Plan à suivre
Introduction
- I- Structure et résumé de l’œuvre*
-Biobibliographie de l'auteur (15 lignes au plus)
-Structure narrative : Découpage en chapitres ou actes et titres. (Pour les œuvres avec une
structure)
Progression dramatique narrative {pour les œuvres sans structure} ( Faire la liste des grandes
lignes du livre. Tout comme la structure dans la contraction de texte) Comme les titres de
chaque partie dans Candide.
2-Résumé chaque partie
3-Résumé général.
*II- Analyse des personnages*
- Présentation des personnages principaux et secondaires : statut social, lien avec d'autres
personnages.
- Influence des personnages secondaires sur les principaux.
- influence du nom porté par un personnage sur sa destinée, son parcours dans l'œuvre (si
possible).
#Relever tous ces éléments pour chaque personnage étudié.
*III- Analyse thématique*
Exploration des thèmes. L'évolution du thème, l'importance dans le monde actuel.
*IV- Langue et style*
- Relever des mots nouvellement découverts et les expliquer. Employer dans une phrase
- Identifier quelques figures de style (5 maximum)
- Lien entre le contenu de l'ouvrage et les problèmes du monde actuel. Quel problème l'œuvre
pourrait permettre de régler parmi les problèmes du monde actuel.
*Conclusion*
1
INTRODUCTION
Ville cruelle, roman de Mongo Béti , publié en 1954, est une œuvre majeure de la
littérature africaine d’expression française. Ce roman s’inscrit dans la lignée des récits
engagés de l’époque coloniale, marqués par une critique virulente des systèmes oppressifs
imposés par les puissances coloniales en Afrique. Mongo Béti, écrivain camerounais de
renom, y dépeint avec une acuité remarquable les réalités sociales, économiques et culturelles
de son époque. L’œuvre s’inscrit dans un contexte historique marqué par les tensions
croissantes entre les peuples colonisés et les administrations coloniales, notamment dans les
années 1950, période où les mouvements d’indépendance commencent à prendre de l’ampleur
en Afrique. Sur le plan littéraire, Ville cruelle appartient au courant de la littérature engagée,
qui vise à dénoncer les abus du colonialisme tout en plaidant pour une émancipation
sociopolitique et culturelle des populations opprimées. Mongo Béti, par cet ouvrage, s’impose
comme une voix majeure de la résistance. À travers ce roman, l’auteur met en évidence des
situations de marginalisation, de corruption et de quête de justice sociale. Il soulève des
questions essentielles sur les contradictions de la société coloniale et les espoirs d’un avenir
meilleur. Quels sont les impacts du colonialisme sur la dignité humaine et les structures
sociales africaines ? Comment les personnages incarnent-ils la lutte contre ces oppressions ?
Ces problématiques, au cœur de l’œuvre, guident l’analyse et ouvrent des pistes de réflexion
sur les défis universels de liberté et de justice.
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- Structure et résumé de l’œuvre*
Biobibliographie de l’auteur
Mongo Béti, de son vrai nom Alexandre Biyidi Awala, est né le 30 juin 1932 à
Akométan, au Cameroun, et décédé le 7 octobre 2001 à Douala. Écrivain et essayiste
engagé, il est l’une des voix majeures de la littérature africaine francophone. Après des
études en France, il devient enseignant et consacre sa vie à l’écriture et à la dénonciation
des injustices, notamment celles liées à la colonisation et au néocolonialisme.
Son premier roman, Ville cruelle (1954), publié sous le pseudonyme d’Eza Boto,
critique les injustices sociales et le système colonial. Il poursuit avec des œuvres
marquantes telles que Le Pauvre Christ de Bomba (1956) et Mission terminée (1957), qui
dénoncent respectivement l’impact des missions chrétiennes et l’aliénation des élites
africaines. En 1972, il publie l’essai Main basse sur le Cameroun.
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Outre ses romans, Mongo Béti a fondé en 1978 la revue Peuples Noirs, Peuples
Africains, dédiée à la lutte contre l’oppression en Afrique. Ses œuvres, parmi lesquelles
Remember Ruben (1974) et Trop de soleil tue l’amour (1999), allient critique sociale,
satire et plaidoyer pour une Afrique émancipée. Mongo Béti laisse un héritage littéraire et
intellectuel qui continue d’inspirer les générations.
