
d’enfouissement contrôlé comme exutoire final ». De fait, un autre rapport abonde en ce sens : « un
centre d’enfouissement dûment contrôlé est un élément essentiel de tout système moderne de
gestion des déchets » (UN-HABITAT, 2010). Scheinberg et al, (2010), voudraient tout simplement
dire qu’il ne faut pas prendre en compte l’aval pour moderniser le service, mais il faut aussi prendre
en compte toute la filière car l’aval ne fonctionne pas. Cette modernisation ne survient qu’en 2008 à
Bangangté avec la délégation du service au seul prestataire agréé au Cameroun. Nous pouvons
assimiler cette gestion des déchets que certains auteurs appellent « modernisation » à la gestion
critique des déchets parce que c’est un modèle qui suscite toujours des interventions.
145
• Déchets provenant des établissements artisanaux, petits commerces, bureaux et
administrations présentés dans les mêmes conditions que les déchets ordinaires ;
• Déchets végétaux provenant de l’élagage ou de la tonte effectuée dans les concessions
publiques ou privées (HYSACAM Bangangté, 2017).
Les déchets en provenance des exploitations industrielles ou commerciales, des hôpitaux et
cliniques (déchets anatomiques et infectieux), des travaux publics et abattoirs ne sont pas à la
charge de HYSACAM. Les producteurs doivent eux-mêmes les traiter ou les confier à une structure
spécialisée et assurer entièrement le coût de traitement. Le contrat de prestations n’inclut pas la
précollecte malgré son inexistence à Bangangté. De ce fait, chaque ménage ou tout autre producteur
est chargé de ramasser et de stocker ses déchets pour les acheminer dans les lieux de collecte
agréés.
La grande majorité des municipalités ont passé des contrats de concession avec HYSACAM.
Depuis sa création en 1969, son chiffre d’affaire était de 65 millions de XAF. En 2006, ce chiffre
d’affaire était de huit milliard de XAF. Cette société réalise un chiffre d’affaires annuel de 20
milliards XAF soit trois milliards cinquante-trois millions quatre-cent cinquante-un mille cent
quarante-cinq (30 53 451,145 €) à sa création et emploie 5000 salariés au Cameroun (responsable
HYSACAM de Bafoussam, 2017). Le capital social de la société est passé de 4 à 5 milliards en
décembre 2012. (1€ = 655XAF).
Toutes les villes desservies par HYSACAM ont signé avec ladite société un contrat de partenariat
qui s’étale sur cinq années et les dépenses à ces contrats sont couvertes majoritairement par une
subvention de l’État comprise entre 70 à 90% du coût des prestations. Ces dépenses sont couvertes
à 100% par l’État dans la ville de Bangangté. Le tableau 11 présente la situation détaillée pour sept
villes camerounaises.
Tableau 11: Couts des prestations d'enlèvement des ordures ménagères dans quelques villes desservies
par HYSACAM
N° Villes Montant du contrat pour 5 ans (en millions XAF)
Durée Date de
Quote-part de % Quote-part de % Montant
contrat signature
la ville l’Etat total
1 Douala 10366 28 26654 72 37 020 5 ans 19/11/2007
2 Yaoundé 5000 17 25000 83 30 000 5 ans -
3 Edéa 598 30 1396 70 1994 5 ans 27/06/2008
4 Garoua 581 10 5227 90 5808 5 ans 27/06/2008
5 Maroua 951 14 4055 86 5006 5 ans 27/06/2008
6 Ngaoundéré 540 14 3320 86 3860 5 ans 27/06/2008
7 Bangangté 0 0 326 100 326 5 ans 10/09/2008
Source : MINHDU in Cameroun : Décentralisation en Marche
146
Il ressort du tableau 11 que la ville de Bangangté ne dispose d’aucun moyen financier propre pour
la gestion des ordures ménagères. Elle bénéficie tout simplement des subventions de l’État. Cet
engagement étatique est préalablement prévu dans le budget de fonctionnement public alloué au
MINHDU. Toutefois, il y a lieu de relever que le taux de couverture de certaines villes y compris
Bangangté où l’État subventionne le service à plus de 80% est en deçà de 50%. Il s’en trouve que
l’état de salubrité de la ville, qui est le principal résultat attendu de la prestation HYSACAM, se
limite aux zones couvertes par le contrat, excluant ou privant ainsi une grande catégorie de ménages
du service de collecte des ordures ménagères. Le contrat tripartite ne couvre qu’une partie du centre
urbain. La zone périphérique est délaissés et les déchets se trouvent dans de nombreux endroits et
ternissent l’esthétique urbaine. Les quartiers où HYSACAM interviennent sont illustrés par la
couleur verte, tandis que la couleur rouge représente les quartiers qui ne sont pas pris en compte par
HYSACAM (figure 31).
La maitrise de la collecte des déchets à Bangangté fait encore problème puisqu’aucune donnée
quantitative n’est mise à notre disposition lors de nos différentes sorties sur le terrain. Les agents
147
HYSACAM sont très réticents lorsque nous leur demandions des données liées à leur contrat avec
la Mairie et le MINHDU, les données quantitatives mensuelles des ordures ménagères, etc.
En revanche, nous-nous sommes tournés vers la Délégation Départementale du Ministère de
l’Habitat et du Développement Urbain (DD-MINHDU) et la Mairie afin d’avoir au moins les
données sur la quantité de collecte du 3è trimestre de l’année 2016 (tableau 12).
Tableau 12: Les quantités des déchets collectés pour le compte du 3è trimestre 2016 à Bangangté
148
couvertes par la structure afin de collecter les déchets qui s’y trouvent. Le travail de terrain est
planifié selon le circuit et l’itinéraire de balayage. À chaque circuit, correspond deux agents de
surface et tous ont les mêmes horaires de passage. Cependant, les heures de collecte retenues sont
05h20’-13h. Ils observent une pause entre 10h et 10h30’.
S’agissant de la main d’œuvre, la structure HYSACAM de Bangangté emploie 17 agents, ajoutés
aux neuf agents de la Mairie. Les neuf agents municipaux font le contrôle d’hygiène dans les
quartiers. Ils font le curage des caniveaux, le désherbage de quelques endroits sales de la ville. Les
deux structures ont au total 26 ouvriers. Ceux-ci vont du Chef secteur au pointeur-placeur (un agent
qui se place à l’entrée de la décharge pour surveiller les entrées du camion) en passant par les deux
chauffeurs, les 10 balayeurs ou agents de surface et les trois ripeurs. Il ressort aussi des entretiens
«qu’il est difficile aux femmes d’intégrer nos rangs parce que le travail de surface est pénible »
(entretiens Responsable HYSACAM, 2017). Au cours de nos différentes prospections dans les
structures Hysacam à Bafoussam et à Yaoundé, nous avons remarqué la présence des femmes
travaillant plutôt dans les bureaux. La ville de Bangangté n’est pas encore bien équipée. Ce qui a été
aussi marquant dans ces entretiens est qu’on ne tient pas compte du niveau d’étude pour recruter les
agents de surface à HYSACAM. Par contre, on tient compte des diplômes pour les cadres. Les
visites médicales systématiques sont faites pendant la période d’embauche. Le bilan de santé se fait
tous les ans.
Au niveau de la structure, il a été octroyé des Équipement de Protection Individuelle (EPI) qui coûte
5000 XAF et 1500g de savon par mois pour le lavage des vêtements. En outre, un comité en charge
de primer les travailleurs existe afin de susciter le plus d’engouement au travail. Il existe des primes
mensuelles et annuelles. S’agissant des primes mensuelles, on a la prime de sécurité pour (le
travailleur qui porte ses bottes, gants caches nez, etc. à hauteur de 5000 XAF), la prime de lait, la
prime d’assiduité (5000 XAF), la prime de rendement (10 000 XAF).
Parlant des primes annuelles, il y a la gratification sur le salaire mensuel ; la bonification, c’est-à-
dire qu’on peut multiplier le salaire brut par deux ; les meilleurs agents dont trois choisis par vote.
Le vote ce fait par tous les agents et ceux qui ont le plus de voix sont proclamés meilleurs agents.
Un montant de 1000 000 XAF est souvent mis en jeux. Ici, le premier gagne 500 000 XAF, le
deuxième a 300 000 XAF et le troisième remporte la somme de 200 000 XAF. Après cette
compétition le meilleur gagne 1000 000 XAF au niveau national. C’est alors tout ce dispositif mis
en place par la société de collecte qui favorise la réduction des déchets. Toutes ces mesures se
résument dans le (tableau 13).
149
Tableau 13: Synthèse des primes de valorisation des agents de services HYSACAM Bangangté
Primes mensuelles Primes annuelles
1-La sécurité (5000 XAF) pour ceux arborant 1-Gratification sur le salaire mensuel et
systématiquement leurs matériels d’équipements bonification
2-Assiduité et lait (5000 XAF) 2-Meilleur employé de l’année (500000 XAF)
3-Rendement (10000 XAF) 3- Deuxième (300000 XAF) et 200000 pour le
troisième
Source : entretiens de terrain avec le Chef de service HYSACAM Bangangté, 2017
2. Les étapes de la gestion des déchets ménagers : apport volontaire, collecte, transport et
décharge/enfouissement à flux difficile
À Bangangté comme dans beaucoup d’autres villes camerounaises, la filière de gestion des déchets
solides comprend trois étapes du service : l’apport volontaire est pratiqué dans tous les quartiers. La
collecte et le traitement des ordures collectées dans la décharge municipale de Noumga. Ce modèle
de gestion de la filière que certains auteurs nomment aussi « système ville-déchets » (Deleuil et
Berdier, 2010 in Lecointre et al., 2015), fait appel à un schéma classique de la gestion du service
par les municipalités, dit « hygiéniste ou linéaire » dans lequel les déchets sont évacués en dehors
des limites de l’agglomération. Ces auteurs nous montrent l’intervention des municipalités ou de
l’État dans la gestion des déchets. La méthode que décrivent Lecointre et al, est parfois remarquable
dans tout mode de gestion de déchets. Ainsi, chaque territoire se déploie selon ses moyens comme
150
c’est le cas de Bangangté. Le Centre d’Enfouissement Technique (CET) en cours de construction
favoriserait une bonne gestion du lixiviats et leur valorisation serait vue comme un moyen de
modifier ce schéma pour construire des relations villes-déchets cycliques, dans lesquelles l’objet
déchet pourrait officiellement retrouver une place dans la ville. La valorisation n’est pas intégrée au
service municipal de Gestion des Déchets Ménagers (GDM) de Bangangté et les différentes étapes
de la filière présentée ci-dessous confirment cette tendance.
151
Les habitants de la ville de Bangangté sont bien informés et sensibilisés sur la gestion des déchets
ménagers parce qu’au cours de nos enquêtes, 18% de sensibilisation est organisé par la Mairie, 33%
par le service semi-privé HYSACAM et 49% par les autres (chefs de quartiers, les églises et les
médias locaux et nationaux).
L’apport volontaire est géré à l’échelle du quartier car c’est chaque ménage qui porte sa poubelle
pour y déposer dans les bacs ou sur les zones vagues, non autorisées, pour que HYSACAM les
collecter. Compte tenu du fait que la précollecte n’est pas gérée par la Municipalité, il s’est révélé
impossible de collecter les données correspondantes à l’échelle de la ville (planche 7).
Le constat qui ressort de ces images (A) et (B) est que les ménages après avoir collectés
individuellement les déchets ménagers, ramènent leurs poubelles au niveau des bacs à ordures
placés par la société HYSACAM et/ou les déchargent en bordure des rues. Ce type de poubelles a
été observé dans tous les quartiers de la ville. Ces deux images sont l’exemple des quartiers 4
(précaire) en A et quartier 6 (moyen standing) en B.
Au regard de la planche 7, le conditionnement des ordures est fait dans différents types de
poubelles. Suite à la question du type de poubelles dont dispose les enquêtés, il ressort que 14,5%
des ménages a des poubelles métalliques, 58% des ménages dispose les plastiques (sacs ou seaux) et
22% des ménages dispose les poubelles de type végétal (paniers) ; ce qui n’est pas efficient.
Seulement 3% de ces poubelles est recouverte et 97% est non recouverte (Tableau 15).
152
Tableau 15 : État de conditionnement des poubelles des ordures
Poubelles Effectifs Pourcentage (%)
Poubelles couvertes 6 3%
Poubelles non-couvertes 194 97%
Total 200 100%
Source : enquêtes de terrain, août-septembre 2017
Face à cette situation, nous pouvons conclure que les habitants sont exposés à leurs déchets et
pourraient faire face à d’éventuelles maladies.
Cette recherche justifie la pratique des apports volontaires à travers la question posée aux ménages
concernant les responsables de la collecte des ordures. Il en ressort que les activités de collecte sont
assurées par la présence importante de jeunes filles, de jeunes garçons et des femmes. La pratique
par les hommes est relativement faible (figure 32).
Figure 32 : Responsables des activités de collectes des ordures dans les ménages à Bangangté
153
sont munis de balais, de brouettes, de pelles, de poussettes ou bacs roulant pour mieux faire leur
travail. Ils portent également une tenue adaptée, payée par HYSACAM : uniformes, gants, bottes,
caches nez (la planche photo 8).
L’on observe un agent de surface ou balayeur au nom de Xavier sur l’image (A) le long de la route
qui mène au Marché B. La tâche n’est pas facile compte tenu du relief colinéaire car son bac roulant
était presque rempli. Le cliché (B) montre un agent de surface bien équipé et balayant le marché B.
Il a été aussi constaté que ce lieu de commerce était bien sale au lendemain de la tenue du marché
vivrier. Le cliché (C) quant à lui, montre toujours un balayeur en service au niveau du grand
carrefour du centre urbain, non loin de la Mairie et de la Préfecture. L’image (D) montre le stagiaire
(doctorant) en service au niveau du carrefour du quartier 5 non loin du marché B. Ceci dans le but
d’avoir plus d’informations sur le mode de gestion des ordures dans cette partie. Le travail mené en
ces temps a été bénéfique, malgré le fait que j’ai eu des soucis de santé : la toux et les problèmes
dermiques.
154
Lors des entretiens, certains acteurs ont noté le caractère a priori évident du constat des inégalités
dans le processus de gestion des déchets dans la ville. Ces observations ont été réalisées sur la base
d’études de cas, relatives à des terrains et à des objets différents.
2.3. La collecte
Elle s’effectue dans la ville de Bangangté à des endroits ou des points fixes avec la présence de bacs
à ordures permettant à chaque ménage de venir lui-même déposer ces déchets. Une fois que ces
bacs sont pleins, ils sont enlevés par la benne HYSACAM (planche 9).
A : Enlèvement des OM des bacs par les A S B : Pose de bac de 120l au quartier 1
C : Pose de bac de 360l (quartier 3) D : Pose de bac de 770l à l’EP groupe 1 (quartier 2)
Planche photo 9 : Placement des bacs à ordures de capacités différentes (360l et 770l) dans la ville
L’image (A) montre les ripeurs ainsi que le chauffeur dont sa tenue est différente des autres en plein
enlèvement des ordures pour la benne de compactage afin de l’acheminer vers la décharge lorsque
cette dernière sera remplie. Le bac de 770l est presque tout détruit et nécessite un remplacement.
Nous sommes à la descente du lycée technique de Bangangté. L’image (B) pour sa part fait
observer un bac de 120l trop plein ; ce qui a permis aux habitants de ce quartier (1) de déverser à
même le sol. Il est à noter que les bacs sont placés pour la plupart le long des rues et ceux qui sont
155
dans les bas-fonds n’ont pas la possibilité d’y accéder. Les images C et D ont des bacs de même
capacité (770l) situés à des endroits bien différents. Le (D) est placé en arrière d’un établissement
scolaire primaire au quartier 2.
Nous avons aussi constaté que les grands bacs (770l) sont disposés dans des quartiers ou espaces
densément peuplés où la production journalière des déchets est croissante. C’est par exemple les
marchés et les gares routières (planche 10).
Les véhicules qui se trouvent sur la planche photo 10 desservent les communes environnantes et les
villages (Bangoulap, Bangou, Bassamba, Tonga, Bazou, etc.) sans toutefois oublier les agences de
voyages (Confort, Avenir du Ndé, Avenir du Noun, etc.).
La collecte est planifiée, même si en réalité, cette organisation est plus ou moins respectée. En effet,
le service est géré sans toutefois tenir compte des bacs qui sont pleins. Le chef secteur HYSACAM
et le chef de services techniques de la Mairie contrôlent à moto chaque jour l’état des bacs à ordures
de la ville et préviennent les responsables de collecte des bacs « trop pleins » afin qu’ils soient vidés
en priorité. Le service de collecte est donc réorganisé au jour le jour en fonction des urgences de
collecte afin d’éviter le débordement des points de regroupement (figure 33) : modes d’évacuation
des déchets). On observe sur la figure 33 que 90% ménages fait la collecte individuelle, 56%
ménages fait recours aux bacs à ordures, 58% de ménages enfouit et incinère leurs ordures contre
31,5% qui déverse dans les décharges sauvages. Le constat qui ressort est qu’un ménage emploie
deux à trois modes pour bien résoudre le problème de déchets dans son domicile. Cette façon de
réagir amène à affirmer que les populations ont une conscience du phénomène malgré certaines
personnes qui trainent toujours les pas dans cette lutte acharnée que mènent la municipalité et les
chefs de quartiers pour endiguer les déchets ménagers.
156
Figure 33 : Modes d’évacuation des déchets ménagers
D’après les témoignages concordants, les stratégies actuelles ont amélioré de beaucoup la
présentation de la ville, au moins les axes principaux. Toutefois, les ménages de divers quartiers
estiment que la situation reste encore insuffisante (figures 34 et 35).
157
La figure 35 montre les raisons de l’insatisfaction pour l’enlèvement des ordures ménagères. 71%
de ménages est déçu par rapport à l’insuffisance de matériels de collecte. Le Ndé ne dispose que
d’un seul camion pour deux territoires (Bangangté et Bangou) et une situation de panne
compliquerait bien la situation. 26,5% parle du retard ou de l’irrégularité dans la collecte et 19,5%
clame que la main d’œuvre est insuffisante. Les distances entre les bacs constituent aussi un
problème au bon déroulement des activités de la collecte à Bangangté, soit 10,5% de ménages
exprime leur désarroi. Ce dernier aspect lié à la proximité ou l’échelle parcourue par les ménages
constitue un problème parce que les bacs à ordures ou les poubelles sont éloignés des uns autres et
en fonction des quartiers. Chaque ménage avait le choix de prendre deux ou trois éléments de
réponse ; ce qui fait qu’on ait parfois 120% dans certains cas. Cet éloignement des bacs
conventionnels pourrait aussi être la conséquence des dépôts sauvages. Cette carte illustre
l’organisation spatiale des points de dépôt des ordures ménagères à Bangangté (figure 36).
158
2.4. Le transport des déchets, un service dépendant des camions de HYSACAM
Les camions utilisés pour le transport des ordures sont des camions de compactage d’une capacité
de 14 m³ soit environ 12 tonnes. HYSACAM ne dispose que de deux camions en propre et un seul
est en état de fonctionnement. La collecte se fait essentiellement par le camion de compactage
(photo 4) qui actuellement collecte les déchets et sillonne les artères de la ville de Bangangté.
À chaque tournée de collecte, un agent du service HYSACAM est placé à l’entrée de la décharge
pour enregistrer les quantités entrantes du camion de collecte et récupérer auprès du chef de bord la
feuille de route qui retrace le suivi de la tournée de ramassage. L’absence de pont-bascule sur la
décharge, permet que le cubage soit estimé en fonction du volume du camion. Une fois collectés par
les camions, les déchets vont directement à la décharge située à sept kilomètre du centre-urbain.
159
Cependant, la mise en décharge des déchets ménagers n’ouvre pas la voie à leur valorisation.
Pourtant, elle peut être porteuse de nouvelles ressources financières par le biais de la mise en place
des centres de production de valeurs (valorisation matière organique), impliquant plus en amont la
politique du tri. La décharge ne reçoit que les déchets relevant des ménages. Toutefois, les déchets
d’entreprise, les cadavres des animaux trouvés sur les lieux de collecte sont transportés à la
décharge de façon illégale.
Les images précédentes montrent en (A) une montagne de déchets ménagers et assimilés ainsi que
l’étalement des déchets en (B) sur une surface plane sur le site de la décharge de Noumga située en
périphérie de la ville. L’image (C) pour sa part, montre le déversement des déchets.
160
La décharge municipale de la ville Bangangté date de 2008 suite au contrat de prestation avec
HYSACAM. Avant cette période, la commune déversait les déchets dans un espace vague et reculé
de la ville. Au cours des premières investigations de terrain en fin d’année 2015, aucun casier
n’avait été creusé. En 2017, la décharge a subi un changement physiologique et morphologique
avec les travaux de construction d’une station de traitement qui permettrait aussi la gestion du
lixiviats (planche 12). L’absence des structures de récupération que ce soit informelles ou formelles
et des récupérateurs ambulants sur la décharge est à déplorer. Aucune personne ne s’intéresse au
site de la décharge pour récupérer les plastiques, les métaux, verres et autres matières qui peuvent
être vendus. Certains justifient en évoquant la distance par rapport au centre-ville. L’éloignement
dans la filière de récupération constitue alors un frein. Pourtant, ces activités peuvent constituer des
ressources économiques tout en créant de nouveaux emplois aux jeunes ; d’où l’intérêt de la
valorisation de proximité des putrescibles. Les plastiques, papiers et/ou cartons et métaux sont
souvent acheminés à des distances très grandes.
