Types de phrases interrogatives
Types de phrases interrogatives
PHRASES INTERROGATIVES
Le produit d’une interrogation est une question. Et, en général du moins, une question appelle une
réponse.
La question a pour contenu une proposition par hypothèse incomplète, que complètera la réponse (qui
participe, elle, de la modalité assertive). Dans cette perspective davantage cognitive qu’actionnelle, on
peut également définir les questions (ou l’interrogation) comme interprétations de pensées désirables
autrement dit, comme interprétations, prospectives, des réponses attendues 1 .
1.1. Selon les propriétés formelles de la phrase on distingue questions directes (monologue ou
dialogue ; discours rapporté au style direct) et questions indirectes (discours rapporté au style
indirect).
Les questions directes sont pourvues de courbe mélodique et d’intonation spécifique, et se terminent, à
l’écrit, par un point d’interrogation, les questions indirectes, non.
La phrase complexe construite par subordination a une seule modalité d’énonciation – celle dont procède
sa phrase racine.
1 Ce fut le parti pris par les tenants de la pragmatique inférentielle (Théorie de la Pertinence), qui s’inscrivent en faux contre la
Théorie des actes de langage.
2 Ce type de constructions relèvent non pas du niveau phrastique (phrase complexe créée par juxtaposition de propositions
1
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Mais en termes de types de phrase, dans les exemples du type de [1f] à [1k], la phrase matrice (qui est
aussi, dans ces exemples-là, une phrase racine) sera analysée comme phrase déclarative, et la complétive
enchâssée, comme instanciant le type interrogatif.
1.2.1. Interrogation totale : elle porte sur l’ensemble du noyau – sur tout le contenu descriptif de la
phrase.
[2a] Paul arrivera-t-il demain soir ?
vs
L’interrogation totale est parfois nommée interrogation prédicative 3 . Dans quel sens faut-il prendre, ici,
le terme de prédicatif ? Des questions telles que [2a] ci-avant (voir aussi [1a] sous §1.1 supra, et [3a],
[3g-A1], [3h-A1], [3i] sous §1.3 infra) portent sur la relation de prédication (relation entre sujet et
prédicat) constitutive du noyau, non sur le seul prédicat. Par contre, une question du type de [2c] ci-
contre porte seulement sur le prédicat, en-deçà de son rapport au sujet :
[2c]
A1 : Que fait-il ?
B1 : Il dessine un éléphant.
C’est là une question sur le prédicat (verbe transitif et arguments internes de celui-ci 4 ). Mais non une
question sur le noyau prédicatif tout entier – donc, c’est une question après tout partielle, ainsi que le
suggère aussi la présence du mot interrogatif en tête de cette phrase (Que).
L’information nouvelle qu’apporte la réponse [2c-B1] est en effet limitée à « dessine un éléphant », le
sujet (dont, en l’absence de données contextuelles plus étoffées, on ignore tout, si ce n’est le fait que ce
soit un homme, ainsi que l’indiquent les traits formels de ce pronom [+humain, +masculin, +singulier])
étant en revanche déjà introduit dans la question (information partagée par le locuteur et l’interlocuteur).
1.3.1. Question fermée (alternatives épistémiques en nombre fini : classe fermée de réponses
possibles – oui ou respectivement non ; appelée aussi, de ce fait, question OUI/ NON)
[3a] Paul arrivera-t-il demain soir ? (Réponses : Oui, il arrivera/ Non, il n’arrivera pas)
vs
1.3.2. Question ouverte (alternatives épistémiques en nombre non défini : classe ouverte des réponses
possibles ; les questions à mot interrogatif, appelées aussi questions QU puisque la plupart des
mots interrogatifs français comportent cette séquence de lettres : qui, quoi, quand, quel…, sont
des questions ouvertes)
3
Vous rencontrerez sans doute ce terme dans le recueil d’exercices Du mot au texte de Mariana Tuţescu.
Avec l’esprit de finesse et le doigté pédagogique la caractérisant, cette grande dame de la linguistique française à Bucarest
introduira la distinction interrogation prédicative = totale/ interrogation non prédicative = partielle et en illustrera la seconde,
sans surcharge métalinguistique, par l’exemple-type le plus problématique : une question sur le prédicat, ne concernant pas le
sujet (Que fais-tu ?). Voir : Tuţescu 2001 : 116-117 (chap. II. 4. « La Phrase modalisée », §4.1.1., exercice 2).
4 Dans cet exemple, le verbe transitif a un seul argument interne, qui remplit la fonction syntaxique de complément direct. Mais
dans Il offrira le dessin à sa mère., le verbe offrir en a deux (complément direct et indirect respectivement).
2
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[3b] Quand Paul arrivera-t-il ? (Réponses : le mois prochain/ la semaine prochaine/ en fin de semaine/
demain/ ce soir/ vers trois heures/ / à midi/ dans un petit quart d’heure/…)
[3c] Quel roman as-tu lu dernièrement ? (Réponses : Guerre et paix/ Hiroshima, mon amour/ ...)
Quand et respectivement quel roman apparaissent, dans les questions [3b,c] en tête de phrase, à la
position de modalité interrogative (auprès du complémenteur).
