VIEdesPAPILLONS pdf2022
VIEdesPAPILLONS pdf2022
Tristan Lafranchis
David Jutzeler
Jean-Yves Guillosson
Pieter & Brigitte Kan
La Vie des Papillons
Remerciements . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4
A propos de ce livre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
Glossaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
Comment vivent les papillons ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
Les habitats des papillons . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 28
Protection, gestion ou préservation des papillons ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 42
La famille des Hesperiidae . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 50
La famille des Papilionidae . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 112
La famille des Pieridae . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 148
La famille des Riodinidae . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 212
La famille des Lycaenidae . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 214
Azurés et fourmis . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 262
La famille des Nymphalidae . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 392
Liste des plantes-hôtes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 734
Crédits photographiques. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 744
Index des noms français. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 746
Index des noms scientifiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 748
Index thématique. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 751
© Diatheo 2015
Tous droits réservés
ISBN 978-2-9521620-6-7
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état : phase du cycle biologique (œuf, chenille, chrysalide ou imago). miellat : excrétion sucrée produite par certains insectes.
éthologie : étude du comportement. monovoltin : qui a une seule génération par an.
extensive : agriculture qui n’est pas orientée vers la plus forte productivité. montagnard : de l’étage montagnard, étage de végétation des forêts de feuillus à basse
exuvie : peau vide de la chrysalide après l’émergence du papillon. altitude en montagne.
famille : unité systématique qui regroupe plusieurs sous-familles voisines, toujours mue : changement de peau. Un peu avant la mue, le 1er segment thoracique enfle ; il se
terminée par le suffixe -idae. fend dorsalement quand débute la mue, puis la chenille s’extrait de son ancienne peau.
flux génique : passage de gènes entre populations. mycélium : partie souterraine des champignons et de certaines bactéries composée de
foliole : élément du limbe d’une feuille composée. filaments.
friche : terre qui n’est plus cultivée ni pâturée. Natura 2000 : réseau européen de sites hébergeant des espèces animales ou végétales
futaie : bois ou forêt d’arbres de grande taille au tronc droit. ou des habitats rares ou en régression sur lesquels des mesures de gestion
génération : l’ensemble des individus accomplissant simultanément les étapes du conservatoire doivent être mises en place.
cycle biologique. Chez les papillons, une génération inclut tous les états de l’œuf à nectaire : organe de la feuille ou de la fleur sécrétant du nectar.
l’imago. On parle de génération partielle quand celle-ci ne concerne qu’une partie des néonate : qui vient de naître.
individus d’une population. nitrophile : qui aime les sols riches en nitrates, par exemple les endroits où stationne le
genitalia : pièces sclérifiées de l’appareil reproducteur. bétail.
Hétérocères : terme sans valeur taxonomique regroupant les papillons de nuit, par Noctuelle : papillon de nuit de la famille des Noctuidae.
opposition aux Rhopalocères, les papillons aux antennes en massue qui sont diurnes. nymphose : transformation de la larve (appelée chenille chez les Lépidoptères) en
hibernaculum : abri fabriqué à l’aide d’une feuille de la plante-hôte par les chenilles de nymphe (chrysalide).
Sylvains. ovipositeur : organe érectile qui permet à la femelle d’enfoncer ses œufs.
hibernation : période de léthargie hivernale permettant d’éviter les grands froids ou parasitoïde : organisme dont le développement à l’intérieur du corps d’un hôte
l’absence de nourriture. La plupart des Lépidoptères ne peuvent hiberner que dans entraîne la mort de celui-ci. Les parasites au sens strict ne tuent pas leurs hôtes.
une phase déterminée de leur cycle biologique. Hiverner signifie simplement passer parenchyme : tissu végétal de cellules peu différenciées dans les parties externes de
l’hiver. la tige et des feuilles.
hill-topping : comportement des mâles de certains papillons de jour qui s’installent pelouse : formation végétale dominée par des Graminées de petite taille.
sur les élévations du relief (sommets des montagnes ou des collines, buttes) pour y pessière : forêt d’Épicéa.
prendre un territoire où ils attendent le passage d’une femelle. phénologie : étude des époques d’apparition dans l’année d’un animal ou d’une plante.
homochromie : faculté de présenter une coloration et une ornementation semblables à phéromone : substance odorante émise pour attirer les individus du sexe opposé ou
celles de son environnement. les séduire lors de la parade nuptiale.
hybride : individu issu de l‘accouplement entre parents d’espèces différentes. phytosociologie : science qui étudie la composition des communautés végétales.
hygrophile : qui recherche l’humidité. plante-hôte, plante nourricière : plante qui nourrit la chenille.
imago : insecte adulte issu de la nymphe et capable de se reproduire ; dans ce livre, plurivoltin : qui a plusieurs générations par an.
imago désigne le papillon. polyphage : qui se nourrit de nombreuses espèces de plantes.
introgression : transfert d’un gène d’une espèce à une autre après hybridation. postglaciaire : après la dernière glaciation du Quaternaire.
lande : formation végétale dominée par les buissons. prairie : formation végétale dominée par des Graminées de grande taille. Les prairies
léthargie : phase d’inactivité avec ralentissement du métabolisme. maigres sont des formations naturelles. Elles deviennent des prairies amendées
limbe : partie plane d’une feuille, reliée au rameau ou à la tige par le pétiole. quand elles reçoivent des apports d’engrais qui en modifient la composition floristique.
litière : ensemble des débris végétaux qui s’accumulent sur le sol. pruinosité : glacis clair en surface comme sur une Prune ou une Prunelle.
mégaphorbiaie : communauté végétale composée de hautes plantes herbacées poussant pupe : nymphe des Diptères, étape du cycle entre l’état larvaire (asticot) et l’imago.
le long des lisières fraîches ou sur sol humide. relicte : dont la répartition géographique autrefois plus étendue a été réduite par les
mélanique : chargé en mélanine, le pigment noir. événements climatiques ou géologiques.
mélézin : forêt de Mélèze. ripisylve : bois souvent étroit qui pousse le long d’un cours d’eau.
Mesobromion : groupement végétal des pelouses calcaires dominées par le Brome dressé. sclérifié : qui a subi un durcissement.
mésophile : qui recherche des conditions ni sèches ni humides. scoli : excroissance charnue sur le corps de certaines chenilles comme celles des Mélitées.
mésoxérophile : qui recherche une sécheresse modérée, un bon drainage du sol. sempervirent : toujours vert, qui ne perd pas son feuillage.
messicole : qui pousse dans les moissons, dans les champs cultivés. silique : fruit de forme allongée.
métamorphose : ensemble des transformations qui ont lieu dans la chrysalide où les sous-famille : unité systématique qui regroupe plusieurs genres voisins, toujours
organes de la chenille sont convertis en ceux du papillon. terminée par le suffixe -inae.
métapopulation : ensemble de populations d’une espèce comprenant une population sphragis : excroissance cornée sécrétée par le mâle pendant l’accouplement et
importante pérenne entourée de peuplements plus petits et plus ou moins durables fixée à l’extrémité de l’abdomen de la femelle. Le sphragis empêche tout nouvel
issus de la colonisation d’habitats favorables par des papillons de la population pérenne. accouplement pour la femelle.
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stade (larvaire) : étape de la croissance d’une chenille entre deux mues. Chez les
Rhopalocères, on compte entre 4 et 7 stades larvaires. Il peut y avoir chez une
même espèce un stade larvaire de plus chez les chenilles qui hibernent par rapport
COMMENT VIVENT LES PAPILLONS ?
à celles qui se développent rapidement.
stipule : expansion foliacée à la base du pétiole d’une feuille. Les deux stipules,
souvent identiques, sont placées de part et d’autre du point d’insertion du pétiole.
subalpin : de l’étage subalpin, étage de végétation des forêts de conifères en
montagne entre 1400 et 2200 m, entre les étages montagnard et alpin.
subméditerranéen : subdivision du climat méditerranéen à ses limites avec le climat
tempéré ; série de végétation du Chêne pubescent.
super-famille : unité systématique qui regroupe plusieurs familles voisines, toujours
terminée par le suffixe -idea.
sympatriques : qui vivent au même endroit. L’aire de sympatrie de deux espèces
désigne la région où elles vivent ensemble.
taillis : peuplement de feuillus composé de rejets de souches ayant tous le même âge.
taxon : unité systématique qui peut concerner n’importe quel rang (sous-espèce,
espèce, genre, famille...).
tégument : tissu cellulaire externe d’un organisme (peau...).
thermophile : qui aime la chaleur.
uncus : crochet dorsal sclérifié des genitalia mâles.
valves : pièces sclérifiées symétriques de chaque côté des genitalia mâles.
vernal : du printemps.
vicariant : très proche morphologiquement, mais qui occupe une aire de répartition
complémentaire. Deux espèces vicariantes sont souvent très semblables et ne se
rencontrent pas ensemble ou seulement dans une zone de contact très réduite.
virose polyédrique : maladie virale qui provoque la formation d’inclusions protéiques
polyédriques dans les cellules infectées.
voltinisme : nombre de générations annuelles.
xérophile : qui aime la sécheresse.
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Les fonctions vitales
La circulation
Chez les insectes, dépourvus d’un
réseau de vaisseaux sanguins, les organes
baignent directement dans l’hémolymphe,
liquide transparent qui joue le rôle de sang.
Le cœur, simple renflement du vaisseau
dorsal unique, envoie l’hémolymphe dans
tout le corps pour véhiculer aux organes les
éléments dont ils ont besoin. Un gradient
de pression ramène l’hémolymphe des Belle Dame (Vanessa cardui) avec les gouttes
organes vers le cœur. colorées de son méconium sur les feuilles
voisines. Les papillons étaient autrefois suffi-
samment nombreux pour répandre à leur Ce mâle d’Argus frêle (Cupido minimus)
émergence les "pluies de sang", mauvais pompe sur le sol humide en expulsant par
présages redoutés des Anciens. l’anus une goutte de liquide.
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Les repas des papillons
Ci-dessus : rassemblement de mâles d’Azurés et d’Hespéries sur la boue au bord d’un chemin à
1900 m dans le Queyras (Hautes-Alpes) avec Petit Argus (Plebejus argus, en bas à droite et tout en
haut), Azuré de l’oxytropide (Polyommatus eros, 2 aux ailes ouvertes au milieu à droite), Sablé du
sainfoin (Polyommatus damon, le plus à droite), Moyen Argus (Plebejus idas, à côté ailes fermées),
Azuré des soldanelles (Agriades glandon, ailes ouvertes en haut), Hespérie du carthame (Pyrgus
En plus du nectar des fleurs, nombre de substances liquides peuvent figurer au menu des papillons. carthami, 3 grands et gris) et Hespérie de la parcinière (Pyrgus carlinae, les autres).
Ci-dessus : femelle de Petit Mars changeant (Apatura ilia f. clytie) en compagnie d’un Silène Ci-dessous : ce Pacha à deux queues (Charaxes jasius) vient trinquer à la santé des amateurs de
(Brintesia circe) sur un appât de fruits fermentés. Ci-dessous : Sylvain azuré (Limenitis reducta) et papillons et de Bernard Fransen, auteur de ce cliché.
mâle de Myrtil (Maniola jurtina) pompant la transpiration sur les mains d’un promeneur.
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Le sexe chez les papillons abdominale de la femelle durant l’accou
plement et l’uncus, un crochet dorsal qui
Deux stratégies s’offrent au papillon mâles n’ont qu’une seule obsession, celle s’insère pour assurer la prise. Le mâle
mâle pour rencontrer une femelle : attendre de s’accoupler, les femelles déjà fécondées peut alors introduire son pénis (ou édéage)
qu’elle passe ou partir à sa recherche. Soit doivent surtout mener à bien une tâche et injecte le spermatophore qui contient
le mâle choisit un territoire bien délimité vitale pour l’espèce : la ponte de leurs œufs. les spermatozoïdes et des sécrétions qui
qu’il surveille depuis un perchoir : ce seront utilisées comme éléments nutritifs
Les organes génitaux sont situés dans par la femelle. Ce don nuptial, loin d’être
comportement est qualifié de territorial. les derniers segments de l’abdomen. Il
Soit il parcourt en vol une aire de superficie négligeable, représente en moyenne 6% du
y a chez le mâle trois pièces externes poids du mâle. Les spermatozoïdes sont
variable, inspectant avec une attention sclérifiées : deux valves latérales symé
particulière tous les endroits susceptibles stockés par la femelle dans la bourse
triques qui enserrent entre elles l’extrémité copulatrice d’où un conduit très étroit
d’abriter une femelle réceptive : il adopte
alors un comportement de patrouilleur. Si assure leur passage vers les ovaires.
Détail au microscope électronique d’un œuf
certains papillons suivent toujours la même d’Azuré des mouillères (Maculinea alcon)
tactique, d’autres passent de l’une à l’autre montrant le micropyle, dépression qui permet
en fonction du moment de la journée, le passage du spermatozoïde fécondant.
des conditions météorologiques ou de la Chez les Rhopalocères le micropyle se trouve
densité de leur population. sur la partie supérieure de l’œuf.
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Ci-dessus à gauche : parade nuptiale de Sablés du sainfoin (Polyommatus damon) dans les Hautes- Ci-dessus : l’empressement des mâles à s’accoupler entraîne parfois des méprises qui se concluent
Alpes, la femelle en haut. À droite : parade de Lasiommata megera. Un Satyre (en bas) tente de rarement par un accouplement. Ci-dessus : un mâle de Collier de corail (Aricia agestis, en bas)
séduire une Mégère à l’orée d’un bois. tente vainement de s’unir à une femelle d’Azuré des cytises (Glaucopsyche alexis).
Ci-dessous : couple de Damiers de Godart (Euphydryas desfontainii) dans les Pyrénées-Orientales. Ci-dessous : accouplement hybride entre une femelle de Damier de la succise (Euphydryas aurinia,
à gauche) et un mâle de Mélitée des centaurées (Melitaea phoebe, à droite) photographié en Côte-
d’Or.
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La métamorphose Cycle biologique d’un papillon
l’Azuré de Lang (Leptotes pirithous)
3 paires de pattes
spiracles
4 + 1 paires de fausses-pattes
spiracles
fourreau de fourreau
l’antenne fourreau de l’aile
de l’œil
aile
palpe
trompe
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La nymphose d’une chenille de Machaon (Papilio machaon) L’émergence d’un Pacha à deux queues (Charaxes jasius)
durée : environ 20 minutes durée : environ 30 minutes
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Les ennemis naturels des papillons
Ci-dessus : mâle de Piéride du chou (Pieris brassicae) partagé par deux Guêpiers devant l’objectif
de Jacques Laurens.
Ci-dessous : bien cachée parmi les fleurs attractives d’une Inule visqueuse, cette Mante religieuse
Ci-dessus : un Brachymeria tibialis (Hyménoptère Chalcididé) saisi au vol par Gabriëlle Jagger
(Mantis religiosa) tient fermement un mâle de Piéride de la rave (Pieris rapae) dont elle achève de
alors qu’il fonce vers une chrysalide de Gazé (Aporia crataegi). Largement répandu en Europe, ce
dévorer la tête.
parasitoïde pond dans les chrysalides fraîchement muées de Gazé et de nombreux autres papillons :
Nymphalidés, Zygènes, Tortricidés... Il a été introduit en Amérique du Nord pour lutter contre le
Disparate (Lymantria dispar), papillon de nuit dont les chenilles s’attaquent à de nombreux arbres.
Ci-dessous : des vers Nématodes sortent du corps d’une chenille de Nacré de la filipendule (Brenthis
hecate) à l’agonie. Certains Nématodes sont utilisés en lutte biologique pour détruire des insectes
ravageurs sans utiliser de produits chimiques.
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Les habitats des papillons Habitats minéraux
La roche, sous forme compacte ou morcelée, est
Que ce soit pour se nourrir, chercher un plusieurs communautés végétales. Mais partiellement recouverte par une végétation maigre très
territoire, trouver un partenaire, un site pour dans le choix d’une niche particulière au adaptée.
estiver ou pour hiberner, les imagos des deux sein de son habitat, d’autres éléments ont
sexes peuvent s’envoler parfois très loin de aussi leur importance : exposition, relief, 1. Falaises et rochers (Asplenietea COR 62.1)
leurs milieux d’origine. Leur attribuer des microclimat, densité en plantes-hôtes ou en Les parois rocheuses hébergent une flore très
habitats correspondant à la classification plantes-refuges. particulière de plantes aux racines souvent longues.
établie par les phytosociologues est presque La connaissance intime de l’écologie Très peu de papillons s’y reproduisent. Seul le Marbré de
toujours impossible, aussi se contente-t-on des papillons en France n’en est encore Lusitanie (Euchloe tagis) colonise les Ibéris sur les falaises
d’employer des termes génériques tels que qu’à ses prémices et si des progrès ont pu des vallées calcaires dans le sud du Massif central. Les
bois, prairies, pelouses, éboulis... être réalisés dans le cadre du programme papillons adeptes du hill-topping qui se rassemblent
Il est indispensable d’étudier les européen Natura 2000, ceux-ci ne sur les éminences patrouillent souvent le rebord des
premiers états (œuf, chenille et chrysalide) concernent qu’un faible nombre d’espèces. falaises : Machaon (Papilio machaon), Flambé (Iphiclides
pour préciser les exigences écologiques Nous indiquons, à l’intention des podalirius) ou Satyre (Lasiommata megera).
de chaque espèce. On découvre alors que amateurs de phytosociologie, les noms
l’installation et le maintien des papillons sur scientifiques des classes, ordres ou 2. Éboulis calcaires à basse et moyenne altitude
des sites précis dépendent d’un ensemble alliances ainsi que les codes CORINE (Pimpinello-Gouffeion COR 61.32, Stipion-Calamagrostidis
de relations environnementales complexes. biotopes (ENGREF, 1997). COR 61.31)
Chaque espèce de papillon entretient
Habitat assez fréquent dans les vallées des causses
des affinités primordiales avec une ou
en bordure méridionale du Massif central et dans les
grandes vallées alpines, plus rare au nord. La flore est
Habitats côtiers constituée de plantes vivaces poussant en touffes plus
ou moins denses. Quelques Rhopalocères localisés se
1. Dunes côtières (Ammophiletea, reproduisent dans ces milieux chauds et secs : Marbré de
Cakiletea maritimae COR 16) Lusitanie (Euchloe tagis), Azuré des orpins (Scolitantides
Le soleil, le vent, les embruns et un orion), Mélitée des linaires (Melitaea deione), Grande
sol parfaitement drainé font des dunes Coronide (Satyrus ferula) et la sous-espèce provençale du
un milieu très sec qui a sélectionné une Damier de la succise (Euphydryas aurinia provincialis). Les
flore très spécialisée. Peu de papillons se Centranthes colonisent souvent les éboulis ensoleillés ;
reproduisent de façon permanente sur leur abondante floraison attire de nombreux papillons
la végétation rare des dunes : le Souci (Papilionidés, Piéridés, Vanesses) et constitue la principale
(Colias crocea) sur la Luzerne marine, le source de nectar pour l’Alexanor (Papilio alexanor) dont la
Marbré de Cramer (Euchloe crameri) sur la plante-hôte colonise les habitats caillouteux.
Ravenelle ou l’Agreste (Hipparchia semele)
sur le Roseau des sables le long des côtes
occidentales. Des papillons migrateurs 3. Éboulis de l’étage alpin (Iberion spathulatae,
longent parfois les côtes et peuvent Thlaspion rotundifolii, Androsacetalia alpinae COR 61.2 et
apparaître en nombre dans les dunes 61.3)
et sur les plages : Piéride du chou (Pieris Les pentes rocheuses et caillouteuses forment un
brassicae), Belle Dame (Vanessa cardui), des aspects dominants des paysages minéraux de
Vulcain (Vanessa atalanta). haute montagne. Les violents contrastes thermiques
ont sélectionné une flore et une faune très spécialisées :
la Piéride du vélar (Pontia callidice) sur les petites
2. Côtes rocheuses (COR 18.2) Cardamines et Arabettes et plusieurs Moirés (Erebia
La faune lépidoptérique y est des pluto, E. gorge, E. scipio, E. lefebvrei) dont les chenilles
plus réduites. Seul le Machaon (Papilio ont un cycle bisannuel sur les petites Graminées poussant
machaon) pond occasionnellement sur le en touffes parmi les cailloux.
Criste de mer.
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Habitats riverains et hygrophiles 4. Marais et prairies marécageuses
(Phragmitetea, Scheuchzerio-Caricetea fuscae
COR 53)
1. Lits de rivières (Myricarietalia COR 24.2
et 24.3) Les marais inondés en hiver et plus
ou moins longuement au printemps sont
La sécheresse de cet habitat caillouteux souvent envahis par les Roseaux ou les
est quelque peu compensée par l’humidité Laîches. La faune lépidoptérique, peu
de l’air aux abords du cours d’eau. La variée, compte des espèces localisées,
végétation éparse souffre des crues qui qui ont subi une forte régression suite à
arrachent régulièrement les plantes de l’assèchement de leur habitat par l’homme.
faible taille. Le Marbré-de-vert (Pontia Les plus représentatifs sont le Miroir
daplidice) sur le Réséda jaune, le Moyen (Heteropterus morpheus), le Cuivré des
Argus (Plebejus idas) sur l’Argousier et marais (Lycaena dispar), le Nacré de la
l’Ariane (Lasiommata maera) sur diverses sanguisorbe (Brenthis ino) et le Fadet des
Graminées au pied des blocs rocheux sont laîches (Coenonympha oedippus). Dans les
des hôtes réguliers des lits de rivières. prairies à Bistorte se reproduisent parfois
L’Azuré de Lang (Leptotes pirithous) trouve deux raretés : le Cuivré de la bistorte
plusieurs de ses plantes-hôtes dont la (Lycaena helle) et le Nacré de la bistorte
Salicaire dans le lit des rivières du Midi. (Boloria eunomia).
La floraison des Menthes attire en été de
nombreux butineurs.
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3. Broussailles mésophiles (Prunetalia épineuses et aromatiques, refusées par les
COR 31.8) ovins, sont également abondantes : Genêt
Largement répandues, ces formations scorpion, Calicotome, Thym, Romarin et
buissonnantes occupent généralement Lavande. La flore herbacée est plutôt maigre
des surfaces réduites, étant d’anciennes et les papillons se reproduisent en majorité
parcelles agricoles ou des jardins sur des buissons ou des petits arbres :
abandonnés envahis par les Ronces, le Citron de Provence (Gonepteryx cleopatra)
Prunellier, l’Aubépine, l’Églantier... Elles sur l’Alaterne, Thècle du kermès (Satyrium
hébergent l’Argus vert (Callophrys rubi) esculi) sur le Chêne kermès et le Chêne
et les Thècles du prunier et du bouleau vert, Thècle de l’arbousier (Callophrys avis)
(Satyrium pruni et Thecla betulae) dont et Pacha (Charaxes jasius) sur l’Arbousier,
les chenilles se nourrissent des feuilles Tityre (Pyronia bathseba) sur les Graminées
d’arbustes. poussant à l’abri des buissons, Hespérie
de l’herbe-au-vent (Syrichtus proto) sur les
Phlomis.
4. Haies (COR 31.8 et 84)
Les haies constituent des broussailles
arborées linéaires plantées souvent de
longue date pour matérialiser les limites Bois et forêts
des parcelles agricoles. Le remembrement
a fait disparaître une part importante des Les arbres couvrent l’essentiel de la
haies en France où elles ne subsistent en surface avec des plantes basses et des
abondance que dans les régions de bocage. buissons sous leur couvert quand celui-ci
Les papillons qui se reproduisent sur les n’est pas trop dense. Les bois clairs abritent
buissons et les arbres forment l’essentiel de nombreuses espèces de papillons tandis
du contingent des haies : Thècle du bouleau que les bois denses et les plantations de
(Thecla betulae) sur Prunellier, Flambé conifères en rangs serrés ("reboisements")
(Iphiclides podalirius) et Gazé (Aporia privés de lumière ne permettent le
crataegi) sur divers arbres et arbustes développement d’aucun Rhopalocère.
de la famille des Rosacées, Sylvain azuré
(Limenitis reducta) sur les Chèvrefeuilles.
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2. Forêts de feuillus (Querco-Fagetea, des buissons : les plus communs étant la Piéride de
Quercetea robori-petraeae ; à l’étage subal- la moutarde (Leptidea sinapis), l’Aurore (Anthocharis
pin : Betulo-Adenostyletea. COR 41) cardamines), le Citron (Gonepteryx rhamni), le Tabac
Peu de papillons de jour se reproduisent d’Espagne (Argynnis paphia), le Nacré de la ronce
dans les bois de feuillus plus favorables aux (Brenthis daphne), le Tircis (Pararge aegeria), le Tristan
papillons de nuit : le Petit Sylvain (Limenitis (Aphantopus hyperantus), le Céphale (Coenonympha
camilla) sur des Chèvrefeuilles croissant arcania), la Sylvaine (Ochlodes sylvanus)... L’Hespérie
à l’ombre, le Tabac d’Espagne (Argynnis échiquier (Carterocephalus palaemon) et la Lucine
paphia) sur des Violettes, les Thècles du (Hamearis lucina) sont tout aussi caractéristiques,
chêne (Neozephyrus quercus) et de l’yeuse mais moins communs.
(Satyrium ilicis) qui passent l’essentiel de Plusieurs papillons désormais rares fréquentent
leur existence dans les frondaisons des uniquement les lisières et clairières mésophiles à
grands arbres. humides : le Damier du frêne (Euphydryas maturna),
Le Citron (Gonepteryx rhamni) vient la Bacchante (Lopinga achine) et le Mélibée
hiberner à l’abri d’un buisson sempervirent (Coenonympha hero).
ou d’une Ronce tandis que le Robert- De même que les lisières, les allées forestières
le-diable (Polygonia c-album) attend le larges bordées par une strate de buissons ou de
printemps posé immobile sur une branche, petits arbres ne constituent pas un habitat au sens
sans aucune protection. phytosociologique. Elles représentent cependant un
milieu indispensable pour deux papillons prestigieux :
Le Grand Sylvain (Limenitis populi) et le Grand Mars
changeant (Apatura iris).
