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Temporalité dans le champ clinique : phénoménologie du

Self
Marcos José Müllergranzotto, Rosane Lorena Müllergranzotto, Sène Demba
Dans Cahiers de Gestalt-thérapie 2009/2 (n° 24), pages 39 à 82
Éditions Collège européen de Gestalt-thérapie
ISSN 1277-6874
ISBN 9782913706436
DOI 10.3917/cges.024.0039
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Temporalité dans le
champ clinique :
phénoménologie
du Self

1 – Une nouvelle manière de comprendre


l’expérience clinique1

Dans la préface de l’ouvrage Gestalt-thérapie (1951), les


auteurs (Perls, Hefferline et Goodman, dorénavant dénom-
més par le sigle PHG) font connaître l’objectif de cette entre-
prise écrite à la frontière entre la pratique clinique et la
réflexion théorique ; et par rapport à laquelle la théorie du
self correspond au dénouement : « (...) formuler la base d’une
psychothérapie consistante et pratique (...), au moyen de l’as-
similation de tout ce que nous offrent de valable les sciences
psychologiques de notre temps » (PHG, 1951, p.viii). Mais s’il
en est ainsi : « pourquoi, (...) comme le titre le suggère, nous
donnons la préférence au terme «Gestalt » quand nous Marcos José
prenons en considération également la psychanalyse freu- MÜLLER-
dienne et parafreudienne, la théorie reichienne de la cuirasse, GRANZOTTO
la sémantique et la philosophie ? » (PHG, 1951, p. viii) Et c’est Rosane Lorena
dans la réponse à cette question que, pour la première fois,
MÜLLER-
dans le texte de la Gestalt-thérapie, apparaît le signifiant
« phénoménologie » pour désigner la discipline qui rendra GRANZOTTO
compréhensible la relecture que PHG ont faite de la pratique
analytique en tant que nouvelle « totalité » dénommée
Gestalt. Or, dans quel sens les Gestalten sont-elles des totali- Traduit du
tés ? Dans quelle mesure s’appliquent-elles à l’expérience brésilien/portugais
clinique ? Pourquoi une telle application caractériserait-elle par Sène DEMBA
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une phénoménologie ? Quelle relation y aurait-il entre cette
phénoménologie et la théorie du self ?
Le fait que le premier emploi technique de la notion de
Gestalt ait eu lieu au sein des discussions philosophiques de la
fin du XIXe siècle et dont la finalité était de déterminer quel-
les relations il pouvait y avoir entre le « tout » et ses
« parties », n’est pas une nouveauté. Mais ce fut dans la tradi-
tion phénoménologique que la notion de Gestalt a
commencé à désigner une totalité spécifique qui, à la diffé-
rence des totalités non-phénoménologiques (qui dépendent
d’un agent extérieur qui les formule ou les constitue), carac-
térise des « corrélations spontanées » entre les parties actuel-
les et inactuelles co-présentes dans un même vécu. Et, peut-
être, le meilleur exemple fourni par les phénoménologues
pour désigner ce type de totalité est-il le vécu du temps.
Considéré comme la matrice pour penser tous les autres
vécus, le vécu du temps est une « corrélation spontanée »
entre notre matérialité actuelle et l’inactualité du passé et du
futur. Bien que nous le puissions, nous n’avons pas besoin de
nous représenter (par le jugement) le passé et le futur qu’un
vécu présent mobilise. Dans certaines occasions – comme cela
est décrit dans l’expérience anthologique de la «madeleine
trempée dans le thé » dont l’arôme exhalé fait revivre au
personnage de Charles Swann (Proust, 1913, p. 48-51) son
enfance dans le Combray factice sans qu’il ait besoin de l’évo-
quer – nous n’avons pas besoin de réunir par un acte intellec-
tuel une série de profils retenus, car ceux-ci se présentent sous
la forme d’une unité naturelle et primordiale. Tout se passe
comme si le propre passé revenait comme une émotion vive.
Dans d’autres cas, c’est le futur lui-même qui nous déloge de
nos occupations présentes, de sorte que sans nécessité de déli-
bération spécifique, nous expérimentons certaines situations
comme une unité historique jamais entièrement réalisée.
Cette expérience est une Gestalt.
Si nous voulons être précis sur l’origine de cette compré-
hension phénoménologique des Gestalten, nous serons
conduits à l’œuvre de Franz Brentano (1874). C’est en elle
que, pour la première fois, est mentionné le signifiant Gestalt
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pour désigner la formation spontanée de cette corrélation
que nous appelons vécu du temps. Mais ce fut Edmund
Husserl (1900-1) qui s’est chargé de penser la dynamique
spécifique des Gestalten, dynamique qu’il a appelé « inten-
tionnalité opérative » et qui se distingue de l’ « intentionna-
lité de l’acte » (relative à notre capacité mentale de représen-
ter (,) sous la forme d’un objet de connaissance, l’unité de
notre vécu opératif). Selon l’historien de la phénoménologie
Herbert Spiegelberg (1960), la notion d’intentionnalité opéra-
tive a fait fortune sous la plume des élèves de Husserl à
Göttingen (jusqu’en 1907) et à Francfort (jusqu’en 1924),
ayant reçu d’eux les formulations les plus diverses. Certaines
d’entre elles ont servi de base à la consolidation de la Gestalt-
theorie, qui est parvenue jusqu’au neurophysiologiste Kurt
Goldstein (1967) par les mains d’Adhémar Gelb et d’autres
assistants de Wolfgang Köhler et Max Wertheimer, parmi
lesquels Lore Polsner, future épouse de Fritz Perls. Dans les
termes d’une théorie sur l’autorégulation de l’organisme dans
l’environnement, Goldstein (1933) a incorporé l’idée d’une
intentionnalité non mentale, laquelle fut comprise sur le
modèle des plus simples formes d’organisation de la nature,
ce qui l’a amené à parler d’une « intentionnalité organismi-
que ». Fritz Perls (1969, p. 77) malgré le peu de crédit qu’il
accordait à Goldstein quand il l’assistait à l’Hôpital Général
des Soldats Lésionnés à Francfort, fut convaincu quelques
années plus tard par sa femme, désormais appelée Laura
Perls, des avantages de l’utilisation de la notion d’ « inten-
tionnalité organismique » pour désigner l’inconscient des
pulsions (qui, de cette manière, se distinguait de l’inconscient
du refoulement et de la forme causale tels que Freud les a
conçus). Et pour ne pas confondre l’« intentionnalité organis-
mique » et l’« intention mentale », ce qui nous conduirait à un
psychologisme, Fritz Perls (1942, p. 69) a mis en relief le carac-
tère spontané de cette notion en la désignant avec une
expression issue de sa familiarité avec la langue anglaise en
Afrique du Sud : awareness. Raison pour laquelle, dans la
préface à l’ouvrage Gestalt-thérapie (1951, p. viii), Fritz Perls,
Laura Perls, Ralph Hefferline et autres collaborateurs – main-
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tenant associés à la rigueur philosophique et à l’irrévérence
que Paul Goodman a rapportées de ses études de doctorat en
Allemagne et de son intense activité littéraire aux États-Unis
– vont répondre à la question « pourquoi donnons-nous la
préférence au terme Gestalt? » Mentionnée comme la tâche
que nous devons accomplir : élaborer une « phénoménologie
de l’awareness ». Selon nous : décrire la psychothérapie
comme une Gestalt, c’est établir la phénoménologie des
processus intentionnels opératifs inhérents à la pratique clini-
que, c’est comprendre les processus d’awareness qui consti-
tuent la pratique clinique. Ou, selon les propres auteurs
(1951, p. viii) :

« il se trouve que dans ce processus nous avons dû faire pas-


ser l’angle d’approche de la psychiatrie du fétiche de l’inconnu,
de l’adoration de l’ « inconscient » [du refoulement, selon l’in-
terprétation que nous donnons pour les guillemets utilisés par
les auteurs pour le terme « inconscient »] aux problèmes et à
la phénoménologie de l’awareness : quels facteurs opèrent-ils
dans l’awareness et comment des facultés qui peuvent opérer
avec succès seulement dans l’état d’awareness perdent-elles
cette propriété ? »

Or, si la phénoménologie de l’awareness est l’explication


de la psychothérapie en tant que Gestalt, en tant qu’un tout
spontané de corrélation entre le clinicien et son consultant, la
théorie du self n’est pas la présentation systématique de la
phénoménologie de l’awareness.
Ou, ce qui est la même chose, la théorie du self est la
présentation temporelle (comme nous le verrons plus loin)
des fonctions et des dynamiques spécifiques de ce tout spon-
tané de corrélation qui se configure dans le champ clinique,
comme une sorte d’union ambiguë entre le clinicien et son
consultant. Comment – dans le champ clinique – ces corréla-
tions se forment-elles ? Pourquoi fonctionnent-elles et parfois
non ? Comment en elles pouvons-nous occuper un lieu, de
clinicien ou de consultant ? La théorie du self peut-elle servir
de base pour répondre à ces questions ?