Dans une question ouverte directe toujours, et dans une question indirecte (proposition enchâssée) du
même type le plus souvent, le syntagme QU est focalisé. Il porte l’accent focal (accent de phrase) et
reçoit l’interprétation de foyer d’information nouvelle (pour l’interlocuteur). Le reste de la phrase
interrogative ressortit aux informations présupposées (c’est-à-dire déjà acquises) : informations
partagées par le locuteur et l’interlocuteur, mais aussi, au plan de la sémantique grammaticale – ce que
la question et sa réponse (ses possibles réponses) ont en commun.
Le syntagme interrogatif focalisé « lie » une variable, dans le noyau de la phrase ; cette variable y
occupe une position d’argument (ou selon le cas de modificateur) et sa valeur sera fixée par la réponse,
au cas par cas ; elle est soulignée dans les exemples ci-après :
La relation entre position de la variable liée et position interrogative est analysée, en grammaire
générative, en termes transformationnels : le syntagme interrogatif est introduit dans la structure
syntaxique à une position de zone (i) – dans le noyau –, pour être ensuite déplacé à la position modale,
en périphérie gauche (zone (iii)). En [3c], quel roman a la fonction de complément d’objet direct, et aura
été introduit en syntaxe à la position d’argument interne du verbe transitif lire, dans le noyau, puis
déplacé auprès du complémenteur interrogatif5 .
Remarque sur la relation entre les deux dernières dimensions de classement des questions :
Oui et non sont en français des pro-phrases substituts du noyau d’une proposition subordonnée
enchâssée, ainsi que le prouve leur appétence pour la position occupée sinon par celui-ci :
[3g]
A1 : Paul arrivera-t-il demain soir ?
B1 : Je crois que oui (= Je crois qu’il arrivera demain soir)
[3h]
A1 : Paul arrivera-t-il demain soir ?
B1 : Je crois que non (= Je crois qu’il n’arrivera pas demain soir) 6
Le fait, pour une question, de viser oui ou non comme réponses possibles, revient à dire qu’elle a portée
« propositionnelle » (sur tout le noyau, et non seulement sur l’un ou l’autre de ses constituants, membres
de phrase essentiels ou optionnels).
Les questions fermées à réponses possibles oui/non sont donc également totales selon la portée :
[3i] Avez-vous compris ces deux classements syntaxiques des questions ? (Oui. / Non.)
Corrélativement, les questions ouvertes en termes des réponses possibles (alternatives épistémiques en
nombre in(dé)fini) sont partielles selon la portée : [3b-c] plus haut.
5
Nous ignorons ici la position de Cas Accusatif (Cas structural complémentaire du cas Nominatif).
6
Il en va de même en roumain (cred că da/ cred că vine ; cred că nu/ cred că nu vine).
3
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possibles, n’ont pas l’air de porter sur l’ensemble du noyau, ou telles [3k] qui explicite et [3l]
qui décrit ce que la question totale canonique ne fait qu’indiquer :
Dans la littérature, des questions du type de [3j-l] sont appelées questions alternatives : elles
forcent le choix de l’une ou l’autre des alternatives explicitées/ décrites ; on ne peut pas y répondre
par Oui ni par Non (ce ne devraient donc pas être des questions totales, selon la portée). Les réponses
licites à [3j] ne sont que [3j-i] ou – alternativement – [3j-ii] :
Des questions du type de [3k-l] sont appelées questions alternatives polaires : [3k] par son
exposant disjoint (oui ou non) et [3l] par le second conjoint de la coordination disjonctive ((ou) ne
l’aimez-vous pas ?) disent (marqueurs lexicaux descriptifs) ce que [3m] montre 7 (marqueurs
syntaxiques indicatifs) – à savoir, le fait que l’on attende une réponse affirmative ou bien négative :
Bien que très proches des questions totales par leurs réponses visées, au point que certains linguistes y
aient vu la source dérivationnelle de toute question totale, les questions alternatives polaires n’ont pas
les mêmes propriétés (en particulier discursives) que les questions totales correspondantes.
Celui qui dit plutôt [3k] ou [3l] que [3m] interdit, en pratique, à son interlocuteur l’option du silence (De
Cornulier 1982 : 71). Et, dans un cas comme [3n] vs [3o], l’enjeu pratique est plus nuancé : s’il veut
continuer de fumer dans la pièce, le fumeur a tout intérêt à poser plutôt la question totale [3o] que la
question alternative polaire [3n].
