Équations aux Dérivées Partielles ISIMA
Équations aux Dérivées Partielles ISIMA
Éléments nis
Gilles Leborgne
Septembre 2003
Les paragraphes commençant par une étoile * sont hors-programme. Ils sont donnés comme
compléments pouvant être utiles lors de projets, de stages ou dans le but de préparer un DEA de
mathématiques appliquées.
I Problèmes elliptiques 4
1 Introduction aux espaces de Hilbert 4
1.1 Produit scalaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4
1.2 Espaces préhilbertiens et hilbertiens . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4
1.3 Inégalité de CauchySchwarz . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
1.4 Une application . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
1.5 Remarque sur les espaces vectoriels fermés ou non . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
1.6 Projection . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
1
2
II Approximations variationnelles 54
4 Approximation variationnelle abstraite 54
4.1 Le problème variationnel abstrait . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 54
4.2 Conformité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 55
4.3 Convergence de uh vers u . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 55
4.4 Rapidité de la convergence . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 56
4.5 Méthode de Ritz-Galerkin . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 57
2
3
Annexes 95
A Quelques rappels sur les formes et applications linéaires continues 95
A.1 Application continue . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 95
A.2 Applications et formes linéaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 95
A.3 Forme linéaire continue et sa norme . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 95
A.4 Normes sur Rn . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 96
A.5 Application linéaire continue de E dans Rn . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 97
A.6 Valeurs propres de matrices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 97
3
4
Première partie
Problèmes elliptiques
Un produit scalaire sur un vectoriel réel H est une forme bilinéaire symétrique et dénie posi-
tive ; on la notera (·, ·)H .
Une forme sesquilinéaire sur un espace vectoriel complexe H est une application de H × H dans
C telle que, pour tout α, β ∈ C et tout x, x1 , x2 , y, y1 , y2 ∈ H :
Un produit scalaire sur un vectoriel complexe H est une forme sesquilinéaire hermitienne et
dénie positive ; on la notera (·, ·)H .
p
On associe à (·, ·)H la norme dénie sur H par : ||x||H = (x, x)H . On omet l'indice H quand
aucune confusion n'est possible. On rappelle qu'une norme sur H est une application p : H −→ R+
telle que :
(i) p(x) ≥ 0, ∀x ∈ H et p(x) = 0 ⇔ x = 0
(ii) p(αx) = |α| p(x), ∀α ∈ R, ∀x ∈ H
(iii) p(x + y) ≤ p(x) + p(y), ∀x, y ∈ H
La dernière inégalité est l'inégalité triangulaire qui s'écrit aussi p(x − y) ≤ p(x − z) + p(z − y) pour
tout x, y, z ∈ H .
4
5 1.3. Inégalité de CauchySchwarz
Dénition 1.1 Un espace vectoriel réel ou complexe H est un espace préhilbertien s'il est muni
d'un produit scalaire (·, ·)H .
Dénition 1.2 Un espace de Hilbert est un espace préhilbertien qui est complet pour la norme
associée au produit scalaire. C'est donc en particulier un espace de Banach pour la norme dérivée
du produit scalaire.
Proposition 1.3 (Inégalité de Schwarz) Dans un espace préhilbertien (H, (·, ·)H ) :
|(x, y)H | ≤ ||x||H ||y||H , ∀x, y ∈ H. (1.1)
Preuve. Dans un espace vectoriel réel, on considère le polynôme P (t) = ||x − ty||2 = ||y||2 t2 −
2(x, y)t + ||x||2 pour tout t ∈ R, x et y quelconques dans H . P (t) étant positif pour tout t, on
déduit (x, y)2 − ||x||2 ||y||2 ≤ 0. Dans le cas d'un espace vectoriel complexe on se ramène au cas
précédent avec le polynôme P (t) = ||x − tαy||2 = |α|2 ||y||2 t2 − (α(y, x) + ᾱ(x, y))t + ||x||2 pour
tout t ∈ R, avec α ∈ C, et on choisit α ∈ C tel que |α| = 1 et α(y, x)H ∈ R.
L'importance considérable des espaces préhilbertiens et hilbertiens (existence d'un produit sca-
laire) est due au théorème de CauchySchwarz et à la simplicité des calculs qui en résultent.
On en déduit :
2ab ≤ a2 + b2 , ∀a, b ∈ R.
On en déduit :
(ac + bd)2 ≤ (a2 + b2 )(c2 + d2 ), ∀a, b, c, d ∈ R,
puisque 2abcd ≤ a2 d2 + b2 c2 .
Mais µ
cela¶se déduit également ~ cd
directement de la relation de CauchySchwarz : ab. ~ ≤ ||ab||.||
~ ~
cd||
µ ¶
~ = a et cd
où ab ~ = c . Et plus généralement :
b d
q q
(a1 b1 + · · · + an bn ) ≤ (a21 + · · · + a2n ) (b21 + · · · + b2n ), ∀a1 , ..., an , b1 , ..., bn ∈ R, (1.2)
5
6 1.5. Remarque sur les espaces vectoriels fermés ou non
Cette dernière inégalité (CauchySchwarz) sera utilisée dans la suite comme, pour tout u, v ∈
H 1 (Ω) :
~
||u||L2 ||v||L2 + ||gradu|| ~
(L2 )n ||gradv||(L2 )n
~
≤ (||u||2L2 + ||gradu||2 1
2 2 1
(L2 )n ) (||v||L2 + ||gradv||(L2 )n ) ,
2 2
déf
où ||v||2H 1 = ||v||2L2 + ||gradv||2(L2 )n .
Exemple 1.5 Soit C 0 ([0, 1]) l'espace des fonctions continues sur [0, 1]. La norme de la convergence
uniforme est dénie sur C 0 ([0, 1]) par :
Et muni de cette norme, (C 0 ([0, 1]), ||.||∞ ) est un espace de Banach (exercice classique).
Exemple 1.6 Par contre, muni de la norme de L2 ([0, 1]) (norme de l'énergie) dénie par :
Z 1
1
||f ||L2 = ( |f (x)|2 dx) 2 ,
0
l'espace (C 0 ([0, 1]), ||.||L2 ) n'est pas complet (d'ailleurs son complété C 0 ([0, 1]) est l'espace L2 ([0, 1])
tout entier).
Pour s'en convaincre, il sut de considérer la fonction 1] 21 ,1] qui vaut 0 sur [0, 12 ] et 1 sur ] 12 , 1] :
cette fonction est en escalier et donc n'est pas continue (non dans C 0 ([0, 1])) et est pourtant limite,
au sens de la convergence dans L2 ([0, 1]), d'une suite de fonctions continues (en dessiner). Par
exemple, avec :
1
fn (x) = 0 si 0 ≤ x ≤ ,
2
1 1 1 1
fn (x) = n(x − ) si ≤ x ≤ + ,
2 2 2 n
fn (x) = 1 1 1
si + ≤ x ≤ 1,
2 n
la suite (fn ) de C 0 ([0, 1]) est telle que ||1] 12 ,1] − fn ||L2 −→n→∞ 0. Et il est immédiat que (fn ) est
une suite de Cauchy dans (C 0 ([0, 1]), ||.||L2 ). Cette suite ne convergeant pas dans C 0 , on en déduit
que (C 0 ([0, 1]), ||.||L2 ) n'est pas hilbertien (uniquement préhilbertien).
Exemple 1.7 Et soit F = {f ∈ C 0 ([0, 1]) : f|[0, 12 ] = 0}. Alors F est trivialement stable dans C 0 :
toute combinaison linéaire de fonctions de F est dans F , et c'est bien un sous-espace vectoriel. Mais
il n'est pas fermé pour la norme ||.||L2 , voir l'exemple des suites (fn ) précédentes qui appartiennent
à F mais convergent à l'extérieur de F .
(Noter tout de même que F est fermé pour la norme ||.||∞ : dans ce cas, la suite (fn ) choisie
n'est pas de Cauchy pour la norme ||.||∞ , et donc ne peut pas converger pour cette norme.)
Remarque 1.8 Ces exemples montrent qu'en dimension innie les normes ne sont pas toujours
équivalentes. En eet, il est immédiat que : lorsque les normes ||.||1 et ||.||2 sont équivalentes dans
un espace vectoriel E , alors (E, ||.||1 ) complet équivant à (E, ||.||2 ) complet : si une suite est de
Cauchy (resp. et converge) dans une norme alors elle est de Cauchy (resp. et converge) dans une
norme équivalente (resp. et les limites sont identiques).
Or (C 0 ([0, 1]), ||.||∞ ) est complet alors que (C 0 ([0, 1]), ||.||L2 ) ne l'est pas : les normes ||.||∞ et
||.||L2 ne sont donc pas équivalentes.
6
7 1.6. Projection
1.6 Projection
On rappelle, dans le cas des sous-espaces vectoriels fermés :
Théorème 1.9 Soit F un sous-espace vectoriel fermé d'un espace de Hilbert H . Alors, pour tout
x ∈ H , il existe un unique a ∈ F tel que :
déf
||x − a||H = d(x, F ) ( = inf ||x − b||H ). (1.4)
b∈F
noté
Ce point a = PF x et est appelé projection de x sur F . On a ainsi déni une fonction PF : H → H
vériant Im(PF ) = F et caractérisée par :
1
||an − am ||2 → d(x, F ) + d(x, F ) − 2d(x, F ) = 0.
2
Donc (an ) est une suite de Cauchy. Puisque F est fermé, cette suite converge. Si a est sa limite,
on a bien ||x − a|| = lim ||x − an || = d(x, F ).
2- Si a et a0 vérie ||x − a|| = d(x, F ) = ||x − a0 || alors la suite (a, a0 , a, a0 , ...) est de Cauchy,
grâce au lemme de la médiane. Donc cette suite est convergente, donc a = a0 .
3- Montrons que (1.4) implique (1.5). Pour tout λ ∈ R et b ∈ F on a c = a + λ(b − a) ∈ F (car
F est stable), et par dénition de a on a ||x − a|| ≤ ||x − c||. D'où, pour tout λ ∈ R :
et donc :
∀λ ∈ R, λ2 ||b − a||2H ≥ 2λ(x − a, b − a)H .
Prenant λ > 0 puis λ < 0, on en déduit que (x − a, b − a)H ≤ 0 puis (x − a, b − a)H ≥ 0. D'où
(x − a, b − a)H = 0, ce pour tout b ∈ F .
4- Réciproquement, montrons que (1.5) implique (1.4). Pour tout b ∈ F on a bien :
||x − b||2 = ||x − a + a − b||2 = ||x − a||2 + ||a − b||2 + 0 ≥ ||x − a||2 ,
7
8 1.6. Projection
Remarque 1.10 Ce théorème et cette démonstration tiennent dès que F est un convexe fermé
dans H à condition de changer la caractérisation (1.5) (égalité) en la caractérisation (l'inégalité) :
∀b ∈ F (x − a, b − a) ≤ 0.
Faire un dessin. Et si F n'est pas fermé, la projection n'existe pas toujours (elle existe dans F ).
(On rappelle que Vect(B) est le sous espace vectoriel engendré par B , i.e. l'espace des combinaisons
linéaires (sommes nies) d'éléments de B :
n
X
Vect(B) = {x ∈ H : ∃n ∈ N, ∃αi ∈ R, 1≤i≤n, ∃bi ∈ B, 1≤i≤n : x = αi bi }.)
i=1
(Le 2- de cette proposition est très utile pour démontrer qu'un sous espace est dense.)
Preuve. Le 1- n'est autre que la proposition précédente.
⊥
2- Si F est dense dans H alors F = H et F ⊥ = F = {0}. Et réciproquement, si {0} = F ⊥
alors H = (F ⊥ )⊥ = Vect(F ) = F , d'où F est dense dans H .
8
9 1.6. Projection
Remarque 1.14 Ce corollaire est faux si F n'est pas fermé. On reprend l'exemple 1.7 dans
C 0 ([0, 1]) muni du produit scalaire de L2 (]0, 1[) : on a immédiatement F ⊥ = {f ∈ C 0 ([0, 1]) :
f|[ 21 ,1] = 0}, mais F + F ⊥ ne contient pas la fonction ≡ 1 qui est pourtant dans C 0 ([0, 1]) (la
fonction 1 ne peut être écrite 1 = f + f⊥ avec f ∈ F et f⊥ ∈ F ⊥ ).
Remarque 1.15 Dans (C 0 ([0, 1]), ||.||∞ ), F ⊥ n'a aucun sens car la norme ||.||∞ ne dérive pas
d'un produit scalaire, et donc il n'y a pas de notion d'orthogonalité.
9
10
Les espaces de Sobolev qu'on considèrera dans ce cours seront hilbertiens (la norme qu'on consi-
dérera dérivera d'un produit scalaire), et ce seront l'espace L2 (Ω) des fonctions de carré intégrable
sur un ouvert Ω ⊂ Rn : Z
L2 (Ω) = {f : Ω → R : |f (~x)|2R < ∞},
Ω
2
et des sous-espaces de L (Ω) de fonctions dont des dérivées sont de carré intégrable (fonctions
d'énergie nie), comme par exemple :
∂f ~
H 1 (Ω) = {f ∈ L2 (Ω) : ∀i=1, ..., n, ∈ L2 (Ω)} = {f ∈ L2 (Ω) : gradf ∈ (L2 (Ω))n }.
∂xi
Si un seul ouvert Ω est utilisé on note plus simplement (·, ·)L2 (Ω) = (·, ·)L2 et ||.||L2 (Ω) = ||.||L2 . On
admet le théorème :
Théorème 2.1 (RieszFischer) L2 (Ω) muni du produit scalaire (·, ·)L2 est un espace de Hilbert.
On rappelle l'inégalité de Schwarz :
i.e. ³Z ´2 ³Z ´³Z ´
f (x)g(x) dx ≤ f 2 (x) dx g 2 (x) dx
Ω Ω Ω
fm (~x)
m
L'espace L2 (Ω) = L2 (Ω) × ... × L2 (Ω) (produit cartésien m-fois) est l'espace des fonctions
f~ ∈ F(Ω, Rm ) dont les composantes (fi )i=1,...,m sont dans L2 (Ω).
m
Pour faire de L2 (Ω) un espace de Hilbert, on le munit du produit scalaire cartésien :
m
X noté
(f~, ~g )L2 (Ω)p = (fi , gi )L2 (Ω) = (f~, ~g )L2 ,
i=1
~ n
Par exemple, pour u ∈ C 1 (Ω̄) et Ω borné, on a gradu ∈ C 0 (Ω̄)n ⊂ L2 (Ω) et :
X n Xn Z Z
~ 2 ∂u 2 ∂u 2 ~
||gradu||L2 = || ||L2 = | (~x)| dΩ = x)||2Rn dΩ.
||gradu(~ (2.2)
i=1
∂x i i=1 Ω ∂x i Ω
~
On se servira très souvent de ||gradu||L2 dans ce cours.
10
11 2.2. Notions de distributions
−1
−2 −1 0 1 2
S
Fig. 2.1 Le support de cette fonction est [−1, 1], adhérence de ] − 1, 0[ ]0, 1[.
11
12 2.2. Notions de distributions
On munit D(Ω) de la convergence suivante (convergence `très contraignante') : la suite (ϕm )m∈N
de D(Ω) converge vers ϕ ∈ D(Ω), et on note ϕm → ϕ dans D(Ω), si et seulement si :
1. les supports des ϕm restent dans un compact xe :
(il existe un voisinage ouvert O ⊂ Ω du bord de Ω, à savoir O = Ω−K , tel que toutes les ϕm
sont nulles dans tout O)
2. pour tout α ∈ Nn (i.e. pour chaque ordre) on a ∂ α ϕm −→ ∂ α ϕ uniformément dans Ω, i.e. :
(Convergence uniforme à tout ordre. On rappelle que ||f ||∞ = supx∈Ω |f (x)|).
On dénit dès lors l'espace dual D0 (Ω) = L(D(Ω), R) de D(Ω), i.e. l'espace des formes linéaires
continues (pour la notion de convergence ci-dessus) sur D(Ω). D0 (Ω) est appelé espace des distri-
butions et ses éléments sont appelés distributions.
Donc on a T ∈ D0 (Ω) si T : D(Ω) −→ R vérie :
1. la linéarité : pour tout r ∈ R et tous ϕ, ψ ∈ D(Ω) :
(sans indice si aucune confusion n'est possible). Cette notation usuelle dans le cas linéaire permettra
dans le cas où T peut être représentée par une fonction de manipuler l'expression hT, ϕi comme
un produit scalaire (T, ϕ)L2 (Ω) , voir l'exemple suivant 2.7.
On vérie que δa est une distribution : la linéarité est immédiate (par dénition de l'addition et de la
multiplication par un scalaire dans l'espace des fonctions), et la continuité est tout aussi immédiate
puisque de la notion de convergence dans D(Ω) on a uniquement besoin de la convergence uniforme
à l'ordre 0 (l'écrire).
C'est un exemple de distribution qui n'est pas une fonction : δa n'est pas une fonction, voir
plus loin.
est une distribution : la linéarité est immédiate (c'est celle de la linéarité de l'intégrale), et la
continuité est tout aussi immédiate puisque de la notion de convergence dans D(Ω) on a uniquement
besoin de la convergence uniforme à l'ordre 0 : |Tf (ϕ)−Tf (ϕm )|R ≤ ||f ||L2 ||ϕ−ϕm ||L2 par Cauchy
Schwarz, et ||ϕ − ϕm ||L2 ≤ C||ϕ − ϕm ||∞ où C est le volume d'un compact qui contient tous les
supp(ϕm ), et donc |Tf (ϕ) − Tf (ϕm )|R → 0 quand ϕm → ϕ dans D(Ω).
12
13 2.2. Notions de distributions
Dénition 2.8 Toute distribution de type Tf déni dans l'exemple ci-dessus est appelée distri-
bution régulière (associée à la fonction f de L2 (Ω)).
Attention : c'est une notation abusive qui n'a de sens que Rlorsque T est une distribution régulière
(de la forme Tf avec f ∈ L2 (Ω)). En particulier, l'écriture Ω T (~x)ϕ(~x) dx est abusive lorsque T (~x)
n'a pas de sens. Z
noté
Ainsi δa (f ) = δa f dx est une notation abusive, uniquement formelle.
Ω
Dénition 2.10 Pour T ∈ D0 (Ω) = L(D(Ω), R), on dénit les fonctionnelles, pour i=1, ..., n :
déf ∂ϕ
Si : ϕ ∈ D(Ω) → Si (ϕ) = − hT, i.
∂xi
∂T
Les Si sont appelées les dérivées premières de T au sens des distributions, et notées Si = ∂xi .
Donc, les dérivées premières de T au sens des distributions sont dénies par : pour tout
i=1, ..., n :
∂T déf ∂ϕ
∀ϕ ∈ D(Ω), h , ϕi = − hT, i (2.12)
∂xi ∂xi
∂T déf ∂ϕ
Ou encore, pour tout ϕ ∈ D(Ω) : (ϕ) = − T ( ).
∂xi ∂xi
C'est une généralisation de la formule d'intégration par partie, les termes de bord étant nuls
lorsque ϕ ∈ D(Ω). Attention, c'est une dénition, pas une propriété. Avec la notation intégrale, on
a donc, par dénition :
Z Z
∂T déf ∂ϕ
∀ϕ ∈ D(Ω), ϕ dx = − T dx.
Ω ∂x i Ω ∂x i
On vérie immédiatement :
∂T
Proposition 2.11 Si T ∈ D0 (Ω) alors, pour tout i=1, ..., n, les fonctionnelles Si = sont des
∂xi
∂T
distributions : ∂xi ∈ D0 (Ω).
13
14 2.2. Notions de distributions
Remarque 2.12 On rappelle que pour dénir une fonction f , il sut de donner sa valeur en
chacun de ses points : f est connue si on connaît f (x) pour tout x dans le domaine de dénition
de f .
Les fonctionnelles T ∈ D0 (Ω) sont avant tout des fonctions (dénies sur un espace de fonctions).
Donc elle sont connues si on connait T (ϕ) pour tout ϕ dans le domaine de dénition de T , i.e.
pour tout ϕ ∈ D(Ω). Avec la notation du crochet de dualité, une distribution T est donc connue si
on connaît hT, ϕi pour tout ϕ ∈ D(Ω). Et c'est bien ainsi qu'ont été dénies la masse de Dirac δa ,
∂T
la distribution régulière Tf , et la dérivée partielle .
∂xi
le deuxième signe `=' étant donné par l'intégration par partie classique puisque ϕ ∈ D(]a, b[) donne
en particulier ϕ(a) = ϕ(b) = 0. On peut identier sans souci f 0 et les distributions associées T(f 0 )
ou (Tf )0 quand f ∈ C 1 .
Exemple 2.15 La fonction (marche unité) de Heaviside H0 = 1R+ : R → R dénie par H0 (x) = 1
si x ≥ 0 et H0 (x) = 0 si x < 0 (marche unité) n'est pas dérivable en 0. Elle est dérivable au sens
des distributions : si TH0 est la distribution associée à H0 par hTH0 , ϕi = (H0 , ϕ)L2 (Ω) pour tout
ϕ ∈ D(R), alors :
Z ∞
dTH0 déf dϕ
h , ϕi = − hTH0 , i=− ϕ0 (x) dx = ϕ(0) = hδ0 , ϕi
dx dx 0
dT dT
Donc dxH0 = δ0 dans D0 (R). On note : dxH0 = δ0 dans D0 (R), ou encore H00 = δ0 au sens des
disributions (attention la fonction de Heaviside n'est pas dérivable, et écrire H00 impose de préciser
`au sens des distributions').
Montrer que pour la marche unité Ha = 1]a,∞[ on a Ha0 = δa au sens des distributions.
Exemple 2.16 La fonction valeur absolue : |x| = x si x > 0 et |x| = −x si x < 0 a pour dérivée
au sens des ditributions H0 (x) − H0 (−x) = (1R+ − 1R− )(x). Le vérier et faire le dessin.
Exemple 2.17 Soit f une fonction C 1 par morceaux, en deux morceaux, i.e., f ∈ C 1 (R) − {a},
f (a−0), f (a+0), f 0 (a−0), f 0 (a+0) ∈ R. On note s = f (a+0) − f (a−0) le saut de f en a. Alors la
distribution Tf associée à f est dérivable au sens des distributions et par dénition :
Z
h(Tf )0 , ϕi = − f (x)ϕ0 (x) dx.
R
f 0 a un sens dans C 0 (] − ∞, a[) et dans C 0 (]a, ∞[, et on peut appliquer les règles usuelles de
l'intégration par parties :
Z Z a Z ∞
0 0
− f (x)ϕ (x) dx = − f (x)ϕ (x) dx − f (x)ϕ0 (x) dx
R ∞ a
Z a Z ∞
0
= f (x)ϕ(x) dx + f 0 (x)ϕ(x) dx + s ϕ(a).
∞ a
14
15 2.3. L'espace de Sobolev H 1 (Ω)
On a donc :
(Tf )0 = Tf 0 + sδa ,
(attention aux notations !) où on a noté Tf 0 la distribution associée à f 0 là où f 0 a un sens ( !), i.e. :
Z a Z ∞
hTf 0 , ϕi = f 0 (x)ϕ(x) dx + f 0 (x)ϕ(x) dx.
∞ a
Attention aux notations ! Ce sont celles usuellement employées par les physiciens et il convient de
connaître leur signication qui n'est pas classique. Donc, si on veut dériver la fonction f discontinue
en a, à la dérivée classique f 0 (là où elle a un sens) il faut ajouter la masse de Dirac sδa . On retrouve
bien sûr les cas particuliers où f = H0 , et où f est continue dérivable en a (pour lequel s=0).
Remarque 2.18 La plus grosse diculté dans l'utilisation des distributions est les notations : on
vient de voir que considérer f 0 n'a aucun sens quand par exemple f a un saut en a, ou plutôt a
deux sens ! Le premier sens est classique et désigne la dérivée de f là où elle a un sens (ici partout
sauf en a) : cette dérivée classique ne permet pas de décrire ce qui se passe en a, alors que c'est
justement la discontinuité en a qui gouverne généralement le phénomène à étudier.
Et le deuxième sens est pris au sens des distributions, i.e. comme (Tf )0 dénie par (2.12) et
qui ne doit en aucun cas être notée f 0 au voisinage de a. Alors, attention au contexte et aux
notations !
Exercice 2.19 Soit Ω =] − 1, 1[. Résoudre le problème de Dirichlet, pour y ∈] − 1, 1[ :
(
u00 = δy
u(−1) = u(1) = 0
On note uy (x) = E(x, y) la solution (dite solution élémentaire), solution qui dépend de y . On
montrera que uy (x) = 21 (y + 1)(x − 1) si x ≥ y et uy (x) = 12 (y − 1)(x + 1) si x < y (fonction
continue).
