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Université Internationale de Rabat

Cour de droit processuel/ L2


Pr : Ilham Mamouni

Polycopié de Droit processuel

Année universitaire 2023-2024


Plan du cours de droit processuel

Introduction générale

Chapitre I-Traits, principes et compétence des juridictions :


Section 1-Les traits et principes de la justice et de la procédure judiciaire :
I-Les traits généraux de la justice

1. La dualité de juridictions

2. La formation collégiale et juge unique

3. La continuité du service public

II-Les principes de la justice

1. Le principe de séparation des pouvoirs

2. Le principe de la gratuité de la justice

3. Le principe de l’égalité devant la justice

4. Le principe de double degré de juridictions

III-Les principes directeurs de la procédure judiciaire

1. Le principe d’impartialité du juge

2. Le principe de publicité des audiences et jugements

3. Le principe du caractère contradictoire de la procédure

Section 2-La compétence des juridictions :


I-Compétence d’attribution

1. Les juridictions de droit commun

2. Les juridictions spécialisées

II-Compétence territoriale

III-Questions communes aux règles de compétence


Chapitre II-Le procès civil :
Section 1-L’action en justice
I-Les conditions de recevabilité de l’action
1. L’intérêt à agir
2. La qualité à agir
3. La capacité juridique
II- Absence des conditions de recevabilité de l’action

Section 2-Les différentes formes de l’action


I-La demande
1. La demande introductive d’instance
4. La demande incidente
5. Les effets de la demande
II-La défense
1. La défense au fond
6. Les exceptions
7. La fin de non recevoir
8. La distinction entre les défenses au fond, les exceptions et la fin de non
recevoir

Section 3-L’instance
I- Les actes de procédure et les délais de procédure
1. La notification des actes de procédure
9. Les délais de procédure
10. Les sanctions du défaut de respect des actes et délais de procédure
II-Le déroulement du procès

1. L’introduction de la demande

2. La saisine du juge ou du tribunal

3. Enregistrement de la requête

4. Désignation du juge par le président du tribunal

5. La convocation à l’audience

6. La notification de la convocation

7. Délais de comparution

8. L'examen de l’affaire

9. Les mesures d’instruction

10. L’audience

11. Les frais de justice

12. Les dépens

III-Les incidents de procédure

1. Les causes de suspension de l’instance

13. Les causes d’interruption de l’instance

14. Les causes d’extinction de l’instance

Section 3-La fin du procès civil

I-Les différentes sortes du jugement

1. Les jugements contradictoires et les jugements par défaut

11. Les jugements en premier ressort et les jugements en dernier ressort


12. Les jugements avant dire droit et les jugements définitifs

13. Les jugements ordinaires et les jugements d’expédients

14. Les jugements interprétatifs

15. Les jugements tendant à réparer les erreurs matérielles

II-Les effets du jugement

1. Le dessaisissement: principe et dérogations

16. La création ou le renforcement du droit

17. L’autorité de la chose jugée

Chapitre III- L’exécution des décisions de justice

Section 1- La Notification du jugement


Section 2- La juridiction compétente pour effectuer l’exécution
Section 3- La procédure d'exécution
Section 4- Les cas particuliers d’exécution
I. L’exécution provisoire
1. L’exécution provisoire légale -
2. L’exécution provisoire judiciaire
I. La défense à exécution provisoire
II. Les Cas où l’exécution d’un jugement peut être retardée
III. La Reconnaissance et exéquatur des jugements étrangers
Section 5-Les voies d’exécution des jugements
1-L‘exécution directe et l’exécution par équivalent
2-L‘exécution sur la personne et l’exécution sur les biens
Chapitre IV-Les voies de recours
Section 1-Les voies de recours ordinaires

I- L’opposition

1. Le délai d’opposition
2. L’effet suspensif de l’opposition
3. Les jugements et arrêts qui ne peuvent faire l’objet d’opposition:
II- L’appel

1. Le délai d’appel:
2.L’effet suspensif de l’appel:
3. L’étendue de l’appel:
4. L’effet dévolutif de l’appel:
5. La différence entre l’appel et l’opposition:

Section 2-Les voies de recours extraordinaires

I-Le pourvoi en cassation

1- Cas d’ouverture du pourvoi en cassation:


2. Conditions du pourvoi en cassation:
3. Délai du pourvoi en cassation:
4. L’effet non suspensif du recours:
II-Le recours en rétractation

III-La tierce opposition


Introduction générale

D’abord la procédure au sens large est un processus, un ensemble de formalités à suivre


pour arriver, ou aboutir à un résultat, exemple pour obtenir une autorisation de construire,
ou pour constituer une société ou pour adopter un enfant.
Ensuite au sens restreint, la procédure désigne le processus à suivre devant les tribunaux,
c'est-à-dire les règles du procès, c’est la procédure proprement dite.
La procédure civile est la succession des actes nécessaires, à l'introduction d’une action en
justice, à la mise en état, aux débats et aux délibérés des juges et à l'exercice des recours,
jusqu'à parvenir à l’exécution des décisions qu'ils ont rendues.
La procédure civile est l'ensemble des règles relatives à l'organisation d'une action en
justice devant une juridiction civile. Elle s'entend aussi de toutes les démarches à
entreprendre pour saisir une juridiction civile. Donc comment saisir une juridiction,
comment est organisée une action en justice et comment fonctionne la justice, mais
devant une juridiction civile.
La procédure civile comprend des règles de fond et de forme :
Les règles de forme déterminent les formalités à accomplir, les mentions à faire figurer
dans les actes, les délais à observer, etc.
-Les règles de fond touchent à titre d’exemple aux conditions d’exercices des
actions, les principes directeurs de la procédure, etc.
La procédure civile est différente de la procédure pénale ou administrative, car dans ces
deux dernières l’un des intervenants est toujours l’Etat.
La procédure pénale implique l'intervention des autorités étatiques depuis le début de la
plainte d'une victime, la dénonciation ou la constatation d'une infraction jusqu'à la
décision judiciaire définitive. C’est la procédure pénale qui fixe le cadre juridique dans
lequel l'enquête visant une personne soupçonnée sera menée, sa poursuite sera effectuée
et son jugement sera prononcé.
Elle conditionne l'exercice des pouvoirs accordés à la justice répressive, pour contrecarrer
l'arbitraire, mais tout en recherchant un équilibre entre la protection des libertés
individuelles (notamment les droits de la défense) et l'efficacité de la répression destinée à
protéger la société. Pour conclure la procédure pénale a pour but de rechercher et de
constater les infractions et de juger les délinquants.
La procédure administrative régit les règles de saisine d’une juridiction administrative,
organise l’action en justice et régit de manière générale les règles de fonctionnement de la
justice devant une juridiction administrative, laquelle juge les affaires opposant les
administrations aux administrés, ou encore différentes personnes publiques entre elles.
La procédure est également étudiée sous les appellations : "droit procédural", "droit
processuel" et "droit judiciaire ».

On traitera dans ce cours les principes généraux régissant la justice et la procédure


judiciaire, la compétence des juridictions (I), le procès civil (II), l’exécution des décisions de
justice (III) et les voies de recours (IV).

Chapitre I-Traits, principes et compétence des juridictions :


Section 1-Les traits et principes de la justice et de la procédure judiciaire :

I-Les traits généraux de la justice

La justice est un service public : la justice est prise en charge par l’Etat. Elle est assurée par
une administration relevant du Ministère de la justice et des libertés. Elle présente certains
traits généraux, qui sont comme suit :

1.La dualité de juridictions:

Il s’agit d’un principe d’organisation du système juridictionnel selon lequel il existe deux
catégories de juridictions: les juridictions administratives chargées de connaitre les litiges
opposant les administrations aux administrés, ou encore différentes personnes publiques
entre elles et les juridictions judiciaires pour le reste. C’est la dissociation entre la fonction
administrative et la fonction juridictionnelle.

Avant 1993 le Maroc connaissait le système d’unité de juridictions, toutes les affaires aussi
bien civiles et pénales qu’administratives étaient confiées aux mêmes juridictions.

Cette option a été remise en cause par la création des tribunaux administratifs. Cette
création fait suite au principe de la séparation des autorités administratives et judiciaires
selon lequel, il est interdit aux tribunaux judiciaires de connaître des litiges administratifs.

2-La Formation collégiale et le juge unique:


La formation collégiale consiste à ce que les décisions judiciaires soient rendues par un
collège de magistrats (trois ou plus). Le système du juge unique consiste à rendre la
décision judiciaire par un juge unique.

L’organisation judiciaire au Maroc est passée par plusieurs étapes:

La première organisation judiciaire est celle qui a eu lieu sous l'égide du protectorat en
1913. Elle prévoyait que les décisions de justice (jugements du tribunal de première
instance) étaient rendues par une formation collégiale comportant un président de
chambre et deux ou trois magistrats, à l’exception des référés, des ordonnances sur
requête et des affaires se rapportant aux baux qui étaient soumis au juge unique et qui
relevaient de la compétence du président du tribunal. Les arrêts de la cour d’appel étaient
aussi rendus par une formation collégiale.

Le dahir portant loi n°1-74-338 fixant l’organisation judiciaire du Royaume du 15 juillet


1974 qui a été adopté par le Royaume du Maroc après l’indépendance a fait de la justice
en première instance un système de juge unique et a maintenu la formation collégiale
pour la cour d’appel et la cour suprême.

Ce choix du système de juge unique a été imposé par la conjoncture marquée par le
nombre limité des juges disponibles au regard des juridictions créées. En l'absence d'une
formation adéquate dans le contexte collégial, des lacunes ont été constatées dans
l'accompagnement de ces attachés une fois en poste dans les tribunaux, que ce soit au
niveau de la gestion des audiences, de l’interrogation des parties, de l'évaluation des
preuves ou de la réponse aux objections soulevées par les parties lors de la rédaction des
jugements. Ce qui a entrainé la restauration du système de collégialité.

La réforme de 1993 n’a pas totalement aboli le système de l’unicité des juges, puisque
celui-ci est resté maintenu dans certaines éventualités. Ainsi, les tribunaux de première
instance siégeaient en présence de trois juges dont un président, avec l’assistance d’un
greffier, mais avec dérogation à cette règle générale .
1

1 - Les tribunaux de première instance siègent à juge unique, lorsqu’ils connaissent


des demandes en premier et dernier ressort, c'est-à-dire dont la valeur du litige est
inférieure ou égale à 3000 DH.
Le recours au juge unique prévalait aussi dans les affaires suivantes :
Les demandes tendant à déclarer judiciairement une naissance ou un décès ou d’état
civil,
L’enquête suivie en matière d’accidents de travail et de maladies professionnelles,
La procédure de conciliation en matière d’accidents de travail et de maladies
professionnelles,
Les affaires des mineures,
Les contraventions punies par une peine d’amende et dont la compétence est
attribuée aux tribunaux de première instance par le CPC.
Une autre modification de l’organisation judiciaire qui concerne le juge unique/formation
collégiale a été apportée par la loi n° 34-10 2 de 2011. Elle prévoyait que : « les tribunaux de
première instance, siègent à juge unique avec l'assistance d'un greffier, à l'exception des
actions en droits réels immobiliers et mixtes et des affaires de la famille et des successions,
hormis la pension alimentaire, sur lesquelles il est statué en présence de trois juges, y
compris le président avec l'assistance d'un greffier ».

Cette modification de 2011 soustrait de la collégialité les actions de conflits de travail et


délits sanctionnés par peine d’emprisonnement supérieur à deux ans et dont la
compétence est dévolue par le Code de Procédure Pénale au tribunal de première
instance.3

La dernière réforme de l’organisation judiciaire apportée par la loi organique n°38-15


(article 51) qui constitue une réforme de fond a gardé la collégialité dans les actions en
droits réels, immobiliers et mixtes et des affaires de statut personnel y compris celles
relatives à la famille, en éliminant de cette dernière rubrique les affaires de divorce par
consentement mutuelle, les affaires de pension, de rémunération de la garde, des
obligations financières du mari, du droit de visite, du retour au domicile conjugale, de
préparation du domicile conjugal et des affaires d’état civil.

Dans tous les systèmes précédents et dans l’actuelle, les tribunaux statuent en deuxième
degré, en étant composé de trois magistrats, y compris le président, avec l'assistance du
greffier. La cour de cassation statue à cinq, en présence du ministère public et avec
l’assistance du greffier.

En ce qui concerne les tribunaux administratifs et de commerce, ils siègent à formation


collégiale (3 magistrats y compris le président et un secrétaire greffier).

Ces tribunaux ne statuent à juge unique qu’en matière des référés.

2 -Dahir n° 1-11-148 du 16 ramadan 1432 (17 août 2011) portant promulgation de la


loi n° 34-10 modifiant et complétant le dahir portant loi n° 1-74-338 du 24 joumada II
1394 (15 juillet 1974) fixant l’organisation judiciaire du Royaume.
3- Le Dahir de 1993 a été modifié par la loi 15-03 (11 novembre 2003) qui prévoit
que : les tribunaux de première instance siègent en présence de trois juges dont un
président avec l’assistance d’un greffier, sous réserve des compétences dévolues au
président du tribunal en vertu de textes particuliers, dans les affaires suivantes:
Actions de statut personnel et de successions à l’exception de la pension alimentaire ;
Actions immobilières de droits réels et mixtes ;
Actions de conflit de travail ;
Délits sanctionnés par peine d’emprisonnement supérieur à deux ans et dont la
compétence est dévolue par le CPP au tribunal de première instance.
Les autres instances tenues par ces tribunaux se tiennent par un juge unique assisté
par un secrétaire greffier.
3-La continuité du service public:

Les juridictions constituent un service public qui doit fonctionner en permanence et sans
interruption. Aussi, le président de tribunal de droit commun comme le premier président
de la cour d’appel, ou leurs délégués et les juges de référés peuvent être saisis à toute
heure du jour comme de la nuit, par voie de requête d’heure à heure, qu’il s’agisse d’un
jour férié ou d’une fête.

Toutefois, ces dispositions sont loin d’être suivies scrupuleusement. D’ailleurs, les
juridictions commencent à travailler au ralenti durant les mois d’Aout et Septembre.

Les présidents et premier président des tribunaux et cours et les juges des référés sont très
rarement sollicités en dehors des heures normales de leur travail.