Le cliché (D) montre une barrière faite en grillage limitant la zone de décharge qui est de 120
hectares. L’image (E) montre l’entrée principale ainsi que le bâtiment abritant des ripeurs du site.
161
Photo 5: Les casiers en construction
Il a été révélé par le chef de secteur HYSACAM de Bangangté que ces casiers devraient permettre
de mieux gérer le lixiviats issus de la percolation des déchets pour éviter tout effet de pollutions.
C’est un projet qui a été mentionné dans le document sur la stratégie nationale de gestion de déchets
au Cameroun de 2007 à 2015, qui s’est vu démarrer en juin 2016.
Le constat de ces travaux révèle un désaccord entre la structure prestataire de gestion des déchets
ménagers et l’entreprise de construction (Responsable HYSACAM Bangangté, 2017). Le problème
est dû au non-respect du dimensionnement des cassiers. Face à ce problème, nous avons constaté
l’arrêt des travaux tout au long de nos séances de prospections de terrain.
La localisation de la décharge municipale permet aussi de voir le flux entre les lieux de collecte et le
site où ces détritus sont stockés pour des éventuelles transformations ou non (figure 37).
162
Figure 37 : Carte de flux des déchets ménagers du centre-urbain vers la décharge municipale
163
La gestion des déchets en proximité telle que le montre la figure 37 peut permettre la création des
emplois non délocalisables dans la ville de Bangangté si l’on développe les filières correspondant
aux déchets produits sur le territoire. Le principal enjeu du respect du principe de proximité est
environnemental, mais il est aussi économique dans la mesure où le transport des déchets coûte à
son producteur qui en a la responsabilité. Les déchets des ménages sont gérés à proximité et les flux
vers l’installation de stockage sont importants (environ 11T/j). Le système de collecte des déchets
ménagers à Bangangté se résume dans le schéma 7.
164
Schéma 7 : Fonctionnement de la filière de gestion des ordures ménagères à Bangangté
Apport volontaire des
ménages jusqu’aux bacs
dans les quartiers structurés
ou non.
Stockage dans les bacs APPORT VOLONTAIRE
en plastique.
Collecte par camion
Tri
Transport de refus DECHARGE
165
3. Taux de collecte officiel dans la moyenne d’autres villes africaines
D’après les données du service de collecte et les observations de terrain, HYSACAM collecte
en moyenne 11t d’ordures ménagères par jour. Avec une densité estimée à 0,60 et une collecte
réalisée tous les jours de l’année, nous avons pu à partir du tonnage collecté par HYSACAM
estimer à 43800t/an en tenant compte des opérations « coup de poing » lors desquelles la
collecte est intensifiée pour lutter contre les débordements des bacs. HYSACAM collecterait
25% du gisement total de déchets ménagers et assimilés, plaçant Bangangté dans la moyenne
des villes africaines (tableau 16).
Tableau 16: Tableau comparatif des taux de collecte de DMA en Afrique
Il ressort du tableau 16 que le taux de collecte des déchets dans l’ensemble des villes pris
comme exemple ne dépasse pas 60% et la moyenne se situe à 38% dans l’ensemble des villes.
Dans les faits, la plupart des ordures ménagères déposées dans les bacs sont collectées.
Cependant le nombre des bacs est insuffisant et elles sont parfois trop éloignées des zones
d’habitations ; ce qui a pour conséquence la multiplication des dépôts sauvages.
Dans les villes africaines comme l’illustre le tableau 17, les déchets solides ménagers produits
sont repartis en trois principaux groupes que sont la fraction déchets fermentescibles, la
fraction déchets inertes et la fraction déchets combustibles.
Tableau 17: Composition des solides ménagers dans quelques villes africaines
Villes Fraction Fraction inerte Fraction Autres (matières
fermentescibles combustible fines)
Douala/ Cameroun 78,7% 9% 11% 1,3%
Antananarivo/Madagascar 15% 5,9% 11,4% 67%
Dakar/Sénégal 41% 5% 19% 26%
Moyenne 14 villes 73,3% 5,4% 15,7% 1,6%
algériennes
Source : Ngnikam E. et al, (1998); Tha Thu Thuy (1998); Ngambi (2015)
Il est à noter qu’une variation considérable est observée dans la composition des déchets
d’une ville à une autre. La moyenne permet toutefois de constater que la fraction
fermentescible est plus élevée dans les déchets. Ceci peut justifier l’expansion des filières de
compostage dans la plupart des pays africains.
166
Une valorisation officielle limitée à quelques structures de recyclages
Ngnikam et Tanawa (2006) définissent valorisation comme étant « tout action qui permet
d’en tirer de l’énergie (considérée comme bien, par extension) ; de trouver un nouvel usage à
la matière qui le compose (par exemple la fabrication de piquets à partir des fibres plastiques
mélangés) ; de tirer une matière première secondaire utile à la fabrication du même bien (par
exemple le papier ou le verre recyclé) ; de trouver un nouvel usage à l’objet (par exemple
utilisation de traverses de voie ferrée pour construire une palissade) ; à un déchet de devenir
utile pour d’autres (brocantes et marchés aux puces fournissent de nombreux exemples)».
Allant dans le même sens, la Loi camerounaise promue dans la Stratégie Nationale de Gestion
des Déchets entend par valorisation « toute opération de récupération, de réutilisation, de
recyclage, d’utilisation des déchets comme source d’énergie ou toute autre action visant à
obtenir des matières premières ou des produits réutilisables provenant de la récupération des
déchets, et ce, afin de réduire ou d’éliminer l’impact négatif de ces déchets sur
l’environnement ».
La valorisation est couramment définie comme le processus permettant la « hausse de la
valeur marchande d’un produit ou d’un service, provoquée au moyen de manœuvres
volontaires ou, éventuellement, par une mesure légale » (Dictionnaire le Larousse 2009).
C’est encore « l’action de donner de la valeur » et dans le cas des déchets « une
transformation en vue d’une utilisation plus noble » par une valorisation matière ou une
valorisation énergétique (Dron, 2012 in Pierrat, 2014). La valorisation apparaît alors comme
la solution durable aux obstacles que rencontre la gestion des déchets et aux problèmes
écologiques que représentent ces « bombes à retardement » (Vie, 2008:7 in Pierrat, 2014). Le
secteur des déchets est très dynamique, puisqu’on y passe actuellement d’une logique de
relégation de la nuisance, à une réelle logique systématisée de valorisation de la ressource.
Les filières de traitements des déchets en milieu urbain sont nombreuses. Celles retrouvées
dans le tableau 18 semblent les plus appliquées dans les villes africaines et au Cameroun. Ces
filières de traitement sont classées en deux principaux groupes, à savoir les filières de
valorisation (1-15) et les filières d’élimination ou de dépollution (17-18), (Assises Nationales
des Déchets, 2016 ; Ngambi, 2015). Dans les pays d’Afrique, le choix d’un procédé de
traitement dépend parfois des moyens financiers, des politiques de développement, de
l’expertise disponible, etc. Les techniques de traitement généralement utilisées sont le
compostage, le stockage ou la mise en enfouissement technique, la récupération et le
recyclage. On peut y ajouter la méthanisation qui s’implante progressivement et dont le
fonctionnement demande une bonne expertise et des coûts d’investissement. De ce fait, il est à
167
noter une multitude de filières de traitement applicables aux déchets solides dont 18 méthodes
en fonction des objectifs poursuivis (tableau 18).
Tableau 18: Quelques filières de traitement applicables aux déchets solides ménagers en Afrique
Intérêt du traitement Filière de traitement
1 Combustion (avec valorisation de la chaleur produite)
2 Elaboration de combustibles dérivés par des procédés mécaniques
(broyage, tri, séchage, etc.)
Valorisation énergétique
3 Elaboration de combustibles dérivés par des procédés biologiques
(méthanisation, fermentation alcoolique) (déchets sucriers)
4 Elaboration de combustibles dérivés par des procédés thermiques
(pyrolyse, gazéification)
5 Elaboration des amendements organiques
6 Elaboration des amendements minéraux
Valorisation en agriculture
7 Alimentation animale
Valorisation matière 8 Matières premières organiques (naturelles et de synthèse)
première
9 Matières premières minérales métalliques et non métalliques
Valorisation en science de 10 Verres et céramiques
matériaux
11 Matières plastiques et caoutchouc
12 Liants hydrauliques et matériaux de structure
13 Fibre cellulosique de récupération
14 Autres matériaux
Valorisation en technique 15 Epuration des effluents liquides et gazeux ou conditionnement des
d’Environnement déchets toxiques par d’autres déchets
16 Incinération et autres procédés thermiques
Traitement de la pollution et
17 Traitement biologique (dépollution) ou traitement
l’enfouissement
physicochimique et chimique : neutralisation, solidification
18 Stockage sur site d’enfouissement technique
Source : Compilation des travaux des Assises Nationales Déchets (2016) et la thèse de Ngambi (2015)
Il est à noter en ce qui concerne le tableau 18 que les filières de traitement de la pollution et
d’enfouissement relèvent de la gestion linéaire car elles n’intègrent pas la valorisation de la
ressource. Par ailleurs, la mise en décharge des déchets ou sur site d’enfouissement technique,
malgré les limites qu’elle présente, demeure le mode de gestion le plus répandu. Son schéma
classique a été présenté plus haut. En cas de non traitement, les déchets sont évacués hors du
cadre de vie immédiat de l’homme. Ils sont stockés dans un lieu choisi et aménagé appelé la
décharge. Cette dernière est la plus utilisée, surtout dans la sphère Sud pour deux raisons.
Presque tous les types de déchets y passent premièrement et deuxièment, elle est beaucoup
moins chère que les autres filières. Comparativement à l’Europe, la gestion des déchets a
progressivement établi une hiérarchie dans les modes de traitement, qui fait aujourd’hui office
de référence à l’échelle mondiale. Une infime partie des déchets est également récupérée par
168
le secteur informel ou brûlée par les ménages dans les espaces privés. D’où les conséquences
environnementales et sanitaires.
169
multiplication des vecteurs (rats, souris, mouches, odeurs, etc.) dans les quartiers enquêtes
(figure 38).
43%
57%
170
teigne, la salmonellose, la pneumonie contagieuse, le typhus, etc. « Ces rongeurs ont dévoré
une somme d’environ trois millions de XAF dans une boutique de la ville » (la victime,
2017). Les animaux domestiques sont surtout victimes lorsqu’ils consomment certains
aliments issus des décharges sauvages. Une fois consommés, ces déchets toxiques (plastiques
et nourritures empoisonnées) restent dans la panse et bouchent l’appareil digestif.
Les dépotoirs sauvages ont entrainé la destruction des éléments de la flore qui sont utiles pour
la population humaine et animale (plantes médicinales, plantes servant comme pâturages, les
arbres servant de nichoirs des animaux, etc.) ; certaines plantes après assimilation de certaines
substances issues des déchets par des animaux contaminent les humains.
171
A : Abandon des ordures après-vente au marché « B »
Les DSM n’attirent pas seulement les moustiques, les rats et les mouches. Ils sont aussi le lieu
préféré des cafards, des chiens errants qui peuvent également véhiculer les agents pathogènes.
« Les odeurs désagréables issues de la fermentation des déchets peuvent provoquer les
bronchites, la toux et même le cancer de poumon » (propos du Médecin chef du centre de
district de santé de Bangangté, 2017). D’autres dangers peuvent être énumérés à savoir la
contamination à travers l’environnement ou la chaine alimentaire. On peut assister à la
pollution des écosystèmes (eaux, sol et air), les inondations, l’enlaidissement de l’espace,
l’encombrement de l’espace, des accidents de circulation, etc.
172
4.2. Pollution liée aux déchets solides ménagers
Les déchets solides ménagers sont sources de pollutions du sol, des eaux et de l’air. Environ
cinq cent (500) millions de personnes dans les pays en voies de développement sont exposées
aux risques de pollution atmosphérique en zones urbaines d’après le rapport d’un Comité
d’Expert de l’Organisation Mondiale de la Santé en 1991 in Mbiadjeu-Lawou, 2015. Parmi
les sources de cette pollution figurent les échappements de gaz issus de la fermentation
anaérobie des matières organiques des DSM. Ces gaz sont plus ou moins chargés en méthane,
en gaz soufrés ou nitrés susceptibles de provoquer des explosions ou porter atteinte à la santé
des individus. Nos observations de terrain nous ont permis de voire au niveau de certains
coins des dépôts où l’air est pollué par les odeurs nauséabondes de tout genre. Cela constitue
un danger aux commerçants desdits lieux.
Par ailleurs, l’incinération des DSM dégagent en plus de la fumée, des fibres minérales
(diazote, disouffre, hydrocarbure, acides chlorhydriques, etc.) qui peuvent être nocives pour la
santé quand elles sont inhalées (Responsable médical, 2017). Il faut aussi souligner ici que
pendant les saisons sèches ou de pluie à partir d’une certaine heure de la soirée (17h), la
population de cette ville à cause des odeurs désagréables qu’elle dégage ainsi que le brulage
des déchets plastiques les gênent énormément. Ces derniers sont difficilement traitables
lorsqu’ils sont incinérés et traités, et ont des conséquences désastreuses sur l’environnement
en général qu’il atteint et pollue de multiples façons (planche 14).
Planche photo 14 : Incinération sauvage des déchets ménagers dans la ville de Bangangté
On observe sur le cliché (A) une placette construite à l’UdM de Fantoum pour les
incinérations. On incinère dans cet espace des déchets de toute nature (ménagers,
bureautiques, hospitaliers, etc.). Cette technique de traitement des déchets constitue un
véritable problème environnemental dans la mesure où les gaz issus polluent l’atmosphère
tout en provoquant la réduction de la couche d’ozone. Les fumées provoquent aussi la toux
173
chez les habitants environnants et constituent le CO2, gaz responsable du changement
climatique (Cliché B).
Cette photo présente un dépotoir d’ordures ménagères au quartier 8, classé parmi les quartiers
pauvres. À la tombée des pluies, les déchets (A) sont entrainés par les eaux de ruissellement
en aval de la canalisation (B). Cet état de choses peut être à l’origine de la contamination de
l’eau provenant de la source.
Lorsque les liquides issus des déchets (lixiviats) entrent en contact avec les eaux de surface et
de la nappe phréatique ; elles constituent une source de pollution de ces dernières et entrainent
des maladies hydriques. En surface, le lixiviats, constitue aussi une dégradation du milieu car
il rend le sol noir. Cela aurait pour conséquence de polluer les puits d’eau de consommation et
donc de priver la population d’un élément vital à sa survie. Signalons aussi que la pollution
des réserves d’eau potable par des micro-organismes pathogènes est susceptible de provoquer
des épidémies. Les eaux usées et pluviales qui stagnent dans les caniveaux ou les rigoles
174
dégagent également des odeurs insupportables. Soulignons que lorsque les ordures traînent
pendant longtemps dans un dépotoir, cela entraîne d'autres réactions chimiques telles que la
fermentation anaérobie, qui produit le méthane (Nyassogbo, 2005). Les eaux usées issues des
ménages et les eaux pluviales se combinent à plusieurs éléments pour charger le sol de
substances toxiques. Les sels minéraux contenus dans ces eaux usées s'infiltrent dans le sol
pour atteindre la nappe phréatique qui devient une source de maladies diarrhéiques telles que
le choléra.
Au regard de ce qui précède, force est de constater que la pollution de l’eau à Bangangté n’est
pas aussi un leurre. Nya (2014), après ses analyses d’eau prélevée a montré une contamination
élevée. Le même auteur continue en disant que « Les gastro-entérites ont pour symptômes: la
fièvre, les maux de tête, les vomissements, les diarrhées, les douleurs abdominales, les
courbatures et la fatigue. Les autres pathologies génériques qui affectent les populations sont
la dysenterie amibienne, fièvre typhoïde, les démangeaisons cutanées, l’état élevé de
morbidité de la population, la baisse de la performance scolaire des enfants et celle de
productivité du travail ». Tout cela a pour causes fondamentales l’absence d’assainissement,
la pauvreté et la croissance de la population.
175
Planche photo 15 : La pollution visuelle par les emballages plastiques et autres
Les sacs plastiques dits « légers » ou « à usage unique » sont emblématiques des problèmes
environnementaux générés par les déchets plastiques (Desoutter, 2016). Utilisés quelques
minutes et trop souvent abandonnés dans la nature, ils mettent longtemps à disparaitre,
provoquant de la pollution et faisant peser une menace sur les écosystèmes terrestre et
aquatiques. Ces sacs plastiques (sachets, nylon, …) sont vendus ou offerts à la caisse par les
commerçants aux clients. Cette dégradation du milieu urbain serait la conséquence du
déplacement massif des populations en provenance des zones de campagne et des
agglomérations voisines. Cette migration contribue de manière substantielle à la prolifération
des décharges sauvages à Bangangté. Des décharges improvisées prennent forme à cause des
tas d’ordures ménagères jetées par-ci, par-là dans les rues et recoins de la ville par les citoyens
dépourvus de civisme et inconscients des conséquences néfastes qu’ils génèrent par ce geste
condamnable. L’enlaidissement du paysage urbain par les dépotoirs non contrôlés occasionne
une pollution visuelle.
176
moustiques, les rats, les souris, etc. occasionnées par les ordures. La planche 16 illustre le
phénomène de multiplication des vecteurs.
177
Tableau 20 : Maladies liées au manque d'hygiène les plus fréquentes à Bangangté de 2016
Quartiers Quartier Quartier Quartier Quartier Banekane Effectifs Pourcentage
4 8 1 6 (%)
Maladies
Paludisme 13 16 5 7 5 46 49
Amibiase 4 7 4 7 5 27 28
Typhoïde 3 4 1 3 2 13 14
Toux 0 2 2 3 2 9 10
Totaux 20 28 12 20 14 94 100
Source : archives de l’hôpital de district de Bangangté, 2016
L’assainissement est un indicateur qui intervient également dans l’incidence des maladies,
surtout diarrhéiques, à travers les conditions d’hygiène du milieu qui sont un facteur de
contamination de l’eau liés aux déchets. L’eau des puits se contamine suite à l’infiltration des
eaux de ruissellement et des eaux usées domestiques. La proximité des puits et des fosses
septiques par rapport aux points d’eau contribue aussi à la contamination de l’eau. Au cours
de nos investigations, nous avons constaté que la distance entre les latrines et un point d’eau
n’était pas assez considérable, soit environ 15 m. Plus de 60% de propriétaires envisagent
creuser une autre latrine lorsque celle en cours d’utilisation sera pleine parce que les maladies
qui en découlent sont nombreuses (figure 39). Toutes ces différentes maladies sont regroupées
dans le tableau 5 de l’annexe 3. Cette façon d’agir contribuera dans le futur à multiplier les
sources de pollution de la nappe phréatique dans la mesure où les distances en général ne sont
pas conformes aux normes de l’OMS (une distance minimum de 30 m). Par ailleurs, le fond
des latrines communique avec la nappe souterraine. L’évacuation hygiénique des excrétas
joue donc un rôle fondamental car, « dans la plupart des maladies liées à l’eau ou à
l’insalubrité, l’organisme pathogène est présent dans les matières ou les urines des sujets
infectés » (Chronique OMS n°6, vol. 38, 1984 ; Nya, 2014).
178
Source : INC 2006. Adapté Djounguep et Nya, 2014
Figure 39 : Répartition des maladies d’origine hydrique liée aux déchets dans la ville de
Bangangté et ses environs (données cliniques 2012 in Nya 2014)
Les déchets jouent un rôle très important dans la transmission des maladies.
179
Photo 7 : Dépôt d’ordures dans le centre commercial « A » et exposition des commerçants
L’impact sur la santé humaine et l’environnement des décharges que nous avons visités dans
différents quartiers de Bangangté est très variable. Comme nous le verrons ensuite, il est très
souvent lié aux conditions climatiques. Néanmoins, certaines pratiques peuvent avoir un
impact non négligeable. Citons la présence des déchets d’hôpitaux dans les DM, source
potentielle des maladies graves telles que les infections graves pour les enfants et chiffonniers
qui déambulent sur les déchets pieds nus ou trop peu protégés (tableau 21).
Tableau 21: Nuisances créées par les décharges à Bangangté
Lixiviats Biogaz Animaux errants DSM
Conséquences directes
Contamination : -odeur -Parasites de décharge -Tassement
-Blessure sur objets
coupants
180
Certaines situations pourraient conférer une hyper susceptibilité aux odeurs, tels l’asthme
pour lequel les odeurs ont couramment été reconnues comme déclencheurs de crises, la
grossesse et une personnalité hypochondriaque qui pourraient rendre les individus plus
symptomatiques en réponse à des stimuli odorants.
L’influence des saisons
« Certaines maladies liées à l’eau sont soumises à des variations saisonnières. Une étude
réalisée à Keneba en Gambie, a montré que la prévalence des maladies diarrhéiques est deux
fois plus élevée durant la saison de pluies » (Genniken et Teunissen, 1989 in Nya, 2014).
Dans la ville de Bangangté, les diarrhées sont plus fréquentes surtout au cours du mois d’avril
pendant la petite saison de pluies et durant la grande saison pluvieuse (août et septembre). Il
en va de même de la typhoïde où on enregistre le maximum de cas au mois d’avril (figure 40).
Ces périodes correspondent à celle de transition des saisons. La forte occurrence des maladies
diarrhéiques pendant les saisons pluvieuses est probablement due aux toxines produites par la
détérioration hygiénique de l’environnement alimentaire.
