UNIVERSITÉ GASTON BERGER DE SAINT-LOUIS
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UFR DES LETTRES ET SCIENCES HUMAINES
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DEPARTEMENT DE FRANÇAIS
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PARCOURS : LITTEARTURE FRANÇAISE
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MEMOIRE DE MASTER
SUJET : LA PRINCESSE DE CLEVES DE MADAME DE LA FAYETTE : DE LA
PASSION POUR UN RENOUVELLEMENT DE L’ECRITURE ROMANESQUE
Sous la direction de : Présenté par :
M. Diokel Sarr M. Thierno Ibrahima Kama
ANNEE ACADÉMIQUE : 2022-2023
UNIVERSITÉ GASTON BERGER DE SAINT-LOUIS
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UFR DES LETTRES ET SCIENCES HUMAINES
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DEPARTEMENT DE FRANÇAIS
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PARCOURS : LITTEARTURE FRANÇAISE
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MEMOIRE DE MASTER
SUJET : LA PRINCESSE DE CLEVES DE MADAME DE LA FAYETTE : DE LA
PASSION POUR UN RENOUVELLEMENT DE L’ECRITURE ROMANESQUE
Sous la direction de : Présenté par :
M. Diokel Sarr M. Thierno Ibrahima Kama
ANNEE ACADÉMIQUE : 2022-2023
DEDICACE
REMERCIEMEENTS
Ce mémoire n'aurait pu être accompli sans la précieuse collaboration de nombreuses
personnes, et j'aspire à ce que les pages qui suivront démontrent pleinement la profonde
gratitude que je ressens à leur égard. Ainsi, c'est avec un profond sentiment de reconnaissance
que je souhaite exprimer ma dette envers...
INTRODUCTION GENERALE
De l’antiquité au siècle classique, en passant par le Moyen âge et la Renaissance,
comprendre la passion a été pour la plupart des intellectuels un défi à relever. L’humanité
s’est très tôt interrogée sur l’homme, sur ce qui explique ses actions, ses émotions, sur ce qui
anime certains de ses comportements et passions. Cette curiosité inhérente à l'homme a donné
naissance à de brillantes figures qui, dans le domaine de la connaissance, sont
incontestablement éminentes et ne sauraient être passées sous silence par le grand public. Au
fil des siècles, l’engouement des auteurs sur ce thème devient de plus en plus perceptible dans
les productions littéraires. Cependant, que recouvre véritablement le terme passion ? Quelles
sont les répercussions de celle-ci sur le vécu intérieur et émotionnel de l'homme ? Quels
facteurs soutiennent cet intérêt prodigieux des écrivains et penseurs pour ce thème ?
L’élucidation de ces questions nous amènera sans doute à donner les motifs qui sous-tendent
l’ardeur des intellectuels de l’époque sur le concept de la Passion. Cette dernière englobe une
dimension psychologique, sociologique, anthropologique. Le mot passion vient du latin
Passio1 qui signifie souffrir, lui-même apparenté au grec pathos, de même sens. La passion
est donc la souffrance. Historiquement, le mot a été utilisé d’abord pour désigner la période
de souffrances du Christ2. Le mot passion est ensuite passé de la souffrance physique à la
souffrance psychique causée par l’expression intense de sentiments, comme l’amour. Le sens
le plus moderne, qui a perdu toute notion de passivité, désigne un penchant extrême, une
inclination très vive et irrépressible vers quelqu’un ou vers quelque chose. Dès lors, la passion
peut être définie comme un état affectif et intellectuel d’une intensité suffisante pour assujettir
le psychisme. Autrement dit, elle peut être circonscrite comme « une forte inclination, un
3
intérêt très vif » assez puissant pour dominer l’état mental d’une personne. Elle désigne
donc un état émotionnel intense et durable qui suscite un enthousiasme profond et un
dévouement fervent envers une activité, une thématique, un individu ou un objectif
particulier.