II-Les principes généraux de la justice

1.Le principe de la séparation des pouvoirs judiciaire et exécutif :

Le principe de séparation de pouvoirs est un principe constitutionnel prévu par l’article 107
de la constitution qui dispose que: « le pouvoir judiciaire est indépendant du pouvoir
législatif et du pouvoir exécutif. Le Roi est le garant de l’indépendance du pouvoir judiciaire
». Ce principe constitue l’un des piliers essentiels de l’Etat de droit. Il est ainsi consacré par
la constitution et son application est garantie par le Roi.
L’indépendance de l’autorité judiciaire à l’égard du pouvoir exécutif est consacrée par
certaines garanties constitutionnelles comme l’inamovibilité des magistrats du siège,
prévue par l’article 108 de la constitution. L’inamovibilité est une prérogative des
magistrats en vertu de laquelle ils ne peuvent être mutés ou révoqués que conformément
à la loi. Ces magistrats sont nommés dans le corps de la magistrature par le conseil
Supérieur du Pouvoir Judiciaire.
De son côté, l’article 109 de la constitution dispose que: «Est proscrite toute intervention
dans les affaires soumises à la justice. Dans sa fonction judiciaire, le juge ne saurait
recevoir d’injonction ou instruction, ni être soumis à une quelconque pression. Chaque fois
qu’il estime que son indépendance est menacée, le juge doit en saisir le Conseil Supérieur
du Pouvoir Judiciaire.
Le Conseil reçoit, conformément à l’article 105 de la loi n°100-13 relative au CSPJ, les
saisines présentées par les magistrats en application de l'article précédent, et procède, le
cas échéant, aux enquêtes et investigations nécessaires, y compris l'audition du magistrat
concerné et de toute personne dont il juge l'audition utile. Il prend dès lors les mesures
appropriées ou renvoie l'affaire, le cas échéant, au parquet s'il s'avère que l'acte revêt un
caractère pénal. D’ailleurs ladite loi consacre tout un titre (titre II) à la Protection de
l'indépendance du magistrat.
Tout manquement de la part du juge à ses devoirs d’indépendance et d’impartialité,
constitue une faute professionnelle grave, sans préjudice des conséquences judiciaires
éventuelles. La loi sanctionne toute personne qui tente d’influencer le juge de manière
illicite ».
L’article 110 de la constitution dispose : «Les magistrats du siège ne sont astreints qu’à la
seule application du droit. Les décisions de justice sont rendues sur le seul fondement de
l’application impartiale de la loi. Les magistrats du parquet sont tenus à l’application du
droit et doivent se conformer aux instructions écrites émanant de l’autorité hiérarchique.»
Ce principe souffrait de certains empiétements du pouvoir exécutif, actuellement
supprimés exemple :
1. Le pouvoir exécutif représenté par le Ministre de la justice exerçait une pression latente
sur les magistrats à travers le conseil supérieur de la magistrature dont il était vice
président, en ayant un pouvoir sur leurs mutations, leurs avancements, leurs disciplines,
etc.). Toutefois, cette situation a été redressée par la nouvelle constitution qui a remplacé
le Ministre en tant que vice président du conseil supérieur de la magistrature par le
premier président de la cour de cassation en tant que président délégué du conseil
supérieur du pouvoir judiciaire.
Le conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire est institué par l’article 113 de la constitution
pour veiller à l’application des garanties accordées aux magistrats, notamment quant à
leur indépendance, leur nomination, leur avancement, leur mise à la retraite et leur
discipline. Il exerce, conformément à l’article 4 de la loi organique n°100-13 relative au
CSPJ ses fonctions de manière indépendante. Ainsi, en application du deuxième alinéa de
l’article 116 de la constitution, ledit conseil jouit de la personnalité morale et de
l’autonomie administrative et financière. A cet effet, l’Etat met à sa disposition les
ressources matérielles et humaines nécessaires.
Le conseil supérieur de la magistrature n’a jamais disposé de la personnalité morale. Il
exerçait toujours ses prérogatives sous l’égide du Ministère de la justice et au sein de ses
départements. Ce n’est qu’après la constitution de 2011 et de ses lois organiques que la
séparation est devenue effective et que les lois organiques ont éliminé toute sorte
d’empiétement du pouvoir exécutif sur le pouvoir judiciaire.
2. Ensuite, le placement de l’instance chargée de l’inspection des juridictions et des
magistrats, sous l’autorité du ministre de la justice, et donc du pouvoir exécutif, heurtait
profondément l’indépendance de la justice. Le Ministre de la justice décidait seul des
suites à donner à ces rapports. Il pouvait choisir de les classer ou d’entamer des poursuites
disciplinaires ou pénales. Cette anomalie a aussi été redressée par la loi organique relative
au CSPJ, qui a placé l’inspection générale sous l’autorité dudit conseil, en mettant en place
une instance conjointe entre le conseil et le ministère chargé de la justice pour la
coordination en matière d’administration judiciaire. La composition, les attributions, les
règles d'organisation ainsi que les droits et obligations des membres de l’inspection
générale des affaires judiciaires sont fixés par la loi n°38-21 relative à l’inspection générale
des affaires judiciaires publié au BO du 2 Aout 2021.
3. Enfin, le ministre de la justice était chargé en vertu de l’article 17 de l’ancien statut de la
magistrature de 1974 de suivre l'évolution de la situation de fortune des magistrats et des
membres de leur famille. Il avait la faculté, à toute époque, après avis conforme du Conseil
supérieur de la magistrature, de faire procéder, par voie d'inspection, à l'évaluation de leur
patrimoine. Actuellement, cette tâche n’est plus de son ressort. Elle est attribuée au
président délégué du CSPJ, qui est chargé de suivre l’évolution du patrimoine des
magistrats, en vertu de l’article 107 de la loi organique n°100-13 relative au CSPJ.
4.Le détachement du ministère public de l’Autorité gouvernementale chargée de la Justice:
L’article 110 de la constitution a énoncé, comme précisé ci-haut, que les magistrats du
parquet sont tenus à l’application de la loi et doivent se conformer aux instructions écrites,
conformes à la loi, émanant de l’autorité hiérarchique, mais sans préciser qui est cette
autorité. C’est la loi organique n°106-13 du 24 mars 2016 qui tout en reprenant les
dispositions de l’article 110 ci-dessus affirme dans son Article 25 et pour la première fois
que les magistrats du parquet sont placés sous l'autorité et le contrôle du Procureur
général du Roi près la Cour de Cassation et de leurs supérieurs hiérarchiques, pour
marquer la fin de la tutelle de l’exécutif sur le pouvoir judiciaire. Par ce détachement du
parquet du ministre de la justice, notre législation se conforme enfin au principe
constitutionnel de l’indépendance du pouvoir judiciaire. La loi n°33-17 (publiée le 18
septembre 2017) relative au transfert des attributions de l’autorité gouvernementale
chargée de la justice au procureur général du roi près la cour de cassation, en sa qualité de
chef du ministère public vient édicter en plus les règles d’organisation de la présidence du
ministère public.

2. Le principe de l’égalité devant la justice:

L’article 118 de la constitution prévoit que l’accès à la justice est garanti à toute personne
pour la défense de ses droits et de ses intérêts protégés par la loi.

Le principe de l’égalité veut dire que tous les justiciables (nationaux, étrangers ou résidents
à l’étranger) ont vocation à être jugés par les mêmes juridictions selon les mêmes règles,
sans la moindre discrimination. Il implique l’égalité des citoyens devant l’application qui est
faite de la loi par l’institution judiciaire.
Cette égalité d’accès à la justice est limitée par l’ignorance du droit par une certaine
catégorie de justiciables et par leurs ressources financières limitées qui ne leur permettent
pas aussi de suivre longtemps un procès.

3. Le principe de la gratuité de la justice:

Ce principe veut dire que la justice constitue un service public dont le financement est
assuré par l’Etat qui prend en charge le salaire des magistrats et du personnel judiciaire,
ainsi que les dépenses de fonctionnement et d’équipement.
Toutefois, le justiciable doit s’acquitter de la taxe judiciaire qui est considérée comme sa
participation au fonctionnement de la justice et doit supporter d’autres charges (frais
d’expertises, honoraires d’avocats, etc.)
Il faut par ailleurs distinguer entre le principe de gratuité et l’assistance judiciaire. Celle-ci
est un droit accordé par l’Etat aux justiciables démunis (qu’ils soient demandeurs ou
défendeurs) qui sont dans l’incapacité de payer les frais de justice indispensables à
l’instruction du dossier, et les honoraires de l’avocat. Le but de ce procédé juridique est
d’assurer l’égalité devant la justice en leur permettant d’exercer leurs droits judiciaires,
sans être tenu d’avancer des frais et de bénéficier en outre du concours gratuit d’un avocat
qui sera désigné d’office.
Le procédé de l’assistance judiciaire a été élevé au rang constitutionnel en 2011. En effet,
l’article 121 de ce texte dispose expressément que : « dans les cas où la loi le prévoit, la
justice est gratuite pour ceux qui ne disposent pas de ressources suffisantes pour ester en
justice »4.
Cette assistance comporte donc l’exonération du paiement de la taxe judiciaire 5 et la
désignation d’un avocat d’office pour assister le plaideur, contre paiement d’honoraires
par le trésor public. Les honoraires des prestations effectuées par les avocats désignés
dans le cadre de l’assistance judiciaire sont imputés sur le budget de l’Etat. Les conditions
de leur perception sont fixées par le décret n° 2-12-319 du 26 février 2013 pris pour
l’application du deuxième alinéa de l’article 41 de la loi n° 28-08 portant réforme de la loi
relative à l’organisation de l’exercice de la profession d’avocat, entré en vigueur le 9 mai
20136.
L’assistance judiciaire peut être accordée d’office (pour les travailleurs) ou sur demande
adressée par le justiciable démuni au procureur du Roi appuyée par un certificat
4-Article 121 de la constitution de 2011.
5 -Les frais judiciaires sont avancés par le Trésor conformément au tarif des frais de justice en vigueur.
6 -Dans le passé la perception des honoraires avait lieu uniquement lorsque la procédure suivie par l’avocat entraînait
un profit financier pour la partie concernée, à condition de soumettre l’affaire au bâtonnier pour fixer ses honoraires.
d’indigence. Selon l’article 273 du code de procédure civile: « le bénéfice de l'assistance
judiciaire est accordé de plein droit, au travailleur, demandeur ou défendeur ou à ses
ayants droit, pour toute procédure jusque et y compris l'appel. Il s'étend de plein droit à
tous les actes d'exécution des décisions judiciaires »7 .
Les conditions d’octroi et d’admission ainsi que la procédure d’accès de l’assistance
judiciaire sont déterminées par le décret royal de 1966 8.

4. Le principe de double degré de juridictions:

Le principe de double degré de juridictions consiste à ce que le litige soit examiné à deux
degré, devant le tribunal de première instance et devant la cour d’appel. Une affaire jugée
par une juridiction du premier degré (Tribunal de première instance) peut être rejugée sur
le fond par une juridiction de second degré (la cour d’appel).

L’exception au principe est lorsque la loi prévoit expressément que telle ou telle décision
rendue n’est pas susceptible de recours.

III-Les principes directeurs de la procédure:

La procédure civile, en tant que pilier essentiel du système judiciaire, repose sur des
principes fondamentaux visant à garantir un processus équitable et ordonné pour résoudre
les litiges entre les parties. Ces principes, ancrés dans la quête de justice, encadrent les
différentes étapes d'un procès civil et cherchent à concilier les intérêts des parties en
présence. Partie intégrante du droit à un procès équitable, l'impartialité des juges est un
élément clé.

1.Le principe d’impartialité du juge:

Partie intégrante du droit à un procès équitable, l'impartialité des juges est consacrée par
plusieurs textes9. Sous l'impulsion de la jurisprudence et en particulier de la Cour
européenne des droits de l'homme, la notion d'impartialité du tribunal est à appréhender
sous une double démarche subjective et objective 10. La première s'attache à la conviction
personnelle et au comportement du juge, tandis que la seconde consiste à garantir que le

7-Article 273 du code de procédure civile.


8-Décret royal portant loi n° 514-65 du 17 rejeb 1386 (1er novembre 1966) sur l’assistance judiciaire.
Bulletin Officiel n° : 2820 du 16/11/1966, Page : 1290.
9 -l'article 6, §1 de la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales de
Rome 1950.
-l'article 47 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne
-l'article 14, § 1 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques.
10 -Fiches d’orientation, Procédure civile, Lefebvre Dalloz, Septembre 2021, https://www.dalloz.fr consulté
le 17 février 2023.
tribunal offre, en particulier à travers sa composition, des garanties suffisantes pour
exclure tout doute légitime quant à son impartialité11.

L’impartialité du juge constitue une garantie fondamentale pour le plaideur. Le juge peut
orienter le cours du procès en faveur de l’une ou de l’autre partie surtout dans le système
du juge unique. C’est pour cette raison qu’il existe des garanties procédurales de
l’impartialité:

I-La première garantie est relative au droit aux voies de recours accordé aux justiciables
permettant la revue de la décision judiciaire, en la confirmant ou en l’infirmant par une
juridiction supérieure ou par la même juridiction, ou encore en la cassant par la cour de
cassation et la renvoyant à une autre juridiction du royaume du même degré ou à la même
juridiction autrement composée.

La garantie procédurale en matière des voies de recours concernant l’impartialité est


apportée par l’article 4 du code de procédure civile qui précise qu’: « un magistrat ne peut
connaître en appel ou en cassation d'une affaire dont il a eu connaissance déjà dans une
juridiction de jugement d'un degré inférieur ». Ainsi, en plus du droit à un second
traitement de l’affaire, le code de procédure civile exige à travers cet article 4 que les juges
qui statueront sur l’affaire en deuxième degré et ou en cassation ne soient pas les mêmes.
Cette exigence procédurale cherche, bien entendu, à éliminer la subjectivité, en évitant à
ce que les mêmes magistrats statuent deux fois sur la même affaire, du moment que leurs
esprit ne change pas. Le justiciable aura ainsi droit à un avis différent.

Cette garantie procédurale d’impartialité du juge qui conduit à empêcher un juge à


prendre part, en une nouvelle qualité, à un litige dans lequel il a déjà pu rendre une
décision s’inscrit dans le cadre de la conception objective de la Cour européenne des droits
de l’homme qui met donc l'accent sur l'aspect fonctionnel de l'office du juge en
recherchant à préserver l'apparence de neutralité indépendamment des convictions
subjectives et personnelles du juge . 12

II-La deuxième garantie est aussi d’ordre fonctionnel. Elle comprend deux volets. Le
premier concerne les liens familiaux entre les magistrats appartenant à la même juridiction
et le deuxième concerne ceux liant les magistrats aux avocats ou aux justiciables.

1.Le premier volet tend à éliminer toute coalition de magistrats de la même juridiction
lorsqu’il s’agit de statuer sur la même affaire. En effet, la loi n°38-15 relative à
l’organisation judiciaire promulguée par le dahir du 30 juin 2022, prévoit dans son article
40 que: « les conjoints, les parents et alliés jusqu'au degré d’oncle ou de tante ou de neveu

11- Philippe Collet, la conception de l'impartialité du juge par la chambre criminelle de la Cour de cassation,
revue de science criminelle et de droit pénal comparé 2016/3 (n° 3), Dalloz, pages 486.
12 -Fiches d’orientation, Procédure civile, op.cit.
ou nièce inclusivement, ne peuvent être magistrats du siège ou du ministère public au sein
d’une même commission dans une juridiction donnée ».

Cette disposition qui vise à éliminer toute partialité du juge du fait de sa subjectivité en
raison des liens familiaux avec des magistrats du même tribunal qui peuvent exercer une
pression sur lui pour orienter l’affaire dans un sens déterminé, a été allégée par la loi n°38-
15. En effet, l’article 24 du Dahir du 15 juillet 1974 fixant l’organisation judiciaire du
Royaume, abrogé par la loi n° 38-15 prévoyait, sauf dispense qui pouvait être accordée par
décision du conseil supérieur de la magistrature 13 dans certaines conditions, un périmètre
d’interdiction de siéger beaucoup plus large qui englobait toute la juridiction. L’article 24
précité disposait que : « les conjoints, les parents et alliés jusqu'au degré d'oncle ou de
neveu inclusivement, ne peuvent être simultanément magistrats d'une même juridiction ».
Toutefois, même si la dispense était accordée, en aucun cas, les personnes précitées ne
pouvaient, selon le même article, siéger dans une même cause.

Le lien familial entre deux magistrats appartenant à la même juridiction, demeurant


insuffisant à lui seul, à mettre en cause l'impartialité de celle-ci, la nouvelle solution
apportée par la loi n°38-15 paraît plus raisonnable en y précisant la participation de ces
magistrats au jugement d'une même affaire.

2. Le deuxième volet, se rapportant aux liens entre les magistrats et avocats ou justiciables,
est traité par l’article 41 de la loi n°38-15 relative à l’organisation judiciaire. Celui-ci dispose
que: « les magistrats ne peuvent être appelés à siéger dans une affaire qui concerne leurs
époux, parents ou alliés jusqu’au quatrième degré ou dont l’une de ces personnes est
l’avocate d’une partie en cause ». Cette nouvelle disposition vient remplacer celle de
l’article 25 du dahir du 15 juillet 1974 portant organisation judiciaire du royaume abrogé
qui précisait que : « Tout magistrat dont un parent ou allié jusqu'au degré d'oncle ou de
neveu inclusivement est l'avocat d'une partie en cause ne peut, à peine de nullité du
jugement ou de l'arrêt, être appelé à siéger ». L’on remarque alors que le législateur a
éliminé la sanction de nullité du jugement ou de l’arrêt en cas de violation de cette règle.