181
Conclusion au chapitre 5
Depuis 1990, une politique centralisée a été adoptée par le gouvernement camerounais à
l’échelle des villes en mettant le service public des déchets sous le contrôle d’une seule
institution qu’est la Communauté Urbaine dirigée par un Délégué du gouvernement et ses
adjoints tous nommés respectivement par le Président de la République et le Premier Ministre
(SNGD, 2007). Elle fut une ère difficile pour les communes d’arrondissement à cause de la
suspension des subventions à leur accordées. Pour combattre l’insalubrité grandissante des
villes camerounaises, la Communauté Urbaine sort du système public en régie et délègue
comme la loi l’y autorise ses compétences de gestion technique des déchets à l’unique société
semi-privée HYSACAM. Malgré le professionnalisme de cette société d’Hygiène et de
Salubrité du Cameroun dans la collecte, le transport et la mise en décharge des déchets
ménagers à Bangangté et au Cameroun, elle ne parvient pas à satisfaire les besoins de toute la
ville, d’où l’appel d’offre à la concurrence dans le secteur lancé par le Chef du gouvernement
en février 2018. Cet appel d’offre a été reconduit en mai de la même année à HYSACAM
pour la continuité de ses tâches au Cameroun. Cependant, la précollecte, une étape importante
dans le processus de gestion technique des déchets, est inexistante à Bangangté. Elle n’est pas
prise en compte dans le contrat MINHDU-HYSACAM-CAB. Cette phase est assurée par les
populations. La mise sur pied des services de précollecte pourrait être faite par la Municipalité
dans le cadre de leurs missions de gestion locale des déchets. La remontée progressive des
immondices sauvages vers les rues, les carrefours, les lieux publics et le nombre croissant des
dépôts sauvages dans les caniveaux et les bordures de rues montrent qu’un seul acteur faisant
face aux insuffisances de matériels, de mains d’œuvre et de finances ne peut assurer
l’intégralité de l’hygiène et de salubrité dans un pays en extension continue comme le
Cameroun. Les mesures répressives sans moyens d’accompagnement ne pourraient pas
faciliter une gestion efficiente des déchets tels qu’on observe ce quinquennal (2014/2019) au
Cameroun. Les administrations compétentes devraient revoir la politique actuelle afin de
professionnaliser ou d’intégrer les activités des recycleurs ou les précollecteurs dans une
gestion participative des CTD. Toutefois, la dotation des moyens financiers et matériels aux
municipalités va favoriser l’intégration des acteurs de la société civile dans les projets de
déchet par une gestion déléguée au niveau communal tout en évitant tous les corolaires liés à
l’environnement et à la santé humaine. Ces insuffisances liées à la bonne gestion des déchets
ménagers dans une perspective de durabilité peuvent permettre de penser aux pratiques
alternatives ou spontanées en lien avec l’économie circulaire.
182
Conclusion partielle de la deuxième partie
Dans cette deuxième partie de notre recherche, nous-nous sommes penchés sur le système de
gestion des déchets solides ménagers à Bangangté (Cameroun). Il ressort de nos différentes
analyses qu’il y’ait plusieurs acteurs aux logiques bien différentes. Cette pluralité d’acteurs
ainsi que les divers textes institutionnels et juridiques en matière de gestion des déchets
solides ménagers complexifient le domaine tout en créant parfois des amalgames dans les
rôles de chacun. Le non applicabilité de ces différents textes, ces lois, ces décrets et ces
ordonnances crée un véritable souci dans la mesure où on trouve encore dans nos villes et rues
des personnes qui encombrent les ruelles avec les résiduelles sans être interpellées ou punies
par la loi. Malgré les prescriptions juridiques, aucune taxe ou sanction n’est proférée au
contrevenant afin d’assurer des bonnes manières de vivre. Certaines collectivités territoriales
décentralisées se sont développées grâce aux taxes infligées aux détracteurs de la loi.
La connaissance des différents éléments que regorgent les déchets solides ménagers à
Bangangté ainsi que les proportions de leur production permettent de revoir les stratégies de
gestion des déchets mises en place à Bangangté. À ce jour, l’amélioration de la collecte des
résiduels est le premier enjeu de l’économie circulaire. Ainsi, la faible implication des acteurs
étatiques en matière de gestion des déchets solides ménagers à Bangangté a provoqué
l’émergence de quelques situations d’insalubrité et de pollution dans certains quartiers et
surtout dans ceux qui ne sont pas desservis par le service de collecte. Face à cette situation,
nous interpellons différents gouvernants à travers la région de repenser leurs stratégies afin
d’intégrer tous les quartiers dans le circuit de collecte des déchets ménagers dans la ville de
Bangangté. Les populations doivent cesser de croire ou de penser que seul l’État doit se
déployer pour apporter des solutions durables au problème. La réponse à ce sujet doit
impliquer toutes les couches de la société. La population de Bangangté dans le souci du
renforcement du service de gestion des déchets opte pour les pratiques spontanées en lien fort
avec l’économie circulaire que nous aborderont dans la troisième partie.
183
TROISIÈME PARTIE : INNOVATIONS DANS LES PRATIQUES DE GESTION DES
DÉCHETS DANS UNE PERSPECTIVE D’ÉCONOMIE CIRCULAIRE ?
184
CHAPITRE 6: INNOVATIONS OU ADAPTATIONS : LES PRATIQUES
ALTERNATIVES DE LA GESTION DES DÉCHETS MÉNAGERS EN LIEN AVEC
L’ÉCONOMIE CIRCULAIRE Ȧ BANGANGTÉ
185
Introduction
Le monde croule, littéralement, sous les déchets. 2017 marque une année désastreuse pour
l’Ethiopie et le Sri Lanka. Ces pays ont été victimes des effondrements de deux décharges
d’ordures, respectivement le 12 mars aux environs de 17h56’, causant la mort de 65 personnes
en Ethiopie et de 29 morts au Sri Lanka le 27 avril à 8h27’ (AFP, 2017). Face à cette
catastrophe, le réemploi, le recyclage, le compostage et l’incinération des déchets sont
encouragés par les autorités publiques, des pays du Sud comme ceux des pays du Nord, afin
de limiter la saturation des décharges. Selon Sana (2016), « La transition vers l’économie
circulaire porte en elle de multiples dynamiques de progrès tels que la préservation de
l’environnement et la lutte contre les gaspillages, la création de nouveaux modèles
économiques, d’emplois et de savoir-faire locaux et non délocalisables, le renforcement du
lien social ».
Dans la ville de Bangangté, il existe quelques pratiques spécifiques en lien avec l’économie
circulaire bien que les actions soient timides. Les pratiques de ces activités se réalisent à
plusieurs échelles : à proximité des logements, dans les quartiers, au niveau de la commune et
dans la région. Ces pratiques (récupération, réemploi, réparation, recyclage, compostage,
fumiers, emplois verts) favorisent la bonne gestion des déchets ménagers tout en créant ou se
basant sur des innovations sociales et territoriales. Les fumiers renvoient aux excréments
d’animaux : bovins, poules, cendres de cuisine, etc.). Ainsi, pour mieux cerner la quintessence
d’une telle adaptation territoriale en lien avec l’économie circulaire, il faut partir des acteurs
locaux et de leur logique, tout en montrant les spécificités de la ville de Bangangté par rapport
aux autres villes. Cette réorientation soulève cependant de nombreux défis : d’où l’importance
de ce chapitre.
186
Schéma 8 : Organisation des acteurs informels selon les étapes et les lieux de la valorisation
Pour mieux comprendre le schéma 8, nous avons, de façon détaillée, examiné comment ces
acteurs informels interviennent à plusieurs niveaux de la vie des « bangangtéens », de la
récupération à domicile jusqu’à l’intimité de leurs pratiques de consommation. Les
récupérateurs que ce soit les ambulants ou ceux restant sur place (fixes) jouent des rôles
essentiels dans la valorisation des déchets solides ménagers à Bangangté.
187
1.1.1. La récupération des bouteilles plastiques (PET)
À Bangangté, présente des possibilités importantes. Durant nos enquêtes de terrain, nous
avons pu voir les enfants et les femmes qui récupèrent les bouteilles plastiques dans les
décharges sauvages se trouvant sur les ruelles du centre-ville et à l’intérieur des quartiers.
Après ce travail de récupération, elles écoulent ou les vendent dans différents marchés (photo
8) et encadré 1. Les lieux précis ou fixes de vente ou d’achat des matières de récupération
n’existent pas encore dans la ville de Bangangté, en dehors des marchés.
188
Encadré 1 : Propos recueillis chez Mbatchou et Tchami (récupératrices de la photo 13)
Comment vous-vous appelez ? Vous habitez dans quel quartier ? Qui vous a demandé de
faire ce travail et pourquoi ? Depuis combien de temps vous ramassez les bouteilles ? À ces
différentes interrogations, plusieurs réponses nous ont permis de comprendre ces enfants.
Nous-nous sommes rencontrés au niveau de la Total Service en arrière de la tribune des fêtes
de Bangangté.
Elles s’appellent respectivement MBATCHOU Prisca (A) et TCHAMI Cloé (B) issues d’une
même famille. « Je suis élève du cours élémentaire deuxième année (CE2) et du cours
préparatoire (CP). Nous habitons le quartier 5. On a décidé de récupérer les bouteilles
plastiques dans les espaces marchands et rue pour les vendre auprès de certains commerçants
parce que ça nous rapporte de l’argent, pour acheter les sandales, les habits et les beignets.
Nous aidons aussi nos parents puisqu’ils n’ont vraiment pas la possibilité de nous donner
l’argent chaque jour pour l’école. Lorsqu’on rentre souvent des classes, on part ramasser. J’ai
commencé à récupérer en 2016. Je collectais d’abord seule, et lorsque ma petite sœur m’a
vue rentrer avec de l’argent, de beignets et de gâteaux, elle s’est jointe à moi. Cela fait deux
mois qu’on ramasse des bouteilles ensemble. Mes parents me fouettaient au début,
maintenant, on ne me fouette plus. Je suis fière de récupérer et de vendre. Nous vendons une
bouteille tangui (PET) de 1,5L à 25 XAF soit 0,03c €, trois de 1L à 50 XAF soit 0,07c €,
deux bouteilles de 0,5L à 25 XAF soit 0,03c €.
189
Photo 9 : Fouille et récupération des déchets ménagers valorisables dans les bacs à ordures au
quartier 1
Un autre groupe des personnes qui font dans la récupération des plastiques, sont des élèves et
des étudiants qui effectuent des stages de vacances organisés par la mairie. Cette activité se
pratique seulement pendant les grandes vacances (juillet et août) dans le but de rendre la ville
propre. Dans le cadre stage ils peuvent aussi faire le curage des caniveaux, le désherbage de
certains espaces et la collecte de toutes les bouteilles plastiques se trouvant dans les rues et les
caniveaux de suite des grandes averses. À la fin du stage, chaque stagiaire bénéficie d’un
montant de 30 000 XAF soit 45,80 € comme récompense; ce qui leur permet de s’acheter soit
des vêtements, soit d’aider les parents à payer une partie de leur scolarité, etc.
La planche 17 (cliché A) montre les sacs de bouteilles plastiques mélangés aux carcasses de
télévision récupérés durant les deux mois de stage par un groupe de stagiaires. Le cliché B,
montre un fait tas des plastiques et de ferraille récupérés. On peut affirmer que toutes ces
activités se font dans l’informel dans la mesure où il n’y a pas de Loi qui régisse ces activités
au Cameroun.
190
A : Stockage des bouteilles plastiques, B : Stockage de la ferraille et plastiques par un
carcasses de télévision par les stagiaires récupérateur au quartier 5
On nous a également indiqué que, ces produits sont écoulés chez les vendeuses et vendeurs
qui se trouvent dans les marchés de la ville. Un collecteur nommé Tuheu nous disait en 2017
« La destination finale des ferrailles se trouve soit à Douala, soit à Yaoundé lorsque les
chinois ne viennent pas directement sur le terrain».
Les objets emballés après la récupération ne sont pas tous lavés mais propres. Par contre la
grande partie de ces objets récupérés passe souvent à des lavages afin d’attirer la clientèle. À
Bangangté, nous avons remarqué que des jeunes filles ainsi que les femmes pratiquent cette
activité de récupération de manière temporaire. Elles récupèrent respectivement les bouteilles
d’eau minérale, les bouteilles de vin, bouteilles brassicoles, etc. pour la vente et la
réutilisation pour des huiles raffinés, vin blanc et autres. Ces activités entrent dans le cadre de
la lutte contre la pauvreté et le chômage (tableau 22). Allant dans le même sillage, la ville de
Yaoundé a recruté 500 stagiaires au mois d’août, 2018 dans l’optique de collecter des
bouteilles plastiques pour leur valorisation.
Tableau 22: Prix d'achat et de revente de certains objets de récupération
Matières Prix d’achat en Prix de revente en
XAF XAF après lavage
Bouteilles d’eau minérale 15-20 30
Bouteilles brassicoles 100 150-200
Bouteilles de vin 50-75 100
Bidon de 2 litres 100 150
Bouteilles de glycérine 25 50
Bidons de 5 litres 200 300
Bidons de 10-20 litres 600 1000-1200
Source : Vendeuses et vendeurs d’huile et de vin blanc (matango) des marchés A et B
191
On constate sur le tableau 22 que les bénéfices sont significatifs par rapport au prix d’achat et
pourraient constituer une source de motivation pour certaines personnes à se lancer dans la
récupération.
192
Figure 41 : Trajet des ressources recyclables métalliques des villes camerounaises vers l’Asie
193
Encadré 2 : Récupérateur/acheteurs des ferrailles
M. Jean TCHAKOUNTE, originaire de Bangangté, est implanté depuis 2008. « J’étais d’abord
collecteur à Yaoundé puis, j’ai fait la connaissance d’un monsieur avec qui je suis associé pour la
récupération des métaux (ferrailles, aluminium) qui sont à Bangangté. Aujourd’hui, je suis à la tête de
Bata où j’achète les ferrailles pour mon patron. Je suis aussi payé pour mon service à partir du
rendement. Mon salaire oscille entre 40 000 à 75 000 XAF (61,05€ à 114,50€) le mois sachant que le
Salaire Minimum Inter-Garantie (SMIG). Je reçois d’avance au moins 300 000 XAF de mon patron
chaque mois pour l’achat de la ferraille. Les prix varient en fonction des périodes. On achète à partir de
75 XAF le Kg et c’est moi qui fixe le prix et non mon patron. J’ai mis sur pied une équipe de trois
personnes qui partent dans des villages environs pour les achats. Ils peuvent récupérer ou acheter au
moins 2 tonnes par semaine.
Planche: Economie de la ferraille par M. Tchakounté J. dans son magasin
B
A
194
remarquer la période de chômage chez les récupérateurs et acheteurs, ce qui provoque
l’interruption de toute activité. Malgré le fait que le travail ne soit pas encore connu par tous,
il a quelques points positifs (et négatifs) sur l’environnement, sur la santé et l’économie
(tableau 23).
Tableau 23: Forces et faiblesses de la revente des activités issues de la récupération de la ferraille
Points positifs Points négatifs
- Base d’un emploi tout en limitant le Aucune intégration des récupérateurs au
chômage et la pauvreté Cameroun
- Amélioration de certaines conditions de vie - Faible revenue
-Ne nécessite aucune éducation ou formation - vie chère - l’insalubrité du site de vente des
dans une école ou centre objets de récupération - exposition aux accidents
- préservation de l’environnement. de tout genre - les matériaux abandonnés après-
vente ternissent l’esthétique urbaine - exposition
aux maladies et maladies.
Planche photo 18 : Achat et chargement des ferrailles et aluminiums du local (Bangangté) vers
d’autres villes (régionales)
Les métaux ferreux et non ferreux pourraient être considérés comme déchets à forte valeur
ajoutée puisque la valeur marchande implique une concurrence régionale pour leur détention.
Ils voyagent donc beaucoup avant d’être recyclés et réutilisés comme matières de
récupération (Durand et al, 2016).
195
La Chine est le premier consommateur mondial de matières premières, ce qui lui permet de
consolider sa croissance et de nourrir ses industries. (Un Responsable de recyclage pollutec,
2018) nous fait également comprendre que la Chine est le premier pays exportateur des
métaux ferreux au monde. Elle a exploité 67% de gisements de cobalt en République
Démocratique du Congo (RDC) en 2016.
196
(planches 19 et 20). Les bouteilles plastiques sont réemployées pour garder des denrées
alimentaires comme les cacahouètes, les arachides, les sucreries, la pâtisserie, etc.
Planche photo 19 : Conservation des huiles de palme, de palmiste et des huiles raffinées dans les
bouteilles plastiques issues du recyclage au marché A
Planche photo 20 : Conservation du vin blanc dans les bouteilles plastiques récupérées
Les bouteilles d’eau minérale et les bouteilles en polyéthylène sont réemployées dans les
marchés de Bangangté pour les mesures et les emballages des huiles raffinées et brutes, et des
produits alimentaires divers (vin blanc, etc.) voir les planches précédentes 19 et 20.
Le réemploi des déchets plastiques récupérés dans les cours d’eau et les ruelles transformés en
‘objets d’art’ : les chaises, les canapés, apparait comme une solution économiquement viable
pour protéger l’environnement. Ces pratiques font partie intégrante des modes de vie des
habitants de la ville (planche 21).
197
Planche photo 21 : Exposition des canapés issus du réemploi des plastiques à Bangangté
Le réemploi des bouteilles plastiques en canapés est une innovation car elle contribue à la
valorisation et à la réduction de la quantité des emballages plastiques sur l’environnement
d’où l’écologie verte. Cette activité de fabrication des canapés en bouteilles plastiques est
réalisée par la famille TCHAMI (le père et son fils) en 2018. Cette pratique permet de
démontrer l’importance des modes de vie liés à la récupération et au réemploi des déchets à
Bangangté.
Les résultats de nos enquêtes ont montré que 95% des ménages sur le territoire d’étude
réutilisent leurs déchets pour diverses fins (compost, aliments de bêtes, usages domestiques
ou le réemploi et vente) tant dis que 5% les considèrent encore comme des rebuts. Les
proportions des usages domestiques sont élevées dans tout type d’habitat tel que nous montre
les figures 42, 43, 44 et 45. Les usages domestiques renvoient à ce que les ménages emploient
pour les fins personnelles (consommation à domicile, utilisation des bouteilles plastiques pour
conserver l’eau à boire, l’huile, etc.).
198
Figure 42 : Modes d’usages des ressources dans les habitats hauts standing (HS)
Le réemploi des ressources dans les ménages pour des besoins individuels a des proportions
variant de 31% au quartier 7 et à Banekane, 45% au quartier 6. Ce taux démontre la
dépendance et les différentes pratiques alternatives de la ville. Cela représente pour eux un
intérêt économique. Le pourcentage d’utilisation des déchets ménagers à usage domestique
est plus élevé dans les quartiers à habitats hauts standing.
Figure 43 : Taux d’emploi des ressources dans les quartiers à habitats moyens standing (MH)
199
Figure 44 : Taux d’emploi des ressources dans les quartiers à habitats spontanés
Ces estimations montrent aussi le grand écart dans l’utilisation du compost à Bangangté qui
varie entre 7% à 44%, selon les types d’habitats. La grande proportion d’utilisation des
composts réside dans les quartiers à habitats moyens standing (exemple du quartier 5) et la
périphérie à l’exemple de Banekane (figures 43 et 45).
Des points de vente des matières de récupération telles que le compost et les métaux au
niveau local sont créés respectivement dans les quartiers 1 et quartier 5 (figure 46).
200
Figure 46 : Carte des sites de vente des matières recyclables
Ce métier des récupérateurs devrait être pris plus au sérieux par les institutions concernées en
les intégrant dans le système de gestion des déchets pour une production économique dans la
mesure où des évolutions et les changements des pensées se font sentir sur l’échiquier
national et international.
201
et électroménagers, la cordonnerie et la couture semblent plus évoluées dans leur pratique. La
pratique de ces activités se déroule le plus souvent au niveau des artères principales, les voies
secondaires et certaines pistes qui relient les quartiers. À Bangangté nous avons observé lors
de nos différentes investigations leur présence en bordure des routes. Bien que ces réparateurs
soient implantés à certains endroits bien définis, certains déambulent dans les quartiers de la
ville. C’est l’exemple des réparateurs d’habits, des cordonniers et des soudeurs des ustensiles
domestiques ambulants.
1.4. La cordonnerie
Elle ne se limite pas seulement à la réparation des chaussures, elle couvre aussi la réparation
des sacs de voyages, de marchés ainsi que les cartables des écoliers et des étudiants. Toutes
les couchent sociales ont recours à ce métier dans le but de conserver leurs objets le plus
longtemps possible (6 mois à 1 an voir plus). C’est dire que lorsqu’il y a usure, que ce soit sur
les chaussures ou sur les sacs, les propriétaires font recours aux cordonniers afin de pouvoir
les réutiliser. Certains cordonniers de la ville Bangangté se sont installés en bordures des
routes et d’autres font les tours des quartiers à la recherche des clients. Malgré l’approche de
proximité, les cordonniers ambulants se limitent au service minimum de redressement et de
surfilage des semelles, de couture des chaussures et des sacs, lavage et cirage des chaussures.
Cet emploi est en majorité réservé aux étrangers venus d’autres pays africains à l’instar du
Niger, du Nigéria, du Mali, du Sénégal et même du Cameroun. Ils sont soit les réfugiés
environnementaux, soit les réfugiés climatiques, réfugiés politiques ou tout simplement des
immigrés venant pour un emploi. Certains d’entre eux indiquent : « Je me nomme Mohamed.