Indication : u0 (x) = Hy (x) + c, i.e., u0 (x) = 1 + c si x ≥ y et u0 (x) = c si x < y où c ∈ R
est une constante d'intégration. Puis intégrer à nouveau : cela introduit 2 nouvelles constantes
d'intégration, ces trois constantes étant données par les conditions de Dirichlet et la continuité
en y à justier.) Cette équation correspond à un problème de charge ponctuelle (en y ) et sa
solution non dérivable au sens classique.
Vérier que la solution du problème associé (au sens des distributions) :
(
u00 = f
u(−1) = u(1) = 0
R1
est donnée par u(x) = −1
E(x, y)f (y) dy pour −1 < x < 1.
Réponse : voir cours des distributions. On peut faire la vérication formelle en écrivant
∂2E
R
∂x2 (x, y) = δy (x) et en dérivant sous le signe (ce qui sera toujours valide au sens des dis-
tributions).
Dénition 2.20 De manière générale, pour T ∈ D0 (Ω) et α ∈ Nn , ∂ α T est déni par :
déf
h∂ α T, ϕi = (−1)|α| hT, ∂ α ϕi (2.13)
Et on vérie immédiatement que ∂ α T ∈ D0 (Ω) (dénit une distribution) pour tout α ∈ Nn :
Proposition 2.21 Une distribution est inniment dérivable au sens des distributions.
15
16 2.3. L'espace de Sobolev H 1 (Ω)
Exemple 2.22 Soit Ω =]0, 2[ et soit la fonction ane par morceaux (fonction chapeau) :
(
x si x ∈ ]0, 1] ,
ϕ(x) = (2.14)
2 − x si x ∈ [1, 2[ .
(Faire le dessin.) Cette fonction n'est pas dérivable (au sens classique en x=1), mais est dérivable
au sens des distributions : si Tϕ est la distribution régulière associée, alors (Tϕ )0 est identiable
à la fonction ψ = 1]0,1[ − 1]1,2[ ∈ L2 (]0, 2[). On notera simplement (Tϕ )0 = ψ S = ϕ0 au sens des
distributions. (Notez que ψ n'est autre que ϕ0 là où ça a un sens, i.e. dans ]0, 1[ ]1, 2[).
On dénit alors l'espace de Sobolev d'ordre 1 sur Ω ouvert de Rn par :
∂v
H 1 (Ω) = {v ∈ L2 (Ω) : ∈ L2 (Ω), ∀i = 1, . . . , n}
∂xi (2.15)
n
~
= {v ∈ L2 (Ω) : gradv ∈ L2 (Ω) }.
(Par exemple, la fonction chapeau ϕ donnée en (2.14) est dans H 1 (]0, 2[).)
On lui associe le produit scalaire :
Z n Z
X ∂u ∂v
(u, v)H 1 (Ω) = u(x)v(x) dx + (x) (x) dx
Ω Ω ∂xi ∂xi
Z Zi=1
= ~
u(x)v(x) dx + (gradu(x), ~
gradv(x))Rn dΩ,
Ω Ω
Xn
~ ~ noté ~ ~ ∂u ∂v
où (gradu(x), gradv(x)) Rn = gradu(x).gradv(x) = (produit scalaire euclidien de Rn ).
i=1
∂x i ∂xi
Donc :
~
(u, v)H 1 (Ω) = (u, v)L2 (Ω) + (gradu, ~
gradv)L2 (Ω) , (2.16)
Z
~ ~ noté ~ ~
où on a noté (gradu, gradv)L2 (Ω) = gradu(x). gradv(x) dΩ. La norme associée est notée :
Ω
q ³ Xn
∂v 2 ´ 12
||v||H 1 (Ω) = (v, v)H 1 (Ω) = ||v||2L2 (Ω) + || ||L2 (Ω)
i=1
∂xi
i.e. : ³ ´ 12
~
||v||H 1 (Ω) = ||v||2L2 (Ω) + ||gradv||2
2 . (2.17)
L (Ω)
16
17 2.4. L'espace de Sobolev H01 (Ω) et l'inégalité de Poincaré
Remarque 2.26 Par contre, dans R (en dimension 1 donc), les fonctions de H 1 (I) seront des
fonctions continues pour I intervalle borné ou non : par dénition :
H 1 (I) = {v(x) ∈ L2 (I) : v 0 (x) ∈ L2 (I)}.
Or sur tout intervalle borné I1 , une Rfonction f de LR2 (I1 ) appartientR aussi à L1 (I1 ). En eet,
1 1
l'inégalité de Cauchy-Schwarz donne I1 |f (x)| dx ≤ ( I1 |f (x)|2 dx) 2 ( I1 dx) 2 < ∞. Donc v 0 ∈
L2 (I) implique v 0 ∈ LR1 (I1 ) pour tout intervalle borné I1 inclus dans I ; et pour c un point intérieur
x
à I , la fonction x → c v 0 (t) dt est bien dénie et de plus continue. On dénit :
Z x
ṽ(x) = C + v 0 (t) dt,
c
et ṽ est continue.
(ṽ est un élément de la classe de v , L2 (I) étant un ensemble de classes d'équivalence : une
fonction v0 nulle presque partout ajoutée à ṽ donne une fonction ṽ + v0 qui a la même valeur
dans L2 (I) : ||ṽ + v0 ||L2 (I) = ||ṽ||L2 (I) (voir les cours sur l'intégrale de Lebesgue). Sans précision
supplémentaire, on prendra toujours le représentant continu ṽ de la classe d'équivalence pour dénir
v ∈ H 1 (I).)
Cela permet d'utiliser une autre dénition de H 1 (I) (dans le cas I intervalle de R) : plutôt que
de considérer les classes de fonctions, on considère les fonctions dénies par :
Z x
H 1 (I) = {v ∈ L2 (I) : ∃g ∈ L2 (I), ∃C ∈ R, ∃c ∈ I, v(x) = C + g(t) dt}
c
1
(H (I) est l'ensemble des fonctions dites absolument continues sur I .) On a donc en dimension 1,
pour a < b : H 1 (]a, b[) ⊂ C 0 (]a, b[).
Remarque 2.28 On verra que H01 (Ω) est le sous-espace de H 1 (Ω) des fonctions qui s'annulent
au bord :
H01 (Ω) = {v ∈ H 1 (Ω) : v|Γ = 0}.
(dès que Ω est un ouvert 1-régulier.)
17
18 2.4. L'espace de Sobolev H01 (Ω) et l'inégalité de Poincaré
Dans H01 (Ω) on a (propriété diérenciant H01 (Ω) de H 1 (Ω) pour Ω borné) :
Théorème 2.29 (Inégalité de Poincaré) Si l'ouvert Ω est borné alors il existe une constante cΩ > 0
telle que :
∀v ∈ H01 (Ω), ~
||v||L2 (Ω) ≤ cΩ ||gradv|| L2 (Ω) (2.19)
où cΩ ne dépend que de Ω.
(Ce résultat est évidemment faux dans H 1 (Ω) : prendre v ≡ 1.)
Preuve. On montrera le résultat pour v ∈ D(Ω), puis on conclura par densité de D(Ω) dans
H01 (Ω).
Ω étant borné, Ω est contenu dans une bande Ω ⊂ {(x0 , xn ) ∈ Rn−1 × R, a ≤ xn ≤ b} pour
certains a et b réels. Soit v ∈ D(Ω) et soit ṽ son prolongement par 0 sur Rn − Ω. On a ṽ ∈ D(Rn )
et ṽ(x0 , a) = 0 d'où :
Z xn
0 ∂ṽ 0
ṽ(x , xn ) = (x , t) dt, ∀(x0 , xn ) ∈ Rn
a ∂x n
Remarque 2.30 On peut remarquer que la démonstration indique qu'il sut de supposer Ω borné
dans une direction et que cΩ = √d où d est la largeur de la plus petite bande contenant Ω.
2
Remarque 2.31 Ce résultat est évidemment faux dans H 1 (Ω) : prendre v ≡ 1. Ou encore si
cette égalité était vraie dans H 1 (Ω) pour un v donné, elle le serait encore pour v + c où c est une
~
constante, ce qui serait absurde puisque grad(v ~
+ c) = gradv et on pourrait choisir la constante
pour rendre l'inégalité ci-dessus fausse. Par contre, pour v dans H01 (Ω) on ne peut pas prendre une
constante autre que c = 0 pour garder v + c dans H01 (Ω).
On déduit de l'inégalité de Poincaré :
Corollaire 2.32 Si Ω est borné, la semi-norme de H 1 (Ω) dénie par :
³ ∂v ∂v 2 ´ 12
déf ~
|v|H 1 (Ω) = ||gradv||L2 (Ω) (= || ||2L2 + · · · + || || 2 )
∂x1 ∂xn L
vérie dans H01 (Ω) :
q
∀v ∈ H01 (Ω), ~
||gradv|| L2 (Ω) ≤ ||v||H 1 (Ω) ≤
~
1 + c2Ω ||gradv||L2 (Ω)
C'est donc une norme sur H01 (Ω) équivalente à la norme ||.||H 1 (Ω) .
18
19 2.5. L'espace de Sobolev H 2 (Ω)
Lorsqu'on ne considère que des fonctions de H01 (Ω), on note aussi ||.||H01 (Ω) = |.|H 1 (Ω) la norme
sur H01 (Ω) ci-dessus, et :
Corollaire 2.33 (H01 (Ω), ||.||H01 (Ω) ), i.e. l'espace H01 (Ω) muni de sa norme ||.||H01 (Ω) , est un espace
de Hilbert.
Preuve. Le sous-espace (H01 (Ω), ||.||H 1 (Ω) ) de l'Hilbert H 1 (Ω) est fermé par dénition (adhérence
de D(Ω) dans H 1 (Ω)), et donc c'est un Hilbert. Comme ||.||H 1 (Ω) est une norme équivalente à la
norme ||.||H01 (Ω) sur H01 (Ω), on en déduit que (H01 (Ω), ||.||H01 (Ω) ) est un Hilbert.
Remarque 2.34 Attention à la norme choisie : lorsqu'on parle de H 1 (Ω) on parle implicitement
de l'espace (H 1 (Ω), ||.||H 1 (Ω) ), i.e. l'espace H 1 (Ω) muni de sa norme ||.||H 1 (Ω) lui conférant la
propriété d'être un Hilbert. On a vu que pour Ω borné D(Ω) n'était pas dense dans H 1 (Ω) alors
qu'il l'était dans (H 1 (Ω), ||.||L2 (Ω) ) (qui n'est pas complet).
On voit l'importance de considérer la `bonne' norme ! On rappelle que la norme est un instru-
ment de mesure. En particulier, la norme ||.||L2 (Ω) permet de mesurer des fonctions (au sens L2 (Ω))
alors que la norme ||.||H 1 (Ω) est beaucoup plus `sévère' (`précise') puisqu'elle mesure de plus les
variations (gradients) des fonctions (au sens L2 (Ω)).
Exemple 2.35 Soit Ω un ouvert borné et soit la forme bilinéaire a(·, ·) dénie par :
Montrer que la forme bilinéaire a(·, ·) est coercitive dans l'espace (H01 (Ω), ||.||H 1 ) (l'espace H01 (Ω)
muni de la norme de H 1 (Ω)), i.e. montrer que :
∂2v
H 2 (Ω) = {v ∈ H 1 (Ω) : ∈ L2 (Ω), ∀i, j = 1, . . . , n} (2.21)
∂xi ∂xj
19
20 2.6. Théorèmes de trace et formules de Green
est linéaire et continue (pour D(Ω) muni de la norme ||.||H 1 (Ω) et C 0 (Γ) muni de la norme ||.||L2 (Γ) ),
et γ0 se prolonge par continuité de H 1 (Ω) dans L2 (Γ).
On dénit ainsi : (
H 1 (Ω) → L2 (Γ),
γ0 :
v 7→ γ0 (v) = v|Γ ,
et la continuité s'écrit :
∃c > 0, ∀v ∈ H 1 (Ω), ||γ0 (v)||L2 (Γ) ≤ c||v||H 1 (Ω) .
γ0 est appelée application trace. On note ||γ0 || sa norme :
||γ0 (v)||L2 (Γ) ||v|Γ ||L2 (Γ)
||γ0 || = sup = sup . (2.24)
06=v∈H 1 (Ω) ||v||H 1 (Ω) 06=v∈H 1 (Ω) ||v||H 1 (Ω)
On a alors le théorème d'intégration par parties avec régularité `minimale' des fonctions :
Théorème 2.40 (Formule de Green) Soit Ω un ouvert borné 1-régulier de Rn , et soit ~n(~x) la
normale unitaire extérieur à Γ en un point ~x ∈ Γ. On notera (ni )i=1,...,n les composantes de ~n (et
ni est appelée i-ème cosinus directeur). Alors, dès que u ∈ H 1 (Ω) on a :
Z Z
∂u
(~x) dΩ = u(~x)ni (~x) dΓ, (2.25)
Ω ∂xi Γ
20
21 2.6. Théorèmes de trace et formules de Green
Preuve. Le résultat est connu dans D(Ω) (et dans C 1 (Ω)), voir section B.4, et la démonstration
s'obtient par densité de D(Ω) dans H 1 (Ω) et par continuité de l'application trace γ0 .
R R
RRemarque 2.41 La notation Γ
uni dΓ est abusive : on devrait noter Γ γ0 (u)niRdΓ ou bien
u n dΓ, pour u ∈ H 1 (Ω). Mais l'usage (et l'absence d'ambiguïté) fait qu'on écrit Γ uni dΓ.
Γ |Γ i
On en déduit le théorème :
Théorème 2.42 Si Ω est un ouvert borné 1-régulier de Rn , alors H01 (Ω) est le noyau de γ0 , i.e. :
H01 (Ω) = {v ∈ H 1 (Ω) : γ0 (v) = 0} = Ker(γ0 ) (2.27)
Preuve. La preuve de l'inclusion H01 (Ω) ⊂ Ker(γ0 ) est simple (par densité de D(Ω) dans H01 (Ω)
et continuité de γ0 ) ; la réciproque délicate est admise (par cartes locales et partition de l'unité,
voir par exemple RaviartThomas [11]).
∂v
et (~x) est appelé dérivée normale en ~x.
∂n
∂v
Et pour tout v ∈ H 2 (Ω), on dénit ainsi la fonction ∂n ∈ L2 (Γ).
On admet alors :
Théorème 2.44 Soit Ω un ouvert borné 1-régulier de Rn . Alors, dès que u ∈ H 2 (Ω) et v ∈ H 1 (Ω) :
Z Z Z
∂2u ∂u ∂v ∂u
(~x) v(~x) dΩ = − (~x). (~x) dΩ + (~x)ni (~x) v(~x) dΓ, ∀i = 1, ..., n (2.30)
Ω ∂x2i Ω ∂xi ∂xi Γ ∂xi
Et donc :
Z Z Z
~ ~ ∂u
∆u(~x) v(~x) dΩ = − gradu(~
x).gradv(~
x) dΩ + (~x) v(~x) dΓ, ∀i = 1, ..., n (2.31)
Ω Ω Γ ∂n
21
22 2.7. * Espace de Sobolev HΓ10 (Ω) ⊂ H 1 (Ω) et inégalité de Poincaré généralisée
D'où le résultat.
¶ µ
1 2
Exemple 2.45 Établir dans R que pour la matrice A =
2
, pour u ∈ H 2 (Ω) et v ∈ H 1 (Ω) :
3 4
Z Z Z
~
div(A.gradu) ~
v dx = − (A.gradu). ~ dx + (A.gradu).~
gradv ~ n v dΓ
Ω Ω Γ
n
L'établir plus généralement dans R pour une matrice A quelconque (le point '.' dénote soit le
produit scalaire dans Rn soit le produit matrice*vecteur). (Indication : poser w ~
~ = A.gradu pour
simplier les calculs.)
Théorème 2.46 Si Ω est borné alors il existe une constante CΩ telle que :
\
∀v ∈ H01 (Ω) H 2 (Ω), ||v||H 2 (Ω) ≤ CΩ ||∆v||L2 (Ω) (2.32)
Ce résultat n'est pas évident a priori puisque dans le terme de droite les dérivées secondes
croisées de v n'apparaissent pas. Voir par exemple Raviart et Thomas [11].
Théorème 2.47 Dès que Ω est connexe, borné et 1-régulier, et que meas(Γ0 ) > 0, la semi-norme
~
|v|H 1 (Ω) = ||gradv|| 1
L2 (Ω) dénit une norme sur HΓ0 (Ω) équivalente à la norme induite par ||.||H 1 (Ω) .
On la note ||.||HΓ1 (Ω) :
0
Preuve. On vérie que |v|H 1 (Ω) est une norme sur HΓ10 (Ω) : c'est une semi-norme et |v|H 1 (Ω) = 0
∂v
implique ∂x i
= 0 pour tout i = 1, .., n, d'où v est constant (presque partout) sur Ω connexe. Puisque
meas(Γ0 ) > 0 on déduit que si v ∈ HΓ10 (Ω) alors v est la constante nulle (presque partout).
Montrons qu'il existe 2 constantes C1 > 0 et C2 > 0 telles que :
∀v ∈ HΓ10 (Ω), ~
C1 ||v||H 1 (Ω) ≤ ||gradv||L2 (Ω) ≤ C2 ||v||H 1 (Ω)
22
23 2.8. * Cas vectoriel : l'espace de Sobolev H 1 (Ω)2 et inégalités de Korn
Supposons le contraire : il existe une suite de fonctions (um ) de HΓ10 (Ω) telle que :
1 ~ m ||L2 (Ω)
||um ||H 1 (Ω) > ||gradu
m
um
Normant cette suite dans H 1 (Ω), on a la suite vm = telle que :
||um ||H 1 (Ω)
et (vm ) est une suite de Cauchy dans HΓ10 (Ω). HΓ10 (Ω) est complet pour la norme ||.||H 1 (Ω) (car fermé dans
H 1 (Ω) complet), et (vm ) converge vers un élément w ∈ HΓ10 (Ω) tel que gradw ~ = 0 (avec (2.35)). D'où
w = 0 puisque meas(Γ0 ) 6= 0. Ce qui n'est pas compatible avec ||w||H 1 (Ω) = 1 = lim ||vm ||H 1 (Ω) . Il n'existe
donc pas de suite satisfaisant (2.7) d'où l'existence de C1 > 0.
divσ + f~ = 0
où f~ une densité volumique de forces. La loi d'état d'un solide élastique homogène et isotrope est :
∂u1 ∂u2 1
div~u = + = Tr(grad~u), ε= (grad~u + (grad~u)T )
∂x1 ∂x2 2
µ ¶
σ11 σ12
Se limitant à R2 , si σ = , on a donc :
σ21 σ22
∂ui ∂uj
σij = (λdiv~u)δij + µ( + ) = (λdiv~u)δij + 2µεij
∂xj ∂xi
avec δij symbole de Kronecker. λ ≥ 0 et µ > 0 sont appelés coecients de Lamé, et ε = 12 (grad~u +
grad~uT ) le tenseur des déformations linéaires.
Le problème consistera à résoudre :
2
1
trouver ~u ∈ H (Ω) tel que :
− div(σ(~u)) = f~ dans Ω
(2.36)
~u|Γ0 = 0 sur Γ0
σ(~u).~n = ~g sur Γ1
S T
où Γ la frontière régulière de Ω est la partition Γ = Γ0 Γ1 avec Γ0 Γ1 = ∅, où ~n est la normale
2 2 2
extérieure à Γ, f~ ∈ L2 (Ω) et ~g ∈ γ1 (H 1 (Ω) )(⊂ L2 (Γ) ). La condition sur Γ0 est une condition
23
24 2.8. * Cas vectoriel : l'espace de Sobolev H 1 (Ω)2 et inégalités de Korn
d'encastrement, et la condition sur Γ1 une condition de chargement par une densité supercielle
de force ~g .
2 2 2
On munit les espaces L2 (Ω) , H 1 (Ω) et HΓ10 (Ω) des structures d'espaces produits, et en
particulier des normes, si ~v = (v1 , v2 ) :
³ ´ 21
||~v ||L2 (Ω) = ||v1 ||2L2 (Ω) + ||v2 ||2L2 (Ω)
³ ´ 12
||~v ||H 1 (Ω) = ||v1 ||2H 1 (Ω) + ||v2 ||2H 1 (Ω) (2.37)
³ ´ 12
~ 1 ||2 2
||~v ||HΓ1 (Ω) = ||gradv + || ~ 2 ||2 2
gradv
0
L (Ω) L (Ω)
où pour cette dernière norme on a supposé que meas(Γ0 ) 6= ∅. On a alors besoin pour résoudre le
2
problème de Dirichlet du théorème suivant dans H01 (Ω) :
Ce résultat n'est pas immédiat car le membre de gauche ne contient que les combinaisons li-
néaires `symétrisées' de grad~v , tandis que le membre de droite fait intervenir toutes les combinaisons
linéaires de grad~v . Ce résultat est également vrai dans R3 et Rn .
Preuve. On a pour ~v ∈ H01 (Ω)2 :
X³ ´2 1 X³ ∂vi ´2 1 X ∂vi ∂vj
εij (~v ) = +
ij
2 i ∂xi 2 ij ∂xj ∂xi
d'où Z X³ ´2 Z
1 1X ∂vi ∂vj
εij (~v ) dΩ = ||grad~v ||2L2 (Ω) + dΩ
Ω ij 2 2 ij Ω ∂xj ∂xi
Il reste à montrer que le dernier terme est positif. On suppose de plus ~v ∈ D(Ω)2 (on travaillera
ensuite par densité). Par intégrations par parties on va intervertir l'ordre des dérivations :
Z Z Z
∂vi ∂vj ∂ 2 vi ∂vi
dΩ = − vj dΓ + ni vj dΓ
Ω ∂x j ∂x i ∂x j ∂x i ∂x j
Z Ω Z Γ
Z
∂vi ∂vj ∂vi ∂vi
= dΩ + ni vj dΓ − nj vj dΓ
Ω ∂x i ∂x j Γ ∂x j Γ ∂x i
D'où puisque ~v ∈ D(Ω)2 est nul au bord les intégrales sur le bord sont nulles et :
X Z ∂vi ∂vj Z ³X
∂vi ´2
dΩ = dΩ ≥ 0
ij Ω ∂xj ∂xi Ω i
∂xi
P P P P
puisque de manière générique ( i αi )2 = ( i αi )( j αj ) = ij αi αj . D'où le théorème sachant
D(Ω) dense dans H01 (Ω).
Pour résoudre le problème de Neumann , on aura besoin du théorème suivant (admis) :
et le membre de gauche dénit sur H 1 (Ω) une norme équivalente à la norme H 1 (Ω).
24
25 2.8. * Cas vectoriel : l'espace de Sobolev H 1 (Ω)2 et inégalités de Korn
Autrement dit :
2
∀~v ∈ H 1 (Ω) , ||grad~v + (grad~v )T ||2L2 (Ω) + ||~v ||2L2 (Ω) ≥ C1 (||~v ||2L2 (Ω) + ||grad~v ||2L2 (Ω) ) (2.40)
Théorème 2.50 (Inégalité de Korn) Si Ω est de plus connexe et si meas(Γ0 ) > 0, alors il existe
une constante C2 = C2 (Ω) > 0 qui ne dépend que de l'ouvert Ω telle que :
2 X
∀~v ∈ HΓ10 (Ω) , ||εij (~v )||2L2 (Ω) ≥ C2 ||~v ||2H 1 (Ω) (2.41)
ij
et le membre de gauche dénit sur HΓ10 (Ω) une norme équivalente à la norme H 1 (Ω).
Autrement dit ||grad~v + (grad~v )T ||2L2 (Ω) ≥ C2 ||grad~v ||2L2 (Ω) dans HΓ10 (Ω). C'est un analogue
2-D du théorème de Poincaré généralisé.
Remarque 2.51 On peut montrer facilement que le membre de gauche dénit une norme sur
HΓ10 (Ω). C'est une semi-norme et il sut de vérier que ||εij (~v )||L2 (Ω) = 0 implique ||~v || = 0 si
~v ∈ HΓ10 (Ω). Mais si ||εij (~v )||L2 (Ω) = 0 alors ~v = (v1 , v2 ) est de la forme :
µ ¶
v1 (~x) = a1 + bx2 0 1
soit ~v (~x) = ~a + b ~x
v2 (~x) = a2 − bx1 −1 0
où a1 , a2 et b sont des constantes. Donc ~v est un déplacement rigide. De plus il s'annule en 2 points
car meas(Γ0 ) > 0 et donc ~v = 0. De même dans R3 on a ||εij (~v )||L2 (Ω) = 0 implique ~v = (v1 , v2 , v3 )
de la forme ~a + ~b ∧ ~x : c'est un déplacement rigide.