[3n] Est-ce que la fumée vous dérange, oui ou non ? [question assez agressive ; posée par quelqu’un qui ne
tolère pas la fumée de cigarette, et essaie de persuader les autres non-fumeurs parmi ses collègues à refuser
aux fumeurs l’entrée dans la salle des profs, elle serait adéquate ; dans la bouche d’un fumeur, elle serait
bien étrange]
[3o] Est-ce que la fumée vous dérange ? [si posée par un fumeur à un non-fumeur, c’est une question à
laquelle il n’est en pratique pas attendu de réponse, le silence valant accord pour que le fumeur continue de
fumer]
Il existe diverses constructions qualifiées de questions alternatives polaires (phrases complexes qui
diffèrent les unes des autres selon la manière plus ou moins explicite dont l’alternative y est exprimée –
par toute une proposition ou seulement par une coordination de syntagmes, rejetés en exposant 8 : ___,
oui ou non ?/ ou non ?/ ou pas ?/ ou quoi ?) et elles ne sont ni entièrement semblables entre elles, ni,
d’autant moins, identiques aux (vraies) questions totales :
[3k]
i. Aimez-vous la montagne, oui ou non ? (Oui, je l’aime/ Non, je ne l’aime pas/ Oui/ Non)
ii. Aimez-vous la montagne, ou non ? (Si 9, je l’aime [réponse contradictoire à ou non ?]/ Non, je ne
l’aime pas [réponse négative à Aimez-vous la montagne ? ou affirmative à : N’aimez-vous pas la
montagne ?]/ Si/ Non)
iii. Aimez-vous la montagne, ou pas ? (Si, je l’aime/ Non, je ne l’aime pas/ Si/ Non)
iv. Aimez-vous la montagne, ou quoi ? (Je l’aime, mais c’est que je suis un peu fatiguée/ Pourquoi cette
question ?/ Oui, bien sûr…/ J’ai attrapé un coup de soleil, je reste un peu à l’ombre) [question
alternative « oui-ou-quoi » : on attend une réponse assortie d’explications/ justifications]
a. Tu viens ou quoi ? (Réponse : J’arrive !) : « Viens ! »
7
Opposition dire/ montrer au sens de Ducrot et al. 1980 (Les Mots du discours, Paris : Minuit).
8
En fin de phrase.
9
Roum. Ba da.
4
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b. Il est sept heures ou quoi ? (Réponse : Il est huit heures passées) : « Quelle heure est-il ? »
c. T’es bête ou quoi ? (Réponse : Ah, ça…) [question impérative : « Arrête de faire ça ! » ou
insulte]
d. Je rêve ou quoi ? Range immédiatement ces affaires ! [pas de réponse attendue à la
question, qui fait figure de préambule à l’injonction]
Pour en savoir plus sur les questions alternatives « oui-ou-quoi » 10 et leurs contextes
d’usage, tout en vous amusant un peu, rendez-vous sur :
https://www.youtube.com/watch?v=1wVpoGyaI30 exploitation pédagogique possible
Questions totales/ partielles, fermées/ ouvertes/ alternatives… Ces classes – définies à la fois en fonction
des réponses attendues et selon leurs particularités formelles – restent affaire d’interprétation (au gré des
analyses linguistiques) et de degré (dans la pratique textuelle/ discursive) :
- analyse de l’interrogation totale comme cas particulier (réduction d’une) question alternative
polaire (nous avons vu, avec en particulier De Cornulier (1982, 1985), que cette hypothèse
battait sérieusement de l’aile…) ;
- questions totales à fonction/ interprétation de question partielle :
[4]
a. Penses-tu à quelqu’un de particulier ?
b. « À qui penses-tu ? »
(une réponse oui à ce type de question de forme oui/non sera ressentie comme insuffisante).
Nous les tiendrons cela dit pour acquises, en tant qu’hypothèses d’observation, à l’horizon de cette
introduction à l’étude syntaxique des modalités. Et rappellerons en outre l’existence de cumul de types
de phrases : interro-exclamatif ([4’a], interronégatif ([4’b], interrogation emphatique ([4’c] – interro-
emphatique dans Dubois et Dubois-Charlier 1970 : 209).
[4’]
a. Comment veux-tu que je le sache ?!
b. N’est-elle pas encore arrivée ?
c. Est-ce vraiment lui qui nous a trahis ?
2.2. Questions délibératives (concernent ce qui doit/ peut être fait, non ce qui est/ n’est pas/ peut être
le cas ; réponse visée : phrase impérative ou à modalisateur d’énoncé déontique (explicite ou élidé)
[3, 4 11 ; 5])
10
Cet exposant emprunté aux questions ouvertes laisse entendre à l’interlocuteur que le locuteur a besoin d’une information
plus spécifique que la confirmation ou l’infirmation de P interrogé, information qui « peut être à extraire d’un nombre grand
ou indéterminé de possibilités » (De Cornulier 1982 : 73). Ou quoi se laisse interpréter en termes d’alternatives ouvertes vs
fermées, alternatives concernant un élément de la situation plutôt que la situation dans son ensemble, à l’instar des questions
QU- en général, mais sa fonction est justement de rejeter, en pratique, la possibilité (sinon le bien-fondé) de toutes ces
alternatives (à peine ouvertes) autres que <P> (ou selon la vraisemblance situationnelle, que <non-P> : on a du mal à imaginer
un interlocuteur concédant qu’il soit bête, en [3k-iv (c)], par exemple). Noter que la traduction en roumain de tels énoncés doit
nuancer/ préciser au cas par cas, le roumain ne disposant pas d’un tour équivalent lexicalisé/ grammaticalisé (#sau ce?) : Vii
sau ce faci ?/ E ora şapte sau cât (e ceasul) ?/ Da’ ce, mă, eşti tâmpit? (“eşti tâmpit sau ce (naiba) e cu tine?”)/ Ce-i asta?! Fă
ordine aici imediat! (Pune-ti imediat lucrurile la locul lor!).