- Structure narrative :
Le roman "Ville cruelle" de Mongo Béti compte 13 chapitres suivis d’un épilogue
et 223 pages . Chaque chapitre est comme une nouvelle étape dans la vie de Banda.
Chapitre I : Départ de Banda pour Tanga Vendredi.
Chapitre II : Les deux mondes de Tanga.
Chapitre III : Koume et Odilia Samedi.
Chapitre IV : La vente du cacao.
Chapitre V : Mystères et tragédies de Tanga.
Chapitre VI : Rencontre de Banda et Odilia.
Chapitre VII : Fuite de Banda, Koume et Odilia ; mort de
Koume.
Chapitre VIII : Arrivée de Banda et Odilia a Bamila.
Chapitre IX : Retour de Banda a Tanga.
Chapitre X : A la messe Dimanche.
Chapitre XI : Retour de Banda a Bamila.
Chapitre XII : L'entente entre la mère de Banda et Odilia.
Chapitre XIII : La réalisation des vœux de Banda.
Chaque chapitre peut être regroupé en trois grandes parties :
Partie 1 : Chapitre I, chapitre II
« Personne n’a jamais été misérable comme la pauvre fille que je suis. … Nul ne pouvait
dire avec certitude ce qu’il deviendrait, pas même les géographes, ni les journalistes et
encore moins les explorateurs.. »
Titre : Le village de Tanga et les tensions personnelles.
Partie 2 :Chapitres III à VIII
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« Un matin de février 193…Ça aussi, je voudrais bien le savoir : est-ce qu’à Fort-Nègre
c’est comme à Tanga ?»
Titre : Tribulations de Banda dans la ville et les rencontres avec Odilia et Koumé.
Partie 3 : Chapitres IX à XIII
« À peu près à mi-chemin entre la ville et Bamila, Banda s’arrêta… qui avait
complètement désenflé. »
Titre : la réalisation des vœux de Banda et son épilogue.
- Résumé de chaque chapitre
Chapitre I : Départ de Banda pour Tanga Vendredi.
A Bamila, son village, Banda rompt avec sa maitresse. Il évoque ses rapports avec
sa mère, ses espoirs et ses inquiétudes. Ce chapitre comporte la plupart des éléments que
le reste de l'œuvre développera : la mère et le mariage de Banda, l'école et la religion, les
commerçants grecs et les villageois, l'appel de la ville.
Chapitre II : Les deux mondes de Tanga
La ville se répartit en deux univers, antithétiques par leur site, leur démographie,
leurs modes de vie : Tanga-Sud, le centre administratif et commercial dominé par les
étrangers, et Tanga-Nord, le quartier des indigènes marqué par la pauvreté.
Chapitre III : Koume et Odilia Samedi.
Koume, un jeune mécanicien, médite auprès de sa sœur Odilia sur la journée qui
commence. Avec ses camarades ouvriers, il prépare un coup de force contre M.T..., leur
patron, qui refuse arbitrairement de les payer. Odilia a fait un songe prémonitoire qui
laisse planer une menace de mort sur Koume.
Chapitre IV : La vente du cacao
Banda s'apprête à vendre sa récolte de deux cents kilos de cacao dont il escompte
l'argent nécessaire pour se marier. Mais les contrôleurs l'en dépouillent sans pitié : il n'a
pas su leur ≪ mouiller la barbe ≫. Une bagarre s'ensuit, à la fin de laquelle Banda se
retrouve au commissariat.
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Chapitre V : Mystères et tragédies de Tanga
Banda rapporte son malheur a son vieil oncle maternel. Celui-ci l'instruit des
mystères de la ville, une jungle ou le plus fort l'emporte sur le plus faible. Banda part pour
Moko, un quartier de Tanga-Nord. Il assiste a deux scènes tragiques : un accident de la
circulation qui coute la vie a un petit garçon, une émeute ou des ouvriers - Koume et ses
camarades infligent une sévère correction à leur patron.
Chapitre VI : Rencontre de Banda et Odilia
Surpris par la pluie, Banda entre dans une case qui tient lieu de buvette. Il y
rencontre Odilia dont le frère Koume est recherche :l'action qu'il a menée aurait couté la
vie a M.T... Banda se promet de porter assistance a Koume le dur et a Odilia qui ne le
laisse pas indiffèrent.