Partant de là, nous comprenons dès lors les mises en garde d’Aristote au sujet de la
passion qu’il considère comme nuisible à la raison et à la morale lorsqu’elle est excessive. Il
1
Dictionnaire Le Petit Larousse Illustré, 2012 : « (Lat. Passio, de pati, souffrir) : émotion puissante et continue
qui domine la raison. Mouvement violente, impétueux de l’être vers ce qu’il désir : la passion amoureuse ; objet
de ce désir, de cet attachement.
2
Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty et Alain Rey, Dictionnaire des littératures de langue française,
volume P-Z, Bordas, Paris, 1984, PP. 1712 : « le thème par excellence des représentations de Mystères, c’est la
vie du Christ, avec son point culminant, la Passion. (…) Mettre en scène le Christ dans son humanité, dans sa
souffrance, est un projet significatif pour une époque qui valorise la sensation, qui accède à une nouvelle
perspective sur le « réel »
3
Dictionnaire Larousse, Imprimerie Maury, Malesherbes, Août 2008, pp. 306.
appelle donc l’homme à l’équilibre émotionnel. Ses deux traités Ethique à Nicomaque4 et
Rhétorique5 explorent la nature des émotions et des passions, qu’il appelle Pathos. Dans le
premier traité, Aristote considère les émotions comme des réactions naturelles à certaines
situations en soulignant la nécessité de les réguler par la vertu. L’équilibre émotionnel est
donc indispensable et il est un fondement de la vertu. Dans le second traité consacré à l’art de
la persuasion, Aristote explique les mécanismes persuasifs des grands orateurs pour touchent
leur public en jouant avec leurs émotions. La passion constituerait un objet rhétorique
puissant dans l’art de la persuasion. La richesse des publications antiques se manifeste dans
beaucoup de domaines du savoir surtout en littérature. Les questions relatives à l’existence
humaine comme la vie, la mort, le pouvoir, la sagesse, la vertu et surtout l’amour ont toujours
été au centre des réflexions des penseurs. L’amour, par sa complexité, est devenu un centre
d’intérêt de beaucoup de grands noms de notre histoire. Le grand philosophe Platon (427 –
347 av. J. – C.) est un de ses grands détenteurs de savoirs qui ont abordés la notion d’amour et
de passion dans leurs ouvrages. En effet, dans Le Banquet6, le philosophe nous présente une
suite de discours sur l’amour qu’il interprète comme une passion. Il réfléchit sur la manière
dont les passions (l’amour) peuvent conduire à la quête de la beauté, de l’idéal et de la sagesse
en examinant différentes formes d’amour, allant de l’amour physique à l’amour spirituel. La
République7 s’inscrit dans ce même état d’esprit en explorant les aspects psychologiques et
sociaux des passions, en particulier en relation avec la tripartition de l’âme en désir, raison et
colère. Pour Platon, les passions doivent être soumises à la raison et à la justice. Cette dernière
doit donc être la chose qui assure l’harmonie entre les différentes parties de l’âme, permettant
ainsi de contrôler les passions. Les dialogues philosophiques de Platon ont une importance
capitale dans l’analyse de la nature humaine. Ils examinent comment les émotions
passionnelles peuvent être canalisées vers des fins nobles et encourageantes ainsi que
l’introspection et la maîtrise de soi afin de parvenir à une vie vertueuse en harmonie avec la
raison.
On ne saurait parler du thème de la passion dans la littérature du XVIIème siècle sans
pour autant évoquer l’influence du Moyen âge et de la Renaissance. Ces deux périodes ont
donné naissance à une pléthore d'œuvres et d'auteurs qui continuent d'être l'objet de
4
Aristote, Éthique à Nicomaque, Ed. R. Bodéûs, 2004.
5
Aristote : Poétique et Rhétorique, traduction entièrement nouvelle d'après les dernières recensions du texte par
Ch. Emile Ruelle, Bibliothécaire à la bibliothèque Sainte-Geneviève. Librairie Garnier Frères, collection Chefs
d'œuvres de la littérature grecque, 1922. Œuvre numérisée par J. P. MURCIA.