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2.Vergers (COR 83) Parcs et jardins (COR 85)
Quelques papillons dont les chenilles Créés dans les aires urbaines et
vivent sur les Rosacées ligneuses se suburbaines, ils sont parfois plantés de
reproduisent dans les vergers non traités : fleurs très attractives pour les papillons :
le Flambé (Iphiclides podalirius), le Gazé Asters, Buddléias, Lavandes… Plusieurs
(Aporia crataegi) et la Grande Tortue espèces se reproduisent régulièrement
(Nymphalis polychloros). dans les jardins comme l’Azuré des
Les fruits mûrs tombés au sol en nerpruns (Celastrina argiolus) sur le Lierre
automne font le régal des Vanesses qui et divers arbustes ornementaux, le Brun
trouvent là une nourriture énergétique des pélargoniums (Cacyreus marshalli),
précieuse avant d’affronter la longue hôte indésirable des pots de Géraniums, la
période d’inactivité hivernale. Thècle du bouleau (Thecla betulae) sur les
Pruniers, l’Hespérie de l’alcée (Carcharodus
alceae) sur la Rose-trémière. Les parcs
3.Potagers (COR 85.32) et jardins municipaux offrent également
Les potagers non ou peu traités attirent des haltes aux migrateurs : Machaon
les Piérides (Pieris brassicae et P. rapae) (Papilio machaon), Piéride du chou (Pieris
qui pondent sur diverses variétés de Chou, brassicae), Azuré porte-queue (Lampides
l’Azuré porte-queue (Lampides boeticus) boeticus) ou Belle Dame (Vanessa cardui).
dont la chenille fore les fleurs et gousses de
Haricot ou le Machaon (Papilio machaon)
qui n’a que l’embarras du choix pour pondre La perte de popularité du jardin à la superficie cumulée importante et forment
sur les feuilles de Carotte, d’Aneth ou de française, avec sa pelouse rase piquetée un maillage de petits espaces dont les
Panais. de plantes exotiques semble se confirmer plus privilégiés sont au voisinage immédiat
au profit du jardin "écologique" conçu de friches, bois ou prairies. L’enjeu est
comme un havre pour la faune sauvage. donc important et il faut saluer l’action de
Herbes folles et Orties, parterres de plusieurs associations (Noé Conservation,
4.Friches et chemins ruraux (Onopordetea, Thyms, Lavandes et Marjolaines côtoient Ponema, Proserpine, Viv’Armor Nature) qui
Secalinetea, Chenopodietea, Stellarietea arbustes et buissons indigènes permettant œuvrent pour la création de jardins vivants
mediae, Plantaginetea majoris, Bidentetea l’installation progressive d’une faune favorables aux papillons.
tripartiti COR 87) diversifiée. Les jardins représentent une
Dès l’abandon d’une culture, les
premières plantes ne tardent pas à coloniser Bâtiments
le sol, suivies de près par des papillons Aucun papillon de jour ne saurait Greniers, granges, bûchers et bâtiments
pionniers : Piéride de la rave (Pieris rapae) survivre de façon permanente dans les abandonnés sont des refuges tout indiqués
et, dans le Midi, Marbré-de-vert (Pontia maisons, privilège réservé à quelques pour l’hivernage des Vanesses : Grande
daplidice) sur Crucifères et Résédas, Cuivré Microlépidoptères qui se nourrissent de Tortue (Nymphalis polychloros), Petite
commun (Lycaena phlaeas) et localement Cuivré des denrées alimentaires sèches (Pyrale de la Tortue (Aglais urticae) et Paon du jour
marais (L. dispar) sur Oseilles, Hespérie de l’alcée farine, Phycitinés) ou de laine (Mite). (Inachis io).
(Carcharodus alceae) sur Mauves.
Dans quelques villages de Provence et
Les Plantains lancéolés des friches et surtout des
du Languedoc où le nettoyage intempestif
chemins ruraux portent souvent les nids des chenilles
("restauration") a épargné les plantes des
de Mélitée du plantain (Melitaea cinxia). Dans le Midi
vieux murs, se rencontre encore parfois la
méditerranéen, les friches enrichies par l’azote des
Vanesse des pariétaires (Polygonia egea)
déjections des brebis sont favorables au Marrube
dont la plante-hôte pousse sur les murs de
et à son hôte peu commun, l’Hespérie de la ballote
pierre.
(Carcharodus baeticus).
40 41
Protection, gestion ou préservation des papillons ? Les lois de protection ont eu peu d’effet, de la Société des lépidoptéristes parisiens
y compris sur les collectionneurs, comme ou dans la revue Alexanor. Dans le sud du
en témoignent les photos d’exemplaires Var, l’une des deux populations isolées
La protection légale L’impact des collectionneurs
morts d’espèces protégées (Diane, d’Alexanor nommées ssp. destelensis ne
La régression de certains papillons Bien qu’ils s’en défendent, les Damier du frêne) publiées sans mention semble pas avoir été revue depuis 2005.
autour de Paris était déjà évoquée par collectionneurs ont contribué à plusieurs d’autorisation de capture dans le bulletin Malgré la protection légale dont bénéficie
Berce en 1867. Tout au long du 20e siècle, extinctions locales bien documentées en cette espèce, un contrevenant a collecté
les lépidoptéristes furent de plus en plus Amérique et en Europe, comme celle de la pendant plusieurs années des dizaines
nombreux à mentionner des extinctions Diane en Suisse, du Cuivré des marais en de chenilles pour les élever et vendre
dans la moitié nord de la France et dans les Angleterre ou du Mercure en Allemagne. Il les imagos aux collectionneurs. L’unique
pays voisins. est vrai que, par rapport aux destructions solution serait d’interdire la chasse aux
Au début des années 1970, des d’habitats, l’impact des prélèvements papillons comme c’est déjà le cas en
entomologistes menés par l’Office Pour reste très souvent négligeable dans le Espagne et en Allemagne. Mais une telle
I’Information Entomologique demandèrent déclin généralisé des papillons au cours du mesure ne présente d’intérêt que si elle est
la protection légale de divers insectes. La 20e siècle. La "collectionnite" est cependant appliquée et qu’elle s’accompagne d’une
majorité des lépidoptéristes étaient alors responsable en France de la quasi- réelle préservation des habitats.
des collectionneurs comme l’attestent les disparition de la belle forme honoratii de la
guides de détermination publiés à l’époque : Proserpine.
La responsabilité des pouvoirs
dessins ou photos, tous les papillons y Sur des espèces à effectifs réduits, le publics
sont montrés étalés. Certaines espèces moindre prélèvement contribue à affaiblir
prestigieuses, comme l’Isabelle dans les leur diversité génétique. Au fil du temps, cet Avec la création du parc national de
Hautes-Alpes ou le Porte-queue corse appauvrissement génétique se traduit par la Vanoise en 1963, l’État engageait
sur l’île de Beauté, étaient victimes d’une l’apparition d’individus moins résistants, sa responsabilité dans la protection
chasse commerciale parfois abusive. Une moins susceptibles de s’adapter aux de l’environnement. L’originalité de la
affiche de sensibilisation éditée en 1973 modifications de leur milieu ce qui accélère conception française résidait dans le fait
rassemblait autour de l’Isabelle, l’Alexanor, l’extinction de la population. La chasse aux que les activités économiques ne devaient
le Petit Apollon, la Proserpine et quelques papillons aggrave donc le sort des espèces pas souffrir de la création d’un parc
autres. Elle ne présentait pas les espèces déjà fragilisées par d’autres causes. national conçu également comme un outil
les plus menacées, mais celles les plus de développement. Seule la chasse est
Effets du surpâturage dans le sud des Alpes.
prisées des collectionneurs sur lesquelles interdite en zone centrale, sauf dans le parc
Ci-dessus : le secteur pâturé présente une
se focalisait la convoitise des chasseurs et végétation très réduite et desséchée tandis national des Cévennes où elle est autorisée.
des marchands peu scrupuleux. que la partie non pâturée reste humide, Nos parcs nationaux sont, dans l’esprit
verte et fleurie. La clôture visible au milieu du public, des réserves vouées à l’entretien
Conformément à la loi cadre sur
n’est pas celle d’un enclos mais la limite des paysages et des équilibres naturels.
la protection de la nature du 10 juillet entre deux zones très vastes dans le Dévoluy
1976, le premier arrêté concernant les Vaste programme auquel la transhumance
(Hautes-Alpes).
insectes fut publié en 1979. Il stipule a contribué durant des millénaires. Des
Ci-dessous : érosion d’une pente due au moutons à la montagne d’accord, mais
l’interdiction de collecte, à tous les états piétinement par les moutons (Alpes-de-
de leur développement, de 30 espèces point trop n’en faut. La pression du
Haute-Provence).
ou sous-espèces de Lépidoptères de pastoralisme sur ces espaces a pris une
métropole : les papillons emblématiques ampleur démesurée qui a conduit à une
déjà évoqués ainsi que certains autres en surexploitation des pâturages avec la
nette régression tels le Fadet des tourbières bénédiction des autorités en charge de la
et le Fadet des laîches. Cette liste omettait gestion des parcs nationaux de montagne.
L’Isabelle (Actias isabellae, ici un mâle) fut le Ainsi, dans le parc du Mercantour, le visiteur
de mentionner trois des espèces les plus premier papillon en France à bénéficier d’une
menacées : l’Hespérie du barbon, le Damier qui entre dans le vallon du Lauzanier est
protection légale par un arrêté municipal
du frêne et le Mélibée. Le second arrêté de accueilli par un panneau qui vante les
promulgué en 1972 par la commune des
1993 porte à 35 le nombre des espèces Vigneaux (Hautes-Alpes). Ce grand papillon
bienfaits des 5000 moutons à l’estive : les
protégées en corrigeant partiellement les de nuit (famille des Saturniidés) profite de prairies n’étant plus fauchées, les ovins ont
lacunes précédentes. l’extension naturelle des pinèdes dans le sud pris le relais. Le sentier serpente sur des
des Alpes et semble hors de danger. pelouses rases sans insecte ni fleur alpine
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dominées par l’Euphorbe petit-cyprès, une Notre intention n’est pas de dénoncer croissante et de préserver la biodiversité Gérer la nature ?
plante refusée par le bétail et indicatrice de l’élevage, mais sa concentration néfaste en forêt et sur divers espaces protégés.
surpâturage. Au contraire, dès que l’on sort sur des secteurs limités où la présence D’où certains paradoxes remarquables Malgré les arrêtés successifs de
des limites du parc en restant aux mêmes de troupeaux n’est ni nécessaire ni dans l’éco-certification des forêts où les protection des insectes, le déclin des
altitudes, la végétation redevient variée et souhaitable alors que des régions monocultures de résineux sont à l’évidence papillons s’est poursuivi et affecte
les papillons abondent. Même constat en entières en bénéficieraient pour enrayer incompatibles avec la biodiversité. désormais l’ensemble du territoire. Prenant
montant au lac d’Allos, toujours dans le l’uniformisation paysagère. En Provence, conscience de l’inutilité de protéger une
Le nombre élevé de services publics espèce sans prendre en compte son cadre
parc du Mercantour, et sur tant d’alpages dans une grande partie du Massif central, impliqués dans la gestion de l’espace
dans les parcs nationaux des Écrins, de la dans les Corbières et autres terroirs de vie, les naturalistes en sont venus à
constitue un frein à la recherche de solutions prôner la conservation des habitats des
Vanoise et des Pyrénées. désertés par les troupeaux, broussailles cohérentes pour la préservation des
et bois prennent la place des prairies, espèces menacées.
Faut-il préciser que les pelouses de milieux et des espèces. La décentralisation
l’étage alpin sont un milieu stabilisé par les pelouses et friches. Les éleveurs sont de de l’État est à l’origine d’un transfert La "mise sous cloche" a très vite
contraintes climatiques et que le pâturage moins en moins nombreux en France et d’autorité à des instances politiques locales montré ses limites comme l’illustre le
n’est pas nécessaire à leur maintien. leurs troupeaux plus importants, tendance particulièrement sensibles aux groupes de cas exemplaire de l’Azuré du serpolet
À l’inverse, plantations de résineux et encouragée par l’absence de plafonnement pressions. en Angleterre. Laissée à elle-même, la
embroussaillement naturel par défaut de par le nombre dans l’attribution de la pelouse qui abritait la dernière colonie
pâturage ont entraîné la disparition de prime ovine. Est-il vraiment raisonnable de s’est enherbée, provoquant la disparition
subventionner le propriétaire de 2000 ou ...et celle des naturalistes du papillon. Il s’est révélé indispensable
l’Apollon en plusieurs secteurs du parc
national des Cévennes. 2500 bêtes ? Ne serait-il pas préférable Depuis les années 1980, la réalisation d’entretenir les habitats des espèces que
de porter l’effort sur les troupeaux plus d’inventaires et d’atlas de répartition à l’on souhaitait conserver, rôle tenu depuis
Le surpâturage ovin affecte désormais des millénaires par les pratiques agricoles,
modestes en cherchant à favoriser leur l’échelon départemental ou régional est
de nombreux massifs dans le sud des Alpes. pastorales et forestières traditionnelles.
dispersion sur l’ensemble du territoire ? en vogue chez les lépidoptéristes français.
Années tardives ou années sèches, les Les bouleversements sociaux-économiques
troupeaux montent en nombre égal et aux Parmi les cortèges lépidoptériques Entreprise certes louable car elle permet de
ayant connu un fort déclin depuis le combler une lacune évidente. Concentrer du 20e siècle (exode rural, mécanisation
mêmes dates sans tenir compte de l’état de l’agriculture et développement de
de la végétation. Outre un appauvrissement milieu du 20e siècle, celui des forêts a l’essentiel des compétences, des énergies
particulièrement souffert. La responsabilité et des moyens financiers sur cet unique l’agrochimie) annonçaient la disparition de
marqué de la diversité floristique (par ce modèle. Il devenait donc urgent de définir
l’effet combiné de la consommation de l’État y est engagée par l’intermédiaire aspect pose toutefois un problème :
de l’Office National des Forêts. Ayant le depuis plus d’un quart de siècle, des des modes de conservation des habitats
par les animaux, du piétinement et hébergeant les espèces menacées.
de l’enrichissement du sol par leurs monopole de la gestion forestière sur le points ou de petites croix se multiplient
excréments), le surpâturage entraîne un domaine public, l’Office est chargé tout sur les cartes pour enregistrer diverses La directive européenne Habitat, Faune,
tassement et un assèchement du sol qui à la fois de produire du bois en quantité extensions et régressions. Le travail sans Flore fut ainsi promulguée en 1992. Chaque
prive la microfaune de refuge contre la forte fin d’un atlas a des vertus hypnotiques et état membre devait définir des zones pour
insolation qui règne en altitude. notre connaissance sur la vie intime des la préservation des habitats, animaux et
papillons a très peu progressé. Rares sont végétaux listés en annexe afin de constituer
Il semble que certains papillons un réseau d’espaces protégés connu sous
les lépidoptéristes qui s’y sont consacrés et
autrefois très communs sur les alpages l’appellation de Natura 2000. La législation
il n’y a eu entre 1980 et 2010 en France
(Nacré subalpin, certains Moirés) soient française prit également en considération
aucune étude sérieuse sur l’Hespérie du
désormais moins abondants. L’impact les habitats : l’arrêté de protection de 2007
barbon, le Damier du frêne, le Damier de
négatif des produits vétérinaires - évacués interdit le dérangement intentionnel et
Godart ou la Bacchante.
dans les excréments - sur la faune du sol la dégradation des sites de reproduction
est avéré, mais son effet sur les papillons Autre menace, la bureaucratisation. ou de repos des insectes protégés. La
qui viennent pomper sur les crottes et La politique européenne de conservation liste en est encore un peu modifiée, mais
l’urine du bétail n’a fait l’objet d’aucune de l’environnement a ouvert les vannes y figurent toujours plusieurs espèces
étude. L’accumulation des excréments d’afflux financiers considérables dans un emblématiques non menacées comme le
depuis des décennies sur les pâturages milieu qui en était fort dépourvu. Bénéfique Damier de la succise. Si leur conservation
des Alpes méridionales a également des Cette plantation de conifères en rangs serrés dans l’ensemble, cette manne a cependant ne paraît pas prioritaire, ces espèces
conséquences sur la qualité de l’eau : les a été photographiée en 2013 en Lozère. Un donné naissance à de nouvelles catégories permettent d’envisager la préservation des
analyses bactériologiques des réseaux panneau planté en limite de parcelle indique socio-professionnelles dont les naturalistes
qu’il s’agit d’une "forêt éco-certifiée" par
sites qu’elles fréquentent au bénéfice de
d’eau potable s’avèrent mauvaises dans de administratifs et les experts autoproclamés. nombreuses autres espèces.
nombreuses communes montagnardes. l’ONF. Tant pis pour le Grand Sylvain ou la
Bacchante !
44 45
Un peu partout en France, des études là sur un maillage le plus dense possible perturbations ou destructions. Si on a le permettent souvent d’identifier les papillons
et des plans de gestion ont été mis en de petits espaces favorables aussi choix, il vaut mieux tondre une ou deux sans les déranger et laissent le temps de les
œuvre pour entretenir marais ou pelouses diversifiés que possible : pas de vaste fois l’an seulement. Plantez des fleurs observer. Déterminer tout ce qui bouge n’a
sèches favorables aux papillons de la parcelle boisée sans clairières ou sans nectarifères. Plusieurs associations et jamais été une obligation. De plus, balayer
Directive et parfois à d’autres espèces. S’il larges allées ensoleillées, pas de parc sites web donnent toutes les informations au filet une femelle prête à pondre n’est pas
est indispensable de réaliser des travaux périurbain au gazon uniformément tondu, nécessaires pour réaliser un jardin vivant. anodin et prive d’une double information :
d’entretien sur des sites hébergeant les pas d’immenses monocultures sans haies ● interrogez votre maire sur le traitement le support de ponte qui est souvent une
dernières colonies de Mélibée ou de Fadet ni parcelles en friches... Plus mobiles qu’on des jardins publics et des jardinières. plante-hôte de la chenille et l’habitat précis
des Laîches, la gestion environnementale ne l’imagine, les papillons bénéficieraient Combien de municipalités, dans le but de reproduction.
ne semble pas une solution satisfaisante certainement de ces oasis bienvenues de gagner un galon dans le concours des ● levez le pied au volant quand vous
à long terme. Par expérience personnelle, parmi tant de paysages uniformes. "villes fleuries", pulvérisent régulièrement roulez sur une petite route dont les talus
nous savons que les plans de gestion La Trame verte et bleue, née du Grenelle d’insecticides tous les bacs à fleurs. sont égayés par les papillons. La circulation
peuvent être éphémères, car leur mise de l’Environnement, a été officialisée par automobile provoque une forte mortalité
● informez-vous sur le réseau d’espaces
en œuvre repose sur des financements décret du 3 août 2009. Son objectif est chez les papillons.
naturels labellisés par votre département,
extérieurs au projet et dépend beaucoup de de créer des corridors entre les zones visitez-les et faites-les connaître. Certains Enfin, n’oubliez pas de noter vos
la motivation de quelques personnes. protégées au moyen d’un réseau de Conseils généraux font de réels efforts pour observations. Toute information a sa valeur
Gérer la nature peut paraître grisant, sites pour favoriser les échanges entre la sauvegarde de l’environnement, il faut et l’accumulation de notes finit toujours
mais les connaissances et les moyens qui populations d’une même espèce. Ce encourager leur démarche. par constituer un élément précieux de
permettraient éventuellement de le faire au programme ambitieux permettra peut- connaissance.
● lors de vos sorties sur le terrain,
mieux font souvent défaut. Et quand bien être à la France de retrouver sa diversité
préférez la paire de jumelles au filet : elles
même on réussit à maintenir une colonie de paysagère et biologique.
papillons dans un pré en le fauchant une fois
par an l’hiver, c’est peut-être au détriment
Les petits gestes qui sauvent les
d’autres êtres vivants qui n’ont pas été pris
papillons
en compte. De plus, nos connaissances des
dynamiques de population des papillons Les signes encourageants ne manquent
sont encore très insuffisantes pour juger de pas. Le retour du Flambé aux portes de
l’effet à long terme de notre volonté de les Paris, la progression vers le nord de l’Azuré
maintenir à tout prix là où nous les voyons de la faucille ou du Silène montrent que
aujourd’hui. Notre méconnaissance ou les papillons savent profiter de la moindre
notre incompréhension des mécanismes opportunité. Chacun d’entre nous peut faire
biologiques devrait nous inciter à plus beaucoup pour les papillons, même avec
d’humilité et de prudence. des moyens limités.
● tout jardin peut devenir un refuge ou
Vers une préservation durable un relais. La première mesure est de bannir
l’usage des insecticides et des herbicides
Doit-on pour autant abandonner toute
ce qui sera plus facile en préférant
velléité de préservation ? Non, si l’on décide
les végétaux autochtones aux plantes
de refuser le schéma consensuel de la mise
exotiques. Évitez le gazon ras, exigeant en
en réserve de petites poches en acceptant
eau et en entretien : un gazon coupé moins
tout et n’importe quoi sur le reste du
court respecte les chenilles et favorise la
territoire. La conservation des papillons et
diversité floristique. La présence de plantes
plus généralement de la biodiversité passe
variées (Plantains, Violettes, Trèfles et, si
par une politique à l’échelle du paysage
vous avez assez de place, d’Orties et de
et de la région, pas par la seule mise en
Ronces) permet l’installation de nombreux
réserve de quelques sites ponctuels.
papillons.
Si la conservation de vastes ensembles
Laissez des espaces non fauchés qui
peu anthropisés est encore possible en
permettent aux plantes à fleurs de fructifier Panneau expliquant l’aménagement de la fauche des talus routiers pour la préservation des
montagne, ce n’est plus le cas sur la
et aux papillons d’accomplir leur cycle sans plantes et des papillons dans le Doubs.
majeure partie du territoire. Il faut miser
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Le Porte-queue corse (Papilio hospiton, à gauche) fait partie des espèces protégées car il est Quel dommage que le Grand Sylvain (Limenitis populi) ait tant régressé en France. L’imago est
très prisé des collectionneurs en vertu de sa répartition limitée et de ses qualités esthétiques. l’un de nos plus beaux papillons et sa chenille (à gauche au 5e stade) l’une des plus étonnantes.
L’Hespérie du barbon (Gegenes pumilio, à droite une femelle) ne possède pas ces atouts et n’a À droite : la Bacchante (Lopinga achine), un autre papillon forestier qui a connu un fort déclin en
bénéficié d’aucune protection face aux promoteurs et aménageurs sur la Côte d’Azur. Elle est France.
devenue si rare en France que certains la considèrent comme disparue.
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Hespéries Hesperiidae La famille des Hesperiidae
Les Hespéries, groupe à part au sein des les pelouses et les prairies fleuries, avec
papillons de jour, sont parfois considérées une préférence pour les habitats secs.
comme un maillon évolutif entre ceux-ci et Les imagos butinent une grande variété
les papillons de nuit. Les systématiciens en de fleurs et les mâles se rassemblent par
font une super-famille, les Hesperioidea, temps chaud pour boire sur le sol humide.
les autres Rhopalocères formant la super- Les œufs sont pondus isolément,
famille des Papilionoidea. rarement en groupes, sur la plante-hôte ou
Il y a près de 3700 espèces d’Hespéries à sa proximité immédiate. Les chenilles à
dans le monde. Comme pour les autres grosse tête vivent dans un abri fait d’une ou
familles, le continent européen fait figure de plusieurs feuilles de leur plante nourricière.
parent pauvre avec seulement 46 espèces Elles en construisent un nouveau après
dont 29 en France. La diversité maximale chaque mue. La partie anale du dernier
est atteinte dans les régions de collines segment abdominal est modifiée en forme
et de moyenne montagne où l’agriculture de palette rétractile bordée de longues
extensive perpétue l’entretien des prairies dents qui permet à la chenille d’expulser
et pâturages. au loin ses excréments et de tenir son abri
propre. Les chenilles attendent souvent le
L’origine des Hespéries françaises est
crépuscule pour sortir et s’alimenter. L’hiver
très variée. L’Hespérie du Barbon (Gegenes
est passé à l’état de chenille, quelques-unes
pumilio) appartient à un groupe d’origine
restant à l’intérieur de l’œuf pour éclore
tropicale bien représenté en Afrique. Les
seulement au printemps. La nymphose
Carcharodus, Spialia et Syrichtus ainsi
s’effectue généralement dans un abri
que plusieurs Pyrgus ont trouvé refuge,
semblable à ceux qui protègent la chenille.
durant les glaciations du Quaternaire,
Malgré leurs mœurs discrètes, les chenilles
dans les régions chaudes du Bassin
Ci-dessus : un Pyrginae, l’Hespérie de Wallengren (Pyrgus andromedae) . Ci-dessous : un Hesperiinae, d’Hespéries sont régulièrement parasitées
méditerranéen. L’Hespérie de Wallengren
l’Hespérie de la houque (Thymelicus sylvestris). par des Hyménoptères Braconidés.
(Pyrgus andromedae) est notre seule
Chenilles matures et chrysalides mesurent
Hespérie boréo-alpine, reléguée après
2 à 3 cm.
le réchauffement post-glaciaire dans
les régions les plus froides des hautes Les Hesperiidae appartiennent en
montagnes d’Europe et en Scandinavie. Europe à trois sous-familles : les Pyrginae,
les Heteropterinae et les Hesperiinae.