III- La troisième garantie procédurale d’impartialité des juges est la récusation.

Il s’agit d’une procédure par laquelle une partie requiert qu’un ou plusieurs juges soient
écartés ou remplacés par d’autres, notamment parce qu’ils sont suspectés de partialité
envers la partie adverse. Les cas qui ouvrent droit à la récusation ainsi que la procédure y
liée sont prévus par l’article 395 du Code de Procédure Civile.

L’article 295 du code de procédure civile dispose que: « Tout magistrat du siège peut être
récusé :

13 -Devenu en 2011 conseil supérieur du pouvoir judiciaire.


- quand il a, ou quand son conjoint a un intérêt personnel direct ou indirect à la
contestation ;

- quand il y a parenté ou alliance entre le magistrat ou son conjoint et l'une des parties
jusqu'au degré de cousin germain inclusivement ;

- quand il y a procès en cours ou quand il y a eu procès terminé depuis moins de deux ans
entre l'une des parties et le magistrat ou son conjoint ou leurs ascendants ou
descendants ;

- quand le magistrat est créancier ou débiteur de l'une des parties ;

- quand il a précédemment donné conseil, plaidé ou postulé sur le différend ou en a connu


comme arbitre ; s'il a déposé comme témoin ;

- quand il a dû agir comme représentant légal de l'une des parties ;

- s'il existe un lien de subordination entre le juge ou son conjoint et l'une des parties ou
son conjoint ;

- s'il y a amitié ou inimitié notoire entre le juge et l'une des parties ».

-La récusation peut être requise par le magistrat lui-même estimant qu’il se trouve dans
l’un des cas de récusation sans attendre à ce que le plaideur le fasse. L’article 298 dispose
dans ce sens que : « Tout magistrat qui sait que l'une des causes de récusation énumérées
à l'article 295 ou tout autre motif d'abstention existe entre lui et l'une des parties, est tenu
d'en faire la déclaration :

- au président du tribunal de première instance, s'il s'agit d'un magistrat de ce tribunal ou


d’un magistrat de la chambre des appels de ce même tribunal ;

- au premier président de la cour d'appel, s'il s'agit d'un président de tribunal de première
instance ;

- aux autres membres de la chambre siégeant avec lui, s'il s'agit d'un magistrat de la Cour
de cassation ou d'une cour d'appel.

Les magistrats auxquels sont adressées les déclarations décident si l'intéressé doit
s’abstenir".

L’article 97 de la loi organique n°106-13 du 24 mars 2016 portant statut des magistrat 14
érige en faute grave l’abstention délibérée de récusation d’office dans les cas prévus par la
loi. Le magistrat peut être immédiatement suspendu de ses fonctions dans ce cas, selon le
même article. Il s’agit là d’une nouvelle garantie apportée par le statut des magistrats pour

14 - Loi organique n° 106-13 du 24 mars 2016 portant statut des magistrat, promulgué
par le dahir du 1-16-41 du 14 joumada II 1437 Bulletin officiel, 2016-08-18, n° 6492.
contraindre le juge à respecter les interdictions prévues par l’article 295 du code de
procédure civile, afin de le mettre à l’abri de toute partialité.

Si le droit de récusation trouve un fondement effectif dans le droit à un tribunal


indépendant et impartial, tel que prévu par l'article 6 §1 de la Convention européenne des
droits de l'homme, le renvoi pour cause de suspicion légitime assure également la
sauvegarde de l'impartialité des juges

La responsabilité du juge peut être mise en cause par le plaideur dans le cadre de la
procédure de prise à partie, en cas de dol, fraude, concussion, faute lourde
professionnelle, ou déni de justice. (art 391 du CPC)

2. Le principe de publicité des audiences et jugements:

La procédure civile est également guidée par le principe de la publicité des débats, qui
favorise la transparence du système judiciaire en permettant au public d'avoir accès aux
audiences et aux documents pertinents. La publicité des audiences et jugements est un
principe fondamental du fonctionnement de la justice. L’article 123 de la constitution
prévoit que les audiences sont publiques sauf lorsque la loi en dispose autrement.
Toutefois, le président de l’audience peut ordonner que les débats aient lieu à huis clos si
l'ordre public ou les bonnes mœurs l'exigent (art 43 du CPC).

L’article 125 de la constitution ajoute que tout jugement est motivé et prononcé en
audience publique dans les conditions prévues par la loi.

La justice étant rendue « au nom de sa Majesté », les citoyens doivent pouvoir en


contrôler l’exercice quotidien. La publicité des audiences des cours et tribunaux, ainsi que
celle du prononcé des jugements visent à protéger le justiciable de l’arbitraire du juge, en
soumettant ce dernier au contrôle des parties et du public, et à renforcer la confiance du
public dans le système judiciaire.

3. Le Principe du caractère contradictoire de la procédure

Au cœur de la procédure civile, le principe du contradictoire émerge comme l'une des


pierres angulaires. Il assure que toutes les parties concernées aient une opportunité égale
de présenter leurs arguments, preuves et observations, permettant ainsi une prise de
décision éclairée par le tribunal. En parallèle, le principe de l'égalité des armes vise à
équilibrer les rapports de force entre les parties, assurant que chacune dispose des mêmes
possibilités d'influencer le cours du procès.

L’article 120 de la constitution prévoit que toute personne a droit à un procès équitable. La
même disposition précise que les droits de la défense sont garantis devant toutes les
juridictions. Le justiciable doit ainsi avoir été mis en mesure de se défendre et d’être
entendu par le juge. La protection du justiciable impose qu’il soit informé de l’existence
d’une procédure intentée contre lui pour lui permettre de se défendre en temps utile.

Cependant, si la contradiction est un impératif, elle n’est pas obligatoirement effective, il


faut seulement qu'elle soit rendue possible. Ce principe exige le respect d’un délai
irréductible pour permettre aux parties de comparaître. (art 40 du CPC)

Section 2- la compétence juridictionnelle

La compétence juridictionnelle c’est l’aptitude d’une juridiction à connaître d’un procès.


Elle est de deux sortes: la compétence d’attribution et la compétence territoriale. La
compétence d’attribution est celle qui énonce que telle matière relève du domaine de tel
tribunal. Il s’agit de la détermination de la catégorie de juridiction en tenant compte de la
nature des affaires qu’on appelle aussi « compétence à raison de la matière ». La
compétence territoriale est ensuite celle qui détermine le tribunal devant être saisi d'une
affaire en fonction de critères de localisation géographique (en règle générale, lieu du
domicile du défendeur).
Ainsi, une fois la catégorie des tribunaux compétents est précisée (I) et comme cette
catégorie comprend un certain nombre de tribunaux répartis sur l’ensemble du territoire, il
faut déterminer quel est le tribunal, parmi tous ceux de la même catégorie qui devrait être
saisi de l’affaire (II).
I-La compétence d’attribution
1. Les juridictions de droit commun:
Les juridictions ordinaires ou de droit commun sont celles qui ont une compétence
générale, c’est-à-dire qui connaissent de tous les litiges, à l’exception de ceux dont la
compétence est spécialement attribuée par la loi à une autre juridiction 15. On traitera la
compétence du tribunal de première instance (1), avant de traiter celle de son président
(2).
A-La compétence du tribunal de première instance:
La compétence d’attribution du tribunal de première instance est déterminée en fonction
de la nature du litige et de sa valeur.
a-La nature du litige:
Les tribunaux de première instance qui sont des tribunaux de droit commun peuvent être
divisés selon la nature et le volume des affaires qu'ils connaissent en « sections des affaires
de la famille », chambres civile, commerciale, immobilière, sociale et pénale et « chambre
15- Article 5 de la loi n° 38-15 relative à l’organisation judiciaire.
de justice de proximité »16
Sous réserve de la compétence spéciale attribuée aux chambres de la justice de proximité,
ces tribunaux connaissent de toutes les affaires civiles, de la famille, commerciales et
sociales, soit en premier et dernier ressort, soit à charge d’appel 17.
Toute chambre peut instruire et juger les affaires soumises au tribunal qu'elle qu'en soit
leur nature, à l'exception des affaires relevant des sections de la famille et des sections
spécialisées en justice commerciale et en justice administrative 18. Toutefois, chaque
chambre statue sur les affaires qui concernent sa spécialité.

En matière civile et immobilière:


En matière commerciale:
Le tribunal de première instance est compétent pour connaître des litiges pouvant
opposer un commerçant à un non commerçant à l'occasion de l'exercice de l'une des
activités du commerçant19, lorsque le premier n’a pas convenu avec le deuxième
d'attribuer compétence au tribunal de commerce.
Toutefois, la chambre commerciale du tribunal de première instance connaît désormais
exclusivement, et depuis la modification de l’article 202 de la loi 31-08 20 édictant des
mesures de protection du consommateur, des litiges entre commerçants (fournisseurs et
professionnels) et consommateurs. Les tribunaux de commerce n’ont plus le droit de
statuer sur ces litiges.
Cette mesure édictée par le législateur tend à désengorger les tribunaux de commerce,
mais aussi à rapprocher la justice du consommateur justiciable qui est souvent contraint de
se déplacer de ville en ville, en raison du nombre réduit des tribunaux de commerce et des
cours d’appels de commerce21.
Par ailleurs, et pour les mêmes raisons, des sections spécialisées en justice commerciale
seront créées au sein des tribunaux de première instance par décret 22pour statuer sur les
affaires commerciales du ressort des tribunaux de commerce. Les procédures applicables

16-Article 45 premier alinéa de la loi n° 38-15 relative à l’organisation judiciaire qui a érigé la section de
justice de proximité en chambre.
17- Article 18 1er alinéa du code de procédure civile.
18-Article 45 deuxième alinéa de la loi n° 38-15 relative à l’organisation judiciaire
19-Article 5 de la loi n° 53-95 instituant les juridictions de commerce, promulguée par le dahir n° 1-97-65
du 4 Chaoual 1417 (12 Février 1997). Bulletin Officiel n° 4482 du 8 moharrem 1418 (15 mai 1997).
20-Loi 31-08 édictant des mesures de protection du consommateur promulguée par le dahir n°1-11-03 du 14
rabbi I 1432 (18 février 2011).
21-Article 6 abrogé et remplacé par l’article premier du dahir n°1-02-108 portant promulgation de la loi n°
18-02 complétant la loi n° 53-95 instituant des juridictions de commerce; bulletin officiel n° 5030 du 6
joumada II 1423 (15 août 2002), p. 815.
22- Article 44 de la loi n° 38-15 relative à l’organisation judiciaire.
devant ces sections sont celles appliquées devant les tribunaux de commerce 23.

En matière sociale:
Le tribunal de première instance est compétent pour connaître des contestations d’ordre
individuel relatives aux contrats de travail ou d'apprentissage et des différends individuels
en relation avec le travail ou l’apprentissage.
Il est compétent aussi pour accorder la réparation, conformément à la réglementation en
vigueur, en matière des demandes résultant des accidents du travail et des maladies
professionnelles et pour connaître de toutes les contestations auxquelles peut donner lieu
l'application des législations et réglementations sur la sécurité sociale 24.

En matière des affaires de famille:


Les sections des affaires de la famille connaissent des affaires de statut personnel, des
successions, de l'état civil, de la kafala, de la nationalité et de tout ce qui a trait à la
sauvegarde et à la protection de la famille25.

En matière administrative:
Des sections spécialisées en justice administrative seront également créées par décret au
sein des tribunaux de première instance26pour statuer sur les affaires administratives du
ressort des tribunaux administratifs et du ressort des tribunaux de première instance 27. Les
procédures applicables devant ces sections sont celles appliquées devant les tribunaux
administratifs28. La création de ces sections est certes un pas en arrière en matière de
spécialisation des tribunaux. Mais, elle tend à rapprocher la justice du justiciable dans la
mesure où les tribunaux administratifs ne sont pas légions.

En matière pénale:
La chambre pénale du tribunal de première instance connait des délits et contraventions 29.
Il convient de souligner par ailleurs, que suite à la suppression de la chambre des appels du
tribunal de première instance30, les appels formés à l’encontre des jugements rendus en
premier ressort en matière de contravention et de délits de police 31 et qui étaient du

23- Article 55 de la loi n° 38-15 relative à l’organisation judiciaire.


24-Article 20 du code de procédure civile.
25-Article 57 de la loi n° 38-15 relative à l’organisation judiciaire.
26- Article 44 de la loi n° 38-15 relative à l’organisation judiciaire.
27-Article 55 de la loi n° 38-15 relative à l’organisation judiciaire.
28-Article 56 de la loi n° 38-15 relative à l’organisation judiciaire
29-Article 252 du code de procédure pénale.
30-En effet, l’article 2 dernier alinéa de la loi du 15 juillet 1974 fixant l’organisation judiciaire du royaume
précisait que : « Sont créées au sein des tribunaux de première instance, y compris ceux qui sont classés, des
chambres, dites chambres d'appel, qui connaissent de certains appels formés contre les jugements rendus par
elles en premier ressort ».
ressort de cette chambre32seront jugés par la chambre délictuelle de la cour d’appel. Cette
chambre statuait aussi sur les appels des jugements civils dont le montant n’excédait pas
20000 dh, ceux.
La présence du ministère public n’est obligatoire que lorsqu’il est partie principale ou
lorsque sa présence est rendue obligatoire par la loi33.
Les chambres de la justice de proximité:
Les juridictions communales et d’arrondissement n’existent plus depuis Août 2011. Elles
ont été remplacées par les juridictions de proximité instituées par la loi n° 42-10 du 17
août 201134. Elles se répartissent en deux sortes de chambres35: celles installées au sein des
tribunaux de première instance, dont la compétence territoriale englobe les collectivités
locales situées au sein de ces tribunaux (communes urbaines); et celles dont la
compétence territoriale englobe les collectivités locales situées dans le ressort du centre
du juge résident36 (communes rurales).
Les chambres de la justice de proximité connaissent des actions personnelles et mobilières
qui n'excédent pas 5000 dirhams, à l'exception des litiges relatifs au code de la famille, aux
affaires immobilières, sociales et aux expulsions. Elles connaissent également des
contraventions prévues par la loi fixant l'organisation de la justice de proximité et
commises par des personnes majeures, sauf à avoir une qualification plus sévère. Le juge
ne pourra prononcer que des amendes allant de 200 à 1200 dirhams.
Les juridictions de proximité peuvent aussi statuer sur les demandes civiles en réparation
de préjudice, dans le cadre des actions publiques accessoires, et ce dans la limite de la
compétence rationae personae visée par la loi n°42-1037. Lorsque le juge de proximité se
déclare incompétent pour statuer sur l’action publique, il renvoie immédiatement l’affaire
devant le ministère public.
La création des juridictions de proximité visent à améliorer la rapidité, l’accessibilité, la
qualité et l’efficacité de l’appareil judiciaire notamment pour les litiges et délits mineurs
qui seront désormais soumis à une procédure voulue plus simple et plus rapide.
31-Punis d'une peine n'excédant pas deux années d'emprisonnement et une amende ou l'une de ces deux
peines seulement.
32- Article 253 troisième alinéa 3 du code de procédure pénale. Loi n° 22-01 relative à la procédure pénale,
promulguée par le dahir n° 1-02-255 du 25 rejeb 1423 (3 octobre 2002); Edition générale du Bulletin Officiel
n° 5078 du 27 kaada 1423 (30 janvier 2003.
33- Article 10 du code de procédure civile.
34-La loi n° 42-10 portant organisation des juridictions de proximité promulguée par dahir n°1-11-151 du 16
ramadan 1432 (17 aout 2011), BO: 5978 du 15.09.2011.
35-Ces chambres instaurées par l’article 45 de la loi n°38-15 relative à l’organisation judiciaire ont remplacé
les sections de justice de proximité créées par la loi n° 42-10 portant organisation des juridictions de
proximité.
36-Article premier de la loi n° 42-10 portant organisation des juridictions de proximité.
37-Article 19 de la loi 42-10 portant organisation des juridictions de proximité.
b-La valeur du litige:
Les tribunaux de première instance connaissent en premier ressort et à charge d’appel
devant les cours d’appel, des demandes qui lui sont soumises et qui sont de sa
compétence, sauf lorsque les jugements émis ne sont pas susceptibles d’appel en vertu
d’une disposition légale spéciale. Ces tribunaux connaissaient, avant l’entrée en vigueur de
la loi n°38-15 relative à l’organisation judiciaire du royaume qui a supprimé la chambre des
appels, en premier ressort et à charge d’appel devant ces chambres, des demandes jusqu’à
la valeur de vingt mille dirhams (20.000 dirhams) et en premier ressort et à charge d’appel
devant les cours d’appel, des demandes dépassant cette valeur38.
En matière sociale, le juge statue sans appel dans la limite de 20 000 DH et à charge
d'appel si la demande est d'une valeur supérieure ou si son taux est indéterminé.
En matière commerciale, les tribunaux de commerce sont compétents pour connaître des
demandes dont le principal excède la valeur de 20.000 dirhams39. Par voie de
conséquence, les tribunaux de première instance connaissent les demandes des affaires
commerciales dont le principal est inférieur à la valeur de 20000 dirhams.
Par ailleurs, le juge de proximité connaît de toutes les actions personnelles et mobilières si
celles-ci n’excèdent pas la valeur de cinq mille dirhams. Il n’est, toutefois, pas compétent
pour les litiges relatifs au statut personnel, à l’immobilier, aux affaires sociales et aux
expulsions.
Si le demandeur procède à un fractionnement des droits qui lui sont dus afin de bénéficier
de ce que lui confère la loi, il ne sera accédé qu’à ses demandes initiales. Si la partie
défenderesse formule une demande reconventionnelle, celle-ci ne s’ajoute pas à la
demande principale pour le calcul de la valeur du litige et le juge demeure compétent pour
le tout.Dans le cas où la demande reconventionnelle excède la valeur de compétence des
juridictions de proximité, le demandeur reconventionnel est invité à se mieux pourvoir40.