[Link]
6
Platon, Le Banquet, Présentation et traduction par Luc Brisson, Flammarion, Paris, 1998, 5 ème édition, corrigée
et mise à jour, 2007
7
Platon, La République, Librairie Générale Français, Paris, 1995
recherches approfondies de nos jours. Parmi celles-ci, La Princesse de Clèves8 de Madame de
La Fayette, objet de notre recherche, s’inscrit en première ligne. Ce roman est considéré
comme précurseur du roman traditionnel et moderne. Des critiques comme Roland Barthes
dans Le Degré Zéro de l’écriture9 aborde La Princesse de Clèves comme un exemple de
l’écriture romanesque moderne, accentuant la pureté stylistique et la mise en exergue de la
psychologie des protagonistes. De même, André Gide le considère comme un exemple
précoce du roman psychologique, anticipant sur les développements ultérieurs du genre. En ce
sens, l’œuvre de Madame de La Fayette érige les premiers jalons du roman psychologique. Il
met l’accent sur l’analyse de la psyché des personnages. Il opère une transition entre le roman
qui analyse les mœurs sociales et celui qui scrute les mœurs et les conventions sociales de son
temps. Il transcende également les schémas narratifs traditionnels pour privilégier la
représentation des émotions et des conflits internes des protagonistes.
Pour en revenir à l’influence de ces deux siècles sur la littérature du siècle classique le
siècle du Roi soleil, nous avons jugé nécessaire de remonter jusqu’à la littérature de Dante
Alighieri (1265-1321). En effet, dans son épopée, La Divine Comédie10, l’auteur sonde le
voyage de l’âme à travers différentes sphères de l’au-delà à savoir l’enfer, le purgatoire et le
paradis. La passion en générale, l’amour en particulier, est un thème central dans le voyage
d’Alighieri à travers ces mondes. Il perçoit la passion comme un élément complexe qui peut
influencer les choix et les actions des individus. L’œuvre de Dante Alighieri inspecte la
passion à travers différents prismes. Il illustre la manière dont la passion peut être source de
douleur ou de rédemption, la façon dont elle peut exercer une influence sur les choix et les
actions des protagonistes et la possibilité de canaliser la passion en vue d'acquérir une
compréhension plus profonde de soi-même, de la divinité, et de l'univers qui nous entoure.
Roméo et Juliette11 de William Shakespeare (1564-1616), s’inscrit dans la même logique que
celle de Dante Alighieri. En effet, Shakespeare appréhende la passion en tant qu'énergie
émotionnelle véhémente et intriquée, susceptible d'engendrer simultanément allégresse et
tragédie. Il sonde la prégnance de ladite passion dans l'éminence des arbitrages, la
8
Marie Madeleine Comtesse de La Fayette, La Princesse de Clèves, texte établi par Jacques Haumont
(archiviste-paléographe), à Paris, au 7 du faubourg St-Honoré près la nouvelle église de la Madeleine, chez Jean
de Bonnet, Presse d’Aubin, Mars 1972
9
Roland Barthes, Le Degré Zéro de l’écriture, Edition Seuil, Paris, 1953
10
Dante Alighieri, Divine Comédie : un poème épique écrit au XIVe siècle. La première édition imprimée de cet
ouvrage a été publiée en 1472 à Foligno, en Italie.
11
William Shakespeare, Roméo et Juliette, Edition Flammarion, Paris, 2016 : Cette œuvre a été écrit au début du
XVIIe siècle et a été publié pour la première fois en 1597 sous le titre complet The Most Excellent and
Lamentable Tragedy of Romeo and Juliet (La tragédie la plus excellente et la plus lamentable de Roméo et
Juliette).
métamorphose des âmes, ainsi que l'instigation d'entreprises audacieuses. Toutefois, il exhorte
également à la vigilance vis-à-vis des retombées nocives de la passion, lorsque cette dernière
se voit déséquilibrée par la raison et la prudence.
En outre, des contemporains de Madame de La Fayette, à l'instar de Pierre Corneille et de
Molière ou encore René Descartes avec son ouvrage Les Passions de l’âme12, ont également
valoriser la passion en parallèle à l'amour, l'érigeant ainsi en l'un des thèmes scrutés avec la
plus grande acuité au sein de la littérature. En effet, dans Le Cid13, Corneille élabore le récit de
Rodrigue, un preux du Xème siècle, et de sa passion indéfectible envers Chimène. L'auteur y
expose les réalités de cette ère révolue, exhibant la joute entre l'amour ardent et l'obligation.