Il y a de cela 6 ans quand je me suis installé ici à Bangangté, mon job c’est la cordonnerie et
je n’ai aucun autre en parallèle. Je cire aussi les chaussures. Je gagne 4000 XAF par jour
lorsqu’il y a du travail. Mais quand c’est difficile, je peux gagner entre 1200 XAF et 1800
XAF. C’est grâce à cette activité que j’envoie mes enfants à l’école, je paie leurs vêtements et
je les nourris ». Cet entretien a été effectué avec le cordonnier du cliché (A) de la planche
photo 22.
202
Planche photo 22 : Réparateurs des chaussures en bordure de route (à côté des places de fêtes de
Bangangté)
« Mon nom c’est TANKO. J’exerce ce travail depuis 10 ans. Je suis père de famille, j’ai deux
enfants et une femme. Mes enfants fréquentent l’école grâce à ce métier. Quant à ma recette,
cela varie en fonction du jour. Parfois je gagne 2500 XAF ou 3000 XAF par jour. Le grave
problème ici c’est qu’il y a des clients qui abandonnent leurs chaussures et ça peut mettre
même 5 mois avant qu’ils ne reviennent les chercher ». Entretiens recueillis auprès de M.
TANKO, cliché (B).
Au regard de ce qui précède, il est à noter que la majorité de ces cordonniers ont appris sur le
tas sans aucune expérience professionnelle. Le travail leur permet tout simplement de
survivre.
Toutefois, on ne saurait s’en passer de M. Éric du quartier 2 (habitat haut standing),
dépositaire de l’atelier « cordonnerie Erico ». Il professionnalise plutôt le métier parce qu’il
l’a appris à l’étranger. Pour lui, la cordonnerie est un métier à apprendre comme la couture où,
l’on doit cesser de croire que tout cordonnier est un mendiant. La cordonnerie artisanale doit
laisser place à celle dite moderne : « Je suis dans ce métier de cordonnerie depuis 14 ans. J’ai
fait ma formation au Gabon. De retour au pays, j’ai ouvert cet atelier. Comme tu vois, je
compose les chaussures, je couds les sacs, je fabrique les chaussures avec les griffes ou
marques. L’agrandisseur et la ponceuse sont mes machines de travail » (planche 23). « La
cordonnerie est un métier qui nécessite plus les moyens financiers. Elle ne se limite pas aux
matériels tels que crochets, couteaux, boites de colle, bobines de fil, enclumes, clous,
marteaux ».
203
Planche photo 23 : Atelier de « cordonnerie Érico » quartier 2
Sur l’image (A), nous observons M. Erico assis derrière son comptoir. En avant-plan, nous
observons les sacs et les chaussures à réparer. En arrière-plan, sont accrochées sur le mur les
chaussures qu’il a fabriqué à l’aide des machines Dans ce même atelier se trouve aussi des
tissus particuliers pour confectionner les chaussures. Les prix sont variables pour ce cas de
figure. La confection d’une semelle coute 5000 XAF à 15 000 XAF. Lorsqu’il s’agit d’une
commande de chaussure avec ou sans griffe, le prix oscille entre 25 000 à 100 000 XAF,
parfois plus. Il ressort aussi de nos entretiens qu’il peut gagner 50 000 à 100 000 XAF par
jour et c’est un métier où le cordonnier fait de la création.
204
Planche photo 24 : Atelier de réparation D3E « American Electronics and Sons » au quartier 2
« Je m’appelle Elvis Gangdia. Je suis marié et père de deux enfants, tous fréquentent l’école.
Comme tu peux le voir, mon établissement est dénommé « Ets American Electronics » parce
que mon rêve était d’aller continuer mes études en Amérique. Diplômé de l’enseignement
supérieur, j’ai quitté ma ville natale Bamenda pour Bangangté où j’exerce depuis 2002
comme dépanneur des appareils électroniques et patron de mon entreprise. Ça fait 19 ans
que j’exerce ce métier de récupérateur/réparateur/vendeur. Tu vois aussi ces jeunes, je les
recrute et je les forme gratuitement. Cette année (2017), j’ai 17 apprentis et chacun bénéficie
d’un salaire mensuel de 30 000 XAF ; ce qui leur permet de manger et payer leur loyer. De
2002 à 2017 j’ai formé au moins 150 jeunes». Ces propos ont été recueillis le 31 janvier 2017
lors d’un entretien.
Le cas d’Elvis est particulier, les autres ateliers sont plus modestes ; on les trouve au marché
ou en d’autres lieux de la ville.
205
Photo 10 : Réparation des habits en face de la station radio Medumba au quartier 1
Nous observons sur l’image les raccommodeurs ou réparateurs d’habits assis et assistés d’un
client venu donner ses vêtements. Nous observons aussi un tas d’habits verser à même le sol
qui doit subir un travail de raccommode. Ces pratiques spontanées permettent à ces individus
de survivre grâce aux gains perçus.
De toutes les activités liées à la réparation que ce soit de la cordonnerie, les retouches des
vêtements en passant par la réparation des objets électriques, électroménagers et
électroniques, les tarifs varient en fonction des modèles et des ateliers et chaque acteur trouve
son compte. Ainsi, il est important de faire une synthèse de bénéfices estimés de chaque
acteur (tableau 25).
Tableau 25: Synthèse de bénéfice journalier de chaque acteur de réparation
Acteurs Revenue journalière
Cordonniers 2000-5000 XAF
Cordonnier professionnel 5000-15000 XAF
Réparateurs de vêtements 1000-2000 XAF
Réparateurs de l’objet 3 E 5000-10000 XAF
Source : Entretiens de terrain Mbiadjeu-Lawou, février/mars 2017
Aujourd’hui, les travailleurs du secteur informel ne concurrencent pas les autres acteurs
participant à la valorisation. Les récupérateurs sont payés lors de la vente des produits
récoltés. Sur les lieux de commercialisation (marchés), les agents de la commune prélèvent
une taxe sur place auprès des récupérateurs et des revendeurs. Je n’ai pas pu avoir le montant
de la taxe payée, ni par les agents de la mairie, ni par les revendeurs.
Les schémas 9 et 10 représentent les filières de valorisation des déchets dans la ville de
Bangangté.
206
Schéma 9 : Filières actuelles de l’économie circulaire à Bangangté
207
Schéma 10 : Réemploi des déchets ménagers à Bangangté
Sur le schéma 10, les écritures en vert représentent les engrais biologiques issus des
putrescibles tandis que celles en rouge illustrent les éléments relevant du réemploi, de la
réparation et du recyclage.
L’observation des pratiques citadines révèle une forte activité à toutes les étapes
(récupération, transformation mais principalement au niveau du réemploi). Le réemploi est
considéré comme le mode de vie des bangangtéens dans la mesure où ils utilisent presque tout
ce qu’ils produisent comme ressources à domicile.
À Bangangté, à proximité des habitations, il y a très souvent des jardins ou des espaces dédiés
à l’agriculture (planche 25).
208
Planche photo 25 : Proximité agricole au centre urbain de Bangangté
La planche 25 illustre les pratiques agricoles en centre urbain, dans les habitats moyens. La
pratique de l’agriculture en plein centre urbain est une spécificité de cette ville où on peut
encore trouver des terrains non occupés par rapport à certaines grandes métropoles (Douala,
Yaoundé). La pratique du compost est donc régulière pour amender les espaces agricoles. Les
résidents des habitats précaires et ceux du périurbain vendent moins les objets à recycler (0 à
20%). Ces dernières catégories les utilisent à leurs fins du fait de leur pauvreté.
2. Les systèmes de production : une économie circulaire spontanée des déchets dans une
ville moyenne en quête d’une grande productivité agricole
Après avoir mené un état des lieux sur l’évolution de la ville de Bangangté et les déchets,
nous avons constaté qu’elle a longtemps été considérée comme un territoire répulsif pour
certaines personnes à cause de certaines contraintes naturelles parmi lesquelles le sol, qui fait
d’elle une terre peu productive. Pour résorber le problème, les habitants vont mettre en place
un certain nombre de pratiques alternatives ou spontanées de valorisation des déchets
putrescibles pour « booster » les rendements agricoles.
209
en agriculture et en jardinage ». Le même auteur définit le compost comme un élément ou un
composé riche en humus et en matériaux semblable à un terreau et souvent utilisé dans les
champs, les jardins.
Selon le dictionnaire Le Larousse (2009), composter signifie non seulement « amender une
terre avec du compost », mais aussi « transformer en compost ». Le « compost » peut aussi se
définir comme un « engrais formé par le mélange fermenté de débris organiques avec des
matières minérales » ou encore le « produit de la fermentation aérobie des déchets
organiques, riche en humus » (le dictionnaire Le Larousse, 2009).
Les bangangtéens pratiquent ces activités dans le but de fertiliser leur terre agricole pour une
meilleure rentabilité. En fonction des spécificités de la ville de Bangangté, il existe plusieurs
façons de faire le compost à des échelles différentes à savoir : l’utilisation des biodéchets dans
les jardins, à l’échelle domestique (pied des habitations), dans les fosses, dans les futs, les
emplois verts, l’alimentation des animaux et les bêtes, et l’utilisation des putrescibles à
l’échelle communale par l’entreprise HYSACAM.
2.1.1. L’utilisation des biodéchets au pied des habitations et dans les jardins comme
pratique spontanée de valorisation des déchets ménagers pour « booster » la production
agricole
Certains habitants de la ville utilisent directement les déchets biodégradables ou organiques
dans les jardins et les champs sans toutefois les transformer. Les bonnes pratiques de
jardinage devraient contribuer à la réduction des déchets ménagers biodégradables car le
compostage individuel permet de diminuer la quantité de déchets à traiter tout en les
valorisant. Le système le plus récurrent est le fait qu’ils utilisent la technique d’assolement qui
consiste à remblayer les déchets une fois qu’ils sont mis au sol. Cette technique est plus
observée à Banekane, à Feubat zones péri-urbaines.
En parlant du compostage au quartier, en pied d’immeuble (partagé), nous avons observé que
les déchets urbains putrescibles ne s’accumulent guère, mais donnent lieu à un usage agricole.
Les opérations de compostage communautaire ont tendance à se développer à Bangangté. La
planche 26 illustre l’utilisation du compost via les déchets putrescibles par un groupe de
jeunes exerçant dans la culture des légumes (le maraicher) à Bangangté. Ces images illustrent
aussi les spécificités d’une ville moyenne africaine proche des activités liées au monde rural.
210
A : Utilisation du compost pour la culture maraichère B : Utilisation du fumier et cendres domestiques
(jardins)
Planche photo 26 : Utilisation du compost, du fumier et des cendres domestiques pour la culture
maraichère de proximité des quartiers
L’image (A) montre la culture des légumes à Banekane par un groupe de jeunes. Ils utilisent
soit le compost dont les tas s’observent en arrière-plan, soit le fumier pour leur jardin. Cette
activité attire la curiosité (la visite) des membres de la Délégation Départementale du Ndé en
charge de l’agriculture. Nous observons sur l’image (B) des habitations entourés d’un jardin
de maïs. « L’usage des putrescibles et des cendres de cuisines comme fumiers ou engrais
verts favorise cette grande production de maïs» clame madame TCHOUGA Bernadette.
Le Délégué d’agriculture de Bangangté (2017) déclarait que « Les plantes et les légumes
cultivés avec l’ajout de compost thermophile « plus chaud » produit et appliqué correctement,
ne posent pas de problèmes épidémiologiques et peuvent en général être consommés sans
restriction ».
En général, les populations de toutes les strates, que ce soit celle des quartiers à hauts
standing, ou ceux de la zone périurbaine, adoptent ce même système de valorisation des
déchets.
La vente de compost à plus grande échelle nécessite le développement de plusieurs points de
vente afin d’approvisionner régulièrement les différentes zones.
Vu sur cet angle, le slogan selon lequel « le déchet des uns fait le bonheur des autres »
s’applique dans ce cas puisque nous avons une matière première de secondaire, qui permet de
fertiliser les sols (planche 27).
211
A : Conservation des putrescibles par un ménage B : Conservation des putrescibles par un ménage
dans un fût métallique au pied du logement pour la dans une fosse pour la formation du compost
formation du compost (quartier 6) (quartier 4)
Planche photo 27 : Utilisation des putrescibles pour les fumiers organiques à l’échelle
domestique
212
Photo 11 : Utilisation des déchets putrescibles pour des fumiers au pied des maisons
Ceci entre dans le système de l’économie circulaire de proximité. Cette activité existe
toujours dans la ville de Bangangté. Par ailleurs, les populations utilisent traditionnellement
les déchets ménagers (animaux et végétaux) pour l’amendement, le fumier dans les jardins et
les champs. Ngatchou Angéline (2017) nous a rapporté que « Ce fumier représente un engrais
résistant au sol (environ 10 ans) qui ne nécessite aucun moyen financier ».
Nos observations de terrain montrent que 85,5% des ménages déversent directement leurs
ordures putrescibles dans les jardins et les champs agricoles contre 4,5% des ménages qui les
débarrassent dans les bacs Hysacam.
Ces pratiques innovantes de production de compost au pied des habitations pour les espaces
agricoles et les jardins entrent dans le système de l’économie circulaire.
2.1.2. L’alimentation des animaux avec les déchets putrescibles issus de la récupération
comme pratique spontanée par les habitants de Bangangté
La pratique de l’élevage est une activité de proximité reconnue par presque tous les habitants
de Bangangté, compte tenu de leurs habitudes culturelles. On y observe l’élevage de la
213
volaille (poules, canards, etc.), les petits et gros animaux (Chèvres, moutons, porcs, bœufs).
Les éleveurs, n’ayant pas beaucoup de moyens, ne dépense pas pour l’achat des aliments pour
leurs animaux. Ils récupèrent des déchets (restes d’aliments, épluchures, etc.) dans les
poubelles des ménages, celles de HYSACAM et sur les décharges sauvages.
Les porcheries sont généralement des petites baraques construites sur pilotis le long des
berges des cours d’eau. La variation en nombre d’animaux par enclos s’est observée ; soit 3 à
5 selon les moyens et l’espace détenu par l’éleveur (photo 12). Adalbert, jeune éleveur âgé de
22 ans résident au quartier pauvre (4) explique au cours de l’entretien: « J’ai appris à mon
petit niveau que le porc se nourrissait de tout. Toutefois, pour quelqu’un comme moi qui n’a
pas encore des moyens financiers, je sacrifie mon temps pour aller récupérer dans les
poubelles et les champs ce qu’il faut pour nourrir mes porcs ; ce qui m’évite des dépenses ».
L’élément (A) qui est la porcherie se situe sur la berge d’une rivière (B) sillonnant le quartier
précaire (4). Cette porcherie est construite en matériaux de récupération. Les porcs sont
nourris par les aliments récupérés. L’on se sert aussi de l’eau de ladite rivière pour abreuver
ces animaux. La photo 13 montre aussi en arrière-plan une bananeraie plantain.
Cette agriculture urbaine permet non seulement à cette population leur survie, elle sert
également à l’alimentation des bêtes.
En outre, certains habitants de la ville de Bangangté et particulièrement ceux du moyen
standing (quartier 5), plus proches du marché B, utilisent aussi les ordures ménagères (restes
de nourritures, épluchures de banane et de plantain, produits frais abandonnés dans le marché)
(photo 13) pour nourrir leurs bovins afin de les abattre pour la commercialisation.
214
Photo 13 : Alimentation de déchets putrescibles par les bœufs
Cette décharge sauvage du marché B constitue le lieu de ravitaillement en aliments pour les
troupeaux de bovins et d’ovins. Cette proximité entre les bovins et les habitations cause
parfois des dégâts dans les jardins agricoles dans certains quartiers lors de leur passage.
La photo 14 prise dans le quartier pauvre (quartier 4) montre que les chèvres se nourrissent
également de déchets (putrescibles et restes d’aliments) issus des ménages.
215
putrescibles pour l’alimentation des bêtes, 123 ménages (61,5%) les transforment en compost
contre 46 ménages (23%) qui font la vente des objets de récupération. Au vu des statiques
obtenues, certains ménages procèdent à plusieurs pratiques à la fois la réutilisation ou la
valorisation de leurs déchets (figure 47).
216
décomposition émet des gaz à effet de serre. Le compost est obtenu après dégradation de
déchets de bois non recyclable, de déchets verts et de déchets organiques (biodéchets). Nous
avons constaté que la grande partie des déchets ménagers de Bangangté est constituée de
putrescibles soit environ 46%. Cela constitue une source d’économie pour la commune car la
société prestataire de la gestion des déchets ménagers transforme les putrescibles en compost
et les mettent à la disposition des habitants. Le compostage à l’échelle communale qui fait la
fierté de toute la communauté de Bangangté et ses environs.
L’intérêt économique du compostage se fonde sur la production d’engrais biologique par
HYSACAM pour des besoins de toute la commune et ceux des communes. Au niveau des
locaux abritant la structure HYSACAM, s’expose les sacs de compost (photo 15) qui sont
devenus moins couteux que ceux des engrais chimiques.
Photo 15 : La mise en place des sacs de compost dans les locaux HYSACAM
Le sac de compost coûte 3000 XAF soit 4,6 euro (1€ = 655,95 XAF) à Bangangté, moins
couteux que les engrais chimiques qui coûtent entre 15000 à 21000 XAF (22,90 à 32,06 €)
selon les caractéristiques et les boutiques. Les engrais chimiques n’ont pas de prix
homologués, ce qui crée un véritable problème économique. Le compost est également moins
polluant car il ne contient pas les éléments chimiques ; tout est organique par rapport aux
engrais chimiques qui, au fil du temps empoisonnent le sol tout en le rendant infertile. Il a
aussi été révélé que HYSACAM produirait annuellement au moins 160 sacs de compost soit
huit tonnes (entretiens avec le Chef secteur HYSACAM de Bangangté, 2017).
À Bangangté, l'activité agronomique par les biodéchets constitue une pratique alternative
spontanée pour booster la production. La dichotomie de la ville aux caractéristiques rurales de
Bangangté amène la population à l’usage du compost, au vu de la qualité des sols qui sont
217
relativement pauvres. Cependant, on peut dire que les perspectives sont très intéressantes et
que les quantités sont appelées à fortement augmenter dans les années à venir. Le compost
permet l'apport de matières organiques stables et d'éléments fertilisants pour les sols.
La qualité d’un compost se mesure à sa teneur en éléments nutritifs, en substances humiques,
nocives, à sa porosité, à sa granulométrie, etc. L’appréciation de la qualité du compost ne
mobilise pas les mêmes éléments selon les différents utilisateurs qui n’ont pas besoin du
même produit. Les appréciations des utilisateurs de compost peuvent s’appuyer aussi sur le
procédé de fabrication. Le compostage lent qui consiste à laisser fermenter les ordures
broyées en intervenant le moins possible (juste pour retourner ces dernières) à la conséquence
d’avoir un compost contenant des déchets non putrescibles. Le compostage accéléré se
caractérise par une intervention technique permettant une meilleure aération et le maintien de
l’humidité pour accélérer et contrôler la phase de fermentation (entretiens Responsable
HYSACAM de Bangangté, 2017).
Avec les finitions des travaux de construction du centre de transformation des déchets et de
traitement du lixiviats à Bangangté, cette activité pourrait bien contribuer au développement
de la ville car nous avons vu au niveau des locaux abritant HYSACAM, des sacs de compost
qui sont devenus moins couteux que ceux des engrais chimiques.
Dans certains territoires où la texture du sol est vraiment rude et où le développement agricole
est extrêmement difficile à cause de la pollution due à l’urbanisation (le cas de certaines villes
française à l’exemple de Lyon), les habitants se sont groupés en association pour pratiquer les
lambricompostages qui consistent à utiliser les vers de terre pour la décomposition des
déchets de copeau de bois. Le cas de Lyon est très spécifique par rapport aux villes africaines
où la présence de l’humidité et les décomposeurs (les bactéries, termites ou charançons, vers
de terre, etc.) ne sont pas à démontrer. Ils facilitent la décomposition des déchets organiques
sans qu’on ait besoin de les capturer pour exécuter le travail.
218
cela, il est important de privilégier la gestion des déchets organiques à l’échelle de la
parcelle avec le compostage individuel ».
Les putrescibles sont des déchets qui nécessitent d’être gérés au niveau local par rapport à leur
poids, leur décomposition rapide et les odeurs qu’ils émettent. Le poids des fermentescibles
rend leur transport coûteux. Leur dégradation rapide ne permet pas leur déplacement sur de
longues distances. Leur principal mode de valorisation est le retour au sol afin de servir
d’amendement organique. La valorisation agronomique des déchets verts, issus de l’entretien
des espaces verts, ne pose pas de difficulté majeure, puisqu’elle produit un compost de qualité
relativement facile à écouler même si les modalités économiques de cet écoulement peuvent
être très variables et plus ou moins rentables. Les communes qui n’ont pas de moyens
logistiques et financiers comme Bangangté font une gestion de proximité des déchets. Cette
proximité a conduit à la valorisation organique.