L'équivalence des normes se déduit comme pour l'inégalité de Poincaré généralisée.
25
26
Exercice 3.2 Montrer que si A est symétrique, on peut prendre pour α la plus petite valeur
propre, et donc dans ce cas A est elliptique ssi cette plus petite valeur propre est > 0.
Réponse : La diagonalisation de A donne A = P DP −1 avec D matrice diagonale des valeurs propres et
P matrice orthonormale. D'où (A~ x, ~x)Rn = (DP −1 ~x, P t ~x)Rn , et posant ~
y = P −1 ~x, sachant que P −1 = P t ,
P
on déduit que (A~x, ~x)Rn = (D~y , ~y )Rn = i λi yi ≥ min(λi )||~y || . D'où le résultat sachant que ||~y || = ||~x||.
2 2
Exercice 3.3 Montrer que tout produit scalaire sur Rn est de la forme (~x, ~y )a = (A~x, ~y )Rn où A
est une matrice elliptique symétrique.
Réponse : 1- Si A est une matrice symétrique dénie positive, i.e. t.q. ~xt .A.~x > 0 pour tout ~x 6= ~0,
alors a(·, ·) dénie par a(~x, ~y ) = ~xt .A.~y est un produit scalaire : trivial. Et une matrice symétrique dénie
positive est une matrice elliptique : α est la plus petite valeur propre.
2- Réciproquement, soit a(·, ·) un produit scalaire. On note (~e1 , ..., ~en ) la base canonique de Rn . Soient
P P P
~x = i xi~ei et ~ y = j yj ~ej . Alors a(~ y ) = ij xi yj a(~ei , ~ej ) = ~xt .A.~
x, ~ y où A = [aij ] est la matrice dénie
par aij = a(~ei , ~ej ). Il est immédiat que cette matrice est symétrique dénie positive, i.e. elliptique.
Dénition 3.4 La fonction matricielle A = A(~x) = [aij (~x)]1≤i,j≤n est elliptique sur Ω si les aij
sont des fonctions mesurables bornées sur Ω (i.e. aij ∈ L∞ (Ω) pour tout i, j = 1, ..., n) et si :
Exemple 3.6 En particulier, si A(~x) est minorée sur Ω par une matrice A0 elliptique (une fonction
matricielle constante), alors A est elliptique.
Dénition 3.7 Un opérateur diérentiel P du second ordre est une application linéaire de C ∞ (Ω)
dans C ∞ (Ω) (et de manière plus générale de D0 (Ω) dans D0 (Ω)) dénies par, pour f ∈ C ∞ (Ω) :
pour tout ~x ∈ Ω :
Xn
∂ ∂f
(P f )(~x) = − (aij )(~x) + a0 (~x)
i,j=1
∂x i ∂x j (3.3)
~ )(~x) + a0 (~x),
= − div(A.gradf
où a0 et les aij : Ω → R sont des fonctions mesurables bornées sur Ω.
26
27 3.1. Introduction, dénitions
~ + a0 .
Notation : on note de manière abrégée P = −div(A.grad)
~ = −∆.
Exemple 3.8 Si A = I et a0 = 0, on a P = −div(grad)
Dénition 3.9 L'opérateur P du second ordre est dit elliptique sur l'Hilbert V , ou coercitif sur V ,
ou coercif sur V (anglicisme), si :
1. la fonction matricielle A est elliptique, et
2. a0 (~x) > 0 pour tout ~x ∈ Ω (ou si V = H01 (Ω) : a0 (~x) ≥ 0 pour tout ~x ∈ Ω).
Dénition 3.10 On appelle `problème aux limites elliptique du second ordre' un problème avec
conditions aux limites, qui est de la forme :
trouver u ∈ V tel que :
P (u) = f dans Ω, (3.4)
Conditions aux limites (C.L.) sur u sur Γ,
où P est un opérateur elliptique du second ordre et où f est une fonction donnée. C'est l'importance
des conditions aux limites qui peut justier cette appellation 'problème aux limites elliptique',
plutôt que `problème elliptique avec conditions aux limites'.
Un problème aux limites elliptique du second ordre s'écrit donc, pour une fonction matricielle
A elliptique et une fonction a0 positive bornée :
trouver u ∈ V tel que :
~
− div(A.gradu) + a0 u = f dans Ω, (3.5)
C.L. sur u.
Dénition 3.12 Les conditions aux limites que nous regarderons seront de l'un des types suivants :
1. Dirichlet (condition aux limites de). Elles imposent u sur Γ, i.e. u est connu sur Γ, et donc
u|Γ n'est pas une inconnue du problème.
~
2. Neumann (condition aux limites de). Elles imposent les variations (A.gradu).~ n sur le bord Γ
0 0
(en 1-D, dans Ω =]a, b[, elles imposent u (a) et u (b)). Attention : la fonction u est inconnue
sur Γ (on ne connaît que sa dérivée au bord) et donc u|Γ est une inconnue du problème.
~
3. Neumann généralisé (condition aux limites de). Elles imposent les variations (A.gradu).~n +γu
0 0
sur le bord Γ, avec γ ≥ 0 (en 1-D, dans Ω =]a, b[, elles imposent u (a)+γu(a) et u (b)+γu(b)).
Attention : la fonction u est inconnue sur Γ et donc u|Γ est une inconnue du problème.
4. Mixtes DirichletNeumann (condition aux limites). Le bord Γ est partitionné en Γ0 et en Γ1 ,
avec conditions aux limites de Dirichlet sur Γ0 et de Neumann sur Γ1 .
Remarque 3.13 La condition aux limites de Dirichlet est une condition d'encastrement.
La condition aux limites de Neumann s'interprète comme l'imposition d'une force sur Γ qui
engendrera un déplacement qui devra être calculé. Dans le cas de A = −∆, la condition de Neumann
~
s'écrit simplement gradu.n = force = donnée (imposée) sur le bord.
27
28 3.2. Problème variationnel abstrait
Dénition 3.14 On appelle solution classique une solution u de (3.5) qui est C 2 (Ω).
On ne s'intéressera pas aux solutions classiques dans la suite car elles sont trop régulières : en
particulier on voudra calculer une solution approchée (par ordinateur) qui sera uniquement continue
et ane par morceaux (composée de segments de droites). Une telle approximation n'étant pas
dans C 1 , ne sera pas dans C 2 .
Dénition 3.15 On appelera solution forte une solution u de (3.5) considérée au sens des distri-
butions dans Ω : 0
trouver u ∈ D (Ω) tel que :
~
− div(A.(gradu)) + a0 u = f dans D0 (Ω) (3.8)
C.L. sur u dans D(Γ)
Dénition 3.16 On appelera solution faible ou solution variationnelle une solution u du problème
du type : trouver u ∈ V tel que pour tout v ∈ V :
Z Z Z Z
~ ~
(A.gradu).gradv dΩ + a0 u v dΩ = f v dΩ + g v dΓ (3.9)
Ω Ω Ω Γ
En particulier, on devra supposer u, v ∈ H 1 (Ω) (i.e. prendre V = H 1 (Ω)) pour que les intégrales
aient un sens.
Remarque 3.17 La solution classique demandait la régularité u ∈ C 2 qui est beaucoup plus
contraignante : en particulier, on ne pourra pas chercher de solution classique u continue ane par
morceau (une telle fonction n'est même pas C 1 ), alors qu'on pourra chercher une telle fonction u
au sens faible (car une fonction u continue ane par morceau appartient à H 1 (Ω)).
Remarque 3.18 Avec cette formulation faible on se rend également compte qu'il n'est pas utile
de supposer les fonctions aij dérivables (la dénition de l'opérateur P est donc à prendre au sens
des distributions) : l'hypothèse aij fonctions bornées sera susante.
On verra que la solution faible sera (souvent) équivalente à la solution forte une fois une
intégration par parties eectuée.
Il sera (souvent) facile d'établir l'existence et l'unicité d'une solution faible u (c'est le but de la
suite de ce cours) de même que sa dépendence continue en fonction des données (f et les C.L.) :
par exemple si f devient f + ε avec ε petit alors u n'est pas trop modié : u devient uε
avec ||u − uε ||H 1 (Ω) ≤ cε pour c une constante à déterminer. Autrement dit, l'application f → u
est continue. C'est primordial pour les approximations numériques : une erreur d'arrondi sur f ne
changera pratiquement pas la solution u (stabilité de la solution).
Dénition 3.19 Un tel problème sera dit `bien posé' (existence, unicité et dépendance continue
de la solution u en fonction des données).
28
29 3.2. Problème variationnel abstrait
Rappel : La forme bilinéaire a(·, ·) est dite continue, et la forme linéaire ` est dite continue
ssi :
∃ca > 0, ∀(u, v) ∈ V 2 , |a(u, v)| ≤ ca ||u||V ||v||V ,
∃c` > 0, ∀v ∈ V, |`(v)| ≤ c` ||v||V .
On notera (usuel) ||a||L(V ×V,R) et ||`||L(V,R) les plus petites constantes ca et c` satisfaisant ces
inégalités :
|a(u, v)|
||a||L(V ×V,R) = sup ,
u,v∈V, u6=0, v6=0 ||u||V ||v||V
(3.10)
|`(v)|
||`||L(V,R) = sup .
v∈V, v6=0 ||v||V
Si aucune confusion n'est à craindre, on notera plus simplement ||a|| et ||`|| ces constantes.
Le problème abstrait qu'on regardera est :
(
trouver u ∈ V (un `déplacement') tel que :
(3.11)
a(u, v) = `(v), ∀v ∈ V.
Exemple 3.20 Un exemple de formulation de type (3.11) est donné par (3.9).
Remarque 3.21 Le problème (3.11) est appelée forme faible ou forme variationnelle. On devrait
en fait réserver l'expression forme variationnelle au problème ci-dessus dans le cas ou a(·, ·) est
symétrique. En eet, dans ce cas, (3.11) s'écrit comme le problème de trouver le minimum de la
fonctionnelle :
1
L(v) = a(v, v) − `(v) (3.12)
2
dans V . En eet, par dérivation (calcul de variations), on trouve le minimum comme point réali-
sant la nullité de la dérivée : on tombe sur (3.11) (dans le cas a(·, ·) symétrique). L'équation du
problème (3.11) est donc l'équation d'Euler du problème de minimisation. Dans le cas a(·, ·) non
symétrique, on continue néanmoins (abusivement) à utiliser l'expression `forme variationnelle'.
Exemple 3.22 Dériver L donné par (3.12). Et montrer qu'un minimum L(u) éventuel de L est
donné pour u solution de (3.11) lorsque a(·, ·) est symétrique.
Réponse. Pour u, v ∈ V et h ∈ R, ayant a(·, ·) symétrique, on a L(u + hv) = L(u) + ha(u, v) − h`(v) +
1 2
2
h a(v, v) = L(u)+hMu (v)+o(h), où Mu (v) = a(u, v)−`(v) et Mu est linéaire. Donc L est diérentiable
avec sa diérentielle L(u) donnée dans les directions v par L(u)(v) = Mu (v) = a(u, v)−`(v). Et ses minima
éventuels sont atteints en un point u tel que L(u) = 0, i.e. quand L(u)(v) = 0 pour tout v , i.e. quand u
est solution de (3.11).
Rappel auxiliaire : l'application L : V → R est trivialement C 0 (somme d'applications continues).
Si elle dérivable, ses dérivées directionnelles en un point u dans la direction v sont données dL(u)(v) =
L(u + hv) − L(u)
lim soit dL(u)(v) = 12 a(u, v) + 12 a(v, u) − `(v). Et a(·, ·) étant symétrique, on obtient
h→0 h
dL(u)(v) = a(u, v) − `(v). On en déduit que L est dérivable dans toutes les directions. Ce n'est pas susant
pour conclure que L est diérentiable : pour être diérentiable, une fonction doit avoir un plan tangent,
i.e. doit admettre un développement limité de la forme L(u + hv) = L(u) + h Mu (v) + o(h) où Mu est une
application linéaire.
Proposition 3.23 Le problème (3.11) est linéaire : si u1 est solution du problème pour la donnée
`1 (.), si u2 est solution du problème pour la donnée `2 (.), et si λ ∈ R, alors u1 + λu2 est solution
du problème pour la donnée `1 (.) + λ`2 (.).
Preuve. Si pour tout v ∈ V on a a(u1 , v) = `1 (v) et a(u2 , v) = `2 (v), alors on a, par linéarité de
a(·, ·) par rapport à la première variable, a(u1 + λu2 , v) = (`1 + λ`2 )(v) pour tout v ∈ V .
Le problème (3.11) étant linéaire, si la solution u = u(`) de (3.11) existe et est unique la
dépendance continue pour prouver le caractère bien posé sera démontrée si l'application linéaire
` → u = u(`) est continue, i.e. si :
29
30 3.3. Théorème de LaxMilgram
3.2.2 Coercitivité
Il est clair que le caractère bien posé du problème abstrait dépend d'hypothèses supplémentaires
pour a(·, ·) (prendre a(·, ·) ≡ 0).
Dénition 3.24 On dit que a(·, ·) est α-coercitif (ou encore α-elliptique, α-coercif, V -coercitif,
V -elliptique, V -coercive) si :
∃α > 0, ∀v ∈ V, a(v, v) ≥ α||v||2V . (3.13)
Exercice 3.25 Montrer que si a(·, ·) = (·, ·)V on a ||a|| = 1 et α = 1.
Exercice 3.26 Montrer que si a(·, ·) est symétrique, continu et coercitif sur V , alors a(·, ·) dénit
un produit scalaire sur V qui est équivalent au produit scalaire (·, ·)V (i.e. que les normes associées
aux produits scalaires sont équivalentes).
Pour démontrer que (3.11) est un problème bien posé on aura besoin du théorème suivant.
Théorème 3.27 Soit V un espace de Hilbert muni de son produit scalaire (·, ·)V , et soit V 0 son
dual (l'espace V 0 = L(V, R) des formes linéaires qui sont continues sur V ). Alors :
∀` ∈ V 0 , ∃τ` ∈ V, `(v) = (τ` , v)V , (3.14)
i.e., toute forme linéaire continue sur V s'exprime comme le produit scalaire par un vecteur τ` ∈ V .
De plus on a :
||τ` ||V = ||`||V 0 . (3.15)
Preuve. Soit ` ∈ V 0 et Ker` = `−1 (0) le noyau de `. Et ` étant continue, son noyau est fermé. On
suppose ` 6= 0, donc Ker` 6= V , sinon il sut de prendre τ` = 0. On va construire un vecteur n
normal à Ker` et on va montrer que τ` = c n où c = `(n) ∈ R.
Soit z ∈ V tel que z 6∈ Ker`, et soit z0 ∈ Ker` sa projection orthogonale sur Ker` : Ker` étant
fermé, cette projection z0 existe, et z0 est caractérisé par :
z0 ∈ Ker` et ∀y0 ∈ Ker`, (z0 , y0 )V = (z, y0 )V
(ou encore, (z − z0 , y0 )V = 0 pour tout y0 ∈ Ker`.) Et soit le vecteur normé orthogonal à Ker`
z − z0
déni par n = . Posons τ` = `(n) n, et vérions que `(v) = (τ` , v)V :
||z − z0 ||V
Soit v donné quelconque dans V = Ker`⊥ + Ker` et soit v = λn + w ∈ Ker`⊥ + Ker` sa
décomposition orthogonale sur Ker`⊥ + Ker` (avec λ ∈ R).
En particulier on obtient `(v) = λ`(n)+0 ∈ R où λ est déterminé grâce à (v, n)V = λ(n, n)V +0,
et donc λ = (v, n)V (ici v et n sont donnés et n est unitaire).
D'où `(v) = λ `(n) = (v, n)V `(n) = (`(n) n, v)V . On pose τ` = `(n) n ∈ V , et `(v) = (τ` , v)V .
De plus n étant unitaire, ||τ` ||V = |`(n)|R , et n étant orthonormal à `−1 (0) on déduit immédia-
tement ||`||V 0 = |`(n)|R = ||τ` ||V (prendre pour tout v ∈ V sa décomposition sur Ker` + Ker`⊥ ).
30
31 3.3. Théorème de LaxMilgram
31
32 3.4. Applications
3.4 Applications
3.4.1 Problème de Dirichlet homogène et condition aux limites essentielle
Étant donnée une fonction f ∈ L2 (Ω), il s'agit de trouver, dans un ouvert Ω ⊂ Rn 1-régulier,
une fonction u telle que : (
− ∆u + u = f,
u|Γ = 0.
2
Avec f dans L (Ω), cette formulation n'a pas de sens classique. On commence par réécrire ce
problème sous forme forte (au sens des distributions) :
(
− ∆u + u = f dans D0 (Ω),
(3.19)
u|Γ = 0 dans D0 (Γ).
Connaissant u sur Γ (u|Γ = 0), de manière intuitive qui sera bientôt justiée, on se contente de
considérer ce problème pour les v tels que v|Γ = 0. (En pratique, on aura alors un problème avec
même nombre d'inconnues que d'équations, u et v étant dans le même espace, et mécaniquement,
pour ce problème on ne peut pas faire de déplacements virtuels sur le bord).
Cela donne :
trouver u tel que u|Γ = 0 et :
Z Z Z
(3.21)
~
gradu. ~ dΩ +
gradv u v dΩ = f v dΩ, ∀v, v|Γ = 0.
Ω Ω Ω
32
33 3.4. Applications
Donc, en plus de la régularité H 1 (Ω) nécessaire pour donner un sens à (3.22)1 , il est indispen-
sable d'ajouter l'équation (3.22)2 de condition aux limites u|Γ = 0.
De manière usuelle,
T on met cette condition essentielle dans l'espace V de recherche de la solution.
Ici, V = H 1 (Ω) {u|Γ=0 } = H01 (Ω) : donc ici l'espace H01 (Ω) contient deux informations : 1- une
condition de régularité, ici H 1 (Ω), et 2- une équation, ici u|Γ=0 .
Le problème à résoudre s'écrit donc :
1 1
trouver u ∈ H0 (Ω) tel que pour tout v ∈ H0 (Ω) :
Z Z Z
(3.23)
~
gradu. ~ dΩ +
gradv u v dΩ = f v dΩ.
Ω Ω Ω
Remarque 3.32 On verra qu'une condition aux limites naturelle est une condition qui n'entre
pas dans la dénition de V : la régularité seule sera prise en compte (i.e., la régularité minimum
permettant de donner un sens aux intégrales).
33
34 3.4. Applications
pour tout v ∈ D(Ω). Et puisque D(Ω) est dense dans H01 (Ω), que u est solution de (3.23) pour
tout v ∈ H01 (Ω).
Réciproquement, si (3.23) a une solution u ∈ H01 (Ω), (3.23) étant vrai pour tout v ∈ H01 (Ω)
est vrai pour tout v ∈ D(Ω) (puisque D(Ω) ⊂ H01 (Ω)). D'où en prenant v dans D(Ω), (3.23) est
réécrite au sens des distributions comme :
~
hgradu, ~
gradvi + hu, vi = hf, vi, ∀v ∈ D(Ω)
h−∆u + u − f, vi = 0, ∀v ∈ D(Ω)
et le problème (3.23) est mis sous forme abstraite (3.11). Il reste à vérier les hypothèses du
théorème de Lax-Milgram.
1. V = (H01 (Ω), ||.||H01 ) est bien un espace de Hilbert.
R
2. a(·, ·) est bilinéaire et `(.) est linéaire, vérication immédiate car ~ sont linéaires.
et grad
3. a(·, ·) est continue dans H01 (Ω) car, à l'aide des inégalités de CauchySchwarz et de Poin-
caré (2.19) :
|a(u, v)| = (u, v)H 1 (Ω) ≤ ||u||H 1 (Ω) ||v||H 1 (Ω) ≤ (1 + cΩ )2 ||u||H01 (Ω) ||v||H01 (Ω)
pour tout u, v ∈ H01 (Ω). Donc a(·, ·) est bien continu (et sa constante de continuité vérie
||a|| ≤ (1 + cΩ )2 ).
4. a(·, ·) est 1-coercive dans H01 (Ω) car pour tout v ∈ H01 (Ω) :
|`(v)| ≤ ||f ||L2 (Ω) ||v||L2 (Ω) ≤ (cΩ ||f ||L2 (Ω) )||v||H01 (Ω)
34
35 3.4. Applications
Exemple 3.33 On peut travailler dans l'espace (H01 (Ω), ||.||H 1 (Ω) ), i.e., l'espace H01 (Ω) muni du
produit scalaire de H 1 (Ω) (normes induites équivalentes dans H01 (Ω) à l'aide de l'inégalité de
Poincaré pour un domaine borné 1-régulier). Les continuités et la coercivité sont alors immédiat
avec ||a|| = 1 et ||`|| = ||f ||L2 (Ω) . Le vérier. C'est dû au fait que a(·, ·) n'est ici autre que le produit
scalaire de H 1 (Ω).
Exemple 3.34 Le problème : (
− ∆u = f
(3.25)
u|Γ = 0
R
se traite de la même façon, car la forme linéaire induite a(u, v) = Ω gradu. ~ ~ dΩ = (u, v)H 1 (Ω)
gradv 0
est continue et coercive dans H01 (Ω) : c'est le produit scalaire de H01 (Ω). Vérier que dans ce cas
||a|| = 1, α = 1 et ||`|| ≤ cΩ ||f ||L2 (Ω) .
Si on équipe H01 (Ω) de la norme ||.||H 1 (Ω) , que valent ||a||, α et ||`|| ?
Exemple 3.35 Traiter le problème (i.e. donner V , a(·, ·) et `, et calculer les constantes ||a||, α
et ||`||, puis conclure quant au caractère bien posé) :
(
~
− div(A.gradu) = f,
u|Γ = 0,
µ ¶ µ ¶ µ ¶ µ ¶ µ ¶
1 0 2 1 1 2 1 1 1 0
où A est l'une des matrices , , , , (ce dernier cas don-
0 2 1 2 2 5 0 1 0 0
nant un problème mal posé).
Réponse (indications) : on considèrera a(u, v) = (A.gradu, ~ ~
gradv) ~
L2 , on posera X = gradu(~
~ x) et
Y = gradv(~x), on aura : (A.X, Y )R ≤ ||A||L(R ;R ) ||X||R ||Y ||R grâce à CauchySchwarz dans Rn
~ ~ ~ ~ n n n ~ n ~ n
R
et à la dénition de la norme matricielle, d'où a(u, v) ≤ ||A|| Ω ||gradu(~ ~ ~
x)||Rn ||gradv(~
x)||Rn dΩ, d'où
~ ~ 2
a(u, v) ≤ ||A|| ||gradu||L2 ||gradu||L2 avec CauchySchwarz dans L (Ω), d'où a(u, v) ≤ ||A|| ||u||H 1 ||v||H 1 .
0 0
Cela prouve la continuité de a(·, ·) et on a ||a|| ≤ ||A||. Pour pour montrer la coercivité de a(·, ·), en minorera
en employant les résultats du paragraphe A.6 : on traitre séparément le cas des matrices symétriques (calculs
de valeurs propres) et le cas des matrices non symétriques (calculs à la main).
Et la continuité de ` a été traitée précédemment.
Remarque 3.36 Un résultat de régularité indique que lorsque f ∈ LT
2
(Ω) alors u est en fait dans
2 1 2 2
H (Ω). Et donc le Laplacien ∆ réalise un isomorphisme entre H0 (Ω) H (Ω) et L (Ω).
−1
Ou encore,
T on2 vient de montrer que son inverse ∆ est un isomorphisme continu de L2 (Ω)
1 2
dans H0 (Ω) H (Ω) :Tquelle que soit la force f , si elle appartient à L (Ω), alors il existe une
solution u dans H01 (Ω) H 2 (Ω) (bjiection de ∆−1 ) et que u dépend continûment de f (continuité
de ∆−1 ) :
( 2 )
−1
L (Ω) −→ H01 (Ω) ∩ H 2 (Ω)
∆ : et ||u||H01 (Ω) = ||∆−1 f ||H01 (Ω) ≤ c||f ||L2 (Ω) ,
f −→ u = ∆−1 f
avec c = ||∆−1 ||.
En particulier, une petite erreur sur f (en norme L2 (Ω)) n'entrainera qu'une erreur du même
ordre sur u (en norme H01 (Ω)). Ce résultat de continuité de ∆−1 est à la base de l'étude des valeurs
propres du laplacien traité en troisième année d'ISIMA.