Chapitre VII : Fuite de Banda, Koume et Odilia ; mort de
Koume
Banda rencontre Koume et lui propose de se réfugier à Bamila. Il organise leur
fuite dans la nuit, par la foret, au-delà du fleuve. Mais Koume se tue en traversant le
fleuve dans l'obscurité. Le songe d'Odilia s'est réalisé.
Chapitre VIII : Arrivée de Banda et Odilia a Bamila
Banda et Odilia éplorée poursuivent leur route vers Bamila. A leur arrivée, une
altercation oppose Banda a son oncle paternel, le vieux Tonga, heureux des ennuis de son
neveu. La mère de Banda est désespérée : sans argent, Banda ne pourra jamais se marier.
Chapitre IX : Retour de Banda a Tanga
Banda confie Odilia a sa mère et repart dans l'intention de retrouver le corps de
Koume afin qu'il ait une sépulture. Il découvre une forte somme d'argent dans les poches
du mort qu'il ramené et abandonne sur la berge près du pont. Cet argent providentiel lui
redonne espoir : peut-être pourra-t-il se marier?
Chapitre X : A la messe Dimanche.
A l'aube, Banda suit le mouvement de plusieurs groupes de personnes qui vont
dans la même direction et il se retrouve dans l'église de la mission. Les fonctions et les
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gestes du prêtre et du suisse lui semblent ridicules. Apres la messe, il apprend que les
autorités viennent de découvrir le corps de Koume. Banda reprend le chemin de Bamila.
Chapitre XI : Retour de Banda a Bamila
En route vers Bamila, Banda se replonge dans le charme de la foret. Mais sa
conscience lui reproche de garder l'argent trouve dans les poches de Koume et qui,
cependant, lui permettrait d'épouser Odilia. Il apprend que Demetropoulos a perdu une
valise précieuse et qu'il a promis une forte récompense a qui la lui rapporterait. Or, il vient
de la trouver sur le bas-côté de la route.
Chapitre XII : L'entente entre la mère de Banda et Odilia
Odilia et la mère de Banda sympathisent. L'une fait des avances, l'autre des aveux.
Le mariage d'Odilia et Banda est envisagé sans attendre la confirmation du jeune homme.
L'absence prolongée de celui-ci préoccupe Odilia et ravive en son esprit le souvenir de
l'accident de son frère défunt. Enfin, Banda arrive.
Chapitre XIII : La réalisation des vœux de Banda
Odilia a déjà pris en main le train de la maison. Banda montre à sa mère et a Odilia
la valise de Demetropoulos et il s'apprête à recevoir la récompense promise. Celle-ci et la
confirmation de son mariage lui font envisager un avenir optimiste.
- Résumé général
Ville cruelle raconte le parcours de Banda, un jeune homme africain, confronté aux
pressions sociales, aux injustices économiques et aux bouleversements d’un monde
colonisé en mutation. Orphelin de père, Banda fût élevé par sa mère à Bamila. Il voulait se
marier pour satisfaire le vœu de sa mère presque mourante. Mais il lui fallait de l’argent
pour la dot de sa fiancée. C’est ainsi qu’il décida de vendre son cacao en ville. Là-bas, il
découvre une société profondément inégalitaire, où la modernité apportée par le
colonisateur cohabite avec la misère des populations locales. Tanga, divisée entre quartiers
coloniaux et indigènes, incarne les contradictions d’une Afrique exploitée : richesse et
pauvreté, espoir et désillusion, vie et violence. Banda, comme d’autres, y affronte
l’exploitation et la corruption, la cruauté, le crime .
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II- Analyse des personnages
- Présentation des personnages
principaux et secondaires : statut social, lien avec d’autres personnages
Personnage principal :
Banda : c’est lui le principal personnage de l’œuvre . Il appartient à un statut social
modeste. Jeune homme de condition paysanne et Orphelin de père dès le bas-âge, il fut
élevé par sa mère Il est généreux et optimiste. Son grand cœur l’incite à défendre les
faibles et les nécessiteux. Il se mari plus tard a Odilia, la sœur de Koumé.
Illustration
« Dis les moi .je t’aiderai : je t’assure que je t’aiderai. Dis les moi, tu verras que je
t’aiderai » page 60
Personnages secondaires
La mère de Banda : pauvre et malade, elle déterminait toutes les initiatives de son fils à la
mort de son époux(père de Banda) car elle s’est sacrifiée afin de l’élever. Veuve et
paysanne, elle appartient à la classe traditionnelle des femmes rurales. C’est une femme
pieuse et dévouée. Elle meurt plus tard après le mariage de banda et d’Odilia.