219
Conclusion au chapitre 6
Pour faire face aux problèmes de la gestion des déchets où le secteur formel n’a pas pu
répondre, les habitants de la ville de Bangangté ont mis en place des pratiques d’innovation
et/ou d’adaptation. Dans ce contexte spécifique, on a observé que des pratiques spontanées
liées à l’économie circulaire de proximité de déchets ménagers sont opérées par les ménages
et par les acteurs du secteur informel. La prédominance de ce secteur a déployé les stratégies
managériales pour répondre cette gestion. Les expériences sur le terrain ont montré les
pratiques de valorisation des déchets de différentes manières. L’ensemble de ces déchets
valorisables à Bangangté entrent dans ce qu’on appelle l’économie circulaire de proximité. Il
s’agit d’une valorisation impliquée et observable à l’échelle locale. Le principe de proximité
représente une innovation dans la ville où les différents acteurs valorisent les rebuts en
ressources, à de petites échelles. Le marché représente un lieu important pour les vendeurs et
acheteurs des déchets : à valoriser, à réparer, à revendre et à réemployer. La valorisation
multiforme des déchets (le recyclage, le réemploi, la réparation, le compostage,…) à
Bangangté a permis de créer des emplois et de limiter les impacts environnementaux.
La valorisation des fermentescibles in situ devient une innovation à partir du moment où
presque tous les déchets sont réutilisés au niveau local (compost) pour les jardins et les terres
agricoles. La vente des métaux issus de la récupération dans la ville a contribué à la création
d’emplois dans le secteur informel et a « boosté » l’économie de la région. De plus,
l’innovation dans la réparation des D3E est observée à Bangangté à travers la formation par
monsieur Ngangdia à « Etablissement Américain » d’une centaine de jeunes qui, auparavant
étaient « désœuvrés ». Les formations dispensées par monsieur Ngangdia ont permis à
l’autonomisation financière de ces jeunes, dont certains ont pu ouvrir leur propre commerce.
En ce qui concerne le réemploi des plastiques, l’innovation réside dans la récupération pour la
fabrication des chaises et des canapés par monsieur Tchoumi. Cette pratique réduit la quantité
des plastiques sur l’environnement, tout en produisant les gains économiques, la fabrication
d’objets et la création d’emplois.
Les multiples formes de valorisation des déchets observées et les pratiques inventées sont
adaptées aux spécificités sociales, économiques et géographiques du territoire. Cette
proximité tant dans la récupération, le réemploi, la réutilisation, le recyclage et la réparation,
facilite le contact entre les acteurs non institutionnels et les autres acteurs engagés dans la
commercialisation ou pour l’environnement face à des dysfonctionnements. Au regard de
toutes les pratiques d’adaptation perçues dans ce chapitre, il y’a lieu de montrer qu’une
économie circulaire authentique peut être possible à Bangangté.
220
CHAPITRE 7 : CONDITIONS D’UNE ÉCONOMIE CIRCULAIRE
AUTHENTIQUE Ȧ BANGANGTÉ (CAMEROUN)
221
Introduction
Dans ce chapitre nous nous s’intéressons au changement de paradigme dans la valorisation
des déchets. Les voix se sont levées au Cameroun et continuent pour la bonne compréhension
et l’usage des ordures ménagères. L'année 2016 va marquer un tournant important dans la
structuration de la politique nationale de la gestion des déchets au Cameroun. Après huit ans
de mise en œuvre de la stratégie de gestion des déchets et le développement du cadre légal et
règlementaire dans ce secteur, les rendez-vous des Assises des Déchets de Yaoundé furent
l'occasion de faire le point avec les parties prenantes sur les larges perspectives ainsi ouvertes.
Les Assises de Yaoundé des Déchets sont aussi l'occasion de faire un point sur le cadre
réglementaire avec un accent tout particulier sur la valorisation des déchets d’emballages
plastiques et des déchets organiques. Ainsi, Durand et al, (2016) stipulent que « ces
changements se font dans le cadre de plusieurs évolutions, dans les pays du Nord comme dans
ceux du Sud ». Nos observations empiriques sur le terrain et les entretiens avec divers acteurs
ont permis de formuler dans ce chapitre quelques filières ou stratégies de création de
l’économie circulaire et projets pouvant aboutir à l’implantation authentique de nouvelles
activités à Bangangté et des perspectives représentant des attentes des populations. Toutefois,
une démarche participative initiée par l’État est indispensable pour créer des outils et un cadre
de travail motivant les populations à participer à la construction des filières d’une économie
circulaire de proximité à Bangangté et dans le milieu urbain camerounais en général. « Le
premier changement à opérer est d’abord l’implication des pouvoirs publics. Ainsi, le
Gouvernement du Cameroun a voulu faire de la gestion des déchets, un maillon important
dans le développement économique de son pays à travers les premières Assises Nationales »
(AND, 2016).
222
L’économie circulaire d’échelle ou de proximité ne semble ni faire l’unanimité parmi les
acteurs de la gestion des déchets, ni être aisée à mettre en œuvre. Au-delà de son obligation
légale, elle revêt tout de même un certain nombre d’intérêts (MINEPDED, 2016). Des intérêts
clairement environnementaux pour certains types de déchets (souvent déjà gérés localement),
mais aussi des intérêts de structuration économique d’une économie circulaire qui ne prend
pas la même ampleur si on la considère à une autre échelle que celle du local, sans pour autant
que ce « local » soit délimité et sans non plus que cette vision soit exclusive selon les types de
déchets. Par ailleurs, « la proximité a l’intérêt d’offrir une plus grande transparence dans les
flux de déchets et ainsi d’offrir un choix clair pour les acteurs publics, privés, ainsi que pour
les citoyens. Or cette maitrise de l’action collective fait partie des fondements de la mise en
place d’une transition socio-écologique vers un développement plus durable » (Hopkins, 2014
in Ademe et al, 2016). La structuration et la meilleure connaissance des flux doivent
permettre de les gérer au plus proche de leur production et des besoins en matière de
récupération. Cette gestion locale doit également stimuler des innovations technologiques
décentralisées, mais également des innovations sociales et territoriales. Les réflexions autour
de l’échelle d’intervention et notamment de l’échelle d’implantation des centres de ces filières
sont également importantes. Sans les figer de façon radicale ici, « nous chercherons à mieux
comprendre leur complexité. La valeur création d’emplois non délocalisables semble un
moteur important qui peut aller bien au-delà de l’économie circulaire pour intégrer l’idée du
concept « zéro déchet » tout en cherchant à réduire la quantité de déchets produits », disait
un gestionnaire de recyclage (2014 in Ademe et al, 2016).
223
Avec la prohibition des décharges sauvages, ainsi que la croissance en quantité et la
diversification en qualité du gisement de déchets produits, les municipalités, qui sont
l’échelon à qui cette responsabilité incombe traditionnellement, se sont progressivement
regroupées au sein de structures inter-municipales pour financer et gérer conjointement des
infrastructures de traitement, voire mutualiser les circuits de collecte. En parallèle, les
départements et les régions se sont affirmés comme l’échelon de planification pour la gestion
des déchets municipaux.
224
déchets dans la ville de Bangangté. L'objectif n'étant pas de produire toujours plus de déchets
sous prétexte qu’ils sont recyclables, mais d’en produire moins et de gérer à proximité (pieds
des immeubles, quartiers, communes, etc.) les déchets existants, d’où la phrase magique : « le
meilleur déchet c’est celui qu’on ne produit pas » (AND, 2016).
225
économie circulaire d’échelle est le potentiel économique que représentent les déchets au
niveau du territoire. Ainsi, travailler sur les déchets n’est plus perçu comme un obstacle
règlementaire et environnemental de la part des acteurs impliqués, mais comme un moteur de
développement économique ». Un Responsable du centre de recyclage (2015 in Ademe et al,
2016) nous fait comprendre que: « la proximité est créatrice d’emploi, notamment au niveau
de la valorisation. Aujourd’hui, on se tourne très facilement vers l’enfouissement et je trouve
cela dommage qu’on ne génère pas de l’emploi en ouvrant des installations de tri
d’encombrants et de broyage de plastique d’encombrants. Je trouve qu’on n’exploite pas
assez le gisement déchets ». Dans la ville de Bangangté, cette proximité a permis à certains
habitants de mieux gérer et de valoriser leurs déchets fermentescibles.
226
Cependant, avant même de considérer l’usage de ce levier comme efficace qui permettrait que
les différentes normes réglementaires en vigueur facilitent les démarches d’économie
circulaire des structures, il serait important que l’objectif politique et économique soit
expliqué. Le cadre juridique de la gestion des déchets ménagers au Cameroun devrait être
revu pour prendre en compte les préoccupations relatives à la mutualisation des efforts en
l’occurrence les aspects concernant l’incitation à l’éco conception, l’économie circulaire et la
responsabilité du citoyen dans la gestion des déchets (Ademe et al, 2016 ; MINEPDED,
2016). Certains projets d’économie circulaire importants, déployés sur le territoire national
notamment les projets liés à la méthanisation dans les villes de Yaoundé et Dschang font face
à une multitude de contraintes qui leur confèrent une temporalité importante : les études de
faisabilité technique, les exigences de sécurité, etc. (AND, 2016). Ces projets sont
particulièrement touchés par le manque de continuité politique dont souffre le secteur
environnemental. Un message politique clair et une continuité politique sont donc à la base
d’un écosystème sain pour la mise en œuvre de démarches d’économie circulaire. Ces
mesures auront un impact direct sur les entreprises, en clarifiant le contexte dans lequel elles
s’inscrivent. Mais cela ne constitue que la première d’une longue série de réformes dans la
transition vers l’économie circulaire. Le rôle des responsables politiques est alors central pour
tenter d’aller vers cette économie circulaire de d’échelle. Pour cela, un Responsable de
collectivité (2014 in Ademe et al, 2016) déclarait : « nous avons une volonté politique de
gérer les déchets le plus possible au local, pour créer des emplois sur le territoire. C’est une
volonté des élus, mais aussi des techniciens». Allant dans le même sillage, il ressort qu’en
parlant de la rentabilité économique des centres comme le cœur de leur implantation, un
responsable déclarait : « l’économie d’échelle donne de l’importance à la question de la
réinsertion : volonté de créer de l’activité au niveau local. Cependant, cela pose quand même
la question du financement de ces emplois qui sont souvent des contrats aidés. D’où la
volonté de recréer des activités industrielles au Cameroun ». Ainsi, la nécessité de réfléchir
sur l’implantation des filières de recyclage des déchets qui ne soient pas que le fruit d’une
économie aidée, mais d’une réelle économie de marché concurrentielle s’impose.
227
de favoriser localement la valorisation de cette ressource. La valorisation et le traitement à
courtes distances pour diminuer les trajets parcourus par les déchets afin de limiter la
pollution. On doit alors travailler sur les critères d’appel d’offre pour favoriser les acteurs du
territoire. La distance entre la décharge municipale de Bangangté justifie sa proximité avec le
centre-ville. Contrairement à certaines grandes villes au Cameroun où les décharges sont
situées à une trentaine de kilomètre, celle de la ville de Bangangté, ville moyenne est située à
7km du centre-ville. Cette distance permet le transport facile des déchets.
Pour se recentrer sur un enjeu de court terme, les réflexions sur l’emploi amènent à réfléchir
aux échelles d’implantation des centres de tri. « Ces équipements, accompagnés des centres
de démantèlement et de réutilisation, sont les principaux créateurs d’emploi dans le domaine
de la valorisation des déchets. Pour avoir une vision plus complète, il est primordial d’intégrer
la prévention qui invite à intervenir sur l’ensemble des processus productifs et de
consommation » (Cavé et al, 2014 in Ademe et al, 2016). Il y’a donc nécessité d’implantation
à une échelle des décharges ou les centres. Il faut y ajouter l’échelle à laquelle se réalise la
collecte des déchets car celle-ci est également vectrice de dynamisation du territoire,
notamment dans l’optique de mise en place de filières de plus en plus diversifiées. On
observe donc une première opposition entre des activités plutôt réalisées à proximité, quand
d’autre nécessitent des économies d’échelle importantes : « la prévention et l’économie de
fonctionnalité se font à proximité. Pas le traitement des déchets qui doit, pour être rentable,
gérer de gros volumes » (Ademe et al, 2016). Pour assurer une collecte de l’ensemble du
territoire malgré l’implantation de centres de tri à une échelle plus lointaine, il est parfois
nécessaire de passer par des centres de regroupement pour les déchets dont les gisements ne
sont pas suffisamment importants (Durand et al, 2016). Les décharges peuvent dans certains
cas constituer les points de regroupement, avec ici un rôle d’aménagement du territoire et de
proximité au producteur du déchet. Une fois ces différentes pistes concernant la collecte
envisagée, il est important de préciser la vision des acteurs interviewés concernant l’échelle
d’implantation des centres de tri. Celle-ci dépendra évidemment des types de déchets : « les
filières sur lesquelles on peut agir dans une certaine proximité sont les déchets ultimes, les
DEEE, les ferrailles, les déchets verts ».
Les acteurs convergent vers l’idée d’une mise en place de centres de tri distincts à deux
échelles différentes : « le développement actuel d’un nouveau schéma de centres de tri, dans
le cadre des extensions des consignes de tri, amène un fonctionnement en deux temps : des
centres de tri locaux, relativement manuels, qui opèrent un pré-tri et extraient les déchets
réutilisables, qui envoient ensuite vers des centres de tri » (Durand et al, 2016). Cette
228
structuration permet de gérer les différentes contraintes tout en essayant de favoriser la
réutilisation, c’est à dire la prévention, avant même d’arriver à l’étape de la valorisation. L’œil
humain semble alors le meilleur juge de cette capacité à tirer profit de l’objet et non de la
matière.
Toutefois, les promoteurs de l’action locale montrant que les potentiels d’optimisation de la
gestion des déchets se réalisent en « pensant artisanal avant de penser industriel »
(Responsable collectivité in Ademe et al, 2016). Si le regroupement et la centralisation des
déchets ont certains intérêts en termes de constitution de gros gisements et de potentiel de
mise en œuvre des techniques pour les valoriser, ils ont également leurs limites. Pour (Cavé et
al, 2014 ; Ademe et al, 2016), on concentre ainsi également les risques et on diminue les
caractères individuels du déchet ayant chacun un potentiel de réemploi et de réutilisation
distinct. Certains pays du sud sont en cela plus vertueux, puisqu’ils proposent, par nécessité,
des filières plus complètes de valorisation locale (Jaglin et al, 2018).
1.9. L’intégration des recycleurs dans le processus de la gestion des déchets ménagers
L’intégration des récupérateurs au Cameroun est un processus à long terme. Les recycleurs
ont exprimé leur ras-le-bol en 2016 pendant les Assises Nationales des Déchets par rapport à
leur condition de travail. Si on tient compte des résolutions des premières Assises, on peut
affirmer qu’en 2020, les organisations de récupérateurs se seront converties en entreprises
prestataires du service public de collecte sélective capable de répondre aux appels d’offre du
gouvernement. Ainsi, HYSACAM a choisi de renforcer les organisations de récupérateurs.
Cette stratégie vise à renforcer les organisations de récupérateurs pour faire face à un marché
des déchets recyclables. L’union fait la force par la proximité, la mutualité et le syndicat.
229
et de mise en cohérence de l’arsenal réglementaire. Elle devra s’adresser à un large groupe
d’acteurs (entreprises, collectivités, régions, état…), en précisant dans les articles de Loi le
rôle attendu de chacun. La Loi fixera la stratégie nationale camerounaise à travers notamment
la mobilisation des acteurs autour d’un plan pluriannuel. La rédaction de ce texte devra
nécessairement s’appuyer sur une réflexion collective et participative, impliquant l’ensemble
des acteurs concernés, à travers une large concertation, prémisse de la future mobilisation des
parties prenantes autour d’un plan pluriannuel.
Cette stratégie nationale devrait s’accompagner d’un plan pluriannuel qui permettrait
d’inscrire les actions dans la durée et de maintenir la dynamique des parties prenantes dans un
processus d’amélioration continue. Le plan précisera les indicateurs utilisés pour la définition
des objectifs et le suivi des résultats obtenus pour chaque partie prenante à la transition vers
l’économie circulaire, dont les rôles attendus sont précisés dans ce plan. Ce dernier est évalué
annuellement et fait l’objet d’une communication au parlement par les Ministres concernés,
accompagnée des mesures prises ou à venir du gouvernement. Le plan serait revu tous les
cinq ans suite à une évaluation sur la durée. On ne saurait faire table de rase des projets liés à
l’économie circulaire en cours, car ils constituent, non seulement au respect de
l’environnement, mais, aussi et, par conséquent à la création d’emplois.
2.1. Des projets clés à Bangangté pour une économie circulaire authentique
Parmi les projets développés à Bangangté, on peut citer ceux concernant la valorisation des
déchets ménagers et agricoles en énergie, la valorisation des plastiques (PET) en pavés, la
valorisation des urines en urée via les latrines écologiques et la valorisation du bois pour le
charbon écologique.
230
lorsque le système est installé tout devient aisé, ne nécessite pas de financement, mais juste
l’entretien du matériel.
Notons qu’à l’Institut de Recherche Agricole pour le Développement (IRAD), le même
système de valorisation est en train d’être implanté. Ici, la matière organique et la biomasse
contenue dans un biodigesteur est constitué des pailles de riz et d’autres putrescibles, des
déchets de bovins... Le tout est mélangé à l’eau pour épuration pendant deux mois afin
d’extraire de biogaz pour la cuisson (photo 16). La photo 16 a été prise lors de l’exposition
des savoir-faire scientifiques au cours des Journées d’Excellence de la Recherche Scientifique
et de l’Innovation au Cameroun (JERSIC) par les chercheurs de l’IRAD.
L’élément A de la photo 16 est le biodigesteur qui contient les déchets agricoles, mélangés à
l’eau qui produit le biogaz en B. Ceci est un exemple type d’une économie circulaire
authentique qui est en cours d’implantation à Bangangté et pourrait aussi être développé dans
d’autres villes camerounaises. Après épuration, les déchets agricoles se transforment en
digesta, un autre composant très fertilisant pour les sols. Ce projet constitue un véritable
moyen de la lutte contre le changement climatique car il empêche en parti la mise en décharge
de certains déchets issus des ménages responsables des émissions de gaz à effet de serre
(CO2, CH4, etc.).
231
2.1.2. Projet de valorisation des déchets plastiques « en approche » HIMO (Haute
Intensité des Mains-d’œuvre) pour la production de pavés
Dans la quête permanente de gestion durable, plusieurs camerounais s’organisent en
associations pour trouver des moyens adéquats afin de sortir de la pauvreté, tout en protégeant
leur environnement. La qualité du tri réalisé à la base par les ménages et parfois par les
associations scolaires, détermine la qualité de la valorisation. On peut noter les associations :
Cœur d’Afrique créée en 2009 par Roger Milla, ancien footballeur et Ambassadeur Itinérant et
Ndé loup par Metchezin Franklin dont le projet a vu le jour en 2016. Ils valorisent tous les
plastiques en pavés, en utilisant un mode écologique. L’Association Cœur d’Afrique pour la
protection de l’environnement et la promotion du Développement Durable (CARMEDD) vise
les établissements scolaires afin de collecter un très grand volume des bouteilles de plastiques.
Au cours des entretiens avec monsieur FEGUE, secrétaire exécutif de ladite association,
indique que le projet cible les établissements scolaires à forte concentration ou croissance
démographique parce qu’ils produisent beaucoup de PET. Les pavés ainsi produits sont
utilisés pour la construction de certaines routes secondaires, les cours d’établissements
scolaires et hospitaliers. La planche 28 est réalisée lors du lancement du projet de pavages des
cours des établissements secondaires au lycée Technique Industriel et Commercial de
Bangangté en présence des chefs d’établissement du lycée Technique Industriel et
Commercial de Yaoundé (2018).
232
Planche photo 28 : Lancement du projet de pavage des cours des établissements secondaires au
Lycée Technique Industriel et Commercial de Bangangté
Pour obtenir les pavés écologiques issus de la transformation des bouteilles plastiques,
l’Association CARMEDD use d’un processus qui consiste à collecter et à trier des emballages
plastiques dans les établissements secondaires (cliché B), dans les ruelles et les cours d’eau.
Les clichés C et D représentent les pavés produits à différentes tailles. Cette association
exerce à Yaoundé, à Douala, à Garoua et à Bangangté. Son extension dans d’autres villes
pourrait résoudre le problème de gestion des déchets plastiques tout en facilitant l’emploi des
jeunes. À Bangangté, le site de la transformation des emballages et/ou les bouteilles plastiques
se situe au quartier 6 (figure 48). Le choix de ce quartier s’est opéré parce qu’il est le siège
des grands établissements pouvant produire à grande quantité de plastiques.
233
Figure 48 : carte du site de transformation des plastiques recyclés en pavés
Le même projet de valorisation des déchets plastiques par pavage réduirait la quantité des
plastiques dans les ruelles et les établissements de la ville de Bangangté. Il permettrait aussi la
construction de certaines voieries tout en améliorant l’esthétique urbaine. Ainsi, pour sa mise
en œuvre, l’État du Cameroun devrait financer le projet tout en le rendant visuel.
Pendant les saisons pluvieuses (mars, avril, mai, juin, juillet, août, septembre et octobre), le
service de collecte de la Société Hygiène et Salubrité se heurte à plusieurs difficultés et la plus
importante concerne le transport. Ici, la circulation est très difficile à cause des routes non
bitumées. Le pavage des routes faciliterait alors la collecte et le transport véritable des déchets
au sein des quartiers.
Outre la construction des routes avec les pavés, on peut aussi construire des maisons et des
salles de classes écologiques à partir du recyclage des déchets plastiques. Le processus de
transformation des plastiques étant le même avec celui des pavés, on change le moule pour lui
donner la forme des briques ou briquettes de diverses tailles. Les pavés ou briques plastiques
(biologiques) coûtent moins cher par rapport aux briques et parpaings faits de ciment.