Remarque 3.37 Travailler dans l'espace H 1 (Ω) au lieu de V = H01 (Ω) ne permettrait pas de
résoudre le problème (3.19) : on ne pourrait pas retrouver la condition essentielle de Dirichlet
u|Γ = 0 (essayez). Et à ce titre, cette condition est réellement essentielle. Voir pour comparaison
le paragraphe condition aux limites natuelle (de Neumann).
35
36 3.4. Applications
forme variationnelle vériera u ∈ H 1 (Ω) et donc que ce problème ne pourra avoir de solution que
si d = u|Γ = γ0 (u) ∈ Im(γ0 ) = γ0 (H 1 (Ω)).
On a pris v|Γ = 0 (dans l'espace vectoriel associé à l'espace ane auquel appartient u) car u|Γ
étant connu (= d), on n'a pas besoin de considérer les fonctions v non nulles sur Γ (c'est intuitif
et ce sera justié lors de l'équivalence `problème fortproblème faible').
En eet, la régularité minimum pour que les intégrales aient un sens est u et v dans H 1 (Ω), et la
condition u|Γ = d est essentielle.
Un tel antécédent existe par dénition de l'espace image γ0 (H 1 (Ω)), mais n'a aucune raison
d'être unique.
Notation Si r ∈ H 1 (Ω), on note r + H01 (Ω) l'espace ane :
r + H01 (Ω) = {w ∈ H 1 (Ω) t.q. ∃v ∈ H01 (Ω), w = v + r}.
C'est un espace ane associé à l'espace vectoriel H01 (Ω) (espace translaté de r). Et si d ∈ γ0 (H01 (Ω)),
alors pour un relèvement r donné de d, on note :
car il est immédiat que cet espace est indépendant du relèvement r de d choisi : si r1 et r2 sont
deux relèvements de d, i.e. si γ0 (v1 ) = d = γ0 (r2 ), alors r1 + H01 (Ω) = r2 + H01 (Ω). En eet, si
w = r1 + v1 ∈ r1 + H01 (Ω), alors w = r2 + v2 avec v2 = (r1 −r2 ) + v1 , et on a γ0 (v2 ) = 0, i.e.
v2 ∈ H01 (Ω).
On ramène (par translation) le problème (3.27) posé dans l'espace ane d+H01 (Ω) dans l'espace
vectoriel H01 (Ω) associé (pour garder le caractère linéaire du problème), i.e. on translate u :
36
37 3.4. Applications
puisque d ∈ γ0 (H 1 (Ω)) il existe (au moins) un relèvement rd ∈ H 1 (Ω) de d ; on s'en xe un. Et
on considère le problème en la variable u0 = u − rd ∈ H01 (Ω) :
1 1
trouver u0 ∈ H0 (Ω) tel que pour tout v ∈ H0 (Ω) :
Z Z Z
(3.28)
~ 0 .gradv
(gradu ~ + u0 v) dΩ = ~ d .gradv
f v dΩ − (gradr ~ + rd v) dΩ
Ω Ω Ω
Soit : (
trouver u0 ∈ H01 (Ω) tel que :
(3.29)
a(u0 , v) = `d (v)
avec la même forme bilinéaire a(·, ·) que pour le problème homogène. Cette forme est donc bilinéaire
continue et 1-coercive sur H01 (Ω).
Et la forme linéaire est maintenant dénie sur H01 (Ω) par :
~ d , gradv)
`d (v) = (f, v)L2 (Ω) − (gradr ~ L2 (Ω) − (rd , v)L2 (Ω)
cette forme est trivialement linéaire et vérie, pour tout v ∈ H01 (Ω) :
|`d (v)| ≤ ||f ||L2 (Ω) ||v||L2 (Ω) + ||rd ||H 1 (Ω) ||v||H 1 (Ω)
q
≤ (cΩ ||f ||L2 (Ω) + 1 + c2Ω ||rd ||H 1 (Ω) ) ||v||H01 (Ω) ,
grâce à l'inégalité de Poincaré car Ω est borné et v ∈ H01 (Ω). D'où `d (.) est continue sur H01 (Ω)
avec : q
||`d || ≤ cΩ ||f ||L2 (Ω) + 1 + c2Ω ||rd ||H 1 (Ω)
Le problème est donc bien posé : il existe un unique u0 ∈ H01 (Ω) vériant (3.28) et u0 dépend
continûment de `d :
||u0 ||H01 (Ω) ≤ ||`d ||
(constante de coercivité égale à 1.)
Conclusion : pour un relèvement rd donné, on a une solution u = u0 + rd = u0 (d) + rd du
problème (3.27). Il reste à vérier que :
−∆w + w = 0, w|Γ = 0
pour laquelle on a montré l'existence et l'unicité. La fonction w = 0 étant solution c'est la seule et
on déduit u1 = u2 . La solution de (3.27) ne dépend donc pas du relèvement choisi.
Conclusion
On a obtenu u = u0 + rd , d'où :
~
||gradu|| ~ ~
L2 (Ω) ≤ ||gradu0 ||L2 (Ω) + ||gradrd ||L2 (Ω) ≤ ||`d || + ||rd ||H 1 (Ω) ,
q
≤ cΩ ||f ||L2 (Ω) + (1 + 1 + c2Ω )||rd ||H 1 (Ω) .
Donc u dépend continûment des données f et d (par l'intermédiaire d'un relèvement rd ). Mieux,
ce résultat étant vrai pour tout relèvement rd de d on a :
q
~
||gradu|| 2
L (Ω) ≤ cΩ ||f || 2
L (Ω) + (1 + 1 + c2Ω ) inf1 ||rd ||H 1 (Ω) .
rd ∈H (Ω)
rd |Γ =d
Exemple 3.39 Traiter les exemples 3.35 en changeant la condition de dirichlet homogène par la
condition u|Γ = 1 (condition d'encastrement à `l'altitude' constante 1).
37
38 3.4. Applications
1
dénit une norme sur H 2 (Γ), et ainsi que :
q
~
||gradu|| L2 (Ω) ≤ cΩ ||f ||L2 (Ω) + (1 + 1 + c2Ω )||d|| 1
H 2 (Γ)
Et u dépend donc bien continûment des données f et d dans les normes naturellement associées.
De plus, on peut voir que ||d|| 1 = ||wd ||H 1 (Ω) où wd est solution du problème de Dirichlet non
H 2 (Γ)
homogène avec second membre nul : (
− ∆w + w = 0
(3.31)
w|Γ = d
En eet, soit wd ∈ H 1 (Ω) la solution de (3.31). Puisque :
inf ||w||H 1 (Ω) = inf ||wd + w0 ||H 1 (Ω)
w∈H 1 (Ω) w0 ∈H01 (Ω)
w|Γ =d
il sut de montrer que inf w0 ∈H01 (Ω) ||wd + w0 ||H 1 (Ω) est réalisé pour w0 = 0. Mais, pour w0 ∈ H01 (Ω) :
~
||wd + w0 ||2H 1 (Ω) = (grad(w ~
d + w0 ), grad(wd + w0 ))L2 (Ω) + (wd + w0 , wd + w0 )L2 (Ω)
~
= (gradw ~ ~ ~
d , gradwd )L2 (Ω) + (wd , wd )L2 (Ω) + (gradw0 , gradw0 )L2 (Ω) + (w0 , w0 )L2 (Ω)
h i
~
+ 2 (gradw ~
d , gradw0 )L2 (Ω) + (wd , w0 )L2 (Ω)
car le terme entre crochet est nul puisque wd satisfait à (3.31)1 et w0 ∈ H01 (Ω).
On ne peut pas se permettre ici de prendre v|Γ = 0. En eet, u n'est pas connu sur le bord : il
∂u
faudra donc calculer u|Γ . Par contre, on sait que ∂n |Γ
= 0, et donc le terme de bord est nul.
est nulle quelque soit k . Et pourtant la valeur au bord des fonctions uk dépend de k et elle ne
saurait donc être déterminée par la valeur ∂u ∂uk
∂n = − ∂x = 0 sur le bord y = 0, valeur indépendante
k
de k .
Il reste donc :
trouver u tel que :
Z Z Z
(3.33)
~
gradu. ~ dΩ +
gradv u v dΩ = f v dΩ, ∀v
Ω Ω Ω
38
39 3.4. Applications
Remarque 3.43 L'hypothèse u ∈ H 2 (Ω) est indispensable pour que les termes ci-dessus aient un
∂u
sens, i.e. pour que −∆u ∈ L2 (Ω) et ∂n ∈ L2 (Γ). On montre en fait que dès que f ∈ L2 (Ω) alors
la solution de (3.34) a eectivement la régularité H 2 (Ω), et cette hypothèse u ∈ H 2 (Ω) n'est alors
pas contraignante.
L'équation (3.35) s'écrit encore :
∂u
(−∆u + u − f, v)L2 (Ω) = −( , v)L2 (Γ) , ∀v ∈ H 1 (Ω).
∂n
2
Le terme de gauche est nulR grâce à (3.32)1 et au fait que D(Ω) est dense dans L (Ω) : ayant
(−∆u + u − f, v)L2 (Ω) = Ω (−∆u + u − f ) v dΩ = 0 pour tout v ∈ D(Ω), on garde cette égalité
pour tout v ∈ L2 (Ω), donc en particulier pour tout v ∈ H 1 (Ω).
Il reste donc dans (3.35) :
∂u
(
, v)L2 (Γ) = 0, ∀v ∈ H 1 (Ω) (3.36)
∂n
∂u
On admet ici que γ0 (H 1 (Ω)) est dense dans L2 (Γ) ce qui permet de conclure ∂n = 0 sur Γ.
On vient de montrer que, si u est solution du problème variationnel (3.34), alors, sous la
condition supplémentaire que u ∈ H 2 (Ω), u est également solution du problème fort (3.32). Et
nalement, les problèmes forts et variationnels sont équivalents sous la condition qu'ils admettent
l'un et l'autre une solution u ∈ H 2 (Ω) (si u est solution de (3.32) avec u ∈ H 2 (Ω), alors u est
solution de (3.34), et réciproquement).
39
40 3.4. Applications
Exemple 3.45 Reprendre les exemples 3.35 en prenant pour conditions aux limites des conditions
de Neumann homogène.
∂u
Puisqu'on a ∂n |Γ = g cela s'écrit :
trouver u tel que :
Z Z Z Z
~ ~
gradu.gradv dΩ + u v dΩ = f v dΩ + g v dΓ, ∀v
Ω Ω Ω Γ
Noter qu'il sura ici de supposer que g ∈ L2 (Γ) pour avoir une solution (par contre pour pouvoir
∂u
avoir g = ∂n et donc interpréter le problème, il sera nécessaire d'avoir g ∈ γ1 (H 2 (Ω)).
40
41 3.4. Applications
est continue dans H 1 (Ω). Le seul terme non encore analysé est l'intégrale sur Γ. Or par dénition
v|Γ = γ0 (v), d'où pour tout v ∈ H 1 (Ω) :
Z
| g v|Γ dΓ| = |(g, γ0 (v))L2 | ≤ ||g||L2 (Γ) ||γ0 (v)||L2 (Γ)
Γ
Et la continuité de l'application trace donne ||γ0 (v)||L2 (Γ) ≤ ||γ0 || ||v||H 1 (Ω) . Finalement, pour tout
v ∈ H 1 (Ω) :
|`(v)| ≤ (||f ||L2 (Ω) + ||γ0 || ||g||L2 (Γ) )||v||H 1 (Ω)
et la continuité de ` est démontrée. Le problème est bien posé et la solution vérie :
||u||H 1 (Ω) ≤ ||f ||L2 (Ω) + ||γ0 || ||g||L2 (Γ)
Exemple 3.46 On considère le problème, pour β ≥ 0 :
− ∆u + u = f
∂u + βu = g sur Γ
∂n
En donner une formulation variationnelle, et montrer son caractère bien posé au sens des dis-
tributions. (Indication : on se servira du premier théorème de trace pour avoir (u, v)L2 (Γ) ≤
||γ0 ||2 ||u||H 1 (Ω) ||v||H 1 (Ω) .)
41
42 3.4. Applications
∂u
Puis u étant connu sur Γ0 on prendra v|Γ0 = 0, et ayant ∂n |Γ1 = g , on en déduit :
∂u
La condition u|Γ0 = d est une condition essentielle alors que la condition ∂n |Γ1 = g est une condition
naturelle (on va la retrouver par intégration par parties).
Notons :
HΓ10 (Ω) = {v ∈ H 1 (Ω) : v|Γ0 = 0}.
Le problème se reformule alors :
1 1
trouver u ∈ d + HΓ0 (Ω) tel que ∀v ∈ HΓ0 (Ω) :
Z Z Z Z
~ ~ (3.41)
gradu.gradv dΩ + u v dΩ = f v dΩ + g v dΓ.
Ω Ω Ω Γ1
Ceci est en particulier vrai pour tout v ∈ D(Ω) et on retrouve −∆u + u = f ∈ D0 (Ω). Il reste donc :
Z
∂u
( − g) v dΓ = 0, ∀v ∈ HΓ10 (Ω)
Γ1 ∂n
∂u
On conclut que ∂n = g sur Γ1 (par densité de γ0 (H 1 (Ω)) dans L2 (Γ)). Sachant de plus par
hypothèse que u|Γ0 = d (condition essentielle), on conclut qu'une solution du problème faible qui
est H 2 (Ω) est solution du problème fort. Réciproquement, dès que u ∈ H 2 (Ω) est une solution
du problème fort, alors u est solution du problème faible, ceci étant obtenu immédiatement par
intégrations par parties. Ces problèmes sont donc équivalents.
42
43 3.5. * Principe du maximum
|aΓ (u, v)| ≤ ||u||L2 (Γ) ||v||L2 (Γ) ≤ ||γ0 ||2 ||u||H 1 (Ω) ||v||H 1 (Ω) ,
d'où la continuité de a(·, ·) sur H 1 (Ω). Sachant que aΓ (v, v) ≥ 0, la coercivité de a(·, ·) sur H 1 (Ω)
est immédiate.
D'où le caractère bien posé à l'aide du théorème de Lax-Milgram.
Et l'équivalence avec la forme forte est obtenue comme précédemment dès qu'on suppose que
la solution de la forme variationnelle est en fait dans H 2 (Ω).
Théorème 3.47 Pour le problème de Dirichlet associé à `−∆u + u = f ' : trouver u ∈ H01 (Ω) tel
que Z Z Z
gradu.gradv dx + u v dx = f v dx, ∀v ∈ H01 (Ω)
Ω Ω Ω
où f ∈ L2 (Ω), alors :
Donc u est minoré (resp. majoré) par sa valeur au bord et par le min de f dans Ω
Preuve. On ne fait la démonstration que dans le cas classique : u ∈ C 2 (Ω). Voir Brézis [3] pour
le cas général. Soit ~x0 ∈ Ω où u atteint son maximum : u(~x0 ) = max~x∈Ω (u(~x)). Alors si ~x0 ∈ Γ la
2
conclusion est évidente. Soit donc ~x0 ∈ Ω. Alors gradu(~ ~ x0 ) = 0 et pour tout i = 1, ..., n, ∂∂xu2 ≤ 0.
i
D'où ∆u(~x0 ) ≤ 0 et u(~x0 ) = f (~x0 ) + ∆u(~x0 ) ≤ f (~x0 ).
Remarque 3.48 Ce résultat est faux pour le problème du Laplacien `−∆u = f ' :
x3 x
Par exemple, en 1-D, prendre Ω =]0, 1[ et f = x pour u(0) = u(1) = 0 : on a u(x) = 6 − 6 et
u( 12 ) < 0.
43
44 3.6. * Un problème de transmission
où f ∈ L2 (Ω), alors :
inf (f ) ≤ u(~x) ≤ sup(f ) (3.45)
Ω Ω
Preuve. On se limite au cas classique. Si le max est atteint dans Ω, même démonstration que
pour les conditions aux limites de Dirichlet.
∂u
Et si le max est atteint sur Γ on a également ∆u ≤ 0. En eet, on a ∂n = 0 et si on avait
∆u > 0, alors le max ne serait pas atteint en ce point. Et même conclusion.
n
Ω 1
Ω 2
Γ1 2
On notera ~n le vecteur normal à Γ12 sortant de Ω1 , et si u est une fonction scalaire dénie sur
S
Ω1 Ω2 qu'on notera également u = u1 dans Ω1 et u = u2 dans Ω2 , on notera :
où u+ est la valeur limite de u dans Ω2 et u− la valeur limite de u dans Ω1 , i.e., pour (presque
tout) ~x ∈ Γ12 :
[u(~x)] = lim (u2 (~x + h~n) − u1 (~x − h~n)) = u(~x+ ) − u(~x− )
h→0
44
45 3.6. * Un problème de transmission
S
FormulationR variationnelle
R R formelle
R Puisque Ω = Ω1 Ω2 on a de manière générique
dans L2 (Ω) ` Ω
= Ω1 ∪Ω2
= Ω1
+ Ω2
'. Multipliant par v et intégrant sur Ω on a :
Z Z Z
− ∆u v dx = − ∆u v dx − ∆u v dx
Ω Ω1 Ω2
D'où par intégration par parties avec v|Γ = 0 (condition de Dirichlet sur Γ), désignant par v1 (resp.
v2 ) la valeur de v dans Ω1 (resp. Ω2 ) :
Z Z Z
~ ~ ∂u1 ∂u2
gradu.gradv dx − ( v1 − v2 ) dΓ = f v dx
Ω1 ∪Ω2 Γ12 ∂n ∂n Ω
(avec un signe moins pour ∂u∂n car la normale est entrante dans
2
Ω et c'est −~n qui est sortante.)
∂u
R 2∂u
Le terme sur le bord Γ12 s'écrit aussi, puisque [ ∂n ] = 0 : Γ12 ∂n [v] dΓ et on le prend nul en
imposant [v] = 0 sur Γ12 . En eet, intuitivement on cherche u dans l'espace :
{u : [u] = 0}
et pour avoir un système avec même nombre d'équations que d'inconnues, on prend v dans le même
espace (la suite indiquera que [u] = 0 est une condition essentielle).
En particulier pour tout ϕ ∈ D(Ω1 ) (prolongée à 0 sur tout Ω), puis pour tout ϕ ∈ D(Ω2 ) (prolongée
à 0 sur tout Ω), on retrouve bien :
au sens des distributions dans D0 (Ω1 ) et dans D0 (Ω2 ). Et avec f1 ∈ L2 (Ω1 ) et f2 ∈ L2 (Ω2 ), cela
s'écrit eectivement :
−∆u = f presque partout dans Ω
(au sens de L2 (Ω).) Il reste donc dans (3.49), pour tout v ∈ V :
Z
∂u
[ ] v dΓ = 0
Γ12 ∂n
Mais ceci est donc vrai pour tout ϕ ∈ D(Ω) et on en déduit par densité que ceci est vrai pour
∂u
tout ϕ ∈ L2 (Γ12 ) et donc que [ ∂n ] = 0 sur Γ12 . Et puisque par hypothèse u ∈ V , on a u|Γ = 0 et
[u] = 0. On a bien retrouvé le pb fort.
45
46 3.7. * Un problème avec conditions aux limites périodiques
Problème bien posé Par rapport à ce qui a déjà été fait, il faut montrer que V est bien un
espace de Hilbert. Or c'est un sous-espace vectoriel de H 1 (Ω) (trivial). Et il est fermé (trivial).
Donc il est complet pour la norme induite par celle de H 1 (Ω). D'où le résultat. Et la vérication
des hypothèses du théorème de LaxMilgram se fait comme précédemment.
Donner la formulation variationnelle. De même, lorsque la condition de Dirichlet sur Γ est remplacée
par une condition de Neumann, donner la formulation variationnelle.
1
où Hper (Ω) = {v ∈ H 1 (Ω) : v Ω-périodique}.
46
47 3.8. * Exemple de problème avec condition de compatibilité
D'autre part, la formulation variationnelle donne, pour tout v ∈ H 1 (Ω), pour une solution
u ∈ H 1 (Ω) : Z Z
~
gradu. ~ dΩ =
gradv f v dΩ, (3.53)
Ω Ω
Donc toute solution u ∈ H 1 (Ω) de (3.52) est solution de (3.53). Réciproquement, par intégration
par parties, on montre que toute solution u ∈ H 1 (Ω) de (3.53) qui de plus est dans H 2 (Ω) est
solution de (3.52). Les deux problèmes sont alors équivalents.
En outre, pour v = 1 on doit avoir :
Z
f dΩ = 0 (3.54)
Ω
Lemme 3.51 Si f ∈ L2 (Ω) et si la condition de compatibilité (3.54) est satisfaite alors le pro-
blème : 1
trouver u ∈ H (Ω)/R tel que :
Z Z
(3.55)
~ ~
gradu.gradv dΩ = f v dΩ, ∀v ∈ H 1 (Ω)/R
Ω Ω
est bien posé. En particulier, (3.53) admet une solution u ∈ H 1 (Ω) unique à une constante près.
Preuve. On se place dans l'espace de Sobolev H 1 (Ω)/R des classes de fonctions sur H 1 (Ω)
dénies à une constante près : pour v ∈ H 1 (Ω) on a v̇ = {v + c : c ∈ R}. On dénit (de manière
usuelle) la norme sur H 1 (Ω)/R par, pour v̇ ∈ H 1 (Ω)/R et si v ∈ v̇ :
³ ´ 12
||v̇||2H 1 (Ω)/R = inf ||v + c||H 1 (Ω) ~
(= inf (||v + c||2L2 (Ω) + ||gradv||2
2 ) )
L (Ω)
c∈R c∈R
Le problème s'écrit : trouver u̇ ∈ H 1 (Ω)/R tel que pour tout v̇ ∈ H 1 (Ω)/R on ait `a(u̇, v̇) = `(v̇)',
où on a déni pour tout (u̇, v̇) ∈ (H 1 (Ω)/R)2 :
(
~
a(u̇, v̇) = (gradu, ~
gradv)L2 (Ω) , ∀(u, v) ∈ u̇ × v̇
`(v̇) = (f, v)L2 (Ω) , ∀v ∈ v̇
Et donc `(v̇) ≤ ||f ||L2 (Ω) minc∈R ||v +c||H 1 (Ω) = ||f ||L2 (Ω) ||v̇||H 1 (Ω)/R . C'est donc une forme linéaire
continue.
~
La fonction a(·, ·) est bien dénie car grad(v + c) = gradv ~ pour tout c ∈ R, et est trivialement
linéaire. On montre également que la norme ||.||H 1 (Ω)/R est équivalente à la norme :
~
||v̇||1 = ||gradv||L2 (Ω) , ∀v ∈ v̇.
(Admis : application du théorème de Rellich, voir cours de 3ème année.) Cette norme étant associée
~
au produit scalaire (v̇, ẇ)1 = (gradv, ~
gradw)L2 (Ω) si v ∈ v̇ et w ∈ ẇ .
Dans ces conditions, la forme bilinéaire a(·, ·) est trivialement continue coercive (constantes de
continuité et de coercivité égales à 1). Les hypothèses du théorème de LaxMilgram sont vériées
et le problème est donc bien posé dans H 1 (Ω)/R.
47
48 3.9. * Cas du laplacien dans R2
Accouplé à des conditions aux limites pour ~u, i.e., pour u1 et u2 , sur Γ, on retrouve les cas scalaires
précédents.
On rappelle que pour une fonction tensorielle A, divA est une fonction vectorielle :
µ ¶ µ ∂a11 ∂a12 ¶
a11 (~x) a12 (~x) ∂x1 + ∂x2
A(~x) = =⇒ div(A) = ∂a
a21 (~x) a22 (~x) ∂a22
∂x1 + ∂x2
21
2 2 2
Pour f~ ∈ L2 (Ω) , d~ ∈ H 2 (Γ) et ~g ∈ L2 (Γ) , l'inégalité de Korn
1
48
49 3.9. * Cas du laplacien dans R2
(A + AT ) : B = 12 (A + AT ) : (B + B T )
car AT : B = A : B T = Tr(AB) = Tr(BA), et le problème (3.59) est le problème symétrique :
2 2
trouver ~u ∈ d~ + HΓ0 (Ω) tel que pour tout ~v ∈ HΓ0 (Ω) :
1 1
Z Z Z
1 ~
(grad~u + grad~ uT
) : (grad~
v + grad~
v T
) dΩ = f .~
v dΩ + ~g .~v dΓ
2 Ω Ω Γ1
C'est sous cette forme symétrique qu'il peut être préférable de programmer.