B-La compétence du président du tribunal:


Le président du tribunal de première instance jouit d’une compétence propre que lui
confère sa qualité de juge sur requête, de juge de référé et de juge de requête aux fins
d'injonction de payer.
-Juge sur requête:

Les présidents des tribunaux de première instance sont seuls compétents pour statuer sur

38-Article 19 du code de procédure civile telle qu'il a été modifié par la loi n°35-10 du 17 août 2011.
39-Article 20 de la loi 42-10 portant organisation des juridictions de proximité.
40-Article 19 de la loi 42-10 portant organisation des juridictions de proximité.
toute requête aux fins de voir ordonner des constats (constatations matérielles comme le
constat de l'état des lieux d'un appartement, de l'état d'avancement de travaux, de dégâts
matériels, par exemple), des sommations ou autres mesures d'urgence en quelque matière
que ce soit non prévue par une disposition spéciale et ne préjudiciant pas aux droits des
parties41.
Ils répondent par ordonnance rendue hors la présence des parties et sans l'assistance du
greffier, à charge de leur en référer en cas de difficulté. Ils statuent ainsi par voie
d’ordonnance sur requête.
-Juge des référés:

Le président du tribunal de première instance est seul compétent pour connaître, en


qualité de juge des référés et en vertu de l'urgence, de toutes les difficultés relatives
à l'exécution d'un jugement ou d'un titre exécutoire, ou pour ordonner une mise
sous séquestre, ou toute autre mesure conservatoire, que le litige soit ou non
engagé, devant le juge du fond.
En cas d'urgence, la procédure de référé judiciaire permet de demander à la Justice
d'ordonner des mesures provisoires tendant à préserver des droits, à prévenir un
dommage ou à faire cesser un trouble manifestement illicite (ex faire cesser des
travaux).
Ces fonctions peuvent néanmoins être exercées en cas d'empêchement par le
magistrat le plus ancien du tribunal42.
Les ordonnances sur référés ne statuent qu'au provisoire et sans préjudice de ce qui
sera décidé sur le fond. Ainsi, les mesures prises par le juge dans le cadre d'une
procédure de référé ont un caractère provisoire c'est à dire non définitif. Elles sont
susceptibles d'être remises en cause par le juge qui statuera sur le fond de l'affaire,
au cours d'une procédure ultérieure.
-Juge des requêtes aux fins d'injonction de payer:
Le président du tribunal de première instance et le président du tribunal de
commerce ou leurs délégués sont seuls compétents pour connaître des requêtes
aux fins d'injonction de payer, selon la nature civile ou commerciale de la créance et
son montant. Celle-ci ne concerne que les créances relatives au paiement d'une
somme d'argent supérieure à cinq mille dirhams dues en vertu d'un titre
authentique, d’un effet de commerce ou d’une reconnaissance de dette. Elle ne

41-Article 148 du code de procédure civile.


42- Article 149 du code de procédure civile.
concerne nullement l’obligation d’accomplir une prestation donnée, ou l’interdiction
d’effectuer une action donnée. L’accord d’une indemnité pour inexécution d’une
obligation donnée est hors champ d’application de cette procédure.
2. Les juridictions spécialisées :
A. Les juridictions de commerce:
Les juridictions commerciales ont été créées par la loi n°53–95 du 6 janvier 1999
promulguée par le dahir n°1. 97. 65 du 12 février 1997. Ces juridictions de
commerce qui sont au nombre de 10 comprennent les tribunaux de commerce et
les cours d'appel de commerce.
La compétence du tribunal de commerce:
Les tribunaux de commerce sont compétents pour connaître :
1 - des actions relatives aux contrats commerciaux;
2 - des actions entre commerçants à l'occasion de leurs activités commerciales;
3 - des actions relatives aux effets de commerce;
4 - des différends entre associés d'une société commerciale;
5 - des différends à raison de fonds de commerce.
Les tribunaux de commerce sont compétents pour connaître des demandes dont le
principal excède la valeur de 20.000 dirhams. Ils connaissent également toutes
demandes reconventionnelles ou en compensation quelle qu’en soit la valeur.
Sont exclues de la compétence des tribunaux de commerce les affaires relatives aux
accidents de la circulation.
Le commerçant peut convenir avec le non commerçant d'attribuer compétence au
tribunal de commerce pour connaître des litiges pouvant les opposer à l'occasion de
l'exercice de l'une des activités du commerçant. Toutefois, la chambre commerciale du
tribunal de première instance connaît désormais exclusivement, et depuis la modification
de l’article 202 de la loi 31-08 43 édictant des mesures de protection du consommateur, des
litiges entre commerçants (fournisseurs et professionnels) et consommateurs. Les
tribunaux de commerce n’ont plus le droit de statuer sur ces litiges.
Par ailleurs, le tribunal de commerce est compétent pour connaître de l'ensemble du litige

43-Loi 31-08 édictant des mesures de protection du consommateur promulguée par le dahir n°1-11-03 du 14
rabbi I 1432 (18 février 2011).
commercial qui comporte un objet civil44.

Les parties pourront convenir de soumettre les litiges prévus ci-dessus à la


procédure d'arbitrage et de médiation.
La compétence du président du tribunal de commerce:
Le président du tribunal de commerce exerce, outre les attributions qui lui sont
dévolues en matière commerciale, celles dévolues au président du tribunal de
première instance par le code de procédure civile45.
a- Le président du tribunal de commerce en tant que juge des référés:
Le président du tribunal de commerce peut, dans les limites de la compétence du
tribunal, ordonner en référé toutes les mesures qui ne font l'objet d'aucune
contestation sérieuse. Le président du tribunal de commerce peut, dans les mêmes
limites et même en cas de contestation sérieuse, ordonner toutes les mesures
conservatoires ou la remise en état, soit pour prévenir un dommage imminent, soit
pour faire cesser un trouble manifestement illicite 46.
b-Le président du tribunal de commerce en tant que juge des requêtes aux fins
d'injonction de payer :
Le président du tribunal de commerce est compétent pour connaître des requêtes
aux fins d'injonction de payer dont la valeur excède 20.000 dirhams, fondées sur des
effets de commerce et des titres authentiques47.

B. Les juridictions administratives :


Elles comprennent les tribunaux administratifs et les cours d’appel administratives.
Les tribunaux administratifs sont régis par la loi 41-90 promulguée par le dahir n° 1-
91-225 (22 rabia I 1414) du 10 septembre 1993. Ils sont au nombre de 9, sont
installés dans les principales régions du Royaume.
a-La compétence des tribunaux administratifs:
Les tribunaux administratifs sont compétents pour juger, en premier ressort:

44-Article 9 de la loi n° 53-95 instituant des juridictions de commerce.


45-Art 20 de la loi n° 53-95 instituant les juridictions de commerce.
46-Art 21 de la loi n° 53-95 instituant les juridictions de commerce.
47-Art 22 de la loi n° 53-95 instituant les juridictions de commerce.
● les recours en annulation pour excès de pouvoir formés contre les décisions des
autorités administratives,
● les litiges relatifs aux contrats administratifs,
● les actions en réparation des dommages causés par les actes ou les activités des
personnes publiques, à l'exclusion toutefois de ceux causés sur la voie publiques par un
véhicule quelconque appartenant à une personne publique.

Ils sont, en outre, compétents pour l'appréciation de la légalité des actes


administratifs dans les conditions prévues par la loi, en matière de contentieux
électoral et fiscal, de l’expropriation pour cause d’utilité publique, des pensions
civiles, de la situation individuelle des fonctionnaires, etc.
Les règles du code de procédure civile sont applicables devant les tribunaux
administratifs, sauf dispositions contraires prévues par la loi.
La compétence générale des tribunaux administratifs comporte quelques
exceptions, prévues par les articles 9 et 11 de cette loi.
La cour de cassation demeure compétente, en vertu de l’article 9, pour statuer en
premier et dernier ressort sur:
- les recours en annulation pour excès de pouvoir dirigés contre les actes
réglementaires ou individuels du chef de gouvernement;
- les recours contre les décisions des autorités administratives dont le champ
d'application s'étend au-delà du ressort territorial d'un tribunal administratif.
Sont de la compétence du Tribunal administratif de Rabat, selon l’article 11 le
contentieux relatif à la situation individuelle des personnes nommées par dahir ou
par décret et le contentieux relevant de la compétence des tribunaux administratifs
mais né en dehors du ressort de ces tribunaux.
● La compétence des présidents des tribunaux administratifs:
Le président du tribunal administratif ou la personne déléguée par lui est
compétent, en tant que juge des référés et des ordonnances sur requête, pour
connaître des demandes provisoires et conservatoires.
B- La compétence des cours d’appel administratives:

Les cours d’appel administratives ont été instituées et sont régies par la loi n° 80-03
instituant des cours d'appel administratives (dahir du 14 février 2006). Elles
viennent remplacer la chambre administrative de la cour de cassation qui était
compétente jusqu’à leur création en 2006 pour trancher en fait les recours formés
contre les jugements rendus par les tribunaux administratifs. La cour de cassation
était instituée en cour d’appel.
Les cours d'appel administratives sont compétentes pour connaître, en appel, des
jugements rendus par les tribunaux administratifs et des ordonnances de leurs
présidents, sauf dispositions contraires prévues par la loi.b- Compétence des cours
d’appel:

Sauf dispositions légales contraires, les cours d'appel connaissent des appels des
jugements des tribunaux de première instance dont la valeur excède 20 000 DH,
ainsi que des appels des ordonnances rendues par leurs présidents.
Par dérogation, la chambre d’appel du tribunal de première instance connait des
appels formés à l’encontre des jugements rendus en premier ressort, par les
tribunaux de première instance jusqu’à la valeur de 20 000 DH.
La cour d’appel est une juridiction du deuxième degré. Toutefois dans certains cas,
elle peut statuer comme juridictions de première instance:
Certaines matières spéciales: en matière criminelle, (Exemple le règlement de juges
lorsque deux tribunaux de première instance ayant une juridiction supérieure
commune ont rendu des décisions irrévocables par lesquelles elles se sont déclarées
également compétentes ou incompétentes).
Cas d’évocation: il permet à la cour dans le cas où elle annule ou confirme la
décision entreprise devant elle, si l’affaire est état d’être jugée de statuer sur les
points non jugés par le tribunal de première instance pour leur donner une solution
définitive. Il s’agit du droit pour une cour d'appel, saisie de certains jugements de
première instance, de s'emparer de toute l'affaire et de statuer sur l'appel et le fond
du procès par une seule et même décision. Ex: demande relative au congé payé.
La cour d’appel est compétente comme juridiction de renvoi lorsque la cour de
cassation prononce la cassation d’un arrêt rendu par la même juridiction du second
degré ou une autre et ordonne le renvoi.
Présence du ministère public:
La présence du représentant du ministère public à l'audience pénale est prévue à
peine de nullité. Son assistance en toute autre matière est facultative, sauf dans les
cas déterminés par le Code de procédure civile notamment lorsqu'il est partie
principale et dans toutes autres hypothèses prévues par un texte particulier.
• Compétence des premiers présidents des cours d’appel:
Le premier président de la cour d’appel peut dans tous les cas d’urgence, ordonner
en référé en cours de l’instance d’appel toutes les mesures qui ne se heurtent pas à
une contestation sérieuse ou que justifie l’existence d’un différend.
Il peut également ordonner l’exécution provisoire et la suspendre ou l’arrêter dans
certains cas lorsqu’elle a été ordonnée en première instance.
3- La compétence de la cour de cassation:
L’organisation et la compétence de la cour de cassation sont déterminées par le
dahir du 15 juillet 1974 fixant l’organisation du royaume tel qu’il a été modifié et
complété, par le code de procédure civile, par le code de procédure pénale, le code
de la justice militaire et d’autres textes particuliers le cas échéant.
En principe, toute décision rendue en dernier ressort par les Tribunaux de première
instance ou par les cours d’appel peut faire l’objet d’un pourvoi en cassation. Elle
exerce sa compétence sur l’ensemble du territoire.
La Cour de cassation ne constitue pas un troisième degré de juridiction, elle contrôle
la conformité au droit sans statuer sur les faits, et fixe le sens dans lequel la règle de
droit doit être appliquée.
La Cour de cassation, sauf si un texte l'exclut expressément, statue sur :
1- les pourvois en cassation formés contre les décisions rendues en dernier ressort
par toutes les juridictions du Royaume à l’exception des demandes dont la valeur est
inférieure à vingt mille (20.000) dirhams et de celles relatives au recouvrement des
loyers et des charges qui en découlent ou à leur révision ;
2- les recours en annulation pour excès de pouvoirs formés contre les décisions
émanant des autorités administratives ;
3- les recours formés contre les actes et décisions par lesquels les juges excèdent
leurs pouvoirs ;
4- Les règlements de juges entre juridictions n'ayant au dessus d'elles aucune
juridiction supérieure commune autre que la Cour de cassation ;
5- les prises à partie contre les magistrats et les juridictions à l'exception de la Cour
de cassation ;
6- les instances en suspicion légitime ;
7- les dessaisissements pour cause de sûreté publique, ou pour l'intérêt d'une bonne
administration de la justice.
2. La compétence territoriale:
Les règles de la compétence territoriale permettent de préciser quelle est parmi les
juridictions du premier degré réparties sur le territoire, celle qui est compétente
pour statuer sur une affaire déterminée.
Le CPC a posé les règles générales de compétence territoriale des tribunaux de
première instance et les règles particulières à chaque matière.
A. Le principe général: tribunal du domicile du défendeur
La compétence territoriale appartient au tribunal du domicile réel ou élu du
défendeur.
Absence de domicile : si celui-ci n’a pas de domicile au Maroc, mais y possède une
résidence, elle appartient au tribunal de cette résidence.
Absence de domicile et de résidence: si le défendeur n'a ni domicile, ni résidence au
Maroc, il pourra être traduit devant le tribunal du domicile ou de la résidence du
demandeur ou de l'un d'eux s'ils sont plusieurs.
Pluralité des défendeurs: s'il y a plusieurs défendeurs, le demandeur peut saisir, à
son choix, le tribunal du domicile ou de la résidence de l'un d’eux.