Les imagos présentent des caractères
Les Pyrginae ont un corps très robuste et
morphologiques qui les différencient des
des ailes plutôt courtes de couleur brune
autres papillons : leur tête, en comparaison
ou grise, souvent parsemées de taches
plus massive, est pourvue d’antennes
blanches ou claires. Les œufs sont ornés
largement écartées à la base dont les
de côtes longitudinales. Leurs chenilles se
massues s’affinent en une pointe crochue.
nourrissent en France de Dicotylédones :
Les nervures de leurs ailes ne sont jamais
Rosacées, Malvacées, Cistacées, Fabacées
fourchues. Leurs muscles thoraciques très
et Lamiacées. Les chrysalides sont couvertes
développés leur permettent de battre des
d’une pruinosité blanchâtre qui disparaît au
ailes beaucoup plus vite que les autres
toucher. Le corps des Heteropterinae et des
Rhopalocères, jusqu’à 20 battements par
Hesperiinae est plus mince et leurs ailes
seconde. Cette rapidité est couplée à une
sont souvent plus allongées, de couleur
conformation particulière des yeux qui
brune ou orange. Les femelles pondent
augmente la sensibilité et la résolution de
des œufs presque lisses et les chenilles
leur vision.
vivent aux dépens de Monocotylédones,
Ces petits papillons très toniques se principalement des Graminées.
déplacent pour la plupart d’un vol bas et
rapide. Les Hespéries fréquentent surtout
50 51
Hespéries Hesperiidae Pyrginae rejointe. Ce manège peut se poursuivre
pendant 40 minutes sans jamais diminuer
Le Point-de-Hongrie Erynnis tages (Linnaeus, 1758) d’intensité. Les voir se donner ainsi le
tournis a quelque chose d’hypnotique tant
Assez largement répandu en France Le Point-de-Hongrie butine une grande ils vont vite. Loin de se poser après une telle
continentale et dans une vaste partie variété de fleurs avec une préférence pour débauche d’énergie, la femelle finit par jaillir
de l’Europe, le Point-de-Hongrie s’étend les Fabacées et les Lamiacées. Les mâles haut vers le ciel où le mâle acharné à ses
vers l’est jusqu’en Asie centrale. Il est sont territoriaux et perchent à faible hauteur. trousses semble devoir la poursuivre sans
en régression dans le nord de son aire. Le matin et par temps variable, les papillons relâche.
Aux Pays-Bas, l’utilisation d’engrais et les se réchauffent sur des plages de sol nu,
La femelle fécondée pond en tout une
pluies acides sont considérées comme ailes étalées à plat. Le soir ils se posent sur
trentaine d’œufs. Elle les fixe isolément
responsables de son déclin. une fleur pour la nuit, ailes repliées le long
sur les feuilles supérieures de Fabacées,
du corps à la façon d’une Noctuelle.
Le Point-de-Hongrie se reproduit dans surtout sur le dessus des folioles de Lotiers
les pelouses et les prairies, du niveau de la La femelle, comme toutes celles du genre et d’Hippocrépis, localement sur la Coronille
mer à 2400 m dans les Alpes. Il fréquente Erynnis, est dotée d’un organe odoriférant bigarrée ou, dans le massif des Maures
les pelouses sèches dans la moitié nord, sur le dessus de l’extrémité de l’abdomen. (Provence), sur le Dorycnopsis de Gérard.
mais manque sur les terrains arides des Sa fonction exacte est encore inconnue, Des différences régionales apparaissent
départements méditerranéens. mais il pourrait avoir son utilité lors du très dans le choix de la plante-hôte, certaines
long vol nuptial. Le couple pratique une populations étant attirées par les petits
Cette Hespérie brune vole généralement
sorte de vol stationnaire ultra-rapide, le Lotiers isolés dans des pelouses à couvert
en deux générations : au printemps, parfois
mâle tournant autour de la femelle quelques L’œuf porte 10 à 13 côtes. Au cours de herbacé continu, d’autres préférant les
dès la mi-mars, puis en été, jusqu’à la mi-
centimètres au-dessus d’une aire de sol nu. l’incubation, qui dure 5 à 21 jours, sa couleur plantes plus hautes dans des creux abrités.
septembre les années tardives. Il n’y a
À intervalles de 10 minutes et davantage, vire de jaune pâle à rouge-orange. En bas à
qu’une seule génération de mai à juillet en droite : œuf peu avant l’éclosion. La chenille se développe en 5 stades.
la femelle s’échappe, part comme une
montagne. Il en va de même dans le nord où Elle vit dans un abri de folioles assemblées
flèche à plusieurs mètres de distance pour
une seconde émergence partielle apparaît par des fils de soie sécrétés par les glandes
s’arrêter net et reprendre sa séance de
certaines années chaudes. séricigènes situées dans la capsule
sur-place, le mâle l’ayant presque aussitôt
céphalique. Après avoir hiberné au 4e ou
au 5e stade dans un abri très étanche,
elle redevient active en mars-avril. Les
chenilles qui hibernent au dernier stade ne
se nourrissent pas au printemps avant la
nymphose. La chrysalide libère un papillon
après 2 à 5 semaines.
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Hespéries Hesperiidae Pyrginae
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Hespéries Hesperiidae Pyrginae son environnement, elle se confectionne
une tente à partir d’une ou plusieurs feuilles
L’Hespérie de l’alcée, la Grisette Carcharodus alceae (Esper, 1780) ingénieusement assemblées par des fils
de soie. Très propre, la chenille en sort à
Jamais abondante en France, l’Hespérie Plus grande, la chenille doit sortir de sa reculons pour expulser au loin ses crottes
de l’alcée est largement répandue depuis le cachette pour s’alimenter, s’avançant juste d’une poussée de l’arrière-train.
sud et le centre de l’Europe jusqu’en Chine. assez pour atteindre le bord de la feuille.
Les chenilles sont actives de mars à
Traditionnellement plus commune dans le Dès qu’elle se sent en danger, elle disparaît
octobre ou novembre. Elles se développent
Midi, elle semble en expansion en région rapidement à reculons dans son abri.
en 24 jours en été dans le Midi. La chenille
parisienne, en Normandie et en Lorraine. Quand elle a mangé la feuille entièrement
hiberne au 3e, 4e ou 5e stade, bien cachée
Elle se reproduit en pelouse sèche, dans les ou que son abri est devenu trop étroit, la
dans un abri au pied de la plante-hôte. À la
prairies fleuries, les friches agricoles, sur les chenille part à la recherche d’un nouvel
fin du 5e stade, la chenille descend dans la
talus et dans les jardins du niveau de la mer emplacement. Après un examen sélectif de
litière pour y construire un abri lâche où elle
à 2000 m. se suspend tête en bas pour se nymphoser.
Il y a 2 à 4 générations par an en fonction Le papillon émerge au bout de 8 à 32 jours
de la latitude et de l’altitude. Les papillons selon les conditions climatiques.
volent d’avril à septembre, parfois dès la fin La chenille est souvent parasitée par des
février ou jusqu’en novembre dans le Midi. Hyménoptères, en particulier par Cotesia
La femelle palpe la plante avec l’extrémité glabrata dont les larves tissent de petits
de ses antennes pour l’identifier avant cocons jaunes autour de leur hôte qu’elles
de fixer un œuf sur la feuille, la tige ou le ont dévoré de l’intérieur.
calice d’une Malvacée : Mauve, Guimauve,
Lavatéra ou Rose trémière. Plusieurs
dizaines d’œufs peuvent être pondus sur
une même plante.
L’Hespérie de l’alcée est involontairement
L’œuf incube de 7 à 22 jours selon les favorisée par l’homme : les parcs et les
conditions météorologiques. Dès sa nais jardins plantés de Roses trémières (ici dans
sance la chenille, longue de 1 mm, peut le Vaucluse) et les sols remués colonisés par
se déplacer jusqu’à 20 cm de son lieu la Mauve sauvage, sa principale plante-hôte
d’éclosion afin de choisir un bon empla en Europe, lui offrent des niches écologiques
cement pour se faire un abri. Elle tisse Les mâles territoriaux perchent sur des dans les villages et jusqu’au cœur des villes ;
alors un petit cocon à la fourche entre deux plantes basses dans l’attente du passage elle a été notamment observée plusieurs fois
d’une femelle. Ils poursuivent les autres petits au Jardin des Plantes à Paris.
nervures où elle va grignoter l’épiderme de
la feuille. papillons d’un vol très rapide avant de revenir
à leur perchoir.
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Hespéries Hesperiidae Pyrginae dessous des feuilles, plus rarement sur les
boutons floraux, le calice ou la tige.
L’Hespérie du marrube Carcharodus flocciferus (Zeller, 1847)
À sa naissance, la chenille est jaune
avec la tête noire. Au 1er stade, à l’abri de
Très localisée en colonies souvent peu Le comportement des mâles varie selon
quelques fils de soie tissés entre les poils de
abondantes, la répartition de l’Hespérie du la superficie de l’habitat. Dans les régions
la feuille, elle en ronge l’épiderme. En basse
marrube s’étend sur une vaste aire allant où les milieux favorables sont étendus, la
Provence les chenilles estivent au 2e stade
du Maroc à la Pologne et à l’Asie centrale. densité de papillons étant faible les mâles se
entre fin juillet et fin septembre. À partir
Menacée en Europe centrale, disparue du montrent très territoriaux. Ils restent perchés
du 3e stade, la chenille se confectionne un
Bassin parisien et de la plupart des régions une bonne partie de la journée sur des
abri en repliant une feuille dont elle sort
de plaine, elle se maintient mieux sur les plantes herbacées hautes, ailes ouvertes,
uniquement pour se nourrir. Active de juillet
massifs montagneux en France et ses attendant le passage d’une femelle et
à octobre, elle hiberne à mi-croissance ou
effectifs semblent à la hausse depuis 2007 poursuivant tous les autres papillons d’un
plus grande dans une feuille enroulée à la
dans les collines du Var. Elle se reproduit vol extrêmement rapide.
base de la plante-hôte.
surtout sur les prairies maigres entre 200 et Sur les sites de superficie
réduite, les mâles La chenille se nymphose au printemps à
2500 m.
parfois assez nombreux la fin du 5e stade. La chrysalide est cachée
Les papillons volent en une génération L’œuf, ici à la base de la feuille, porte une dans un nid hermétique fait de deux feuilles
patrouillent chacun
entre mi-mai et août selon les régions. Il y quinzaine de côtes plus ou moins complètes basales dont les bords sont parfaitement
l’habitat.
a localement, par exemple en Provence et et incube en 7 à 13 jours. Ci-dessous : chenille ajustés. L’état nymphal dure deux à trois
en Haute-Saône, une seconde génération La femelle fixe au 3e stade sortant de son abri, chenille au semaines.
partielle en fin d’été. Les papillons butinent ses œufs isolément 5e stade et chrysalide.
beaucoup les fleurs pourpres de l’Épiaire le long de la nervure
officinale ainsi que d’autres fleurs rouges centrale sur le dessus
ou violettes. L’Hespérie du marrube est des feuilles basales
fidèle à son site de repos nocturne, souvent d’Épiaire officinale. En
en lisière, où elle retourne chaque soir et Provence, elle pond par
même à plusieurs reprises après avoir été fois sur l’Épiaire droite
dérangée. Il n’est pas rare de la trouver le ou sur la Ballote fétide
soir sur une fleur terminale avec les ailes (Labiées). Elle choisit
rabattues vers le bas et l’abdomen redressé. en priorité les jeunes
Le papillon étale à nouveau ses ailes aux plantes non fleuries et L’Épiaire
premiers rayons du soleil. pond à l’occasion sur le officinale.
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Hespéries Hesperiidae Pyrginae
L’Hespérie de la ballote Carcharodus baeticus (Rambur, 1839)
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Hespéries Hesperiidae Pyrginae
L’Hespérie de l’épiaire Carcharodus lavatherae (Esper, 1783)
En fin de journée, le papillon prend le soleil, ailes étalées à plat exposées vers l’ouest. Quand le soleil
disparaît, il les rabat et dresse l’abdomen. La nuit tombée, il replie ses ailes derrière le dos. Au petit À gauche : œuf et jeune chenille. À droite, de haut en bas : mâle de l’Aude, chenille au 5e stade et
matin, le dos orienté à l’est, il abaisse de nouveau les ailes et redresse l’abdomen. Quand le soleil chrysalide dans son abri ouvert.
réapparaît, il ouvre les ailes à plat pour se réchauffer avant de s’envoler.
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Hespéries Hesperiidae Pyrginae
L’Hespérie de l’herbe-au-vent Syrichtus proto (Ochsenheimer, 1808)
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Hespéries Hesperiidae Pyrginae
L’Hespérie des sanguisorbes Spialia sertorius (Hoffmansegg, 1804)
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Hespéries Hesperiidae Pyrginae Hespéries Hesperiidae Pyrginae
L’Hespérie corse Spialia therapne (Rambur, 1832) L’Hespérie de la mauve Pyrgus malvae (Linnaeus, 1758)
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Hespéries Hesperiidae Pyrginae
L’Hespérie faux-tacheté Pyrgus malvoides Elwes & Edwards, 1897
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Hespéries Hesperiidae Pyrginae
Le Plain-chant Pyrgus alveus (Hübner, 1803)
Bien que largement répandu en Eurasie des mâles d’alveus. Sinon les premiers
tempérée, le Plain-chant est rarement états sont identiques et aucune différence
abondant et demeure un papillon mal significative n’a été révélée par l’unique
connu. Il existe en France et dans les pays étude génétique disponible.
voisins deux groupes de populations dont Les papillons butinent surtout les
les relations font encore l’objet d’une Scabieuses, les Centaurées et l’Origan. La
controverse. femelle fécondée disperse ses œufs sur les
L’alveus typique vole en été et sa chenille deux faces des feuilles d’Hélianthèmes, de
vit sur l’Hélianthème vulgaire. Présent en préférence sur le dessous, plus rarement
sur les bourgeons. Dans le Jura suisse, la Les mâles montent parfois occuper un territoire
France sur tous les massifs montagneux, en hauteur comme l’a observé Frits Bink sur cette
il est rare en Bourgogne et dans le centre- sous-espèce accretus pond aussi sur de
crête dans les Vosges.
ouest et semble avoir disparu du centre, du petites Potentilles.
Bassin parisien et de Normandie. La chenille commence par ronger
La sous-espèce méridionale accretus l’épiderme du dessous de la feuille. Elle se
vole de mi-mai à fin juillet dans des habitats fabrique ensuite un abri avec une feuille
plus secs. Elle est connue avec certitude repliée. Elle est active d’août à octobre, puis
en France des piémonts pyrénéens et du au printemps après avoir hiberné au 2e,
Languedoc. Dans les Pyrénées alveus vit 3e ou 4e stade ; cette plasticité explique sans
en altitude, tandis qu’accretus préfère des doute la longue période de vol des imagos.
stations chaudes dans les vallées. Les À la fin du 5e stade, la chenille se nymphose
mâles d’accretus ont des taches claires dans la litière, à l’intérieur d’un cocon
plus développées sur le dessus des ailes blanchâtre dense fait de feuilles sèches et
et leurs genitalia diffèrent un peu de celles de soie. L’état nymphal dure 14 à 26 jours.
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Hespéries Hesperiidae Pyrginae
L’Hespérie des hélianthèmes Pyrgus foulquieri Oberthür, 1910
À gauche : habitat larvaire dans le Var et abri de la jeune chenille au printemps. À droite, de haut en
bas : œuf fraîchement pondu, chenille au 4e stade et chenille au 5e stade.
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Hespéries Hesperiidae Pyrginae opérer sa seconde mue. La croissance de la
chenille est assez lente en juin et il semble
L’Hespérie rhétique Pyrgus warrenensis Verity, 1928 qu’elle doive hiberner une seconde fois au
4e stade. Son nid est alors formé de 7 à
Endémique alpin localisé et 8 feuilles d’Hélianthème cousues ensemble.
rarement abondant, l’Hespérie La chenille se nymphose au printemps à
rhétique se rencontre en France la fin du 5e stade dans un abri dense de
du Mercantour à la Savoie, avec feuilles bien serrées par de la soie. Le cycle
quelques populations relati biologique requiert sans doute deux années
vement importantes dans le L’œuf est orné de 18 à 20 côtes. D’abord comme chez la plupart des papillons de
Queyras. Sa répartition et son blanc-vert, il devient rapidement jaune, puis haute altitude.
statut sont encore mal connus gris après plusieurs jours.
car elle peut facilement être
confondue avec des exemplaires
de petite taille d’autres Pyrgus.
Elle fréquente les pelouses
rocheuses ou caillouteuses avec
un gazon ras et des Hélianthèmes
en abondance entre 2000 et Site de reproduction à 2500 m dans les Hautes-Alpes peu
2500 m. après que les chenilles soient sorties d’hibernation.
L’unique génération paraît
en juillet. Le mâle patrouille en
rase-mottes et se perche souvent
sur une plante basse d’où il
pourchasse les autres petits
papillons d’un vol très rapide.
Les mâles fréquentent surtout
Abri de la chenille au 4e stade constitué
les endroits fleuris, notamment
d’un assemblage de feuilles d’Hélianthème
au bord des ruisseaux où ils alpestre (la plante entière ci-contre).
se joignent parfois aux autres
Hespéries rassemblées pour
boire sur le sol boueux. Les
femelles préfèrent rester sur les
talus secs où se situent les sites
de ponte. L’Hespérie rhétique butine beaucoup les fleurs de
Joubarbe toile-d’araignée (comme le mâle ci-dessus), de
Les œufs sont déposés
Lotier corniculé et de Serpolet. Ci-dessous : une femelle.
isolément sur le dessous des
feuilles et sur les bourgeons
d’Hélianthème alpestre. La petite
chenille commence par ronger
l’épiderme du dessous de la
feuille, puis elle se fait un abri
avec une feuille. Elle grandit peu
en août-septembre et hiberne
encore très petite au 1er ou au
2e stade en élevage. Nous avons
trouvé à 2400 m dans le Queyras
(Hautes-Alpes) au début du
mois de juin, peu après la fonte
des neiges, une chenille prête à À gauche : chenille au sortir de l’hibernation peu avant sa seconde mue. En haut : chenille au
4e stade. En bas : chrysalide dans son abri ouvert.
76 77
Hespéries Hesperiidae Pyrginae
L’Hespérie des potentilles Pyrgus armoricanus Oberthür, 1910
L’Hespérie des potentilles est répandue abri avec une, puis plusieurs folioles au fur et
dans le sud et le centre de l’Europe, au à mesure qu’elle grandit. La chenille passe
Maghreb et au Moyen-Orient. Disparue par 5 stades. Celles qui se développent en
de Belgique, elle est très menacée en été complètent leur croissance en moins de
Allemagne, en Suisse et plus généralement deux mois. Celles qui naissent en automne
en Europe centrale. Assez commune dans s’alimentent jusqu’en octobre, puis elles
la moitié sud de la France, elle est devenue hibernent entre le 1er et surtout le 4e stade
rare dans la moitié nord, sauf en Lorraine et avant de reprendre leur activité en mars.
en Bourgogne où elle semble au contraire La chenille se nymphose dans un abri
gagner du terrain. fait d’une feuille basale pliée tenue par de la
Papillon de plaine, cette Hespérie se soie. La chrysalide libère un papillon au bout Le matin, les mâles patrouillent à la recherche des
reproduit en pelouse sèche, en prairie de 13 à 18 jours. femelles d’un vol rapide au ras de la végétation, se posant
mésophile, dans les clairières et les lisières parfois brièvement pour butiner. Ils deviennent très
de chênaie ou sur les talus ensoleillés, territoriaux l’après-midi et perchent, comme ici, sur une
rarement jusqu’à 1700 m. L’Hespérie des plante herbacée dominant la végétation environnante.
Ils s’élancent d’un vol très rapide à la poursuite de tous
potentilles évite les endroits trop secs :
les petits papillons qui traversent leur territoire avant de
elle semble complètement absente d’une revenir à leur perchoir.
grande partie du Languedoc et se cantonne
en des milieux frais ou humides en basse
Provence.
La première génération vole de mi-
mai à mi-juillet. La seconde génération,
plus abondante, paraît entre fin juillet et
mi-septembre. Une troisième émergence
partielle est produite localement en
automne les années chaudes : certaines
chenilles continuent à se développer
jusqu’à la nymphose au lieu d’entrer en
diapause hivernale. Les papillons butinent La Potentille rampante, principale plante-
une grande variété de fleurs avec une hôte en prairie mésophile. Elle est
préférence marquée pour les Scabieuses et remplacée sur les pelouses sèches par la
les Labiées. Potentille argentée, la Potentille hérissée
et la Potentille printanière. En haut : site
La femelle à la recherche d’une plante-
de ponte en haute Provence.
hôte vole lentement. Elle se pose sur les
plantes basses et les tâte du bout des
antennes, s’en éloignant aussitôt quand
elles ne lui conviennent pas. Elle disperse
une quarantaine d’œufs en tout, le long
du bord ou sur le dessous des folioles
de Potentilles (Rosacées). La ponte sur
Hélianthème (Cistacée) a été observée
en Suisse et plusieurs Hélianthèmes sont
acceptés en élevage.
La petite chenille tisse quelques fils de En haut : l’œuf, orné de 22 à 24 côtes, incube
soie et se dissimule en dessous pour ronger Accouplement au printemps (la femelle en pendant 8 à 16 jours. Ci-dessus : chenille au
l’épiderme de la feuille. Elle se fabrique un haut). printemps après hibernation (ci-dessus). Chrysalide dans son abri ouvert.
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Hespéries Hesperiidae Pyrginae
L’Hespérie de la malope Pyrgus onopordi (Rambur, 1839)
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Hespéries Hesperiidae Pyrginae
L’Hespérie de l’alchémille Pyrgus serratulae (Rambur, 1839)
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Hespéries Hesperiidae Pyrginae
L’Hespérie de la parcinière Pyrgus carlinae (Rambur, 1839)
Endémique des Alpes occidentales, Les œufs sont fixés isolément sur la
l’Hespérie de la parcinière est abondante marge inférieure des feuilles de Potentille
en fin d’été dans les Alpes et les Préalpes printanière, de Potentille à grandes fleurs
françaises. Elle fréquente les prairies ou de Benoîte des montagnes (Rosacées).
subalpines et les pelouses alpines, souvent L’œuf porte 16 à 20 côtes. Blanc-vert à la
le long des ruisseaux entre 1500 et 2500 m, ponte, il devient orange après un à deux
mais peut descendre à 700 m dans les jours, puis blanc une douzaine de jours plus
vallées. tard.
L’unique génération vole de mi-juillet à La chenille hiberne à l’intérieur de l’œuf.
début septembre. Nous avons observé deux Elle éclôt au printemps et se développe entre
types de comportement chez le mâle. Soit avril et juillet dans un nid solide tissé entre le La chenille aux derniers stades se reconnaît à
il passe la matinée à butiner et patrouiller sol et les feuilles basses de sa plante-hôte. sa couleur vert clair teintée de rougeâtre près
les pelouses d’un vol bas, soit il reste posté Elle y passe beaucoup de temps et n’en sort de la tête.
sur une plante basse. Un territoire fleuri que pour ronger les feuilles voisines ou pour
dans une petite combe empruntée par de se construire un nouvel abri. Diurne dans
nombreux papillons mesurait environ 50 m2. son jeune âge, la grande chenille devient
crépusculaire et nocturne. La nymphose a Sur cette pelouse rase près de Névache
Par temps chaud, les mâles se ras (Hautes-Alpes), l’Hespérie de la parcinière
lieu à la fin du 5e stade à la base de la plante-
semblent pour boire sur la boue ou le long pond sur les feuilles basales de la Potentille à
hôte entre deux feuilles attachées par des
des torrents. L’après-midi, l’Hespérie de la grandes fleurs (en bas).
fils de soie. Le papillon émerge après trois
parcinière visite les Scabieuses et diverses
semaines environ.
Composées : Doronic à grandes fleurs,
Centaurées, Carline acaule, Marguerite.
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Hespéries Hesperiidae Pyrginae
L’Hespérie de Rambur Pyrgus cirsii (Rambur, 1839)
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Hespéries Hesperiidae Pyrginae
L’Hespérie du carthame Pyrgus carthami (Hübner, 1813)
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Hespéries Hesperiidae Pyrginae au loin, jusqu’à 50 cm de distance, gardant
son abri très propre. Début novembre, elle
L’Hespérie à bandes jaunes Pyrgus sidae (Esper, 1784) entre en hibernation au 4e stade dans une
feuille morte de Potentille bien fermée.
L’Hespérie à bandes jaunes doit son du chorion, puis s’attaque aux sépales Elle complète son développement jusqu’au
nom à l’ornementation du dessous des et à la fleur fanée de sa plante-hôte. Au 5e stade en mars-avril. Le papillon émerge
ailes postérieures qui la distingue dans le 2e stade, elle ronge les stipules des feuilles 12 à 28 jours après la nymphose.
genre difficile des Pyrgus. Assez répandue supérieures, avant d’estiver entre mi-
La Potentille hérissée, haute de 30 à
du sud des Balkans à l’Asie centrale, elle est juillet et fin septembre. Elle reprend son
70 cm, est consommée par les moutons.
très localisée dans le centre de l’Espagne, activité en octobre lorsque les Potentilles
Tant au printemps qu’en début d’été, le
en France et en Italie. Dans le Gard et en ont de nouveau des feuilles vertes. Elle
pâturage est préjudiciable à l’Hespérie à
Provence elle fréquente les lisières sèches descend alors continuer sa croissance sur
bandes jaunes, car son cycle biologique
et les clairières des bois de Chênes verts, les feuilles basales où elle vit dans un abri
débute sur les parties supérieures de la
de Chênes pubescents et parfois de Hêtres, de folioles pliées tenues par de la soie. La
plante-hôte. C’est pourquoi le papillon se
entre 50 et 900 m d’altitude. chenille expulse toujours ses excréments Les œufs sont pondus isolément au centre
rencontre surtout dans des sites non ou
des fleurs, sur le sommet du carpelle de la
L’unique génération vole entre fin avril Potentille hérissée, rarement sur le calice ou
peu pâturés. Le pâturage extensif ou une
et début juin. Les mâles patrouillent leur sur le dessous d’une foliole. Dans l’est du Var, fauche tardive, indispensable à l’entretien
habitat et deviennent territoriaux l’après- une proportion importante d’œufs est pondue d’un milieu ouvert, permet cependant de
midi, surveillant une clairière ou une portion sur les stipules des feuilles supérieures. maintenir la plante-hôte et de favoriser la
de combe depuis un perchoir. L’Hespérie présence du papillon.