Illustration :
Elle avait trop donné d’elle-même pour m’élever. » (Chapitre I).page22
Odilia : jeune fille, belle, aimable et dévouée, elle est la sœur de Koumé. Elle vie dans la
précarité de Tanga nord et deviendra l’épouse de Banda.
Illustration
« Comme tu as bon cœur, petite fille ! […] ça me faisait du bien de t’entendre dormir. »
Page103
Koumé : il est brave et courageux, dur et aimable. Il est le frère de Odilia et travaille chez
monsieur T, il n’hésite jamais à passer par la violence pour la réclamation de ses droits.
Illustration :
« Koumé, lui, n’a pas craint les chevrotines quand il prenait cet argent, sans compter
qu’il avait travaillé et qu’il s’était battu. » page 113
8
Tonga (oncle de Banda) : c’est un vieillard inoffensif autrement qu’en paroles, hâbleur,
menteur, hypocrite et passablement rancunier et Banda n’hésitait pas à l’insulter.
Illustration :
« Le vieillard triomphait : c’est cela qui expliquait sa présence ici à cette heure. Il avait
voulu triompher, se délecter dans le spectacle du malheur, de la détresse de Banda.
»page163
- Influence des personnages secondaires sur Banda
Influence de Tonga :
Tonga est un vieillard cynique qui critique la société coloniale et influence Banda
par ses observations acérées sur les Blancs et l’argent.
Illustration :
« Ne quittez pas la voie de vos pères pour suivre les Blancs : ces
gens-là ne cherchent qu’à vous tromper. Un Blanc, ça n’a jamais souhaité que gagner
beaucoup d’argent. » page 90
Influence de Koumé sur Banda :
Koumé, par sa personnalité de "dur" et son courage face aux défis, incarne un
modèle auquel Banda se compare constamment. Cependant, son décès et l'héritage qu'il
laisse (l'argent trouvé sur lui) poussent Banda à réfléchir sur la moralité et la survie.
Illustration :
« Ce garçon-là, lui, c’était un dur, un homme ; et jamais de son vivant tu n’aurais pu lui
prendre des billets de banque ainsi. Ça, c’était un vrai dur, tandis que toi, tu dépouilles
des cadavres, pouah ! [...] La ville n’accepte que les durs, les vrais durs comme Koumé.
»page 130 131
Influence d’Odilia sur Banda :
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Odilia, par son dévouement et son désespoir après la mort de son frère Koumé,
joue un rôle crucial dans l’évolution de Banda. Elle le pousse à se sentir responsable et à
reconsidérer ses choix, notamment l’usage de l’argent de Koumé.
Illustration :
« Ne pleure donc pas ainsi, l’implorait-il. [...] Cette impression de parenté l’envahissait
de plus en plus. [...] Il éprouvait une indéfinissable sensation de parenté et de complicité
les lier de plus en plus fortement. »page 79 80
Influence de sa mère :
La mère de Banda joue un rôle essentiel dans sa vie et ses décisions. Elle est une
figure centrale pour Banda, qui ressent un devoir presque sacré de respecter ses volontés,
même après sa mort. Cela se reflète dans son refus d'épouser la jeune femme qui
l'interroge sur ses choix. La force de cette influence est claire lorsqu'il déclare qu'il ne
désobéira pas à sa mère, vivante ou morte. Son attachement à elle guide plusieurs de ses
choix, notamment en ce qui concerne son avenir et ses relations.
Illustration :
« C’est pour ma mère : elle veut que je me marie avant sa mort. Ce sera sa dernière joie.
Je ne peux tout de même pas lui refuser ça... »page10.
- Influence du nom porté par un personnage sur sa destinée
Banda : Le nom "Banda" peut évoquer un lien avec la communauté, la tradition ou la terre
dans plusieurs cultures africaines. Ce nom symbolise un homme typique, mais aussi un
individu déchiré entre sa fidélité à sa mère (et à ses origines rurales) et ses aspirations à
l’indépendance et à une vie meilleure en ville. Son nom simple reflète sa vie ordinaire,
mais aussi la difficulté de transcender cette simplicité dans une société injuste.