Notion de domicile et de résidence:


Le domicile réel:
Le domicile de la personne physique est au lieu où elle a son habitation habituelle et
le centre de ses affaires et de ses intérêts.
Si la personne a son habitation habituelle en un lieu, et le centre de ses affaires dans
un autre, elle est considérée comme domiciliée à l'égard de ses droits de famille et
de son patrimoine personnel, là où elle a cette habitation habituelle et à l'égard des
droits ressortissant à son activité professionnelle là où elle a le centre de ses
occupations et de ses intérêts, sans qu'une nullité soit encourue par un acte de
procédure délivré indifféremment à l'une ou l'autre adresse.
Sauf dispositions légales contraires, le domicile d'une société est au lieu où se trouve
son siège social.
Le domicile élu: il peut arriver qu’une personne physique ou morale fasse élection
d’un domicile spécial pour l'exécution de certains actes ou pour l'accomplissement
des faits et obligations qui en résultent.
Lorsqu'il a été fait élection de domicile ce dernier prévaut sur le domicile réel ou le
domicile légal.
Le domicile légal: le domicile est parfois imposé par la loi pour certaines personnes.
Exemple, le domicile légal d'un incapable est au lieu du domicile de son tuteur, le
domicile légal d'un fonctionnaire public est au lieu où il exerce ses fonctions.
Changement de domicile: à part les personnes publiques ayant un domicile légal,
toute autre personne physique peut changer de domicile. Ce changement s’opère
par le transfert effectif et sans fraude dans un autre lieu de l'habitation habituelle et
du centre des affaires et des intérêts.
La résidence: la résidence est le lieu où la personne se trouve effectivement à un
moment déterminé. Il s’agit d’un lieu de séjour même temporaire qui présente une
stabilité.
B.Exception au principe général:
Le CPC prévoit plusieurs dérogations au principe de la compétence du tribunal du
lieu du défendeur: A titre d’exemple
- en matière de réparations de dommages, devant le tribunal du lieu où le fait
dommageable s'est produit ou devant celui du domicile du défendeur, au choix du
demandeur;
- en matière de travaux publics, devant le tribunal du lieu où les travaux ont été
exécutés;
- en matière de succession, devant le tribunal du lieu où la succession est ouverte;
- en matière de société, devant le tribunal du lieu du siège social.
C.Le règlement des incidents de compétence:

Les contestations relatives à la compétence peuvent se présenter sous deux aspects


différents l’exception d’incompétence et les conflits de compétence.
a. Exception d’incompétence:
Par ce moyen, le plaideur demande à la juridiction saisie de se déclarer
incompétente. Elle peut concerner la compétence d’attribution ou la compétence
territoriale.
La compétence d’attribution peut être soulevée d’office par le juge, même si elle
n’est pas revendiquée par le défendeur. Il n’en est pas de même pour
l’incompétence territoriale qui ne peut être soulevée que par le défendeur.
Les exceptions d’incompétence doivent, à peine d’irrecevabilité être soulevées
avant toute exception ou moyen de défense au fond.
Elle ne peut être invoquée en cause d'appel que dans le cas d'un jugement rendu
par défaut.
Le demandeur à l'exception est tenu de faire connaître, à peine d'irrecevabilité, la
juridiction devant laquelle l'affaire doit être portée.
Si l'exception est accueillie, le dossier est transmis à la juridiction compétente et
celle-ci se trouve saisie de plein droit et sans frais.

b- Conflits de compétence:
Le conflit de compétence est la contestation relative à la compétence d’une
juridiction. Il y a conflit de compétence lorsque deux juridictions de même degré
sont saisies de la même affaire ou d’affaires connexes.
Il y a litispendance lorsqu’il a été formé précédemment devant un autre tribunal une
demande pour le même objet. (Article 109 du CPC)
Il y a connexité lorsque deux juridictions sont saisies de deux affaires distinctes mais
rattachées entre elles par un lien de connexité. (Article 109 du CPC)
Dans les deux cas, le renvoi peut être ordonné sur la demande des parties ou de
l'une d'elles.
c- Le règlement de juges:
Il y a lieu à règlement de juges lorsque dans un même litige, plusieurs juridictions
ont rendu des décisions irrévocables par lesquelles elles se déclaraient également
compétentes ou incompétentes.
La demande en règlement de juges doit être portée par requête devant la juridiction
immédiatement supérieure commune aux juridictions dont les décisions sont
attaquées et devant la Cour de cassation lorsqu'il s'agit de juridictions n'ayant au-
dessus d'elles aucune autre juridiction supérieure commune.
La requête est examinée en chambre du conseil sans la présence des parties ou de
leurs mandataires.
Si la juridiction saisie estime qu'il n'y a pas lieu à règlement de juges, elle rend une
décision de rejet motivée.
Si la juridiction saisie estime qu'il peut y avoir lieu à règlement de juges, elle renvoie
l'affaire au magistrat rapporteur pour qu'il soit statué dans les formes ordinaires.

Chapitre II- Le procès civil :


On traitera dans le cadre du procès civil, l’action en justice (section1), l’instance
(section 2) et la fin du procès à savoir le jugement (section 3).

Section 1-L’action en justice :


L'action en justice correspond à la faculté conférée à une personne de s'adresser à
un juge afin d'obtenir le respect de ses droits en invoquant des prétentions. Tout
citoyen est ainsi libre de poursuivre une tierce personne ou de se défendre afin de
garantir le respect de ses droits.
I-Conditions de recevabilité de l’action :
Trois conditions sont requises pour qu’une action en justice soit recevable : l’intérêt
(1), la qualité (2) et la capacité (3).
Ces trois conditions sont expressément prévues par l’article premier du code de
procédure civile qui dispose que : « Ne peuvent ester en justice que ceux qui ont
qualité, capacité et intérêt pour faire valoir leurs droits».
La recevabilité d'une action en justice est ainsi subordonnée au respect des trois
conditions cumulatives qui s'imposent quelle que soit la nature du contentieux, civil,
administratif ou commercial.
Ces conditions de recevabilité de l’action sont d’ordre public. Le juge relève d'office,
selon le même article, le défaut de qualité ou de capacité ou d'intérêt ou le défaut
d'autorisation lorsque celle-ci est exigée.
1. L'intérêt à agir :
L'intérêt à agir est la première condition nécessaire à l'exercice d'une action en
justice. C’est ce qui est exprimé par l’adage : « Pas d’intérêt, pas d’action ».
Il est toutefois admis qu’une personne n’a intérêt à agir que si cet intérêt présente
trois critères lui sont : il doit être juridique, direct et personnel, né et actuel.
1- Tout d'abord, l'intérêt à agir doit être juridique, c'est-à-dire qu’il ne doit pas être
contraire à l’ordre public ou à la loi. A titre d’exemple, la justice marocaine ne peut
pas recevoir une action en réparation du dommage subi intentée par la concubine
contre celui qui a causé le décès de son concubin.
L’intérêt juridique peut toutefois être matériel (réclamer le règlement du loyer) ou
moral (demander à l’auteur d’un article en cas de diffamation de publier un démenti
dudit article ayant porté atteinte à sa réputation).
2-Ensuite, l’intérêt doit être direct et personnel c'est-à-dire qu’il doit concerner
directement le demandeur, sauf à disposer d’un mandat ou d’être tuteur (le
mécanisme de représentation).
Dans ce cas, l’action sera portée au nom d’autrui (le représentant légal qui agit au
nom et pour le compte de la personne morale, le tuteur légal, testamentaire ou
datif qui agit au nom et pour le compte du mineur).
3- Enfin l’intérêt doit être né et actuel, c'est-à-dire qu'il doit exister au jour où la
personne agit en justice et ne pas être éventuel. Ce qui écarte en principe l'intérêt
éventuel ou hypothétique.
Ce critère pourrait laisser entendre que les actions préventives ne sont pas
recevables. Toutefois, des exceptions sont admises par la loi. Certaines actions en
justice peuvent être exercées à titre préventif pour empêcher des dommages
éventuels (mesures conservatoires en référé), exemple interdire une construction
en cours dont l’achèvement porterait atteinte à son droit.
2. La qualité à agir:
La qualité à agir est la seconde condition pour pouvoir agir en justice. Elle s'entend
du titre ou de la qualification en vertu desquels, le demandeur a le droit de solliciter
du juge l'examen de sa prétention. En d’autres termes, c’est le titre sous lequel on
figure dans un procès.
La qualité d’agir concerne aussi bien le demandeur que le défendeur.
Ainsi, ont qualité pour agir:
(i) le titulaire du droit litigieux et ses héritiers
(ii) son mandataire légal (exemple le cas du fonctionnaire ayant reçu délégation
pour représenter et défendre les intérêts de son administration publique), son
mandataire judiciaire (exemple de celui désigné par le juge pour représenter le
mineur) ou son mandataire conventionnel (celui choisi par les parties).
La représentation est obligatoire (constitution d’un avocat), lorsque la procédure est
écrite et devant certaines juridictions (cour d’appel, cour de cassation, tribunal de
commerce, etc.).
Le mandataire qui ne jouit pas par profession du droit de représentation en justice,
ne peut être conformément à l’article 33 du CPC que le conjoint, parent ou allié en
ligne directe ou collatérale jusqu’au troisième degré inclusivement.
En principe, le mandataire ou le représentant doit prouver sa qualité d’agir.
3. La capacité juridique
La capacité juridique constitue la troisième condition nécessaire à l'exercice d'une
action en justice. Elle s’entend de l’aptitude à acquérir un droit et à l’exercer. Il est
en effet obligatoire d'être capable juridiquement pour pouvoir agir en justice.
Il y a deux sortes de capacités ; la capacité de jouissance (c’est l’aptitude à devenir
titulaire d’un droit ou d’une obligation (propriétaire, créancier) et la capacité
d’exercice (c’est l’aptitude à faire valoir, seul et par soi même, un droit dont on est
titulaire, sans avoir besoin d’être représenté).
Le principe est la capacité, l’incapacité est l’exception. Ce sont le DOC et le code de
la famille qui établissent le régime des incapacités. Ainsi, la majorité est fixée à 18
ans. A cet âge, toute personne peut valablement agir en justice.
Concernant les mineurs, ils sont en principe incapables jusqu'à leur majorité.
Toutefois, dans certains cas, notamment si le mineur fait l'objet d'une émancipation
(à 16 ans), celui ci peut librement ester en justice, après autorisation du juge des
mineurs.
Les majeurs incapables et les mineurs non émancipés ne peuvent agir en justice. Ils
sont soumis, compte tenu de leur incapacité à des règles particulières.
II. Absence des conditions de recevabilité de l’action :
Les trois conditions de recevabilité de l’action (intérêt, qualité, capacité) sont
d’ordre public. Le juge relève d'office, selon l’article 1er du CPC, le défaut de qualité
ou de capacité ou d'intérêt ou le défaut d'autorisation lorsque celle-ci est exigée.
La vérification des conditions précitées se fait par le juge au début de l’instance, au
moment où il vérifie la compétence. La partie adverse peut aussi invoquer l’absence
des conditions de recevabilité de l’action.
Le juge met ensuite en demeure la partie de régulariser la situation dans un délai
qu'il fixe. Si la régularisation intervient, l'action est considérée comme valablement
engagée. Dans le cas contraire, le juge déclare l'action irrecevable. L'absence de
l'une des conditions précitées est donc une condition d'irrecevabilité de l’action.
Il n’est pas très fréquent que l’action soit irrecevable, mais c’est un risque qui existe
et qui doit être pris en compte.

Section 2-Les différentes formes de l’action :

L’action en justice peut se présenter soit sous forme de demande, soit sous forme
de défense.
On parle de demande en justice lorsque l’action est envisagée du côté du
demandeur, c’est-à-dire de celui qui s’adresse le premier au juge et on parle de
défense lorsque l’action est considérée du côté de celui contre qui le demandeur
agit et qui s’oppose à cette demande.
I-La demande:
Quand une personne (demandeur) forme une action en justice, on dit qu’elle forme
une « demande initiale » ou une « demande introductive d’instance ». Lorsqu’une
personne formule une demande pendant le procès, on dit qu’elle formule une
"demande incidente".
1. La demande introductive d’instance ou initiale:
Il s’agit de la demande par laquelle un plaideur prend l’initiative d’une procédure
soumettant au juge ses prétentions, c’est-à-dire qu’elle introduit l’instance.
Cette demande prend la forme soit d’une requête écrite, soit d’une déclaration
verbale faite auprès du greffe du tribunal.
2-La demande incidente:
Il s’agit de toute demande qui n’ouvre pas l’instance mais intervient en cours d’un
procès déjà engagé. Elle prend la forme de conclusions ou de mémoires en défense.
Si elle émane du demandeur, il s’agira d’une demande additionnelle.
Demande additionnelle: demande par laquelle le demandeur en cours d’instance
formule une prétention nouvelle, mais connexe à la demande initiale ( qui modifie la
demande initiale en l’étendant par exemple).
Si la demande incidente émane du défendeur, il s’agira d’une demande
reconventionnelle.
Demande reconventionnelle: demande formée par le défendeur qui ne se contente
pas de présenter des moyens de défense, mais attaque à son tour le demandeur qui
deviendra défendeur pour cette seconde action, en soumettant au tribunal une
autre demande.
Si la demande incidente provient d’un tiers, il s’agira d’une intervention volontaire.
Intervention volontaire: un tiers se mêle à un procès auquel il n’était pas partie
jusque là, afin de faire valoir ses droits qui pourraient être compromis par le
jugement à intervenir entre les plaideurs primitifs, ou pour assister l’un de ces
derniers.
Si la demande incidente est dirigée contre un tiers, il s’agira d’une intervention
forcée.
Intervention forcée: l’une des parties au procès, le demandeur ou le défendeur
appelle à l’instance un tiers pour que le jugement rendu lui soit opposable.
L’intervention forcée se présente notamment en cas d’appel en garantie: l’une des
parties généralement le défendeur appelle au procès un tiers pour le forcer à
l’indemniser des condamnations qui seraient prononcées contre lui. (exemple
l’intervention forcée de l’assureur pour verser l’indemnité en cas d’accident de
travail ou de circulation).
Le "demandeur" ou "le requérant", est la personne physique ou morale qui a pris
l'initiative d'engager une procédure judiciaire en vue de faire reconnaître un droit.
Son adversaire est le "défendeur ". Ce dernier peut faire valoir à son tour une
prétention, dans ce cas il devient un "demandeur reconventionnel".
Des tiers peuvent intervenir volontairement ou se trouver appelés à intervenir dans
la procédure, ils deviennent alors des "parties" et, ils peuvent être amenés à se
porter demandeurs pour défendre leurs intérêts.
La partie qui a saisi la Cour d'appel est dénommée l'appelant", l'autre partie étant l'"
intimé " ou la "partie intimée ". Le demandeur à l'opposition est l'" opposant ", son
adversaire est désigné par l'expression, le " défendeur à l'opposition ", de même
devant la Cour de Cassation les parties sont désignées respectivement sous les
vocables le " demandeur au pourvoi" et son adversaire, le "défendeur au pourvoi « .