à bandes jaunes consacre un cinquième La chenille se nymphose à la fin du
de son temps actif à se nourrir, butinant 5e stade dans un abri solide fait de folioles
surtout des fleurs jaunes, dont la Potentille basales de la plante-hôte auxquelles elle
hérissée. L’espérance de vie, mesurée en ajoute parfois des feuilles mortes d’arbre
Espagne, est en moyenne de 9 jours. prises dans la litière.
L’œuf porte 21 côtes et vire du blanc au
jaune-orange clair au cours de l’incubation
qui dure 8 à 10 jours. À la naissance, la
chenille mange d’abord la moitié supérieure Site de reproduction dans le nord-est du Var.
90 91
Hespéries Hesperiidae Pyrginae Hespéries Hesperiidae Pyrginae
L’Hespérie de Wallengren Pyrgus andromedae (Wallengren, 1853) L’Hespérie obscure Pyrgus cacaliae (Rambur, 1839)
Confinée sur les hautes montagnes L’Hespérie obscure peuple les pelouses tourne la tête de chaque côté une à deux fois
d’Europe, dans les régions froides et les prairies des plus hautes montagnes avant de s’envoler. Les Hespéries obscures
de Scandinavie et au nord de la d’Europe centrale. En France, elle est très butinent l’Oeillet œil-de-paon, l’Arméria
Russie, l’Hespérie de Wallengren n’a rare dans les Pyrénées centrales, mais plutôt des Alpes et le Serpolet. Le soir, mâles et
pu survivre après le réchauffement commune dans les Alpes entre 1800 et femelles se rejoignent pour aller aux dortoirs
postglaciaire que dans les régions 2700 m, exceptionnellement plus bas. sur des replats humides, dans une combe à
les plus fraîches de notre continent. végétation herbacée élevée ou
Les papillons volent entre début juin
Elle est localisée et semble rare en sur un matelas de Benoîtes
et mi-août en une génération. Les mâles
France dans les Préalpes, les Alpes des montagnes.
perchent sur des plantes dominant un peu
et les Pyrénées. Son statut réel reste la végétation environnante pour surveiller
mal connu car les imagos émergent un territoire au bas des pentes ou dans de
tôt, avant l’arrivée en montagne de petits vallons. D’un vol extrêmement vif, ils
la plupart des entomologistes. Elle s’élancent à la poursuite d’autres petits
fréquente les prairies et pelouses entre papillons et expulsent sans coup férir les
1000 et 3000 m, surtout de 1600 à mâles intrus de leur propre espèce. Les
2300 m. femelles butinent, prennent soleil et repos
L’unique génération vole en juin- ou pondent. Chez cette Hespérie les phases
juillet et les papillons sont parmi les de repos sont assez brèves et le papillon
premiers à voler en haute montagne
au début de l’été. La femelle disperse
ses œufs sur le dessous des feuilles
de Dryade à huit pétales, encore
appelée Thé des Alpes (Rosacée). Elle
sélectionne souvent des plantes peu
vigoureuses poussant sur des endroits
secs et ensoleillés. L’œuf est marqué
de 23 ou 24 côtes. La chenille hiberne
au 1er ou au 2e stade (rarement au
3e stade) dans un abri hermétique et se
nymphose l’été suivant. La chrysalide
hiberne à son tour. Le cycle biologique
s’étale donc sur deux années.
92 93
Après avoir tâté la feuille de
l’extrémité de ses antennes
et identifié une plante-hôte,
la femelle d’Hespérie obscure
dépose un œuf sur le dessous
de la feuille. Elle pond parfois
à proximité immédiate sur une
autre plante, comme ici sur
une feuille de Saule herbacé
à 2700 m d’altitude dans
l’Oisans. Avant de pondre la
femelle avait vérifié la pré
sence toute proche d’une
Potentille alpestre dont se
nourrira la chenille. L’œuf
porte 24 à 26 côtes et incube
en 10 jours.
Les Hespéries obscures (Pyrgus cacaliae) se rassemblent souvent pour dormir sur des plantes en
hauteur dans des vallons humides, comme ici à 2300 m dans les Alpes-de-Haute-Provence.
Au milieu : cette chenille qui vient de naître se prépare un abri en rapprochant les bords d’une foliole
de Potentille avec des fils de soie. Remarquez l’œuf vide à l’extrémité de la foliole. À droite : l’abri fini.
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Hespéries Hesperiidae Hesperiinae
L’Hespérie échiquier Carterocephalus palaemon (Pallas, 1771)
96 97
Hespéries Hesperiidae Hesperiinae
Le Miroir Heteropterus morpheus (Pallas, 1771)
Dessus sombre et dessous lumineux, le feuilles ou plie une feuille en gouttière avec
Miroir s’éclaire, s’éteint, clignote au rythme un fil de soie et la chrysalide reste accrochée
lent de son vol sautillant caractéristique. dans cet abri. Le papillon émerge après 12 à
Localisée en plusieurs aires disjointes du 18 jours.
nord-ouest de l’Espagne à la Corée, cette
grande Hespérie reste cantonnée en
France dans la moitié occidentale où elle
ne dépasse pas l’Oise vers le nord. Surtout
commune sur la façade Atlantique, elle L’incubation de l’œuf dure 12 à 20 jours.
progresse vers l’est dans le Massif central
ayant même colonisé la Haute-Loire depuis
2004.
Le Miroir enchante les landes humides,
marais, marges de tourbières, lisières et
clairières humides à basse altitude. Dans
le Massif central, où il atteint 1200 m, il
s’installe aussi dans des milieux plus secs
Habitat dans une tourbière drainée des
abondamment pourvus de Ronces et de
collines du Ségala (Lot).
hautes herbes. Sa chenille passe l’essentiel
de son existence en hauteur sur les grandes
Graminées ce qui l’expose dangereusement
à la fauche et au pâturage.
Le Miroir vole en une génération de
mi-juin à mi-juillet, parfois dès fin mai ou
bien jusqu’en août. Les papillons butinent
surtout les fleurs pourpres ou bleues :
Brunelle, Sauge verticillée, Lobélie, Salicaire,
Centaurées et Cirse des marais. Les mâles
se rassemblent parfois pour boire sur la terre
humide en compagnie d’autres Hespéries.
Au moment de pondre, la femelle se
pose sur une tige de Molinie, quelquefois Ci-dessus : accouplement photographié en
sur le Roseau commun ou sur une autre Haute-Loire par Antoine Longiéras.
Graminée à feuilles larges. Elle descend à Ci-dessous : femelle de la Sarthe.
reculons jusqu’à buter sur une feuille où elle
dépose un à quatre œufs sur le dessus du
limbe.
La chenille, difficile à trouver, est active
de juillet à septembre, puis elle hiberne au
3e stade à 10-30 cm au-dessus du sol dans
un abri fait de feuilles scellées par des fils de
soie. Elle recommence à manger en principe
En haut à gauche : au 1er stade, la chenille plie
assez tard au printemps en raison de la Le Miroir habite toujours des endroits une feuille en gouttière avec quelques fils de soie.
poussée tardive des feuilles de Molinie. Elle couverts de hautes herbes comme ici Elle ne sort de cet abri que pour se nourrir. En
termine sa croissance en un mois. Peu avant dans les hautes Corbières (Aude), en limite haut à droite et ci-dessus à gauche : chenilles à
la nymphose, la chenille réunit plusieurs méridionale de son aire de répartition. maturité. En bas à droite : chrysalide.
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Hespéries Hesperiidae Hesperiinae
L’Hespérie de la houque Thymelicus sylvestris (Poda, 1761)
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Hespéries Hesperiidae Hesperiinae de 3 à 22 dans les gaines foliaires de brun clair à stries foncées après la première
Graminées : Houques, Brachypodes, Bromes, mue. La jeune chenille vit dans une feuille
L’Hespérie du dactyle Thymelicus lineola (Ochsenheimer, 1808) Agrostide capillaire, Fétuques. L’incubation roulée fermée par des fils de soie dont elle
dure environ trois semaines et la chenille sort la nuit pour ronger les feuilles voisines.
Répandue dans le sud et le centre de dans leur abdomen. Quand la température hiberne à l’intérieur de l’œuf où elle peut Plus grande, elle se tient sur une feuille. Elle
l’Europe, au Maghreb, au Proche-Orient et du thorax dépasse 37°C, les papillons se survivre à une immersion prolongée. se nymphose à la fin du 5e stade sur une
du sud de la Russie à la Sibérie, l’Hespérie posent à l’ombre ou ferment les ailes pour Elle éclôt entre mi-février et avril pour se feuille de Graminée, entourée de fils de soie.
du dactyle est en extension vers le nord en éviter de surchauffer. développer en deux mois au printemps. La
Angleterre, aux Pays-Bas, en Suède et en Les mâles patrouillent les habitats tête de la chenille, noire au 1er stade, devient
Finlande. Elle est assez fréquente en France herbeux à la recherche des femelles,
continentale dans les prairies, les pelouses passant plus de la moitié des belles
fleuries, les lisières et clairières herbeuses journées en vol. Les parades représentent
ensoleillées, devenant plus abondante dans 10 % de leur temps actif. Les femelles volent
les régions de collines et de montagnes beaucoup moins, pendant environ 15 % de
jusqu’à 2300 m. la journée. En fin d’après-midi les papillons
Accidentellement introduite en 1910 s’exposent de nouveau ailes ouvertes pour
dans l’Ontario, cette Hespérie a tant proliféré se réchauffer. Ils se rassemblent parfois
depuis en Amérique du Nord - favorisée par pour passer la nuit dans les touffes de
le transport des bottes de foin - qu’elle y est hautes herbes, accrochés aux tiges à mi-
devenue nuisible aux prairies de fauche et hauteur.
aux pâturages. Une série d’études, menées La femelle s’accouple en principe une
au cours des années 1960, ciblèrent les seule fois, souvent le jour même de son
parasitoïdes de l’Hespérie du dactyle pour émergence. Elle pond en moyenne une
tenter de trouver une parade biologique soixantaine d’œufs insérés en rangées
contre ce fléau. Cela permit d’établir que
dans son aire de répartition originelle, les
effectifs du papillon se trouvent largement
limités par quelques parasitoïdes dont De gauche à droite : œufs, chenilles à maturité et chrysalide. La durée de l’état nymphal - entre 10 et
deux déposent leurs pontes dans les 21 jours - dépend de la température.
chenilles et un autre dans les chrysalides.
Au Canada, 22 espèces de parasitoïdes
en mesure d’attaquer l’espèce invasive
ont été identifiées. Mais ce sont tous des
généralistes avec leurs propres réservoirs
d’hôtes indigènes et leur impact sur les
contingents de l’Hespérie du dactyle reste
faible.
L’unique génération vole de début juin
à fin août. Les papillons naissent le matin
et les émergences des mâles précèdent de
plusieurs jours celles des femelles. Tous
entr’ouvrent les ailes pour se réchauffer
peu après le lever du soleil. Les mâles
commencent à voler dès que leur corps
atteint 20°C. Les femelles requièrent une
température de 3°C plus élevée pour
devenir actives car, étant plus lourdes que
les mâles, il leur faut davantage d’énergie
avant de pouvoir décoller. La chaleur Les mâles partagent leur temps actif entre butiner et voler, les femelles passent l’essentiel de la
favorise par ailleurs la maturation des œufs journée à se nourrir. L’Hespérie du dactyle apprécie particulièrement les fleurs des Composées (ici
une Centaurée) et des Légumineuses.
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Hespéries Hesperiidae Hesperiinae
L’Hespérie du chiendent Thymelicus acteon (Rottemburg, 1775)
La plus petite des Hespéries orange est en diapause sans délai. Elle ne commence
répandue en Europe centrale et méridionale, à s’alimenter qu’au printemps suivant, se
au Maghreb et au Proche-Orient. Disparue nourrissant de Graminées : Brachypodes,
des Pays-Bas, se raréfiant en Belgique, Brome dressé, Andropogon hérissé ou
en Autriche et en Pologne, elle demeure Calamagrostides. La chenille passe la
assez commune dans le sud de l’Europe journée dans un abri tubulaire fait de une
et dans une grande partie de la France. à trois feuilles dont les bords sont cousus
La colonisation des pelouses sèches par ensemble par des fils de soie. Elle en sort la
les ligneux suite à la déprise agropastorale nuit pour ronger le bord des feuilles où elle
a provoqué son déclin dans le nord de la laisse des encoches en forme de U.
France et en Bourgogne alors qu’elle semble Le cycle biologique est différent en basse Les œufs sont pondus en groupe, jusqu’à
en expansion en région parisienne. Provence où les chenilles commencent 20 ensemble en deux ou trois rangées. La femelle
à s’alimenter dès l’automne, après une les enfonce profondément dans la gaine foliaire de
L’Hespérie du chiendent se reproduit sur
diapause estivale au 1er stade. Elles hiber- Graminées sèches, à environ 20 cm de hauteur.
les pelouses sèches, les prairies mésophiles
chaudes et les landes ouvertes herbeuses nent ensuite au 3e stade, puis terminent leur
et ensoleillées jusqu’à 1300 m. L’unique croissance au printemps suivant.
génération vole de mai à mi-août, parfois Comme les autres Thymelicus, l’Hespérie
jusqu’à mi-septembre. Les mâles alternent du chiendent a besoin de sites où les herbes
des vols de patrouille assez lents entre les restent hautes tout l’hiver car l’hibernation a
tiges de Graminées et la surveillance d’un lieu en hauteur sur les Graminées-hôtes. Le
territoire depuis un perchoir. Les papillons pâturage de printemps est également préju-
butinent surtout les Scabieuses et les diciable à ces espèces car leurs chenilles se
Composées (Centaurées, Cirses). tiennent haut sur les Graminées.
L’œuf incube pendant 15 à 23 jours. La
chenille sitôt née tisse en deux ou trois jours
un petit cocon ovale dans lequel elle entre
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Hespéries Hesperiidae Hesperiinae Quand elle veut manger, la chenille
coupe une feuille et la tire à l’intérieur de
Le Comma Hesperia comma (Linnaeus, 1758) son abri pour la ronger. Elle se nymphose
dans une tente tubulaire tapissée de soie et
Répandu dans une grande partie de montagnes peuvent survivre à de faibles située près du sol dans la touffe de plante-
l’Eurasie tempérée jusqu’au Japon ainsi gelées. hôte. L’état nymphal dure 10 à 28 jours.
qu’en Amérique du Nord de l’Alaska à la La femelle fécondée pond en tout une
Californie, le Comma se raréfie dans la trentaine de gros œufs blancs hémisphé-
moitié nord de la France. Il se reproduit riques. Elle les fixe isolément sur les feuilles
sur les pelouses sèches ou mésophiles, de Graminées ou sur d’autres plantes
les arrière-dunes et les landes herbeuses basses à proximité, entre 2 et 5 cm au-
à végétation rase jusqu’à 2500 m. C’est dessus du sol. Le cycle biologique varie en
l’un des rares Rhopalocères à se maintenir fonction de l’altitude : à basse et moyenne
en populations importantes sur des sites altitude, la chenille formée passe l’hiver
très pâturés par les ovins où les papillons dans l’œuf pour éclore au printemps. Dans
trouvent des plages de sol nu pour se les Alpes, les œufs éclosent en fin d’été et la
réchauffer. Ses exigences écologiques sont jeune chenille hiberne, raison pour laquelle
voisines de celles de l’Hermite (Chazara le Comma est plus précoce en montagne.
briseis). La chenille se construit un abri en
L’unique génération vole de la mi- attachant plusieurs feuilles avec des fils Oeuf dans la nature (en haut). Ci-dessus : la chenille met plusieurs jours à sortir de l’œuf.
juillet à septembre, parfois dès la fin juin de soie. Elle se développe en 5 stades,
ou jusqu’à la mi-octobre. Certains mâles rongeant les feuilles de Graminées : Fétuque
gardent des territoires le long d’une crête. des moutons surtout, Agrostides, Canche
Ils se déplacent d’un vol rapide au ras du flexueuse ou Nard raide. Elle passe sa vie au
sol et se posent souvent ailes entr’ouvertes sein de la touffe de la plante-hôte et quitte
sur des pierres ou au sol. Les Commas des très peu son refuge.
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Hespéries Hesperiidae Hesperiinae
La Sylvaine Ochlodes sylvanus (Linnaeus, 1758)
Commune dans une grande partie nouissant assez haut au-dessus du sol :
de l’Europe et jusqu’en Asie centrale, Ronces, Scabieuses, Chardons, Centaurées
la Sylvaine est très répandue en France et Vipérine.
continentale. Longtemps appelée Ochlodes Pour éconduire un mâle, la femelle
venatus, il semble qu’il faille réserver ce déjà fécondée se pose et se met à vibrer
nom à une espèce très proche d’Extrême- fortement des ailes avant de redresser
Orient. La Sylvaine se reproduit dans des son abdomen en signe de refus. Elle passe
endroits ensoleillés et abrités où les herbes beaucoup de temps posée et s’envole pour
restent hautes : prairies buissonneuses, aller butiner ou pondre. Ses gros œufs sont L’œuf ne change pas de couleur au cours de l’incubation. La
lisières et bord des haies, jardins, depuis fixés isolément sur les deux faces de feuilles tête noire de la chenille apparaît dans le haut de l’œuf deux
le niveau de la mer jusqu’à 1900 m. Elle de Graminées, entre 20 et 40 cm de hauteur. jours avant l’éclosion. À gauche : site de ponte dans l’Isère.
fuit les endroits trop secs et reste localisée L’incubation dure une à trois semaines.
aux milieux humides en basse région La chenille passe par 7 stades, hibernant
méditerranéenne. à mi-croissance entre octobre et mars.
L’unique et longue génération vole de À partir du 3e stade, elle réunit plusieurs
juin à août, parfois dès fin avril ou jusqu’à feuilles pour s’y cacher pendant la journée.
mi-septembre. Dans les régions chaudes du La chenille quitte son abri au crépuscule ou
sud de l’Europe (Italie péninsulaire, Grèce, de nuit pour ronger les feuilles de Pâturins,
Espagne), il se produit régulièrement deux Brachypodes, Bromes, Fétuques à feuilles
générations en fin de printemps, puis en fin larges ou Molinie. Au moyen d’un appendice
d’été. Les papillons estivaux sont plus petits en forme de peigne situé au-dessus de
avec le dessous des ailes postérieures l’anus, elle expulse ses crottes jusqu’à 1 m
jaune-vert presque uni. Cette seconde de distance.
émergence avait déjà été observée dans La chenille se nymphose dans une feuille
la plaine du Gard par Raymond Gaillard au pliée en gouttière ou dans un cocon dense La chenille néonate commence par manger le chorion, puis se dirige vers l’extrémité étroite de la
cours de la première moitié du 20e siècle. dans les herbes un peu au-dessus du sol. feuille. Elle tend plusieurs fils de soie d’un bord à l’autre pour tenir la feuille bien pliée. La petite
La Sylvaine butine une grande variété de Elle enduit l’intérieur d’une cire sécrétée par chenille travaille à son abri l’après-midi et commence à ronger les bords de la feuille vers la pointe
fleurs avec plus de 120 espèces sauvages deux glandes ventrales. L’état nymphal dure la nuit suivante. Le lendemain, elle ajoute encore quelques fils de soie pour confectionner un tube
répertoriées en Europe. Elle semble préférer 2 à 4 semaines. fermé de 18 mm de long dans lequel elle reste cachée toute la journée.
les fleurs roses, pourpres ou bleues s’épa-
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Hespéries Hesperiidae Hesperiinae abri tubulaire, mais elles se tiennent sans alors que les chenilles qui passent l’hiver
protection sur le dessus des feuilles étroites complètent leur croissance en 6 stades
L’Hespérie du barbon Gegenes pumilio (Hoffmansegg, 1804) de l’Andropogon. La chenille mange en étalés sur 6 à 7 mois. Après chaque mue, la
laissant de longues encoches sur les bords chenille dévore complètement son ancienne
Cette Hespérie brun foncé surtout de la feuille. Elle expulse ses crottes au loin peau.
répandue dans l’ouest de l’Asie et en Afrique à l’aide d’un organe composé de 16 écailles La chrysalide est attachée tête en haut
tropicale est confinée en Europe à la bordure à l’extrémité de l’abdomen. Les chenilles sur le dessus d’une feuille de la plante
du Bassin méditerranéen. Sa présence arrivées à mi-croissance en hiver continuent nourricière. Elle libère un papillon après
en France, bien documentée autrefois de s’alimenter lorsque le temps est doux 18 à 20 jours au printemps, une à deux
sur la Côte d’Azur, ne semble pas avoir et grandissent lentement. L’état larvaire semaines seulement l’été.
été confirmée depuis 1997. Les quelques dure 23 à 32 jours avec 5 stades en été,
populations recensées se maintenaient
alors sur les zones rocheuses les plus
chaudes du littoral des Alpes-Maritimes
et du Var caractérisées par la présence de
l’Euphorbe arborescente, plante côtière très
thermophile.
Le bétonnage du bord de mer a fait
régresser son habitat de manière très
inquiétante. L’Hespérie du barbon a peut-
être disparu de France, mais l’accès
aux sites potentiels est souvent difficile
(propriétés privées, terrains très escarpés).
Il semble donc prématuré d’annoncer
l’extinction de cette espèce qui passe
facilement inaperçue. Avec son vol soudain
et ultra-rapide il est impossible de la suivre
des yeux. Mâles et femelles butinent en automne les
fleurs jaunes de l’Inule visqueuse (en haut).
Le papillon vole en trois générations : mai- C’est alors la meilleure époque pour les
début juin, juillet à mi-août et septembre- rechercher. Les mâles sont territoriaux et
octobre. Très peu de papillons au printemps, perchent en plein soleil sur les pierres, ailes
un peu plus en été, la dernière génération repliées dorsalement (ci-dessus).
beaucoup plus abondante représente
80 % des effectifs annuels. Les chenilles
bénéficient pleinement de la chaleur et
de la sécheresse estivales qui limitent les
maladies et accélèrent le développement,
réduisant ainsi les risques de finir victimes
d’un prédateur ou d’un parasite.
La femelle fécondée pond en tout de
20 à 30 gros œufs hémisphériques, iso-
lément sur les deux faces des feuilles de
l’Andropogon hérissé, Graminée méditer-
ranéenne xérophile. Ailleurs en Europe,
pontes et chenilles ont été observées sur
d’autres Graminées mésophiles à hygro-
philes : Sorgho d’Alep, Sétaire verticillée, En haut à gauche : après avoir mangé le haut du chorion, la chenille néonate consacre sa première
Roseau commun et Impérata cylindrique. journée à se confectionner un abri avec le bord plié d’une feuille de la plante-hôte tenu par 5 à 7 fils
L’œuf incube pendant 4 à 10 jours selon la de soie disposés à intervalles réguliers. Ensuite, de gauche à droite : chenilles au 2e, 3e et 4e stade.
Les chenilles qui vivent sur des température. D’abord blanchâtre, il se couvre Ci-dessus, de gauche à droite : chenilles au 5e stade, en prénymphose, chrysalide et chrysalide la
Graminées à feuilles larges se fabriquent un ensuite de quelques taches rouges. veille de l’émergence du papillon. Toutes les photos de cette espèce ont été prises en Grèce.
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Apollons, Thaïs et Porte-Queues Papilionidae La famille des Papilionidae
La famille essentiellement tropicale des Les Parnassiinae constituent un
Papilionidés compte environ 550 espèces groupe d’affinité boréo-montagnarde dont
connues dans le monde. Deux sous-familles le centre de diversité se situe dans les
se rencontrent en Europe : les Papilioninae montagnes d’Asie centrale qui hébergent
(Porte-queues et Thaïs) et les Parnassiinae une quarantaine d’espèces. Quelques-
(Apollons). La plupart sont des papillons de unes ont essaimé à travers le nord de
grande taille aux ailes vivement colorées l’Eurasie vers les montagnes d’Europe et
présentant peu de différences entre les d’Amérique du Nord. Les Apollons volent en
mâles et les femelles. Ils passent de longs une seule génération estivale. Leurs œufs
moments à butiner, surtout les fleurs de très granuleux sont blancs ou blanchâtres.
Scabieuses et de Chardons. Tous adoptent Ils incubent en deux semaines et la chenille
un comportement de défense particulier, passe l’hiver à l’intérieur pour en sortir au
destiné à effrayer les oiseaux quand printemps suivant. Toute sa croissance
le papillon n’est pas assez chaud pour s’effectue avant l’été. La chrysalide repose
s’envoler : ils ouvrent les ailes à plat en les dans un cocon tissé habituellement dans la
écartant au maximum. litière et elle se métamorphose rapidement.
Le papillon émergeant déchire le cocon à
Les chenilles, diurnes, disposent en
l’aide d’une épine placée à la base de ses
arrière de la tête d’un organe fourchu
ailes antérieures. Le dessous des ailes est
rétractile de couleur vive, l’osmaterium,
d’abord fortement teinté de jaune, mais
qu’elles dégainent quand elles sont saisies ;
cette couleur disparaît quand le papillon
celui-ci libère une odeur désagréable due à
commence à voler. Les mâles d’Apollons
des acides butyriques qui repousse certains
sont des patrouilleurs invétérés. Durant
prédateurs tels que les fourmis ou les
L’Apollon (Parnassius apollo), ci-dessus, et le Voilier blanc (Iphiclides feisthamelii), ci-dessous. l’accouplement, le mâle sécrète une poche
araignées. Chenilles matures et chrysalides
qui adhère fermement à l’extrémité de
mesurent entre 3 et 5 cm de longueur.
l’abdomen de la femelle. Ce sphragis durcit
en séchant ce qui interdit tout accouplement
ultérieur.
Les Papilioninae aiment la chaleur et
leur répartition est principalement méditer-
ranéenne. Seuls le Flambé (Iphiclides
podalirius) et le Machaon (Papilio machaon)
se reproduisent plus au nord. Les femelles
fécondées fixent leurs œufs isolément sur
les plantes-hôtes. Sphériques et lisses, ils
changent de couleur au cours de l’incu-
bation. Les chenilles se développent
assez rapidement et ce sont toujours les
chrysalides qui hibernent. La chrysalide
est accrochée tête en haut, l’extrémité
de l’abdomen ancrée à un coussinet de
soie tissé par la chenille. Il y a aussi une
ceinture de soie autour du thorax chez
les Porte-queues, une courte ceinture au
sommet de la tête chez les Thaïs.