Le théorème de Lax-Milgram est applicable et ce problème (3.64) est bien posé dans l'espace
H01 (div0) muni de la norme H01 (Ω). La programmation par éléments nis de ce problème n'est
49
50 3.9. * Cas du laplacien dans R2
pas agréable car un sous-espace de dimension nie de H01 (div0) n'est pas `simple'. C'est la raison
pour laquelle on relaxe la contrainte div~v = 0 à l'aide d'un multiplicateur de Lagrange p (qui sera
interprété comme étant la pression) pour obtenir (3.62).
On peut montrer que le problème (3.62) admet une unique solution (~u, p) ∈ H01 (Ω) × L2 (Ω)/R
où ~u est solution de (3.64). Démonstration délicate dont l'idée est que, pour ~u solution de (3.64), le
vecteur w ~ = f~ + ∆~u est en fait un potentiel : w ~ . Il `sut' (délicat) d'établir qu'une forme
~ = gradp
2
linéaire continue L : H0 (Ω) → R qui s'annule sur H01 (div0) est de la forme L(~v ) = (p, div~v )L2 où
1
~
p ∈ L2 (Ω), i.e. puisque ~v ∈ H01 (Ω) que L(~v ) = −hgradp, ~v i (théorème établi par De Rham). Ici L
est représentée par f +∆~u : L(~v ) = (f +∆~u, ~v )L2 (Ω) pour tout ~v ∈ V et L(~v ) = 0 = (f~+∆~u, ~v )L2 (Ω)
~ ~
pour tout ~v ∈ V dès que ~u ∈ V est solution de (3.62).
Il reste à montrer que, résolvant (3.62), on a bien résolu (3.60) au sens des distributions, ce qui
s'obtient par intégration par parties.
∇(H1)
∇p
f
−∆ u
H(div0,0)
~ n
Fig. 3.2 Représentation de −∆~u + gradp = f~. L'espace L2 (Ω) est l'espace ambient, −∆~u est
dans le sous-espace à divergence nulle, et la solution ~u est dans l'espace H01 (div0), sous-espace de
H(div0, 0).
n ⊥
~
L2 (Ω) = H(div0, 0) ⊕ grad(H 1
(Ω))
Noter que dans la dénition de H(div0, 0), les 2 conditions div~v = 0 et ~v .~n ne sont pas redondantes.
La première div~v = 0 indique que le uide est incompressible et en Rparticulier que ce qui rentre est
égale à ce qui sort. On ne peut en déduire que la relation globale Γ ~v .~n dΓ = 0 et non la relation
locale ~v .~n = 0. Alors que la deuxième condition ~v .~n = 0 indique que rien ne rentre et rien ne
sort, mais le uide pourrait très bien être compressible à l'intérieur. De plus, on peut remarquer
que l'espace H(div0) n'est pas orthogonal à grad(H~ 1
(Ω)) : en eet, un élément w ~
~ = gradp ∈
~ 1
grad(H (Ω)) peut très bien satisfaire divw ~ = 0 sans être nul : on demande seulement ∆p = 0
ce qui n'implique pas que p soit une constante (on donne les conditions aux limites voulues pour
résoudre ce problème de laplacien). Par contre, si on impose de plus w.~ ~ n = 0 alors p doit satisfaire
∂p
le problème ∆p = 0 avec la condition de Neumann ∂n = 0, et le théorème de LaxMilgram indique
que p est une constante (voir paragraphe 3.8).
50
51 3.9. * Cas du laplacien dans R2
Remarque 3.54 On remarque que ∆~u est dans H(div0) : on a div(∆~u) = 0 dans L2 (Ω) car
div~u = 0 et div(∆~u) = ∆(div~u)) au sens des distributions (vérication immédiate). Donc ∆~u ∈
H(div) et div(∆~u) = 0. Par contre, il n'y a aucune raison pour que ∆~u soit dans H(div0, 0), i.e.
que ∆~u ⊥ grad(H 1 (Ω)) : il faudrait ∆~u.~n = 0 ce qui n'est pas le cas en général (condition aux
limites non satisfaite par ~u).
Remarque 3.55 Sur la décomposition de l'espace L2 (Ω)n pour n = 2 et n = 3.
n
Cette remarque est donnée comme introduction à la décomposition de L2 (Ω) et peut-être
considérée indépendamment du problème de Stokes. On considère les cas de R2 et R3 pour un
ouvert Ω 1-régulier et simplement connexe.
1 - Commençons par R2 . Pour une fonction scalaire ϕ ∈ H 1 (Ω), son rotationnel est déni par :
µ ∂ϕ ¶ µ ¶
~ ∂y 0 1 ~
rot(ϕ) = = .gradϕ
− ∂ϕ −1 0
∂x
(le vecteur gradient tourné de π/2.) On a alors :
~
H(div0, 0) = rot(H 1
0 (Ω))
~ est surjectif de H01 (Ω) dans H(div0, 0). On sait en eet que si ~v est tel que
i.e. l'opérateur rot
div~v = 0 alors ~v est un rotationnel et réciproquement. De plus ayant ϕ ∈ H01 (Ω), on a ϕ nul au
~
bord et donc si ~t est le vecteur tangent, on a gradϕ.~t = 0 ou encore rotϕ.~
~ n = 0. Donc l'image
1 ~
de H0 (Ω) par rot et bien dans H(div0, 0). Et pour ~v donné dans H(div0, 0), il faut trouver un
antécédent par rot~ : on prend la solution du problème trouver ϕ ∈ H01 (Ω) telle que :
~
(rotϕ, ~
rotψ) L2 = (~
~
v , rotψ)L2 ∀ψ ∈ H01 (Ω)
~
(on a trivialement (rotϕ, ~
rotψ) ~ ~
L2 = (gradϕ, gradψ)L2 et l'intégration par partie donne l'équation
~
satisfaite par ϕ à savoir −∆ϕ = rot~v au sens des distributions.)
Et cela donne la décomposition très utile pour Ω ⊂ R2 1-régulier et simplement connexe :
n ⊥
~
L2 (Ω) = rot(H 1 ~ 1
0 (Ω)) ⊕ grad(H (Ω))
2
Donc, si f~ ∈ L2 (Ω) il existe p ∈ H 1 (Ω) et ϕ ∈ rot(H
~ 1
0 (Ω)) tels que :
f~ = gradp
~ ~
+ rotϕ
et de plus p (à une constante près) et ϕ sont uniques et donnés comme solutions de :
~
(gradp, ~
gradq) ~ ~
L2 = (f , gradq)L2 ∀q ∈ H 1 (Ω)
et (puis) de :
~
(rotϕ, ~
rotψ) ~ ~ ~
L2 = (f − gradp, rotψ) ∀ψ ∈ H01 (Ω)
Pour des résultats plus complets, on renvoit à Girault et Raviart [7].
2 - Pour R3 : le rotationnel d'une fonction vectorielle ϕ ~ ϕ=
~ est donné de façon usuelle par rot~
~
grad ∧ ϕ ~.
~ ϕ. Ce ϕ
Si ~v ∈ H(div) est tel que div~v = 0 alors ~v dérive d'un rotationnel : ~v = rot~ ~ est loin
d'être unique : on peut le choisir par exemple tel que div~ϕ = 0 (condition de jauge) :
3 3
∀~v ∈ L2 (Ω) t.q. div~v = 0 : ∃~ ~ ϕ et div~
ϕ ∈ H 1 (Ω) t.q. ~v = rot~ ϕ=0
(admis : voir Girault et Raviart [7].) Et si Ω est simplement connexe, il en existe un et un seul qui
satisfait de plus :
ϕ~ .~n = 0
C'est la solution du problème (au sens des distributions) :
(
− ∆~ ~ v dans Ω
ϕ = rot~
~ ϕ.~n = ~v .~n sur Γ
rot~
On vient de voir que H(div0, 0) est isomorphe au rotationnel de l'ensemble des ϕ
~ ainsi dénis :
~ 2 3
donc tout f ∈ L (Ω) à une décomposition orthogonale du type :
f~ = gradp
~ ~ ϕ
+ rot~
3
~ ∈ H 1 (Ω) où q est déterminé à une constante près par ∆p = divf~ et ϕ
avec p ∈ H 1 (Ω) et ϕ ~ par le
système ci-dessus avec ~v = f~ − gradp
~ .
51
52 3.10. * Régularité des solutions faibles
Preuve. Pour la démonstration complète, avec extensions du résultat, on renvoie à Brezis [3]. On
ne donne ici qu'une idée de la démonstration dans le cas du problème de Dirichlet (3.65).
∂u
Il s'agit de montrer que pour la solution u on a en fait ∂x i
∈ H 1 (Ω) pour tout i = 1, ..., n.
n
1- On commence par regarder le cas Ω = R (ouvert non borné, mais qui n'a pas de problème
aux frontières). Dans ce cas, on montre que H 1 (Rn ) = H01 (Rn ) et que le problème de Dirichlet
∂u
est bien posé. Soit u sa solution. On note Du = ∂x i
(pour simplier les notations). On utilise la
méthode des translations : on pose :
et donc :
||Dh u||2H 1 (Rn ) ≤ ||f ||L2 (Rn ) ||D−h Dh u||L2 (Rn )
Dès qu'on aura montré que, pour tout v ∈ H 1 (Rn ) et tout h ∈ R on a :
~
||D−h v||L2 (Rn ) ≤ ||gradv||L2 (Rn )
Lemme 3.57 On note τh l'opérateur de translation déni sur L2 (Ω) par (τh u)(~x) = u(~x + ~h)
presque partout. Si u ∈ L2 (Rn ) alors les propriétés suivantes sont équivalentes :
(i) u ∈ H 1 (Rn ),
(ii) Il existe une constante c > 0 (qui dépend de u) telle que pour tout ϕ ∈ D(Rn ) et tout
i = 1, ..., n :
¯Z ∂ϕ ¯
¯ ¯
¯ u dx¯ ≤ c ||ϕ||L2 (Rn )
R n ∂x i
~
Et on peut prendre C = ||gradu||L2 (Rn ) .
52
53 3.10. * Régularité des solutions faibles
Preuve. Montrons que (i)⇒(iii). C'est une généralisation de la formule des accroissements nis.
Soit u ∈ H 1 (Rn ) et on pose pour ~x et ~h donnés dans Rn , pour tout t ∈ R :
puis : Z Z Z
1
|τh u(~x) − u(~x)|2 dx ≤ |~h|2 ~ x + t~h)|2 dt dx
|gradu(~
Rn t=0 Rn
Z 1 Z
≤ |~h|2 ~ y )|2 dt dy = |~h|2 ||gradu||
|gradu(~ ~ 2
L2 (Rn )
t=0 Rn
est continue pour la norme ||.||L2 d'après (ii). Et D(Rn ) est dense dans L2 (Rn ). On peut alors
prolonger cette application dans L2 (Rn ) en une application linéaire et continue de L2 (Rn ) (pro-
longement par continuité). Le théorème de représentation de Riesz dit qu'il existe un vecteur
g ∈ L2 (Rn ) tel que : Z
∂ϕ
(g, ϕ)L2 = u dx ∀ϕ ∈ D(Ω)
Rn ∂x i
D'où u ∈ H 1 (R).
2- Suite de la démonstration du théorème : cas Ω borné dans Rn . On renvoie à Brézis [3]
(démonstration technique) : idée = à l'intérieur, à l'aide d'une partition de l'unité on se ramène
au cas précédent (en prolongeant la fonction par 0 sur Rn ). Et idée = à l'extérieur, on se ramène
au cas du demi-espace Rn+ (délicat, voir Brézis).
53
54
Deuxième partie
Approximations variationnelles
Il s'agit de résoudre numériquement un problème sous forme variationnelle : sachant que la
solution cherché n'est pas représentable en général sous une forme fonctionnelle explicite simple
(comme une fonction polynôme ou exponentielle ou sinusoïdale ou...), on cherche une solution
approchée par morceaux. I.e. on va découper le domaine Ω sur lequel on cherche la solution,
et sur chaque morceau on va chercher à approcher la solution par une fonction simple (de type
polynomiale par exemple).
On commence par donner le cadre abstrait qui nous assurera de l'esixtence de solutions appro-
chées.
où ` est une forme linéaire donnée (forces extérieures imposées), et a(·, ·) une forme bilinéaire donnée
(qui décrit les propriétés du matériau). Si on ne connaît pas la solution u ∈ V explicitement, on
essaie de trouver une fonction approchée uh dans un sous-espace Vh de dimension nie n, solution
du problème : (
trouver uh ∈ Vh tel que :
(4.2)
a(uh , vh ) = `(vh ), ∀vh ∈ Vh .
Si on connaît une base (ϕi )i=1,...,n de Vh , alors (4.2) est équivalent à :
(
trouver uh ∈ Vh tel que :
(4.3)
a(uh , ϕi ) = `(ϕi ), ∀i = 1, ..., n.
Et pour connaître uh sur Vh il sut de connaitre ses composantes ujh sur la base, i.e. notant :
n
X
uh = ujh ϕj , ujh ∈ R pour j = 1, .., n, (4.4)
j=1
il sut de connaître les réels ujh . Le problème (4.2) s'écrit donc comme le système matriciel :
trouver les ujh ∈ R, j = 1, ..., n, tels que :
X n
(4.5)
a(ϕj , ϕi ) ujh = `(ϕi ), ∀i = 1, .., n.
j=1
On note alors :
uh1 `(ϕ1 )
.
f~ = ... ,
~u = .. , A = [aij ]1≤i,j≤n , aij = a(ϕj , ϕi ),
uhn `(ϕn )
et il s'agit de trouver ~u tel que :
A.~u = f~. (4.6)
C'est un système matriciel n ∗ n qu'on peut résoudre dès que A est inversible. Une fois ~u trouvé,
la fonction solution est donnée par (4.4).
On supposera que a(·, ·) est une forme bilinéaire continue et α-coercive sur V , et que `(.) est
une forme linéaire continue sur V . Dans ces conditions, le problème (4.1) est bien posé (théorème
de LaxMilgram), et la matrice A sera inversible et bien conditionnée.
54
55 4.2. Conformité
4.2 Conformité
Hypothèse de conformité. On suppose dans ce cours que Vh ⊂ V avec Vh sous-espace de
Hilbert muni de la norme induite par V . On dit dans ce cas que Vh est une approximation conforme
de V .
Dans ces conditions, a(·, ·) est également une forme bilinéaire continue et α-coercive sur Vh , et
` est une forme linéaire continue sur Vh . Et le problème (4.2) est bien posé indépendamment de h.
Remarque 4.1 Il n'est pas susant de vérier que a(·, ·) est coercive sur Vh : on obtiendrait
uniquement dans ce cas que a(vh , vh ) ≥ αh ||vh ||2 pour tout vh ∈ Vh . Et il se pourrait que αh
tende vers 0 avec h. Par contre, vérier que a(·, ·) est coercif sur V implique avec la conformité
que αh ≥ α quel que soit h, et donc αh ne peut pas tendre vers 0, et le problème est bien posé
indépendamment de h :
1 1
||uh ||V ≤ ||`|| ≤ ||`||. (4.7)
αh α
Et ||uh ||V dépend alors continûment de ||`|| indépendamment de h.
Preuve. Ayant supposé Vh ⊂ V (approximation conforme), il vient à partir de (4.1) (valable donc
pour tout vh ∈ Vh ) et de (4.2) :
Et donc :
a(u − uh , u − uh ) = a(u − uh , u − uh + vh ), ∀vh ∈ Vh .
Et puisque Vh est un espace vectoriel, c'est équivalent à :
Remarque 4.3 V étant un Hilbert, Vh étant un sous-espace de dimension nie, Vh est fermé
et donc inf vh ∈Vh ||u − vh ||V est atteint : il existe u0h ∈ Vh tel que d(u, Vh ) = ||u − u0h ||V . Et
u0h = ΠVh u est la projection V -orthogonale de u sur Vh . On rappelle que cette projection est
dénie par (u0h , vh )V = (u, vh )V pour tout vh ∈ Vh .
Dans le cas où a(·, ·) est de plus symétrique (bilinéaire continu coercif), a(·, ·) dénit un produit
scalaire et uh est alors la projection de u par rapport à ce produit scalaire puisque la conformité
donne a(u − uh , vh ) = 0 pour tout vh ∈ Vh , cf (4.9). En particulier, si a(·, ·) = (·, ·)V est le produit
scalaire, alors (u − uh , vh )V = 0, et la solution uh est donnée par la projection de u sur Vh pour le
produit scalaire initial de V .
55
56 4.4. Rapidité de la convergence
Remarque 4.4 En augmentant la dimension de Vh , on peut espérer s'approcher `aussi près que
souhaité' de u. Ce sera possible quand les Vh sont tous inclus dans un espace W dense dans V , i.e.
on se contente d'espaces Vh qui sont tous du même type, par exemple tous inclus dans W espace
des fonctions continues qui sont anes par morceaux, car on sait que W est dense dans H 1 (Ω).
On aura alors limh→0 ||u − ΠVh u||V = 0, notation usuelle pour les éléments nis signiant que,
lorsque le pas de discrétisation h tend vers 0, alors Vh (dont la dimension tend alors vers ∞) sera
`à la limite' dense dans W et donc dense à la limite dans V .
Remarque 4.5 Si de plus a(·, ·) est symétrique, alors on a une meilleure approximation a priori :
r
||a||
||u − uh ||V ≤ inf ||u − vh ||V . (4.12)
α vh ∈Vh
En eet, comme a(·, ·) est symétrique on a aussi, avec la conformité (4.9) :
On note hi le diamètre des Ki (i.e. le diamètre de la plus petite boule contenant Ki ) et on note
h = max(hi ) le diamètre de la plus grande maille.
On suppose que l'approximation choisie converge, i.e. que l'espace Vh d'approximation tend
vers V quand h tend vers 0, i.e. pour u ∈ V quelconque :
d(u, Vh ) −→ 0,
h→0
où d(u, Vh ) = inf vh ∈Vh ||u − vh ||V (i.e. Vh est dense à la limite dans V ).
Question : à quelle vitesse l'erreur ||u − uh ||V tend-elle vers 0 ? On reformule cette question
sous la forme :
On dispose d'une triangulation T1 qui induit un espace d'approximation Vh1 et d'une triangu-
lation T2 qui induit un espace d'approximation Vh2 et on note h1 et h2 les tailles respectives de la
plus grande maille de T1 et de T2 . On suppose le maillage T2 deux fois plus n que le maillage T1 :
h2 = h1 /2. Alors que peut-on dire de d(u, Vh2 ) par rapport à d(u, Vh1 ) ? En particulier :
h1 d(u, Vh1 )
si h2 ≤ a-t-on d(u, Vh2 ) ≤ et que vaut β ?
2 β
On montrera que dans les cas envisagés ici (problèmes elliptiques d'ordre 2), prendre Vh = P1
(sous-espace des fonctions continues sur Ω et anes par morceaux) divisera l'erreur par β = 2 si
le maillage est deux fois plus n. On dit alors que la méthode d'approximation est d'ordre h, ce
qui signie que :
||u − uh ||V = O(h), (4.15)
ou encore :
||u − uh ||V ≤ c1 h, (4.16)
(à l'aide de (4.8)) où c1 > 0 est une constante indépendante de h.
De même une approximation quadratique, i.e., prendre Vh = P2 (sous-espace des fonctions
continues sur Ω et polynomiales de degré 2 par morceaux) donnera β = 4 = 22 , i.e. une erreur
d'approximation quadratique ou d'ordre h2 : ||u − uh ||V = O(h2 ).
56
57 4.5. Méthode de Ritz-Galerkin
Et de manière générale, une approximation par des fonctions continues sur Ω polynomiales de
degrés k par morceaux donnera une erreur d'approximation d'ordre hk : ||u − uh ||V = O(hk ), ou
encore :
||u − uh ||V ≤ ck hk , (4.17)
où ck > 0 est une constante indépendante de h.
Ces résultats sont tous basés sur les inégalités d'interpolation, inégalités qui `mesurent' la
quantité d(u, Vh ) = inf vh ∈Vh ||u−vh ||V , i.e. en donne une borne supérieure, dont une interprétation
est qu'une fonction polynomiale peut approcher d'autant mieux une fonction quelconque que son
degré est élevé.
Il semble donc souhaitable de prendre une approximation polynomiale d'ordre élevé. Cependant
la mise en ÷uvre (programmation) sera plus délicate et pourra s'avérer être d'un coût plus élevé
(matrice à inverser `plus grosse' et `moins creuse', et de plus ck est généralement >> c1 ) pour un
gain en précision initule (par rapport à la précision cherchée ou bien par rapport à la précision du
modèle donné par a(·, ·)).
Le problème étant bien posé lorsque le théorème de Lax-Milgram est satisfait, il admet une unique
solution um ∈ Vm . On montre alors :
57
58
5.1 Triangulation
On se place dans l'intervalle Ω =]a, b[. Puis pour n ∈ N xé, donnons-nous n+1 points (xi )i=0,n
[n
tels que a = x0 < x1 < . . . < xn = b. Et considérons la partition T = ]xi−1 , xi [, partition
i=1
1 i
qui vérie T = [a, b]. (Par exemple, posant ]a, b[=]0, 1[, h = n et xi = = ih, la partition est
n
constituée de n intervalles égaux).
Dénition 5.1 La partition T est appelée triangulation ou maillage de Ω. Les intervalles ]xi−1 , xi [
formant T sont appelés éléments ou mailles de Ω.
0.5
−0.5
−1
−1.5
0 0.1 0.2 0.3 0.4 0.5 0.6 0.7 0.8 0.9 1
[10
i−1 i
Fig. 5.1 Une fonction de P0 sur ]0, 1[, pour la triangulation ] , [.
i=1
10 10
Cet espace P0 admet une base simple formée des n fonctions ϕi = 1]xi−1 ,xi [ (fonctions caracté-
ristiques de ]xi−1 , xi [) : les ϕi sont constantes par morceaux dénies pour 1 ≤ i ≤ n par :
(
ϕi (x) = 1 pour x ∈]xi−1 , xi [,
(5.1)
ϕi (x) = 0 sinon.
xi−1 +xi
alors en particulier au point 2 on obtient αi = 0, et ce pour tout i, et donc les αi sont tous
nuls.
58
59 5.2. P0 espace des fonctions constantes par morceaux
2- Et c'est une famille génératrice : si fh est dans P0 , elle est caractérisée par ses valeurs aux
x +x
points j−12 j (milieu des intervalles). Et on a :
n
[ n
X xi−1 + xi
∀x ∈ ]xi−1 , xi [, fh (x) = cj ϕj (x) où pour i = 1, ..., n : ci = fh ( ) ∈ R. (5.3)
i=1 j=1
2
(Le membre de droite est bien constant par morceaux comme combinaison linéaire de fonctions
x +x
constantes par morceaux.) Donc (ϕi )i=1,...,n est une base de P0 et pour fh ∈ P0 les cj = fh ( j−12 j )
sont les composantes de fh sur cette base.
Remarque 5.2 Les fonctions ϕi dénies ne permettent pas de connaître la valeur d'une fonction
fh ∈ P0 aux n points xi : les fh ne sont donc dénies que presque partout sur [a, b]. Elles ont été
dénies volontairement de cette façon car on aura uniquement besoin de savoir si fh a un sens au
sens de l'intégration (i.e. si fh est dénie presque partout). Pour des applications plus classiques, on
peut dénir les ϕi comme valant 1[xi−1 ,xi [ , pour i = 1, ..., n − 1 et ϕn = 1[xn−1 ,xn ] , par exemple.
(où d(·, ·) est la distance associée à la norme : d(f, vh ) = ||f −vh ||L2 ). P0 est un sous-espace vectoriel
de dimension nie donc est convexe et fermé donc fh existe et est unique (c'est la projection de f
sur P0 ). Disposant d'une base (ϕi )i=1,n de P0 , la projection fh ∈ P0 est caractérisée par :
Puisque fh ∈ P0 , fh est caractérisée par ses composantes (cj )i=1,...,n sur sa base :
n
X
fh (x) = cj ϕj (x).
j=1
Ici, le calcul est simple car les ϕi sont 2 à 2 orthogonales (leurs supports sont disjoints), et on trouve
immédiatement M = diag(xi − xi−1 ) (matrice diagonale de termes diagonaux les réels xi − xi−1 ).
Et puisque
Z 1 Z xi
fi = f (x) ϕi (x) dx = (xi − xi−1 ) f˜i− 12 où f˜i− 21 = f (x) dx,
0 xi−1
59
60 5.3. P1 espace des fonctions continues qui sont anes par morceaux
avec Vh ⊂ H 1 (Ω), pour pouvoir faire le calcul d'erreur ||u − uh ||H 1 (Ω) (cas des éléments nis
conformes).