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2 – Une phénoménologie particulière

Ainsi conçue, la théorie du self caractérise une phénomé-


nologie très particulière. Finalement, elle a pour tâche de
décrire les Gestalten au niveau de l’expérience empirique.
Mais elle diverge de la phénoménologie prônée par Edmund
Husserl, dont l’ouvrage de Paul Goodman affirme s’être
inspiré, selon l’extrait de la lettre qu’il a envoyé à Wolfgang
Köhler pour s’expliquer sur ses intentions programmatiques
de Gestalt-therapy: « quant à la forme d’exprimer ces idées, je
m’associe modérément aux Ideen de Husserl ou, pour la
raison opposée, aux idées de Dewey » (Goodman cité par
Stoehr, 1994, p. 103 – c’est nous qui traduisons)2.
Pour Husserl, la pleine compréhension d’une Gestalt
dépend d’un travail de réduction, d’un travail de passage du
niveau empirique – pratiqué dans le langage quotidien et
scientifique – à un niveau strictement conceptuel, chargé de
penser des situations singulières, telles que celles qui caracté-
risent, par exemple, un vécu clinique. Ainsi, Husserl admettait
que les éclaircissements fournis par une recherche concep-
tuelle ne feraient pas plus qu’exprimer, de manière indubita-
ble, une compréhension déjà présente dans notre insertion
ingénue dans le monde des choses et de nos semblables,
quelle que soit cette compréhension : que dans toutes nos
expériences nous retrouvons ce pouvoir spontané de corréla-
tion entre ce qui est donné et ce qui est inactuel : Gestalten.
De toute manière, pour Husserl, cette compréhension
mondaine des Gestalten n’aurait pas de force pour s’imposer
comme une vérité. Les Gestalten dans le monde de la vie
seraient seulement des intuitions ambiguës, jamais des unités
clairvoyantes, véritables objets de connaissance. Ce à quoi
Goodman (1951) – inspiré de la pragmatique de l’américain
John Dewey (1922) – répond en disant que, s’agissant de l’ex-
périence clinique à propos de laquelle l’ambiguïté de la rela-
tion du clinicien et du consultant est plus importante que
n’importe quelle vérité, les intuitions sont plus révélatrices
que les pensées et les connaissances. Pour cela, pour percevoir
l’un l’autre (ce qui ne signifie en aucune manière coïncider),
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clinicien et consultant n’ont pas besoin de pratiquer la réduc-
tion au champ de l’idéalité. La phénoménologie de l’expé-
rience clinique se produit au niveau de la propre expérience.
Elle est d’avantage une éthique qu’une science. Et les Gestal-
ten, dans la clinique, sont d’abord des manifestations d’étran-
geté plutôt que des objets de connaissance.

Et c’est peut-être cette primauté accordée à l’expérience,


la principale caractéristique phénoménologique de la théorie
du self. En fin de compte, indépendamment du fait que les
Gestalten ne sont pas traitées sur un plan strictement concep-
tuel – comme le voulait Husserl- elles continuent à désigner,
comme requis par un traitement phénoménologique, des
corrélations spontanées qui impliquent, dans la théorie du
self, le clinicien et le consultant. Comme pour les phénoméno-
logues qui ne considèrent pas les Gestalten en tant que
propriétés d’une substance étendue ou pensante mais en tant
que phénomènes de terrain, corrélations spontanées des
actes intersubjectifs et des inactualités publiques (appelées
« essences » par Husserl et « expérience clinique » par les
fondateurs de la Gestalt-thérapie), l’expérience clinique que
la théorie du self doit décrire, n’est pas l’occurrence d’un
esprit privé ou un fait isolé que le clinicien peut observer à
distance. Elle est un phénomène de terrain, la corrélation
publique entre le consultant et le clinicien (où chacun est
pour l’autre l’inatteignable, l’inactuel ou, si l’on veut, une
essence). D’où déduit-on que – contrairement à ce qu’on
pourrait penser à partir de son emploi quotidien dans la
langue anglaise, ou de son apparition dans le discours de la
psychologie – le signifiant self ne désigne pas le psychisme
individuel. Il désigne au contraire une expérience intersubjec-
tive ou, si l’on préfère, une subjectivité élargie, enfin, un
phénomène de champ, tout comme les ambiguïtés inhérentes
aux fonctions et aux processus caractéristiques de ce champ.
Self, ce n’est pas le consultant ou le clinicien, mais l’indivision
de l’expérience qui fait qu’ils se distinguent, sans jamais
pouvoir coïncider.

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3 – Une nouvelle manière de comprendre le
« transfert » clinique : contact.

Qu’est-ce que l’on veut dire quand – dans les termes de la


théorie du self – on affirme que l’expérience clinique est une
Gestalt, un tout spontané de corrélation entre le clinicien et le
consultant ? Que devons-nous entendre exactement par
corrélation ? En elle, qui est l’agent s’il y a encore un sens à
revendiquer un sujet ?
En vérité, la définition de la clinique comme une sorte de
corrélation est une stratégie phénoménologique pour penser
une autre définition que Fritz Perls a rapportée de la psycha-
nalyse et qui a donné sa singularité à la pratique analytique,
précisément, la notion de transfert (Freud, 1912a). Déjà dans
Le Moi, la Faim, l’Agressivité (1942), Perls s’occupait des théo-
riciens de la psychanalyse qui, à l’époque de Freud, discu-
taient le sens clinique du transfert et du contre-transfert. Il
faut citer ici les noms de Paul Federn (1949) et de S. Ferenczi
(1909), lequel préconisait l’utilisation du contre-transfert
comme une ressource clinique. Fritz Perls reconnaissait que la
notion de transfert cherchait à éclaircir la relation de champ
qui s’établissait entre l’analyste et l’analysé mais au-delà ou
en deçà des conventions sociales que les deux partagent. Il
s’agit d’une manière de décrire la communication de l’
« inconscient vers l’inconscient » qui, selon Freud, (1912b, p.
154) se produisait après s’être établie la rectification subjec-
tive du consultant qui, dorénavant, sera appelé analysant.
Impliqué dans son propre processus, l’analysant se laisserait
guider par ce qui se manifesterait spontanément à lui. Et ce
qui se manifestait spontanément à lui, selon Freud (1914g),
c’était beaucoup plus que le « souvenir » d’une scène. Il s’agis-
sait de la « répétition » involontaire de cette scène, de ce
phantasme vis-à-vis duquel l’analysant se trouvait en situation
de conflit pulsionnel et du refoulement exigé par un tel
conflit. Et c’est sur ce point, précisément, que s’opérait le
transfert : de manière involontaire, l’analysant répéterait,
dans sa relation avec l’analyste, la scène refoulée, transférant
sur l’analyste les respectives affections impliquées. Le travail
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de l’analyste, sur ce point, serait de permettre que l’analysant
« élabore » cette répétition, de manière à donner aux affects
impliqués une autre destination, une destination plus accep-
table et productive du point de vue social. Et bien que ce ne
soit pas dans nos objectifs de discuter la justesse de l’équiva-
lence que les freudiens d’une manière générale établissent
entre les notions de « répétition » et de « transfert », nous ne
pouvons pas ignorer les questionnements que Lacan dans son
cours sur « Les concepts fondamentaux de la psychanalyse »
(1963, p. 36) a adressés aux psychanalystes de l’IPA (Interna-
tional Psychoanalysis Association), dès lors qu’ils ne prenaient
pas en considération la différence que faisait Freud entre
pulsion et phantasme ; de sorte que, pour Lacan, ce qui se
répète dans l’analyse n’est pas la scène, mais la pulsion, qu’il
appelait, à ce moment de son travail «objet petit a (autre) ».
L’interrogation de Lacan, dans une certaine mesure, va à l’en-
contre des critiques que, bien avant, Fritz Perls faisait à ses
collègues freudiens, qui visaient à souligner que, dans l’ana-
lyse, les affects qui impliquaient l’analyste et l’analysant
n’avaient pas nécessairement de relation avec une supposée
scène provenant du passé. S’il est vrai que les affects viennent
du passé, cela ne signifie pas qu’ils rapportent du passé le
contenu qui leur donne sens car, dans une analyse, le sens
attribué à un affect, même quand on se réfère au passé, est
toujours construit dans le présent. De sorte que, la répétition
d’un affect est d’abord à rattacher à l’actualité de la relation
de l’analyste et de l’analysant, laquelle représente toujours
une nouvelle chance pour les affects de trouver une destina-
tion dans la réalité plutôt que dans une supposition abstraite
sur l’occurrence d’une scène traumatique. Voici donc une
première raison pour Fritz Perls de renoncer à la notion de
transfert.
Mais ce n’est pas seulement cela. Telle qu’elle était utilisée
par les freudiens des années 1940, la notion de transfert lais-
sait penser que l’analyste n’aurait qu’à ne pas interpréter
pour l’analysant la scène supposée que les deux auraient à
répéter. Toutefois, selon l’interprétation de Fritz Perls, si la
répétition s’appuie sur l’actualité de la relation, s’offrant à
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elle-même une nouvelle résolution, le travail analytique ne
peut pas consister à retrouver quelque chose mais à créer une
nouveauté. C’est pourquoi Fritz Perls a commencé à travailler
l’analyse en participant au vécu de la consultation. Il ne
s’agit pas ici d’un contre-transfert mais d’un faire ensemble.
Ou bien, comme le diront plus tard Erving et Miriam Polster
(1973), commentant l’affirmation de Fritz Perls selon laquelle
le « thérapeute est son propre instrument » :

Quand le thérapeute entre en lui-même, il ne rend pas seu-


lement disponible au patient quelque chose qui existe déjà,
mais il aide aussi à la survenue de nouvelles expériences, basées
sur lui-même et sur le patient. C’est-à-dire qu’il ne devient pas
seulement quelqu’un qui répond et qui donne un feedback
mais aussi un participant artistique dans la création d’une nou-
velle vie. Il est plus qu’un catalyseur qui reste immuable tan-
dis que se produit la transformation chimique. Le thérapeute
change ; il devient plus ouvert à une amplitude d’expériences
qu’il peut connaître en première main, découvrant avec le
patient qu’est-ce que s’impliquer selon les nombreux modes
qui leur sont offerts.

Or, pour les raisons mentionnées plus haut, Perls a consi-


déré que le terme ‘transfert’ ne pouvait plus définir sa prati-
que clinique. C’est alors que, à partir de la terminologie utili-
sée par Kurt Goldstein (1933), Perls a choisi un nouveau signi-
fiant pour désigner l’expérience clinique : « contact ». La
corrélation entre le consultant et le clinicien, la communica-
tion d’inconscient à inconscient, n’est qu’un épisode de
contact. En lui, d’une part, se répète quelque chose d’incom-
préhensible, qui est le passé, tel qu’il revient en tant qu’orien-
tation déjà acquise et indéchiffrable (et qui se laisse percevoir
seulement à travers ces effets affectifs). Et d’autre part, le
contact, se donne comme la construction d’un inattendu,
d’une nouveauté, dont on ne sait jamais clairement, du clini-
cien ou du consultant, qui en est l’auteur. Selon la lecture
phénoménologique que Paul Goodman fait de ce signifiant,
‘contact’ est la propre réalisation de la corrélation entre le
clinicien et le consultant.
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Il s’agit ici d’un phénomène de terrain, d’un « sujet » qui ne
se réduit à aucune des parties de cette relation, ni ne coïncide
avec elles. Dévier en direction de ce « sujet », c’est le contact :
c’est ce qui fait de quelqu’un un clinicien. Permettre en soi-
même les effets de ce « sujet », de cette corrélation vécue sur
le terrain clinique : c’est ce qui rend quelqu’un consultant.
Mais, s’il y a contact dans l’expérience, si elle est réellement
un système self, le clinicien et le consultant changent
constamment de place.