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Apollons Papilionidae Parnassiinae
Le Petit Apollon Parnassius sacerdos (Stichel, 1906)
Le Petit Apollon est endémique des sable au bord de l’eau. Après l’incubation
Alpes. D’autres papillons très proches les petites chenilles restent dans l’œuf
peuplent l’Oural, la Sibérie et les montagnes tout l’hiver. Elles en sortent après la fonte
Rocheuses américaines. Tous étaient encore des neiges pour se nourrir des feuilles du
récemment considérés comme appartenant Saxifrage faux-aizoon. Dans les hautes
à une seule espèce nommée Parnassius vallées des Alpes-Maritimes la sous-espèce
phoebus, avant qu’une étude génétique gazeli, aux ailes antérieures dépourvues de
la divise en plusieurs espèces distinctes. taches rouges, se reproduit sur l’Orpin rose.
Le papillon décrit comme phoebus par La chenille passerait par 4 stades avant de
Fabricius en 1793 désigne en fait un Apollon se nymphoser dans un cocon dense de soie
asiatique capturé dans l’ouest de l’Altaï. blanche tissé dans le feuillage de la plante
Inconnu en Europe, celui-ci ressemble aux nourricière. Le papillon émerge après 10 à
Petits Apollons des Alpes. 25 jours.
En France, le Petit Apollon se rencontre
surtout dans les massifs cristallins internes,
du Mercantour au Mont-Blanc. Il fréquente
les bords de torrents, les berges de lacs,
les sources et les éboulis humides où
poussent ses plantes-hôtes entre 1300 et En haut : œuf sur une feuille de Dryade à huit
2800 m, surtout entre 1800 et 2300 m. pétales.
Dans plusieurs vallées des Hautes-Alpes, il Ci-dessus : les chenilles rongent frénétiquement
s’hybride assez régulièrement avec l’Apollon les feuilles lorsque le soleil brille, mais demeurent
(P. apollo). Les mâles qui en résultent sont apathiques par temps couvert. Comme les
parfois féconds, mais les femelles sont chenilles de l’Apollon, elles réagissent aux
agressions en se contorsionnant vivement avant
stériles ce qui assure la pérennité des deux
de prendre la fuite en courant.
espèces.
L’unique génération vole de juin à août, Au bord de ce torrent dans le sud de la
jusqu’à fin septembre les années tardives. Savoie, nous avons trouvé 10 œufs sur
quelques m2, tous à moins d’un mètre
Par temps ensoleillé, les mâles patrouillent
de l’eau. Un seul œuf avait été pondu sur
activement le matin sur des sites riches en
un Saxifrage faux-aizoon (sur le dessous
Saxifrage faux-aizoon, la principale plante- d’une feuille), un autre à même le sol et
hôte, et butinent l’après-midi. Lorsque le les autres sur des feuilles vertes ou sèches
soleil disparaît momentanément, ils se de diverses petites plantes, toujours près
posent sur le sol ou dans la végétation, ailes du sol, à 15 - 60 cm (33 cm en moyenne)
étalées à plat. de la plante-hôte la plus proche.
Mâles et femelles préfèrent les Chardons Ci-dessous : le Saxifrage faux-aizoon.
et butinent aussi le Saxifrage faux-aizoon,
l’Arnica, l’Aster des Alpes, la Ciboulette et les
coussinets de Silène acaule ou de Serpolet.
Les papillons passent la nuit posés ailes
fermées dans les grandes touffes de hautes
herbes ou de Laîches en bord de torrent, à
20 -30 cm au-dessus du sol.
La femelle fécondée fixe ses œufs
isolément sur des supports variés à Femelle sur une Joubarbe toile-d’araignée Cocon tissé sur le Saxifrage faux-aizoon (en haut),
proximité de la plante-hôte, parfois dans le dans le Briançonnais (Hautes-Alpes). puis ouvert pour montrer la chrysalide (en bas).
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Apollons Papilionidae Parnassiinae Ainsi la disparition des Apollons du Larzac
et de certains sites du Vaucluse serait due
L’Apollon Parnassius apollo (Linnaeus, 1758) à l’impossibilité de trouver refuge plus haut
en altitude. Dans le Briançonnais (Hautes-
Papillon emblématique des montagnes, se reproduire, furent observés dans le sud Alpes) où Henri Descimon et sa famille
l’Apollon peuple la plupart des massifs des Alpes en avril et même dès février. Les l’ont étudié pendant plusieurs décennies,
montagneux d’Europe et d’Asie jusqu’au populations des Causses méridionaux se l’époque de vol est plus précoce de deux
Tian Chan. Encore commun dans les Alpes sont effondrées après l’hiver 1988 -1989 semaines en moyenne par rapport aux
et les Préalpes, il s’est considérablement anormalement chaud. Dans le Puy-de- années 1960.
raréfié dans le Massif central et le Jura. Il n’a Dôme, l’altitude minimale des populations
L’Apollon vole entre la mi-mai et août
plus été revu dans les Vosges après 1978 et est passée de 600 à 1250 m au cours du
selon l’altitude, jusque fin septembre
dans les monts du Forez depuis 1980. dernier demi-siècle. L’Apollon semble devoir
certaines années tardives. La durée de vie
s’élever toujours plus haut pour retrouver des
L’Apollon se reproduit dans les pelouses d’un Apollon varie de 2 à 4 semaines. Il est
conditions favorables à son développement.
et les clairières sèches et rocheuses, actif plus de 10 heures par jour quand il
les éboulis, les talus rocheux ensoleillés fait beau. Dès que la température au soleil
le long des routes ou des lisières, en atteint 19°C, les mâles commencent à voler
principe à proximité d’endroits fleuris entre en utilisant les courants d’air chaud pour
800 et 1800 m. Quelques populations se patrouiller le long des pentes jusqu’en milieu
reproduisent dès 400 - 600 m d’altitude de journée. Lorsqu’il rencontre une femelle
dans le Vaucluse, d’autres à 2400 m qui s’envole, le mâle se précipite sur elle et
dans le sud des Alpes et l’imago monte Sur ce talus rocheux en Savoie, une femelle a la force à se poser au sol pour s’accoupler.
occasionnellement jusqu’à 2700 m. Bon pondu au moins trois œufs en un quart d’heure Si elle est déjà fécondée, le sphragis corné
planeur, l’Apollon est capable de parcourir sur l’Orpin blanc et l’Orpin des montagnes. sécrété par le premier partenaire empêche
des distances considérables et il lui arrive toute nouvelle union. L’après-midi, les mâles
de s’éloigner à des dizaines de kilomètres recherchent les endroits fleuris pour butiner
de sa région d’origine. Ceci explique sans les grandes inflorescences pourpres ou roses
doute la colonisation temporaire du plateau des Chardons, Centaurées et Scabieuses.
de Millevaches (Corrèze) qui hébergea une Mâles et femelles se rassemblent parfois
petite population d’Apollon en 1947- 48. sur de hauts Chardons pour y passer la nuit.
La cause première du déclin de l’Apollon La femelle de l’Apollon consacre de
dans les Vosges, le Jura et sur d’autres longs moments à butiner. Elle profite des
massifs est la fermeture des milieux heures chaudes pour pondre, dispersant
consécutive à l’abandon du pâturage et une quarantaine d’œufs en tout sur les
de l’exploitation du bois de chauffage. Les plantes-hôtes ou à proximité sur des plantes
plantations de l’ONF ont fait disparaître
certaines colonies, en particulier dans les
Cévennes. À un degré moindre, le trafic
automobile important l’été en montagne
peut se révéler par endroits un fléau pour
l’Apollon qui vole lentement lorsqu’il vient
butiner les fleurs des talus routiers.
Des hivers froids et neigeux suivis de
printemps ensoleillés semblent nécessaires
à la bonne santé des populations. Le Par temps nuageux ou frais l’Apollon ne peut
réchauffement climatique perturbe le cycle s’envoler. Inquiété, il ouvre largement les
biologique de l’Apollon et le rend vulnérable. ailes pour exhiber ses ocelles rouges tout
Au cours d’une série d’hivers doux au en frottant ses pattes postérieures sur les
nervures épaisses à la base de l’aile, ce qui
début des années 1990, des chenilles
produit un grincement nettement audible. Ce
éclorent prématurément et des papillons comportement destiné à effrayer l’agresseur L’Orpin blanc, principale
isolés, sans la moindre chance de pouvoir s’observe aussi chez les autres Parnassius. plante-hôte de l’Apollon.
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Apollons Papilionidae Parnassiinae
basses sèches, des cailloux, sur la mousse grandes, elles se cachent sous les pierres
ou sur le sol. ou dans les touffes d’herbe. En mai ou en
L’incubation dure deux semaines, mais juin, la chenille tisse un cocon lâche sur le
la chenille ne sort habituellement de l’œuf sol à la base d’une plante ou sous une pierre
qu’après 7 à 9 mois - entre février et avril - pour s’y nymphoser. Le papillon émerge
quand la neige a fondu et que la température après une durée très variable : deux à trois
atteint 20°C. Elle commence par ronger une semaines en général, seulement 8 jours
partie du chorion. Quand la chenille éclôt en parfois, mais jusqu’à 7 semaines par temps
fin d’été ce qui arrive rarement, elle hiberne froid.
parmi les pierres ou entre les racines sans L’Ichneumon Erigorgus apollinis pond Chenille prête à se nymphoser dans son cocon ouvert pour la photo (à gauche). La chrysalide à peine
s’alimenter avant le printemps. ses œufs dans la chenille de l’Apollon qui formée est brune ; elle se couvre après deux jours d’une pruinosité claire verdâtre ou bleuâtre.
La chenille se développe en 5 stades est son seul hôte connu. La larve ronge sa
effectués en 3 à 12 semaines, se nour victime de l’intérieur et une guêpe naît à la
rissant par temps ensoleillé de Crassulacées. place du papillon.
Très vive, elle fuit le danger en courant sur
plusieurs mètres. Par temps couvert les
jeunes chenilles restent immobiles ; plus
La chenille au 1er stade est noire (en haut à gauche). Les taches qui ornent la grande chenille varient
du jaune au rouge. À droite : chenille mature rongeant une rosette de Joubarbe toile-d’araignée à
2400 m dans le Queyras (Hautes-Alpes). En bas à gauche : chenille mature sur Orpin blanc dans
le Dévoluy (Hautes-Alpes). L’Orpin blanc est la principale plante nourricière, mais la chenille mange
également le Grand Orpin dans le Cantal, l’Orpin âcre, l’Orpin à pétales droits, l’Orpin des rochers et
l’Orpin élevé dans les Cévennes, l’Orpin rose dans le Mercantour, l’Orpin anacampséros, la Joubarbe
toile-d’araignée et la Joubarbe des montagnes dans le sud des Alpes, l’Orpin des montagnes en L’Apollon est parfois très abondant. Sur cette photo de Max Berger, une Épeire en a déjà capturé
Savoie, l’Orpin noirâtre et la Joubarbe des montagnes dans les Pyrénées. 4 dans sa toile tendue parmi les Scabieuses.
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L’Apollon (Parnassius apollo) : mâle (en haut à gauche) et femelle (en haut à droite) des Hautes-
Le Petit Apollon (Parnassius sacerdos) dans le sud de la Savoie : mâle (en haut) et femelle (en bas). Alpes, femelle de haute Provence (ci-dessus).
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Apollons Papilionidae Parnassiinae discerne cependant, sans même inspecter le sol, les
emplacements où sa descendance pourra effectuer
Le Semi-Apollon Parnassius mnemosyne (Linnaeus, 1758) son cycle. Posée brièvement sur une plante basse,
elle expulse un œuf vers la litière ou le fixe sur une
Le plus petit des Apollons vole dans les s’aventurent hors des limites de leur habitat. plante proche du sol. Elle pond 80 à 100 œufs en
Pyrénées, le Massif central, les Alpes, en Ils butinent surtout les fleurs pourpres, tout.
haute Provence et vers l’est jusqu’en Asie bleues ou roses, en particulier les Silènes,
La chenille est formée après deux semaines
centrale. Une colonie isolée très menacée les Scabieuses et le Géranium des bois.
d’incubation, mais elle éclôt seulement au printemps
subsiste sur la Sainte-Baume dans le Var. Les mâles patrouillent activement les suivant quand les Corydales ont de nouveau des
Les populations sont localisées dans des sites de reproduction d’un vol bas, glissant feuilles. La chenille néonate, très mobile, se déplace
clairières, le long de lisières ensoleillées, et chaloupé à la recherche des femelles rapidement à la recherche de sa plante nourricière.
dans les prairies herbeuses plutôt humides posées dans la végétation. Ils ralentissent Elle se développe en 7 à 8 semaines, entre mars et
et les communautés de hautes plantes sur divers objets blancs et se pourchassent début juin, et accomplit 4 mues. Elle prend de longs
nitrophiles des reposoirs à bestiaux entre mutuellement. Lorsqu’il repère une femelle bains de soleil sur les feuilles mortes et parvient
900 et 2400 m. Le Semi-Apollon fréquente en vol, le mâle la poursuit et la force à à se nourrir même quand il ne fait que 4°C. Elle
parfois les pentes rocheuses et les pelouses tomber ou se jette sur elle si elle est posée, grignote de jour les feuilles, les fleurs et les fruits de
alpines rases et atteint 2800 m dans les puis il tente de s’accoupler, avec succès Corydale. Dérangée, la chenille se laisse tomber au
Hautes-Pyrénées. quand celle-ci est vierge. L’union se prolonge sol à demi enroulée ou bien elle crache un liquide
L’unique génération vole entre fin mai pendant 2 à 3 heures, le mâle mettant vert en faisant saillir son petit osmaterium derrière
et juillet, rarement encore en août. Chaque au moins 1h30 pour sécréter le sphragis. la tête. Par temps couvert, elle se cache au sol sous
imago peut vivre deux ou trois semaines. Les mâles agressent souvent les femelles des feuilles sèches ou sous une pierre. La chenille
Les papillons sont souvent abondants, déjà fécondées en dépit de la présence Au début du printemps, après avoir se nymphose dans un cocon de soie lâche tissé
avec de fortes fluctuations d’effectifs du sphragis. Ces femelles, non protégées passé 8 à 9 mois dans son œuf, la dans la litière et la chrysalide libère un papillon 2 à
d’une année sur l’autre. Les mâles, un peu chimiquement des ardeurs des mâles, sont chenille ronge progressivement une 4 semaines plus tard.
plus nombreux que les femelles, vivent en souvent importunées quand elles butinent. ouverture dans le chorion ce qui peut
moyenne moins longtemps. Dans les petites À l’époque de la ponte, il ne subsiste plus lui prendre jusqu’à deux semaines.
colonies, les papillons ne couvrent que de aucune trace des plantes-hôtes en surface :
faibles distances et resteraient en contact les Corydales ont fini de fleurir et de
visuel. Lors des années de forte abondance fructifier et sont réduites à l’état de bulbes
certains - jeunes femelles en particulier - souterrains. La femelle du Semi-Apollon
Ci-dessus : chenille au 4e stade (à gauche) et au 5e stade (à droite). Ci-dessous : cocon dans les
feuilles mortes et chrysalide dont le cocon a été ouvert.
La Corydale creuse,
plante-hôte favorite
du Semi-Apollon en Le Semi-Apollon ne vole que par temps ensoleillé et se pose dans
Europe. l’herbe dès qu’un nuage cache le soleil comme ici dans la Drôme.
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Thaïs Papilionidae Papilioninae
La Diane Zerynthia polyxena (D. & S., 1775)
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Thaïs Papilionidae Papilioninae
La Proserpine Zerynthia rumina (Linnaeus, 1758)
La forme honnoratii, aux taches rouges très grandes, volait surtout dans la région de Digne. Elle
est devenue rarissime, suite aux prélèvements réalisés très régulièrement au 19e et au début du
20e siècle comme l’expliquait Charles Oberthür en 1911 : "À cause du prix élevé auquel peuvent
atteindre les exemplaires frais et intacts de Thais Honnoratii, beaucoup de chasseurs se sont
acharnés à la capture du précieux papillon. J’ai entendu dire que les enfants des écoles, instruits
par les informations d’un journal de Digne, s’adonnent activement à la recherche d’Honnoratii. On
recueille les chenilles en masse, pour en faire l’élevage, et on poursuit à outrance les papillons
qui éclosent à chaque nouveau printemps. Malheureusement, il y a peu d’espoir de voir s’apaiser
l’ardeur des trop nombreux chasseurs de Thais Honnoratii ; car, outre l’appât du gain, la rivalité les
excite les uns les autres."
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Thaïs Papilionidae Papilioninae
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Porte-Queues Papilionidae Papilioninae farouche lorsqu’il se nourrit. Il préfère les poursuite est brève, entre 3 et 20 secondes.
fleurs de couleur rose, pourpre ou bleue, Lorsque l’intrus est faible, abîmé ou âgé il
Le Flambé Iphiclides podalirius (Linnaeus, 1758) en particulier les Scabieuses, Centaurées, se réfugie dans le feuillage d’une branche
Chardons, Vipérine, Lavande, Origan et basse pour échapper à son poursuivant. Il
Essentiellement méridional et répandu début de 21e siècle avec l’apparition plus Buddléia. peut y avoir jusqu’à 6 territoires occupés sur
en Eurasie jusqu’en Chine, le Flambé est régulière de la génération estivale dans la 2500 m2.
Il y a souvent plusieurs Flambés sur un
commun dans le Midi en deux générations, moitié nord et la reconquête de territoires
site de hill-topping (occupation d’un territoire Les promontoires attirent aussi les
au printemps, puis en été. Certaines perdus depuis plusieurs décennies. Le
sur une hauteur) ce qui donne lieu à des mâles de Machaon (Papilio machaon) qui
chrysalides formées au printemps attendent Flambé vole ainsi de nouveau aux portes de
duels d’un vol agile et très rapide. Chaque s’y rendent en général un peu plus tard.
près d’un an avant d’éclore. Dans le centre Paris. En montagne il atteint 2100 m et des
Les deux espèces se pourchassent souvent,
et le nord de la France où le Flambé est papillons erratiques ont été vus à 2600 m
mais arrivent à limiter cette compétition
localisé et souvent rare, il n’y a qu’une dans les Pyrénées, mais il ne semble pas
en occupant des hauteurs différentes : les
génération en mai-juin, sauf lors des années se reproduire au-dessus de 1500 m, limite
Machaons se posent sur les buissons bas
chaudes. Les émergences débutent alors altitudinale de ses principales plantes-hôtes.
ou dans l’herbe et volent surtout à moins de
dès la mi-avril et sont suivies d’une seconde Contrairement au Machaon et à 3 m de haut. Les Flambés se posent alors
génération partielle en août. Une double l’Alexanor et pour le bonheur du photo- en hauteur sur les arbres et volent plutôt
évolution semble toutefois se profiler en ce graphe, le Flambé devient calme et peu entre 3 et 5 m de haut. En l’absence de
Machaons, le Flambé se pose plus bas, avec
une préférence pour les buissons poussant
au pied des arbres en des endroits bien
abrités et chauds. Ses ailes triangulaires et
ses longues queues donnent au Flambé la
Dans le Midi, les femelles recherchent pour forme et l’aérodynamique d’un cerf-volant. Il
pondre les arbustes élevés et les petits pratique un élégant vol plané, utilisant les
arbres des haies (comme ci-dessus dans courants ascendants d’air chaud. Le mâle
l’Aude), le long des lisières, dans les vergers peut aussi surveiller son territoire en planant
et les jardins. Elles pondent au printemps longtemps face au vent même violent avec
comme en été surtout entre 1 m 50 et 2 m de un minimum de battements d’ailes.
hauteur. Dans la moitié nord et en montagne,
elles préfèrent les arbustes bas poussant sur
Lorsque la température dépasse 30°C,
des pentes exposées au sud, en microclimat les Flambés se montrent peu enclins à voler
chaud et abrité. et attendent posés, ailes fermées, n’offrant
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Porte-Queues Papilionidae Papilioninae
qu’une surface très réduite aux rayons du décrit ce comportement en 1982, rapportent
soleil. Par temps chaud, les mâles viennent que les chenilles sont très agressives entre
souvent boire sur le sol humide au bord des elles, mais nos observations dans la nature
cours d’eau. En fin d’après-midi, ils quittent et en élevage ne le confirment pas.
peu à peu leur territoire pour retourner La chenille passe par 5 stades et
butiner en contrebas. Le Flambé passe la termine sa croissance en 4 à 8 semaines.
nuit sur un buisson ou sur un arbuste, ailes Menacée, elle fait saillir brièvement un long
repliées. osmaterium orange en se balançant de
Nous avons observé quelques accou droite à gauche. Au dernier stade, elle se
plements sur les pentes en contrebas tient souvent accrochée à un rameau quand
des sites de hill-topping : dans les régions son poids ne lui permet plus de rester sur
À gauche : chenille au 3e stade sur Poirier à feuilles d’amandier. À droite : chenille au 4e stade
vallonnées, les femelles vierges montent une feuille. Le comportement de la chenille
sur Cerisier mahaleb. Son mimétisme touche à la perfection : couleur identique, stries jaunes
sans doute vers les hauteurs à la rencontre à terme dépend de la saison. Si elle est semblables aux nervures, points orange imitant les glandes des dents marginales de la feuille.
des mâles. La femelle pond une soixantaine destinée à se métamorphoser rapidement,
d’œufs en tout. Elle les fixe en milieu de elle se nymphose sur l’arbuste-hôte. Si au
journée, isolément ou par paire sur les deux contraire la chrysalide hibernera, alors la Après chaque mue, la
faces des feuilles ensoleillées de Rosacées chenille descend ou se laisse tomber au chenille mange son
arbustives, surtout sur leur dessous. La sol avant de partir à la recherche d’une ancienne peau. Elle
grande majorité des œufs est pondue sur cachette pour se nymphoser. Le Flambé ne perd ainsi aucune
le Cerisier mahaleb et le Prunellier, plus hiberne toujours sous forme de chrysalide. protéine et évite de
rarement sur Amélanchier, Aubépine à un laisser un indice tou
seul carpelle, Poirier à feuilles d’amandier et jours susceptible d’at
tirer l’attention d’un
Pommier sauvage, ainsi que sur des arbres
prédateur. Pour cette
fruitiers cultivés : Amandier et Abricotier grande chenille de
surtout, également sur Pêcher, Poirier ou la vallée du Var, ce
Pommier. fut chose faite en
L’œuf incube pendant 6 à 24 jours selon une demi-heure. Elle
la température, virant de vert pâle à rose reprend ensuite sa
orangé. À peine éclose, la chenille dévore position initiale, tête
en haut sur la feuille.
le chorion, puis tisse un tapis de soie sur
le dessus de la feuille. Elle se tient toujours
tête en haut le long de la nervure médiane,
bien accrochée à son lit de soie, souvent
sur une feuille non rongée. Elle reste ainsi
même après une averse et doit alors dresser
l’avant du corps au-dessus de l’eau retenue
dans le pli de la feuille pour ne pas périr
noyée. Un printemps ou un été pluvieux ont
sans doute des conséquences fâcheuses
pour les populations de Flambé.
Pour changer de feuille, la chenille se
déplace lentement avec des mouvements
saccadés. Elle tisse sur les rameaux une
traînée de soie entre son lieu de repos et les
feuilles dont elle se nourrit. Chaque chenille
Chenille prête à se nymphoser (à gauche). Les chrysalides qui n’hibernent pas sont vertes et
préfère suivre sa propre trace et évite celle accrochées par une ceinture de soie à un rameau ou sous une feuille de la plante-hôte, entre 20 cm
des autres chenilles ou la recouvre alors de Chenilles au 1er stade (en haut) et au 2e stade et 2 m de hauteur (photos du milieu, l’exuvie à droite) ; le papillon émerge deux semaines plus tard.
sa propre soie. Weyh et Maschwitz, qui ont sur Cerisier mahaleb. Les chrysalides qui hibernent sont brunes et attachées à une tige basse ou à un mur (à droite).
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Porte-Queues Papilionidae Papilioninae Le long de la zone de contact entre les génétique. Cet espace de cohabitation n’a
deux populations on trouve une majorité pas empêché l’un et l’autre de conserver
Le Voilier blanc Iphiclides feisthamelii (Duponchel, 1832) de papillons purs avec une proportion ses caractères propres inchangés : il paraît
variable d’individus présentant un aspect donc logique d’accorder le statut d’espèce
Du Roussillon au Maghreb, le Flambé des collines et sur les crêtes. Deux chenilles intermédiaire qui indique sans doute leur au Voilier blanc.
(Iphiclides podalirius) est remplacé par trouvées sur un même buisson de Prunellier origine hybride. Malgré la facilité avec La biologie et le comportement du
le Voilier blanc. Nommé feisthamelii rabougri dans le Minervois (Aude) ont donné laquelle les deux papillons se rencontrent, Voilier blanc ne diffèrent guère dans leurs
par Philogène Auguste Duponchel en naissance l’une à un Flambé, il n’y pas de population entièrement hybride grands traits de ceux du Flambé. Les mâles
l’honneur du général français Feisthamel, l’autre à un Voilier blanc, dans la zone de contact ce qui serait le cas butinent le matin sur les pentes fleuries, puis
son statut taxonomique fait débat depuis chacun d’eux tout à si le Voilier blanc et le Flambé pouvaient s’adjugent en fin de matinée un territoire sur
sa description. Arguant de différences fait typique. échanger librement leur patrimoine une hauteur où ils guettent le passage d’une
constantes dans l’ornementation des ailes femelle. Un mâle a été observé sur le même
et entre les organes génitaux, certains territoire au sommet d’une petite colline
en faisaient une espèce à part pendant 5 jours d’affilée.
entière, mais la plupart des auteurs
La femelle fécondée cherche à vue les
le considéraient comme une sous-
petits buissons et se pose brièvement sur
espèce du Flambé. Cependant,
une feuille pour les identifier. S’il s’agit
aucune étude des relations entre
d’une plante-hôte, elle s’y arrête juste le
les deux papillons dans leur zone de
temps de fixer un œuf. Elle préfère les
contact n’avait été entreprise avant
feuilles de Cerisier mahaleb, de Prunellier
2011.
et d’Amandier, entre 20 cm et 1 m 20 de
Les aires de répartition du Flambé hauteur. Ayant ainsi pondu deux ou trois
et du Voilier blanc se superposent en œufs en quelques minutes, elle se repose
plusieurs stations dans l’Aude, des confins ensuite un moment ou butine avant de
de l’Ariège au Minervois. Tous deux ont en recommencer à pondre.
commun l’habitude de se rassembler sur La première illustration Oeuf pondu sur un petit Cerisier mahaleb
du Voilier blanc peinte poussant sur une pente caillouteuse.
des élévations de terrain et nous les avons
par Paul Duménil pour
vu se livrer ensemble à l’exercice du hill- le livre de Duponchel
topping sur de simples buttes, au sommet paru en 1832.