11 Exemples empruntés à Faure 2012 (exemple (3 a-b, a’-b’). L’auteur définit ce type de phrases comme des « phrases
interrogatives qui ne sont pas des actes de langage indirects et n’appellent pas non plus de réponse assertive », mais une
5
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Fonction (interprétation) : réflexion sur le bien-fondé d’une action/ demande de conseil ou d’avis,
pas demande d’information à proprement parler, bien que l’attitude épistémique dont témoigne le
locuteur soit toujours de l’ordre de l’ignorance
2.3. Question appel de confirmation [questions à réponse orientée : très souvent, forme
interronégative ; P, n’est-ce pas ? P, non ? Réponse attendue : Oui, si P affirmatif/ Non, si P négatif]
Malgré la forme interronégative de l’exposant (n’est-ce pas ?/ non ?), qui de fait porte tout le poids
de la modalisation interrogative, la phrase sur laquelle il porte (P) étant sinon une assertion, ???Si
n’est pas une réponse (pragmatiquement) acceptable (sauf violation des conditions de l’acte, et refus
de confirmer – réplique particulièrement agressive, le cas échéant).
[6] Elle dort, n’est-ce pas ? (réponse attendue : Oui, elle dort)
[7] Ils ne sont pas encore arrivés, non ? (réponse attendue : Non, pas encore)
2.4. Question rhétorique (équivalent fonctionnel d’une assertion, on n’attend pas de réponse ; principe
d’inversion des polarités : phrase interronégative = assertion affirmative/ phrase interrogative (de
forme affirmative) = assertion négative) :
[8] N’avez-vous pas reçu votre courrier ce matin ? (pour signifier que vous l’avez bien reçu)
[9] Avez-vous jamais entendu votre prof jurer pendant le CM ? (pour signifier que vous ne l’avez jamais entendu
jurer)
2.5. Question-écho (faire préciser ou répéter ce que l’on n’a pas bien entendu ou compris : syntagme
interrogatif QU- en fin de phrase, et intonation montante comme dans les questions OUI/NON)
[10]
A : Paul est parti pour WZBRT…
B : Il est parti où ? (intonation montante sur le syntagme interrogatif où)
[11] Pouvez-vous me passer le sel ? (réponse attendue : actionnelle – vous lui passerez le sel).
[12] Le voilà !,
Une réponse simplement informative serait parfaitement déplacée (mal à propos, pragmatiquement
inadéquate) et jugée non seulement non pertinente, mais aussi impertinente : *Oui.
Comparer :
« réplique » de l’interlocuteur qui sera un « acte directif » (art. cit., §1.2.). En ce qui concerne l’interprétation de ces énoncés,
il est précisé dans la même référence que, « d’un point de vue pragmatique, ces questions semblent véhiculer un acte de
délibération, c’est-à-dire l’expression d’une réflexion sur le bien-fondé d’une action » (id., p. 7). Richard Faure, « La
délibération et le subjonctif délibératif dans la prose grecque classique », Syntaktika [En ligne], 43 | 2012, p. 6-62, mis en ligne
le 15 novembre 2012, consulté le 02 octobre 2016. URL : http://syntaktika.revues.org/124
12 Ellipse de membres communs question/ réponse.
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2.7. Question-offre :
2.8. Question-reproche :
[17] Jusques à quand abuseras-tu de notre patience, Catilina? combien de temps encore serons-nous le jouet de ta
fureur? jusqu'où s'emportera ton audace effrénée?]
N.B. La notion de « question déclarative » est à entendre dans une logique de formants, pas dans une
logique d’indirection : ce sont les questions OUI/NON marquées par la seule intonation (ponctuation à
l’écrit), et, de ce fait, formellement les plus proches des phrases déclaratives correspondantes :
- Intonation ascendante suspensive ([1a] sans modification aucune dans l’ordre des
mots ; comparer à [1b], phrase déclarative, à intonation descendante) :
[1]
a. Il est toujours là, votre mari ?
b. Il est toujours là, votre mari.
b. A-t-il compris ?
c. Parle-t-elle toujours aussi fort ?
13 Gazdă.
14 Pour la mémoire : sont appelés clitiques les pronoms atones (= non accentués) qui présentent une contrainte d’adjacence au
verbe. Seuls peuvent intervenir entre un clitique et le verbe d’autres clitiques. Clitiques sujets : je, tu, il, elle, nous, vous, ils,
elles (pronoms personnels sujets), ce (démonstratif sujet) et on (indéfini sujet). Ainsi, entre je (clitique sujet) et ai (auxiliaire
de temps) peuvent licitement intervenir les clitiques objets (le lui) et ne (négation clitique) : Je ne le lui ai pas rendu.
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Prononcé souvent ouvert, d’où aussi la graphie à accent grave sous [2e], que la plupart
des correcteurs d’orthographe ne reconnaissent pas :
[3]
a. Paul est-il encore là ?
b. Le plombier est-il encore là ?
c. Celui-là était-il déjà parti ?
d. Quelqu’un a-t-il un mouchoir ? 17 Quelqu’un a-t-il une question à poser ?
Aussi bien dans le cas de l’inversion simple du sujet clitique que dans celui de
l’inversion dite complexe, ce n’est de fait pas le clitique (apparemment)
« inversé » qui change de position (il reste dans le noyau, à la position de Cas
Nominatif) : c’est le verbe fléchi qui change de place, et monte en périphérie
gauche, à une position modale (complémenteur C ou autre position
explicitement spécifiée pour l’interprétation interrogative).
15
Ce qui distingue la construction interrogative dite à « inversion complexe » de la construction emphatique à topicalisation
du sujet (phrase à dislocation) : Paul est-il encore là ? (phrase interrogative à inversion complexe) vs Paul, est-il encore là ?