Sous sa plume, la passion s'éprouve tel un conflit intérieur, luttant entre les désirs intrinsèques
et les impératifs sociétaux. Cet écrivain décrit la passion comme une puissante force
émotionnelle susceptible de catalyser des dissonances à la fois internes et externes. Il détaille
comment la passion peut engendrer une profonde émotion autant qu'un conflit moral, et
comment elle infléchit les choix et délibérations des protagonistes. Essentiellement, dans Le
Cid la passion est un élément diffuseur du drame et de la complexité des interactions
humaines. Les Passions de l’âme de Descartes, avec son titre très évocateur, cherche à
comprendre le fonctionnement des passions, ainsi que leur impact sur la pensée et le
comportement humain. Dans ce traité, le philosophe identifie six passions fondamentales :
l’admiration, l’amour, la haine, le désir, la joie et la tristesse. Le rationaliste défend l’idée
selon laquelle les passions ne sont pas nécessairement irrationnelles, mais qu’elles peuvent
être comprises et maîtrisées par la raison.
Globalement, les œuvres que nous avons parcouru à travers les siècles convergent vers
l’exploration de la passion sur le double plan métaphysique, et social bien des fois sous
l’angle de l’amour. Dante Alighieri, William Shakespeare, et les contemporains de Mme de
La Fayette en occurrence Pierre Corneille, Molière et le grand philosophe et mathématicien
Descartes ont laissés voir la passion comme une force émotionnelle qui peut élever ou
détruire, guider ou égarer l’homme. Ces auteurs ont façonné un héritage littéraire qui éclaire
la complexité humaine à travers le prisme de la passion, rappelant l’indéfectible lien entre les
émotions ardentes et les destins des hommes.
Toutefois, il convient de souligner l'impérative reconnaissance de la finesse
intrinsèque au thème passionnel au sein du corpus littéraire ; une dimension qui a
12
René Descartes, Les Passions de L’âme, Henry Le Gras, Amsterdam, 1649
13
Pierre Corneille, Le Cid, Librairie Générale Français, Paris, 1986
incontestablement engendré l'attention éclairée dont il a été l'objet au sein de la critique
littéraire. Dans un seul contexte, il est incontestable que La Princesse de Clèves de Madame
de La Fayette a piqué la curiosité d'un éventail de critiques tant sur le plan thématique que sur
le plan formel. En effet, l'œuvre précitée a donné naissance à un foisonnement de réflexions
chez les observateurs, dont la perception aiguisée n'a manqué de capter les nuances subtiles
qui gravitent autour du thème de la passion. Cette finesse conceptuelle, jointe à la délicatesse
de son exécution textuelle, a donné naissance à une investigation critique complexe et
captivante. Il n'est guère exagéré d'affirmer que la richesse inhérente de La Princesse de
Clèves a engendré un débat d'idées tonifiant parmi les chercheurs. Ce roman classique a
suscité de nombreuses études critiques au cours des siècles en raison de son importance en
tant qu’œuvre fondatrice du roman psychologique.
Au total, plusieurs perspectives convergent afin de conférer une compréhension éclairée du
corpus. Parmi les études critiques sur ce roman, il convient tout d’abord de mentionner les
réflexions faites par Ellen. J Chapco14. Cette dernière sonde les méandres de l’espace
symbolique tels que la cour, le cabinet et la campagne, tout en montrant l’évolution des
héroïnes dans leur prise de conscience progressive de leurs passions. L'auteure défend l'idée
que les femmes, face à ces dilemmes amoureux, cherchent refuge dans des espaces privés
pour préserver leur réputation et leur tranquillité intérieure, tout en illustrant les défis du
contrôle dans l'intervention de l'amant. Cette analyse révèle la complexité des espaces
diégétiques dans les œuvres de Madame de La Fayette et leur rôle dans le développement de
la psychologie des personnages en représentant des protagonistes qui excellent dans leurs
psychés. Ce qui facilite d’ailleurs à l’auteur de montrer l’influence des passions sur les
interactions sociales et la perception de l’espace.