Répartition du Flambé (en noir) et du Voilier blanc (en rouge) en Languedoc-Roussillon. Les ronds
bicolores correspondent à des sites où les deux papillons cohabitent. Le Voilier blanc se montre
occasionnellement plus à l’ouest dans les Hautes-Pyrénées, en provenance du versant espagnol.
À gauche : site d’alimentation et de hill-topping du Voilier blanc sur les ruines d’un château perché Les Voiliers blancs se déplacent beaucoup à la recherche d’endroits fleuris et butinent surtout les
dans les Pyrénées-Orientales. Scabieuses qu’ils reconnaissent en vol car ils s’y dirigent et s’y posent sans hésitation.
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Porte-Queues Papilionidae Papilioninae Porte-Queues Papilionidae Papilioninae
La femelle choisit pour pondre des est confirmé par la différence entre la durée
L’Alexanor Papilio alexanor (Esper, 1800)
arbustes bas poussant en plein soleil sur les de développement nymphal au printemps :
talus, les éboulis et dans les friches ; protégés conservées ensemble dans des conditions Surtout répandu au Proche et au trajectoire le plus souvent directe. L’Alexanor
du vent et profitant de la réverbération du rigoureusement identiques, les chrysalides Moyen-Orient, l’Alexanor se rencontre très apprécie les grandes fleurs pourpres,
sol, les œufs bénéficient d’un microclimat de Voilier blanc éclosent en moyenne trois localement en Europe méditerranéenne, surtout le Centranthe à feuilles étroites et
particulièrement chaud. Le Voilier blanc semaines après celles du Flambé. principalement dans le sud-est de la France les Chardons. Par temps très chaud il est
paraît plus thermophile que le Flambé, car et en Grèce. Il affectionne les sites calcaires peu actif en milieu de journée.
ce dernier pond en région méditerranéenne chauds, secs, rocheux ou caillouteux de Les mâles ne sont pas territoriaux.
en situations moins abritées, souvent sur 600 à 1500 m en haute Provence et dans le Ils patrouillent au-dessus des pentes
des arbustes élevés ou des arbres à plus sud des Alpes, mais se reproduit dès 150 m caiIlouteuses, inspectant sans relâche et
de 1 m 50 de hauteur. Ce besoin de chaleur en basse Provence. Bien que l’Alexanor soit méthodiquement les plantes-hôtes et les
légalement protégé, les colonies isolées fleurs en quête de femelles. La parade
dans le sud-ouest du Var sont menacées nuptiale comporte un ballet aérien qui se
par les collectionneurs qui prélèvent surtout prolonge plusieurs minutes.
les chenilles, activité plus discrète que le La femelle fixe ses œufs isolément sur les
maniement du filet. ombelles du Ptychotis, avec une préférence
L’Alexanor vole en une génération de pour les plantes en boutons ou celles
mi-juin à la fin juillet. Il est plus précoce en début de floraison. Cette Ombellifère
dans le sud du Var où il apparaît entre le bisannuelle croît sur les sols caillouteux à
20 mai et début juin. Les papillons les plus végétation éparse et colonise les terrains
tardifs s’observent encore début août dans récemment dénudés par l’érosion naturelle
les Hautes-Alpes. L’alternance de longs ou par les interventions humaines :
planés entrecoupés de brèves accélérations éboulis, lits de torrents et talus routiers.
La chenille du Voilier blanc effectue sa
caractérise son vol d’une rare élégance, bien Le vol puissant de l’Alexanor lui permet de
croissance en 3 à 6 semaines selon la
température et la plante nourricière. Au
différent du Machaon avec son vol battu à la parcourir des distances importantes et de
printemps, les chenilles matures sont
entièrement vertes ou portent au plus 2 taches
brunes (à gauche). En fin d’été (à droite) elles
portent souvent de nombreuses taches brun-
rouge sur le dos, exactement comme les
feuilles vieillissantes de leurs plantes-hôtes. Le
même mimétisme se retrouve chez le Flambé.
136 137
Porte-Queues Papilionidae Papilioninae s’installer, ne serait-ce qu’à titre temporaire,
sur des sites nouvellement conquis par sa
plante-hôte. D’autres Ombellifères peuvent
être exploitées. Dans la Drôme, une petite
chenille a été trouvée sur le Panais cultivé.
Dans le sud du Var et aux environs de Nice,
les femelles pondent sur l’Opopanax de
Chiron.
L’incubation dure une semaine, l’œuf
virant du vert tendre au jaune, puis au brun.
La chenille se développe l’été en un mois
environ jusqu’à mesurer 5 cm. Elle se nourrit
des fleurs et des fruits de sa plante-hôte
quand elle est jeune et ensuite des feuilles,
voire de la tige s’il ne reste rien d’autre.
Accrochée par une ceinture de soie contre
une pierre à l’ombre, la chrysalide hiberne
Chenilles au 4e stade (à gauche) et au 5e stade jusqu’au printemps suivant.
(à droite).
138 139
Porte-Queues Papilionidae Papilioninae Le surpâturage et les incen
dies favorisent la prolifération
Le Porte-queue corse Papilio hospiton (Genè, 1839) de la Férule et du Peucédan et
s’avèrent bénéfiques pour le
Décrit de Sardaigne par Genè en 1839, L’œuf incube en une semaine. On peut Porte-queue corse. Cependant, ses
le Porte-queue corse est endémique de trouver les chenilles entre mai et août ; trois plantes-hôtes contiennent
Corse et de Sardaigne où il est localisé et elles se nourrissent des feuilles de la Férule des furanocoumarines toxiques
parfois abondant. Très proche du Machaon commune, du Peucédan paniculé, parfois pour les ovins et sont parfois
(Papilio machaon) qui vole souvent avec lui, du Panais à larges feuilles (Ombellifères) éliminées par les bergers ce qui,
il fréquente les pentes chaudes, rocheuses ou de la Rue de Corse (Rutacée). Chaque au moins en Sardaigne, semble
et buissonneuses de 400 à 1500 m, parfois population semble inféodée à une seule constituer un facteur limitant
au niveau de la mer ou jusqu’à 2000 m. plante-hôte. Les peuplements les plus pour le papillon.
denses se rencontrent dans les régions
Les papillons volent en une longue
montagneuses riches en Peucédan
génération qui commence à éclore dans
paniculé. Comme celles du Machaon, les
les habitats côtiers dès la mi-mars les
jeunes chenilles sont noires avec une tache Habitat près de Porto-Vecchio avec des touffes de Férule,
années précoces, mais seulement à partir
dorsale claire et se développent en 5 stades. la plante-hôte des chenilles, et les hampes blanches de
de début mai et jusqu’à la mi-juillet en l’Asphodèle, source de nectar pour les imagos.
Les chenilles sont souvent parasitées par le
montagne. Quelques papillons paraissent
grand Ichneumon Trogus lapidator aux ailes
en août, issus de chrysalides qui se sont
bleu-noir. Cet Hyménoptère sort par un gros
métamorphosées rapidement. Les autres
trou découpé sur le côté de la chrysalide.
chrysalides hibernent.
Bien que non directement menacé,
Les mâles montent par temps chaud
hormis localement par la capture des
sur le sommet des collines et sur les crêtes
imagos ou la collecte des chenilles, ce beau
pour y garder un territoire. La femelle, très
papillon est protégé par la loi en France et
mobile, se déplace continuellement. Une
en Europe. Son commerce est interdit ce qui
fois fécondée, elle pond ses œufs isolément
accroît encore l’intérêt que lui portent les
sur le feuillage ensoleillé des plantes-hôtes.
collectionneurs.
Ci-dessus : l’œuf. À gauche : cette
chenille vient de faire sa seconde
mue ; la tête n’a pas encore pris sa
coloration sombre. Ci-contre : chenille
au 3e stade. Ci-dessous, de gauche à
droite : chenilles au 4e et au 5e stade,
chrysalide.
Les papillons précoces recherchent les fleurs d’Asphodèles, ceux qui émergent plus tard butinent
des fleurs variées : Chardons et Scabieuses surtout, Armérias (photo), Thym ou Valérianes.
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Des hybrides naturels entre le Machaon génération ne sont pas stériles, mais leur
et le Porte-queue corse, nommés Papilio descendants rencontrent des problèmes au
x machaonides, ont été trouvés en Corse cours de leur développement ce qui limite
et en Sardaigne. Les chenilles hybrides se considérablement l’échange de gènes entre
rencontrent parfois sur le Fenouil ou sur la les deux espèces.
Férule commune. Les hybrides de première
De gauche à droite : chenille de Machaon, deux chenilles hybrides trouvées dans la nature par
Matthias Sanetra, chenille de Porte-queue corse. Toutes ces chenilles sont au 5e stade. Ci-dessous
à gauche : femelle issue de la chenille hybride de gauche ; à droite : mâle issu de la chenille hybride
de droite.
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Porte-Queues Papilionidae Papilioninae
Le Machaon Papilio machaon (Linnaeus, 1758)
Verte à brun foncé avec toutes les teintes intermédiaires, la couleur de la chrysalide ne dépend pas
de la saison, mais plutôt de son environnement immédiat pendant la pré-nymphose, entre 15 et
24 heures avant la nymphose. Cette couleur qui assure à la chrysalide un camouflage idéal serait
Certaines chenilles tardives ont des bandes contrôlée par des hormones sécrétées par les ganglions préthoraciques. Il semble que les chenilles
noires très élargies qui oblitèrent la couleur qui se nymphosent accrochées à des parties végétales vertes produisent en général des chrysalides
de fond verte. Elles donnent néanmoins vertes ou verdâtres, tandis que celles qui se nymphosent sur l’écorce ou les pierres donnent des
naissance à des papillons tout à fait normaux. chrysalides brunes. Mais certaines expériences contredisent cette hypothèse.
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Piérides Pieridae Pierinae La famille des Pieridae
Les Piérides forment en Europe une La sous-famille des Dismorphiinae n’est
famille assez homogène de papillons de représentée en Europe que par 5 espèces
taille moyenne et de couleur claire où très proches du genre Leptidea. Les imagos,
dominent le blanc et le jaune. La plupart plutôt petits, ont un corps grêle et des ailes
des Piérides ont un vol puissant et plusieurs antérieures allongées. Ils parcourent d’un
sont migratrices. Les mâles recherchent vol mou et bas les lisières, les clairières,
les femelles en patrouillant sur de longues les prairies bocagères ou les pelouses
distances, se posant de temps à autre pour buissonneuses. Les femelles déposent leurs
butiner. œufs isolément sur les feuilles de Fabacées.
Lors de la parade nuptiale, le mâle émet La croissance des chenilles est rapide et
des phéromones lorsqu’il volette au-dessus produit deux ou trois générations par an.
de la femelle. Celle-ci signale sa réceptivité L’hiver est toujours passé à l’état nymphal.
en fermant les ailes. Le mâle vient alors se La sous-famille des Pierinae est la plus
poser à ses côtés et courbe son abdomen nombreuse en Europe. Elle peuple une
jusqu’à rencontrer celui de la femelle pour large variété d’habitats ouverts et fleuris.
s’accoupler. La plupart des imagos ont le dessus blanc
Les Piérides pondent leurs œufs de avec quelques taches noires ou grises
forme allongée sur la plante-hôte. Les limitées. Le dessous des ailes postérieures
chenilles atteignent 2 à 4 cm à maturité. Les est souvent couvert d’écailles grises et
chrysalides mesurent 2 à 3 cm. Elles sont jaunes qui composent parfois des dessins
toujours accrochées à leur support par une verts et qui, dans tous les cas, offrent
Parade nuptiale du Fluoré (Colias alfacariensis) : le mâle, à droite, tourne en vol autour de la femelle ceinture de soie au niveau du thorax et par un bon camouflage au papillon quand il
posée sur une Scabieuse.
un coussinet anal filés par la chenille avec dort dans la végétation. Les chenilles se
ses glandes séricigènes. nourrissent de Crucifères et de plantes des
familles voisines. Celles des Pieris (Piérides)
mangent les feuilles, celles des Anthocharis
(Aurores) et des Euchloe (Marbrés) préfèrent
les fleurs et les fruits.
Chez la sous-famille des Coliadinae la
couleur jaune domine. Leur corps robuste
dote les papillons d’un vol puissant. Les
deux genres européens présentent chacun
une forte homogénéité. Les Colias ont
tous une bordure marginale sombre sur le
dessus des ailes. Ils vivent dans les prairies
et les pelouses et pondent surtout sur les
feuilles de Fabacées. Ce sont leurs chenilles
qui hibernent. Les Gonepteryx (Citrons)
se reconnaissent à leurs ailes affinées en
courte pointe. Ils fréquentent les habitats
boisés et buissonneux et leurs chenilles
sont inféodées aux arbustes de la famille
des Rhamnacées. Les imagos naissent en
été et hibernent jusqu’au printemps suivant.
Mâle d’Aurore de Provence (Anthocharis euphenoides) butinant une Lunetière, principale plante-
hôte de la chenille. Piéride du vélar (Pontia callidice) mâle.
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Piérides Pieridae Dismorphiinae est restée plus de 20 minutes dans
une clairière de 30 m2. Elle s’est posée
La Piéride de la moutarde Leptidea sinapis (Linnaeus, 1758) 78 fois très brièvement sur diverses plantes
vite identifiées et n’a pondu qu’à trois
Linné avait associé à tort cette Piéride abondants. La durée de vie moyenne des reprises, toujours sur la Bonjeanie hérissée.
avec la Moutarde (genre Sinapis, famille papillons varie de 5 à 10 jours. Ils butinent Elle s’arrêtait surtout sur cette plante-hôte,
des Brassicacées). Hoffmann le premier en de nombreuses fleurs avec une préférence souvent sur le Thym (peut-être en raison
1798 observa la ponte sur une Fabacée, pour les Fabacées (Vesces, Gesses et Lotiers de sa ressemblance superficielle avec la
la Gesse des prés, puis Hübner en 1810 surtout) et les Labiées à fleurs bleues ou Badasse, une autre de ses plantes-hôtes)
représenta deux chenilles sur des tiges de pourpres (Bugle rampant, Sauge des prés, et très peu sur quelques-unes des espèces
Lotier, une autre Fabacée. Origan et Serpolet). végétales avoisinantes. Une première détec
Cette petite Piéride est répandue et Par temps chaud, les mâles se tion des plantes-hôtes potentielles se fait
assez abondante en Eurasie tempérée et rassemblent souvent sur le sol humide donc à vue au cours du vol exploratoire, un
au Maroc. Présente dans une grande partie pour boire, mais ils passent l’essentiel de mode de sélection que semblent pratiquer
de la France, Corse incluse, elle semble être la journée en vol, patrouillant le long des la plupart des Rhopalocères.
devenue rare en Bretagne. La Piéride de lisières et inspectant toutes les taches La femelle fixe ses œufs isolément sur
la moutarde fréquente surtout les lisières blanches de la taille d’une femelle. Un mâle les folioles de Fabacées, en particulier sur
ensoleillées et les allées forestières, les peut tourner jusqu’à 1 minute autour d’un la Gesse des prés, le Lotier corniculé et la
clairières, les prairies en bordure des bois ou bouton floral blanc avant de l’abandonner, Badasse, parfois sur d’autres Lotiers, des
en bocage, les landes arbustives ouvertes mais ne s’y arrête pas lorsqu’il repasse au Trèfles, des Gesses, la Jarosse, la Luzerne
et les pelouses sèches buissonneuses même endroit. en faucille et des Coronilles. En milieux frais
depuis le niveau de la mer jusqu’à 2000 m. Les femelles volent peu, lentement ou humides, les femelles pondent dans
L’œuf porte 10 côtes et incube pendant
Les papillons volent en deux générations et près du sol, à la recherche de plantes les prairies. En milieux chauds et secs,
une à trois semaines selon les conditions
entre mi-avril et juin, puis de juillet à favorables à la ponte ou de fleurs à butiner. météorologiques, virant de blanc-vert à jaune.
elles déposent leurs œufs sur des plantes
septembre. Dans le Midi il y a trois Ne pouvant reconnaître les plantes-hôtes en poussant à l’ombre de buissons.
générations entre mars et octobre. Les vol, elles doivent s’y poser et les toucher du La petite chenille commence par manger
mâles paraissent une semaine avant les bout des antennes pour s’assurer de leur le chorion et s’attaque ensuite au feuillage.
premières femelles et sont trois fois plus identité. Une femelle suivie en Provence Très discrètes, les chenilles se développent
en 5 stades pendant 3 à 4 semaines. La
chrysalide est accrochée à une tige de
Graminée ou au rameau d’un arbuste entre
20 et 40 cm au-dessus du sol.
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Piérides Pieridae Dismorphiinae Piérides Pieridae Dismorphiinae
La Piéride de Réal Leptidea reali Reissinger, 1989 La Piéride d’Irlande Leptidea juvernica Williams, 1946
Très semblable à la Piéride de la une foliole. L’écologie de la Gesse des prés En réalisant en 2010 une étude Apparemment impossible à identifier
moutarde (Leptidea sinapis), elle en a été explique la préférence du papillon pour les comparative sur la Piéride de la moutarde sur le terrain, le riche matériel disponible
séparée en 1988 par Pierre Réal qui avait habitats mésophiles ou un peu humides. (Leptidea sinapis) et la Piéride de Réal dans les collections publiques et privées a
constaté dans les Pyrénées-Orientales Les œufs incubent en 9 à 18 jours. La (L. reali), une équipe de chercheurs russes néanmoins permis de valider la présence
que certains papillons des deux sexes chenille se développe en 5 stades complétés et espagnols eut la surprise de découvrir de juvernica jusqu’au Kazakhstan. Curieu
présentent des genitalia distinctement plus en un mois. Elle ronge le bord des folioles que cette dernière incluait deux espèces sement, elle semble absente d’Angleterre
grandes. D’autres différences génétiques et de façon irrégulière, préférant les jeunes différenciées par leur ADN (nucléaire et où la Piéride de la moutarde serait la seule
comportementales ont ensuite été décou feuilles en haut de la plante. Les chrysalides mitochondrial) et par leur nombre chromo espèce du genre Leptidea. La Piéride
vertes. de seconde génération libèrent un papillon somique : 52 à 54 chromosomes chez d’Irlande préfère en France les régions de
au bout de 11 ou 12 jours, celles formées reali contre 80 - 84 chez la nouvelle espèce. moyenne montagne au-dessus de 800 m
La répartition de la Piéride de Réal est
en automne hibernent jusqu’au printemps Le nom valide le plus ancien pour ce et paraît manquer dans les régions les plus
encore imparfaitement connue du fait des
suivant. papillon, juvernica, désignait la sous-espèce méridionales. Les aires de répartition de
confusions avec la Piéride de la moutarde
irlandaise de la Piéride de la moutarde, reali et de juvernica se chevauchent dans le
et avec la Piéride d’Irlande (L. juvernica). Sa
décrite par Williams plusieurs décennies sud-est de la France.
présence est confirmée dans l’est et le nord
de l’Espagne, le sud et l’est de la France, le avant que l’on ne réalise qu’il s’agit en fait La biologie de la Piéride d’Irlande est
nord de l’Italie. Elle fréquente les prairies et d’une espèce différente. très proche de celle de ses deux cousines.
les landes, les lisières et clairières jusqu’à Les données génétiques suggèrent que La femelle pond ses œufs isolément sur le
2000 m en montagne. Dans le sud de la ces trois Piérides dérivent d’un ancêtre dessous des folioles de Fabacées herbacées,
France, elle tend à préférer des sites un peu commun qui aurait conquis l’ouest de surtout sur le Lotier corniculé et la Jarosse.
plus humides que la Piéride de la moutarde l’Europe il y a environ 270 000 ans et produit L’œuf incube environ deux semaines et la
et semble absente des milieux secs en deux lignées dont l’une évolua pour devenir petite chenille ronge l’extrémité des jeunes
région méditerranéenne. juvernica. Il y a 120 000 ans, la seconde feuilles. La chenille passe par 5 stades. La
lignée s’est scindée en deux espèces : reali Piéride d’Irlande hiberne toujours au stade
Les papillons paraissent en deux
et sinapis. Plus tard, sinapis se répandit de chrysalide et les papillons volent en deux
générations au printemps, puis en été
vers le nord et l’est jusque dans les régions générations, au printemps et en été.
et volent parfois encore fin septembre.
La femelle passe de longs moments à occupées par juvernica.
rechercher la Gesse des prés, se posant sur
diverses plantes basses pour les identifier.
Il lui arrive d’explorer une clairière ou un
fossé pendant près d’une heure avant de
localiser sa plante-hôte. Elle fixe alors un
œuf, rarement deux ou trois ensemble, sur
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Piérides Pieridae Dismorphiinae
La Piéride de Duponchel Leptidea duponcheli (Staudinger, 1871)
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Piérides Pieridae Pierinae Les mâles patrouillent à la recherche
des femelles en inspectant arbustes et
Le Gazé Aporia crataegi (Linnaeus, 1758) petits arbres. Lorsque le mâle repère
une femelle en vol, il commence par
Répandu du Maroc au Japon, le Gazé disparu de la région parisienne après 1980, la suivre en décrivant des cercles
se reproduit dans les haies, les broussailles, il semble s’y être réinstallé très localement autour d’elle. Si la femelle est vierge
les pelouses sèches et les prairies depuis 2006. La présence de haies est l’accouplement intervient rapidement,
arborées, les vergers non traités et les souvent déterminante : dans le Lot, les parfois même sans parade : le mâle
lisières ensoleillées depuis le niveau de la régions bocagères des causses hébergent se pose à côté d’elle, puis courbe son
mer jusqu’à 2000 m. Des papillons isolés d’importantes populations, tandis que abdomen. Le couple uni se tient tête-
montent jusqu’à 2400 m dans les Alpes. dans le sud-ouest du département, plus bêche le mâle vers le bas, dans la
intensivement cultivé, le Gazé est nettement position commune à la plupart des
Au 18e siècle, le naturaliste suédois Linné
moins commun. papillons de jour. S’ils sont dérangés,
qualifiait les chenilles du Gazé de " fléau
des jardins ". Celles-ci pouvaient encore, L’unique génération vole entre mai et c’est toujours la femelle qui emporte le
au début du 20e siècle, causer de sérieux juillet, exceptionnellement dès la mi-avril couple en vol. L’union peut se prolonger
dégâts dans les vergers de pommiers dans le Midi et parfois encore en août en une nuit entière.
comme le constatait Oberthür en Bretagne. montagne. En fin d’après-midi, les Gazés La femelle commence à pondre deux
L’arrachage des haies et les traitements se rassemblent pour dormir sur des fleurs ou trois jours après l’accouplement.
insecticides - auxquels les chenilles sont dans les prés ou à l’extrémité de branches Les œufs sont pondus en groupes
très sensibles - ont provoqué le déclin du d’arbres jusqu’à 10 m de hauteur au moins. serrés, au rythme d’un toutes les
Gazé dans tout le nord-ouest de l’Europe En début de matinée, ils restent de longs 5 à 7 secondes. Une ponte compte
et parfois même plus au sud. Il s’est éteint moments posés ailes entr’ouvertes au soleil. habituellement quelques dizaines
en Angleterre vers 1925, puis dans le nord Une fois réchauffés, ils partent butiner les d’œufs, parfois jusqu’à 200. Les œufs
de la Belgique et dans une grande partie du fleurs roses ou pourpres, en particulier sont déposés sur les deux faces des
nord-ouest de la France. Considéré comme Scabieuses et Fabacées (Vesces, Sainfoins). feuilles d’arbustes et d’arbres de la
famille des Rosacées, principalement le
Prunellier et les Aubépines, mais aussi
sur l’Amélanchier, le Cerisier mahaleb,
La femelle choisit pour pondre une branche entre le Prunier sauvage, le Poirier à feuilles
15 cm et 1 m 50 de hauteur, rarement plus haut d’amandier, les Sorbiers, le Cotonéaster
ou plus bas. Elle préfère les arbustes de taille à feuilles entières et de nombreux
petite à moyenne qui ne fructifient pas. Nous arbres fruitiers cultivés : Pommier,
avons compté jusqu’à 15 pontes sur un unique Poirier, Amandier, Abricotier, Pêcher et
petit arbuste isolé. Prunier.
Le nombre moyen d’œufs par ponte dépend de la À peine écloses, les chenilles
taille des feuilles de la plante-hôte : 38 œufs sur
commencent par manger le chorion.
le Poirier à feuille d’amandier, 23 sur l’Aubépine,
20 sur le Prunellier, 18 sur l’Amélanchier (photo
Elles tissent ensuite sur le dessus
ci-dessus). L’œuf porte 13 à 16 côtes et incube d’une feuille proche une fine toile de
pendant 10 à 23 jours. soie sous laquelle elles se réfugient
toutes ensemble, devenant presque
invisibles. Quelques jours plus tard,
elles déménagent en groupe vers une
autre feuille, mangent l’épiderme du
limbe entre les nervures en y laissant
des fenêtres et tissent autour des
feuilles un nouvel abri.
Les chenilles vivent en communauté.