(phrase interro-emphatique).
La construction emphatique peut concerner les interrogatives comme elle concerne les déclaratives correspondantes : Paul, il
est encore là. Ce qui ne va pas de l’inversion complexe, réservée, elle, à l’interrogation.
Si l’emphase sur le sujet n’est pas exclusive, dans le cas des interrogatives non plus, du pronom personnel tonique (comparer :
Lui, il est encore là./ Lui, est-il encore là ?), l’inversion dite complexe l’est : *Lui était-il déjà parti ?/ OKCelui-là était-il déjà
parti ?).
16 À l’instar de Qui a une question à poser, la question totale à sujet indéfini quelqu’un est susceptible d’une lecture à départ
défini (contre restriction explicite du paradigme d’alternatives épistémiques ouvert par l’indéfini : Quelqu’un d’entre vous a-t-
il une question à poser ?) ou contre restriction contextuelle de ce paradigme (Quelqu’un [« d’entre vous ici présents »] a-t-il
une question à poser ?). C’est même là l’interprétation la plus courante.
17 Exemple emprunté à Riegel, Pellat et Rioul 1994/2008 : 393. Commentaire de notre main.
18 Dans les exemples donné, ce prédicat est l’adverbe locatif là [3a,b], le verbe partir ([3c] et le verbe avoir [3d].
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Remarque. L’inversion du sujet non clitique, possible en roumain, est bloquée dans les
questions OUI/NON du français :
[4]
a. *Est Paul là ?
b. OK Paul est-il là ?
[6]
a. Je ne sais si le docteur viendra./ s’il viendra.
Les questions cachées (savoir si...) sont un argument de choix à l’analyse selon laquelle le
complémenteur peut exprimer (indiquer) à lui seul la valeur interrogative de la subordonnée
(marqueur indicatif vs descriptif) :
Savoir à la forme négative peut introduire une vraie question indirecte (ne pas savoir si), à l’instar
d’ignorer. Dire à l’impératif aussi (dis-moi si).
Nous noterons, avec Paul Egré (2003 20 ) que tout verbe d’attitude propositionnelle ou de parole
n’accepte pas de complétive enchâssée interrogative :
Certains auteurs ont relié la factivité 21 de savoir à son aptitude à prendre une question pour
complétive enchâssée – mais tout verbe factif ne présente pas cette même aptitude :
iii. *Je regrette s’il est malade
iv. Je sais s’il est malade
D’autre part, des verbes réputés non factifs (tel dire) en prennent sans problème apparent :
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[7]
a. Que disait-il ?
b. Qui cherchez-vous ?
c. Qui est-ce ? 22
ii. Inversion (simple) du sujet non clitique (pronominal ou nominal) 23 – sans trait
d’union : le sujet inversé doit à première vue être le dernier terme de la phrase – même
si ce n’est pas un syntagme nominal lourd (ni très long ni particulièrement complexe).
Ce n’est donc pas un cas de HNPS (heavy nominal phrase shift : postposition de SN
lourd). Comparer à cet égard [8a, b] à [8c, d] :
[8]
a. Quand est parti Jean ?
b. Que lisait ton père ?
c. Que voulait faire le père de la fille que tu veux épouser ?
d. Viendra le temps où la vache aura besoin de sa queue (proverbe) 24
22 Inversion de je courante pour les verbes de la liste déjà mentionnée (ai-je, suis-je, sais-je, fais-je, dis-je, dois-je, puis-je,
vais-je, veux-je, vois-je : Pourquoi ai-je fermé ce tiroir à clé ?) ; rarissime (tour très marqué, en particulier à l’oral), avec les
verbes en -e → -é ( ?Pourquoi hésité-je ? /OKPourquoi est-ce que j’hésite ?).
23Souvent appelée, dans la littérature : inversion stylistique. Les opérations stylistiques étant par hypothèse supposées être
optionnelles, seuls les cas où cette inversion est optionnelle devraient être nommés ainsi.
24
Cité dans RiegeL Pellat & Rioul 2004 (1994) : 139, en illustration de la postposition de sujet lourd et de « mouvement
scénique » en même temps : le verbe venir « signalerait » ici « l’existence » du moment en question. Certains linguistes
suggèrent que de telles phrases sont de fait ouvertes par un cadre scénique (spatial ou temporel selon le cas) non épelé ;
comparer cet exemple à : Alors vint le moment de partir. Voir, entre autres, Lahousse 2014.
Lahousse, Karen (2014) – « L’inversion nominale dans les phrases simples : syntaxe et structure de l’information »,
Congrès Mondial de Linguistique Française – CMLF 2014, SHS Web of Conferences, Article en libre
accès sur: http://www.shs-conferences.org or http://dx.doi.org/10.1051/shsconf/20140801390
25 Un argument ou un prédicatif est dit lexical s’il est à la fois épelé et doué de sens lexical. La première condition exclut (ici)
les objets et attributs qui sont eux-mêmes interrogés (ceux-ci laisseraient à leur place dans le noyau une variable abstraite – non
prononcée – et signifiant plus ou moins la même chose que les pronoms indéfinis épelés quelqu’un, quelque chose etc.). La
seconde condition exclut les pronoms clitiques, qui ne consistent qu’en un faisceau de traits syntaxiques (personne, nombre,
genre, Cas…).