Koumé : "Koumé" peut évoquer une force de caractère et une ténacité face aux défis. Ce
nom confère à ce personnage une aura de résistance et d’audace. Cependant, sa rébellion
face à l’autorité et à l’injustice conduit à sa mort prématurée, faisant de lui une figure
tragique.
10
Odilia : Le prénom "Odilia", qui a des racines européennes, porte une symbolique de
lumière, de protection et de résilience. Dans le roman, Odilia incarne ces qualités : elle
agit comme une figure protectrice pour Koumé et Banda, leur fournissant nourriture et
soutien émotionnel malgré leur pauvreté.
Tonga : Le nom "Tonga" peut suggérer une connexion à la terre ou une vision universelle,
souvent associée aux anciens ou aux observateurs de la société. Tonga est une voix
critique dans le roman, apportant une analyse lucide des inégalités et des défis de la
société coloniale.
III- Analyse thématiques
- Exploration des thèmes
Thème principale: les pratiques coloniales
Tanga était divisé en deux : Tanga Nord ou Tanga indigènes et Tanga Sud, ville
coloniale marquée par la présence de l’administration, des forces de l’ordre, les centres
commerciaux des grecs, boutiques et comptoirs d’achats de cacao, des usines. « Sur les
deux versants opposés de cette colline, se situaient les deux Tanga. Le Tanga commerçant
et administratif — Tanga des autres, Tanga étranger —»page11
Thèmes secondaires
La violence : La ville est caractérisée par la violence sur les Noirs. On a mis le cacao de
Banda au feu et il a été victime de plusieurs bastonnades (illustration page 44 à 47). « Il
était visible qu’une violence finirait par être commise »page44
sur la personne du conducteur.
L’exploitation : Les blancs exploitaient les Noirs dans la vente du cacao. Puis M.T
employaient les jeunes mécaniciens et ne les payaient pas. « Le salaud ! Le mois dernier,
il ne nous l’a même pas encore payé et c’était le treize aujourd’hui, pas vrai ? »page 73
La corruption : pour voir son cacao accepté par les contrôleurs, il fallait leurs “mouiller la
barbe ”.«Les contrôleurs, il faut leur mouiller la barbe... Mais oui, leur mouiller la
barbe… » page 37
11
L’injustice : Le cacao de Banda fut mis au feu (page 32 ). «Mauvais, ce cacao... très
mauvais. Au feu !... » .Les Blancs avaient plus de privilèges que les Noirs. Ils faisaient
ce qu’ils voulaient et si l’on posait plainte contre eux, la plainte n’avait pas de suite.
L’amour filiale : La mère de Banda l’aimait beaucoup et elle s’est battue pour lui (page
7) « — J’aime ma mère. Aïe ! Je l’aime comme tu ne peux pas savoir. »
- Évolution des thèmes
Dans Ville Cruelle d'Eza Boto, les thèmes évoluent au fil du récit pour refléter la
transformation des personnages, des relations et des dynamiques sociales. Ces thèmes,
ancrés dans la tension entre tradition et modernité, pauvreté et quête de dignité, se
développent parallèlement à la trajectoire de Banda et des autres personnages.