4 – Intentionnalité du contact : awareness

Bien qu’ils ne considèrent pas nécessaire de traiter les


Gestalten à un niveau philosophique ou idéalisé, PHG tentent
de faire, à leur manière, une description phénoménologique
du contact. Ils essaient d’éclaircir les fonctions et les dynami-
ques spécifiques de l’expérience de contact. Pour ce faire, ils
considèrent la nécessité d’opérer, en premier lieu, la suspen-
sion des catégories psychologiques (esprit, corps, ego psycho-
physique) qui pourraient laisser entendre que le contact se
produirait sur le plan de l’immanence psychique de chaque
individu, par exemple, du clinicien et du consultant. Or, le
contact est une expérience vécue intersubjective. Elle ne se
produit ni dans ni en dehors des parties impliquées (que ce
soient des individus ou non). Elle se produit à la frontière (de
contact) entre ce qui est actuel et ce qui est inactuel pour ces
parties impliquées. Plus précisément, le contact se produit à la
frontière entre le passé et le futur de ce que nous disons et
faisons. Nous supposons un épisode d’interruption dans la
communication du clinicien avec son consultant. Le fait que le
consultant ne comprenne pas la question n’est pas seulement
dû à la manière maladroite avec laquelle le clinicien, d’aven-
ture, l’aurait interpellé. La maladresse du clinicien, tout
comme la « surdité » du consultant peuvent dénoter que, à
ces corps et à ces mots, correspondent beaucoup plus qu’un
sens. Il peut s’être présenté à eux, comme horizon des signi-
fiants choisis par le clinicien, la possibilité de parler à
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nouveau sur ce qui s’est passé à la séance antérieure, qu’au-
cun des deux ne sait vraiment ce que ce fut et où cela va
mener… De sorte que, dans cet exemple, le contact ne s’est
pas établi entre le clinicien et son consultant mais entre les
actions des deux et un passé qui s’est insinué dans le dialogue
encore à venir. Or, le nom que Fritz Perls a donné à ce proces-
sus temporel de passage entre l’actuel et l’inactuel, événe-
ment quotidien dans la clinique, est awareness.
La notion de «awareness sensori-motrice » était déjà utili-
sée par Fritz Perls dans son livre Ego, faim et agression Le moi,
la faim, l’agressivité (1942,p. 69). Elle y accomplissait la tâche
de réviser la métapsychologie freudienne. Tout comme la
notion de contact se substituerait à la notion freudienne de
transfert, la notion d’awareness introduirait, au lieu d’une
approche économique des pulsions, une approche plus
centrée sur la « dynamique pulsionnelle », ce qui épargnait à
Fritz Perls d’avoir à se soucier des discussions quasi métaphy-
siques qui entouraient le contenu spécifique des pulsions. Se
limitant à désigner une orientation temporelle, la notion de
pulsion – dorénavant dénommée awareness – ne serait plus la
recherche d’un substitut de l’expérience originale de satisfac-
tion, ou la propre tentative (toujours vaine) de répétition de
cette expérience : pulsion de vie et pulsion de mort, respecti-
vement. La pulsion – en tant qu’ awareness – signifierait une
« tendance » ambiguë, présente dans n’importe quelle expé-
rience que nous établissons dans le cabinet de consultation et
dans notre vie dans la nature, soit en faveur de l’accroisse-
ment (moment où elle équivaudrait à la pulsion de vie), soit
en faveur de la conservation (moment où elle équivaudrait à
la pulsion de mort).
Dans Gestalt-thérapie, PHG reprennent cette notion, main-
tenant comme l’équivalent des processus intentionnels décrits
par la phénoménologie. Que signifie dire qu’en 1951, à l’oc-
casion de l’écriture de Gestalt Thérapie, ses auteurs ont
traduit définitivement la psychanalyse en langage phénomé-
nologique ? Dans une certaine mesure, dans Le moi, la faim,
l’agressivité, Perls avait déjà commencé ce travail, dès lors que
les notions de conservation et de croissance, empruntées à
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Goldstein pour substituer la pulsion de mort et la pulsion de
vie, ont été pensées par lui à partir de la théorie phénoméno-
logique de l’intentionnalité. Mais maintenant, le lien entre les
notions psychanalytiques et phénoménologiques est devenu
explicite. Comme leurs corrélatives, PHG ont choisi les deux
principaux processus intentionnels opératifs décrits par
Husserl pour expliquer le vécu du passage du temps, respecti-
vement : i) le processus de « rétention » involontaire des
formes (au moyen duquel se donne la formation et la répéti-
tion des habitudes) et ii) le processus de « synthèse passive »
(forme sous laquelle s’établit, spontanément, le lien entre les
formes retenues et les possibilités d’action offertes par l’expé-
rience actuelle). Dorénavant, pulsion de mort signifie réten-
tion et répétition d’une habitude. Pulsion de vie, synthèse
spontanée entre les habitudes et les nouvelles possibilités
offertes par le milieu social et naturel.
Il est important de percevoir ici comment la notion d’awa-
reness – substitut gestaltiste de la notion d’intentionnalité – a
conservé son ambiguïté fondamentale présente aussi bien
dans la manière psychanalytique de concevoir les pulsions que
dans la manière phénoménologique de décrire les processus
intentionnels inhérents à la formation d’une Gestalt primor-
diale, qui est le vécu du temps. C’est en ce sens qu’après 1951,
la notion d’awareness sensori-motrice (formulée par Fritz
Perls en 1942) s’est dédoublée :

- il y a, d’un côté, l’ «awareness sensorielle » (1951, p. 227)


ou « primaire » (1951, p. 419), qui est une dynamique de
conservation (laquelle inclut l’assimilation et la répétition) de
ce qui surgit dans le présent en tant que passé ;
- d’un autre côté, il y a l’ «awareness délibérée (1951, p.
235) ou, comme ils l’emploient plus fréquemment, la
« réponse moteur » motrice ou « comportement moteur »
(1951, p. 227-228). Celle-ci répond par la dynamique de crois-
sance (laquelle inclut la destruction de l’actualité et le dépla-
cement vers la nouveauté).

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Les deux formes de présentation de l’awareness traduisent
les dimensions temporelles du contact : telle que l’intention-
nalité opérative rétentionnelle décrite par la phénoménolo-
gie, l’awareness sensorielle concernant les processus d’assimi-
lation et de répétition du passé ; processus que PHG préfére-
ront appeler « sentir » et « excitation » : le premier comme
correspondant de l’assimilation et le second comme équiva-
lent de la répétition. L’awareness délibérée quant à elle, ou
réponse motrice que traduit la notion de synthèse passive de
la phénoménologie, est en relation avec le vécu du futur ou,
selon ce que préfèrent PHG, avec la « formation et destruction
de Gestalten ». Ce qui enfin, nous éclaire sur les rapports
entre les signifiants de la seule définition d’awareness fournie
par Gestalt Thérapie (1951, p. viii) et que nous transcrivons
plus bas : awareness est ce qui se donne dans le contact (en
tant que sa dynamique spécifique), à partir d’un sentir et dans
une forme d’excitation (ce qui configure la dimension passée
ou sensorielle d’awareness) ; et au profit de la formation
‘Gestalt’ (qui est la dimension future ou motrice de l’aware-
ness). Parlons un peu plus de cela.