La démarche est la même pour une approximation dans H01 (Ω), considérant dans ce cas les
conditions aux limites de Dirichlet.
Les éléments nis P0 ne sont donc pas susant.
5.3 P1 espace des fonctions continues qui sont anes par morceaux
5.3.1 Base de P1
n
[
Une fonction continue sur [a, b] ane par morceaux sur la partition ]xi−1 , xi [ est une fonction
i=1
fh = [a, b] → R qui est continue sur [a, b] et telle que fh (x) est ane sur chaque intervalle ]xi−1 , xi [.
On appelle P1 = P1 (T ) l'ensemble des fonctions continues anes par morceaux sur P T . Il est
m
immédiat que P1 est un sous-espace vectoriel de F([a, b], R) : toute combinaison linéaire i=1 cj fj
(avec m ∈ N, les cj ∈ R et les fj ∈ P1 ) est continue comme somme (nie) de fonctions continues et
est ane par morceaux comme somme (nie) sur chaque intervalle ]xi−1 , xi [ de fonctions anes.
On considère les n − 1 fonctions continues ϕi sur [a, b] dénies par (fonctions chapeaux), pour
1≤i≤n−1 :
x − xi−1
ϕi (x) = pour x ∈ [xi−1 , xi ],
x i − xi−1
x − xi+1 (5.5)
ϕi (x) = pour x ∈ [xi , xi+1 ],
x i − x i+1
ϕi (x) = 0 ailleurs.
On ajoute les `demi-chapeaux' (aux extrémités de [a, b]) :
ϕ0 (x) = 1 − x − a pour x ∈ [a, x1 ], ϕn (x) = 1 − b − x pour x ∈ [xn−1 , b],
x1 − a et b − xn−1
ϕ0 (x) = 0 sinon , ϕn (x) = 0 sinon .
(5.6)
On montre alors Pnque ces fonctions forment une base de P1 : premièrement, (ϕi )i=0,n est une
famille libre car si j=0 αj ϕj = 0, i.e. si :
n
X
∀x ∈ [a, b], αj ϕj (x) = 0, (5.7)
j=0
alors au point xi on obtient αi = 0, et ce pour tout i, et donc les αi sont tous nuls. Deuxièmement,
n
[
elle est génératrice : si fh est une fonction continue ane par morceaux sur [xi−1 , xi ], elle est
i=1
60
61 5.3. P1 espace des fonctions continues qui sont anes par morceaux
1 1
0.9 0.9
0.8 0.8
0.7 0.7
0.6 0.6
0.5 0.5
0.4 0.4
0.3 0.3
0.2 0.2
0.1 0.1
0 0
0 0.1 0.2 0.3 0.4 0.5 0.6 0.7 0.8 0.9 1 0 0.1 0.2 0.3 0.4 0.5 0.6 0.7 0.8 0.9 1
Fig. 5.2 Les fonctions de base demi-chapeau ϕ0 et chapeau ϕ7 sur ]a, b[=]0, 1[, pour la triangu-
[10
i−1 i
lation ] , [.
i=1
10 10
En eet, le terme de droite est une fonction continue sur [a, b] et ane par morceaux comme
combinaison linéaire de fonctions continues et anes par morceaux, et aux points xj sa valeur est
égale à fh (xj ).
i.e., f − fh ∈ P1⊥ au sens L2 , ou encore avec la base (ϕi )i=0,n des fonctions chapeaux :
Puisque fh ∈ P1 , fh est caractérisée par ses composantes (cj )i=1,...,n sur sa base :
n
X
fh (x) = cj ϕj (x), (5.10)
j=0
avec les cj ∈ R. Alors fh est connue dès que ses composantes cj sont connues. Et (5.9) donne :
n
X
∀i = 0, ..., n, cj (ϕj , ϕi )L2 = (f, ϕi )L2 .
j=0
Il sut donc d'inverser ce système pour connaître ~c, et donc fh avec (5.10).
61
62 5.3. P1 espace des fonctions continues qui sont anes par morceaux
Attention, les ϕi ne sont pas 2 à 2 orthogonales ! Par exemple, considérant le cas de la partition
de ]a, b[=]0, 1[ donnée par xi = ni , il vient :
Z 1 Z h
h−x x h
(ϕ0 , ϕ1 )L2 = (ϕi−1 , ϕi )L2 = ϕ0 (x)ϕ1 (x) dx = dx = 6= 0.
0 0 h h 6
Exemple 5.3 L'approximation P1 de f (x) = x(x − 1) dans L2 (]0, 1[) est donnée gure 5.3.
−0.05
−0.1
−0.15
−0.2
−0.25
0 0.3333 0.6667 1
Fig. 5.3 La fonction fh ∈ P1 pour n = 3 la plus proche de f (x) = x(x − 1) au sens L2 (]0, 1[).
Noter que les valeurs fh (xi ) sont diérentes des f (xi ) : la solution fh est optimale au sens L2 .
Et ici on obtient trivialement : (ϕi−1 , ϕi )L2 ' 0 et ||ϕi ||2L2 ' h. Et donc :
M ' hI.
62
63 5.3. P1 espace des fonctions continues qui sont anes par morceaux
5.3.3 Approximation H 1 (Ω) ou H01 (Ω) d'une fonction u ∈ H 1 (Ω) par une fonction P1
Une fonction P1 est dans H 1 (Ω), et donc, si u ∈ H 1 (Ω), pour tout uh ∈ P1 le terme ||u−uh ||H 1
a un sens. Et la meilleure approximation au sens H 1 (Ω) de u par un élément uh ∈ P1 est donnée
par :
(uh , vh )H 1 (Ω) = (u, vh )H 1 (Ω) , ∀vh ∈ H 1 (Ω).
(Ou encore (u−uh ) ⊥ Vh au sens H 1 (Ω), i.e. uh projection orthogonale de u sur P1 au sens H 1 (Ω).)
On applique la démarche du paragraphe précédent : il est équivalent de résoudre :
trouver uh ∈ P1 tel que :
Z Z
0 0
(5.11)
uh (x) vh (x) + uh (x) vh (x) dΩ = u0 (x) vh0 (x) + u(x) vh (x) dΩ, ∀vh ∈ P1
Ω Ω
Disposant de la base des fonctions chapeaux sur P1 , les (ϕi )0≤i≤n , on cherche donc les constantes
cj qui dénissent uh :
n
X
uh (x) = cj ϕj (x)
j=0
(R + M ) ~c = f~
où :
c0 f0
.
f~ = ...
R = [(ϕ0j , ϕ0i )L2 ]0≤i,j≤n , M = [(ϕj , ϕi )L2 ]0≤i,j≤n , ~c = .. ,
cn fn
R
où fi = Ω u0 (x).ϕ0i (x) + u(x) ϕi (x) dΩ. La matrice R est appelée matrice de rigidité.
La matrice R, qui est (n+1) ∗ (n+1), n'est pas diagonale, mais elle est bande (et même tri-
diagonale). On a vu que la matrice de masse M est également tridiagonale, et donc il est facile
`d'inverser' M + R. D'où ~c, d'où uh . `Inverser' signie ici résoudre le système par une méthode
numérique (comme la méthode LU), le calcul de l'inverse coûtant trop cher.
Exemple 5.5
S Montrer que la matrice R est donnée par, pour la triangulation de ]a, b[=]0, 1[
n 1
donnée par i=0 ]ih, (i+1)h[ où h = n :
1 −1 0 ... 0
−1 2 ..
−1 0 .
1
0 −1 2 −1
R= .. .. .. (5.12)
h . . . 0
−1 2 −1
0 0 −1 1
Remarque 5.6 Comme pour le calcul de M , on peut uiliser la méthode de Mass lumping, cf
remarque 5.4. Mais pour le calcul de R, on intègre des fonctions constantes, et la méthode de Mass
lumping est une méthode exacte qui donne pour résultat la matrice R calculée ci-dessus !
63
64 5.4. P2 espace des fonctions continues qui sont quadratiques par morceaux
Exemple 5.7 La matrice A = hR0 a pour valeurs propres les λj = 2(1 − cos(j 2π
n )) associées
(j)
aux vecteurs propres les ~x(j) de composante xi = sin(ij 2π
n ). Pour le voir, vérier que la matrice
C = 2I − A a pour valeurs propres les 2 − λj associées aux vecteurs propres les ~x(j) . En particulier
la plus grande valeur propre de A est d'ordre O(1) et la plus petite valeur propre est donnée
2
pour j = 1 (ou j = n − 1) et est d'ordre O( 4π 2
n2 ) = O(h ). Le conditionnement de la matrice
1
A est donc d'ordre O( h2 ) = O(n2 ), et R0 a bien sûr le même conditionnement : cela semble
mauvais (le conditionnement dégénère en n2 ), mais heureusement dégénère susamment lentement
pour pouvoir traiter des problèmes de relativement grande taille (à saturation de la mémoire
ordinateur).
5.4 P2 espace des fonctions continues qui sont quadratiques par mor-
ceaux
5.4.1 Base de P2
Une fonction continue sur [a, b] quadratique (ou parabolique) par morceaux sur la partition T
est une fonction fh = [a, b] → R continue sur [a, b] telle que fh (x) est quadratique sur chaque
intervalle ]xi−1 , xi [. On appelle P2 l'ensemble des fonctions continues sur [a, b] qui sont quadratiques
[n
par morceaux sur ]xi−1 , xi [.
i=1
Une fonction quadratique (parabole) est du type a + bx + cx2 et sur chaque intervalle [xi−1 , xi ]
une telle fonction est déterminée par trois points. On choisit comme point supplémentaire le point
milieu :
xi−1 + xi
xi− 12 =
2
Et on choisit une base sur [xi−1 , xi ] : les trois fonctions de degré 2 qui valent 1 en un point et 0
sur les deux autres points sont dénies par :
(x − xi− 12 )(x − xi )
∀x ∈ [xi−1 , xi ], ϕi−1 (x) =
(xi−1 − xi− 12 )(xi−1 − xi )
(x − xi−1 )(x − xi )
∀x ∈ [xi−1 , xi ], ϕi− 12 (x) = (5.13)
(xi− 12 − xi−1 )(xi− 12 − xi )
(x − xi−1 )(x − xi− 12 )
∀x ∈ [xi−1 , xi ], ϕi (x) =
(xi − xi−1 )(xi − xi− 12 )
Il faut prolonger ces fonctions sur tout ]a, b[ de telle sorte qu'elles soient continues : ϕi− 21 est
prolongée par 0 à l'extérieur de [xi−1 , xi ], alors que ϕi est dénie par ϕ(i+1)−1 sur [xi , xi+1 ] et
par 0 ailleurs (même construction dans l'autre sens pour ϕi ). Voir gure 5.4.
0.8 0.8
0.6 0.6
0.4 0.4
0.2 0.2
0 0
−0.2 −0.2
0 0.2 0.4 0.6 0.8 1 0 0.2 0.4 0.6 0.8 1
Fig. 5.4 Les fonctions de base (continues) ϕ3 et ϕ3+ 21 sur ]a, b[=]0, 1[, pour la triangulation en
[5
i−1 i
5 intervalles ] , [.
i=1
5 5
64
65 5.5. Éléments nis de Lagrange Pk
Au total on a déni 2n+1 points (les n + 1 points xi et les n points milieux xi− 21 ), et 2n+1
fonctions associées. Et il est immédiat de vérier que ces 2n+1 fonctions forment une base de P2
(exercice).
P2n+1
Et fh est caractérisée par ses composantes sur sa base. Notons fh (x) = j=1 cj ϕ j−1 (x) avec les
2
cj ∈ R. Alors fh est connu dès que ses composantes cj sont connues. Et (5.14) donne :
2n+1
X
∀i = 1, ..., 2n + 1, cj (ϕ j−1 , ϕ i−1 )L2 = (f, ϕ i−1 )L2
2 2 2
j=1
Donc, notant fi = (f, ϕ i−1 )L2 , les cj sont solutions du système matriciel :
2
c1 f1
.
f~ = ...
M.~c = f~ où M = [(ϕ j−1 , ϕ i−1 )L2 ], ~c = .. ,
2 2
c2n+1 f2n+1
Il sut donc d'inverser ce système pour connaître les cj donc fh . Attention, les ϕ i−1 ne sont pas
2
2 à 2 orthogonales et la matrice M est 5-diagonales.
5.4.3 Approximation H 1 (Ω) ou H01 (Ω) d'une fonction u ∈ H 1 (Ω) par une fonction P2
La démarche est la même que pour les éléments nis P1 et est laissé en exercice.
Dénition 5.8 Un élément ni de type Lagrange est un triplet (K, Σ, P ) se composant de :
1. un intervalle K = [α, β] avec α < β (compact d'intérieur non vide),
2. un ensemble Σ = {a1 , . . . , aN } de N points distincts (degrés de libertés),
3. un espace P = Vect{ϕ1 , . . . , ϕN } de fonctions dénies sur K , de dimension nie N .
Dénition 5.9 Pour un élément ni (K, Σ, P ) de type Lagrange, on dit que Σ est P -unisolvant
si et seulement si :
65
66 5.5. Éléments nis de Lagrange Pk
x1
Exemple 5.11 Soit x1 > 0. Le triplet ([0, x1 ], { }, Vect{1[0,x1 ] }) constitué de l'intervalle [0, x1 ],
x1
2
du point milieu 2 et de l'espace vectoriel constitué des fonctions constantes est un élément ni de
Lagrange appelé élément ni P0 . La fonction de base est la fonction constante = 1.
x x
Exemple 5.12 Soit x1 > 0. Le triplet ([0, x1 ], {0, 1}, Vect{(1 − ), }) constitué de l'intervalle
x1 x1
[0, x1 ], des points extémités 0 et x1 et de l'espace vectoriel constitué des fonctions anes est un
élément ni de Lagrange appelé élément ni P1 . Les deux fonctions de base ont été explicitement
données.
x1
Exemple 5.13 Soit x1 > 0. Le triplet ([0, x1 ], {0, , x1 }, Vect{fonctions quadratiques}) constitué
x1
2
de l'intervalle [0, x1 ], des points 0, 2 , x1 et de l'espace vectoriel constitué des fonctions quadratiques
est un élément ni de Lagrange appelé élément ni P2 . Les trois fonctions de base sont données
dans un paragraphe précédent.
Exemple 5.14 Construire un élément ni P3 de Lagrange, et donner ses fonctions de base.
(Réponse : sur l'intervalle [a, b] avec les points c et d tels que a < c < d < b on trouvera
ϕ1 (x) = (x−b)(x−c)(x−d)
(a−b)(a−c)(a−d) , puis ϕ2 , ϕ3 et ϕ4 par permutation circulaire.)
De manière générale, étant donné un élément ni (K, Σ, P ), une fonction ph ∈ P sera connue
PN
dès qu'on connaîtra ses composantes cj sur la base (ϕj )1≤j≤N : ph (x) = j=1 cj ϕj (x) pour tout
x ∈ Ω. Et P sera unisolvant dès que :
N
X
(∀x ∈ Ω, cj ϕj (x) = 0) =⇒ (cj = 0, ∀j = 1, . . . , N ). (5.16)
j=1
Dénition
S 5.17 On se donne un opérateur de P -interpolation Πh . La famille d'éléments nis
(Ki , Σi , Pi ) est de classe C m pour m ≥ 0 si l'interpolé Πh v choisi est de classe C m (Ω) pour tout
v ∈ C m . Et la famille est dite de classe C −1 si l'interpolé Πh u est P0 par morceaux.
Exemple 5.18 Vérier que les éléments nis P1 et P2 dénis précédemment sont de classe C 0 .
Et que l'élément ni P0 est de classe C −1 .
66
67 5.6. Approximation de problèmes elliptiques aux limites du second degré en dimension 1
Une fonction Πh (v) est entièrement déterminée si on connaît une base (de fonctions) de
Πh (C 0 (Ω)). Une telle base de fonctions est donnée par raccordement C m des fonctions de base
sur chaque élément ni.
Exemple 5.19 Pour les éléments nis P0 , il n'y a pas de condition de raccordement, et donc les
fonctions de base de Πh (C 0 (Ω)) sont les fonctions indicatrices 1]xi−1 ,xi [ .
Exemple 5.20 Pour les éléments nis P1 : sur chaque élément on a déni deux fonctions anes
de base. Sur deux éléments adjacents, Ki−1 =]xi−1 , xi [ et Ki =]xi , xi+1 [, l'interpolé d'une fonction
continue f qui est nulle à l'extérieur de ces deux éléments (i.e. nulle sur R − [xi−1 , xi+1 ]) doit
être une fonction continue. Et la fonction Πh f ne peut être que combinaison linéaire des fonctions
ϕxi ,Ki−1 (2ième fonction de base sur Ki−1 ) et ϕxi ,Ki (1ère fonction de base sur Ki ), toutes les
autres fonctions de base étant nulles en tout point autre que xi :
Ici les fonctions de base ϕxi ,Ki−1 et ϕxi ,Ki on été prolongées par 0 à l'extérieur respectivement de
Ki−1 et Ki . De la continuité de Πh f on déduit que α = β . En eet, Πh f (xi −) = α et Πh f (xi +) = β .
Et on retrouve les fonctions annoncées en début de chapître, à savoir les fonctions chapeaux
(voir paragraphe 5.3.1). Et ces fonctions chapeaux forment une base de Πh (C 0 ).
Exemple 5.21 Procédant de même, montrer que pour les éléments nis P2 , on retrouve les fonc-
tions de base de Πh (C 0 ) données paragraphe 5.4.1.
pour f ∈ L2 (]a, b[) et χ et µ deux fonctions bornées sur ]a, b[. Ce problème s'interprète comme
trouver u ∈ H01 (]a, b[) tel que :
− div(χ(x) du(x) ) + µ(x)u(x) = f (x)
dx (5.20)
u(a) = u(b) = 0
les conditions aux limites étant essentielles, contenues dans la dénition de l'espace H01 (]a, b[).
Les conditions du théorème de Lax-Milgram sont satisfaites dès que par exemple χ et µ sont des
fonctions bornées sur [a, b] telles que :
(
∃α > 0, ∃β > 0, ∀x ∈]a, b[, α ≤ χ(x) ≤ β,
(5.21)
∀x ∈]a, b[, µ(x) ≥ 0,
où Vh est un sous espace de H01 (]a, b[) de dimension nie. La conformité Vh ⊂ H01 (]a, b[) indique
que le théorème de LaxMilgram est satisfait dans Vh et donc que ce problème approché est bien
posé.
67
68 5.6. Approximation de problèmes elliptiques aux limites du second degré en dimension 1
On a un problème à n − 1 inconnues les ujh ∈ R pour j = 1, ..., n − 1, qui est résolu à l'aide des
n − 1 équations indépendantes données par (5.22) où vh est choisi égal à ϕi pour i = 1, ..., n − 1 :
trouver uh ∈ Vh tel que, pour tout i = 1, ..., n − 1 :
Z b Z b Z b (5.25)
0 0
χ(x)uh (x) ϕi (x) dx + µ(x)uh (x) ϕi (x) dx = f (x) ϕi (x) dx
a a a
Soit :
trouver (ujh )1≤j≤n−1 ∈ Rn−1 tel que, pour tout i = 1, ..., n − 1 :
X ³Z b
n−1 Z b ´
j
Z b
(5.26)
0 0
χ(x) ϕ j (x) ϕ i (x) dx + µ(x)ϕ j (x) ϕi (x) dx uh = f (x) ϕi (x) dx
j=1a a a
uh1
.
Sous forme matricielle cela s'écrit : trouver ~u = .. tel que :
uhn−1
A.~u = f~ (5.27)
f1
.
où A = [aij ] et f~ = .. sont donnés par :
fn−1
Z b Z b
aij = χ(x) ϕ0j (x) ϕ0i (x) dx + µ(x)ϕj (x) ϕi (x) dx, i, j = 1, ..., n − 1
a a
Z b
(5.28)
fi = f (x) ϕi (x) dx, i = 1, ..., n − 1
a
68
69 5.7. Remarques
pour f ∈ L2 ([a, b]). Ce problème s'interprète comme : trouver u ∈ H 1 (]a, b[) tel que :
(
− div(χ(x) u0 (x)) + µ(x)u(x) = f (x), ∀x ∈]a, b[
(5.30)
u0 (a) = g(a), u0 (b) = g(b) (condition aux limites)
les conditions aux limites étant naturelles, provenant de l'intégration par parties. Les conditions du
théorème de Lax-Milgram sont satisfaites dès que par exemple χ et µ sont des fonctions continues
sur [a, b] telles que :
(
∃α > 0, ∃β > 0, ∀x ∈]a, b[, α ≤ χ(x) ≤ β,
(5.31)
∃α0 > 0, ∀x ∈]a, b[, µ(x) ≥ α0 .
(On ne peut pas se contenter de µ(x) ≥ 0, sinon le problème n'est pas elliptique (ou coercif) dans
H 1 (]a, b[).)
Si on ne connaît pas de solution analytique à ce problème, on cherche une solution approchée :
trouver uh ∈ Vh tel que, pour tout vh ∈ Vh :
Z b Z b Z b (5.32)
χ(x) u0h (x) vh0 (x) dx + µ(x)uh (x) vh (x) dx = f (x) vh (x) dx
a a a
On a un problème à n + 1 inconnues les ujh ∈ R pour j = 0, ..., n, qui est résolu à l'aide des n + 1
équations indépendantes données par (5.32) où vh est successivement remplacé par les ϕi pour
i = 0, ..., n. On obtient ainsi le système à résoudre :
A.~u = f~
où A = [aij ] et f~ = (fi ) sont donnés comme pour le problème de Dirichlet mais avec cette fois les
indices i et j qui varient de 0 à n.
5.7 Remarques
5.7.1 Convergence ponctuelle
Dans le cas 1-D, on a un résultat remarquable (et exceptionnel) : pour le problème de Dirichlet
−u00 = f dans H01 (Ω), la solution approchée uh ∈ P1 vérie uh (xi ) = u(xi ). (Noter qu'en 1-D
les fonctions u ∈ H 1 (Ω) sont continues, et donc la valeur ponctuelle u(xi ) a un sens.)
En eet, au sens des distributions on a :
69
70 5.7. Remarques
−0.01
−0.02
−0.03
0 0.3333 0.6667 1
T
Fig. 5.5 Solution approchée uh ∈ P1 H01 (]0, 1[) de −u00 = −2 avec u(0) = u(1) = 0. La solution
analytique u est connue et vaut u = x(x − 1).
5.7.3 Assemblage
Le calcul des aij et fi se fait usuellement, lors de l'écriture
R xk du programme de résolution, par
assemblage des intégrales élémentaires faciles à calculer xk−1 (.) dx pour k = 1, ..., n :
Z xk
χk− 12 ,i,j = χ(x) ϕ0j (x) ϕ0i (x) dx
x=xk−1
Z xk
µk− 12 ,i,j = µ(x)ϕj (x) ϕi (x) dx (5.34)
x=xk−1
Z xk
fk− 12 ,i = f (x) ϕi (x) dx
x=xk−1
ce bien sûr en ne sommant que sur les termes non nuls a priori. L'algorithme typique d'assemblage
consiste à calculer les :
aij (k) = χk− 12 ,i,j + µk− 21 ,i,j
(5.36)
fi (k) = fk− 12 ,i
Pn Pn
et de sommer : aij = k=1 aij (k) et fi = k=1 fi (k).
Pratiquement, on fait le changement de variable permettant de se ramener à l'intervalle ]0, 1[ :
avec t = xx−x k−1
k −xk−1
= t(x), i.e. x = (xk −xk−1 )t+xk−1 = x(t) :
Z xk
fk− 12 ,i = f (x) ϕi (x) dx
x=xk−1
Z1 ¡ ¢ ¡ ¢
= f (xk −xk−1 )t+xk−1 ϕi (xk −xk−1 )t+xk−1 (xk −xk−1 )dt
t=0
Z 1 ¡ ¢
= (xk −xk−1 ) f (xk −xk−1 )t+xk−1 ϕbi (t) dt
t=0
70
71 5.7. Remarques
F=0 %initialisation de F à 0
for k=1:nel % on parcourt les éléments (intervalles)
x1 = absmin(k)
ix1 = k
x2 = absmax(k)
ix2 = k+1
g1(t) = (x2-x1)*f((x2-x1)t+x1)*phibase1(t)
g2(t) = (x2-x1)*f((x2-x1)t+x1)*phibase2(t)
F(ix1) = F(ix1)+integ(g1) % on ajoute le terme correspondant à la
F(ix2) = F(ix2)+integ(g2) % fonction de base du noeud ix1 ou ix2.
end
71
72
Et on trouve δai (p) = p(ai ) et ainsi le caractère unisolvant dénit plus haut sous la forme plus
générale :
Dénition 6.1 Pour un élément ni (K, Σ, P ), on dit que Σ est P -unisolvant si et seulement si :
∀(αi ) ∈ RN , ∃ ! p ∈ P, ∀i = 1, . . . , N, δai (p) = αi (6.1)
72
73 6.3. Exemple d'éléments nis de classe C 1
1 1
φ1
φ3
0.5 0.5
φ2
0 0
φ4
0 0.5 1 1 2 3
Fig. 6.1 Les fonctions de base P3 sur l'élément ni (]0, 1[, Σ, P3 ), et des fonctions de base P3 de
S
Πh (C 1 ) correspondant à une partition contenant ]1.5, 2[ ]2, 3[.