3.Les effets de la demande de la justice:


La demande en justice produit des effets tant à l’égard du juge qu’à l’égard des
parties.
A. à l’égard du juge:
Le juge doit examiner l6640a demande et statuer sur toutes les prétentions des
parties, mais il ne peut accorder au-delà de ce qui lui a été demandé.
Si deux juridictions sont saisies de la même demande, entre les mêmes parties et
ayant le même objet, cela crée une situation de litispendance.
B. à l’égard des parties:
La demande en justice interrompt la prescription, même si elle est formée devant un
juge incompétent.
Elle fait courir des intérêts.
Elle rend transmissible aux héritiers certaines actions.
II-La défense:
Les catégories de moyens de défense sont soit les défenses au fond, soit les
exceptions, soit les fins de non recevoir.
1.Les défenses au fond:
Il s’agit de tout moyen qui tend à rejeter comme non justifié la prétention de
l’adversaire. De ce fait, le défendeur s’attaque au droit du demandeur, en soutenant
que ce droit n’a jamais existé ou est éteint.
2.Les exceptions:
Il s’agit de tout moyen qui tend à déclarer la procédure irrégulière ou à suspendre le
cours. C’est une exception de procédure.
Le CPC distingue notamment:
1- Les exceptions d’incompétence par lesquelles une partie prétend que la
juridiction saisie est incompétente.
2- Les exceptions de litispendance: lorsque le même litige est pendant devant deux
juridictions également compétentes.
3- Les exceptions de connexité : lorsqu’il y a un lien étroit entre deux affaires
portées devant des juridictions différentes.
3.La fin de non recevoir:
Il s’agit du moyen qui tend à faire déclarer l’adversaire irrecevable dans sa
demande, sans examen au fond, pour défaut du droit d’agir. C’est un moyen qui
s’attaque donc au droit d’action sans contredire la demande au fond, comme
l’exception. Le défendeur soutient qu’il manque une condition de recevabilité
(exemple la qualité d’agir) ou le juge la relève d’office.
Comme pour la défense au fond, si la fin de non recevoir est accueillie, elle aboutit à
l’échec définitif de la demande.
4.Distinction entre les défenses au fond, les exceptions et la fin de non recevoir:
1-Les défenses au fond peuvent être proposées en tout état de cause jusqu’à la fin
des débats. Au contraire, les exceptions doivent, à peine d’irrecevabilité être
soulevées avant toute défense au fond ou fin de non recevoir.
2- Les défenses sont opposées dans un ordre quelconque. Au contraire, toutes les
exceptions doivent être soulevées simultanément.
3- Si la défense est accueillie, le demandeur perd son procès. Il ne peut le renouveler
à raison de l’autorité de la chose jugée. Au contraire, si l’exception est admise, le
demandeur aura seulement à attendre par exemple le dessaisissement de l’un des
tribunaux.
4- La fin de non recevoir, si elle est accueillie, elle aboutit à l’échec de la demande.
L’action peut toujours être intentée à nouveau si la condition de recevabilité qui
faisait défaut est remplie.

Section 3- L’instance :
On traitera d’abord les actes de procédure (I) et ensuite le déroulement du procès
(II).
I-Les actes de procédure:
Les actes de procédure comprennent des actes écrits comme la requête introductive
d’instance, les convocations et des actes verbaux, comme les plaidoiries des avocats,
le renvoi de l’instance par le juge.

A.La notification des actes de procédure:


« Les actes sont portés à la connaissance des intéressés par la notification qui leur
en est faite ». La notification judiciaire est le fait de porter à la connaissance d’une
personne concernée un acte de procédure, soit par voie de signification (par huissier
de justice), soit par voie postale, soit par voie administrative dans les régions
rurales.
a.Les procédés de notification :
La notification directe: elle est dite directe lorsqu’elle a lieu par l’intermédiaire d’un
agent du greffe ou d’un huissier de justice soit à la personne elle-même soit à son
mandataire.
La notification par voie administrative: la notification se fait par voie administrative
lorsqu’elle est décidée par le juge dans des cas particuliers (zones rurales
désenclavées) à travers des fonctionnaires de la sûreté nationale, la gendarmerie
royale ou tout autre moyen utilisant la force publique (cheikh, etc.).
La notification par voie diplomatique: si le destinataire réside dans un pays étranger,
elle est transmise par la voie hiérarchique pour être acheminée par la voie
diplomatique ou par poste par lettre recommandée, sous réserve des dispositions
prévues par les conventions diplomatiques.
La notification à l’audience: la notification à l’audience se fait lorsqu’elle est prévue
par la loi, lorsque les parties sont présentes au moment du prononcé. La notification
leur est faite verbalement à ce moment. Leur présence et la constatation de cette
notification sont mentionnées dans l'ordonnance.
La notification à curateur: dans tous les cas où le domicile et la résidence d'une
partie sont inconnus, le juge nomme en qualité de curateur un agent du greffe,
auquel la convocation est notifiée. Cette notification a pour but de permettre la
continuité de la procédure lorsque l’une des parties se trouve sans domicile fixe ou
n’a pas de résidence connue au Maroc ou ailleurs.
Ce curateur recherche la partie avec le concours du ministère public et des autorités
administratives et fournit toutes pièces et renseignements utiles à sa défense, sans
que, toutefois, le jugement puisse en raison de ces productions être déclaré
contradictoire.
Si la partie dont le domicile et la résidence sont inconnus vient à être découverte, le
curateur en informe le juge qui l'a nommé et avise cette partie par lettre
recommandée, de l'état de la procédure. Son mandat prend fin dès
l'accomplissement de ces formalités.
b.Les modalités de notification
La notification est valablement accomplie, si elle a été faite au destinataire en
personne ou à son domicile ou en son lieu de travail ou en tout autre lieu où la
personne concernée pourrait se trouver. La remise peut également être effectuée
au domicile élu. A défaut de domicile au Maroc, la résidence vaut domicile.
Les notifications concernant les incapables, les sociétés, les associations et toutes
autres personnes morales, sont adressées à leurs représentants légaux pris en cette
qualité.
Si la remise de la convocation par l’agent chargé de la notification ou l’autorité
administrative n’a pu être effectuée, la partie n’ayant pas été rencontrée, ni
personne pour elle, à son domicile ou à sa résidence, un avis en est immédiatement
affiché dans un endroit apparent dans le lieu de la notification, et une mention en
est faite sur le certificat, lequel est retourné au greffe de la juridiction intéressée. Ce
greffe adresse alors à la partie la convocation sous pli postal recommandé avec avis
de réception.
Si la partie ou la personne ayant qualité a refusé de recevoir la convocation, mention
en est faite sur le certificat. La convocation est considérée comme valablement
notifiée le dixième jour qui suit le refus opposé par la partie ou la personne ayant
qualité pour recevoir pour elle la convocation.
Le juge peut, d'ailleurs, suivant les circonstances, proroger les délais ci-dessus
prévus et ordonner une nouvelle convocation.
2.Les délais de procédure :
Les délais de procédure représentent le temps accordé aux parties d’un procès pour
accomplir un acte de procédure.
Il y a plusieurs catégories de délais: les délais de comparution, les délais
d’instruction, les délais de recours, les délais de présentation de certaines
demandes, etc.

3.Les sanctions du défaut de respect des actes et délais de procédure :


Les sanctions prévues en cas de défaut de respect des actes et délais de procédure
sont la déchéance et le cas échéant la nullité.
La déchéance: si un acte de procédure n’a pas été accompli dans les délais fixés par
la loi, on ne peut plus le faire valablement: il y a déchéance.
La déchéance se définit comme étant la perte du droit d’agir ou du bénéfice d’un
acte qui frappe celui qui ne réagit pas dans le délai requis par la loi.
Ainsi, l’article 511 du CPC prévoit que tous les délais fixés pour l'exercice d'un droit
par les dispositions du présent code, sont impartis à peine de déchéance.
La nullité: c’est la sanction encourue par un acte juridique, un contrat, un acte de
procédure, un jugement entaché d’un vice de forme.
Aucun acte ne peut être déclaré nul si sa nullité n’est pas expressément prévue par
la loi, sauf en cas d’inobservation d’une formalité substantielle ou d’ordre public.
II-Le déroulement du procès civil devant le tribunal de première instance
1-L’introduction de la demande:
Le tribunal de première instance est saisi, soit par requête écrite et signée du
demandeur ou de son mandataire, soit par la déclaration du demandeur comparant
en personne dont procès-verbal est dressé par l'un des agents assermentés du
greffe. Cette déclaration est signée par le demandeur ou mention est faite qu'il ne
peut pas signer.
Toutefois, suite à la réintroduction de la forme collégiale et à la généralisation de la
procédure écrite en première instance, c’est évidemment la première forme qui
prévaut.
Si la demande est formulée par requête écrite contre plusieurs défendeurs, le
demandeur devra déposer autant d'exemplaires qu'il y a de défendeurs en cause.
(art 32 du CPC)
2-La saisine du juge ou du tribunal:
L’introduction de la demande ne suffit pas à elle seule pour déclencher la machine
judiciaire, le demandeur est tenu de s’acquitter du montant de la taxe judiciaire à la
caisse du tribunal, à moins qu’il ne bénéficie de l’assistance judiciaire.

3-Enregistrement de la requête:
Les affaires sont inscrites sur un registre à ce destiné, par ordre de réception et de
date avec indication du nom des parties, ainsi que la date des convocations. Elles
doivent porter un numéro d’identification.
4-Désignation du juge par le président du tribunal:
Immédiatement après l'enregistrement de la requête, le président du tribunal
désigne selon le cas, un juge rapporteur ou un juge qui sera chargé de l'affaire.
5- La convocation à l’audience:
Le juge convoque le demandeur et le défendeur à l’audience du tribunal.
Il le fait au moyen d’une convocation écrite qui mentionne les noms, prénoms,
professions, domicile ou résidence de l’intéressé.
D’autres indications y sont portées, notamment l’objet de la demande, la juridiction
qui doit statuer, le jour et l’heure de la comparution.
6- La notification de la convocation:

La convocation doit être remise sous pli fermé ne portant que les nom, prénom
usuel et demeure de la partie, la date de notification, suivie de la signature de
l’agent et le sceau du tribunal.
A la convocation est annexé un certificat indiquant à qui elle a été remise et à quelle
date; ce certificat est signé soit de la partie, soit de la personne à qui remise a été
faite à son domicile.
7-Délai de comparution:
Il doit y avoir entre la notification de la convocation et le jour fixé pour la
comparution, un délai de cinq jours si la partie est domiciliée ou a sa résidence dans
le lieu où siège le tribunal de première instance ou dans une localité limitrophe, et
de quinze jours si elle se trouve dans tout autre endroit sur le territoire du
Royaume, à peine de nullité du jugement qui serait rendu par défaut.
Des délais plus longs sont prévus par l’art 41 du CPC pour les parties n’ayant pas de
domicile ou de résidence dans le ressort des juridictions du Royaume.

8-L’examen de l’affaire:
L’examen de l’affaire est fait par la suite soit par le juge chargé de l’affaire soit par le
juge rapporteur selon que tribunal de première instance siège collégialement ou à
juge unique et ce en fonction de la nature de l’affaire.
Le juge contrôle les différentes phases de la procédure et veille au respect des règles
et délais impartis aux parties. Il doit également veiller à la garantie des droits de la
défense des parties et des intervenants au procès notamment lors de la mise en
œuvre des mesures d’instruction destinées essentiellement à l’administration de la
preuve.
Pour ce faire, il invite les parties à produire leurs conclusions et leurs documents
justificatifs dans un délai qu’il leur fixe.
En principe, ce sont les avocats qui échangent leurs conclusions jusqu’à ce que le
magistrat estime que l’affaire est en état d’être jugée après qu’ils aient épuisé leurs
moyens de défense.
Il y a lieu de préciser que si la constitution d’un avocat n’est pas obligatoire en
matière orale, elle l’est en matière écrite, sauf cas de dispense.
Le défendeur doit également constituer un avocat. S’il ne le fait pas ou si l’avocat
constitué ne dépose pas de conclusions écrites en son nom, il sera jugé par défaut
même s’il comparait personnellement à l’audience ou dépose simplement un
mémoire en défense.
Enfin, dans toutes les affaires qui ont fait l'objet d'une instruction, lorsque l’affaire
est en état d’être jugée, le juge rapporteur rédige un rapport écrit relatant les
incidences de procédure et l’accomplissement des formalités légales, analysant les
faits et les moyens des parties et reproduisant ou résumant s’il y a lieu les
conclusions des dites parties. Il énonce en outre les éléments à trancher sans
donner son avis.

9.Les mesures d’instruction:

Les mesures d’instruction s’identifient comme étant la mise en œuvre judiciaire de


divers moyens de preuve, telle la comparution personnelle à l’audience.
Ainsi, le juge peut, soit sur la demande des parties ou de l'une d'elles, soit d'office,
ordonner avant dire droit au fond, une expertise, une visite des lieux, une enquête,
une vérification d'écriture ou toute autre mesure d'instruction. Le ministère public
peut assister à toutes les mesures d'instruction ordonnées par le tribunal.

A- L’expertise:
Quand le juge ordonne une expertise, il nomme soit d'office, soit sur les
propositions faites d‘un commun accord des parties un expert. Le juge détermine les
points sur lesquels portera l'expertise dans la forme de questions techniques à
l'exclusion de tous points de droit (évaluation d’un dommage, estimation d’un bien
meuble ou immeuble, estimation de la valeur réelle d’une société, etc.).
L'expert doit présenter une réponse claire et déterminée sur toute question
technique et il lui est interdit de répondre à une question qui ne rentre pas dans sa
compétence technique et qui a rapport avec le droit.
Le rapport peut être écrit ; dans ce cas, l'expert sera tenu de le déposer dans le délai
fixé par le juge. Il peut être oral, le juge fixera dans ce cas la date de l'audience à
laquelle, les parties dûment convoquées, l'expert fera son rapport. Il sera consigné
dans un procès-verbal indépendant.
Le juge n'est pas obligé de suivre l'avis de l'expert désigné et a la faculté de désigner
tout autre expert aux fins d'éclaircir les aspects techniques du litige.

B- La visite des lieux


La visite des lieux consiste en un déplacement du juge et du greffier pour se rendre
compte de la situation sur place et y entendre les parties préalablement
convoquées.
La visite des lieux est ordonnée, soit d'office, soit sur la demande des parties, par un
jugement avant dire droit qui fixe les jour et heure auxquels il y sera procédé en
présence des parties ou dûment convoquées. Enfin, il est dressé procès-verbal de la
visite des lieux qui doit être signé.

C-L’enquête:
L’enquête peut être ordonnée sur les faits de nature à être constatés par les
témoins et dont la vérification paraît admissible et utile à l'instruction de l'affaire
(art 71 du CPC).
Le jugement qui ordonne l'enquête indique les faits sur lesquels elle doit porter, le
jour et l'heure de l'audience où il doit y être procédé. Il contient invitation aux
parties d'avoir à se présenter et à présenter leurs témoins aux jour et heure fixés.
Chaque témoin fait, à peine de nullité, le serment de dire la vérité.
Dans tous les cas, le greffier dresse procès-verbal de l'audition des témoins qui doit
être signé et annexé à la minute du jugement.

D-La comparution personnelle des parties:


Dans le cadre de l’instruction d’une affaire civile, il peut paraître utile au tribunal ou
au juge chargé du dossier d’ordonner la comparution personnelle de l’une au l’autre
partie pour répondre directement et oralement aux questions qu’il souhaite leur
poser pour éclaircir certains points ou apporter des précisions jugées nécessaires à
la manifestation de la vérité.

E-Le serment des parties:

C’est l’affirmation faite en justice, sous forme solennelle par une partie. Il s’exprime
par la formulation traditionnelle: « Je jure devant Dieu ».
Le CPC distingue deux sortes de serments:
Le serment décisoire: lorsque pour mettre fin définitivement à un litige, une partie
défère le serment à son adversaire pour lui permettre de faire la preuve de ses
prétentions, ou que ce dernier lui réfère ce serment, ledit serment est prêté à
l'audience par la partie en personne, en présence de l'autre partie ou elle dûment
appelée. (art 85 du CPC)
Le serment supplétoire: dans le cas où le tribunal, en présence d'une réclamation
d'une partie, estime que la preuve de ses prétentions n'est pas entièrement
rapportée, il peut déférer d'office le serment à cette partie par un jugement qui
énonce les faits sur lesquels le serment sera reçu. (art 87)
Ce serment déféré d’office par le juge à une partie est un complément de preuve
mais ne lie pas le juge.
Dans tous les cas, le greffier dresse PV de l’accomplissement du serment.

F- La vérification d’écriture:
Dans le cas où l'écriture et la signature sont contestées, il y a lieu de recourir à la
vérification d'écriture. La contestation suppose que celui auquel l'acte est opposé,
dénie sa propre signature, ou affirme ne pas reconnaître celle de son auteur.
Il faut signaler que la procédure de vérification d'écriture n'est admissible que si les
écrits sont des actes sous seing privé.
S'il est prouvé par la vérification d'écritures que la pièce est écrite ou signée par
celui qui l'a déniée, il est passible d'une amende civile de 100 à 300 dirhams, sans
préjudice des dommages-intérêts et des dépens.