Les pratiques coloniales : Les pratiques coloniales sont abordées dès le début comme une
toile de fond omniprésente. Elles deviennent plus explicites à travers les abus de pouvoir,
l’exploitation économique et la hiérarchie imposée par l’administration coloniale. La ville
de Tanga est un espace où ces pratiques se manifestent violemment, notamment par le
contrôle des ressources comme le cacao et par l’humiliation des indigènes. Chapitre II
La pauvreté : La pauvreté est un thème central qui s’amplifie au fil du récit. Elle est
d’abord abordée comme une réalité quotidienne pour Banda et les autres personnages,
puis devient un moteur des conflits et des luttes. Les personnages sont contraints de faire
des choix difficiles pour survivre, ce qui souligne l’impact déshumanisant de la misère. «
Voilà des siècles que nous n’avons plus d’argent et nous mangeons toujours. Comment
peux-tu faire, dis, petite sœur ? » (Chapitre III »page 19
Violence : La violence, qu’elle soit physique, sociale ou psychologique, est omniprésente
dans le roman. Elle évolue de manière progressive, reflétant l’escalade des conflits
internes et externes des personnages. chapitre IV
Exploitation : L’exploitation est abordée sous plusieurs formes : économique, sociale et
émotionnelle. Elle commence par les abus des colons et des contrôleurs et s’intensifie à
travers les luttes des personnages pour conserver leurs maigres ressources. « Si les gens se
mettent à vous payer seulement quand il leur plaît, alors comment fera-t-on pour vivre ? »
(Chapitre III page 20
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Amour filiales : L’amour filial est un thème moteur des choix et des sacrifices des
personnages, particulièrement Banda. Ce thème évolue d’un amour protecteur à un amour
marqué par la culpabilité et les responsabilités. « Ma mère, pour moi, c’est... oh ! à quoi
bon, tu ne comprendras jamais. » (Chapitre I,page7
La corruption : Au début du roman, la corruption est implicite et reflète un système
colonisateur qui exploite les indigènes. Les colons et leurs intermédiaires, comme les
contrôleurs de cacao, imposent des règles arbitraires et injustes pour maximiser leurs
profits, souvent au détriment des producteurs locaux. Cette corruption est normalisée et
acceptée par peur ou résignation. « Les contrôleurs, il faut leur mouiller la barbe... Mais
oui, leur mouiller la barbe… » page 37.
- Importance dans le monde actuel
Les thèmes explorés dans Ville Cruelle d’Eza Boto – pratiques coloniales,
pauvreté, exploitation, amour filial, violence et corruption – restent d’une pertinence
majeure dans le monde actuel. Ils reflètent des défis universels et intemporels qui
continuent de façonner les sociétés contemporaines, notamment dans les contextes de
pauvreté, d'injustice sociale et de gouvernance mondiale.
Ces thèmes offrent des outils essentiels pour :
Analyser les inégalités actuelles en tenant compte de leurs racines historiques et sociales.
Encourager l’action citoyenne et collective pour défendre des valeurs comme la justice, la
dignité et l’équité.
Orienter les politiques publiques et les initiatives internationales vers un monde plus
inclusif et durable.
Le roman sert donc de miroir pour mieux comprendre les luttes d’aujourd’hui et
comme guide pour trouver des solutions concrètes face aux défis mondiaux.
IV- Langues et styles
- Mots nouvellement découverts
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Héler : Appeler quelqu'un ou quelque chose à distance. page 38 « Il y a vingt-cinq ans
que je me tiens ici sur cette véranda à héler des clients. »
"Il hélait un taxi au bord de la route, mais aucun ne s’arrêtait."
Derechef : une seconde fois, de nouveau ; employé de façon emphatique pour insister.
page 123 « Derechef, il plongea la main dans sa poche gauche ; ses doigts crispés sur le
paquet de billets de banque, le tripotaient nerveusement. »
"Après avoir échoué à ouvrir la porte, il essaya derechef avec une autre clé."
Dépit : Sentiment de tristesse ou de frustration causé par une déception. Page 91« Et
chacun s’éloignait de son côté, plein de dépit contre l’autre. »
"Elle tourna les talons, pleine de dépit, après avoir été ignorée par ses amis."
Mélancolie : État de tristesse vague et douce, souvent lié à la nostalgie. Page 5 « À ces
propos qu’il attendait et craignait, Banda, lentement, leva sur son amie des yeux remplis
de mélancolie ; il la dévisagea avec un mélange de dépit et de pitié. »
"En regardant le coucher de soleil, une mélancolie étrange envahit son cœur."
Sollicitude : Attention affectueuse et soin délicat apportés à quelqu’un ou quelque chose.
Page 8 « Elle y a apporté une sollicitude extrême. »
Elle veillait sur son enfant malade avec une sollicitude maternelle sans faille.
Inanité : Caractère de ce qui est vain, inutile ou vide de sens. Page 46 « Il dut comprendre
l’inanité de leur faire donner la chasse ; »
Il abandonna son discours lorsqu’il comprit l’inanité de ses arguments face à son auditoire
hostile.
Circonspecte: Qui agit avec prudence, en réfléchissant bien avant de prendre une décision
ou de s’exprimer. Page 57 « Elle était craintive, circonspecte, comme une bête aux abois.
»
Face à la proposition inattendue, il demeura circonspect, pesant soigneusement le pour et
le contre avant de répondre.