Actives en été, elles restent à l’abri
dans leur nid par temps pluvieux. Elles
Dans le sud des Alpes, les mâles se regroupent parfois en très grand nombre pour boire sur le sol
humide. hibernent ensemble encore petites
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Piérides Pieridae Pierinae
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Piérides Pieridae Pierinae pentes rocheuses (sur Câprier), dunes craint cependant les grosses chaleurs. Dans
côtières (sur Cakilier maritime et Crambe les régions les plus chaudes d’Europe, ces
La Piéride du chou Pieris brassicae (Linnaeus, 1758) maritime). Elle pond au printemps surtout Piérides estivent en sous-bois et cessent
sur des Crucifères sauvages, mais recherche temporairement de se reproduire. En
Très répandue en Europe, en Afrique plutôt les Choux en automne. Inde, elles quittent chaque été les plaines
du Nord et de la Turquie au nord de l’Inde, Le vol puissant de la Piéride du chou lui très chaudes du nord pour l’Himalaya à la
la Piéride du chou vole partout en France. permet de s’élever jusqu’à plus de 3000 m recherche de conditions plus agréables en
Elle a souvent 3 générations entre avril dans les Alpes. Des papillons prisonniers altitude. Des expériences ont montré que les
et septembre et jusqu’à 5 en région dans la glace à très haute altitude ont pu œufs deviennent stériles si la température
méditerranéenne où elle apparaît parfois être réanimés et certains se sont même excède 33°C. En Espagne, une proportion
en plein hiver. Cette Piéride effectue des remis à voler. Si robuste soit-elle, l’espèce variable de chrysalides entre en diapause
migrations massives. De son vol battu et
rectiligne, elle traverse la Méditerranée ou
la Manche et peut se poser brièvement ailes
ouvertes sur la mer avant de repartir. Les
papillons des deux premières générations
volent vers le nord et ceux qui émergent
en fin d’été se dirigent vers le sud. La
direction du vol migratoire reste constante
pendant plusieurs jours. Les expériences
de Spieth (1996 -2012) ont démontré que
cette direction est un caractère héréditaire
inscrit dans le patrimoine génétique avec
des différences selon les populations de
diverses régions en Europe.
La combinaison d’une grande adap Les œufs sont pondus en groupes denses de 25 à 100 (jusqu’à 300), rarement isolément ou en
tabilité et d’une forte capacité de dispersion petit nombre, au rythme de 3 par minute. La femelle choisit des Crucifères et des plantes des
familles voisines (Capparacées et Résédacées) et pond surtout sur le dessous des feuilles, plus
explique le succès de la Piéride du chou.
rarement sur leur dessus. Une femelle peut pondre 500 œufs en plusieurs fois. L’œuf porte 15 à
Elle fait partie des rares papillons favorisés 22 côtes et son incubation dure 4 à 17 jours en fonction de la température. Jaune clair à la ponte
par les activités humaines car, outre les (à gauche), il devient rapidement jaune vif, puis brun foncé peu avant l’éclosion (à droite).
Crucifères cultivées, sa chenille consomme
de nombreuses espèces poussant sur les
sols remués des chantiers, terrains vagues,
bords de route et cultures, ainsi que sur les
sols irrigués.
La Piéride du chou se reproduit dans
une grande variété d’habitats du niveau de
la mer jusqu’à 1800 m au moins : champs
et potagers non traités (sur différentes
variétés de Chou et sur le Colza, parfois
sur le Radis), jardins (sur la Capucine ou
l’Alysson maritime), talus et friches (sur
Moutardes, Sisymbres, Diplotaxis, Bunias
fausse-roquette, Hirschfeldie grisâtre, Pastel
des teinturiers, Ravenelle, Rapistre rugueux À la naissance, la chenille est jaune-orange avec la tête
et Réséda jaune), le long des cours d’eau noire et mesure 2 mm (ci-dessus). Elle commence par
(souvent sur Cresson de fontaine, parfois manger le chorion, le rongeant de bas en haut. Elle
sur Cresson amphibie ou Passerage à Les dégâts des chenilles sur les Choux sont s’attaque ensuite à l’épiderme de la feuille et prend
larges feuilles), lisières des bois (sur Alliaire caractéristiques : elles attaquent les grandes alors une couleur verte due à l’ingestion de chlorophylle
feuilles externes dont elles ne laissent que les (ci-contre). Les jeunes chenilles sont grégaires et ne se
officinale ou Monnaie-du-pape), talus et
nervures. dispersent qu’au 5e et dernier stade.
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Piérides Pieridae Pierinae aphrodisiaque de la Piéride de la rave (Pieris dépassa le 2e stade. Si vous avez un potager,
rapae), un mélange de salicylate de méthyle laissez donc pousser les plantes sauvages :
estivale, autre adaptation pour affronter au du genre Trichogramma. Les femelles et d’indole. elles offriront aux prédateurs un refuge et un
mieux sécheresse ou fortes chaleurs. de ces guêpes minuscules perçoivent Les œufs de Piéride du chou sont dévorés habitat pour s’y reproduire. Cette méthode
La Piéride du chou butine un très grand et reconnaissent les phéromones anti- en nombre par des insectes prédateurs l’emporte sans doute en efficacité sur celle
nombre de fleurs (250 espèces de plantes aphrodisiaques vaporisées par le mâle (Punaises, Forficules, petits Coléoptères). du naturaliste latin Pline qui recommandait
basses et d’arbres recensées en Europe) de Piéride lors de l’accouplement. Ayant La présence de végétation herbacée autour de planter un crâne de cheval ou de jument
avec une préférence pour les Composées, localisé cette phéromone, l’Hyménoptère des plantes attaquées par la Piéride du chou sur un pieu au milieu des Choux !
les Crucifères et les Labiées. se pose sur le papillon femelle qui emporte favorise ces prédateurs : sur trois pontes
le redoutable parasitoïde quand elle (118 œufs en tout) déposées dans un jardin
Mâles et femelles se retrouvent sur
s’envole à la recherche d’une plante-hôte. peu entretenu, 53 œufs furent mangés dont
les lieux fleuris. Lorsqu’une femelle est
L’Hyménoptère se tient prêt à injecter ses une ponte de 18 œufs disparue en moins de
poursuivie par un ou plusieurs mâles, elle
propres œufs dans ceux que la Piéride 24 heures. Aucune des chenilles écloses ne
s’élève rapidement d’un vol tournoyant.
a pondus. Les Trichogramma savent
Une parade en vol précède l’accouplement
aussi reconnaître la phéromone anti-
durant lequel le mâle parfume sa partenaire
d’une phéromone (cyanure de benzyle) ;
celle-ci agit comme anti-aphrodisiaque
pendant quelques jours et repousse les
autres mâles, laissant à la femelle le temps
de se consacrer à la ponte. Celle-ci reconnaît
les plantes-hôtes grâce à des récepteurs
olfactifs situés sur la massue de l’antenne.
Elle confirme son identification avec les
pattes antérieures dotées de récepteurs sur
le dessous des tarses.
Les œufs d’une ponte éclosent
simultanément. On peut trouver les chenilles Introduite en Australie vers 1930, la Piéride du chou y a été ensuite éradiquée par le parasitoïde
de mai à novembre. Elles grandissent Cotesia glomerata importé d’Europe. Ce petit Hyménoptère Braconidé pond ses œufs dans les
en 13 à 24 jours l’été. Dans le sud de chenilles au 1er stade. Il repère ses proies par différents moyens incluant la détection des molécules
l’Europe et parfois plus au nord, certaines défensives libérées par la plante-hôte lorsqu’elle est attaquée par les chenilles. En Europe, la moitié
se développent lentement en plein hiver des chenilles (parfois jusqu’à 95%) sont tuées par les larves qui tissent chacune un petit cocon
Chenille au 5e stade (à gauche) et chenille
jaune contre la dépouille de leur hôte. Une seule chenille peut héberger jusqu’à 80 de ces larves.
et se nymphosent entre décembre et prête à se transformer en chrysalide (à droite).
Les chenilles vivant sur la Capucine et sur le Câprier semblent moins parasitées que celles vivant
février ; elles peuvent survivre à de faibles
sur le Chou.
gelées. Les chenilles absorbent en se
nourrissant de l’essence de moutarde qui
les rend indigestes pour les oiseaux. Elles
expulsent aussi un liquide vert par la bouche
lorsqu’elles sont dérangées. La chenille
peut se déplacer sur plusieurs dizaines de
mètres à la recherche de nourriture ou d’un
site pour se nymphoser. La chrysalide est
accrochée à une tige, à un mur ou sur une
branche jusqu’à 4 m de hauteur. L’imago
émerge après 8 à 18 jours en été. Certaines
chrysalides formées en fin de printemps
ou en été entrent en longue diapause et le
papillon n’émerge pas avant le printemps
suivant. Pteromalus semotus femelle (Hyménoptère Chenilles parasitées par l’Ichneumon
Les œufs sont parasités, quelquefois La Piéride du chou hiberne à l’état de Chalcididé) sur les cocons de Cotesia Hyposoter ebeninus qui se nymphose dans le
massivement, par des Hyménoptères chrysalide et peut survivre jusqu’à -25°C. glomerata qu’elle parasite. cadavre momifié de son hôte.
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Piérides Pieridae Pierinae L’éclectisme alimentaire des chenilles
permet à la Piéride de la rave de coloniser de
La Piéride de la rave Pieris rapae (Linnaeus, 1758) très nombreux habitats ce qui explique son
abondance et sa vaste répartition. S’attaquant
La Piéride de la rave est répandue sur la Côte d’Azur et dans le Roussillon ; notamment à des plantes cultivées, elle profite
partout en Afrique du Nord, en Europe et en elle peut alors survivre à des températures de la présence et des activités humaines. Elle
Asie tempérée jusqu’au Japon. Introduite inférieures à -5°C et s’envoler dès que le est d’ailleurs plus commune aux abords des
au Canada vers 1856, elle est désormais soleil a réchauffé le buisson où elle s’abrite villages et des fermes qu’en pleine nature.
très commune en Amérique du Nord. Elle a pour la nuit.
La Piéride de la rave compte parmi les
aussi suivi les colons à Hawaï, en Nouvelle- La Piéride de la rave se reproduit dans papillons les plus féconds, une femelle portant
Zélande et en Australie depuis 1939. des habitats ouverts très variés jusqu’à jusqu’à 800 œufs. Elle les fixe isolément ou en
La Piéride de la rave peut effectuer 2300 m au moins, avec une préférence groupes de quelques-uns sur le dessous des
des migrations de masse vers le nord, pour les sols remués : potagers (sur diverses L’œuf porte 10 à 13 côtes et incube feuilles des plantes-hôtes, très majoritairement
traversant même la Manche. Les journaux variétés de Chou, la Rave, le Navet et plus pendant 3 à 7 jours selon la température. des Crucifères. La chenille se rencontre d’avril
britanniques relatèrent l’arrivée d’un nuage rarement le Radis), jardins (sur la Capucine, à novembre, parfois en plein hiver dans les
de ces Piérides, le dimanche 5 juillet 1846, le Réséda des jardins et autres Brassicacées régions les plus chaudes. Elle se développe
sur le port de Douvres : leur vol obscurcissait ornementales), talus et friches mésophiles en 5 stades qui ne durent en tout que deux
le ciel, les quais et les bateaux en étaient ou secs (sur Chou noir, Ravenelle, Roquette, semaines en été, mais plus de deux mois en
devenus blancs. Moutarde des champs, Cardamine hérissée, hiver. La chenille se nymphose sur une tige, un
Sénebière didyme, Diplotaxis, Passerages, mur ou un rocher, également sur une feuille
Cette Piéride, l’un des papillons les
Pastel des teinturiers, Réséda jaune), friches de la plante-hôte au printemps. L’état nymphal
plus communs en France, vole en 3 à
humides et berges des cours d’eau (sur dure de 6 à 15 jours au printemps et en été.
4 générations entre avril et octobre dans
Cranson du Danemark, Cresson des bois, Comme les espèces voisines, cette Piéride
une grande partie du pays. Il se produit
Cresson de fontaine, Barbarées), lisières hiberne sous forme de chrysalide.
jusqu’à 5 générations de mi-février à mi-
des bois (sur Alliaire officinale, Monnaie-
novembre dans le Midi, mais 2 seulement
du-pape, Arabettes), pelouses sèches (sur
au-dessus de 1400 m en montagne. La
Lunetière lisse, Ibéris penné) et dunes
Piéride de la rave émerge parfois en hiver
côtières (sur Cakilier maritime).
Les mâles consacrent l’essentiel des journées ensoleillées à patrouiller, s’arrêtant de temps à Chenille au 5e stade (en haut). Ci-dessus :
autre pour butiner. Lors de la parade nuptiale, la femelle reste posée ailes entr’ouvertes et le mâle l’Hyménoptère Hyposoter ebeninus peu après
tourne en vol autour d’elle (ci-dessus). Le mâle, comme ceux d’autres Piérides, peut distinguer les sa sortie du cadavre momifié d’une chenille de
femelles vierges de celles déjà fécondées. Lors de l’accouplement, il ajuste la proportion de sperme Piéride de la rave, son hôte favori. Il s’attaque
fertile et de sperme inerte dans le spermatophore. Si sa partenaire est vierge, il envoie davantage aussi à d’autres espèces de Piérides. Mais le
de sperme inerte ce qui retarde le moment où elle sera de nouveau réceptive. Si au contraire elle principal ennemi de la Piéride de la rave est
s’est déjà accouplée une ou plusieurs fois, le mâle envoie davantage de sperme fertile car il entre Cotesia rubecula, autre parasitoïde solitaire qui
alors en concurrence avec ses prédécesseurs pour la fécondation des œufs. peut éliminer jusqu’à 60% des chenilles.
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Piérides Pieridae Pierinae
La Piéride de l’ibéride Pieris mannii Mayer, 1851
En haut, de gauche à
droite : œuf juste pondu
sur le dessous d’une
feuille d’Alysson maritime
et œufs en cours d’incu
bation ; chenille néonate
rongeant son chorion
et chenille au 2e stade ;
chenille au 4e stade.
Ci-contre : chenilles au
5e stade (en haut sur
Diplotaxis à feuilles té
Ci-dessus : imagos de 1ère génération accouplés. nues, en bas en fin de
À droite : mâle (en haut) et femelle de 2e génération croissance sur Corbeille-
butinant une Scabieuse. d’argent) et chrysalide.
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Piérides Pieridae Pierinae
La Piéride de l’aethionème Pieris ergane (Geyer, 1828)
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Piérides Pieridae Pierinae principalement sur l’Alliaire officinale et
la Cardamine des prés, également sur les
La Piéride du navet Pieris napi (Linnaeus, 1758) Passerages, la Lunetière lisse, la Ravenelle,
les Moutardes, l’Ibéris des rochers, le
Cette Piéride de taille moyenne est Sisymbre officinal, sur des Arabettes et
présente presque partout en Eurasie d’autres Cardamines. La femelle pond
tempérée jusqu’au Japon. Le statut des rarement sur les plantes cultivées des
populations vivant en Amérique du Nord jardins et des potagers (Navet, Capucine).
est encore discuté : elles sont considérées Juste après sa naissance, la chenille
parfois comme des sous-espèces de la mange le chorion avant de ronger les
Piéride du navet, parfois comme des feuilles de sa plante-hôte. Les chenilles
espèces distinctes. mâles grandissent plus vite que les femelles
Très répandue et assez abondante en et se nymphosent les premières. Les imagos
France, la Piéride du navet se reproduit le mâles émergent ainsi avant les femelles.
long des lisières et dans les clairières des
bois, dans les bois clairs, au pied des haies,
dans les prairies humides et au bord des
cours d’eau, du niveau de la mer à 2000 m.
Elle évite les habitats secs, ne s’éloignant
guère des ruisseaux et des gorges
ombragées dans les plaines et collines de
la région méditerranéenne. Contrairement à
la Piéride de la rave (Pieris rapae), la Piéride
du navet fréquente peu les villages et les Accouplement de papillons de la seconde Mâle (en haut) et femelle de printemps aux
villes, mais elle vole encore en plein Paris. génération, reconnaissables aux dessins nervures soulignées d’écailles grises.
L’émergence des papillons s’échelonne faiblement marqués sur le dessous des ailes.
sur 3 ou 4 générations entre mars et début Lors de chaque accouplement le mâle
novembre. Ils volent parfois dès le mois de transmet non seulement son sperme à la
janvier sur la Côte d’Azur. Il n’y a que deux femelle, mais aussi un gel énergétique grâce
générations en montagne entre mai et auquel celle-ci peut produire davantage
d’œufs et vivre plus longtemps. Les mâles
août. Les papillons d’été ont un thorax plus
de grande taille, aux spermatophores plus
puissant que ceux du printemps et peuvent volumineux, sont plus efficaces dans la
voler plus longtemps, avec une capacité fécondation et donc favorisés par la sélection.
de dispersion supérieure. En contrepartie Ceci pourrait expliquer la taille en moyenne
les femelles estivales produisent moins supérieure des mâles, contrairement à la
d’œufs. Il s’agit peut-être d’adaptations à un plupart des papillons de jour chez lesquels
environnement moins favorable, les plantes- les femelles sont plus grandes.
hôtes vigoureuses étant plus rares en été Après l’accouplement, le mâle répand sur
qu’au printemps. la femelle du salicylate de méthyle, un anti-
aphrodisiaque qui empêche les autres mâles
Quand il fait chaud les mâles se de la courtiser. La femelle peut donc se nourrir
rassemblent souvent sur le sol humide pour et pondre sans être importunée par les mâles
boire. Sinon ils passent l’essentiel de leur entreprenants. L’effet de cette phéromone
temps à patrouiller en quête des femelles. dure quelques jours, le temps que la femelle La chrysalide est accrochée à une tige ou une
Pendant la parade, les deux sexes volent finisse de digérer le don nuptial présent dans pierre près du sol. Sa couleur varie du vert
en se tournant autour et le mâle asperge la le spermatophore. au brun avec des taches foncées d’intensité
femelle d’une sécrétion odorante agréable, De nouveau attractive, la femelle cherche un L’œuf, orné de 11 à 15 côtes, incube en 3 à variable. Les chrysalides produites pendant
perceptible par l’odorat humain. autre partenaire, car elle peut s’accoupler 14 jours selon la température ambiante. les jours longs (12 heures et plus) ont une
jusqu’à 6 fois au cours de son existence. Ci-dessus : chenille au dernier stade. La peau mince et libèrent rapidement un papillon
Les œufs sont pondus isolément Seulement 12% des femelles sont mono chenille se rencontre d’avril à novembre. après 7 à 20 jours ; celles formées pendant
sur le dessous des feuilles et parfois games et celles-ci semblent plus enclines à Elle passe par 5 stades qui durent de 11 à les jours courts ont une peau épaisse et
sur les inflorescences de Brassicacées, s’éloigner de leur habitat d’origine. 28 jours en fonction de la température. hibernent jusqu’au printemps suivant.
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Piérides Pieridae Pierinae
La Piéride de l’arabette Pieris bryoniae (Hübner, 1806)
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Piérides Pieridae Pierinae
Le Marbré-de-vert Pontia daplidice (Linnaeus, 1758)
Le nom français dérive de "papillon temps sur des fleurs blanches ou vertes et
blanc marbré de vert" donné par Engramelle blanches où, les ailes fermées, il se confond
en 1779. Le nom allemand "Resedafalter" avec son environnement.
évoque le Réséda des teinturiers qui Chaque femelle pond en tout une
fournissait un colorant jusqu’au 20e siècle, soixantaine d’œufs. Elle les disperse sur les
première plante-hôte mentionnée par feuilles et les inflorescences de Résédacées
Schiffermüller en 1775. La connaissance (Résédas dans les friches sèches et les
des plantes nourricières de la chenille lits caillouteux de rivières, Faux-sésame
s’améliora progressivement : Hübner ajouta blanchâtre sur les dunes de Corse et les
le Tabouret des champs et Boisduval en landes de Bretagne) et de nombreuses
listait déjà six en 1832. Nous en connaissons Brassicacées des friches, pelouses sèches, Ci-contre : femelle butinant une Inule visqueuse en
désormais une vingtaine. éboulis et dunes. octobre. Ci-dessus : site de reproduction dans le lit de
l’Ubaye (Alpes-de-Haute-Provence).
Le Marbré-de-vert a été scindé en deux La chenille passe par 5 stades et
espèces distinctes suite à des études complète rapidement sa croissance en
biochimiques menées dans les années 2 à 4 semaines. La jeune chenille semble
1980. La répartition du papillon décrit préférer les parties supérieures de la plante-
par Linné se limite à l’ouest du Bassin hôte, plus fraîches et tendres, alors que les
méditerranéen : îles Canaries, Maghreb, grandes chenilles consomment surtout les
péninsule Ibérique, sud de la France, nord- feuilles basales et médianes.
ouest de l’Italie (Ligurie), Corse et Sardaigne. Pour se nymphoser, la chenille
Il est remplacé vers l’est par le Marbré de s’accroche à une tige basse ou à une pierre.
Fabricius (Pontia edusa). Mais ces deux L’état nymphal dure une à trois semaines
Marbrés échangent librement leurs gènes au printemps et en été. Le Marbré-de-vert
dans une large zone de contact dans le nord hiberne en chrysalide.
de l’Italie et ne semblent pas avoir atteint le
statut d’espèces à part entière.
Le Marbré-de-vert au vol rapide, direct
et près du sol peut effectuer des migrations
sur de longues distances, atteignant
parfois le nord de la France et l’Angleterre.
Les papillons qui émergent dans le Midi
au printemps et en début d’été migrent
vers le nord. Encore commun dans les
départements méditerranéens, il semble
cependant en déclin et se montre plus
rarement qu’autrefois au nord de son
aire de résidence permanente. On peut le
rencontrer dans tous les habitats ouverts
fleuris jusqu’à 2200 m d’altitude.
Il y a 2 à 4 générations selon la latitude,
de mi-mars à fin octobre dans le Midi. Le long
de la côte méditerranéenne où le papillon
vole parfois tout l’hiver, une 5e génération
peut apparaître en fin d’année. Très actif
En haut : l’œuf, orné de 12 à 14 côtes, incube en 4 à 10 jours virant de blanc-vert à jaune, puis
toute la journée par beau temps, le Marbré- orange. À droite : chenille au 1er stade. Ci-dessus, de gauche à droite : jeune chenille, chenille à mi-
Femelle de la dernière génération au repos
de-vert reste posé la nuit et par mauvais sur un Trèfle desséché. croissance, chenille au 5e stade et chrysalide.
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Piérides Pieridae Pierinae
La Piéride du vélar Pontia callidice (Hübner, 1800)
La femelle qui cherche à pondre inspecte les pierriers et la base des affleurements rocheux sur
les pelouses. Elle se pose souvent sur les petites Crucifères, mais en repart très vite sauf quand
il s’agit d’une plante-hôte à sa convenance (à gauche : ponte sur le Cresson des chamois). Après
avoir pondu quelques œufs, elle se repose un peu sur une pierre, puis elle s’éloigne d’un vol rapide. L’incubation dure une à deux semaines
À droite : un mâle très frais photographié à 1800 m dans les Hautes-Alpes le 31 août 2010. et l’œuf blanc-vert devient orange.
176 177
Aurores Pieridae Pierinae avec une femelle du Géométridé Bapta l’Alliaire officinale, la Cardamine des prés et
temerata, petit Hétérocère blanc. l’Arabette hérissée, mais beaucoup d’autres
L’Aurore Anthocharis cardamines (Linnaeus, 1758) peuvent être exploitées : Lunetières, Carda
La femelle de l’Aurore s’accouple en
principe une seule fois et se consacre mines, Arabettes, Tabourets, Passerages,
Messagère du printemps, l’Aurore est ensuite surtout à la ponte. Elle pond Moutardes, Rorippes… L’Aurore pond
répandue et commune dans une grande environ 150 œufs en tout, isolément exceptionnellement dans les jardins sur la
partie de l’Eurasie tempérée jusqu’au sur les inflorescences de Brassicacées Capucine. Il est rare de trouver plus d’un œuf
Japon et se rencontre dans toute la France. poussant au soleil, très rarement sur les ou d’une chenille par plante, car la femelle
L’unique génération vole de mi-mars à fin feuilles. Elle sélectionne avant tout des ne pond pas deux fois au même endroit et
mai en plaine, parfois dès la fin février dans plantes isolées ou poussant en bordure de laisse, après chaque ponte, une phéromone
le Midi, mais seulement de juin à début août massif. Les principales plantes-hôtes sont qui repousse les autres femelles.
en montagne. Les femelles émergent une à
trois semaines après les premiers mâles.
L’Aurore butine surtout des Brassicacées
(dont ses plantes-hôtes) et de nombreuses
autres fleurs pourpres, roses ou bleues
de familles variées. Le temps consacré à
l’alimentation représente moins de 2 % du
temps actif.
Le sex-ratio dans la nature est de
6 mâles pour une femelle. Celles-ci sont
moins actives que les mâles qui passent L’Aurore (ici une femelle) passe souvent la
l’essentiel de leurs journées à patrouiller nuit et les périodes de mauvais temps sur
le long des lisières et des haies en quête les fleurs blanches d’une Crucifère (Alliaire
d’une partenaire. Ils ralentissent pour officinale ici) ou d’une Ombellifère. Les ailes
inspecter toutes les taches blanches qui postérieures marbrées de vert et de blanc
cachent complètement les ailes antérieures
attirent leur attention : papillons, fleurs,
et lui assurent un bon camouflage. L’Aurore
bouts de papier ou morceaux de plastique… cherche parfois refuge dans le feuillage d’un
La couleur blanche représente pour eux un arbre ou d’un buisson pour s’abriter de la L’Aurore se reproduit du niveau de la mer jusqu’à 2100 m le long des lisières et dans les clairières
fort stimulus sexuel comme en témoigne cet pluie. des bois, dans les prairies humides ou inondables, le long des cours d’eau, sur les talus et dans les
accouplement d’un mâle d’Aurore observé prés mésophiles, plus rarement sur les pelouses sèches ou les éboulis. De gauche à droite : sites
de reproduction dans un parc de la région parisienne, en lisière de forêt subalpine à 1800 m et sur
une pente sèche à 1000 m dans le sud des Alpes.