– Awareness sensorielle

Selon ce que nous avons déjà dit, l’awareness sensorielle,


dimension passée du contact, se caractérise : a par la rétention
de la forme des comportements antérieurs et b par la répéti-
tion de cette forme en tant qu’habitude motrice ou verbale.
Et, pour ne pas être trahis par la « culture spécialisante » de la
Psychologie, nous devons nous souvenir que la notion phéno-
ménologique de rétention n’a pas de parenté avec la notion
psychologique de mémoire. Celle-ci ne correspond pas à l’ins-
cription d’un trait mnésique dans un système psychique ou
anatomo-physiologique. La rétention ne se produit pas en un
lieu, ou alors, elle n’a pas de place dans notre actualité. Elle
concerne, fondamentalement, ce qui perce la consistance
ontique de la réalité, introduisant le passé qui s’est perdu (et
ceci pour ce qui peut être lié à la pulsion de mort). Ce qui est
retenu n’est pas une entité dans le temps et dans l’espace
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physique. Elle n’appartient à personne, au clinicien ou au
consultant. C’est une habitude impersonnelle, la co-présence
d’un apprentissage que je partage avec mes semblables et
qui, cependant, ne se laisse pas appréhender par lui-même,
seulement par ses effets et à travers nos actions, ce qui revient
à dire, toujours après, ce qui fait de lui une sorte d’anticipa-
tion spontanée par rapport à nos compréhensions. Ou, alors,
le retenu est le fond dans notre expérience perceptive, l’hori-
zon non localisé à partir duquel la figure rencontre sa posi-
tion, ce qui nous oblige à reconnaître une fonction pour ce
qui n’a pas de localisation définie. À ce processus de rétention
et de répétition de ce qui est devenu impersonnel et indéfini,
PHG vont donner le nom, respectivement de « sentir » et
d’« excitation ».
Commençons à réfléchir sur la notion de sentir. En fonc-
tion de l’orientation phénoménologique que nous avons
choisie, quand nous parlons de sentir en tant qu’une unité de
sensation et de perception, les auteurs de Gestalt Thérapie ne
se réfèrent pas aux processus physiologiques ou psychiques de
réception et d’enregistrement de stimulus, qu’ils soient exté-
roceptifs, intéroceptifs ou proprioceptifs. Comme pour
Husserl, pour PHG, sentir n’est pas la faculté (sensible) d’une
substance, d’un esprit, d’un ego psychophysique, que cette
substance soit le clinicien ou le consultant. Sentir est lié au fait
que nous sommes traversés par une histoire impersonnelle,
que Merleau-Ponty appelait corps habituel (1945, p. 97).
C’est cette histoire qui choisit tacitement les objets, à travers
lesquels on aperçoit des possibilités d’émancipation ou de
reprise. Ce qui revient à dire, pour PHG, que la sensibilité n’est
pas une faculté passive face aux stimulus matériels. Au
contraire, la sensibilité est notre propre passivité face à une
histoire impersonnelle (dont nous ne savons même pas si elle
est la nôtre), qui choisit d’elle-même, dans l’univers des faits
matériels actuels, ceux qui ouvrent un certain horizon futur.
Évidemment, ceci ne signifie pas nier que je sois capable de
faire des choix volontaires (lesquels caractérisent une inten-
tionnalité d’acte, selon la terminologie husserlienne). Je peux
parfaitement « décider » de prendre la direction de gauche
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quand, « dans mon cœur, quelque chose me dit que, pour
arriver chez le fleuriste, peut-être serait-il meilleur de prendre
la direction de droite ». Cette décision n’appartient pas à la
sphère de la perception sensible puisque la perception sensi-
ble n’a pas besoin de la caution d’un jugement, du support
d’une décision. Une fois prise la direction de droite, que j’ai
décidé de prendre, les visages que je croise ne perturbent pas
mon attention, je continue concentré sur le but que je veux
atteindre, ou peut-être occupé par la frustration de ne pas
avoir suivi mon « cœur », jusqu’à ce que, subitement, au
milieu de cet océan de physionomies anonymes, j’aperçoive
quelqu’un de familier, dont je ne sais pas encore exactement
qui c’est. Si on me demandait, tandis que je cherche à identi-
fier le nom de cette physionomie : pourquoi s’est-elle présen-
tée à moi, pourquoi l’ai-je vue, pourquoi n’est-elle pas restée
anonyme, comme les autres, je comprendrais immédiatement
que quelqu’un, qui ne se réduit pas aux pensées et aux
images à partir desquelles je peux décider, me regardait ou,
plus exactement, exerçait mon regard, au point de choisir, à
partir de critères que je ne comprends pas intégralement,
mais qui paraissent avoir une relation avec le passé, ce que ou
qui regarder, que ou qui percevoir, enfin sentir. Ce quelqu’un
anonyme, aussi anonyme que ma musculature optique dans
l’acte de regarder, est une histoire impersonnelle, que je peux
« connaître » seulement après – et son activité, vis-à-vis de
laquelle je suis passif, ma sensibilité. Ce qui nous permet de
comprendre l’affirmation de PHG, selon lesquels : « (le) sentir
détermine la nature de l’awareness, qu’elle soit distante (par
ex., acoustique), proche (par ex. tactile) ou dans la peau
(proprioceptive)» (PHG, 1951, p. ix). Le sentir – qui n’est pas
le corps habituel, l’histoire de généralité que je partage avec
ma communauté – choisit qui et quoi percevoir, avec quel
élément se mettre en relation, avant même que j’aie le temps
d’y penser.
Or, s’il est vrai que c’est à partir de ce qui « en moi se fait
sentir » que, tacitement, les choix sensibles sont faits, il est
aussi vrai que le sensible, lui-même, ne se réduit pas à ce que
je perçois. Au contraire, les choses devant nos yeux ont le
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pouvoir de nous conduire à des compositions que, même si
nous le tentions, nous ne pourrions jamais parvenir à réduire,
ce qu’a posteriori, nous pourrions dire de nous-mêmes.
Merleau-Ponty (1945, p. 372), sur ce point particulier, éclaire
le paradoxe spécifique autour de la chose perçue :

On ne peut, disions-nous, concevoir de chose perçue sans


quelqu’un qui la perçoive. Mais encore faut-il que la chose se
présente à celui-là même qui la perçoit comme chose en soi et
qu’elle pose le problème d’un véritable en-soi-pour-nous.

Pour Merleau-Ponty (1945, p. 368-369), comme mon exis-


tence a une histoire anonyme et impersonnelle, un corps
habituel qui opère à son propre compte,

Il y a dans la chose une symbolique qui relie chaque qua-


lité sensible aux autres. (...) Le déroulement des données sen-
sibles sous notre regard ou sous nos mains est comme un lan-
gage qui s’enseignerait lui-même, ou la signification serait
sécrétée par la structure même des signes, et c’est pourquoi
l’on dit à la lettre que nos sens interrogent les choses et qu’el-
les leur répondent.

Or, selon PHG, l’ « excitation » spontanée – selon le terme


de la définition de l’awareness sensorielle – n’est pas la puis-
sance que l’histoire impersonnelle – à laquelle nous sommes
sujets – a pour glisser parmi les possibilités ouvertes par ce
que cette propre histoire a senti avant. En d’autres termes,
l’excitation spontanée, c’est la capacité de transcendance,
c’est la migration d’une histoire vers un domaine étranger,
vers un domaine autre, qui est le domaine virtuel des possibi-
lités ouvertes par les choses et par les corps semblables décou-
verts par le sentir. Par conséquent, nous ne savons jamais
précisément d’où part l’excitation spontanée, ni vers où elle
se dirige. Elle n’a pas de source spécifique – sa source est
l’anonymat d’une histoire oubliée, qui est l’habitude. Elle n’a
pas de but déterminé(e), car les buts sont liés aux directions
ouvertes par les choses perçues. Elle n’a pas non plus de forme
spécifique d’anéantissement : les excitations spontanées ne
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peuvent pas être anéanties, elles ne peuvent qu’être réalisées,
ce qui signifie : transcendées pour d’autres domaines, pour les
possibilités ouvertes par les prochaines choses découvertes
dans le sentir. Par conséquent, les excitations spontanées
sont des forces constantes. Et ces caractéristiques rappellent
beaucoup celles avec lesquelles, dans Trois essais sur la
sexualité, Freud (1905d) a défini la dynamique pulsionnelle.
C’est pourquoi, pour les auteurs, la notion d’excitation
spontanée « inclut la notion freudienne de cathexis, (...), et
nous donne la base pour une théorie simple de l’anxiété »
(PHG, 1951, p. ix), telle que nous pouvons la lire dans les
parties finales de la théorie du self qui traitent des ajuste-
ments névrotiques.

– Awareness délibéré ou réponse motrice

L’awareness délibérée ou réponse motrice est en relation


avec les actions – toujours individuelles, mais destinées à
quelqu’un ou élaborées à partir d’autrui – avec lesquelles,
aussi de manière spontanée, ce qui revient à dire, de manière
non pensée ou représentée, nous instituons une totalité
présomptive ou Gestalt. Une telle totalité n’est pas le désir
par lequel nous essayons de synthétiser, de manière toujours
imminente, les habitudes, vis-à-vis desquelles nous sommes
passifs et les possibilités que l’environnement nous offre et
que nous pouvons choisir (aussi bien opérativement que
mentalement).
Jusqu’à maintenant, la notion d’awareness sensorielle
nous a aidés à comprendre que le contact est un écoulement
temporel, ce qui ne veut pas dire qu’il s’agit de quelque chose
d’entièrement aléatoire. S’il est vrai que, dans chacune de
mes expériences, il y a une histoire qui se révèle par elle-
même, il est vrai aussi qu’à chaque nouvelle opportunité, j’as-
sume cette histoire comme si c’était la mienne et, à partir
d’elle, je cherche à m’expérimenter comme une totalité, ma
propre totalité. Dans le cas de la clinique, à chaque nouvelle
séance, ce qui se réalise est beaucoup plus qu’un passage à un
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nouvel ordre de signifiants ou d’affects. Au moyen d’actes
individuels, pour lesquels je décide de manière opérative, sans
nécessité de réflexion, j’établis, d’une séance à l’autre, l’expé-
rience de montage et de démontage d’une unité, qui est
l’unité de moi-même comme quelque chose toujours à
découvrir. C’est l’awareness délibérée. Mon action introduit –
au-delà du mystère qui s’est révélé à moi-même comme
awareness sensorielle – mon espoir de trouver ce qui me fait
en propre. Mais cette nouvelle totalité, je ne la rencontre
jamais de fait. Elle est toujours à faire, comme si ses parties
restaient indéterminées. Elle continue à manquer, devenant
ainsi mon désir, ce qui me fait revenir à la séance et aux autres
activités où j’ai la possibilité de la réaliser.
Il faut ici faire une parenthèse. Le fait que ce soit mon
action qui déclenche l’awareness délibérée – laquelle consiste
en cette recherche de mon tout présomptif – ne signifie pas
que dans toutes les actions il y ait awareness délibérée. Fina-
lement, il y a expérience vécue de contact, de transcendance
effective d’une histoire passée vers le futur, où ne se donne
pas cette expérience de « compréhension » de soi comme
totalité, bien qu’indéfinie, étrange, transcendante. Ou
simplement, il y a expérience vécue de contact, où l’on peut
vérifier une action en cours, sans que cela implique l’ouver-
ture d’un horizon de désir. C’est le cas, par exemple, de nos
processus physiologiques de base, comme la méiose et la
mitose. De tels processus, sans aucun doute, sont investis
d’une historicité, mais ne sont pas à appréhender comme un
tout. C’est pour cela que je « dis » que je ne perçois pas, spon-
tanément, ma propre division cellulaire, que je ne la « vois »
pas se produire au fil des heures, comme je vois passer la
physionomie d’une de « mes » connaissances, ou les senti-
ments que je nourris pour elle. Pour percevoir mes divisions
chromosomiques, je dois me « représenter » l’unité de ce
processus à travers un modèle objectif, le fameux code géné-
tique. Ainsi, on ne peut pas dire que ces processus configurent
une expérience vécue d’awareness délibérée, bien qu’il
s’agisse d’un processus de contact. Selon PHG: « (le) contact,
en tant que tel, est possible sans awareness, mais pour l’awa-
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reness le contact est indispensable » (1951, p. viii, ce sont les
auteurs qui soulignent). Contrairement aux expériences
vécues de contact caractéristiques de ma physiologie
primaire, dans le contact de l’awareness délibérée, je vis un
tout présomptif possible où s’annonce une personnalité
objective que je ne suis pas encore, que je ne serais jamais
entièrement. Je vis un tout présomptif qui n’est pas le « repré-
sentant » d’une « représentation future », laquelle n’est pas
encore établie.
Or, cette idée selon laquelle l’awareness délibérée impli-
que la constitution d’un représentant de ma propre repré-
sentation future nous rappelle la manière dont la phéno-
ménologie husserlienne (1900-1) a interprété la thèse
formulée par Franz Brentano (1874) selon laquelle – en
deçà de nos actes de représentation, nous pourrions comp-
ter sur les représentants intuitifs de ce que, tardivement,
ces actes auraient dû représenter. De tels représentants
des représentations futures (Vorstellungen Representanz)
ne seraient pas plus que des actions dont les parties
ou contenus seraient indéterminées (awareness sensorielle)
que, plus tard, notre jugement tenterait de déterminer.
Cette unité présomptive spontanément formulée par
nos actions, Brentano (1874) l’a appelée « Gestalt »,
comme nous l’avons dit. Et c’est pour cela que, dans leur
description de l’awareness, entendue comme dynamique
spécifique de contact – PHG se réfèrent à la « formation de
Gestalten comme étant le troisième terme constitutif
de l’awareness, en particulier de l’awareness délibérée.
L’expérience vécue de mon unité historique dans la trans-
cendance est formation de Gestalt.
Enfin, pour dire d’une manière synthétique ce que nous
avons vu jusqu’ici sur l’awareness: d’un côté, elle est la co-
présence (retenue) d’une histoire impersonnelle qui veut se
répéter (excitation) avec les possibilités ouvertes par les
donnés dans l’actualité de notre expérience ; d’un autre côté,
elle est l’unification présomptive de cette histoire au moyen
d’une action individuelle. La première, nous l’appelons
awareness sensorielle ; la seconde, awareness délibérée. Les
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deux désignent la double orientation temporelle du contact ;
ce qui fait du contact la propre expérience vécue du temps
qui, d’après PHG (1951, p. 234) se formule ainsi :