Toujours au cours de nos entretiens de terrain en janvier 2018, le SG de CARMEDD nous a
fait savoir que « le prix du mètre carré de pavé biologique de 5cm d’épaisseur varie entre
234
3000 et 4000XAF contre 5000 à 6000XAF pour les pavés en ciment ». Les maisons
construites à base des briques en plastiques seraient sophistiquées et auraient une résistance à
toutes adversités. Connaissant la durabilité que peut mettre les plastiques pour dégrader (au
moins 100 ans), les maisons écologiques auraient aussi une longue durée de vie. Ce projet de
construction des salles de classes écologiques permettrait de réduire les impacts
environnementaux liés aux plastiques tout en protégeant l’environnement des effets du
réchauffement climatique. Il générait aussi au moins 15000 emplois tout en réduisant au
minimum 30 000 tonnes de plastiques par an (journal Crtv radio, avril 2018).
2.1.3. Projet de valorisation des urines en urée via les latrines écologiques à Bangangté
La commune de Bangangté dans le souci de mieux gérer son environnement et de faciliter un
développement économique de la ville, construit depuis 2011 jusqu’à aujourd’hui des toilettes
écologiques dans les grands espaces (photo 17).
Ce projet consiste à transformer les urines en urées pour la fertilisation des terres agricoles de
Bangangté et ses environs. Il a aussi permis que la ville de Bangangté soit récompensée pour
sa propreté. Sa pérennisation, sa multiplication et sa vulgarisation dans tous les quartiers de la
ville et par extension dans tout le département du Ndé faciliterait une bonne gestion des
urines.
Lorsque dans certaines villes camerounaises, les populations urinent et défèquent à ciel
ouvert, les autorités municipales de la ville de Bangangté ont trouvé une meilleure stratégie de
contournement du problème via les latrines écologiques que d’autres Communautés
Territoriales Décentralisées doivent suivre afin de « booster » leur production agricole tout en
235
réduisant les impacts environnementaux (pollutions). Ce qui justifie encore l’effectivité d’une
économie circulaire d’échelle ou authentique à Bangangté. Cet exemple montre aussi qu’avec
la volonté on peut gérer durablement son environnement quel que soit la situation financière.
2.1.4. Projet de valorisation des produits agricoles (bois) pour la production du charbon
écologique
Au Cameroun, la pression démographique exerce une pression sur les ressources forestières et
89% des ménages dépendent du bois énergie pour assurer la cuisson des aliments (Ngo et al,
2009 in Hassan Faouzi, 2013). Cette assertion semble justifier le cas de la ville de Bangangté
parce qu’au cours des prospections de terrain et des observations participantes, la majorité des
ménages utilisent les bois, les pailles de maïs et autres pour chauffer les produits issus des
récoltes. Les produits agricoles mis dans les greniers familiaux ont besoin de la chaleur et l’on
utilise alors soit le bois de chauffe, soit les pailles de maïs pour éviter toutes pourritures. C’est
pour justifier ces pratiques que (Arnsperger et Bourg, 2016) clament : « Une économie sera
d’autant plus authentiquement circulaire que la croissance y sera faible » Ainsi, le
rapprochement à une croissance zéro et au taux de réemploi et de recyclage de 100% pour
toutes les matières utilisées renvoient à ce que Arnsperger et Bourg appellent « la circularité
authentique » car rien ne se perd dans le circuit. Contrairement à l’économie circulaire
linéaire qui s’appuie sur l’exploitation sans limite des ressources où on extrait, produit et jette.
Cette activité de valorisation ne peut être effective qu’en milieu agricole comme c’est le cas
dans la ville de Bangangté. Le projet de la production du charbon écologique en gestation
dans la ville de Bangangté pourrait compenser la coupe excessive des forêts communautaires
à Bangangté. L’économie circulaire promeut alors un monde sans déchets avec des
prélèvements minimes de matières de récupération.
Le projet de la production du charbon écologique et de foyers améliorés est initié par le
MINRESI à travers le Comité National de Développement Technologique qui fait partir
intégrante des structures de recherche de rattachement en collaboration avec l’Université de
Maroua via son Ecole Nationale Supérieure Polytechnique. Cette mutualisation scientifique
vise la vulgarisation de l’usage du bois de chauffe. Ainsi, le charbon écologique ou charbon
vert produit à base des résidus putrescibles venus des ménages et des déchets agricoles est
riche en carbone. Il se présente sous forme de boules ayant la taille de morceaux de bois
traditionnels ou de briquettes (photo 18).
236
Photo 18 : Sensibilisation sur la production du charbon écologique et de foyers améliorés lors
des JERSIC par des chercheurs
Nous avons aussi retenu de cette initiative que pendant la cuisson, on peut observer moins de
fumées dégagées par rapport au simple bois de chauffe. Ainsi, l’exploitation de la
sensibilisation des technologies locales de production du charbon écologique et de foyers
améliorés apparaitrait comme une solution économique viable pour diminuer la pression sur
les ressources forestières. L’objet étant d’apporter une réponse efficace à l’insuffisance
énergétique domestique, de substituer le charbon de bois et le bois-énergie par la fabrication
du biocombustible, de vulgariser la production et l’utilisation des combustibles biomasses et
de promouvoir le développement durable par la création des emplois locaux. La production du
charbon écologique se subdivise en trois étapes telles que :
1) Le dimensionnement et la fabrication des équipements. Ȧ ce niveau, des pyrolyseurs, des
presses manuelles et des foyers améliorés sont dimensionnés et fabriqués.
2) Le processus. Il part de la biomasse (les feuilles d’arbres, déchets ménagers
biodégradables, déchets agricoles, etc.) en passant par le broyage, du compactage, du séchage
à l’obtention du charbon écologique comme le montre le schéma 11.
237
Schéma 11 : Processus de valorisation de la biomasse en charbon écologique
238
Conclusion au chapitre 7
Au terme de ce chapitre, il est opportun de rappeler que les innovations sociales et territoriales
liées aux pratiques alternatives des déchets et potentialités économiques présentées au
chapitre 6 en ont des limites. Celles-ci concernent non seulement le compostage mais aussi le
recyclage. L’utilisation des moyens archaïques, traditionnels, l’insuffisance des matériels de
collecte, les non pris en compte des récupérateurs par la loi ont constitué quelques-unes de ces
limites. Dans la logique du changement du paradigme en vue d’une économie circulaire
authentique au sein des Collectivités Territoriales Décentralisées à l’instar de Bangangté,
quelques perspectives et propositions relevant du domaine des pouvoirs publics, des
entreprises privées, des associations, des ONG ainsi que des populations de l’arrondissement
de Bangangté ont été mentionnées dans le chapitre 7. Parmi elles, on pourrait penser le
principe de proximité dans la politique de la gestion des déchets en dehors des régions ; la
mutualisation et les échanges d’expérience entre les acteurs doivent être de mise ; le
renforcement de la sensibilisation et la formation des citoyens sur l’usage des déchets. Le
compostage individuel ou les emplois verts (en fosse, en tas) doit être mis en exergue car il
favorise inéluctablement à une économie circulaire authentique ou véritable (la boucle). Le
suivi et la durabilité des différents projets mis en place par la population de Bangangté
conduiraient à une économie circulaire authentique.
239
Conclusion partielle de la troisième partie
Cette troisième partie a permis d’une part d’identifier et de comprendre les différentes
pratiques alternatives de gestion des déchets solides ménagers mises en place par les
habitants, en lien fort avec l’économie circulaire dans la ville de Bangangté et d’autre part de
montrer si une économie circulaire authentique peut s’opérer dans la ville de Bangangté. Il
ressort que le compostage de proximité ou à l’échelle communautaire ou des quartiers, au pied
des habitations, dans les fosses, dans les fûts, les fumiers au fond des jardins et au niveau de
la commune constituent un levier de développement et un véritable moyen pour boucler les
ressources tout en gérant au mieux les déchets. Il a été constaté que ces pratiques spontanées
étaient à la portée de tous avec un coût moins cher.
Le mode de vie des habitants en territoires semi-urbains leur est favorable dans les pratiques
spontanées de valorisation des déchets solides ménagers. La ville Bangangté fait partie
l’exemple de ces villes. Cette proximité entre l’espace habitable (des habitations) et les
pratiques agricoles qui donne à la ville de Bangangté une image de ruralité permettant qu’on
oublie son caractère de ville « maudite » telle que décrite par Franqueville, (1973). D’autres
activités de types informels se sont développées autour du déchet pour « booster » l’économie
de la population. Il s’agit de la récupération, du réemploi, de la réutilisation, de la vente et de
l’achat des objets de récupération et du recyclage.
D’après nos différents résultats et observations de terrain, nous avons remarqué que la
récupération et le réemploi sont des pratiques à la mode à Bangangté dans mesure où plus de
la moitié de la population dépend de ces pratiques pour survivre. Ces activités informelles
offrent des emplois aux jeunes désœuvrés. Plus d’une centaine de jeunes de la ville ont suivi
des formations dans la réparation des D3E et certains se sont installés à leur propre compte.
Le fait de ne pas prendre en compte les activités des récupérateurs dans les affaires publiques
constitue un véritable problème. Ils pourraient être considérés comme des agents « des
emplois verts » afin de mieux assurer la gestion des déchets dans les quartiers inaccessibles à
l’entreprise de gestion des déchets. La vulgarisation dans toute la région de ces pratiques
permettrait de produire de véritables richesses avec les déchets solides ménagers. On ne
saurait parler d’économie circulaire authentique à Bangangté que si les projets soient
soutenus, c’est le cas de la valorisation de la biomasse en énergie, de la valorisation des
plastiques pour la fabrication des chaises et des canapés ou pour la production des pavés.
Ces développements agricoles devraient, dans les années à venir, s’intéresser plus à la gestion
des déchets fermentescibles, en plus de la valorisation à la parcelle, de créer des plateformes
de compostage et /ou de la méthanisation. Ces méthodes d’adaptation permettent ainsi de
240
valoriser les déchets ménagers tout en réduisant leurs quantités sur l’environnement et de
contribuer à l’économie circulaire.
En général, dans les pays africains, les putrescibles représentent un taux élevé. À Bangangté,
comme les ménages recyclent tous leurs déchets et/ou les réutilisent soit pour nourrir leurs
animaux, soit pour faire du compost, les résultats issus des enquêtes montrent qu’il n’y a que
46% de putrescibles. Certaines villes africaines du fait de leur caractère de ruralité,
développent plusieurs activités dans les centres urbains grâce aux espaces vierges,
contrairement aux grandes villes où tout est occupé par l’urbanisation.
Le suivi évaluation des projets en gestation à Bangangté (transformation de la biomasse en
biogaz, en énergie ; la plateforme de compostage) permettrait qu’on puisse valoriser et réduire
à 5% des fermentescibles à l’horizon 2025 et parler d’une « circularité authentique » comme
l’affirme (Arnsperger et Bourg, 2016).
241
CONCLUSION GÉNÉRALE
242
Au terme de notre recherche portant sur : « Quelle économie circulaire spontanée pour une
ville moyenne camerounaise ? Le cas des déchets solides ménagers de Bangangté
(Cameroun)», il convient de noter que l’objectif était de montrer les pratiques alternatives et
de proposer les nouvelles pistes d’une gestion durable des déchets, en vue de construire une
économie circulaire « authentique », et surtout de comprendre comment ce concept
d’économie circulaire peut-être adapté dans le cadre d’une ville moyenne en milieu rural au
Cameroun. La question qui a guidé notre travail de recherche est de savoir si les pratiques
alternatives mises en place par les populations locales pour la gestion des déchets solides
ménagers à Bangangté contribuent à mettre en place une économie circulaire et surtout à
redéfinir cette notion d’économie circulaire de façon contextualisée. Pour répondre à cette
question principale, trois hypothèses avaient été posées, auxquelles nous tentons de répondre.
Nous présentons les principaux résultats.
Selon les chercheurs et les politiques des différents pays, la définition des concepts est
quelque peu variable. L’objet « déchet » qui, autrefois était considéré comme rebut, a évolué,
développée, s’est diversifié et s'est amplifié aujourd’hui. Cette situation s’explique par
l'extension humaine, sa concentration urbaine, son mode de vie moderne très appareillé.
L'extension industrielle, la complexité des technologies de production, de circulation, de
liaison ont contribué à une acceptation de ceux-ci. Désormais, le déchet devient un objet
d'analyses techniques et économiques où il est considéré comme une ressource à récupérer
et/ou à réutiliser. Leur gestion peut contribuer à la création d’emplois pour certaines
personnes. C’est dans ce sens que le gouvernement camerounais à travers, la Loi n°96/12 du
05 août 1996 article 4 alinéa C portant Loi Cadre relative à la gestion de l’environnement
votée par l’Assemblée Nationale définit « déchet » comme « tout résidu d’un processus de
production, de transformation ou d’utilisation, toute substance ou tout matériau produit ou,
plus généralement, tout bien meuble ou immeuble abandonné ou destiné à l’abandon. On
entend par abandon, tout acte tendant, sous le couvert d’une cession à titre gratuit ou
onéreux, à soustraire son acteur aux prescriptions législatives et réglementaires ».
Le concept d’économie circulaire a également évolué et est quelque peu différent selon les
pays, même si le contenu reste le même. Les définitions du concept d’économie circulaire
s’accordent sur le fait qu’il soit « un système de production, d’échange et de consommation
visant à optimiser l’utilisation des ressources à toutes les étapes du cycle de vie d’un bien ou
d’un service, dans une logique circulaire, tout en réduisant l’empreinte environnementale et
en contribuant au bien-être des individus et des collectivités » (Teigeiro et al, 2018). Allant
dans le même sens Arnsperger et Bourg, (2016), définissent l’économie circulaire comme
243
étant « un système qui redonne de la valeur aux déchets, tout en contribuant à mieux les
gérer ». Mais, avec sa complexité du point de vu des auteurs, nous avons hypothétiquement
adoptée celle de Aurez et al, (2013), qui entendent par économie circulaire « un mode de
développement économique basé sur la prise en considération du flux des matières, qui exige
le respect des principes écologiques et une utilisation rationnelle des ressources naturelles
pour assurer un développement durable ».
La mobilisation des théories plus particulièrement la théorie systémique dans la recherche a
permis à la compréhension des jeux d’acteurs, de l’organisation, du fonctionnement du
service et des stratégies des populations sur un ensemble d’interactions qui réagit
globalement. Elle a permis d’analyser également les différentes mutations sociales observées.
Le travail empirique mené sur le terrain a été une expérience très enrichissante et a permis de
mettre en avant différents points. Pour appréhender la gestion des déchets à Bangangté, nous
avons adopté l’approche transversale, explicative et analytique. À partir de 30 entretiens semi-
directifs auprès des acteurs : administration publique en charge de la gestion des déchets,
entreprise (HYSACAM), récupérateurs, ménages, « emplois verts », associations, etc. et
l’enquête de 200 ménages dans 10 quartiers de la ville de Bangangté, nous avons réussi à
mieux comprendre les pratiques de gestion des déchets dans la ville de Bangangté. Des
observations, souvent illustrée, nous ont permis d’identifier et d’évaluer les facteurs de
risques et les conséquences liés aux déchets solides ménagers. Nous avons pu suivre les
activités de valorisation par les bangangtéens et la municipalité, pour une gestion efficace et
rentable des déchets. Cette démarche nous a permis d’obtenir des résultats sur la
caractérisation des déchets.
La connaissance des produits issus de la caractérisation dans cette ville a été réalisée grâce à
la Méthode de Caractérisation des Ordures Ménagères (MODECOM) appliquée par
l’ADEME (1993). Cette pratique s’est faite à travers les campagnes d’évaluation des déchets
solides auprès des ménages et sur quelques dépôts sauvages. À Bangangté, comme les
ménages recyclent tous leurs déchets et les réutilisent soit pour nourrir leurs animaux, soit
pour faire du compost, les résultats issus des enquêtes montrent qu’il n’y a que 46% de
putrescibles contrairement à un taux plus élevé représenté de manière générale, dans les États
africains.
Les résultats de la caractérisation montrent une grande proportion des fermentescibles (45% à
55%) dans les habitats haut standing parce que ces résidents consomment plus des fruits
(ananas, pastèques, etc.), tandis que le faible taux se trouve dans les habitats périphériques
(28%). En dehors des putrescibles, on a observé 11 autres composants des déchets dans les
244
poubelles (10% plastiques, 3% papiers, 7% cartons, 4% verts, 6% textiles, 6% métaux, 2%
combustibles, 1% incombustibles, 2% déchets dangereux, 2% D3E et 11% éléments fins).
Les résultats montrent aussi que 95% des ménages enquêtés réutilisent leurs déchets pour
diverses fins (compost, aliments de bêtes, usages domestiques ou le réemploi et vente). Ces
résultats montrent le grand écart dans l’utilisation du compost à Bangangté qui varie entre 7%
à 44%, selon les types d’habitats. La grande proportion d’utilisation des composts réside dans
les quartiers à habitats moyens standing (exemple du quartier 5) et la périphérie à l’exemple
de Banekane. Le réemploi des ressources dans les ménages pour des besoins individuels a des
proportions variant de 31% au quartier à habitat moyen standing (7) et à Banekane, 45% au
quartier à habitat haut standing (6). Ce taux démontre les différentes pratiques alternatives de
la ville.
Selon notre estimation, le résultat a montré qu’un individu qui produit 0,54kg de déchets
ménagers par jour ; il les réutilise à plus de 60% par la suite pour ses propres besoins, sans
toutefois faire passer ces déchets par la collecte municipale.
Pour appuyer nos résultats, nous avons réalisé une cartographie des gisements et composition
des déchets, de leur répartition par quantités et par quartiers, des sites de transformation et de
vente des matières de récupération et de recyclage.
Au Cameroun, la pluralité des textes juridiques attribue aux institutions les missions en
matière de gestion des déchets ménagers. Cependant, leur contenu est parfois difficile à mettre
en œuvre. On note qu’une Loi donne les mêmes attributions à plusieurs institutions étatiques,
ce qui peut provoquer parfois des conflits entre institutions. Nous avons constaté que la
multiplicité des textes et des Lois sur la gestion des déchets ne sont pas toutes appliquées.
D’où la prolifération des dépôts sauvages dans certains quartiers qui montrent aussi le manque
d’amour pour soi, le manque de conscience par rapport à la propreté.
Suite aux différentes prospections menées sur le terrain, on peut constater que la gestion des
déchets ménagers pose encore des difficultés en termes de moyens humains, financiers,
matériels, etc.
Nos résultats d’enquêtes de terrain ont montré que le problème de l’insuffisance du service
public des déchets est lié soit aux finances (31%), soit à la main-d‘œuvre (19%), soit au
contrat de travail (21%) et de 29% des autres problèmes (corruption, malversation financière
ou détournement des fonds alloués au travail,...).
En dehors des problèmes liés aux moyens financiers, humains et matériels, on peut noter les
contraintes liées à sa situation géographique, de par son relief accidenté et contrasté, et de son
climat. C’est une ville collinaire avec entre autre des altitudes de 1400 m (au niveau du lycée
245
classique) et de 1500 m qui s’étale du centre de distribution des Brasseries du Cameroun au
dispensaire Ad-Lucem, avec des sols profonds et peu évolués sur basalte (Tchindjang, 1985).
1600 m d’altitude est le point culminant de la ville. Ceci constitue un véritable handicap dans
la gestion des déchets car il ne facilite pas le transport et leur accès au sein de certains
quartiers.
Par ailleurs, la croissance démographique et le développement des activités économiques à
Bangangté ont entraîné une forte consommation des produits générateurs de déchets. La prise
en compte de la gestion des déchets ménagers par les magistrats municipaux dans leur plan de
développement local, malgré l’amalgame entre acteurs, a conduit à une situation plus ou
moins insalubre et de pollution dans certains quartiers et ruelles de la ville de Bangangté
provoquant parfois plus de maladies endémiques (49% paludisme, 14% fièvre typhoïde, 28%
amibiase, 10% toux) (source : document de l’hôpital de district de Bangangté, 2016). L’aspect
esthétique qui sert de milieu de vie à l’homme nécessite une beauté et une harmonie.
L’insuffisance des moyens de gestion des déchets a occasionné la présence des dépôts
sauvages qui ont parfois conduit à l’insalubrité l’agglomération telle qu’on l’a observé.
Des différenciations en matière d’accès au service public de collecte des déchets sont
observables sur le terrain. Les quartiers à habitats spontanés (4 et 8), les quartiers
périphériques (Banekane et Feubat) et le quartier 7 (habitat moyen standing) ne bénéficient
pas des services HYSACAM. Pourtant, l’État, devrait fournir les moyens à l’entreprise de
collecte pour la salubrité de toute la ville. Cette situation a occasionné les dépôts sauvages
qui, parfois, ternissent l’image de ces quartiers. L’insuffisance des 66 bacs à ordures dans
toute la ville et les distances qui les séparent, favorisent les dépôts sauvages. 57% des
ménages enquêtés parcourent les distances comprises entre 500m et plus pour déposer les
ordures dans les bacs conventionnels HYSACAM, contre 43% qui parcourent moins de 500m
pour le même travail.
Malgré les insuffisances observées, les habitants de la ville de Bangangté sont informés et
sensibilisés pour gérer leurs déchets ménagers par plusieurs acteurs. Les chefs de quartiers, les
églises, les médias locaux et nationaux (49%), HYSACAM (33%) et la mairie (18%) ont tous
un rôle de sensibilisation et d’informations, ce qui constitue une stratégie locale pour une
meilleure gestion des déchets. Ainsi, la journée du jeudi a été déclarée par le Préfet du Ndé
« Journée de la propreté ». C’est donc la matinée du jeudi qui est réservée aux travaux de
propreté de la ville. Les activités commerciales ne commencent qu’à 12h. Ceux qui ne
respectent pas cette circulaire préfectorale payent des amendes allant de 3000 XAF à 10000
XAF voire la fermeture temporaire des boutiques.