178 179
Aurores Pieridae Pierinae Aurores Pieridae Pierinae
La chenille néonate est jaune avec la tête plante nourricière et ronge la tige quand elle
L’Aurore de Provence Anthocharis euphenoides Staudinger, 1869
noire. Elle se développe en 3 à 5 semaines, les a tous dévorés. La chenille de l’Aurore
passant par 5 stades. On la trouve assez mange les œufs des autres Piérides qu’elle Endémique du sud-ouest de l’Europe, qui reste posée les ailes ouvertes. Il se
facilement entre fin avril et juillet sur le découvre sur sa plante. Arrivée à terme, elle l’Aurore de Provence peuple en France les pose ensuite près d’elle et s’en rapproche
haut de la plante nourricière. Polyphage, s’éloigne de sa plante-hôte et peut errer départements méditerranéens, remontant en marchant pour s’accoupler. La femelle
la chenille peut consommer jusqu’à jusqu’à 30 heures avant de trouver un site jusqu’au sud de l’Ardèche et à Grenoble, fécondée disperse ses œufs sur les boutons
15 espèces de plantes en une localité, avec favorable à la nymphose. La chrysalide est avec des colonies isolées en Quercy. floraux et les pédoncules de la Lunetière
des succès inégaux cependant. Les plantes accrochée à la tige d’une plante basse ou au lisse et des espèces voisines du même
L’unique génération paraît d’avril à
de petite taille l’obligent en effet à partir à la rameau d’un buisson. genre.
début juin à basse altitude, parfois dès la
recherche d’une autre plante pour terminer fin mars. En montagne, elle vole en juin- La chenille se développe en 3 à
sa croissance. Elle se nourrit des fruits de la juillet, rarement jusqu’au début août. Les 4 semaines, passant par 5 stades. Elle se
mâles passent l’essentiel de leur existence nourrit des boutons floraux, puis des fleurs et
à patrouiller leur habitat d’un vol nerveux, se termine souvent sa croissance en rongeant
posant brièvement pour butiner. De même les fruits et parfois les tiges de la plante-
que les femelles, ils s’éloignent rarement hôte. Lorsqu’elle ne mange pas, la chenille
des peuplements denses de Lunetière, leur se tient immobile sur un rameau. Peu avant
plante-hôte et principale source de nectar. la nymphose, la chenille prend parfois une
teinte rose ; les fourreaux des ailes de la
Les femelles émergent une à deux
future chrysalide deviennent alors visibles
semaines après les premiers mâles. Lors
sur les côtés du thorax. La chrysalide est
de la parade nuptiale, le mâle tourne
accrochée à une tige basse autre que la
nerveusement en vol autour de la femelle
plante nourricière et hiberne.
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Aurores Pieridae Pierinae
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Marbrés Pieridae Pierinae les inflorescences en boutons de grandes
Crucifères à fleurs jaunes : Fausse-roquette
Le Marbré de Freyer Euchloe simplonia (Boisduval, 1832) à feuilles de cresson, Lunetière lisse,
Sisymbre d’Autriche, Hugueninie à feuilles
Le Marbré de Freyer et le Marbré de L’unique génération paraît en juin-juillet, de tanaisie ou Pastel des teinturiers.
Cramer (Euchloe crameri) ont longtemps été jusqu’en août les années tardives. À basse
La chenille se développe l’été en un mois,
réunis sous le nom collectif d’ausonia. Lors altitude dans les Pyrénées, les premiers
se nourrissant des fleurs et des fruits de sa
de ses études dans les années 1970 - 80, papillons peuvent voler dès la mi-avril. En
plante-hôte. La chrysalide hiberne attachée
Werner Back découvrit que les coloris des haute montagne, ils émergent juste après la
à une tige sèche, en élevage parfois deux
chenilles matures permettent de distinguer fonte des neiges.
hivers de suite voire plus.
ces trois espèces. Pendant plus de 10 ans, ce Les mâles patrouillent inlassablement
spécialiste allemand réalisa de nombreuses leur habitat, inspectant les Crucifères
tentatives d’hybridation : les femelles jaunes sur lesquelles ils s’arrêtent butiner
d’ausonia et de crameri ne s’accouplent de temps en temps. Ils montent parfois
jamais de manière spontanée avec les sur une crête élevée où ils font des allées
mâles de l’autre espèce. Les descendants et venues dans l’espoir de voir arriver
hybrides obtenus par accouplements une femelle. Celle-ci, moins nerveuse,
forcés présentent des anomalies dans leur vole peu avant de s’accoupler. La femelle
développement. La répartition d’ausonia fécondée pond ses œufs isolément sur
(Marbré oriental) ne dépasse pas la Toscane
vers l’ouest tandis que crameri occupe
l’ouest du Bassin méditerranéen. Les trois
espèces actuellement reconnues possèdent
un nombre chromosomique identique
(n=31).
Back eut la confirmation du statut
spécifique de simplonia et crameri lorsqu’il
les rencontra ensemble près de Briançon
(Hautes-Alpes) et dans l’est des Pyrénées
où ils utilisent une même plante-hôte, la
Lunetière. Ces deux Marbrés présentent
par ailleurs une écologie et un cycle
biologique distincts : simplonia est une En haut : femelle. L’œuf porte 16 côtes et
espèce monovoltine de montagne, crameri incube pendant 5 à 10 jours. Ci-contre :
une espèce bivoltine de basse altitude. chenille au 5e stade. Ci-dessous, de gauche à
Le nom simplonia est parfois attribué à droite : chenilles au 5e stade, en prénymphose,
Des différences génétiques entre les deux
Freyer (1829) d’où son nom français. Mais chrysalide fraîche et chrysalide durcie.
ont également été diagnostiquées par la description de Freyer ne convient pas
électrophorèse enzymatique. à cette espèce. De plus, Freyer indique la
Localisé dans les monts Cantabriques, Croatie comme patrie de son simplonia,
les Pyrénées et les Alpes occidentales, le sans doute par confusion avec ausonia car
Marbré de Freyer se retrouve dans l’Altaï, simplonia est absent de ce pays. Boisduval
en Sibérie et en Mongolie. Il parcourt est probablement le vrai créateur du nom
simplonia dans son "Index methodicus"
d’un vol rapide les pelouses rases, les
imprimé en 1829. Une description détaillée
prairies rocheuses, les éboulis, les lits de et illustrée suivit en 1832 (ci-dessus : le
torrents ainsi que les clairières et lisières mâle en haut à droite et en bas, la femelle
mésophiles entre 1000 et 2600 m, surtout à gauche). Le site d’origine "Col du Simplon
entre 1500 et 2200 m. Il descend jusqu’à et d’autres montagnes du Valais" concorde
600 m dans les vallées des Pyrénées et se parfaitement avec le nom simplonia. Nous
rencontrait autrefois à 400 m au pied du suivons les conclusions d’Otakar Kudrna et
Salève (Haute-Savoie). considérons donc simplonia Boisduval, 1832
comme le nom scientifique valide.
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Marbrés Pieridae Pierinae
Le Marbré de Cramer Euchloe crameri Butler, 1869
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Marbrés Pieridae Pierinae
Le Marbré tyrrhénien Euchloe insularis Staudinger, 1861
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Marbrés Pieridae Pierinae femelle alterne la ponte de 3 ou 4 œufs, pas nourricière, parfois les feuilles. La chenille
plus d’un par plante, avec des périodes de prend une teinte rougeâtre peu avant la
Le Marbré de Lusitanie Euchloe tagis (Hübner, 1804) repos sur le sol ou sur une fleur, butinant nymphose. La chrysalide hiberne attachée à
volontiers les fleurs de la plante-hôte. une tige basse.
Boisduval a décrit Papilio Bellezina différents, presque dépourvus de taches
À sa naissance, la chenille est jaune
en 1828 comme nouvelle espèce en se blanches au revers. Lors des croisements
avec la tête brun-noir. Elle ronge les fleurs
référant à des spécimens capturés dans le expérimentés par Back (1984), les deux
et leurs pédoncules et devient entièrement
Var par le comte Adolphe de Saporta. Dans sexes de pechi et bellezina s’accouplaient
verte après la première mue. Elle mange
ses travaux ultérieurs, Boisduval s’excuse sans réticence et leurs descendants se
ensuite les fleurs et les fruits de sa plante
de ne pas avoir réalisé que l’espèce avait développaient normalement.
déjà été décrite du Portugal par Hübner. Cette petite Piéride discrète se reproduit
Le nom bellezina reste cependant valide en terrain calcaire sur les pelouses sèches
pour la sous-espèce qui occupe le sud de la caillouteuse, les éboulis chauds, les falaises
France. et dans les lits caillouteux de rivières, entre
Le Marbré de Lusitanie est localisé et 100 et 1000 m. Elle est localement menacée
peu commun dans le sud-ouest de l’Europe par le boisement naturel ou artificiel de ses
entre la péninsule Ibérique et le nord- habitats et par leur conversion en vignobles :
ouest de l’Italie. Il vole aussi au Maroc et une colonie prospère a ainsi été détruite
en Algérie. En France, les colonies peu dans l’Hérault en 1990.
nombreuses sont dispersées autour des L’unique génération vole en avril-mai,
causses méditerranéens du Languedoc et exceptionnellement dès le début mars
en Provence jusque dans le sud des Hautes- et parfois jusqu’à mi-juin. Les papillons
Alpes et de la Drôme, avec des populations émergent quand leur plante-hôte commence
isolées dans l’Ain et le Quercy (Lot, vallée du à fleurir, les mâles quelques jours avant les
Tarn). femelles. Les œufs sont pondus isolément
Dans son aire de répartition, le Marbré sur le pédoncule d’un bouton floral de
Ci-dessus : imago sur un Ibéris. À droite : l’incubation dure
de Lusitanie forme plusieurs sous-espèces l’Ibéris amer dans le Quercy, des Ibéris à 7 à 9 jours et l’œuf passe de blanc-vert à jaune-orange.
qui se nourrissent toutes d’Ibéris. Chenilles feuilles de lin, Ibéris penné et Ibéris cilié en
La chenille se développe en 3 à 4 semaines entre mai et
et chrysalides présentent partout des coloris Languedoc et en Provence. Ces Crucifères juin. Ci-dessous : chenille au 5e et dernier stade, chenille
à peu près identiques, y compris chez la étant localisées, chaque colonie exploite devenue violette en prénymphose et chrysalide.
ssp. pechi d’Algérie aux imagos pourtant bien habituellement une seule plante-hôte. La
L’Ibéris cilié
190 191
Si les Piérides sont très voyantes en vol, la coloration de leur revers leur permet de se fondre dans
leur environnement lorsqu’elles sont au repos.
Page de gauche, en haut : femelle de Piéride de la rave (Pieris rapae) posée le soir sur un Ciste
cotonneux ; en bas : Marbré-de-vert (Pontia daplidice) par mauvais temps sur un Panicaut cham
pêtre. Sur cette page, en haut : Marbré de Cramer (Euchloe crameri) dans la végétation basse
d’une arrière-dune. Ci-dessus : Citron (Gonepteryx rhamni) mâle dans un Tremble.
192 193
Piérides Pieridae Coliadinae
Le Solitaire Colias palaeno (Linnaeus, 1761)
194 195
Il y a en France deux sous-espèces de
Solitaire : europomene, petite race alpine
décrite de Suisse par Ochsenheimer en
1816 (colonne de gauche, de haut en
bas : mâle, femelle typique, femelle jaune
(f. illgneri) et site de reproduction à 2400 m
dans les Hautes-Alpes) et europome dans
le Jura, plus grande et plus pâle, décrite de
Lorsqu’il découvre une femelle posée, le mâle de Solitaire (Colias palaeno) commence par voleter Saxe (Allemagne) par Esper en 1778 (page
autour d’elle (en haut), puis il se pose sur une feuille à proximité (ci-dessus à gauche) et fait vibrer ci-contre et colonne de droite : femelle et
ses ailes (à droite). habitat).
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Piérides Pieridae Coliadinae
Le Candide Colias phicomone (Esper, 1778)
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Piérides Pieridae Coliadinae
Le Soufré Colias hyale (Linnaeus, 1758)
Les imagos du Soufré et du Fluoré (Colias les imagos sont plus abondants en fin d’été.
alfacariensis) se distinguent difficilement, Les mâles patrouillent à la recherche des
mais leurs chenilles sont très différentes. Le femelles. Comme chez d’autres Colias, le
Soufré fréquente les prairies mésophiles et mâle essaie de passer devant la femelle lors
les champs de Trèfle et de Luzerne jusqu’à du vol de parade, peut-être pour diffuser
2000 m d’altitude. Migrateur, il peut être des phéromones. Si elle n’est pas réceptive,
rencontré dans divers milieux et voyage la femelle s’élève dans le ciel jusqu’à
certaines années vers le nord jusqu’en l’abandon de la poursuite.
Angleterre et dans le sud de la Scandinavie. L’œuf incube pendant 4 à 10 jours, Sites de reproduction du Soufré (à gauche) et du Fluoré (Colias alfacariensis, à droite). Bien que les
Résident dans toute l’Europe tempérée, virant de blanc à orange, puis à gris imagos de ces deux espèces soient très proches, leur écologie est très différente.
il est absent du pourtour méditerranéen, pourpré. La chenille se développe l’été en
ne dépassant pas vers le sud les Alpes 3 à 4 semaines et passerait par 4 stades.
et le Massif central (sa présence dans Les chenilles qui hibernent – entre le
les Pyrénées reste à confirmer). Encore 2e et le 4e stade – effectuent une mue
assez répandu en France, ce papillon s’est supplémentaire et grandissent en 5 stades.
raréfié suite à l’abandon des cultures de Elles sont parfois actives en hiver quand il fait
Légumineuses fourragères au profit du maïs. doux. Très sensibles, les chenilles craignent
Le Soufré vole en deux à trois générations une humidité excessive et meurent si la
entre mai et octobre, parfois dès avril ou température descend à -10°C. La chrysalide
encore début novembre. Beaucoup de est accrochée à une tige basse et le papillon
chenilles meurent en hiver ce qui entraîne éclôt après 7 à 18 jours selon les conditions
une forte réduction des effectifs printaniers ; météorologiques.
En haut, de gauche à droite : l’œuf porte 19 à 24 côtes ; chenille au 1er stade ; chenille à mi-
croissance. Ci-dessus : chenille au dernier stade et chrysalide.
Ci-dessous : imagos femelle (à gauche) et mâle (à droite) de Soufré.
La femelle disperse ses œufs sur les folioles de Légumineuses, surtout sur le Trèfle blanc et la
Luzerne cultivée comme sur cette photo.
200 201
Piérides Pieridae Coliadinae
Le Fluoré Colias alfacariensis Ribbe, 1905
202 203
Piérides Pieridae Coliadinae Il semble que chaque femelle soit capable
de reconnaître deux ou trois plantes-hôtes
Le Souci Colias crocea (Geoffroy in Fourcroy, 1785) qu’elle sait identifier rapidement avant
même de s’y poser. Elle choisit en effet
C’est à la couleur orangée de la fleur Scabieuses. Son vol est souvent rapide, bas sans hésitation une plante pour y pondre
de Souci que ce papillon doit son nom et direct. Mâles et femelles apparaissent en sitôt arrivée dans un site qu’elle ne connaît
français. Baptisé ainsi par Geoffroy dans nombre à peu près égal et se retrouvent sur pas, dédaignant les autres qui font pourtant
l’Entomologia Parisiensis dont Fourcroy était les lieux fleuris. partie du spectre local de ses plantes-hôtes.
l’éditeur, sa couleur a également inspiré son La femelle commence à pondre environ Nous avons observé deux femelles de
nom scientifique (crocea vient de crocus, le 10 jours après son émergence. Elle fixe ses passage dans un petit jardin : la première
safran). Les Anglais connaissaient le Souci œufs isolément sur le dessus des folioles pondit quelques œufs sur les Mélilots ; peu
depuis plus longtemps : Thomas Moffett en - rarement sur le calice - de nombreuses après, la seconde choisit de pondre sur
1634 et James Petiver en 1702 présentaient Fabacées : Lotiers, Luzernes, Trèfles, Hippo des petites Luzernes. Une femelle dépose
déjà des dessins de ce papillon en noir et crépis, Mélilots, Sainfoins, Astragales, L’œuf porte 20 côtes et incube pendant 4 à parfois un œuf sur une plante-hôte, puis un
blanc. Vesces, Badasse, Dorycnopsis de Gérard, 10 jours, virant de jaune très pâle à rouge- second non loin de là sur une plante-hôte
Au Maghreb, en Europe méridionale et Coronille bigarrée ou en hauteur sur le orange, puis à brun-gris. différente.
dans l’ouest de l’Asie le Souci fréquente Baguenaudier ou le Robinier. La femelle
la plupart des milieux ouverts : pelouses se déplace sur de longues distances pour
sèches, prairies, champs de Luzerne, landes disperser jusqu’à 500 œufs. Elle dépose
ouvertes, dunes côtières, friches et bords quelques œufs à chacun de ses arrêts, un
des cultures, talus, oliveraies, vergers et seul par plante.
jardins jusqu’à 2100 m. Les papillons mi
grent habituellement en groupe, vers le nord
au printemps et vers le sud en automne. Les
bonnes années, ils empruntent en nombre
les cols des Pyrénées jusqu’à 2800 m et
plus haut encore à 3200 m dans les Alpes.
Les migrateurs arrivent en mai-juin dans
le centre et le nord de la France où ils se
reproduisent jusqu’en automne.
Le Souci paraît en 2 à 4 générations entre
mars et novembre. Ses effectifs augmentant
régulièrement au fil des générations, il est
toujours plus abondant à l’automne. Des
papillons peuvent être observés tout l’hiver
dans les régions les plus chaudes du Midi
où l’espèce réside en permanence et arrive
parfois à se reproduire dès janvier.
Plus au nord, le Souci disparaît aux
La chenille au 1er stade mange le chorion
premiers froids. Les papillons ne réussissent et attaque la foliole, y laissant des fenêtres
que rarement à passer la mauvaise saison translucides, puis des trous (en haut à gauche).
comme cet exemplaire trouvé engourdi sous Quand elle ne mange pas, elle se tient immobile
des Lierres en plein hiver en Angleterre. Des sur la nervure médiane. Elle garde la tête noire
observations de terrain depuis 1998 sur la au 2e (en haut à droite) et au 3e stade (ci-contre
côte sud de l’Angleterre montrent que ses en haut). Chenille au 4e stade (ci-dessus) et au
chenilles parviennent à se développer lors Chez beaucoup de Rhopalocères, la femelle 5e stade (ci-contre en bas).
d’hivers doux et les imagos émergent en reste attractive pendant l’accouplement. Un La chenille grandit en 5 stades complétés
mars-avril. mâle vient parader, attiré par une femelle déjà en 3 à 4 semaines l’été. Dans le Midi, les
appariée. L’importun peut insister jusqu’à chenilles nées en fin de saison passent l’hiver,
Parmi les nombreuses fleurs qu’il butine interrompre l’union en cours. Le couple uni s’alimentant par temps doux et grandissant très
le Souci préfère les Composées et les vole bien et assez haut, porté par le mâle. lentement ; ces chenilles passent par 6 stades.
204 205
Piérides Pieridae Pierinae Citrons Pieridae Coliadinae
Le Citron de Provence Gonepteryx cleopatra (Linnaeus, 1767)
La femelle du Souci est polymorphe. Typiquement jaune-orange (en haut à gauche), environ 10% des
femelles sont blanches. Cette forme, nommée helice, paraît plus fréquemment en automne (en
haut à droite). La forme intermédiaire helicina est rare (en bas à gauche). Enfin, le mâle comme la Cette femelle de Citron de Provence, courtisée par un mâle alors qu’elle butine une Scabieuse, fait
femelle peuvent exceptionnellement être jaune citron ou jaune clair dessus (en bas à droite). saillir une touffe d’écailles odoriférantes à l’extrémité de son abdomen.
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Citrons Pieridae Coliadinae
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Citrons Pieridae Coliadinae
Le Citron Gonepteryx rhamni (Linnaeus, 1758)
210 211
Riodinidae passe la journée sur le dessous d’une
feuille ou dans la litière. Attaquée par des
La Lucine Hamearis lucina (Linnaeus, 1758) fourmis, elle détourne leur attention en
expulsant des boulettes fécales dont les
La Lucine est le seul représentant La femelle vit une dizaine de jours. fourmis sont friandes. La chenille effectue
en Europe de la famille des Riodinidae, Fécondée, elle volette le long des lisières sa croissance en 4 à 6 semaines entre
considérée à la fin du 20e siècle comme une ombragées et sous le couvert des haies mai et juillet.
sous-famille des Lycaenidae. De récentes et des buissons, marchant parfois dans la
La chrysalide est accrochée au revers
études génétiques lui ont redonné le statut végétation basse pour identifier les plantes.
d’une feuille sèche au sol ou cachée dans
de famille à part entière. Lorsqu’elle rencontre une Primevère, elle se
la végétation dense juste au-dessus du sol.
pose sur une feuille et la piétine à reculons
Largement répandue en Eurasie La Lucine hiberne en chrysalide. Selon le
jusqu’à en toucher le bord. Elle s’immobilise,
tempérée jusqu’au Japon, la Lucine naturaliste suisse Paul-André Robert, les
courbe son abdomen et fixe un œuf sur le
fréquente les lisières et les clairières des chenilles issues de la seconde génération
dessous de la feuille. La femelle dépose
bois, les allées forestières et les prairies hibernent et se nymphosent en avril.
ainsi une cinquantaine d’œufs isolément
bocagères jusqu’à 2000 m dans les Alpes.
ou en petits groupes (jusqu’à 8, rarement
Dans la moitié nord de la France, elle se
davantage) sur les feuilles de Coucou,
reproduit aussi sur les pelouses sèches
de Primevère élevée ou de Primevère
buissonneuses.
acaule. Elle peut pondre sur une plante
Ce petit papillon printanier vole en une très différente poussant à proximité. Dans
génération entre avril et début juillet selon les petites clairières des régions humides
la latitude et l’altitude, parfois dès la mi- les femelles choisissent souvent des
mars dans le Sud-Ouest. Dans les endroits Primevères poussant au soleil.
un peu humides du Midi, quelques Lucines
L’œuf incube durant 1 à 4 semaines en
émergent entre mi-juillet et octobre, en
fonction des conditions météorologiques
une seconde génération très partielle.
et climatiques. La chenille néonate mange
Les papillons butinent de préférence les
le chorion avant d’entamer une feuille de
grandes inflorescences plates et blanches
Primevère. Diurne au 1er stade, elle reste
des Ombellifères et des Valérianes.
cachée à la base du pétiole quand elle ne
L’accouplement, sans parade et bref, a lieu
s’alimente pas. Plus grande, la chenille À partir du 2e stade, la chenille s’alimente
en milieu de journée.
de nuit, laissant de grands trous irréguliers
dans le limbe des feuilles.
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Thècles, Cuivrés et Azurés Lycaenidae La famille des Lycaenidae
Ces papillons de taille modeste pondent nom. Les mâles très territoriaux perchent
des œufs sphériques aplatis et sculptés de en hauteur sur la végétation herbacée
petites alvéoles. Les chenilles ne mangent d’où ils guettent le passage d’une femelle.
pas le chorion après leur naissance. De Les espèces françaises sont inféodées aux
forme trapue, elles ont la faculté de rentrer plantes de la famille des Polygonacées.
leur petite tête sombre sous un repli du La sous-famille des Polyommatinae
thorax. La plupart sont dotées d’organes (Azurés et Argus) est de beaucoup la plus
myrmécophiles qui leur permettent d’entre nombreuse avec 44 espèces en France.
tenir des relations avec les fourmis (voir Les mâles ont souvent le dessus bleu
page 262). Les chenilles matures et les tandis que les femelles sont surtout brunes.
chrysalides mesurent entre 1 et 2 cm. Comme chez les Cuivrés, le revers des
La famille des Lycaenidae se compose ailes est habituellement orné de séries de
de trois sous-familles homogènes. Les petits ocelles noirs. Leur disposition et leur
Theclinae (Thècles) fréquentent les bois et taille constituent des éléments primordiaux
les broussailles où ils volent l’été en une pour leur identification. Les chenilles vivent
seule génération. Leurs chenilles, toujours souvent sur les Fabacées (= Légumineuses),
très mimétiques, vivent essentiellement quelques-unes se nourrissent de plantes
dans le feuillage des buissons et des arbres d’autres familles à l’instar des Aricia qui
après avoir hiberné dans l’œuf. préfèrent les Géraniacées. Les Azurés
hibernent en majorité à l’état de chenille,
Les mâles et certaines femelles de
certaines passant l’hiver dans l’œuf.
la sous-famille des Lycaeninae (Cuivrés)
arborent sur le dessus des ailes une belle
teinte rouge ou orange à l’origine de leur
Ci-dessus : les rassemblements d’Azurés sur des substrats humides (ici un morceau de bois)
constituent un spectacle encore fréquent dans les Alpes. On peut reconnaître deux Sablés du
sainfoin (Polyommatus damon), un Bleu-nacré (Lysandra coridon), deux Argus de l’hélianthème
(Aricia artaxerxes), deux Azurés des géraniums (A. nicias), 4 Moyen-Argus (Plebejus idas) et deux
Petits Argus (P. argus).
Ci-dessous : deux mâles et une femelle (en bas) d’Azuré commun (Polyommatus icarus) prennent un
dernier bain de soleil en fin de journée.
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Thècles Lycaenidae Theclinae a lieu en milieu de journée, la femelle
déposant quelques œufs isolément ou en
Le Faux-cuivré smaragdin Tomares ballus (Fabricius, 1787) petits groupes. Elle retourne ensuite butiner
les fleurs de Thym et de Composées ou se
Endémique d’Afrique du Nord et du sud- premier lieu par les importantes surfaces repose sur une pierre au soleil.
ouest de l’Europe, le Faux-cuivré smaragdin qui lui sont consacrées et bien sûr à cause