G-L’incident de faux:
Lorsqu'au cours d'un procès, une pièce produite est incidemment arguée de faux
par une des parties, le juge peut passer outre s'il reconnaît que la décision ne
dépend pas de cette pièce.
En cas contraire, et si la partie sommée déclare qu'elle entend faire usage de la
pièce, le juge sursoit à statuer au jugement de la demande principale. Il ordonne le
dépôt de la pièce en original au greffe dans le délai de huitaine. Si le dépôt est
effectué, le juge procède à l'instruction de la demande incidente d'inscription en
faux.
Le juge statue ensuite sur l'existence du faux.
Le demandeur qui succombe est passible d'une amende de 500 à 1500 dirhams,
sans préjudice des dommages-intérêts et des poursuites pénales.
Si l'existence d'un faux est établie et s'il existe des éléments permettant d'en
identifier l'auteur, les pièces sont transmises au ministère public par application du
code de procédure pénale.
Si indépendamment de la demande d'inscription en faux, la juridiction répressive est
saisie par voie principale, il est sursis à statuer au civil jusqu'après la décision du juge
pénal.

10-L’audience:

Les juges du TPI peuvent siéger tous les jours, sauf les dimanches et jours fériés. Au
jour fixé par la convocation, les parties comparaissent en personne ou par leur
mandataire.
Les audiences sont publiques à moins que la loi n'en décide autrement.
Le président de l’audience peut ordonner que les débats aient lieu à huis clos si
l'ordre public ou les bonnes mœurs l'exigent.

11-Les frais de justice:


En dehors des juridictions de proximité et en matière sociale, tout justiciable doit
payer une taxe judiciaire dés qu’il engage une procédure judiciaire. Celle-ci est
considérée comme sa participation au fonctionnement de la justice. Il s’expose en
outre au paiement d’autres frais, dont les principaux sont:
I-1- Les droits de plaidoirie: Ces sont des droits perçus de tout requérant à l’occasion
de l’introduction d’une instance principale, civile, commerciale, ou administrative.
D’une valeur de 10 DH, ils servent à alimenter la caisse des œuvres sociales des
avocats.
I-2- Les droits fiscaux: droits de timbres et d’enregistrement perçus sur les actes de
procédure et sur les actes produits en justice à l’occasion du procès.
I-3 Les frais d’enquête et d’instruction: Le juge invite soit la partie qui a demandé
l'une des mesures d'instruction prévue par le CPC, soit les parties si elles ont été
d'accord pour demander la mesure d'instruction ou si celle-ci a été ordonnée
d'office, à consigner au greffe du tribunal la somme dont il fixe le montant, à titre
d'avance pour le paiement des frais nécessités par la mesure prescrite, à moins que
les parties ou l'une d'elles n'aient obtenu le bénéfice de l'assistance judiciaire.
I-4-La taxe judiciaire:
Elle est préalablement versée à la caisse du tribunal au profit du trésor, chaque fois
qu’un justiciable souhaite introduire une instance devant une juridiction ou faire
procéder à un acte nécessitant l’intervention des services judiciaires.
Si la demande en justice est d’un montant déterminé, la taxe est perçue sur la base
d’un pourcentage dudit montant. Si la demande est d’un montant indéterminé en
raison de sa nature (obligation ou défense de faire ou de remettre une chose, etc.),
la taxe perçue est forfaitaire.
S’il s’agit d’une demande d’une valeur indéterminée mais déterminable:
la taxe sera liquidée au tarif normal si le montant de la demande devient ou peut
être déterminé par les documents versés au dossier ou par les dispositions de la
décision rendue, sous réserve de la déduction de la taxe.
Il y a lieu de signaler que certaines procédures sont soumises à des taxes fixes,
comme le pourvoi devant la cour de cassation, les ordonnances sur requête et les
référés.

12-Les dépens:
Les dépens sont les frais que l’une des parties peut mettre à la charge de l’autre. Ils
ne comprennent que les frais essentiels comme les droits fiscaux sur les actes de
procédure, les droits de plaidoirie, les frais d’enquête, d’expertise et de transport
des juges et du greffier.
Ne sont pas compris dans les dépens par exemple: les honoraires d’avocats.
Qui prend en charge les dépens?
En principe, c’est la partie perdante qui est condamnée aux dépens. Toutefois, les
dépens peuvent, en raison des circonstances de l'affaire, être compensés en tout ou
en partie, c’est à dire que le juge peut en répartir la charge diversement entre les
parties.
Le montant des dépens liquidés est mentionné dans le jugement qui statue sur le
litige, à moins qu'il n'ait pu être procédé à la liquidation avant que le jugement ait
été rendu. Dans ce dernier cas, la liquidation des dépens est faite par ordonnance
du juge qui demeure annexée aux pièces de la procédure.

III-Les incidents de procédure:

Un procès peut connaitre des incidents susceptibles d’exercer une influence sur le
cours de l’instance civile (ex: exception de litispendance, de connexité, les
procédures relatives aux mesures d’instruction, l’intervention forcée, etc.)
De même, l’instance peut être arrêtée momentanément par des causes de
suspension ou d’interruption, ou s’éteindre sans qu’il y ait eu jugement.

A- Les causes de suspension de l’instance:

Les causes de suspension sont des événements qui arrêtent le cours de l’instance
momentanément. L’instance continue ensuite quand la cause aura disparu.
Lorsque les causes de suspension sont liées aux parties, ou requises par elles, c’est
le juge qui statue sur leur recevabilité. La suspension de l’instance découle d’une
décision du tribunal, qui n’est pas dessaisi. Parmi ces événements, on peut citer
l’exception dilatoire, le sursis à statuer suite à une poursuite pénale.

B- Les causes d’interruption de l’instance:

Le déroulement de l’instance peut aussi être interrompu par le décès de l’une des
parties ou par la modification dans leur état de capacité, sauf si l’affaire est en état
d’être jugée.
Quand une affaire n'est pas en état d'être jugée, le juge invite dès que le décès ou la
modification dans la capacité de l'une des parties est porté à sa connaissance, ceux
qui ont qualité pour reprendre l'instance, à effectuer cette reprise.

C- Les causes d’extinction de l’instance:

L’instance se termine normalement par le jugement. Mais, les parties peuvent


mettre fin à l’instance par le désistement (art 119 du CPC) ou par l’acquiescement.

C-1- Le désistement : il peut être fait par acte écrit ou déclaration consignée au
procès-verbal, mentionnant que la partie renonce à l'instance qu'elle a engagée en
principal ou incidemment.
Le désistement d'instance n'entraîne pas la renonciation de la partie au fond du
droit. Celui qui a renoncé à l’instance qu’il a engagée pour des raisons d’opportunité
peut recommencer cette instance sans que son adversaire ne puisse lui opposer le
fait qu’il a renoncé à l’instance.
Le désistement de l’action qui consiste pour la partie à renoncer à l'action portée
par elle devant le juge sur le fond du droit implique par contre l'extinction du droit
d'agir relativement à la prétention dont le juge était saisi, ce qui veut dire que la
partie a définitivement renoncé à sa prétention.
Le juge donne acte aux parties de leur accord concernant le désistement. Cette
mesure ne peut être frappée d'aucun recours.
C-2-L’acquiescement: il s’agit du fait de la part du défendeur de se soumettre aux
prétentions de l’autre.
L’acquiescement peut concerner soit la demande (le défendeur se soumet à toutes
les prétentions du demandeur), soit le jugement (renonciation des voies de recours).
C-3- La radiation de l’instance suite au défaut de comparution du demandeur :
Si le demandeur ou son mandataire, régulièrement convoqué, ne comparaît pas à la
date fixée, le tribunal peut, en l'absence d'éléments lui permettant de statuer sur la
demande, décider la radiation de l'affaire du rôle de l'audience.
Si au cours des deux mois suivant la décision de radiation du rôle, le demandeur ne
sollicite pas la poursuite de l'examen de l'affaire, le tribunal ordonne la radiation de
l'instance en l'état.
Si le tribunal dispose des éléments nécessaires pour statuer sur les prétentions du
demandeur, il se prononce compte tenu desdits éléments, par jugement réputé
contradictoire à l'égard du demandeur ou de son mandataire absent.

Section 3- La fin du procès civil : le jugement

Le jugement au sens large désigne toute décision émanant d’une juridiction.


Au sens étroit, on emploie le mot jugement pour désigner les décisions rendues par
les tribunaux de droit commun et spécialisés. On réserve le mot arrêt aux décisions
des cours d’appel et de la cour de cassation et le mot ordonnance est généralement
employé pour désigner les décisions du président de la juridiction.
Le CPC prévoit les règles générales relatives au jugement (art 50 à 54).
Les jugements sont rendus en audience publique et exécutés au nom du Roi et en
vertu de la loi.
I-Les différentes sortes du jugement:

1- Les jugements contradictoires et les jugements par défaut:


Les jugements contradictoires sont ceux rendus lorsque le ou les défendeurs sont
présents ou représentés.
Ils sont réputés contradictoires lorsque le jugement est susceptible de recours et
lorsque le défendeur a été touché à personne et n’a pas comparu. Ils ne sont pas
ainsi susceptibles d’opposition.
Le jugement est par défaut lorsque la décision est en dernier ressort et que le
défendeur convoqué régulièrement n’a pas été touché à personne ou lorsque le
délai entre la notification de la convocation et le jour fixé pour la comparution prévu
par le CPC n’a pas été respecté.

2- Les jugements en premier ressort et les jugements en dernier ressort:


Le jugement est rendu en "premier ressort" lorsqu’il peut faire l'objet
d'une contestation, comme par la voie de l'appel.
Par exception, les jugements qui ne sont pas susceptibles d'être contestés devant
une cour d'appel sont dit rendus en "premier et dernier ressort".

3- Les jugements avant dire droit et les jugements définitifs:


Les jugements définitifs ce sont ceux qui statuent sur le fond du procès; ils mettent
fin à la contestation.
Les jugements avant dire droit: ce sont ceux qui ne statuent pas sur le fond du
procès. Les uns ordonnent une mesure provisoire dans l'intérêt d'une partie : ce
sont les jugements provisoires. Les autres ordonnent une mesure d'instruction.

4-Les jugements ordinaires et les jugements d’expédient:


Jugements d'expédient : Il y a jugement d'expédient lorsque les parties se sont
mises d'accord sur un point qu'elles soumettent au juge pour qu'il le reconnaisse
dans un jugement. En raison de l'entente préalable des parties à cet effet, on
l'appelle aussi jugement convenu.

5-Les jugements interprétatifs: il s’agit d’un jugement qui tend à expliquer un


jugement antérieur qui n’est pas clair.
6-Les jugements tendant à réparer les erreurs matérielles : il s’agit de jugements qui
tendent à rectifier une erreur matérielle produite par le juge au niveau du jugement,
telle une erreur de calcul, ou une erreur de chiffres ou encore celle portant sur le
nom de l’une des parties.

II- Les effets du jugement:

Le jugement produit en général trois effets:


-il dessaisit le juge
-il crée ou renforce le droit et
-il produit l'autorité de la chose jugée
1.Le dessaisissement: Principe et dérogations
Le premier effet du jugement est de dessaisir le juge, en cas d’appel. Une fois la
décision rendue, le juge ne peut plus revenir pour la modifier ou y ajouter quelque
chose.
Certaines limites sont néanmoins prévues au dessaisissement :
-Les jugements avant dire droit ne dessaisissent pas le juge.
- Le juge peut interpréter son jugement, du moins s'il n'est pas frappé
d'appel.
-Il peut, sur requête, réparer les erreurs matérielles ou omissions.
-Le juge qui a omis de statuer sur un chef de demande peut également
compléter son jugement.
-Dans certains cas, le juge peut rétracter son jugement : en cas
d'opposition, en cas de tierce opposition ou en cas de recours en rétractation.

2.La création ou le renforcement du droit:

Le juge crée le droit quand il s'agit d'un jugement constitutif.


Il le renforce dans les autres cas à plusieurs points de vue (exemple il procure au
demandeur qui n'avait peut être qu'un titre sous seing privé un titre authentique).
3-L’autorité de la chose jugée:

Dès qu'un jugement est rendu, il emporte autorité de chose jugée qu'il ne faut pas
confondre avec la force de chose jugée en ce sens qu’un jugement acquiert la force
de la chose jugée lorsqu’il n’est susceptible d’aucun recours suspensif d’exécution
ou lorsque les délais ont expiré.
L'autorité de la chose jugée consiste dans l'impossibilité où l'on se trouve de
remettre en question le point sur lequel le tribunal a statué.

Chapitre IV-L’Exécution des jugements:

Conditions de l'exécution - Les décisions de justice sont susceptibles d'être


exécutées pendant trente années à partir du jour où elles ont été rendues ; ce délai
expiré, elles sont périmées.
Pour que le jugement puisse être exécuté il faut que l'adversaire ne l'ignore pas. Il
s’agit d’une condition préliminaire indispensable : la notification.

Section 1- La Notification du jugement


Les jugements sont notifiés aux parties elles-mêmes, en l'occurrence à la partie
concernée par l’exécution.
La notification (ou signification) du jugement est nécessairement accompagnée
d'une expédition dûment certifiée conforme de la décision à exécuter.
Elle est faite à l’audience lorsqu’elle est prévue par la loi. Elle est transmise et
remise comme pour les convocations d'audience (par le greffe, par l'huissier de
justice ou par voie postale) dans les autres cas. Elle est faite à curateur au cas où
l'adresse de la partie condamnée est demeurée inconnue (dans ce cas, une publicité
est exigée).

Section 2-La juridiction compétente pour effectuer l’exécution :


L'exécution est assurée par le greffe du tribunal qui a rendu le jugement ou, le cas
échéant, le greffe peut donner délégation au greffe de la circonscription judiciaire
dans laquelle l'exécution doit être poursuivie.
La cour d’appel peut charger de l’exécution de ses arrêts un tribunal de première
instance.