246
Presque tous les déchets sont acheminés à la décharge. Cependant, le secteur informel
s’illustre par le traitement des déchets à proximité.
Certains récupérateurs ainsi que certains ménages récupèrent les déchets à proximité pour la
réutilisation ou le réemploi. Pour les putrescibles, les ménages réutilisent presque tous leurs
déchets pour leurs animaux ou le compost pour leur jardin. Certains maraichers récupèrent les
déchets organiques dans les marchés pour faire leur compost de proximité.
Vers la structuration ou la construction d’un modèle d’économie circulaire de
proximité
La valorisation des déchets dans notre travail a insisté sur le compostage de proximité, le
réemploi, la réparation, le recyclage ou toute autre action visant à obtenir, à partir des déchets,
des matériaux réutilisables. La valorisation des déchets par le compostage, le réemploi, la
réutilisation, le recyclage à Bangangté contribue à l’économie circulaire de proximité, étant
spontanément mis en œuvre à l’échelle locale, dans une grande proximité. Elle peut être la
source de la création d’emplois, des gains économiques tout en réduisant les déchets et leurs
impacts sur l’environnement.
Il s’agit de mettre en œuvre ces principes intégrant les acteurs du territoire et donc de réaliser
un outil de développement social, économique et écologique. Cela passe par une vision de
transition socio-écologique qui soit centrée sur les capacités d’actions individuelles et
collectives, mettant en avant la capacité de mobilisation et d’implication collective d’une
population.
Dans ce cas spécifique de Bangangté, nous pouvons résumer les innovations en trois
pratiques : la valorisation des fermentescibles à l’échelle locale (fosses, pieds d’habitations,
fûts, jardins), le réemploi des plastiques pour la fabrication des chaises et des canapés, la
réparation (création d’emplois, formation d’une centaine de jeunes, la réparation des appareils
électroniques et électroménagers). Toutes ces innovations sont productrices des gains
économiques.
De la récupération, certaines personnes (rencontrées lors des prospections de terrain) ont fait
de cet outil, leur « gagne-pain ». Elles survivent grâce au métier de la récupération car ça leur
permet d’avoir une vie sociale (manger, se vêtir et envoyer leurs enfants à l’école). Elles
gagnent entre 2500 à 3500 XAF par jour, soit 3,81 à 5,34€.
Les activités et les projets de valorisation, qu’ils soient formels ou informels, contribuent à la
réduction de la quantité et du coût de traitement de déchets dans les Collectivités Territoriales
Décentralisés (CTD). Par ailleurs, un projet de valorisation du biogaz a été réalisé par
l’association Ndé Loup avec pour fondateur Metchizen Franklin à partir des déchets agricoles,
247
des déchets organiques dans les marchés. Ce projet devrait évoluer dans l’avenir. Au cours
des entretiens avec le fondateur du projet de valorisation énergétique, il ressort qu’il devrait si
possible acheter les déchets putrescibles, agricoles, excréments des animaux, etc. dans les
ménages pour accroitre ou faire évoluer son projet.
Les stratégies d’action communales actuelles se sont avérées insuffisantes pour faire face à la
problématique des déchets à Bangangté. Elles pourront être boostées dans le cadre des
réformes administratives et territoriales qui ont été initiées par le gouvernement camerounais.
Dans ce processus dit de décentralisation de l’administration du pouvoir étatique, de
nouveaux acteurs ont été impliqués dans la promotion du développement. C’est-à-dire que la
notion d’acteurs du développement de leur territoire et l’engagement dans la construction des
solutions pour l’avenir permet de donner tout son sens aux actions locales. Les ressources
nécessaires pour une meilleure gouvernance locale pourraient être renforcées pour donner une
plus grande vigueur à la structure municipale. On pense que le gouvernement à travers le
Ministère de la Décentralisation et du Développement Local (MINDDEVEL) crée le 02 mars
2018 pourrait constituer un début de solution au niveau des communes si celui-ci exerce bien
ses missions. Il reste maintenant à coordonner et à fédérer les énergies des parties prenantes
pour les mettre au service de l’idéal commun.
Les principes de l’économie circulaire sont reconnus, selon leurs définitions comme étant un
des éléments importants à la mise en place d’une politique écologique locale à la fois sobre et
efficace.
Au vu de la sensibilisation menée sur le terrain où nos enquêtes de terrain montrent que 85%
de la population est attentive à mieux gérer les déchets, nous sommes dans le regret de voir
qu’il existe encore beaucoup d’incivilités et un manque d’éducation environnementale dans
certains quartiers. Dans le cadre des perspectives, nous souhaitons que ces sensibilisations et
communications continuent à se faire par les acteurs en charge des déchets, mais aussi que
dans les écoles et quartiers qu’on puisse pérenniser le problème.
L’introduction ou le renforcement des programmes scolaires et universitaires par les
disciplines ou les filières de gestion des déchets et économie circulaire constituerait un atout
afin d’espérer à une gestion durable de l’environnement au Cameroun.
Plusieurs pratiques d’usage et de proximité sont menées au niveau de certains quartiers qui
contribuent à une bonne gestion de certains déchets valorisables.
La volonté populaire et la gestion de proximité, un des principes fondamentaux de la
démocratie participative, permettrait la mise en œuvre de plans d’action concertés ayant
248
l’approbation de tous les acteurs. Il faudrait encourager ces actions et à aller plus loin, en
proposant par exemple, de faire du meilleur compost en collectif.
Cette proximité devrait aussi prendre en compte des distances entre les points de collecte tout
en tenant compte des voies d’accès. Il faudrait renforcer le nombre de bacs à ordures ainsi que
leur capacité. Ce qui faciliterait qu’on ait des bacs à ordures proches des uns, des autres (200
m) maximum.
La création d’une plateforme inciterait à des activités économiques avec une approche
écologique et soutenable. De timides tentatives de valorisations énergétiques sont en cours, il
semble qu’une plateforme à Bangangté pour les développements agricoles devrait, dans les
années à venir, s’intéresser plus à la gestion des déchets fermentescibles, en plus de la
valorisation à la parcelle.
La prise en compte des populations locales dans les prises de décisions dans le domaine de la
gestion environnementale car elles ont des savoir-faire endogènes qu’il faut mieux valoriser.
Dans le cadre de la gestion des D3E, beaucoup de produits sont réparés et réemployés ou
entrent dans une économie locale (revente), contribuant ainsi à une économie circulaire. Des
entreprises de « fortune » apparaissent à Bangangté et font, en plus de la réparation et du
réemploi, de la formation pour des jeunes employés. Dans la perspective d’encourager ce
savoir-faire, un accompagnement plus fort devrait, par les pouvoirs publics et les décideurs,
permettre de produire plus d’emplois.
La mise en place d’une plateforme de vente des produits recyclés au niveau local permettrait
aussi de valoriser le métier et la meilleure visibilité des actions.
Par ailleurs, il faudrait mettre en place une politique d’aides financières aux entrepreneurs
et/ou porteurs de projets dans le domaine de la valorisation des déchets comme ceux qui ont
créé la « star up » qui valorise la biomasse en biogaz et celle qui valorise les plastiques en
pavés.
En tout état de cause, le respect des textes, des Lois et la transparence des décisions dans les
affaires publiques mais aussi et surtout ce qui touche l’environnement, leur cadre de vie et de
santé, est primordial.
Pour aller plus loin, une Loi de programmation qui permettrait au Cameroun d’affirmer son
engagement sur le long terme en faveur de l’économie circulaire, et aux entreprises de
s’inscrire dans cette démarche afin d’assurer les conditions essentielles à la transition vers
l’économie circulaire.
Face au phénomène de la paupérisation qui sévit au Cameroun et à l’insuffisance énergétique,
nous envisageons dans le cadre de nos travaux futurs épiloguer sur les questions de transition
249
énergétiques et/ou les risques climatiques sur l’environnement dans le but de montrer que
d’ici à 2035, si rien n’est entrepris pour implémenter l’économie circulaire authentique ou de
proximité au Cameroun, les habitants feront face à des problèmes multiples à savoir
l’insuffisance accrue des gaz domestiques, d’énergie électrique qui sont liés aux coupures
intempestives, la pauvreté extrême et surtout la variabilité climatique.
250
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270
ANNEXES
271
Annexe 1
Tableau 1: Quelques propos retenus des acteurs suite aux entretiens
Acteurs (Etat) Fonctions Objets de discussion Synthèses de Défis ou enjeux Perspectives Difficultés Dates d’arrivée à
propositions Bangangté
MINHDU DD-MINHDU Rôles et actions menés l’incivisme et explosion Socio-économiques; Proposer l’augmentation du Insuffisance de 2009
en ce qui concernent démographique; appui environnement urbain financement; multiplier le moyens financiers,
l’insalubrité; la financier, contrôle (construction d’un nombre de camions;
statistique sur la HYSACAM; milieu propre et changement des bacs
quantité des ordures attrayant) plastiques pour les
ménagères produites; métalliques;
la notion de l’E.C
MINEPDED DD-MINEPDED L’organisation et Collaboration avec Mise en place d’une Mener une étude statistique Manque de 2005
actions menées HYSACAM sur le tri; se plate-forme de dialogue sur l’ensemble du personnels;
rapproche de HYSACAM pour la création d’un département pour connaitre insuffisance de crédit
sous forme d’inspection marché des déchets les quantités d’emballages alloué; non
conjointe avec le écoulés/récupérés dénonciation des
MINMIDT; contrevenants
sensibilisation
MINAGRI D-Adjoint MINAGRI L’organisation et Rapprochement vers les agriculteurs Vulgariser la / insuffisance de 2010
actions menées sous forme d’inspection afin de voir méthode de financement
l’usage du compost; compostage;
Synergie pour
élimination des
déchets solides,
272
MINSANTE DD-MINSANTE Quels sont vos actions Promotion de la salubrité de Renforcement des liens Manque de 2010
l’environnement; application du avec HYSACAM tout en financement,
suivi de la GD et de l’hygiène; surveillant de près Manque de
participation au projet de collecte; l’élimination des OM, personnels
normalisation des critères de Aucun projet n’est en vue
pollution; sensibilisation
Mairie Chef service Organisation et Contrat MINHDU/HYSACAM et Sensibilisation à Transformation Manque de matériels, 2007
d’hygiène actions le reste des travaux faits par la travers la radio continue du compost très faible effectifs;
Mairie. 10 millions budget mairie nationale et locale pour le bien; beaucoup restent à
pour le travail chaque an. (tranche horaire accroissement du faire à cause du
9h30’); les sanctions rendement par la manque des éléments
couverture de tous les
secteurs
HYSACAM (privé) Chef secteur Organisation et Contrat tripartite: Minhdu patron; Balayage, collecte, Augmentation de la Insuffisance de 2008
actions Hysacam exécute et Maire transport et traitement main d’œuvre humaine; matériels; mains
bénéficiaire du matériel roulant; du d’œuvre insuffisante;
nombre de bacs,
améliorer la collecte, le
traitement pour un
compostage en grande
quantité et de qualité,
Source : Entretiens de terrain, Janvier 2017
273
Tableau 2: Les personnes interviewées, leurs statuts et les dates d’interview
HYSACAM Chef service Monsieur Privé (+237) 677 117 317 02/02/2017
HYSACAM NGAMBOU Joseph
Chauffeur [Link] Privé 672 148 279 04/02/2017
Bruno
Agent de surface [Link] Privé 6971448589 02/02/207
OUEMBE Serges
Agent de surface PEDENG François Privé 673 286 465 02/02/2017
MAIRIE Chef service Monsieur Local (+237) 6242 01 70 56/677 58 31/01/2017
d’hygiène TCHAEWO Honoré 96 59/ 656 69 30 15. Mail :
htchaewo@[Link]
Secrétaire Général Monsieur MFONSO Local 31/01/2017
Ernest
1er Adjoint au Local / 20/02/2017
Maire
Local
ONG-BATA Récupérateur des Tchounkeu Jean Local (+237) 675007201 01/02/2017
ferrailles
Association Pavé biologique et Metchezin Franklin Local (+237) 654 863 706/ 03/02/2017
biodigesteur 672 696 917
Réparateurs des Monsieur TABA Local (+237) 675473109 03/02/2017
appareils
American Electronics Local (+237) 670000193 31/01/2017
électroniques
M. KLESS Local (+237) 676105991 04/02/2017
Cordonneries Cordonniers Mohamed Local (+237) 664384316 31/01/2017
M. TANKO Local / 31/01/2017
M. ABOU Local / 31/01/2017
M. ERICO Local (+237) 676339256 03/04/2017
Couture couturiers M. ABDOU Local (+237) 695316685 31/01/2017
M. YARABOU Local / 31/01/2017
Chefs des quartiers 2 SM. KANKEU Roger Local (+237) 677637919 03/02/2017
8 M. NGANDJA Jean Local (+237) 675951980 02/02/2017
(adjoint)
Source : Enquêtes de terrain Janvier - Février 2017
274
Annexe 2
Mois J F M A M Jn Jl A S O N D Moy.
T (°C) 21,43 21,82 22,02 21,50 20,72 20,03 19,62 19,73 19,73 19,83 20,53 20,73 20,64
Hauteur 11 19 134,6 146 107,5 63,8 122 128 271,1 147,9 36,6 0 1 187,5
(mm)
Source : DDADER du Ndé et Météorologie nationale et estimation à partir de Bafoussam
Tableau 4: Données pluviométriques de Bangangté de 1993-2011
Jan. Fév. mars avril mai juin juillet Août Sept. Oct. Nov. Déc. Moy.
1993 11 19 134,6 146 107,5 63,8 122 128 271,1 147,9 36,6 0 1 184,5
1994 8 0 49,5 134,3 152,7 136,2 100 201,2 251,3 126,2 64,1 0 1 223,5
1995 0 0 151,9 80,5 79 147,5 149,3 128,6 260,9 144,8 65,5 0 1 208
1996 0 42,3 109 149,8 132,8 85,4 32,1 206,6 247,5 241,5 150 0 1 397
1997 4,6 0 123,5 131,9 164,9 156,6 238,1 231 237,8 165 0,5 0 1 453,6
1998 0 0 27,5 132,5 107 174,5 104,1 194 199 195,5 104 0 1 238,1
1999 10,4 17,5 152 107 112,5 128 118,9 110,5 241 185,8 16,4 0 1 200
2000 0 0 46 139,5 146 136 116,8 257 135 228,4 46,9 0 1 251,7
2001 0 0 9 92,5 349 211 116,8 257 95,4 128,4 46,9 0 1 306
2002 0 2 133,5 150 104 227 204,5 172,5 340 226,5 11 0 1 571
2006 0 31 64 72 124 81,5 179,5 225 305 113,5 67,5 0 1 263
2007 0 0 27 121,5 256 105,5 92 213 262,2 273,5 138,5 0 1 489,2
2008 0 0 51,5 170,5 133,5 122 276 95 217,5 134,5 22,5 0 1 223
2009 8 12 0 129 181 74 65,7 261,5 232,5 326 89 0 1 378,7
2010 0 61,5 62,5 51,5 110,5 188,5 121 61,5 289,5 246 132,5 0 1 325
2011 0 93,5 60,7 51,4 146,9 111,5 177,2 217 208,7 271 36 0 1 374,2
Source : DDADER du Ndé in Nya, 2014
275
Annexe 3
Tableau 5 : Données cliniques des maladies hydriques liées aux déchets au sein du district de
santé de Bangangté (2016)
Mois Maladies Sexes Nombre de cas Quartiers de provenance
observés des malades
Masculin Féminin
Janvier Typhoïdes 1 0 1 Quartier 5
Diarrhées 6 5 11 Banékane et quartier 1
Amibiases 1 1 2 Quartier 8
Février Typhoïdes 4 4 8 Quartiers 3, banékane et
madja
Mars Diarrhées8 8 6 14 Balengou, madja,
banékane
Amibiases 1 1 0 Bantoum 1
Avril Typhoïdes 1 0 1 Quartier 3
Diarrhées 4 2 6 Quartier 8 et fewbat
Mai Typhoïdes 1 1 2 Mfeutap
Diarrhées 4 3 7 Quartiers 3 et 8
Amibiases 1 0 1 Banékane
Parasitoses 1 0 1 Banékane
Juin Typhoïdes 1 0 1 Bangou
Diarrhées 3 1 4 Quartier 8 et projet 1
Juillet Diarrhées 2 7 9 Banékane, Quartiers 1 et
4
Août Typhoïdes 4 3 7 Bamena, quartiers 2,
Diarrhées 4 2 6 (1 décès) Banékane et quartier 4
Septembre Typhoïdes 1 0 1 Bamena
Diarrhées 2 4 6 Bangoua et quartier 8
N° Quartiers Population
1 Quartier 1 4769,0
2 Quartier 2 4375,0
3 Quartier 3 4291,0
4 Quartier 4 2460,0
5 Quartier 5 2431,0
6 Quartier 6 4939,0
7 Quartier 7 1099,0
8 Quartier 8 1536,0
9 Feubat 487,0
10 Banekane 440,0
Source : BUCREP, 2010
276
Annexe 4 : Poster AfriScience au Mans Université
277
UNIVERSITÉ DE YAOUNDÉ I
FACULTÉ DES ARTS, LETTRES ET
SCIENCES HUMAINES
DÉPARTEMENT DE GÉOGRAPHIE
e-niveau supérieur
278
II.7-Durée de résidence à Bangangté a-Moins d’un an b-1-4ans
II.11-Nombre de personnes.
c-jeune garçon (-15 ans) d-jeune fille (-15 ans) e-tout le monde
k- quitté le quartier
8-Quelle est la capacité de votre poubelle ? a-moins de 40 litres b-40 litres et plus
279
9-Quelle est la fréquence d’évacuation des ordures par semaine? a-chaque jour b-une fois
par semaine c-deux fois semaine d-autres à précisés……………….
12-Si non, que faites-vous individuellement pour optimiser la qualité de cet état ?.............
13-Que pensez-vous qu’on puisse faire pour une meilleure gestion de vos déchets solides
ménagers ?......................................................................................................................
6-pourquoi ?.......................................................................................................................
8-Êtes-vous satisfaits de l’enlèvement des ordures par les structures de pré-collectes dans
votre quartier ?a-oui b-non
9-Si oui, quelles sont les insuffisances que vous avez pu relever dans leurs activités ?a-main
d’œuvre b-matériels c-distance entre deux bacs d-retard dans le travail
d-autre…… (à préciser)………….
280
12-Y-a-t-il les sensibilisations autour de la gestion des déchets dans votre quartier ?
a-oui b-non Si oui, par qui sont-elles organisées ? a-Mairie b-Hysacam
c-Association (indiquer le nom) d-autres………………………….
3-À quelle fin ? a-compost b-aliments de bêtes c-fumier pour les jardins
a-oui b- non
6-Quelles sont vos appréhensions par rapport à quelqu’un qui exerce dans les déchets ?
281
II-Guide d’entretien auprès des entreprises de collecte à Bangangté.
12-entretenez-vous souvent les agents de surface (AS) sur les risques de leurs activités ?
II-Travaux de terrain
6-Quel est l’âge moyen de vos agents de surface (AS) ? a-moins de 15ans b-16-20ans
282
c-21-30ans d-plus de 30ans
Nom de la structure…Mairie……………………………………………………………….
4-Quels sont les types d’habitats que l’on rencontre et leur localisation ?
2-Quels sont les services qui s’occupent de la collecte des déchets dans chaque zone ?
B-collecte directe
4-Quel est le nombre de dépotoirs non autorisés que vous avez localisé ? (leur localisation)
5-Quelle est la relation qui vous lie avec chaque structure ?..................................................
6-Quels sont les acteurs (institutions) impliqués dans la gestion des déchets de la commune ?
283
7-Existe-t-il une loi (réglementation) en matière de gestion des déchets solides ménagers à
Bangangté ?..........................................................................................................................
8-Qui doit fixer les prix d’enlèvement des ordures auprès des ménages ?...............................
14- De plus en plus Bangangté apparait comme une ville assaillie par les ordures. En quels
termes se posent véritablement le problème des déchets dans cette ville
?...............................................................................................................................................
15. a- La commune de Bangangté dispose-t-elle d’une politique de gestion des déchets solides
ménagers?..................................................................................................................................
15. b- Si oui, quel part de son budget lui est dédiée ?...............................................................
16- Quels types de déchets solides identifiés par la municipalité sont produits dans votre aire
d’influence ?..........................................................................................................................
17.a- La Mairie a-t-elle une maîtrise des quantités de déchets produits
?...........................................................................................................................................
17. b- Si oui, quel est le tonnage annuel ?...................................................................................
18. a- En dehors de la Mairie, y a-t-il d’autres acteurs qui œuvrent dans le circuit de la gestion
des déchets solides à Bangangté?..................................................................................................
18. b- Si oui, quelle est la nature des relations entre la Mairie et ces autres acteurs
?............................................................................................................................................
18. c- Existe-t-il des associations de quartiers, des comités de développement ou des ONG qui
s’occupent des déchets ?................................................................................................
19-Quelles sont les difficultés que vous rencontrez dans la gestion ?
284
24-Quels sont projets d’avenir ?.........................................................................................