Contact, c’est « trouver et faire » la solution à venir : la


préoccupation est sentie par un problème actuel, et l’excitation
augmente vers une solution à venir, mais encore inconnue.
L’assimilation de la nouveauté se donne au moment actuel
dans la mesure où celle-ci se transforme dans le futur. Son
résultat n’est jamais une simple agrégation de situations ina-
chevées de l’organisme, mais une configuration qui contient
un matériel nouveau de l’environnement. C’est donc quelque
chose de différent de ce qui pourrait être rappelé (ou conjec-
turé), comme l’œuvre d’un artiste devient nouvelle et impré-
visible pour lui à mesure qu’il manipule l’environnement maté-
riel (1951, p. 234)

– Le « se rendre compte » : awareness réflexive

Mais, awareness n’est-ce pas le ‘se rendre compte’, l’ ‘avoir


conscience’ de ce qui est senti ou fait ? Oui et non. Malgré la
compréhension diffuse au sujet de l’awareness comme une
perception réflexive, elle est seulement un troisième aspect
de la notion effectivement employée par PHG. Il y a, dans le
texte de Gestalt Thérapie (1951, p. 229-230), une référence
explicite à une troisième modalité d’awareness qui est l’
«awareness réflexive ou consciente ». Il s’agit, en ce sens, d’un
passage qui justifie la traduction, dans certains cas, du terme
‘awareness’ par « se rendre compte », « prendre conscience »,
etc. En vérité, selon l’orientation phénoménologique adoptée
par les auteurs, nous allons rapidement être confrontés à la
différence existante entre : i. l’intentionnalité opérative qui
est liée à la manière avec laquelle se donne l’expérience vécue
du temps et à partir de laquelle PHG ont conçu l’awareness
sensorielle (relative au vécu du passé) et l’awareness délibérée
(relativement au vécu du futur) ; ii. et l’intentionnalité
réflexive (ou d’acte), qui est la forme sous laquelle nous nous
« représentons » tout ce que nous avons vécu opérativement.
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Or, l’awareness réflexive est le corollaire gestaltiste de cette
intentionnalité intellectuelle.
L’awareness réflexive apparaît généralement dans le cabi-
net de consultation après une expérience de contact. Acte qui
suit son occurrence, le consultant peut répondre par une
élaboration théorique qui peut stabiliser l’angoisse face à
l’inhabituel, ou inhiber ce qui promettait d’être inédit. De
toute manière, l’important est de signaler que l’awareness
réflexive est toujours postérieure aux expériences opératives.
Le ‘se rendre compte’ ne coïncide pas avec le sentir ni avec
l’agir. Pour cela, dans la clinique gestaltiste, personne ne peut
se rendre compte de ce qu’il sent ou fait, à moins qu’il ait
senti ou fait avant. Et ceci explique le primat que les cliniciens
gestaltistes donnent aux expériences déclencheuses de situa-
tion de contact. Ou, alors, ceci explique la primauté que les
cliniciens gestaltistes donnent à l’acte, au point de compren-
dre le langage d’abord comme une action plutôt que comme
une transmission de savoir.

5 – Self comme système de contact

Comme nous l’avons vu, un des aspects de l’awareness


(entendue comme dynamique spécifique de contact) est le
vécu présomptif – et jamais réalisé – de ma propre unité histo-
rique, que je peux assumer comme étant la mienne ou celle
de mon consultant. À chaque expérience de contact, je m’ex-
périmente moi-même comme quelque chose qui est lancé
devant comme synthèse encore à faire, coïncidence encore à
atteindre, désir. Et c’est de cette idée d’unité présomptive que
PHG déduisent la notion d’une subjectivité élargie qui n’est
pas différente du flux de contact. « Nous nommerons «self » le
système de contacts à n’importe quel moment. (...) Le self est
à la frontière-contact [organe de l’awareness] en fonctionne-
ment ; son activité est de former des figures et des fonds »
(1951, p. 235). Ou, selon les auteurs : « Le self est le système
de contacts présents et l’agent de croissance » (1951, p. 372).
Ou, encore :
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Nous appelons self le système complexe de contacts néces-
saire à l’ajustement dans le champ imbriqué. Le self peut être
considéré comme étant à la frontière de l’organisme, mais la
propre frontière n’est pas isolée de l’environnement ; elle entre
en contact avec celui-ci ; et appartient aux deux, à l’environne-
ment et à l’organisme. (1951, p. 373)

Pour cela : « On ne doit pas penser le self comme une insti-


tution fixée ; il existe où il y a de fait une interaction de fron-
tière et à chaque fois qu’elle existe » (1951, p. 373)
Le self, en ce sens, est toujours la production d’un poten-
tiel, qui ne peut jamais être atteint comme actualité mais qui,
en même temps, s’annonce dans cette actualité comme un
horizon d’orientation par où, finalement, la propre actualité
s’écoule. Il n’est pas une entité, un subsistant ontique, mais
l’ensemble de fonctions et de dynamiques, au moyen
desquelles le champ organisme/environnement, en même
temps qu’il se « conserve » en tant que dimension historique
générique, « augmente » (en tant qu’organisme) et se trans-
forme (en tant qu’environnement) conjointement aux hori-
zons de futur qui s’ouvrent (pour sa propre historicité). Ainsi
envisagé, le self est une sorte de spontanéité que nous
sommes nous-mêmes, toujours engagés dans une situation –
qui est le champ organisme/environnement – dans lequel
nous expérimentons des uniques (et, en ce sens, finis) de
différentes manières : comme êtres anonymes (dans les fonc-
tions végétatives, dans le sommeil, dans la synesthésie, l’habi-
tude, les rêves, etc.), comme individus (dans la sensori-motri-
cité, dans les formes de conscience qui l’habitent, dans la
parole, etc.) et comme « réalités » objectives (dans les identi-
fications imaginaires, dans les formations linguistiques déjà
sédimentées comme acquisition culturelle, dans les institu-
tions, dans les idéaux, etc.).
Ceci revient à dire qu’ « on ne doit pas penser le self
comme une institution fixée ; il existe partout où il y a de fait
une interaction de frontière, et à chaque fois que celle-ci
existe. Paraphrasant Aristote : « quand on se pince le pouce, le
self existe dans le pouce douloureux » (PHG, 1951, p. 373). En
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tant que système de contact – qui intègre toujours les fonc-
tions perceptivo-proprioceptives, les fonctions motrices
musculaires et les nécessités organiques – le self n’est pas une
« structure » fixe. Le self n’est pas la régularité d’une combina-
toire pour laquelle il ne peut pas y avoir de changement. Au
contraire, en tant que processus, le self est une intégration
active : il est l’ « ajustement créatif » de l’historicité du champ
organisme/environnement. Il s’agit d’un système intentionnel
(ou système-awareness): à partir d’un fond d’habitudes qui
surgit comme passé à orienter, affectivement, ce qui se passe
se donne comme figure présente, s’ouvre – au moyen de
cette figure – comme un horizon de futur, un horizon de
possibles destinations pour les affects apparus. En ce sens,
« dans les situations de contact, le self est la force qui forme
la Gestalt dans le champ ; ou mieux, le self est le processus de
figure/fond dans les situations de contact » (PHG, p. 374). En
conséquence de ceci, PHG (1951) vont dire que le self est « la
réalisation du potentiel » (1951, p. 374) que je suis moi-même
en tant qu’historicité disponible à chaque contact, à chaque
nouvel événement de frontière dans le champ
organisme/environnement.
Et c’est toujours dans le champ organisme/environnement
que, spontanément, je m’expérimente comme self, ce qui ne
signifie pas que je m’expérimente toujours de la même
manière. Dans la respiration, je suis moi-même, bien que je
me distingue mal de l’atmosphère que j’inspire et que j’ex-
pire. Ce qui est différent de ce moi qui décide, pour quelques
secondes, de suspendre sa respiration. Ou encore, de cet autre
qui, ayant expérimenté l’impossibilité d’exister indépendam-
ment de l’air qu’il respire, « se représente » comme un être
dans le monde. Voici, dans ces trois formes élémentaires d’ex-
périence vécue de moi-même comme fonctionnement moyen
de l’expérience, la direction selon laquelle PHG décrivent les
opérations basiques ou fonctions du self.