Parallèlement, Jean-Michel Delacomptée15 consacre son étude sur les interactions familiales et
les schémas de parenté. Il soutient l’idée que les relations familiales, en particulier les
schémas de parenté, jouent un rôle essentiel dans la formation des passions et des
comportements des personnages dans La Princesse de Clèves de Madame de Lafayette.
L'auteur analyse comment les dynamiques familiales, notamment la rivalité, la jalousie et les
relations de pouvoir, influencent les choix et les actions des personnages dans le roman. Il met
14
Ellen J. Chapco, « La cour et le cabinet : l’espace-femme dans La princesse de Montpensier, La princesses de
Clèves et La Comtesse de Tende » de madame de la Fayette, In : Homo narrativus, Recherches sur la topique
romanesque dans les fictions de langue française avant 1800 [en ligne], Presses universitaires de la
Méditerranée, 2001, pp.245-255
15
Delacomptée Jean-Michel, « Jalousie et rapports de parenté dans La Princesse de Clèves », In : Littérature,
n°67, 1987, Le mystérieux des familles, Écriture et parenté, pp. 112-127
en avant l'importance de distinguer entre les relations affectives individuelles et les structures
familiales collectives. Il souligne à cet effet que la réussite amoureuse dépend de la capacité à
échapper aux contraintes parentales et sociales. L'examen des différentes digressions de
l’auteur servent à exposer les conséquences destructrices de la jalousie et à montrer comment
les schémas familiaux se reflètent dans les passions des personnages.
Thibault Barrier16, quant à lui, centre son analyse sur l’étude de la complexité des signes
passionnels et de la maîtrise de soi dans l’œuvre de Madame de La Fayette. Son étude scrute
la lutte intestine des personnages pour dissimuler leurs émotions et leurs passions, tout en
révélant les limites de cette dissimulation. Il examine les signes apparentes de la passion,
allant des mutations énergiques de comportement aux signes subtils tels que la rougeur, et
comment ces signes sont interprétés par les autres personnages. L’article de Barrier explore
également la dialectique complexe entre l'art de la maîtrise de soi et l'inéluctabilité des
passions. Ce qui permet de mettre en exergue les défis moraux et techniques auxquels les
personnages font face dans leur quête pour dompter leurs émotions, particulièrement dans le
contexte exigeant de la cour où les signes et les apparences endossent une importance
cruciale. Ils mettent en évidence de manière indéniable que, souvent, les déterminations de la
volonté se révèlent impuissantes devant la force des passions.
David L. Sedley17, pour sa part, interroge le lien entre le hasard et la fiction en illustrant la
manière dont le roman subvertit l'influence géométrique du hasard ainsi que l’interaction de
La Princesse de Clèves avec la philosophie du XVIIe siècle et la science mathématique
émergente. L’article explore l’ironie des événements imprévisibles pour montrer comment le
roman remet en question l'influence géométrique du hasard. Cherchant un point d'équilibre
subtil, Sedley s'efforce de concilier l'adhérence à la science avec une forme de récalcitrance
envers celle-ci. Cette étude met également en évidence la capacité de la littérature à captiver
les esprits mathématiques, illustrant ainsi comment le hasard devient un élément essentiel de
la fiction de Lafayette.
En outre, nous soulignons aussi la pertinence des réflexions de Francis Mathieu 18 qui met en
évidence l'influence des Pensées de Pascal sur La Princesse de Clèves de Mme de Lafayette.