Exercice 6.3 Montrer que sur l'intervalle [c, d] = [0, 1] un calcul direct donne :
b1 (x) = (x − 1)2 (2x + 1),
ϕ b2 (x) = (x − 1)2 x,
ϕ b3 (x) = x2 (3 − 2x),
ϕ b4 (x) = x2 (x − 1),
ϕ
où ϕ
b3 (x) = ϕb1 (1 − x) (symétrie par rapport à l'axe vertical x = 21 ) et ϕ b2 (1 − x) (on
b4 (x) = −ϕ
commence par ϕ b2 transformée en α(y) = −ϕb2 (−y) par symétrie autour de l'origine avec y ∈ [−1, 0]
puis on translate pour obtenir ϕ4 (x) = α(x − 1) avec x ∈ [0, 1]).
73
74 6.3. Exemple d'éléments nis de classe C 1
b02 ( x−c
(Par exemple ϕ02 (x) = ϕ d−c ) et en x=c la pente vaut 1.)
74
75
On cherche alors une solution approchée uh dans un espace de dimension nie Vh ⊂ H 1 (Ω) (solution
qu'on puisse programmer) telle que uh soit `proche' de u.
On va approximer u par une fonction uh dénie simplement par morceaux sur une partition
de Ω. On donne ici les cas simples où une partition de Ω est constituée de triangles ou de qua-
drangles.
On dénit alors également l'espace P0 des fonctions constantes par morceaux sur chaque tri-
angle, espace dont une base est immédiate (constituée des fonctions qui sont nulles partout sauf
sur un triangle où elles valent 1). Ces fonctions P0 ne sont pas susantes pour un problème à
résoudre de type laplacien.
On s'intéresse maintenant à des bases moins immédiates à visualiser.
Dénition 7.1 On appelle noeud un point sommet d'un triangle (de manière générale un noeud
est un élément du treillis, voir paragraphe 8.2.3).
Donnons une base simple de P1 : celle constituée des fonctions chapeaux : elles valent 1 en un
noeud et 0 sur les autres noeuds, voir gure 7.1.
1
1
0.8
0.9
0.6 0.8
0.7
0.4
0.6
0.2 0.5
0.4
0
0.3
−0.2 0.2
0.1
−0.4
0
−0.6 1
−0.8 0
1
0.5
−1 0
−1 −0.5 0 0.5 1 −1 −0.5
−1
(le membre de droite est une combinaison linéaire de fonctions continues qui sont anes par
morceaux, et est bien une fonction continue qui est ane par morceaux.)
75
76 7.2. Triangles et base de P2
Remarque 7.2 Par trois points distincts passe un seul plan : soit fh une fonction P1 : localement,
i.e. dans un triangle Ki , fh s'écrit fh (~x) = ax + by + c. Si on connaît ses valeurs f1 = fh (~x1 ),
f2 = fh (~x2 ) et f3 = fh (~x3 ) aux sommets ~x1 , ~x2 et ~x3 d'un triangle K , alors a, b et c sont solutions
du système :
x1 y1 1 a f1
x2 y2 1 b = f2
x3 y3 1 c f3
très rapide à résoudre, et donc fh est très facile à calculer.
2.5
50
2
1.5
0.5
−50
−0.5
−100
0 5 −5
0.5
0 0
1
0.5 0 −0.5 −5 5
1 y
x−y x+y x
Fig. 7.2 La fonction ϕ(x, y) = 2. ∗ (1 − x − y). ∗ (0.5 − x − y) dans les axes tourné de 45◦ , et la
fonction ψ(x, y) = 4. ∗ x. ∗ (1 − x − y), dont les restrictions au triangle de sommets (0, 0), (1, 0) et
(0, 1) constitueront deux fonctions de base.
Dénition 7.3 On appelle noeud de la triangulation soit un point sommet de triangle soit un
point milieu de côté d'un triangle.
En particulier, si on connaît ses valeurs fi = f (~xi ), aux noeuds ~xi (dénissant les 3 sommets
et les 3 milieux des cotés du triangle), on connaît fh . Il sut pour cela de résoudre un système de
6 équations aux 6 inconnues les a, b,..., f . Les ~xi sont appélés les noeuds.
Donnons une base simple de P2 : celle constituée des fonctions qui valent 1 en un noeud et 0
sur les autres noeuds, voir gure 7.3.
Il est clair que, si N est le nombrePde noeuds, les N fonctions ainsi construites forment une
base de P2 : c'est une famille libre car j cj ϕj (~x) = 0 pour tout ~x implique ci = 0 (prendre ~x = ~xi
position d'un noeud), et c'est une famille génératrice car toute fonction fh ∈ P1 s'écrit :
N
X
fh (~x) = cj ϕj (~x) où ci = fh (~xi )
j=1
(le membre de droite est une combinaison linéaire de fonctions continues sur Ω quadratiques par
morceaux et est donc bien continu sur Ω quadratique par morceaux.)
76
77 7.4. Quadrangles et base de Q2
0.9 0.9
0.8 0.8
0.7
0.7
0.6
0.6
0.5
0.5
0.4
0.4
0.3
0.3
0.2
0.1 0.2
0 0 0.1 0
−0.1 0
0 0.5 0 0.5
0.5 0.5
1 1 x 1 1 x
y y
On souhaite choisir une base simple de fonctions continues. Il est naturel de les prendre linéaires
sur chaque coté du quadrangle K et de les dénir à l'aide des 4 sommets de K . Le plus simple est
donc de les prendre bilinéaire sur un quadrangle K (on ne peut pas faire passer un plan par 4 points
en général, i.e., on ne peut donc pas choisir de fonctions anes), i.e. de la forme, si ~x = (x, y) :
fh (~x) = a + bx + cy + dxy
30
20
10
−10
−20 5
−30
−5 0
5 −5 y
On appelle Q1 l'ensemble des fonctions continues sur Ω qui sont bilinéaires par morceaux. Et
les fonctions qui forment une base de Q1 sont celles qui valent 1 en un noeud et 0 sur les autres
noeuds. Voir gure 7.5.
On vérie immédiatement que l'ensemble de ces fonctions forment une base de Q1 .
On dénit les noeuds de Q2 comme étant les 9 points suivants : les 4 sommets du quadrangle K ,
les 4 milieux des cotés et le centre (intersection des diagonales). On vérie que les fonctions Q2 qui
localement sur chaque K valent 1 en un noeud et 0 sur les autres noeuds forment une base de Q2 .
77
78 7.5. Résolution de problèmes elliptiques du second degré
0.9
0.8
0.7
0.6
0.5
0.4
0.3
0.2
0.1
0
−1.5
−1
−0.5
0
1
0.5 0.5
0
−0.5
1 −1
−1.5
Fig. 7.5 Une fonction de base Q1 (chapeau bilinéaire par morceaux) et 1/4 d'une fonction de
base (restriction à un quadrangle). Ici Ω = le carré ] − 1.5, 1[2 a été partitionné en 25 carrés.
~
(gradu, ~
gradv)L2 = (f, v)L2 , ∀v ∈ H01 (Ω). (7.2)
T
SoitTVh ⊂ H01 (Ω) un sous-espace de dimension nie N . Par exemple, Vh = Pk H01 (Ω) ou =
Qk H01 (Ω), pour k = 1, 2 (ensembles des fonctions Pk ou Qk qui s'annulent au bord).
Chercher une solution approchée de (7.2) dans Vh consiste à chercher une fonction uh ∈ Vh
telle que :
~ h , gradϕ
(gradu ~ i )L2 = (f, ϕi )L2 , ∀i = 1, ..., N, (7.3)
où les ϕi sont les fonctions de base de Vh . Et chercher uh ∈ Vh revient à chercher ses composantes
dans la base (ϕi ), i.e., chercher les constantes (cj )j=1,N ∈ RN telles que :
N
X
uh = cj ϕj ,
j=1
PN
(ou encore, pour tout ~x ∈ Ω, uh (~x) = j=1 cj ϕj (~x)). Et par substitution dans (7.3), les cj sont
solutions du système matriciel à N équations et N inconnues :
N
X
∀i = 1, ..., N ~ j , gradϕ
(gradϕ ~ i )L2 cj = (f, ϕi )L2 (7.4)
j=1
R.~c = f~
où R = [Rij ]1≤i,j≤N la matrice de rigidité, et f~ = (f1 , ...fN )T la donnée sont dénis par :
Z Z
Rij = ~ ~
gradϕj (~x).gradϕi (~x) dx, fi = f (~x) ϕi (~x) dx
Ω Ω
78
79
(où Nel ∈ N est le nombre d'éléments Ki .) On supposera de plus les Ki de forme `simple' : en 2-D
se seront soit des triangles, soit des quadrangles. On suppose donc que l'ouvert Ω est polygonal, et
s'il ne l'est pas, on ne tiendra pas compte de l'erreur qui consiste à l'approcher par des triangles
ou quadrangles.
On note de manière générique K un des Ki , et on regarde ce qui se passe sur un K donné.
Remarque 8.2 On renvoie au paragraphe 6.2 pour la notion générale de degrés de liberté. Ici, on
ne considérera que le cas où les degrés de libertés sont (identiables à) des points distincts dans K ,
ce pour simplier.
Dénition 8.3 Pour un élément ni de type Lagrange (K, Σ, P ), on dit que Σ est P -unisolvant
si et seulement si :
Dans ce cas, l'élément ni est dit de Lagrange. Nous ne considérerons que des éléments nis de
Lagrange, appelés simplement éléments nis.
Et l'élément ni est donc unisolvant ssi étant donné une base (ψj )j=1,N de P :
N
X
(∀~x ∈ K, cj ψj (~x) = 0) =⇒ (cj = 0, ∀j = 1, . . . , N ). (8.3)
j=1
Si on dispose de la base de P constituée des fonctions de base, alors le caractère unisolvant est
automatiquement vérier.
79
80 8.2. Éléments nis simpliciaux
Fig. 8.1 Représentation d'un élément ni P1 , d'un élément ni P2 et d'un élément ni P3 .
est de rang n + 1, i.e., det A 6= 0 (ses colonnes sont formées des vecteurs ~aj complétés par 1). En
80
81 8.2. Éléments nis simpliciaux
dont les colonnes sont les vecteurs indépendants (~a2 − ~a1 ), ..., (~an+1 − ~a1 ).
la matrice A étant inversible dès que les points (~aj )j=1,...,n+1 forment un simplexe.
Exemple 8.11 Dans R, on considère le simplexe formé de a1 = 0 et a2 = 1, i.e. l'intervalle [0, 1].
Les coordonnées barycentrique de x = −1 par rapport à a1 et a2 sont λ2 = −1 et λ1 = 2.
Exemple 8.12 Dans R2 , on considère le simplexe (triangle) formé de ~a1 = (1, 1), ~a2 = (2, 1) et
~a3 = (1, 2). Les coordonnées barycentrique de ~x = (2, 3) sont λ1 = −2, λ2 = 1 et λ3 = 2.
Lemme 8.13 (i) Les coordonnées barycentriques λi (~x) d'un point ~x = (x1 , ..., xn ) sont des fonc-
tions anes de x1 ,..., xn .
(ii) Le n-simplexe K déni par les (~aj )j=1,...,n+1 est déni par les coordonnées barycentriques
positives :
K = {~x ∈ Rn : λj ≥ 0, j = 1, ..., n + 1} (8.10)
(et donc en particulier 0 ≤ λj ≤ 1 pour tout j ).
Et A−1 étant une matrice xée (représentant un application linéaire), les λi sont bien des fonctions
anes des xi .
81
82 8.2. Éléments nis simpliciaux
8.2.2 Dénition de Pk
On note Pk l'ensemble des polynômes de degré inférieur ou égal à k dans Rn , i.e. pour ~x =
(x1 , ..., xn )t , on a p ∈ Pk s'il existe des constantes αi1 ,...in ∈ R telles que :
X
p(~x) = αi1 ,...in xi11 ...xinn (8.12)
i1 ≥0,...,in ≥0
i1 +...+in ≤k
et :
1
Σ0 = {l0 isobarycentre} = {~x0 = (~a1 + ... + ~an+1 )} (8.14)
n+1
En particulier, Σ1 est l'ensemble des sommets ~aj , et Σ2 l'ensemble des points constitués des som-
mets et des milieux des côtés.
Et le nombre de points du treillis est donné par :
µ ¶
n+k (n + k)!
cardΣk = = (8.15)
k n! k!
(calcul combinatoire.)
Pour l'élément ni P1 , P2 ou P3 , les treillis ont été représentés gure 8.1.
82
83 8.2. Éléments nis simpliciaux
Preuve. Il faut vérier l'unisolvance. Puisque dimPk =cardΣk , il sut d'exhiber les fonctions de
base. Si k = 0 alors p0 (~x) = 1 dénie la base (p0 ).
Si k ≥ 1 alors les points du treillis sont dénis par, notant µ = (µ1 , ..., µn+1 ) ≥ 0 :
n+1
X n+1
X
~aµ = µj~aj où µj = 1 (8.16)
j=1 j=1
Y kµY
n+1 j −1
i
pµ (~x) = Cµ (kλj (~x) − ) (8.17)
j=1 i=0
k
µj ≥ 1
k
où les λj (~x) sont les coordonnées barycentriques de ~x. On vérie que pµ (~aν ) = δµν lorsque la
Qn+1
constante de normalisation Cµ vaut Cµ = j=1 ((kµj )!).
b Σ
Élément ni P0 Le 2-simplexe (K, b 0 , P0 ) de type 0 est appelé élément ni de référence P0 .
b 0 est constitué de l'isobarycentre ~x0 de coordonnées barycentriques ( 1 , 1 , 1 ) (i.e. ~x0 =
Le treillis Σ 3 3 3
1b
a1 + 3 ~a2 + 13 ~b
3~
1b b) ≡ 1.
a3 ). Et la fonction de base est la constante ϕ0 (~x
b Σ
Élément ni P1 Le 2-simplexe de type 1 (K, b 1 , P1 ) est appelé élément ni de référence P1 . Les
sommets ~b b constituent le treillis Σ1 . Et les fonctions de base sont données par les coordonnées
ai de K
barycentriques :
ϕ (~xb) = λ1 (~x
b) = 1 − x
b1 − x
b2
1
b) = λ2 (~x
ϕ2 (~x b) = x
b1 (8.18)
b) = λ3 (~x
b) = x
ϕ3 (~x b2
(0,1) (0,1)
1 1
0 0
(0,0) (1,0) (0,0) (1,0)
0 1 0 1
b Σ
Élément ni P2 Le 2-simplexe de type 2 (K, b 2 , P2 ) est appelé élément ni de référence P2 . Les
sommets ~b b et les milieux ~b
ai de K aij des ~b
ai et ~b
aj constituent le treillis Σ2 .
83
84 8.2. Éléments nis simpliciaux
b) = 2λi (~x
ϕi (~x b) − 1 ),
b) (λi (~x i = 1, 2, 3 (8.19)
2
b) = 4λi (~x
ϕij (~x b)λj (~x
b), i 6= j, 1 ≤ i, j ≤ 3 (8.20)
b Σ
Élément ni Q2 Le 2-simplexe de type 2 (K, b 2 , Q2 ) où K
b est le carré [0, 1]2 , les points som-
mets plus les milieux des côtés plus le centre forment le treillis, et Q2 est l'espace des fonctions
biquadratiques, est appelé élément ni de référence Q2 .
84
85
b de cet
est appelé élément ni de référence (ou n-simplexe de référence) de degré k . La géométrie K
élément ni de référence est donc donné par l'origine et les n vecteurs de base canonique de Rn .
b
K = F (K), Σ = {~ai = F (~b
ai ), ~b b
ai ∈ Σ}, P = {p = pb ◦ F −1 , pb ∈ Pb} (9.2)
b Σ,
Proposition 9.2 Si (K, b Pb) est un élément ni et si F est bijective bicontinue alors (K, Σ, P )
est un élément ni. Et si les (ϕ b Σ,
bj ) sont les fonctions de base de (K, b Pb), alors les (ϕj ) données
par :
bj ◦ F −1 (~x)
ϕj (~x) = ϕ (9.3)
sont les fonctions de base de (K, Σ, P ).
Preuve. Il sut de vérier que (K, Σ, P ) vérie le critère d'unisolvance. F étant bijective, il vient
cardΣ = cardΣ b = dimP b = dimP. Puis les (ϕj ) sont indépendantes et de plus constituent les
fonctions de base puisque :
ϕi (~aj ) = ϕ bi (~b
bi ◦ F −1 (~aj ) = ϕ aj ) = δij
Dénition 9.4 Ils sont de plus dits anes-équivalents si l'application F est ane (par exemple,
cas des éléments nis (σ, K, P ) où K est un simplexe), ou ane par rapport à chaque variable (par
exemple, cas 2-D des éléments nis Qk ).
S
Dénition 9.5 La famille d'éléments nis (Ki , Σi , Pi ) est dite famille d'éléments nis anes
b Σ,
équivalents si tous les (Ki , Σi , Pi ) sont anes équivalents à un même élément ni (K, b Pb).
85
86 9.3. Maillage éléments nis : triangulation de Ω
Remarque 9.6 Par exemple, un maillage d'un domaine de R2 par des triangles Ki produit une
famille d'éléments nis (Ki , Σ2i , P2 ) qui sont anes équivalents dès qu'il existe des aplications Fi
anes de l'élément ni de référence (K, b Σb 2 , P2 ) vers l'élément ni (Ki , Σ2i , P2 ).
Attention, l'application Fi est bien de degré 1 et est une tranformation purement géométrique
b dans Ki et n'a aucun rapport avec les Σ ou P (de degré k en général). Fi est donc entièrement
de K
déterminée par la donnée de K b et de K , et plus simplement par leurs sommets respectifs : Fi (~baj ) =
~aj pour j = 1, 2, 3, où Fi de R2 dans R2 est de la forme :
µ ¶ µ ¶
b F1i (b
x, yb) x
Fi (~x) = Fi (bx, yb) = =
F2i (b
x, yb) y
Théorème 9.7 Pour tout k ≥ 0, deux éléments nis n-simplexes de type (k) sont anes équiva-
lents.
b Σ
Preuve. Notons (K, b k , Pk ) et (K, Σk , Pk ) deux tels éléments nis. Un point ~x de K et un point
b de K
~x b sont dénis par leurs coordonnées barycentriques :
n+1
X n+1
X
~x = λj~aj , b=
~x bj~b
λ aj (9.4)
j=1 j=1
b) = ~x ⇐⇒ λ
F (~x b j = λj , j = 1, ..., n + 1 (9.6)
b) = ~x = B.~x
On vérie que F est ane puisque F (~x b où B est la matrice déterminée à partir de
x1 x
b1
.. .
. = A.(A)b −1 . .. . Cette matrice est de plus inversible car K et K
b sont des simplexes,
x xb
n n
1 1
b = K puis F (Σ
et on vérie que F (K) b k ) = Σk , puis que Pk est transformé en lui-même par une
application ane.
Donc les éléments nis sont anes équivalents.
86
87 9.3. Maillage éléments nis : triangulation de Ω
(critère d'unisolvance.) A partir des fonctions de base (ϕi )i=1,...,N de l'élément ni il est immédiat
que pv est déni par :
N
X
pv (~x) = v(~aj )ϕj (~x), ∀~x ∈ Ω (9.8)
j=1
Et on a le théorème d'interpolation :
b Σ,
Théorème 9.10 Soient (K, b Pb) et (K, Σ, P ) deux éléments nis anes-équivalents par la bijec-
b est l'opérateur de Pb-interpolation sur Σ
tion F . Si Π b , alors l'opérateur Π de P -interpolation sur Σ
est caractérisé par :
b ◦ F ) ◦ F −1
ΠK (v) = Π(v b ◦ F)
soit ΠK (v) ◦ F = Π(v (9.11)
Preuve. On a
ΠK (v) ◦ F (~x b)) = P v(F (~b
b) = (ΠK v)(F (~x b)) = P (v ◦ F )(~b
aj )) ϕj (F (~x aj ) ϕ b) = Π(v
bj (~x b). Ou
b ◦ F )(~x
j j
encore : P P
ΠK v(~x) = j v(~aj )ϕi (~x) = j (v ◦ F )(~b
aj ) ϕ b) = Π(v
bj (~x b) = Π(v
b ◦ F )(~x b ◦ F ) ◦ F −1 (~x).
87
88 9.4. Éléments nis de classe C m , exemple P1
Notation. On note vb = v◦F , i.e., vb(~xb) = v◦F (~xb) pour tout ~xb ∈ K
b . Ou encore v(~x) = vb◦F −1 (~x).
Et on note, grâce au théorème précédent :
[ = Π(b
Π(v) b v ) = Π(v) ◦ F (9.12)
Snt
Soit v ∈ C 0 (Ω̄), soit T = i=1 Ki une triangulation de Ω̄ associé à une famille d'éléments nis
(Ki , Σi , Pk ), et soit ΠK v ∈ P son interpolé sur (Ki , Σi , Pk ).
Un tel opérateur qui est déni localement, n'est pas unique. On peut par exemple prendre un
opérateur qui doit discontinu entre deux Ki , ou tel que Πh (v) soit C 0 (Ω), ou C m (Ω) (quand c'est
possible) :
Exemple 9.13 Éléments nis P1 -continus : on prend une triangulation T (maillage) du type de la
gure 9.1. Sur chaque K de la triangulation, on prend l'élément ni (K, Σ, P1 ) où Σ est constitué
des sommets de K et P1 est l'espace des fonctions anes.
On prend pour opérateur Πh l'opérateur dont l'image est donné par l'espace des fonctions
continues ϕ : Ω → R qui sont P1 par morceaux, i.e. ϕ est continue sur Ω et ϕ|K ∈ P1 pour tout
K ∈T.
On obtient ainsi une famille d'éléments nis C 0 .
88
89 9.5. Méthode des éléments nis, exemple 2-D, éléments nis P1
On trouve :
( )
x1 = FK1 (b
x1 , x
b2 ) = (b1 − a1 )b
x1 + (c1 − a1 )b
x2 + a1 −−→ −→
=A+x
b1 AB + x
b2 AC (9.17)
x2 = FK2 (b
x1 , x
b2 ) = (b2 − a2 )b
x1 + (c2 − a2 )b
x2 + a2
(On vérie que les fonctions anes FK transforment bien les fonctions de base ϕ bi (b b2 ) en des
x1 , x
fonctions de base P1 les ϕ(x1 , x2 ).)
La matrice jacobienne de la transformation, matrice représentant dFK , vaut :
µ ∂FK1 ∂FK1 ¶ µ ¶ ³³ ´ ³ ´´
∂x1 ∂x2 b1 − a1 c1 − a1 −−→ −→
∂FK2 ∂FK2 = = AB AC (9.18)
∂x ∂x
b2 − a2 c2 − a2
1 2
d'où
−−→ −→
|JK | = ||AB ∧ AC|| = 2A (9.20)
où A est l'aire de l'élément triangulaire K . De même, on a :
c −a a1 − c1 c1 a2 − c2 a1
µ ¶ 2 2
x1 + x2 +
x
b1 −1 JK JK JK
= FK (~x) = a − b2 b1 − a1 b2 a1 − b1 a2 (9.21)
x
b2 2
x1 + x2 +
JK JK JK
soit :
1 −→ −→ −−→
xb1 = (~x ∧ AC − OA ∧ OC)
JK
(9.22)
1 −−→ −→ −−→
xb2 = (−~x ∧ AB + OA ∧ OB)
JK
où Vh ⊂ H01 (Ω) est l'espace des fonctions éléments nis P1 -continues, fonctions anes sur chaque
Ki et continues sur Ω, qui de plus sont nulles sur ∂Ω = Γ (le problème de Dirichlet est posé dans
H01 (Ω) et on suppose Vh ⊂ H01 (Ω) (conformité)).