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6 – Les fonctions du self

Selon ce que nous avons dit plus haut, malgré la manière


particulière dont ils s’approprient la phénoménologie, PHG
conservent de Husserl la systématique, qui consiste en :
« réduire » l’analyse du système de contacts (également
dénommé self), premièrement, ses structures ou fonctions
essentielles et, ensuite, ses dynamiques de base (dont nous
parlerons au point suivant). Comme nous le savons, chaque
séance est un système self différent, une nouvelle tentative de
répétition de ce qui a été conservé jusqu’ici et une nouvelle
recherche d’autorisation de soi : du clinicien comme
quelqu’un de capable d’accompagner l’autorisation d’autrui ;
du consultant comme protagoniste de sa propre vie. Ainsi, à
chaque session, nous pouvons reconnaître, dans les termes
d’une analyse phénoménologique (tâche de la psychologie
phénoménologique formelle), des fonctions qui se répètent
et qui ne sont pas plus que des inventions du Gestalt-théra-
peute pour l’aider dans la reconnaissance technique des
processus intentionnels qui peuvent se produire ou non ; ce
qui lui ouvre des possibilités d’insertion et, en ce sens, de
réalisation de son désir, du désir du clinicien : accompagner
l’autorisation d’autrui. Et c’est en ce sens que les fondateurs
de la GT diront que « (le) thème d’une psychologie formelle »,
discipline phénoménologique proposée par Husserl, mais qui,
dans l’esprit des fondateurs de la Gestalt-thérapie, est devenu
une phénoménologie appliquée, empirique, « serait la classi-
fication, la description et l’analyse exhaustives des structures
possibles du self (c’est le thème de la phénoménologie) »
(1951, p. 378).
D’un point de vue clinique – ce qui revient à dire, d’un
point de vue qui prenne en compte la possibilité de constitu-
tion d’un tout présomptif appelé « mon-autre-moi-même » -
nous pouvons décrire au moins trois fonctions différentes
opérant dans le processus de contact qui s’établit au cours
d’une session. Il s’agit, en vérité, d’une présentation psycholo-
gique (ça, ego et personnalité) des trois processus intention-
nels (awareness sensoriel, awareness délibérée et awareness
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réflexive) qui composent les ajustements créatifs produits en
régime de contact. Dans les termes de PHG: « en tant qu’as-
pect du self dans un acte simple spontané, le ça, l’ Ego et la
Personnalité sont les étapes principales de l’ajustement créa-
tif » (1951, p. 378).
Tout comme les trois dimensions du système-awareness, les
trois fonctions cliniques ne sont pas trois parties du système
self, ou trois étapes que je pourrais observer en une succes-
sion chronologique. Au contraire, les trois fonctions sont
seulement trois points de vue différents que je peux avoir
d’une même expérience, qui est le système self en fonctionne-
ment – dans notre cas : une session thérapeutique. Ceci signi-
fie que, dans chaque expérience vécue (c’est-à-dire dans
laquelle il y a un flux d’awareness), j’ai les trois fonctions de
manière concomitante. Le choix de l’une ou de l’autre est un
choix théorique fait par celui qui décrit l’expérience. Si, dans
la session, le consultant dit : « c’est moi qui respire en ce
moment », il s’agit là d’un ajustement créatif qui formalise,
simultanément : i une personnalité, une réplique verbale d’un
« contenu objectif » (marqué par le pronom « je »), lequel
représente l’unité d’une expérience qui a précédé la phrase
en question et avec laquelle le consultant s’identifie ; ii) une
fonction de l’ego, qui est l’action même de dire, laquelle n’est
possible que si le consultant reprend, au moyen de son appa-
reil phonique et de ses possibilités d’articulation moteur, une
forme langagière acquise dans le passé ; iii) et une fonction
ça, qui est la propre forme langagière, qui n’est pas encore un
contenu objectif avec lequel le consultant peut s’identifier
(fonction personnalité). La forme langagière est seulement
l’indice impersonnel du lien mondain du consultant avec le
clinicien et avec les locuteurs de la langue en portugais et qui,
au moment de la session, tente de répéter, impulsant la fonc-
tion de l’ego à créer une nouvelle manière de dire au moyen
des possibilités ouvertes par l’actualité physique de la situa-
tion. Au-delà de cette forme langagière, il y a d’autres habi-
tudes motrices dont le locuteur ne s’aperçoit pas, qu’il répète
et qui, en ce sens, se manifestent aussi à lui comme une fonc-
tion ça, répertoire de conduites amples et indéterminées qui
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se font « sentir » conjointement aux actions individuelles
(fonction de l’ego) comme orientation intentionnelle ou
« excitation ».
Ce n’est pas notre objectif de disserter sur les trois fonc-
tions décrites par PHG. Nous l’avons déjà fait dans un autre
travail (Müller-Granzotto & Müller-Granzotto, 2007, p. 211-
220). Notre désir de les mentionner est lié à la tâche que nous
nous proposons dès maintenant qui est d’éclairer comment se
donne cette dynamique de réalisation d’un potentiel qu’est le
système self.

7 – Self et temporalité

Tout comme ils l’ont fait par rapport à l’expérience de


contact prise individuellement, PHG ont compris la nécessité
d’une élucidation temporelle de la dynamique spécifique du
système complexe de contacts, qu’est le self. De cette
manière, les auteurs non seulement ont respecté la rigueur
analytique exigée par la phénoménologie, qui va toujours du
phénomène considéré topologiquement vers son mode de
manifestation temporelle, mais ont aussi amplifié, pour le
domaine du système self, ce qu’ils avaient déjà reconnu pour
le micro-univers de chaque expérience de contact, précisé-
ment : que le vécu de corrélation – dont le self n’est qu’une
lecture possible – se caractérise par un flux par lequel nous
visons une unification toujours présomptive et, pour cela,
passagère de notre vie de généralité. Si, précédemment, pour
éclaircir la dynamique spécifique de ce vécu qui se substitue à
la notion psychanalytique de transfert – quel que soit ce vécu,
le contact – les auteurs ont proposé une « phénoménologie
de l’awareness», maintenant, pour comprendre l’enchaîne-
ment des sessions ou, ce qui est la même chose, le flux de l’ex-
périence vécue de contact, il leur faudra proposer une
« phénoménologie du self ». C’est pourquoi nous reprenons
les notions de « sentir » et d’excitation » (relatives à l’aware-
ness sensorielle) et celles de « formation » et de « destruc-
tion » de Gestalt (relatives à l’awareness délibérée) – lesquel-
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les correspondent aux microdynamiques de chaque expé-
rience de contact – attribuant à ces notions une caractéristi-
que encore plus formelle qui leur permet de décrire l’intégra-
tion des deux formes opératives d’awareness; ce qui revient à
décrire le passage d’une expérience vécue de contact à une
autre ou encore, le système self « en fonctionnement ».
Comme succédané des notions de sentir, d’excitation, de
formation et de destruction de Gestalt, ils ont introduit les
termes : post-contact, précontact, contactant et contact final.
Or, qu’est-ce que ces termes désignent-ils exactement ? En
quel sens caractérisent-ils la dynamique temporelle spécifique
du self en tant que système de contact ?
Dès les premières pages de la troisième partie du second
volume du livre Gestalt-thérapie, ses auteurs rendent explicite
le caractère éminemment phénoménologique de la descrip-
tion dynamique qu’ils se proposent de faire du self. Il s’agit de
comprendre le self comme la « réalisation du potentiel », ce
qui signifie :

le présent est un passage du passé en direction du futur, et


ces temps sont les étapes d’un acte du self à mesure qu’il ren-
tre en contact avec la réalité (il est probable que l’expérience
métaphysique du temps soit d’abord une lecture du fonction-
nement du self) (PHG, 1951, p. 374-375)

L’affirmation laconique, mais cruciale, qui reconnaît


dans l’ « expérience métaphysique du temps » le « sens
profond du fonctionnement du self », ne laisse pas de
doutes sur l’orientation phénoménologique des descrip-
tions que ces auteurs prétendent faire. Finalement, l’expé-
rience métaphysique du temps est justement le thème
dont s’occupe Husserl dans ses Leçons sur la phénoméno-
logie de la conscience intime du temps (1893) ; ce thème
réapparaît articulé à la notion de réduction transcendan-
tale dans Idées (1913) qui, cette fois, a servi de base à
Goodman pour proposer la rédaction définitive de la
théorie du self, selon ce qu’il a admis lui-même dans une
lettre à Köhler (selon STOEHR, 1994, p. 103).
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Dans sa tentative pour expliquer de quelle manière nous
vivons, avant de représenter l’unité de notre insertion opéra-
tive dans le monde de la vie, Husserl propose un diagramme,
dans lequel il symbolise les deux dynamiques fondamentales
qui constituent notre expérience mondaine la plus fonda-
mentale, c’est-à-dire le vécu intime du temps. Selon ce
diagramme, à chaque fois que nous sommes affectés par une
impression, par exemple, une note de musique, si cette expé-
rience a été capable de donner, à mes expériences vécues
passées, l’occasion d’une reprise, elle ne disparaît pas aussitôt
que j’entends une autre note. La première note reste « rete-
nue » comme horizon durable pour de nouvelles perceptions,
ce qui ne veut pas dire qu’elle reste inaltérée. À chaque
nouvelle expérience, celle qui est restée retenue subit une
petite modification. Ainsi, l’attente de reprise reste comme
fond disponible. Raison pour laquelle, la valeur de chaque
nouvelle note écoutée ne se limite pas aux propriétés maté-
rielles que cette même note est capable de mobiliser mais
inclut un fond d’expériences passées, pour lesquelles la note
actuelle ouvrira des perspectives, des possibilités de reprise.
Et, autour de chaque expérience matérielle, se forme un
« champ de présence » temporel (Husserl, 1893, p. 141) où le
passé et le futur ne sont pas absents, mais apparaissent
comme horizon virtuel. La formation de ce champ, Husserl
l’appelle « synthèse passive » de mes propres expériences
(Husserl, 1893, p. 107). Il s’agit d’une synthèse passive, qui ne
requiert donc pas de travail de représentation (de jugement)
de ma propre unité ou de l’unité des choses et des personnes
qui m’entourent.
De la même manière, cette synthèse ne reste pas éternel-
lement. Rapidement une nouvelle donnée surgit qui
demande la participation de mes horizons passé et futur, elle
disparaît au profit de la configuration de l’autre, ce qui confi-
gure une nouvelle forme de synthèse qu’ Husserl appelle
« synthèse de transition » (Husserl, 1924, p. 256-7). Cette
synthèse qui assure à ma propre histoire une auto-apparition
fluide, donc, à chaque nouvelle apparition, c’est la même
histoire qui recommence, mais avec une configuration diffé-
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rente. Avec les mots de Husserl (1893, p. 107-108), il s’agit
d’une synthèse :

pré-phénoménale, pré-immanente, elle se constitue inten-


tionnellement, comme forme de la conscience constituante du
temps, et en soi-même. Le flux de conscience immanente
constitutive du temps n’est pas seulement, mais il est d’une
manière si notable, et pourtant compréhensible, qu’en lui se
donne nécessairement une auto-apparition du flux, à partir
duquel le propre flux doit pouvoir être capté dans son écou-
lement.