L'auteur relève comment le concept pascalien du divertissement est habilement intégré dans le
16
Thibault Barrier, « La passion et ses signes. La maîtrise de soi dans La Princesse de Clèves », Littérature
ancienne au programme des concours 2022, Malice n°12/ 2021
17
David L. Sedley, « La Fin de La Princesse de Clèves comme fait divers », Études Épistémè [En ligne],
37 | 2020, mis en ligne le 01 octobre 2020
18
Francis Mathieu, « Mme Lafayette et la condition humaine : Une lecture pascalienne de La Princesse de
Clèves », Cahiers du dix-septième : An Interdisciplinary Journal XII, n°1 (2008) 61–85
roman, apportant ainsi une nouvelle compréhension éthique et spirituelle à l'œuvre. L'analyse
se concentre sur le champ lexical pascalien, révélant comment le divertissement éclaire l’état
d’esprit des personnages, en particulier celui du duc de Nemours, et la décision controversée
de Mme de Clèves de se retirer de la cour. Cette intertextualité renforce la profondeur
philosophique du roman et met en avant le pouvoir des femmes à exercer la raison et à
prendre des décisions morales, malgré les obstacles culturels de l'époque. L'ensemble de ces
perspectives, bien que plurielles, concourt à dévoiler les facettes multiples de ce chef-d'œuvre
littéraire du XVIIe siècle. Ces études dévoilent la complexité des affinités humaines à travers
l'analyse des espaces symboliques, des relations familiales tout en soulignant l'importance
cruciale du roman au sein du débat intellectuel et philosophique de son époque.
Par ailleurs, la critique de Serges Doubrovsky 19 sur le roman de Madame de La Fayette se
penche sur la notion de pessimisme, de désespoir existentiel, et de l'absence de transcendance
dans La Princesse de Clèves. Il soutient l'idée selon laquelle les protagonistes, évoluant dans
un monde dénué de toute signification religieuse où se profilent comme seules issues
possibles l'amour et la mort, parviennent à conserver leur dignité aristocratique même au sein
de leur consternation. Cette forme de désespoir est alors confrontée au nihilisme
contemporain, tout en mettant en lumière la noblesse stoïque qui caractérise les personnages.
Cependant, malgré les mérites des analyses précédentes qui, à mon avis, convergent
vers une analyse des passions dans La Princesse de Clèves pour mettre en évidence la
complexité des émotions, des relations sociales et des enjeux moraux dans cette œuvre
emblématique du XVIIème siècle, il est important de reconnaître certaines lacunes qui ont
laissé certaines facettes dans l'ombre. Ainsi, afin de combler ces zones d'ombre et
d'approfondir notre compréhension, la présente étude s'engage à explorer de nouvelles
perspectives de recherche. En effet, nous constatons que les précédentes recherches se sont
trop concentrées sur l’impact des passions sur les personnages. Elles mettent ainsi de côté
l’aspect littéraire que pourrait avoir ce thème dans la progression du récit. En scrutant de plus
près les éléments négligés jusqu'à présent, nous aspirons à offrir une vision plus complète et
nuancée du thème passion dans l’œuvre de Mme de La Fayette, éclairant ainsi les contours
encore flous de ce domaine complexe.
19
Serge Doubrovsky, « La Princesse de Clèves. Une interprétation existentielle » In : Parcours critique II
(1959-1991) [en ligne], Grenoble : UGA Éditions, 2006 (généré le 10 septembre 2023).
[Link]
Vouloir appréhender le traitement des passions dans ce roman comme un moyen pour
l’auteure de remettre en cause les normes sociales, culturelles et surtout littéraires nous
semble être une étude originale et nouvelle.
En quoi donc la représentation des passions reflète-t-elle une remise en question des normes
sociales, culturelles et littéraires du XVIIème siècle ? Et comment cela se manifeste-t-il dans
le style et la structure du roman ? Autrement dit, quelle est l’étendue de la mise en scène des
passions entreprise dans cet ouvrage ? Dans quelle mesure contribue-t-elle à la
reconsidération des conventions sociétales, culturelles et littéraires du siècle, et comment cette
réévaluation s’illustre-t-elle à travers les choix stylistiques et structurels de l’œuvre ?
Cette analyse initie une réflexion sur la manière dont l’expression des passions au sein de ce
roman remet en question les contrats sociaux et institutionnelles du XVIIème siècle. D’où la
nécessité d’une minutieuse investigation sur la gestion des passions qui animent les
protagonistes face aux exigences régissant les conduites et les rôles sociaux. En outre, cette
problématique aborde la manière dont la remise en question des normes littéraires se dessinent
à travers le style et la structure du roman. Ainsi, cette approche examinera comment le choix
du style littéraire de Madame de La Fayette sollicite les émotions et les passions des
personnages.