Section 3-La procédure d'exécution:

Tout bénéficiaire d'une décision de justice qui veut en poursuivre l'exécution a le


droit d'en obtenir une expédition en forme exécutoire et autant d'expéditions
simples qu'il y a de condamnés.
L'expédition en forme exécutoire délivrée porte le cachet et la signature du
secrétaire-greffier de la juridiction qui a rendu la décision ainsi que la mention
suivante : "Délivré pour copie conforme à l'original et pour exécution".
Selon l'article 440 du CPC, l'agent ou l'huissier de justice chargé de l’exécution
notifie à la partie condamnée la décision qu'il est chargé d'exécuter.
Il la met en demeure de se libérer sur le champ ou de faire connaître ses intentions
et ce dans un délai n'excédant pas dix jours à compter de la date de la présentation
de la demande de l’exécution.
Ce même texte législatif a également prévu qu'un «juge chargé du suivi des
formalités d'exécution» est désigné par le président du tribunal de première
instance sur proposition de l'assemblée générale.
Ainsi, au cas où le débiteur sollicite un délai, l'agent chargé de l'exécution rend
compte au président qui l'autorise, par ordonnance, à saisir à titre conservatoire les
biens du débiteur si cette mesure paraît nécessaire pour sauvegarder les droits du
bénéficiaire de la décision.
Au cas où le débiteur refuse de se libérer ou se déclare incapable de le faire, l'agent
d'exécution utilise l'une des voies d'exécution prévues par le code de procédure
civile.
En tout cas, le jugement ayant force de la chose jugée est celui qui n'est susceptible
d'aucun recours suspensif d'exécution ou pour lequel les délais de recours ont
expiré. Mais ces règles comportent des exceptions :
Section 4-Les cas particuliers d’exécution :

Dans certains cas, l'exécution d'un jugement peut être accélérée (exécution
provisoire ; dans d'autres cas, elle peut être retardée et enfin il existe même une
procédure d’exécution de jugements rendus à l'étranger.
a-L’exécution provisoire: Exécution nonobstant recours ordinaires :
L'exécution provisoire est un bénéfice accordé au gagnant et grâce auquel il pourra
exécuter un jugement en premier ressort malgré le délai d'appel ou l'appel interjeté,
malgré le délai d'opposition ou l'opposition qui normalement suspendent
l'exécution. Le jugement est dit exécutoire par provision.
On distingue l'exécution provisoire légale et l'exécution provisoire judiciaire
- L’exécution provisoire légale - L'exécution provisoire est légale lorsqu'elle est
prescrite d'office par la loi, sans que le juge ait à la prononcer (par exemple
ordonnance de référé).
- L’exécution provisoire judiciaire - L'exécution provisoire est judiciaire si elle
n’existe que lorsque le juge la prononce. Elle peut être ordonnée, à la demande des
parties ou d’office, chaque fois que le juge l'estime nécessaire et compatible avec la
nature de l’affaire, à condition qu'elle ne soit pas interdite par la loi.
La partie condamnée peut éviter que l'exécution provisoire soit poursuivie en
consignant, sur autorisation du juge, les espèces ou les valeurs suffisantes pour
garantir le montant de condamnation.
Conséquences de l'exécution provisoire - Les actes d'exécution restent valables si
l’appel intervenu est rejeté. Par contre, s'il est admis, le jugement se trouvant
infirmé, il faudra remettre les choses en état : les actes d'exécution doivent être
annulés.

b-La défense à exécution provisoire - Lorsque l'exécution provisoire a été ordonnée,


elle ne peut être arrêtée en cas d'appel que par le premier président de la cour
d'appel ou par cette juridiction statuant en chambre du conseil au moyen d'une
défense à exécution. (article 149 et 147 du CPC)

c-Les Cas où l’exécution d’un jugement peut être retardée:


L'exécution d'un jugement est retardée en cas d’accord de délais de grâce (article
440, alinéa 2. CPC).
Dans le cas où il est sursis à exécution, les délais fixés pour les procédures
d'exécution sont suspendus jusqu'à l'expiration du délai accordé par le juge.

d-La Reconnaissance et exéquatur des jugements étrangers:


Les décisions de justice rendues par les juridictions étrangères ne sont exécutoires
au Maroc qu'après avoir été revêtues de l’exéquatur par le tribunal de première
instance du domicile ou de la résidence du défendeur ou à défaut, du lieu où
l'exécution doit être effectuée.
Le tribunal saisi doit s'assurer de la régularité de l'acte et de la compétence de la
juridiction étrangère de laquelle il émane. Il vérifie également si aucune stipulation
de cette décision ne porte atteinte à l'ordre public marocain.
Le jugement d'exéquatur est rendu en audience publique.

Section 5-Les voies d’exécution des jugements :

La loi prévoit des procédures particulières permettant d'aboutir à l'exécution forcée.


Il s'agit des voies d'exécution qui sont destinées à obtenir l'exécution des jugements
et parfois des obligations mais sans qu'un acte juridictionnel préalable soit
nécessaire.
Le législateur distingue, par ailleurs, divers modes d'exécution :

1-L‘exécution directe et l’exécution par équivalent:


A-Exécution directe - L‘exécution est directe lorsque la prestation même constitue
l'objet de l'obligation qui doit être fournie à celui qui poursuit l’exécution.
Les tribunaux peuvent l'assurer dans certains cas, soit grâce à l'emploi de la force
publique (par exemple expulsion d'un locataire), soit par un moyen de contrainte:
les astreintes.
B- Exécution par équivalent ou d'une somme d'argent - le plus souvent, l'exécution
forcée porte sur une somme d'argent, soit que l'obligation ait pour objet une
somme d'argent, soit qu'il y ait transformation de l'obligation inexécutée en somme
d'argent par l'allocation de dommages-intérêts. (Art 448 du CPC)

2-L‘exécution sur la personne et l’exécution sur les biens:

A-L’exécution sur la personne : La contrainte par corps


La contrainte par corps est régie par le dahir du 20 février 1961 tel qu’il a été
modifié. Elle se réalise par l'incarcération du débiteur qui refuse de s'acquitter de
son obligation résultant d’un jugement ou arrêt le condamnant au paiement d’une
somme d’argent et ce après envoi d’un avertissement préalable par la partie
requérante demeuré infructueux dans un délai d’un mois.
L’objectif de la contrainte par corps est de forcer le débiteur à payer en le privant
temporairement de sa liberté. Elle est destinée principalement, à faire échec aux
manœuvres de débiteurs de mauvaise foi qui ont organisé leur insolvabilité. La
durée de l'emprisonnement est fixée par tranche variant entre un minimum de 6
jours et un maximum de 15 mois. Elle est réclamée par la partie poursuivante.
B-L’exécution sur les biens du débiteur : Les saisies
L'exécution forcée se réalise aussi par des saisies qui mettent sous mains de justice
les biens du débiteur et qui aboutissent, le plus souvent, directement ou
indirectement, à la vente des biens saisis, si le poursuivi n’exécute pas le jugement
dans les délais accordés.
Chapitre IV-Les voies de recours
Il y a des voies de recours ordinaires et extraordinaires.
Les voies de recours ordinaires sont toujours ouvertes aux plaideurs, un texte exprès
est nécessaire pour l’écarter. Il s’agit de l’appel et de l’opposition. Les voies de
recours extraordinaires ne sont ouvertes que dans des cas limitativement prévus par
la loi. Il s’agit du pourvoi en cassation, du recours en rétractation et de la tierce
opposition. Les premières voies de recours suspendent l’exécution et les deuxièmes
ne la suspendent pas.
Section 1- Les voies de recours ordinaires:
I- L’opposition :
Elle vise les jugements en dernier ressort et arrêts d'appel rendus par défaut, alors
que la convocation n'a pas été délivrée à personne.
L’opposition est une voie de réformation. Elle est ouverte à la partie défaillante
lorsque le jugement en première instance n’est pas susceptible d’appel ou contre les
arrêts de la cour d’appel pour demander à la juridiction qui a rendu la décision par
défaut de se rétracter de sa décision. Ce moyen remet donc en question devant le
même tribunal, ou le même juge les points jugés par défaut pour qu’il soit à
nouveau statué en droit et en fait. Les parties gardent le même statut dans le
procès, celui qui était défendeur défaillant reste défendeur et le demandeur aussi.
1.Le délai d’opposition:
Les jugements rendus par défaut par le tribunal de première instance peuvent,
lorsqu'ils ne sont pas susceptibles d'appel, être attaqués par voie d'opposition dans
le délai de dix jours à dater de la notification. (Article 130 du CPC).
Les arrêts rendus par défaut par la cour d’appel sont aussi susceptibles d’opposition
devant celle-ci, dans le même délai (article 352 du CPC). On entend par arrêt rendu
par défaut celui où l’intimé n’a pas répondu aux moyens invoqués par l’appelant.
L'acte de notification doit indiquer à la partie qu'après l'expiration dudit délai, elle
sera déchue du droit de former opposition. (Article 130 du CPC)
2. L’effet suspensif de l’appel:
L'opposition et le délai d’opposition suspendent l'exécution à moins qu'il n'en ait été
ordonné autrement par le jugement qui a statué par défaut. Dans ce cas, si la partie
condamnée en fait la demande, la chambre du conseil statue préalablement sur la
défense à exécution provisoire en se conformant aux dispositions de l’article 147.
(Article 132)
3. Les jugements et arrêts qui ne peuvent faire l’objet d’opposition:
Il y a des jugements par défaut qui ne peuvent être attaqués par voie d’opposition
comme :
Les ordonnances sur référés. (Article 153)
Les jugements émis contre la partie opposante qui se laisserait juger une seconde
fois par défaut. (Article 133)
Les arrêts de défaut rendus par la Cour de cassation contreles parties défaillantes.
(Article 378)
Les jugements en matière d’immatriculation.
II- L’appel
L'appel est de droit dans tous les cas qui ne sont pas formellement exceptés par la
loi. L’appel principal est le premier à être formé par l’appelant et l’appel incident est
celui qui est formé par l’intimé à l’appel principal contre le jugement déjà attaqué
par l’appel. L’appel incident est recevable en tout état de cause ;
1. Le délai d’appel:
L'appel des jugements des tribunaux de première instance doit être formé dans le
délai de trente jours. L'intimé peut par ailleurs interjeter incidemment appel en tout
état de cause.
Ce délai court à compter de la notification à personne ou à domicile réel ou élu ou
de la notification à l'audience lorsqu'elle est prévue par la loi. Le délai court à l'égard
de celui à la requête duquel le jugement a été notifié, du jour de cette notification.
Par contre, l’appel incident est recevable en tout état de cause, c’est à dire que le
délai de sa formation est ouvert à l’intimé tant que l’affaire n’est pas en état d’être
jugé.
L'appel des jugements rendus en matière des affaires de la famille doit être interjeté
dans un délai de quinze jours. (Article 134 du CPC) Les délais d'appel sont triplés en
faveur des parties qui n'ont ni domicile ni résidence dans le Royaume. Article 136 du
CPC
2.L’effet suspensif de l’appel:
Le délai d'appel et l'appel interjeté dans le délai légal sont suspensifs, à moins que
l'exécution provisoire n'ait été ordonnée dans les conditions prévues à l'article 147.

3. L’étendue de l’appel:
Les juges d’appel ne peuvent être saisis au maximum que du litige tel qu’il a été
soumis au premier juge. Ils ne peuvent donc être saisis de nouvelles prétentions,
c’est à dire formulées par les parties pour la première fois devant la cour d’appel.
Néanmoins, elles sont admises à produire de nouvelles preuves ou de nouveaux
documents et à invoquer de nouveaux moyens pour justifier en appel des
prétentions soumises à la juridiction inférieure.
Les parties en appel sont admises aussi à présenter de nouvelles demandes quand
celles ci tendent à se défendre à l’action principale ou vise une compensation et
enfin à demander les intérêts, loyers ou autres accessoires échus depuis le jugement
frappé d’appel ainsi que les Dommages et intérêts pour les préjudices subis depuis
cette décision.
4. L’effet dévolutif de l’appel:
Les juges d’appel confirment ou infirment le jugement de la juridiction inférieure. Ils
peuvent aussi confirmer en partie et infirmer en partie ce dernier. Quand la cour
infirme et annule le jugement rendu en première instance même partiellement, elle
doit évoquer l’affaire quand celle ci est en état d’être jugée, c’est à dire réformer le
jugement en tout ou en partie.
5. La différence entre l’appel et l’opposition:
La différence entre l'appel et l’opposition sont comme suit:
A-L’opposition est formée devant le tribunal qui a émis le jugement par défaut pour
revoir ledit jugement sur la base des moyens invoqués par le défendeur opposant et
il n’y a pas d’inconvénient à ce qu’il y soit statué par le même juge, alors que l’appel
est formé devant la juridiction supérieure à celle qui a émis le jugement objet
d’appel et le juge qui a émis le jugement ne peut pas statuer en appel selon l’art 4
du CPC.

B-L’opposition ne change pas le statut des parties; le demandeur reste demandeur


et le défendeur même s’il est opposant reste défendeur, sauf qu’il doit prouver ce
qu’il prétend, alors qu’en appel les parties peuvent échanger les statuts. En effet,
l’appel peut être interjeté par le demandeur mais aussi par le défendeur en
première instance qui deviendra appelant en appel et qui devra à son tour prouver
ses prétentions. Donc cela dépend du jugement rendu en première instance s’il est
en faveur du demandeur ou défendeur.

Section II- Les voies de recours extraordinaires:


I- Le pourvoi en cassation
Le pourvoi en cassation est une voie de recours extraordinaire permettant de saisir
la cour de cassation en vue de contester une décision rendue par une cour d'appel,
ou un tribunal ayant statué en dernier ressort. Cette voie de recours ne peut être
exercée que dans les cas limitativement cités par la loi.

1- Cas d’ouverture du pourvoi en cassation:


Les pourvois soumis à la Cour de cassation doivent être fondés sur l'une des causes
ci-après :
1 Violation de la loi interne ;
2 Violation d'une règle de procédure ayant causé préjudice à une partie ;
3° Incompétence ;
4° Excès de pouvoirs ;
5° Défaut de base légale ou défaut de motifs.
2. Conditions du pourvoi en cassation:
les pourvois en cassation peuvent être formés contre les décisions rendues en
dernier ressort par toutes les juridictions du Royaume à l’exception des demandes
dont la valeur est inférieure à vingt mille (20.000) dirhams et de celles relatives au
recouvrement des loyers et des charges qui en découlent ou à leur révision.
Ils peuvent être formés aussi à l'égard des arrêts de défaut, lorsque l'opposition
n'est plus recevable. Le délai ne court qu’à compter du jour où l’opposition n’est
plus recevable.
A- Délai du pourvoi en cassation:
Sauf dispositions particulières, le délai pour saisir la Cour de cassation est de trente
jours à compter du jour de la notification de la décision déférée, soit à personne,
soit à domicile réel.
Sous réserve du cas d’exercice du recours gracieux, les recours en annulation pour
excès de pouvoirs contre les décisions des autorités administratives doivent être
introduits dans le délai de soixante jours à compter de la publication ou de la
notification de la décision attaquée.
B- L’effet non suspensif du recours:
Les recours devant la Cour de cassation ne sont suspensifs que dans les cas
suivants :
1° En matière d’état civil;
2° Quand il y a eu faux incident ;
3° En matière d'immatriculation.
En outre, sur demande expresse de la partie requérante, la cour peut, à titre
exceptionnel, ordonner qu'il soit sursis à l'exécution, soit des arrêts et jugements
rendus en matière administrative, soit des décisions des autorités administratives
contre lesquelles a été introduit un recours en annulation.
II- Le recours en rétractation:
Les décisions judiciaires qui ne sont pas susceptibles d'être attaquées, soit par la
voie d'opposition, soit par la voie d'appel, peuvent faire l'objet d'une demande en
rétractation de la part de ceux qui ont été parties ou dûment appelés dans les cas
suivants:
1- S'il a été statué sur chose non demandée ou adjugé plus qu'il n'a été demandé ou
s'il a été omis de statuer sur un chef de demande ;
2-Si, dans le cours de l'instruction de l'affaire, il y a eu dol ;
3-S’il a été jugé sur des pièces reconnues ou déclarées fausses depuis la décision
rendue ; 4° Si, depuis la décision, il a été recouvré des pièces décisives et qui avaient
été retenues par la partie adverse ;
5- Si, dans une même décision, il y a des dispositions contraires
6- Si, par suite d'ignorance d'une décision antérieure ou d'une erreur de fait, il a été
rendu, par la même juridiction, entre les mêmes parties, sur les mêmes moyens,
deux décisions en dernier ressort qui sont contradictoires.
7- Si des administrations publiques ou des incapables n'ont pas été valablement
défendues.
La demande en rétractation est portée devant la juridiction qui a rendu la décision
attaquée ; il peut y être statué par les mêmes juges.
Elle n’a pas d’effet suspensif.
Un recours en rétractation peut être exercé contre les arrêts de la cour de cassation
dans les cas cités par la loi, comme ceux qui ont été rendus sur la base de
documents déclarés ou reconnus faux ;
III- La tierce opposition:
Si des personnes n'ont pas été parties à la procédure ou qu'elles n'y ont pas été
représentées, alors qu'elles avaient intérêt à y défendre leurs droits, elles peuvent
alors faire à nouveau juger les dispositions du jugement qui leur font grief en
introduisant une procédure dite « tierce-opposition ».
Toute personne peut former ainsi opposition à une décision judiciaire qui préjudicie
à ses droits et lors de laquelle ni elle, ni ceux qu’elle représente n’ont été appelés.
(art 303 du CPC)
La tierce opposition est formée suivant les règles établies pour les requêtes
introductives d'instance.
La tierce opposition est admissible contre les arrêts rendus par la Cour de cassation
sur les recours en annulation formés contre les décisions des autorités
administratives.

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