Ce problème, étant vrai pour tout vh ∈ Vh , est équivalent au problème suivant :
trouver uh ∈ Vh tel que :
Z Z
(9.24)
graduh .gradϕi dΩ = f ϕi dΩ, ∀i = 1, ..., np
Ω Ω
où np est le nombre de fonctions (chapeaux) de base, i.e. ici, le nombre de points intérieurs à Ω
(les sommets des Ki ).
On dispose de np équations (pour i = 1, ..., np ), et les inconnues sont les np composantes uhj
de uh sur la base (ϕj )j=1,...,np :
np
X
uh (~x) = uhj ϕj (~x) (9.25)
j=1
uh1
.
Le problème consiste donc à résoudre le système matriciel (np ∗ np ) : trouver ~u = .. tel
uhnp
89
90 9.5. Méthode des éléments nis, exemple 2-D, éléments nis P1
que :
[Rij ].~u = f~ (9.26)
f1
.
où [Rij ]1≤i,j≤np , la matrice de rigidité, et f~ = .. sont dénis par :
fnp
Z
Rij = gradϕj .gradϕi dΩ
Z Ω (9.27)
fi = f ϕi dΩ
Ω
R
L'opération qui consiste à sommer les intégrales élémentaires K
est appellée assemblage. L'algo-
rithme est similaire au cas 1-D donné paragraphe 5.7.3.
et pour i 6= j :
Z Z
b = A
ϕi (x1 , x2 )ϕj (x1 , x2 ) dK = ϕ
biK
c
(b
x1 , x
b2 ) ϕ
bjK
c
(b
x1 , x
b2 )|2A| dK (9.34)
~
x∈K b
~ b
x∈K 12
90
91 9.6. Un résultat d'approximation et de convergence dans les Sobolev
R ∂f (~
x)
Pour calculer K ∂x1 dK , on commence par écrire par exemple :
b) = (g ◦ F −1 )(~x)
f (~x) = g(~x (9.35)
K
où g = f ◦ FK , et
−1 −1
∂f ∂g ∂bx1 ∂g ∂bx2 ∂g ∂(FK )1 ∂g ∂(FK )2
= + = + (9.36)
∂x1 ∂b
x1 ∂x1 ∂b
x2 ∂x1 ∂b
x1 ∂x1 ∂b
x2 ∂x1
Et l'intégrale élémentaire vaudra :
Z Z b) ∂(F −1 )1 (~x) ∂(f ◦ FK )(~x
b) ∂(F −1 )2 (~x)
∂f (~x) ∂(f ◦ FK )(~x K K b
dK = [ + ] |JK | dK (9.37)
K ∂x1 b
~ b
x∈K ∂bx1 ∂x1 ∂bx2 ∂x1
R ∂ϕ1 (~
x)
1
R ∂ϕ (~
x ) R ∂ϕ 3 (~
x)
x∈K ∂x2
~
dK = c1 −b
2 , ~
1 2
x∈K ∂x2
dK = a1 −c2 , ~
1
x∈K ∂x2
dK = b1 −a 2 .
1
Exemple 9.18 Et :
Z Z −−→ −−→
||BC||2 b ||BC||2
gradϕ1 .gradϕ1 dK = dK =
~
x∈K b∈ K
~
x b JK 4A
Z Z −→ −→ 2
||AC||2 b ||AC||
gradϕ2 .gradϕ2 dK = dK = (9.40)
~
x∈K b∈ K
~
x b JK 4A
Z Z −−→ −−→ 2
||AB||2 b ||AB||
gradϕ3 .gradϕ3 dK = dK =
~
x∈K b∈ K
~
x b JK 4A
et Z −→ −−→
AC.BC
gradϕ1 .gradϕ2 dK = −
~x∈K 4A
Z −−→ −→
BA.CA
gradϕ2 .gradϕ3 dK = − (9.41)
~x∈K 4A
Z −−→ −−→
AB.CB
gradϕ1 .gradϕ3 dK = −
~x∈K 4A
91
92 9.6. Un résultat d'approximation et de convergence dans les Sobolev
usuelle Pk = ensemble des polynômes de degré inférieur ou égal à k . Il est usuel de se servir de
l'opérateur d'interpolation : ΠK : v ∈ C 0 (K) −→ ΠK v = vh ∈ Pk où par dénition vh (~ai ) = v(~ai )
en tout point du treillis Σk .
L'équation (9.42) donne en particulier :
||a||
||u − uh ||V ≤ ||u − ΠK u||V (9.43)
α
et on aura borné a priori l'erreur ||u − uh ||V dès qu'on aura `mesurer' ||u − ΠK u||V (même si on
obtient pas le résultat optimal).
On note |.|H m (K) la semi-norme dénie sur H m (K) à l'aide de son carré par :
X Z
∂ |α| v 2
|v|2H m (K) = | | dΩ (9.44)
Ω ∂xα
α∈Nn ,|α|=m
(Par rapport à ||.||H m on ne garde que les termes de dérivation d'ordre m.)
Et on rappelle que l'espace quotient H m (K)/P` est l'ensemble des classes d'équivalences v̇ =
{v+p : p ∈ P` }. Cet ensemble permet de caractériser les fonctions dénies à un polynôme de degré `
près : deux fonctions v et w qui sont telles que v − w est un polynôme de degré ` appartiennent à
la même classe. Cet espace est normé à l'aide de la norme quotient, si v ∈ v̇ :
On rappelle que H m (K)/P` est l'ensemble fondamental quand on veut non pas comparer deux
fonctions mais comparer leurs dérivées d'ordre ` + 1, car ces dérivées sont indépendantes de la
partie polynômiale de degré ≤ ` (dont la dérivée à l'ordre ` est nulle) de ces fonctions. En ce qui
concerne les problèmes elliptiques du second ordre, on regardera en particulier les espaces H m /P0 ,
i.e. les espaces de fonctions où les fonctions sont dénies à une constante près, une constante
n'intervenant pas dans le calcul de ||u − uh ||H01 (Ω) = ||gradu − graduh ||L2 (Ω) .
On admet alors le théorème suivant :
Théorème 9.19 Pour K partie compacte connexe régulière de Rn , la semi-norme |.|H `+1 (K) dénit
une norme sur H `+1 (K)/P` équivalente à la norme quotient ||.||H `+1 (K) . En particulier :
∃c > 0, ∀v̇ ∈ H `+1 (K)/P` , ∀v ∈ v̇, ||v̇||H `+1 (K)/P` ≤ c|v|H `+1 (K) (9.46)
Preuve. Admis, voir par exemple RaviartThomas [11]. Démonstration à l'aide de l'injection
compacte de H 1 (K) dans L2 (K), voir cours de 3ème année.
(Intuition pour la validité de ce résultat : la norme de v̇ est indépendante de tout polynôme
d'ordre ` contenue dans v̇ et donc ( !) de toutes les dérivées d'ordre inférieure ou égal à `. Mais
le donc n'est pas du tout trivial.)
On en déduit le théorème suivant, avec k degré maximum du polynôme d'interpolation de Pk :
Théorème 9.20 Il existe une constante cK qui dépend de l'élément ni (K, Σk , Pk ) telle que, si
k≥1: (
k+1
||v − ΠK v||L2 (K) ≤ cK |v|H k+1 (K)
∀v ∈ H (K), (9.47)
||grad(v − ΠK v)||L2 (K) ≤ cK |v|H k+1 (K)
et de manière plus générale, pour tout m ∈ N tel que 0 ≤ m ≤ k + 1 :
où c1 = ||I − PK ||L(H k+1 (K),H m (K)) . Cela a un sens dès que k + 1 ≥ m. Il sut d'appliquer le
théorème précédent pour obtenir le résultat.
92
93 9.6. Un résultat d'approximation et de convergence dans les Sobolev
b
9.6.2 Résultat d'approximation : cas Ω = K ane équivalent à K
On se xe un élément ni (K, Σk , Pk ) qu'on suppose ane équivalent à l'élément ni de référence
b Σ
(K, b k , Pk ). On note FK = F : Kb −→ K l'application ane correspondante, qu'on écrit sous la
forme :
b) = B.~x
~x = F (~x b + ~c (9.50)
avec donc B matrice inversible d'ordre n (matrice 2 ∗ 2 dans R2 ).
On note :
hK = diamètre de K
(9.51)
ρK = rondeur de K
où hK est le diamètre du cercle circonscrit à K (plus petit cercle contenant K ) et ρK le diamètre
du cercle inscrit dans K (plus grand cercle contenu dans K ).
b||) :
On a alors (avec ||B|| = sup ||B ~x
b||=1
||~
x
hK hKb
||B|| ≤ , ||B −1 || ≤ (9.52)
ρKb ρK
Théorème 9.21 Il existe une constante C qui ne dépend que de l'élément ni de référence
b Σ
(K, b k , Pk ) telle que :
k+1
||v − ΠK v||L2 (K) ≤ C hK |v|H k+1 (K)
∀v ∈ H k+1 (K), hk+1 (9.53)
||grad(v − ΠK v)||L2 (K) ≤ C K |v|H k+1 (K)
ρK
hk+1
∀v ∈ H k+1 (K), ||v − ΠK v||H m (K) ≤ C K
|v|H k+1 (K) (9.54)
ρm
K
Preuve. Admis, voir par exemple RaviartThomas [11]. Idée : par un premier changement de
variable on trouve :
1
|v − ΠK v|H m (K) ≤ c1 (| det B|) 2 ||B −1 ||m |b [
v−Π K v|H m (K)
b (9.55)
| {z }
≤cK b|H k+1 (K)
c |v c
De même on aura :
1
−1 k+1
|b
v |H k+1 (K)
b ≤ c2 (| det B |) 2 ||B|| |v|H k+1 (K) (9.56)
d'où avec le théorème d'interpolation précédent :
b m, k + 1) hk+1
K
|v − ΠK v|H m (K) ≤ c(K, |v|H k+1 (K) (9.57)
ρm
K
hK
∀v ∈ H 2 (K), ||v − ΠK v||H 1 (K) ≤ C(hK + ) hK |v|H 2 (K) (9.58)
ρK
hK hK
et Ch = C(hK + ρK ) restera borné à condition que ρK reste borné : il ne faut pas que les mailles
s'aplatissent.
93
94 9.6. Un résultat d'approximation et de convergence dans les Sobolev
Théorème 9.23 Si le maillage élément ni est régulier, alors il existe une constante C indépen-
dante de h telle que, pour une interpolation par des éléments nis Pk de classe H 1 (Ω) :
(
||v − Πh v||L2 (Ω) ≤ C hk+1 |v|H k+1 (Ω)
∀v ∈ H k+1 (Ω), (9.59)
||grad(v − Πh v)||L2 (Ω) ≤ C hk |v|H k+1 (Ω)
et de manière plus générale, pour tout m ∈ N tel que 0 ≤ m ≤ k + 1, pour une interpolation par
des éléments nis Pk de classe H m (Ω) :
∀v ∈ H k+1 (K), ||v − Πh v||H m (Ω) ≤ C hk+1−m |v|H k+1 (K) (9.60)
Preuve. C'est un corollaire du théorème précédent. Démontrons par exemple la deuxième inégalité
de (9.59) : par linéarité de l'intégration on a :
Z XZ
||grad(v − Πh v)||2L2 (Ω) = ||grad(v − Πh v)||2Rn dΩ = ||grad(v − Πh v)||2Rn dK
Ω K K
X X hk+1
= ||grad(v − Πh v)||2L2 (K) ≤ C2 ( K
)2 |v|2H k+1 (K) (9.63)
ρK
K K
X X
≤ C 2 σ 2 (hkK )2 |v|2H k+1 (K) ≤ C 2 σ 2 h2 |v|2H k+1 (K)
K K
où h = maxK∈T (hK ), ce qui est le résultat souhaité. La démonstration générale est laissée au
lecteur.
Remarque 9.24 Dans le cas des éléments nis P1 , si la solution u du problème a(u, v) = `(v)
pour tout v ∈ V est H 2 (Ω) régulière, alors si le maillage régulier est rané 2 fois, l'erreur faite sur
u en calculant uh est divisée par 2.
Dans le cas des éléments nis P2 , si la solution u est H 3 (Ω) régulière, alors prendre un maillage
deux fois plus n divise l'erreur par 4. Cependant la matrice de rigidité a une plus grande largeur
de bande et le calcul coûte plus cher dans un premier temps (avant ranement éventuel).
Par contre, si la solution u est seulement H 2 (Ω), l'erreur ||gradu − graduh ||L2 (Ω) est seulement
bornée par Ch||u||H 2 (a priori), et il n'y a pas de gain avec les éléments nis P2 par rapport à une
approximation par des éléments nis P1 .
Remarque 9.25 C'est un résultat de convergence a priori : on sait a priori que la méthode des
éléments nis converge si on prend un maillage régulier.
On dispose également de résultats de convergence a posteriori permettant entre autre de
construire automatiquement des `maillages adaptatifs', maillages qui sont ranés là où l'erreur
(calculée a posteriori) est la plus grande. Voir par exemple Verfürth [17].
94
95
∀ε > 0, ∃η > 0, ∀x ∈ E, ||x − x0 ||E < η =⇒ ||f (x) − f (x0 )||F < ε.
Ou encore, si limx→x0 ||f (x) − f (x0 )||F = 0 dans R, i.e. si f (x) −→x→x0 f (x0 ) dans F .
Et une application f est continue sur E si elle est continue en tout point x ∈ E .
Remarque A.1 La continuité dépend de la norme choisie (en dimension innie, toutes les normes
ne sont pas équivalentes, voir remarque 1.8).
Remarque A.2 La continuité peut être plus facile à visualiser si on pense à ce qu'est une fonction
discontinue (`qui a un saut') : une fonction est discontinue en un point x0 si :
Une forme linéaire ` sur un espace vectoriel E est une application linéaire à valeurs dans K :
` : E → K.
Dans la suite on se contentera de rappeler ce qui se passe lorsque le corps K = R.
Cette constante dépend de la norme choisie dans E . Quand il n'y a pas d'ambiguité, on note
simplement ||`||E 0 = ||`||. Donc ||`|| ∈ R est la plus petite constante telle que :
95
96 A.4. Normes sur Rn
Remarque A.3 Lorsque E = Rn (dimension nie), on peut représenter ` par un vecteur ~a tel
que (théorème de représentation de Riesz) :
~
a
(≤ immédiate et égalité pour ~x = ||a|| ).
D'autre part :
||~x||∞ ≤ ||~x||1 ≤ n||~x||∞
(trivial.)
96
97 A.5. Application linéaire continue de E dans Rn
`n (v)
où ||.||Rn est une norme dans Rn . On note ||L|| la plus petite constante c satisfaisant à cette
inégalité :
||L(v)||Rn
||L|| = sup (A.6)
v6=0, v∈E ||v||E
Elle dépend de la norme choisie dans E et de celle choisie dans Rn .
Cas E = Rm : Si chaque `i est représentée par le vecteur ~ai :
`i (~x) = ~ati .~x, ∀~x ∈ Rm ,
et si on se donne une base de Rm , notant ~ai = (aij ) et ~x = (xj ) les composantes respectives de ~ai
et ~x dans cette base, on a :
m
X
`i (~x) = aij xj , ∀~x ∈ Rm .
j=1
m
Donc, pour tout ~x ∈ R :
L est une application linéaire de Rm dans Rn qu'on peut représenter par une matrice A = [aij ],
chaque ligne correspondant aux formes linéaires `i .
Et : v v v
u n u n ³u n ´
uX uX uX
||L(~x)||2 ≤ t |`i (~x)|2 ≤ t (||`i || ||~x||2 )2 ≤ t ||`i ||2 ||~x||2
i=1 i=1 i=1
D'où, pour ~x 6= 0 : sX
||L(~x)||2
≤ aij 2
||~x||2 i,j
On note : sX
||L||2 = aij 2 (A.8)
i,j
97
98 A.6. Valeurs propres de matrices
étant dénie par les valeurs des L(~ej ) sur la base (f~i ) (une application linéaire est parfaitement
dénie par les images des vecteurs de base) : on pose, pour tout j = 1, . . . , m :
n
X
L(~ej ) = aij f~i ,
i=1
Une matrice A étant donnée, un scalaire λ est valeur propre ssi la matrice A−λI n'est pas inversible,
i.e. si λ est tel que det(A − λI) = 0. (En particulier si A n'est pas inversible, alors λ = 0 est valeur
propre.) Et si λ est valeur propre, alors il existe ~v 6= 0 tel que (A − λI)~v = 0 (ou encore ~v et 0 ont
même image et donc A − λI n'est pas injective, et donc n'est pas bijective). Donc, à une valeur
propre λ est toujours associée un vecteur propre ~v :
On note B = At . Noter que B est connue si on connue dès qu'on connaît l'image des vecteurs de
base (B f~j ), et on vérie immédiatement que si A = [aij ] (matrice n ∗ m) alors At = [aji ] (matrice
m ∗ n).
Une matrice est symétrique quand m = n et quand At = A. On rappelle que quand une matrice
est réelle et symétrique, alors cette matrice est diagonalisable dans une base orthonormée :
¯
¯ ∃(λ ) vi )1,...,n ∈ Rn :
¯ i 1,...,n ∈ R, ∃(~
A symétrique réelle ⇒ ¯
¯ ∀i, j = 1, . . . , n, (~vi , ~vj )Rn = δij et A~vi = λi~vi .
D = P −1 AP
où P est une matrice orthonormée (dont les colonnes sont des vecteurs deux à deux orthornormée)
et D une matrice diagonale, de termes diagonaux les valeurs propres. Ayant AP = P D, il est
immédiat que les colonnes de P sont formés des vecteurs propres de A : en eet, pour un produit
matriciel AB , si les ~bj sont les vecteurs colonnes de B , il est immédiat de vérier que la matrice
AB a pour colonnes les vecteurs A~bj .
Et on a, pour A matrice symétrique réelle de valeurs propres les λi , avec ||A|| = sup||~x||≤1 ||A~x|| :
En eet, si (~vi ) est une base orthonormale formée des vecteurs propres de A relatifs
P aux valeurs
propres λi , alors décomposant un vecteur ~x ∈ Rn sur cette base comme ~x = xi~vi un calcul
immédiat de sup||~x||≤1 ||A~x|| donne le résultat.
µ ¶
1 1
Par contre, ce résultat est faux si A n'est pas symétrique : considérer la matrice A = ,
0 1
µ ¶ r
1 5
et le vecteur unitaire ~x = √12 pour lequel on ||A~x|| = > 1.
1 2
De plus si A est une matrice positive, i.e. telle que :
Alors toutes ses valeurs propres sont positives : prendre un couple valeur propre vecteur propre
noté (λ, ~v ) qui donne 0 ≤ (A~v , ~v ) = λ||~v ||2 .
98
99 A.6. Valeurs propres de matrices
Réponse : notant Q = P −1 = P t , on a (A~x, ~x) = (Qt DQ~x, ~x) = (DQ~x, Q~x) et notant ~y = Q~x il vient
P
(A~x, ~x) = yi . Comme Q est une matrice orthogonale, on a ||~
i λi ~ y || = 1 dès que ||~x|| = 1 et l'inf sur
les ||~x|| ≤ 1 est donné par l'inf sur les ||~y || ≤ 1, d'où le résultat.
Exemple A.5 Montrer que pour une matrice A quelconque ||A|| = sup||~x||=1,||~y=1|| (A~x, ~y )Rn . Et
que si A est symétrique alors ||A|| = sup||~x||=1 (A~x, ~x)Rn .
Réponse : à ~x xé, sup||~y=1|| (A~x, ~y )Rn est donné pour ~y = ||A~
A~
x
x||
(appliquer CauchySchwarz et montrer
que le y proposer donne l'égalité), et donc sup||~y=1|| (A~x, ~y )Rn = ||Ax||. Comme ||A|| = sup||~x||=1 ||A~x|| on
a le résultat.
Puis si A est symétrique :
4(A~
x, ~
y ) = (A(~
x+~
y ), ~x + ~
y ) − (A(~x − ~
y ), ~x − ~
y)
avec ||~x + ~y ||2 + ||~x − ~y ||2 = 2(||~x||2 + ||~y ||2 ) (identité du parallèlogramme). D'où :
x+~ y ~
x+~
y ~x − ~
y ~x − ~
y
4(A~
x, ~
y ) ≤ ||~ y ||2 (A(
x+~ ), y ||2 (A(
) + ||~x − ~ ), )
||~x + ~
y || ||~
x+~
y || ||~x − ~
y || ||~x − ~
y ||
y ||2 ) sup (A~z, ~z)Rn .
x||2 + ||~
≤ 2(||~
||~
z ||=1
D'où le résultat.
p
Exemple A.6 Montrer que pour une matrice√A quelconque, ||A|| = ||At A||, et At A étant
symétrique, en déduire que ||A|| = maxi=1,...,n ( λi ), les λi étant ici les valeur propres de At A.
Réponse : on a ||A~x||2 = (A~x, A~x) = (At A~x, ~x) avec At A symétrique, d'où avec l'exercice précédent,
||A||2 = ||At A||.
Exemple A.7 Montrer que pour A matrice quelconque, on a min(A~x, ~x) = min( 12 (A + At )~x, ~x).
Réponse : on a ( 12 (A + At )~x, ~x) = 12 (A~x, ~x) + 12 (At ~x, ~x) = 12 (A~x, ~x) + 12 (~x, A~x), et le produit scalaire
étant symétrique, on en déduit le résultat.
Remarque A.8 On aura besoin de calculer ||A|| et min||~x||≤1 (A~x, ~x). Si on dispose d'un code de
calculs de valeurs propres, on pourra s'en servir pour appliquer les résultats des exercices ci-dessus.
Sinon, soit on calculera ces valeurs de manière exacte, soit, si ces calculs µ sont
¶ un peu long, on
1 1
pourra se contenter d'estimations : par exemple, pour la matrice A = , on pourra utiliser
0 1
simplement : ||A|| = sup||~x||=1,||~y=1|| (A~x, ~y ), avec (A~x, ~y ) = (x1 + x2 )y1 + x2 y2 = (x1 y1 + x2 y2 ) +
x2 y1 ≤ 2||~x|| ||~y ||, donne ||A|| ≤ 2. Ce calcul est très rapide, alors que le calcul des valeurs propres
de At A est facile mais plus long.
99
100
B Rappels d'intégration
Ces rappels seront utiles pour la suite bien qu'ils n'entrent pas explicitement dans le cadre des
espaces de Hilbert.
100
101 B.4. Intégration par parties dans Rn
101
102
nt + ns − nc = 1
(relation d'EulerPoincaré.)
Preuve. Il s'agit de compter la somme des angles intérieurs : il y a nt triangles donc la somme
des angles de la triangulation est πnt , et il y a de l'ordre de ns sommets intérieurs et donc la
somme des angles de la triangulation est de l'ordre de 2πns . D'où nt ' 2ns et avec la relation
d'EulerPoincaré on obtient nc ' 3ns .
Pour les polygones en 2-D ou pour les polyèdres en 3-D, on renvoie à Ern et Guermond [6].
102
103 Références bibliographiques
Références bibliographiques
1 Abramowitz M., Stegun I.A. : Handbook of Mathematical Functions with Formulas, Graphs,
and Mathematical Tables. National Bureau of Standards, Applied Math. Series #55. Dover
Publications (1965).
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3 Brézis H. : Analyse fonctionnelle, théorie et applications. Collection mathématiques appliquées
pour la maîtrise, Masson (1983).
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5 Fortin A. : Analyse numérique pour ingénieurs. Éditions de l'École Polytechnique de Montréal
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Method. Cambridge University Press (1987).
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cations, Ellipses (1990).
10 Nédélec J.C. : Méthode des éléments nis. Mathématiques et applications n◦ 7. Ellipses (1991).
11 Raviart P.A., Thomas J.M. : Introduction à l'analyse numérique des équations aux dérivées
partielles. Collection mathématiques appliquées pour la maîtrise, Masson (1983).
12 Sainsaulieu L. : Calcul scientique. Masson (1996).
13 Sanchez-Hubert J., Sanchez-Palencia E. : Introduction aux méthodes asymptotiques et à l'ho-
mogénéisation. Collection mathématiques appliquées pour la maîtrise, Masson (1983).
14 Schwartz L. : Méthodes mathématiques pour les sciences physiques. Collection enseignement
des sciences, Hermann (1993).
15 Strang G. : Linear Algebra and its Applications. Harcourt Brace (1988).
16 Strang G., Fix J.F. : An Analysis of the Finite Element Method. Wellesley-Cambridge Press
(1973).
17 Verfürth R. : A review of A Posteriori Error Estimation and Adaptative Mesh Renement
Techniques. Wiley (1996).
103