Le diagramme qui suit, que nous adaptons (Müller-Gran-


zotto & Müller-Granzotto, 2007, p. 226) à partir de la lecture
que Merleau-Ponty (1945, p. 477) a fait des représentations
graphiques élaborées par Husserl lui même (1893, p. 177),
montre l’orientation temporelle déclenchée à partir et autour
de chaque donnée matérielle survenue dans la « série dès
maintenant » (A, B, C, D…). Pour Husserl, les événements de
cette série ne sont pas connectés entre eux, il n’y a pas entre
eux de relation de complicité ou de cause à effet. Chacun, par
conséquent, se lie aux autres de manière oblique, au moyen
des rétentions de passé ou des attentes élevées au-delà de ses
propres constitutions matérielles. De sorte que, chaque ligne
oblique représente un champ de présence provisoire et passa-
ger. Finalement, chacune de ces lignes ne peut exister qu’à un
instant déterminant du flux, qui est précisément celui ou le
donné gagne une actualité matérielle.

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DIAGRAMME 1

Or, quand on s’occupe de décrire le «self comme réalisa-


tion du potentiel » (PHG, 1951, p. 374), les fondateurs de la
Gestalt-thérapie établissent une description qui se rapproche
beaucoup de la manière dont Husserl comprend le flux de
notre vécu intime du temps. En ce sens, ces auteurs disent
(1951, p. 375) :

En concentrant l’awareness sur la situation concrète, le


caractère passé de la situation se donne comme étant l’état de
l’organisme et de l’environnement ; mais immédiatement, à
l’instant même de la concentration, le connu immuable se dis-
sout en plusieurs possibilités et est vu comme une potentialité.
À mesure que la concentration se poursuit, ces possibilités sont
retransformées en une nouvelle figure qui émerge du fond de
la potentialité : le self est perçu s’identifiant avec certaines des
possibilités et en aliénant d’autres. Le futur, l’avenir, c’est le
caractère orienté de ce processus à partir des nombreuses pos-
sibilités vers une nouvelle figure unique.

Selon ce que nous avons montré dans un autre travail


(Müller-Granzotto & Müller-Granzotto, 2007, p. 229), nous
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pouvons reconnaître, dans ce passage, une série de distinc-
tions conceptuelles importées du discours phénoménologi-
que. Tout comme Husserl – qui en décrivant la dynamique de
la conscience transcendantale différenciait le niveau réflexif
du niveau opératif – PHG distinguent nos constructions
abstraites de l’expérience passée de ce que de telles construc-
tions représentent vraiment, à savoir, l’expérience de forma-
tion de figures à partir d’un fond historique. Une telle expé-
rience, selon eux, ne requiert pas de délibération réflexive.
Elle se donne de manière spontanée, comme une «awareness
en situation concrète » qui, en même temps qu’elle se charge
de fixer une donnée à partir d’un fond de passé dans le
champ organisme/environnement, voit ce caractère passé se
renouveler comme possibilité future, à la recherche d’une
nouvelle donnée. Le self se voit alors emporté par ces possibi-
lités – avec lesquelles il s’identifie ou s’aliène – au profit d’un
événement que lui-même ne contrôle pas, qui est le surgisse-
ment d’une nouvelle figure. Ce qui fait de lui l’unité d’un flux
temporel qui se renouvelle à chaque situation concrète et au
profit de la situation suivante, à laquelle la situation ancienne
est assimilée.
Ainsi, le style phénoménologique de cette description
temporelle du fonctionnement du système self reçoit des
fondateurs de la Gestalt-thérapie une formulation propre, qui
donne une continuité aux descriptions temporelles du proces-
sus de contact considérées individuellement. Les notions
d’awareness sensorielle et d’awareness délibérée, qui avant
désignaient les orientations temporelles implicites à chaque
expérience de contact, valent maintenant comme un système-
awareness (PHG, 1951, p. 386). Et les parties constitutives de
l’awareness sensorielle (précisément, le sentir et l’excitation)
et de l’awareness délibérée (la formation et la destruction de
Gestalten), désignent maintenant les orientations temporel-
les du self, raison pour laquelle elles vont recevoir de
nouveaux noms, comme nous l’avons déjà mentionné : post-
contact et précontact (dans le cas de l’awareness sensorielle)
et contactant et contact final (dans le cas de l’awareness déli-
bérée).
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Du point de vue du flux qui se renouvelle à chaque expé-
rience de contact, la prétérité de la situation, qui est l’aware-
ness sensorielle, ne s’épuise pas dans le travail d’assimilation
d’une habitude. C’est là la dimension du sentir que, doréna-
vant, pour penser l’enchaînement des divers vécus de contact
(des divers champs de présence ou, comme préfèrent dire les
auteurs, des divers « ici-maintenant ») ils vont appeler post-
contact (relatif à un événement antérieur, à l’« ici-mainte-
nant » qui a été détruit).Mais l’awareness sensorielle « choi-
sit » le donné à la frontière entre le passé et le futur (fron-
tière-contact). Cette capacité de choix, les auteurs l’appelle
excitation spontanée. En tant qu’excitation, la prétérité est un
fond permanent qui se renouvelle à chaque nouvelle expé-
rience comme la dimension « inaugurale » du processus de
contact. C’est pourquoi PHG l’appelleront, désormais,
« précontact ». Il s’agit de la co-présence de nos expériences
vécues passées, limitrophe entre notre généralité sensible
(fonction ça) et notre délibération motrice (fonction d’ego).
Les délibérations motrices du self dans la fonction d’ego
correspondent à ce que PHG appellent mobilisation (et qui
traduit l’idée de déplacement en direction de la nouveauté).
Il s’agit des actions au moyen desquelles nous reprenons, avec
les possibilités ouvertes par les donnés à la frontière de
contact, la prétérité rendue disponible dans le précontact
comme excitation. La mobilisation, ainsi comprise, n’est plus
qu’un mouvement de transcendance d’une histoire en direc-
tion d’un futur. Raison pour laquelle PHG vont parler de la
mobilisation comme événement strictement virtuel, tourné
vers le futur, qui est le contactant. La réalisation de la mobili-
sation est, de manière concomitante, la configuration d’une
synthèse « passive » du passé (impersonnel) et du futur (où la
personnification personnelle d’une histoire est désirée). Il
s’agit de l’auto-apparition de ce flux pour soi-même. Cette
apparition, cependant, n’est jamais une coïncidence. Il s’agit
de la configuration d’une unité à distance, présomptive,
virtuelle et que les auteurs appellent « formation de Gestalt ».
Le point culminant de cette auto-apparition est la réalisa-
tion du mouvement de transcendance, réalisation qui mainte-
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nant porte un autre nom : contact final. En elle s’établit une
« synthèse de passage » entre la Gestalt relative à l’événement
antérieur – et qui, par ce passage, est détruit – et un nouvel
événement qui commence à se configurer.

Le processus d’ajustement créatif aux nouveaux matériaux


et circonstances comprend toujours une phase d’agression et
de destruction, parce qu’ il aborde, s’empare de vieilles struc-
tures et les altère si bien que le dissemblable devient sembla-
ble. Quand une nouvelle configuration se met à exister, aussi
bien l’ancienne habitude consumée de l’organisme contactant
que l’état antérieur de ce qui est abordé et contacté sont
détruits dans l’intérêt du nouveau contact. (PHG, 1951, p. 232)

Le contact final, par conséquent, est la destruction de la


Gestalt antérieure au profit de la formation de nouvelles
Gestalten. Mais si le contact-final est le moment de passage
à une nouvelle expérience, la transition d’une Gestalt à une
autre exige le relâchement ou la dissolution de la Gestalt
antérieure qui, alors, est assimilée comme fond pour de
nouvelles expériences de contact. C’est ici que commence
un nouveau champ de présence, un nouvel « ici-mainte-
nant ».
En s’appuyant sur le diagramme husserlien, Granzotto
(2005, p. 118) construit une représentation systématique de
la dynamique spécifique du flux qui caractérise le système
self.