Par conséquent, ce sujet de recherche revêt un intérêt substantiel et actuel et une
pertinence pour plusieurs raisons majeures. En explorant l’impact des passions sur les
personnages, le récit, le style et la structure de l’œuvre, cette analyse transcende les approches
conventionnelles. Centrée au cœur du XVIIème siècle, cette étude va offrir une perspective
unique sur la manière dont les passions sont représentées dans ce roman. Elle remet en
lumière le rôle du thème passionnel dans la remise en question des conventions
socioculturelles et littéraires du XVIIème siècle, offrant ainsi une perspective novatrice. De
plus, le cadre littéraire du XVIIème siècle s’enlace avec les choix narratifs et stylistiques de
Madame de La Fayette, justifiant ainsi la remise en question des conventions littéraires de son
temps. En gros, cette réflexion présente une nouvelle fenêtre sur la manière dont les passions
s’entrelacent avec le tissu social, culturel et littéraire, étendant ainsi notre opinion sur l’œuvre
et sur sa contribution à l’évolution littéraire.
Ainsi, la visée principale de cette investigation est d’approfondir notre compréhension
de La Princesse de Clèves en se focalisant sur la manière dont la passion est mise en scène et
comment ce roman a contribué au renouvellement du genre romanesque au XVIIème siècle.
La littérature française de ce siècle se caractérise par une exploration de l'âme humaine, de ses
désirs et de ses passions. La Princesse de Clèves de Madame de La Fayette est « est un livre
brulant, …bien loin d’être qu’un pastel aux couleurs défraichies, c’est une œuvre dont la
construction est d’une force peu commune. » 20. Ce roman présente un tableau subtil des
conflits intérieurs des personnages, tirés entre leurs sentiments passionnels et les exigences
sociales et morales de leur époque. Nous chercherons à cet effet, de prouver comment
l’auteure a su transcender les conventions littéraires classique pour générer ce chef d’œuvre
novateur et intemporel.
Cette recherche dédiée à l’analyse fouillée du thème de la passion dans La Princesse
de Clèves se propose d’explorer deux hypothèses de recherches : d’une part, la peinture des
passions dans ce roman témoigne de l’ouverture d’esprit de la romancière qui aspire à donner
une autre acception de l’écriture romanesque de son temps. D’autre part, l’examen de la façon
dont les passions sont mises en scène dans l’œuvre et leurs influences sur les choix et les
interactions des personnages, ainsi que leur intégration dans la structure et le style narratif
démontrent comment l’expression des passions s’exécute comme un agent de subversion et de
reconsidération des normes établies.
Ainsi, comme tout travail scientifique, le recours aux méthodes d’analyse demeure
indispensable pour atteindre les objectifs ciblés. Le nôtre qui consiste à montrer comment
l’exploration des passions des personnages dans le roman constitue un outil de critique des
normes littéraires et sociales du grand siècle classique. Ainsi, nous avons opté pour deux
méthodes d’analyse principales :
La sociocritique de Claude Duchet qui consiste à interroger « l’implicite, les présupposés, le
non-dit ou l’impensé, les silences, et formule l’hypothèse de l’inconscient social du texte, à
introduire dans une problématique de l’imaginaire »21. Cette méthode nous permettra de
montrer la socialité du texte, de montrer en quoi La Princesse de Clèves, en explorant les
passions des personnages, se propose d’être un roman miroir de la haute société aristocratique
du XVIIème siècle en nous appuyant sur les éléments de « la sémiosis sociale » comme le
souligne d’ailleurs Duchet. Dans ce sens, les travaux d’Edmond Cros peuvent nous permettre
20
Michel Butor, Répertoire I, 0euvres complètes, sous la direction de Mireille Calle-Gruber, Editions de la
Différence, 30, rue Ramponeau, 75020, Paris, 2006 pour la présente édition, PP. 82 : Répertoire I est une
exploration de la pensée de Michel Butor et de sa manière unique d'aborder la littérature et la vie. Il s'agit d'une
œuvre littéraire exigeante qui invite le lecteur à réfléchir et à méditer sur les thèmes explorés par l'auteur. Les
autres volumes de la série Répertoire poursuivent cette approche expérimentale de l'écriture et de la pensée.