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Même intolérance des questions à sujet non clitique inversé face au complément locatif
d’un verbe inaccusatif. Là non plus, un sujet final ne change pas la donne :
Dans les deux cas de figure (objet/ attribut ou complément locatif d’un verbe
inaccusatif), leur réalisation par un clitique rend la phrase à sujet non clitique inversé
parfaitement grammaticale :
S’il n’y avait pas d’autres fait distributionnels pertinents, nous pourrions adopter pour
l’essentiel une analyse du type de celle que proposent Cecilia Poletto et Jean-Yves
Pollock (2004) 26, et dire que la question à sujet non clitique inversé ne doive comporter,
outre le syntagme interrogé (un Focus 27 informatif) et le sujet inversé (un Topique non
détaché et non contrastif 28 ), que des constituants compatibles avec l’interprétation en
tant que Présupposé 29 , du « bloc » qui les contient (ce qui reste du noyau descriptif de
la phrase, une fois extraits le sujet et le syntagme interrogé). Rappelons que nous avons
adopté ici une perspective plus intuitive sur (toutes) les (trois) catégories linguistiques
de Topique/ Focus/ Présupposé en termes de Gestalt, comme Cadre/ Figure/(Arrière-
)Fond.
Les pronoms clitiques non sujets (8k à m) et les objets directs d’idiomes (8n, o) sont en
effet des éléments compatibles avec une interprétation d’arrière-fond du message, mais
les arguments ou les prédicatifs lexicaux (non clitiques) du type des éléments soulignés
dans (8 e-j), non. Car les derniers peuvent jouer, au gré d’occurrences des mêmes
noyaux dans des phrases grammaticales, un rôle de Topique (Jean y est déjà parti, pour
Londres – emphase du complément locatif : un Topique détaché à droite avec
interprétation de Topique de contraste) ou de foyers d’information nouvelle (Jean est
parti pour Londres, en réponse à Où est parti Jean ?).
L’inappétence de l’inversion du sujet non clitique pour la négation se laisse elle aussi
expliquer dans ces termes : la négation étant par défaut un élément rhématique, elle ne
saurait relever de l’arrière-fond du message dans la question (et être incluse à un
constituant plus étendu marqué pour l’interprétation de Présupposé, comme devrait
l’être le « bloc » ne dort plus de l’exemple suivant). Aucun problème pour dort (à la
forme affirmative) :
26 Poletto, Cecilia & Pollock, Jean-Yves. 2003. “On the Left Periphery of some Romance Wh-questions”. In: Luigi Rizzi (ed),
The Structure of CP and IP. The Carthography of Syntactic Structures, Volume 2. Oxford – New York etc.: Oxford University
Press, 251-296.
27 Pour la mémoire : information non partagée, la plus saillante – la Figure représentée sur la toile (selon l’analogie que nous
cadre intérieur du tableau, celui qui indique les limites de la toile/ de la scène représentée.
29 Pour la mémoire : information partagée la moins saillante, non cadrative – le Fond de la toile.
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p.
i. *Depuis quand ne dort plus votre ami ?
ii. OK Depuis quand dort votre ami ?
Veuillez noter à cet égard que seule la question à sujet inversé précédant le syntagme
prépositionnel ou adverbial est acceptable ([8q,s]), la question à sujet inversé en finale
absolue ne l’étant pas ([8r,t]), contrairement à ce que nous avions suggéré en première
approximation : pour être typiquement le dernier membre de phrase de la chaîne linéaire
dans les questions partielles instanciant cette construction, le sujet non clitique inversé
ne l’est donc pas systématiquement.
Maintenant, tout argument prépositionnel/ adverbial n’est pas toléré après un sujet non
clitique inversé, avec un verbe transitif (direct/ indirect/ ditransitif30 ) :
Hanne Korzen (1983 31 ) explique ces distributions par le rapport entre relation du
syntagme interrogé, au verbe et relation au verbe, du syntagme faisant suite au sujet
inversé : si le syntagme interrogé est plus « proche » du verbe dans (ce que nous avions
appelé) le noyau lexical de la phrase, que le syntagme faisant suite (en surface) au sujet
inversé, alors la phrase est bonne, sinon, elle ne l’est pas. Cette explication (assez
compliquée, je vous l’accorde, de prime abord du moins) est connue, dans la littérature,
comme généralisation de Korzen.
Par contre, un objet indirect interrogé est plus proche du verbe que l’adverbial de
temps – ce qui expliquerait la grammaticalité de [8w] :
30 Nous savons déjà que les verbes inaccusatifs sont à la fois exclusifs de compléments locatifs précédant que de compléments
locatifs succédant au sujet non clitique inversé (exemples [8i,j]).
31 Korzen, Hanne (1983). « Réflexions sur l'inversion dans les propositions interrogatives en français ». Revue Romane, 24, p.
50-85.
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Une généralisation descriptive de ce type ne propose de fait pas de vraie explication (ne
fournit pas de « règle générative »), ne faisant qu’enregistrer une régularité manifeste.
Elle peut néanmoins être un instrument précieux dans l’apprentissage (et
l’enseignement) du FLE.
Pour d’autres cas de figure problématiques voir infra §5.2.1.1.3 (section sur l’inversion
complexe obligée).