25-En quelle année avez-vous entendu parler ?.............. À quelle occasion ?.............................
25-Vos suggestions……………………………………………………………………………...
Guide d’entretien auprès des institutions impliquées dans la gestion des déchets solides
urbains
I-Organisation et actions
B-Quels sont vos moyens qui sont affectés à la gestion des déchets ?
1-Qu’est-ce qui à votre avis justifie l’insalubrité ambiante dans certains quartiers de
Bangangté ?
2-En tant que acteur institutionnel et représentant du MINEPDED, quel est votre rôle dans le
système de gestion des déchets dans la ville ?
3-Quelles sont les actions que vous avez déjà menées pour contribuer à l’assainissement des
déchets de l’environnement urbain de Bangangté ?
4-Des cartes de la répartition spatiale des déchets sont-elles déjà été réalisées par l’antenne du
MINHDU de Bangangté ? Si oui, à quand remonte-t-elle ……………………………………
6-Qu’est-ce qui doit être fait pour résoudre le problème de la gestion des déchets selon vous à
Bangangté ?
4-Quelles sont les contraintes majeures auxquelles vous faites face ?.......................
285
5-Quels sont vos projets d’avenir dans ce domaine ?......................................................
6-Quelles sont vos suggestions dans ce domaine ?...................................................................
Guide d’entretien auprès des institutions impliquées dans la gestion des déchets solides
urbains
1-Qu’est-ce qui à votre avis justifie l’insalubrité ambiante dans certains quartiers de
Bangangté ?
2-En tant que acteur institutionnel et représentant du MINHDU, quel est votre rôle dans le
système de gestion des déchets dans la ville ?
3-Quelles sont les actions que vous avez déjà menées pour contribuer à l’assainissement des
déchets de l’environnement urbain de Bangangté ?
4-Des cartes de la répartition spatiale des déchets sont-elles déjà été réalisées par l’antenne du
MINHDU de Bangangté ? Si oui, à quand remonte-t-elle ……………………………………
6-Qu’est-ce qui doit être fait pour résoudre le problème de la gestion des déchets selon vous à
Bangangté ?
1-Quels sont les dépotoirs intermédiaires dont vous avez la responsabilité ?..................
286
4-Quelle est la fréquence de vos activités ?.......................................................................
8-Quelles sont les difficultés que vous rencontrez dans vos activités ?.............................
5-Qu’est-ce qui d’après vous justifie la présence de ces déchets dans le marché ?
6-Quelle stratégie avez-vous adopté dans le cadre de votre association pour répondre au
problème que pose la gestion des déchets dans ce marché ?
Quels sont vos moyens d’action ?
7-Êtes-vous conscient des conséquences de l’insalubrité du marché sur les produits que vous
vendez et par ricochet sur l’état de santé de vos clients ?
287
TABLE DES MATIÈRES
Dédicace ..................................................................................................................................... ii
Avant-propos ............................................................................................................................. iii
Remerciements .......................................................................................................................... iv
Résumé ..................................................................................................................................... vii
Abstract ................................................................................................................................... viii
Sommaire .................................................................................................................................. ix
Liste des tableaux ..................................................................................................................... xii
Liste de figures ........................................................................................................................ xiii
Liste des schémas .................................................................................................................... xiv
Liste des photos ........................................................................................................................ xv
Listes des planches .................................................................................................................. xvi
Listes des encadrés ................................................................................................................. xvii
Sigles et acronymes ............................................................................................................... xviii
INTRODUCTION GÉNÉRALE ............................................................................................ 1
1. Contextualisation et justification du choix du sujet ........................................................ 2
2. Intérêts de la recherche .................................................................................................... 5
3. Problématisation et questionnement de recherche : interrogation sur le rôle des acteurs
dans la gestion des déchets ......................................................................................................... 6
4. Objectifs de recherche : comprendre les pratiques de gestion des déchets ..................... 7
5. Hypothèses de recherche : Bangangté fait-elle de l’économie circulaire sans le savoir? 8
6. La scientificité historique et géographique de la gestion des déchets solides ménagers 9
7. Approche méthodologique et matériels utilisés pour la collecte des données .............. 11
8. Quelques difficultés rencontrées ................................................................................... 16
9. Organisation synoptique de la thèse .............................................................................. 16
10. Structuration du travail autour de l’économie circulaire spontanée des déchets solides
ménagers de Bangangté ............................................................................................................ 20
PREMIÈRE PARTIE : CONCEPTUALISATION, THÉORISATION ET
TERRITORIALISATION DE L’ÉTUDE ........................................................................... 21
CHAPITRE 1 : CADRE CONCEPTUEL ET THÉORIQUE : les déchets, une analyse par les
sciences sociales ....................................................................................................................... 22
Introduction .............................................................................................................................. 23
1. Les déchets dans le cadre conceptuel ............................................................................ 23
1.1. Le concept de l’objet « déchet ».................................................................................... 24
1.2. Le concept de déchets solides (DS)............................................................................... 27
1.3. Concept de « gestion des déchets solides » ................................................................... 30
288
1.4. Le concept d’économie circulaire ................................................................................. 32
1.5. L’économie circulation et la gestion des déchets perçue par certains pays à économie
industrialisés ............................................................................................................................. 34
1.6. La notion de « ville », territoire d’application de la gestion des déchets ...................... 44
1.7. Le concept de proximité .................................................................................................... 44
2. Les déchets vus sous l’angle théorique ......................................................................... 46
2.1. Les déchets sur l’angle de la théorie de la diffusion de l’innovation de Rogers Everett
…………………………………………………………………………………………46
2.2. Les déchets sur le prisme de la théorie systémique ....................................................... 48
2.3. La théorie des économistes sur les déchets ................................................................... 49
2.4. Théorie sociologique sur les déchets ............................................................................. 49
Conclusion au chapitre 1 .......................................................................................................... 51
CHAPITRE 2 : BANGANGTÉ, UNE VILLE MOYENNE EN MUTATION ....................... 52
Introduction .............................................................................................................................. 53
1. La présentation spatio-temporelle de Bangangté ................................................................. 54
1.1. Délimitation temporelle de l’étude .................................................................................... 54
1.2. Spatialisation, territorialisation et territoire en géographie sociale ................................... 54
1.2.1. Un dynamisme démographique instable ........................................................................ 57
1.2.2. La croissance démographique en hausse ........................................................................ 61
2. Présentation économique et administrative .......................................................................... 63
3. Morphologie physique de Bangangté ................................................................................... 65
3.1. Un relief très accidenté ...................................................................................................... 65
3.2. Le climat caractérisé par une faible pluviométrie ............................................................. 66
3.3. Le sol ................................................................................................................................. 70
3.4. L’hydrographie .................................................................................................................. 70
3.5. Végétation et flore ............................................................................................................. 71
3.6. La faune ............................................................................................................................. 71
4. La morphologie humaine de Bangangté : le constat d’inégalités sociales .......................... 71
4.1. L’occupation du sol à partir de la typologie des quartiers ................................................ 73
4.1.1. Quartiers à habitats hauts standing ................................................................................. 77
4.1.2. Quartiers à habitats moyens standing ............................................................................. 78
4.1.3. Quartiers à habitats précaires ou pauvres ....................................................................... 78
4.1.4. Quartiers périphériques .................................................................................................. 80
5. Les déchets et l’environnement de Bangangté ..................................................................... 82
5.1. Insuffisante rentabilité des systèmes de production à Bangangté ..................................... 84
289
5.2. Le nouveau visage de la ville de Bangangté : la création des nouveaux établissements
comme facteurs du dynamisme urbain. .................................................................................... 85
5.2.1. L’avènement d’une population plus nombreuse, mieux formée et très dynamique ....... 85
Conclusion au chapitre 2 .......................................................................................................... 86
Conclusion partielle de la première partie ................................................................................ 88
DEUXIÈME PARTIE : GESTION DES DÉCHETS MÉNAGERS ET LOGIQUE DES
ACTEURS À BANGANGTÉ (CAMEROUN) .................................................................... 89
CHAPITRE 3 : GESTION INSTITUTIONNELLE ET JURIDIQUE DES DÉCHETS
MENAGERS À BANGANGTÉ (CAMEROUN): UNE RÉPARTITION COMPLEXE DES
ROLES ENTRE LES ACTEURS ............................................................................................ 90
Introduction .............................................................................................................................. 91
1. Diagnostic du mode de gestion des déchets solides ménagers dans la ville de Bangangté
(Cameroun) : de la stratégie nationale de la gestion des déchets survenue au lendemain des
conférences internationales ...................................................................................................... 91
1.1. Minimiser les déchets ........................................................................................................ 93
1.2. Maximiser la réutilisation et le recyclage des déchets ...................................................... 93
1.3. Traiter et éliminer de façon écologique les déchets .......................................................... 94
1.4. L’extension des services en matière de gestion des déchets ............................................. 95
2. Réglementation en vigueur au Cameroun en matière de gestion des déchets solides
ménagers................................................................................................................................... 95
2.1. Adoption des arrêtés et des circulaires sans impact réel sur le terrain .............................. 98
3. Les principaux acteurs de la gestion des déchets et leurs logiques .................................... 103
3.1. Les acteurs institutionnels : un rôle d’encadrement ........................................................ 103
3.1.1. Le Ministère de l’Environnement, de la Protection de la Nature et du Développement
Durable (MINEPDED) ........................................................................................................... 103
3.1.2. Le Ministère de l’Habitat et du Développement Urbain (MINHDU) .......................... 104
3.1.3. Le Ministère de l’Industrie, des Mines, et du Développement Technologique
(MINMIDT) ........................................................................................................................... 105
3.1.4. Le Ministère de la Santé Publique (MINSANTE) ....................................................... 105
3.1.5. Ministère de l’Administration Territoriale et de la Décentralisation ........................... 106
3.1.6. Le Ministère de l’Enseignement Supérieur (MINESUP) ............................................. 106
3.2. Les institutions locales : un rôle d’exécution .................................................................. 107
3.2.1. La direction des services techniques de la ville de Bangangté à travers la CTD ......... 107
3.2.2. Les entreprises de collectes ou les acteurs privés ........................................................ 108
3.3. Acteurs de financement : le moteur du service public des déchets ................................. 108
3.4. Acteurs de la société civile .............................................................................................. 109
3.4.1. Les associations ............................................................................................................ 109
3.4.2. Les syndicats des exploitants des déchets .................................................................... 110
290
3.4.3. Les Groupes d’Initiatives Communes (GIC) et Sociétés Coopératives (Scoop) ......... 111
3.4.4. Les Organisations Non gouvernementales (ONG)....................................................... 111
3.4.5. Les usagers ................................................................................................................... 112
Conclusion au chapitre 3 ........................................................................................................ 114
CHAPITRE 4 : PRODUCTION ET CARACTÉRISATION DES DÉCHETS SOLIDES
MÉNAGERS Ȧ BANGANGTÉ ............................................................................................ 115
Introduction ............................................................................................................................ 116
1. Les sources de production des déchets solides ménagers .................................................. 116
2. La caractérisation des déchets ménagers à Bangangté ...................................................... 121
2.1. Les Méthodes et Modèles théoriques .............................................................................. 122
2.2. Les Méthodes d’analyse directe ...................................................................................... 122
Conclusion au chapitre 4 ........................................................................................................ 140
CHAPITRE 5 : SYSTÈME DE GESTION DES DÉCHETS MÉNAGERS Ȧ BANGANGTÉ
................................................................................................................................................ 141
Introduction ............................................................................................................................ 142
1. Le mode de gestion pour les déchets à Bangangté : de la régie à la délégation ou avec
prestation de service (1937 à 2018)........................................................................................ 142
1.1. Contrat de prestation tripartite : le Ministère de l’Habitat et du Développement Urbain
(MINHDU), l’Hygiène et Salubrité du Cameroun (HYSACAM) et la Commune
d’Arrondissement de Bangangté (CAB) ................................................................................ 145
1.2. Le dynamisme du personnel et du matériel sur le terrain ............................................... 148
1.2.1. Le dynamisme du personnel ......................................................................................... 148
1.1.2. Les matériels de terrain ................................................................................................ 150
2. Les étapes de la gestion des déchets ménagers : apport volontaire, collecte, transport et
décharge/enfouissement à flux difficile ................................................................................. 150
2.1. L’apport volontaire .......................................................................................................... 151
2.2. Le balayage des rues, des marchés et des places publiques ............................................ 153
2.3. La collecte ....................................................................................................................... 155
2.4. Le transport des déchets, un service dépendant des camions de HYSACAM ................ 159
2.5. La mise en décharge et le traitement des déchets à Bangangté ....................................... 159
3. Taux de collecte officiel dans la moyenne d’autres villes africaines ................................. 166
4. Les conséquences environnementales et sanitaires liées aux déchets solides ménagers à
Bangangté ............................................................................................................................... 169
4.1. Les impacts des déchets solides ménagers pour l’environnement .................................. 170
4.1.1. Les moustiques ............................................................................................................. 170
4.1.2. Les rongeurs ................................................................................................................. 170
4.1.3. Les mouches ................................................................................................................. 171
291
4.2. Pollution liée aux déchets solides ménagers ................................................................... 173
4.2.1. Impact des déchets sur le sol et dans les eaux .............................................................. 174
4.2.2. L’aspect esthétique ....................................................................................................... 175
4.2.3. Les dangers sanitaires................................................................................................... 176
4.2.4. Les odeurs: une question de santé publique ................................................................. 179
Conclusion au chapitre 5 ........................................................................................................ 182
Conclusion partielle de la deuxième partie ............................................................................ 183
TROISIÈME PARTIE : INNOVATIONS DANS LES PRATIQUES DE GESTION DES
DÉCHETS DANS UNE PERSPECTIVE D’ÉCONOMIE CIRCULAIRE ? ................. 184
CHAPITRE 6: INNOVATIONS OU ADAPTATIONS : LES PRATIQUES
ALTERNATIVES DE LA GESTION DES DÉCHETS MÉNAGERS EN LIEN AVEC
L’ÉCONOMIE CIRCULAIRE Ȧ BANGANGTÉ ................................................................ 185
Introduction ............................................................................................................................ 186
1. Le fonctionnement du secteur informel : un système organisationnel peu structuré mais
innovant .................................................................................................................................. 186
1.1. La récupération à l’échelle locale : un service spontané existant à Bangangté ............... 187
1.1.1. La récupération des bouteilles plastiques (PET) .......................................................... 188
1.1.2. La récupération des métaux (ferrailles) : une économie circulaire spontanée d’échelle
régionale voir internationale................................................................................................... 192
1.2. Réemploi ou réutilisation des objets de récupération : une pratique à la mode à Bangangté
................................................................................................................................................ 196
1.3. La réparation considérée aussi comme un facteur d’économie circulaire ...................... 201
1.4. La cordonnerie................................................................................................................. 202
1.5. Le dépannage des déchets d’appareils d’Équipements Électriques et Électroniques (D3E)
................................................................................................................................................ 204
1.6. La réparation des vêtements en lien avec l’économie circulaire ..................................... 205
2. Les systèmes de production : une économie circulaire spontanée des déchets dans une
ville moyenne en quête d’une grande productivité agricole .................................................. 209
2.1. Le compostage : un dispositif alternatif de proximité locale des Bangangtéens pour
réduire et valoriser les biodéchets .......................................................................................... 209
2.1.1. L’utilisation des biodéchets au pied des habitations et dans les jardins comme pratique
spontanée de valorisation des déchets ménagers pour « booster » la production agricole .... 210
2.1.2. L’alimentation des animaux avec les déchets putrescibles issus de la récupération
comme pratique spontanée par les habitants de Bangangté ................................................... 213
2.1.3. Le compostage communal comme pratique alternative et producteur de gain
économique ............................................................................................................................ 216
2.2. Les déchets fermentescibles : une nécessité de gestion de proximité ............................. 218
2.3. La modernisation de l’agriculture : un facteur de croissance.......................................... 219
Conclusion au chapitre 6 ........................................................................................................ 220
292
CHAPITRE 7 : CONDITIONS D’UNE ÉCONOMIE CIRCULAIRE AUTHENTIQUE Ȧ
BANGANGTÉ (CAMEROUN) ............................................................................................ 221
Introduction ............................................................................................................................ 222
1. Perspectives pour des évolutions territoriales des filières de déchets ................................ 222
1.1. Développement de l’intercommunalité ........................................................................... 223
1.2. Impliquer et responsabiliser les citoyens ........................................................................ 224
1.3. Le concept « Zéro déchet » ............................................................................................. 224
1.4. Le projet en gestation de la mise en place d’une bourse de matières premières secondaires
pour formaliser les échanges entre les entreprises sur les flux de matière. ............................ 225
1.5. La création d’emplois non délocalisables comme argument d’une dynamique collective
locale ...................................................................................................................................... 225
1.6. Mener des recherches et disposer des données fiables. ................................................... 226
1.7. L’intégration de l’économie circulaire dans le cadre réglementaire camerounais .......... 226
1.8. Réfléchir sur les échelles de proximité ........................................................................... 227
1.9. L’intégration des recycleurs dans le processus de la gestion des déchets ménagers ...... 229
1.10. La prise en compte du ratio taille de la population et le nombre de bacs à ordures...... 229
2. Des idées et des leviers clés pour les décideurs ................................................................. 229
2.1. Des projets clés à Bangangté pour une économie circulaire authentique ....................... 230
2.1.1. Projet de valorisation des déchets ménagers et agricole en énergie : biocombustibles à
base de la fermentation anaérobique des déchets organiques, abattoirs ................................ 230
2.1.2. Projet de valorisation des déchets plastiques « en approche » HIMO (Haute Intensité
des Mains-d’œuvre) pour la production de pavés ................................................................. 232
2.1.3. Projet de valorisation des urines en urée via les latrines écologiques à Bangangté ..... 235
2.1.4. Projet de valorisation des produits agricoles (bois) pour la production du charbon
écologique .............................................................................................................................. 236
Conclusion au chapitre 7 ........................................................................................................ 239
Conclusion partielle de la troisième partie ............................................................................. 240
CONCLUSION GÉNÉRALE ............................................................................................. 242
REFÉRENCES BIBLIOGRAPHIES ..................................................................................... 251
ANNEXES ............................................................................................................................. 271
TABLE DES MATIÈRES ..................................................................................................... 288
293
Titre : « Quelle économie circulaire spontanée pour une ville moyenne camerounaise? Le cas des déchets
solides ménagers de Bangangté (Cameroun)»
Mots clés : Économie circulaire, gestion des déchets solides ménagers, pratiques alternatives, proximité,
Bangangté
Résumé :
Pour appréhender l'économie circulaire spontanée de To understand the spontaneous circular economy of
Bangangté, ville moyenne camerounaise, avec le cas des Bangangte, a Cameroonian medium-sized city, with the
déchets solides ménagers, nous avons formulé une case of household solid waste, we formulate a main
hypothèse principale montrant les liens forts des pratiques hypothesis, showing the strongly linked that alternative
alternatives ou spontanées de cette gestion avec or spontaneous practices for managing to the circular
l’économie circulaire. Pour y parvenir, nous avons adopté economy. To achieve this, we have adopted a transversal,
une approche transversale, explicative et analytique. Des explanatory and analytical approach. Documentary
recherches documentaires nous ont permis d’obtenir des research permitted us to obtain data related to our topic.
données relatives à notre problématique. Sur la base d’un Based on a random sample, we surveyed 200 households
échantillonnage aléatoire, nous avons enquêtés 200 in 10 neighbourhoods or quarters in Bangangte city. In
ménages dans 10 quartiers de la ville de Bangangté. De addition, we conducted 30 interviews with several
plus, nous avons réalisé 30 entretiens avec plusieurs stakeholders : public administration in charge of waste
acteurs : administration publique en charge de la gestion management, company (HYSACAM), reclaimers, green
des déchets, entreprise (HYSACAM), récupérateurs, jobs, association, etc. Empirical observations, often
emplois verts, association, etc. Des observations illustrated, allowed us to identify and assess the risk
empiriques, souvent illustrées nous ont permis d’identifier factors and consequences related to household solid
et d’évaluer les facteurs de risques et les conséquences waste. We were able to monitor the recovery activities by
liés aux déchets solides ménagers. Nous avons pu suivre the Bangangteans and the municipality, for the efficient
les activités de valorisation par les bangangtéens et la and profitable waste management. This approach has
municipalité, pour une gestion efficace et rentable des enabled us to obtain results on waste characterization,
déchets. Cette démarche nous a permis d’obtenir des current practices and the mapping of waste deposits and
résultats sur la caractérisation des déchets, les pratiques compostion, their distribution by quantity and
courantes, les filières de l’EC et la réalisation de la neighbourhood, and the processing and sale sites for
cartographie des gisements et composition des déchets, recovery and recycling materials. Knowledge of the
leur répartition par quantités et par quartiers, les sites de different perceptions and ways of using waste is also
transformation et de vente des matières de récupération important. In Bangangte, the practice of the local circular
et de recyclage. La connaissance des différentes economy has had positive socio-economic and has
perceptions et modes d’utilisation des DSM sont aussi generated more than a hundred local jobs in the field of
importants. À Bangangté, la pratique de l’économie recovery, recycling activities, composting, reuse,etc. to go
circulaire de proximité a eu des conséquences socio- further, the mutualization between several actors.
économiques positives et a généré plus d’une centaine
d’emplois, à l’échelle locale, dans le domaine de la
récupération, des activités de recyclage, de compostage,
de réemploi… Pour aller plus loin, la mutualisation entre
plusieurs acteurs du territoire permettrait de pérenniser
cette pratique et de répondre à plus de durabilité.
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