21
Claude Duchet, Position et Perspectives, Fernand Nathan, 1979, PP. 3 - 8
de bien élucider nos propos car nous permettant d’étudier la manière dont l’incorporation de
l’histoire s’effectue dans le texte.
L’histoire littéraire de Gustav Lanson, encore appelée méthode lansonienne qui, mise à part la
connaissance de l’auteur et de sa vie qui a influencé son écriture, convoque également le
mouvement dans lequel l’auteur appartient, le siècle de l’auteur. Convoquant d’autres
méthodes d’analyse (comme la psychocritique de Charles Mauron, la sociocritique, la critique
biographique de Sainte-Beuve, etc.), l’histoire littéraire fonctionne comme un aimant. Sa
capacité de copter d’autres outils d’analyse nous permettra de ratisser largement notre sujet en
étudiant la biographie de l’auteur, son époque, son courant, son style, sa psychologie, son
milieu, etc. C’est une méthode presqu’indispensable pour apporter des réponses claires à notre
problématique.
Ainsi, afin d'asseoir notre problématique et les hypothèses qui la sous-tendent, nous
nous appuierons sur une structure dichotomique. Chacune de ces sections mettra en relief
deux chapitres, et chacun de ces chapitres sera développé en deux séquences distinctes.
La première section, intitulée L'affirmation de soi au sein d'une société normative, sera
décomposée en deux chapitres distincts, à savoir la transgression des normes sociales du
XVIIe siècle et la quête de l'identité individuelle face à la passion.
Dans le chapitre premier, nous examinerons d’abord l’impact des normes sociales établies
face à la situation des femmes. Les éléments tels que le comportement public et privé, les
contraintes imposées aux femmes de l’aristocratie ou le mariage seront étudiées. Ensuite, nous
examinerons aussi la passion comme un outil de subversion des attentes sociales. Notre
développement sera centré sur les actes des protagonistes qui suivent leurs passions jusqu’au
bout et refusent ainsi de se plier à la norme.
Le dernier chapitre de cette partie analysera en premier lieu les conflits intérieurs et les
dilemmes moraux de la Princesse de Clèves. C’est-à-dire les contradictions intérieures du
personnage éponyme. Et en second lieu, nous nous pencherons sur le poids de la vertu sur la
psychologie des personnages, sur le comment elle entre en contraste avec les passions.
La deuxième partie de notre argumentation intitulée l’impact de la structure
narrative sur la représentation des passions étudiera l’impact de la structure narrative sur la
représentation des passions. Cette deuxième partie nous permettra d’analyser le style de Mme
de la Fayette à travers les procédés narratifs employés.
Nous étudierons en premier lieu, dans un premier chapitre intitulé les focalisations internes, la
pesanteur ou l’influence prépondérante de la narration omnisciente sur la représentation des
émotions internes. Et en deuxième lieu, nous nous intéresserons aux effets des changements
de point de vue sur la perception des passions.
Enfin, dans un dernier chapitre, nous aborderons la question relative aux dilemmes des
personnages qui tâtonnent entre la répression et l’expression de leurs sentiments. A cet effet,
nous subdiviserons ce chapitre en deux sous-points qui aborderont respectivement le
tiraillement intérieur des personnages entre la réserve et l’expression des passions et les
moments de révélation émotionnelle et leurs conséquences. Le premier sous-point analysera
comment les personnages naviguent entre la réserve émotionnelle et désir d’extérioriser leurs
passions. Tandis que le deuxième sous-point tentera de mettre en lumière les moments clés où
les personnages laissent libre cours aux émotions et passions et les répercussions de ces
moments sur l’intrigue et les relations des protagonistes.
Introduction acceptable
PREMIERE PARTIE : L’AFFIRMATION DE SOI DANS UNE SOCIETE
NORMATIVE
CHAPITRE PREMIER : LA TRANSGRESSION DES NORMES SOCIALES