COD> COInd> Ajout
[proximité par rapport au verbe lexical plein : noyau lexical de la phrase]
Quel livreINTERR PaulTOP a COMP-t-ilNOMINATIF a TEMPS lu PARTICIPE PASSÉ ilARGUM : AGENT (…) LI(RE) quel livre hier ?
(même référence)
Inversion (simple) du sujet clitique/ inversion (simple) du sujet non clitique : distributions distinctes
(→structures syntaxiques bien différentes !)
{Pas d’inversion : variante préférée/ inversion complexe : variante permise} : mot qu- ⊂ sujet
(combien de…, quel…, lequel de(s)…).
[17]
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[20]
a. Quelles gens êtes-vous ? 34
b. Quelles gens sont les Dupont ?
Sujet= SN [+humain] Attributs du sujet en Qui est cette femme ? Quelle est cette femme ?
variation libre :
Qui / Quel
Sujet= pronom personnel Attribut du sujet à choix Qui suis-je ? *Quel suis-je ?
[+personne, ±locuteur] contraint : Qui sommes-nous ? *Quels sommes-nous ?
Qui/ *Quel(le,s) : Qui es-tu ? *Quel es-tu ?
Qui êtes-vous ? *Quels êtes-vous ?
Sujet= SN [-humain] Attribut du sujet à choix *Qui est cette voiture ? Quelle est cette voiture ?
contraint :
*Qui/ Quel
32 Hanse, Joseph (1991) – Nouveau dictionnaire des difficultés du français moderne, Paris-Louvain-la-Neuve : Duculot,
deuxième édition mise à jour et enrichie.
33 Il s’agit de phrases copulatives d’identification (équatives) – les deux groupes nominaux, en position préverbale (Cas
Nominatif) et postverbale étant, au même titre, doués de référence définie (voir Hors cours sur les phrases copulatives).
Ce que les grammaires scolaires appellent (toujours) attribut du sujet ne rend donc pas justice à ce nom ; de fait, rien n’est
attribué au sujet, dans des phrases du type de (Je suis votre père – possible réponse à [19a]). Le sujet de ces phrases est identifié
à une autre entité (personne ou chose selon le cas). Les linguistes parleront plus volontiers de complément de la copule
(assimilée alors à l’opérateur logique d’égalité). Alternativement, si l’on veut s’en tenir à une analyse unitaire des phrases
copulatives (copule + petite proposition, et montée du sujet logique de la petite proposition, à la position de Cas Nominatif à
gauche de la copule), et que donc on continue à envisager la copule comme sémantiquement vide, on pourra analyser le
complément équatif et le sujet comme arguments d’un opérateur d’égalité abstrait, sans corps phonétique. Pour ne pas entrer
dans ce genre d’explications, nous avons préféré utiliser l’étiquette qui vous est familière, d’attribut du sujet.
34 Vraie construction attributive.
35 Avec, en sus de la lecture littérale compositionnelle (réponse attendue (par exemple): prof d’anglais), une lecture idiomatique
(disant à peu près la même chose que : Comment va-t-elle ?). Traduction en roumain : Ce mai face ?.
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- Que COD :
[22]
a. Que disent-ils ?
b. Que veulent ces gens ?
c. Que vont dire ces gens ?
Que est un clitique interrogatif. Comparer me/moi, que/ quoi. Bien que par hypothèse mis en focus
dans la question (où il finira par porter l’accent de phrase), l’interrogatif que a toutes les autres
propriétés distributionnelles d’un pronom clitique :
o Que ne peut pas être complément d’une préposition (*à que/ OK à quoi),
o ne peut pas être laissé in situ (*Tu veux que ? OK Tu veux quoi ?),
o ni clivé (*C’est que qu’il dit ? OK C’est quoi qu’il dit ? – comparer à : *C’est leur que
je parle/ OK C’est à eux que je parle) ;
o et (le plus important, après tout) il ne peut être séparé du verbe fléchi, si ce n’est par un
autre clitique (Que leur dit-il ?) ; *Que donc dit-il ?
o on peut demander simplement : Quoi ?, mais non pas : *Que ?
Que interrogatif est donc décidément de ces « mots qui n’ont pas d’accent propre et qui
s’appuient sur un autre mot pour former un groupe accentuel » (Choi-Jonin & Lagae 2016 : §
(i)) 36 – en l’occurrence, il s’appuie sur le verbe (porteur de l’information de temps).
- L’impossibilité d’avoir inversion complexe avec Que ? vient de son statut d’interrogatif
dépourvu d’accent propre. L’accent interrogatif est conjoncturel, contextuellement acquis, et il
est dépendant du support accentuel verbal :
[23]
a. *Que PaulNON-CLITIQUE dit-il ?
b. *Que donc dit-il ?
c. Que leurCLITIQUE dit-il ?
d. À quoi donc m’eût servi le crime ?
De fait, ce sont les distributions exclusives ou bien d’absence d’inversion, ou bien d’inversion du
sujet non clitique.
- Négation & mot qu- ⊂ sujet (→négation excluant l’absence d’inversion) : Combien de…
ne pas, Quel… ne pas :
[24]
a. Combien d’entre vous ne l’ont-ils pas fait ?
b. Quels étudiants n’ont-ils pas compris l’explication ?