- Figure de style
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Comparaison : « La flamme dansait comme une petite fille au son du xylophone. » page
150
Gradation : «Lentement, très lentement, en hésitant, elle se remit à glisser... » page103
Personnification : « L’eau râlait rageusement contre le roc. » page 75
Antithèse : « Ce contraste entre le physique misérable de cette loque humaine et la
dignité des propos qu’elle tenait. » page 139
Hyperbole : « un tel flot de larmes » page 80
- Lien entre le contenu de l’œuvre et les problèmes du monde actuel
Le roman Ville Cruelle d’Eza Boto, bien qu’écrit dans un contexte colonial
spécifique, entretient des liens profonds avec les problématiques actuelles. Les thèmes
abordés dans l'œuvre résonnent avec des enjeux contemporains, notamment dans les
domaines sociaux, économiques, politiques et culturels.
L’exploitation des paysans par les contrôleurs symbolise l’injustice économique.
Banda, en tant que producteur de cacao, est soumis à des pratiques arbitraires qui le
privent de son autonomie. De même, Les travailleurs des pays en développement
continuent d’être exploités dans des industries comme l’agriculture (cacao, café) ou le
textile. Les multinationales imposent des prix bas aux producteurs, reproduisant les
mécanismes de dépendance économique hérités du colonialisme. Nous avons par exemple
Les pratiques abusives dans les plantations de cacao en Afrique de l’Ouest, où des
producteurs vivent encore dans une pauvreté extrême malgré la forte demande mondiale.
De plus, Banda quitte son village pour chercher une vie meilleure en ville.
Cependant, la ville de Tanga, pleine de promesses illusoires, se révèle être un espace
d’oppression, de pauvreté et de violence. De nos jours également, Les migrations internes
et internationales restent motivées par la recherche de meilleures opportunités
économiques. Cependant, les migrants se heurtent souvent à des conditions précaires, à
l'exploitation et au rejet.
15
Enfin, Les contrôleurs de cacao et les autorités représentent une bureaucratie
corrompue qui profite des plus vulnérables. La corruption est un obstacle constant à
l’émancipation des personnages. La corruption reste un problème mondial, entravant le
développement et augmentant les inégalités.
- Problème trouvant sa solution dans ville cruelle de mongo béti
Le roman Ville Cruelle met en lumière l’exploitation des paysans africains par un
système économique corrompu et oppressif. À travers le parcours de Banda, l’œuvre
illustre les mécanismes d’injustice économique, notamment les abus des contrôleurs de
cacao, l’arbitraire des prix et l’impuissance des petits producteurs face à des systèmes
injustes.
CONCLUSION
Dans Ville cruelle d'Eza Boto, l'auteur illustre avec intensité les difficultés socio-
économiques et les luttes individuelles dans une Afrique en pleine mutation. Par un
réalisme poignant, il peint des personnages pris dans un monde où traditions et modernité
se confrontent. L'opposition entre le village et la ville, symbolisée par des figures comme
Banda et Odilia, met en lumière les injustices sociales, les désillusions et les défis de la
colonisation. Ce récit est un véritable témoignage historique et culturel. Il a su capter les
nuances des expériences africaines avec une sensibilité et une précision qui résonnent
encore aujourd'hui. Sa richesse narrative et sa dimension universelle permettent au lecteur
de s'immerger dans la complexité des réalités humaines qu’il décrit, tout en développant
un sentiment d’empathie pour les protagonistes. Plus de cinquante ans après sa
publication, Ville cruelle reste pertinent en raison de son analyse des impacts de
l'urbanisation et de la colonisation. Il évoque des thématiques encore actuelles, telles que
les inégalités, l’exode rural et la quête d’identité. Le roman s’inscrit également dans une
démarche de réappropriation culturelle et littéraire, rendant hommage à la diversité des
voix africaines. L'œuvre ouvre des perspectives pour comparer les approches littéraires de
l’Afrique pré- et post-coloniale à travers des auteurs tels que Chinua Achebe, Ferdinand
Oyono, Sembene Ousmane, des ouvrages tels que Les bouts de bois de Dieu (Sembène
16
Ousmane), Le Vieux Nègre et la Médaille (Ferdinand Oyono). Elle invite aussi à réfléchir
aux similarités entre les récits de transformations sociales et économiques dans d’autres
régions du monde, mettant en évidence l’universalité des questions soulevées par Eza
Boto.
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