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DIAGRAMME 2
Créé par Rosane Lorena Granzotto à partir de Husserl, 1893 et PHG, 1951

Selon ce que nous pouvons observer, le précontact corres-


pond à la spontanéité du fond habituel, lequel recherche
constamment une voie empirique de réalisation dans l’actua-
lité de la situation : l’excitation. Le contactant est traversé par
l’excitation des possibilités de contact (déclenchées par les
choses semblables et sur lesquelles la fonction d’ego a déli-

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béré) au profit de la configuration d’une unité présomptive
de moi-même. Il s’agit du moment de formation d’une Gestalt
(ou synthèse passive d’un champ de présence et qui est appelé
en Gestalt-thérapie « ici-maintenant »). Le contact final, quant
à lui, est la finalisation ou destruction de cette unité. Une telle
destruction se donne sous la forme d’un mouvement de trans-
cendance radicale vers une nouvelle situation. C’est le
moment de croissance, car il s’agit de l’incorporation du
nouveau lien social (du nouveau « donné » dans le langage de
la phénoménologie). Et tandis que le contact final se produit,
simultanément – à l’événement antérieur – se donne l’assimi-
lation de la forme de la Gestalt détruite (ou de l’habitude qui
en est restée). C’est le moment du post-contact, qui corres-
pond à la rétention intentionnelle des expériences de contact
antérieur : sentir.
Si nous regardons de manière dynamique, nous percevons
qu’il y a entre ces étapes une sorte de complémentarité ambi-
guë et passagère, qui se fait comme passage, en faveur d’un
seul flux d’écoulement. À partir des habitudes assimilées
(post-contact), le self – en tant que fonction ça – perçoit le
donné à la frontière de contact (précontact). Ce donné, à son
tour, ouvre des possibilités pour que le self reprenne – en tant
que fonction d’ego – ces habitudes dans un contexte d’unifi-
cation présomptive (contactant), dont la réalisation, cepen-
dant, ne peut être établie – également par la fonction d’ego
– que par un acte de transcendance vers un donné nouveau
(contact final). Aussitôt que ce nouveau donné est contacté,
l’unification présomptive – autour du donné ancien – sera
assimilée comme fond (post-contact) par la fonction ça.
Nous ne pouvons pas comprendre la relation entre les
orientations temporelles du système self comme si elles
étaient séquentielles ; au contraire, elles sont simultanées, ce
qui introduit, au sein de ce système, beaucoup d’ambiguïtés.
En même temps qu’il se hâte à la fermeture d’un flux de
contact, le nouveau donné a déjà été visé à partir du fond de
passé (ce qui caractérise un nouveau précontact). Ceci signifie
que, en même temps qu’il réalise un flux de contact qui a
commencé dans un donné antérieur, le même « nouveau
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donné » ouvre un deuxième flux. Les événements à la fron-
tière de contact sont, en conséquence, des événements
« ambigus » : d’un côté, ils correspondent au moment de
fermeture d’un flux de contact, de l’autre, ils équivalent à
l’ouverture d’un nouveau flux.
Mais ce ne sont pas uniquement aux événements de fron-
tière que l’on peut attribuer une ambiguïté. Le « propre flux »
de contact est ambigu, éminemment ambigu du fait qu’il
implique toujours au moins « deux événements de fron-
tière » : un premier événement, où un flux s’ouvre (précontact
et contactant) ; et un second, où le flux se ferme (contact
final). Mais ce n’est pas seulement cela : aussitôt que l’excita-
tion survenue au premier événement se transcende vers le
second, rétrospectivement, le premier événement est
« détruit » ; ou, ce qui est la même chose, il est « assimilé »
(post-contact) comme fond pour un nouveau flux qui s’ouvre
conjointement au second événement. Ce qui revient à dire
que le flux de contact implique toujours deux orientations
temporelles : une orientation prospective (formation et
destruction d’une Gestalt lors du passage de l’ « événement
un » à l’ « événement deux ») et une orientation rétrospective
(assimilation de l’ « événement un » comme fond pour la
formation d’une nouvelle Gestalt). Dans la première orienta-
tion, nous avons croissance. Dans la seconde, conservation.
Enfin, nous percevons ici une présentation phénoménolo-
gique des idées de Goldstein, auxquelles PHG ajouteront une
dimension historique, exigée par le discours phénoménologi-
que et par la pratique clinique qu’ils se proposent de repen-
ser. En conséquence de cette relecture, la thèse de l’autorégu-
lation n’est plus considérée comme un processus de synthèse
de multiples facteurs autour d’une « nécessité » dominante
(faim, soif, curiosité…) ; elle en vient à désigner un processus
spontané de différenciation, différenciation d’une histoire en
relation à soi-même, qui découle des possibilités de recréation
ouvertes par les contingences matérielles, même dans le cas
des psychopathologies. Ce fut cette modification qui a permis
la migration des catégories goldsteiniennes du champ de la
physiologie pure vers le champ de la psychothérapie.
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8 – Considérations finales : le système self dans
la clinique

La présentation temporelle du processus de formation et


de destruction d’une Gestalt est le point fort de la théorie du
self. Finalement, c’est elle qui éclaire, dans son sens ultime, la
dynamique de corrélation que constitue le self.

À partir du principe et pendant tout le processus, en étant


excité par une nouveauté, le self dissout ce qui est donné (aussi
bien dans l’environnement que dans le corps et ses habitudes),
le transformant en possibilités et, à partir de celles-ci, crée une
réalité. La réalité est un passage du passé vers le futur : c’est
ce qui existe et c’est ce dont le self a conscience, c’est ce qu’il
découvre et invente » (PHG, 1951, p. 404-405).

Le self est un système de contact, mais il n’est pas la


synthèse ou la totalité de tous les vécus de contact. Le self est
une expérience de contact à chaque fois. L’une après l’autre.
Toutefois, comme en chacune toutes les autres sont comprises
comme horizon de passé et futur, le self inclut, à chaque
nouvelle expérience vécue de contact, la co-présence des
autres. Plus précisément, il est ce qui se conserve et se crée
autour de chaque contingence, de chaque nouveauté. Il est le
passage ininterrompu d’une expérience de contact à l’autre.
Ou encore, il est le passage, la formation d’un champ et sa
destruction en faveur du surgissement de l’autre, mais
toujours avec un champ à chaque fois.

Le présent est l’expérience de la spécificité que nous deve-


nons en nous dissolvant dans plusieurs possibilités significati-
ves, et la réforme de ces possibilités pour produire une nou-
velle spécificité unique et concrète (PHG, 1951, p. 306).

Or, pour PHG, l’expérience clinique est un système self. En


elle, nous vivons la formation et la destruction de champs qui
se succèdent. Dans chacun d’eux, nous sommes traversés par
un fond de généralité jamais recouvert et identifié, à partir
duquel nous nous individualisons en actions et en mots qui, à
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leur tour, rendent viables la constitution et le démontage de
désirs et de valeurs imaginaires, telles que celles par lesquel-
les nous nous reconnaissons thérapeutes ou consultants.
Et aussi nous pouvons vérifier en elles les dynamiques
intentionnelles qui caractérisent l’écoulement d’un vécu de
contact à l’autre. La présence d’un sentiment naissant (affect)
est toujours le signe qu’il y a un précontact qui se produit (dès
lors que les sentiments naissants sont les affects des excita-
tions). La présence de l’intérêt, de la curiosité (qui se laisse
voir dans le tonus musculaire et dans l’intensification de l’in-
tention) vis-à-vis d’un avenir trahit la présence d’un contac-
tant. Tout comme la satisfaction active (le plaisir) comme
objet déterminé indique le moment du contact-final. Contrai-
rement au sentiment naissant (affect), qui n’a jamais d’objet
déterminé, la satisfaction active peut toujours être mise en
relation avec quelqu’un ou quelque chose de bien spécifique.
Et presque de manière concomitante à l’expérience de la
satisfaction active se produit un relâchement, qui est un type
de satisfaction passive, caractéristique du post-contact. Du
point de vue de notre vécu, ces manifestations empiriques des
dynamiques du contact sont simultanées. Le découpage de
l’une ou de l’autre, ce qui fait qu’une d’elles est figure, est un
choix du clinicien. Et pour le clinicien, parfois, l’absence de ces
manifestations est plus importante que leur présence. L’ab-
sence montre qu’il y a eu une interruption à un certain
moment du processus de contact. Le travail analytique
commence exactement au moment où le clinicien perçoit une
telle interruption. S’il s’en remet à ce qui se passe dans le
champ, tout se passe comme s’il était poussé d’un moment à
l’autre dans le flux de contact, jusqu’à ce qu’une faille se
produise. C’est comme si le consultant était resté en arrière ou
s’était trop avancé. Sans aucun doute, beaucoup de ces failles
peuvent être produites par la propre action que l’on attribue
au clinicien. Mais, si le clinicien est disponible, s’il se laisse
affecter par l’expérience de contact, ce sera facile pour lui de
voir où se produit l’interruption ? (dans le précontact, dans le
contactant, dans le contact final ou dans le post-contact), qui
en est l’agent ? (si la fonction d’ego est en lui ou chez le
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consultant, ou dans une habitude qui la remplace) et quel
ajustement cet agent réalise ? Et au moment de conclure,
nous ouvrons la perspective d’une discussion sur l’importance
des dynamiques du self pour la lecture diagnostic des types
d’ajustements qui se produisent dans l’expérience clinique
gestaltiste.

MARCOS JOSÉ MÜLLER-GRANZOTTO est


docteur en Philosophie, professeur et cher-
cheur à l’Universidade Federal de Santa
Catarina, Brasil, psychologue clinicien et
Gestalt-thérapeute. Il a écrit le livre Mer-
leau-Ponty acerca da expressão (POA:
Edipucrs, 2001) et est co-auteur de livre
Fenomenologia e Gestalt-terapia (SP:
Summus, 2007, Cuatro Vientos, 2009).

ROSANE LORENA MÜLLER-GRANZOTTO


est maitre en Philosophie, psychologue clini-
cienne, gestalt-thérapeute, directrice de
l’Instituto Müller-Granzotto de Psicologia
Clínica Gestáltica à Florianópolis, SC, Brasil,
où elle pratique et enseigne le Cours de spé-
cialisation en Gestalt-thérapie. Co-auteur de
livre Fenomenologia e Gestalt-terapia
(SP: Summus, 2007, Cuatro Vientos, 2009).

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NOTES

1. Les références bibliographiques des ouvrages consultés sont mention-


nées dans le corps du texte avec la date de la première édition dans la langue
originale de manière à favoriser la compréhension des arguments sous l’an-
gle historiographique. La date de la version utilisée se trouve à la fin du texte
dans les références bibliographiques.
2. La lettre de Goodman à Köhler est de décembre 1951, l’original se
trouve à la Bibliothèque Houghton.

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