36 Choi-Jonin, Injoo & Lagae, Véronique. 2016. « Les pronoms personnels clitiques », in Encyclopédie grammaticale du
français, en ligne : encyclogram.fr
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[25]
a. Depuis quand votre ami ne dort-il plus ?
b. *Depuis quand ne dort plus votre ami ? 37
Comparer à :
[26]
a. Depuis quand votre ami dort-il ?
b. OKDepuis quand dort votre ami ?
[27]
a. *Pourquoi rient les enfants ?
b. OKPourquoi les enfants rient-ils ?
c. *En quel sens parlent les fleurs ?
d. En quel sens les fleurs parlent-elles ?
- Sujet non clitique inversé suivi d’autres membres de phrase (arguments ou prédicatif) à statut
d’information posée (thématique – [28a,c], ou bien rhématique – [29a] sinon les deux [30a,c]) :
[28]
a. *Où a trouvé Pierre ce livre ?
b. OKOù Pierre a-t-il trouvé ce livre ?
c. *À qui a donné Pierre ce livre ?
d. OKÀ qui Pierre a-t-il donné ce livre ?
Rappelons qu’avec un clitique accusatif (information présupposée), on peut fort bien avoir
l’inversion simple du sujet non clitique :
[29]
a. *Comment serait votre frère [sujet] si ingrat [attribut du sujet]?
b. OK Comment votre frère serait-il si ingrat ?
[30]
a. *Quand laissera celui-là [sujet inversé] les enfants [objet] tranquilles [attribut de l’objet]?
b. OKQuand celui-là laissera-t-il les enfants tranquilles ?
c. *Quand nous [objet clitique] laissera celui-là [sujet inversé] tranquilles [attribut de l’objet]
d. OKQuand celui-là nous laissera-t-il tranquilles ?
- Pour lever l’ambiguïté des phrases à deux arguments nominaux directs (= sans préposition)
[+humain] :
[31]
a. ???Quel ami [sujet ? COD ?] soupçonne votre fils [sujet ? COD ?]?
b. OK Quel ami votre fils ( sujet) soupçonne-t-il ?
[32]
a. Que faire ? 38
b. Où aller ?
c. Comment retirer le poignard ?
37
Exemple [8p] supra (dans la section sur l’inversion du sujet non clitique).
38
Cette question porte sur le procès même. Réponses : toujours des phrases infinitives (fuir, lutter, …).
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3.2.1.2. Tours familiers : préserver l’ordre des mots de la phrase déclarative, éviter l’inversion
(du clitique sujet notamment)
- Terme interrogatif en tête de phrase, renforcé par c’est qui/ que (éviter l’inversion de est-ce
(que/ qui)) :
[34]
Quand c’est que tu pars ?
Qui c’est que tu attends ?
Qui c’est qui a cassé le vase ?
!!!*Que c’est que …
[36]
C’est quand que tu pars ?
C’est qui que tu attends ?
C’est où que tu vas ?
??C’est quoi, que tu veux ? [comparer à : quoi que (tu veuilles), quoique(tu veuilles bien y aller)…]
??C’est qui qui arrive ?
Pas d’inversion :
- Sujet pronom clitique (personnel, ce, on) :
[37]
Je ne sais où il est.
J’ignore pour quand c’est.
[38] Je me demande ce que mon frère a dit/ ce qu’a dit mon frère.
[39]
39
Interprétées comme vraies questions-appels d’information, ou comme des question-écho (demande de précision : on n’aura
pas bien entendu/ compris).
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a. J’ignore où est cet employé (comparer : b. J’ignore où se trouve cet employé/ c. J’ignore où cet employé se
trouve actuellement).
[40]
Je ne sais quel est votre avantage.
Je me demande qui est cet individu.
- Négation :
[43]
a. *Dites-moi depuis quand ne dort plus votre ami.
b. Dites-moi depuis quand votre ami ne dort plus.
[44]
a. Je sais qui est venu.
b. Je sais où va Paul.
c.*Je crois qui est venu
d. Jean nous dira qui est venu.
[18]
a. Qui crois-tu que Marie aime ?
b. Quel livre crois-tu qu’elle ait lu, à ce sujet ?
Quel livre, Lequel de ces livres sont à la fois (techniquement parlant : d’abord) arguments du
verbe (lire) dans les noyaux des propositions enchâssées, (ensuite) foyers d’information
nouvelle dans ces subordonnées (position de périphérie gauche alors, auprès du complémenteur
– que, dans [18 a,b] et si en [19]), et (finalement) syntagmes interrogés dans les phrases matrices.
[18b] Quel livreINTERR crois-tu (quel livreFOC) qu’elle ait lu (quel livreARGUM), à ce sujet ?
Les interrogatives enchâssées dans [19] et [20] sont des questions OUI/NON qui ne focalisent
pas sur l’alternative épistémique fermée, mais sur un autre membre de phrase, ressemblant en
cela à [21-22], et leurs phrases matrices sont, elles, des questions QU-.
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La phrase matrice de [19] par exemple, est une question QU- directe, correspondant (toutes
choses égales par ailleurs) à la question indirecte [21] :
[21] Il demande si elle a lu CE LIVRE-CI (et non CE LIVRE-LÀ).
[22] Il demande si elle a lu quel LIVRE (et non quel ARTICLE), de Chomsky.
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Exploiter les constructions dans des tableaux d’exemples commentés (on peut exploiter comme
« explication » pédagogique les généralisations descriptives) et des exercices, garder le silence
métalinguistique sur les théories sous-jacentes.
20