ETAT DES LIEUX DE L’EDUCATION EN RDC
1. INTRODUCTION
Le système éducatif congolais se trouve dans une situation compliquée à la suite des
guerres qui se sont succédé et surtout à cause de la forte croissance démographique
qui influe sur sa capacité d’accueil et sa qualité.
En effet, la République démocratique du Congo (RDC) compte plus de 77 millions
d’habitants et fait partie des vingt pays les plus peuplés au monde. Elle est le
troisième pays africain par l’importance de sa population et le deuxième en superficie
(2 345 409 km²).
Sa densité de population est l’une des plus faibles du continent avec 22-24 habitants
par km². La majorité de sa population est jeune (65,5 % de la population a moins de
24 ans). Son indice de fécondité élevé renforce la pression sur les services éducatifs
(RDC, 2015).
L’économie du pays est marquée aussi par un déséquilibre entre le secteur formel
(15 % de l’activité économique) et le secteur informel (85 %). La croissance de la
création de nouveaux emplois formels est limitée à 3 % par an et n’est donc pas
suffisante pour absorber les chômeurs et les nouveaux entrants sur le marché de
l’emploi.
La pauvreté reste omniprésente, malgré le recul du taux de pauvreté monétaire
enregistré entre 2005 et 2012 (63,4 % en 2012 contre 71,3 % en 2005) (RDC, 2015).
Avec un tel tableau, le pouvoir organisateur de l’éducation est appelé à fournir
beaucoup d’efforts pour que le système éducatif atteigne ses objectifs en satisfaisant
la société et les besoins du marché de l’emploi. Ce contexte général n’est pas
favorable au rétablissement de l’équilibre entre la demande et l’offre scolaires.
2. Structures du système éducatif
4Le système éducatif congolais est organisé en deux structures : l’enseignement
formel et l’éducation non formelle. L’enseignement formel est dispensé sous forme
d’enseignement classique et spécial1.
5L’enseignement classique est organisé en quatre structures : maternelle, primaire,
secondaire, supérieure et universitaire. Le niveau maternel est organisé en cycle
unique de trois ans. Le primaire, obligatoire et gratuit, dure six ans. Il est organisé en
deux cycles de trois années chacun.
6Le niveau secondaire comprend le secondaire général, les humanités générales, les
humanités techniques et professionnelles. Le secondaire général est organisé en
cycles de deux ans. Les humanités générales s’organisent en deux années de cycle
inférieur et deux années de supérieur. Les humanités techniques et professionnelles
s’organisent en cycle court et cycle long. La durée de ces deux cycles est de
respectivement trois et quatre ans. La formation technique et professionnelle dure
quatre ans.
7L’enseignement supérieur et universitaire (ESU) congolais comprend deux niveaux.
Le niveau supérieur forme les cadres de haut niveau, spécialisés pour l’exercice d’une
profession. Le niveau universitaire forme des cadres de conception capables de
contribuer à la transformation qualitative de la société.
8Bien qu’ait été institué le système licence–master–doctorat (LMD), l’ESU fonctionne
toujours avec trois cycles (graduat, licence, troisième cycle qui conduit au doctorat).
Le graduat dure trois ans, la licence deux ans, comme le troisième cycle (diplôme
d’études approfondies). Le doctorat dure entre trois et cinq ans. Un enseignement
spécial est organisé en faveur des groupes vulnérables et des catégories
socioprofessionnelles ayant des besoins spécifiques. Il est assuré soit dans des
établissements spécialisés, soit dans les écoles assurant l’enseignement inclusif.
9L’éducation non formelle vise la récupération et la formation des jeunes et adultes
non scolarisés en vue de leur insertion sociale. Elle est assurée dans des
établissements spéciaux et centres de formation et se rapporte aux activités de
rattrapage scolaire, d’alphabétisation, d’apprentissage, de formation
professionnelle et d’éducation permanente.
2.1. Organisation du système
éducatif
L’enseignement national est sous la tutelle de six ministères chargés de :
1) l’enseignement primaire et secondaire ;
2) l’enseignement technique et professionnel ;
3) l’enseignement supérieur et universitaire ;
4) les affaires sociales « pour l’alphabétisation des jeunes et adultes » ;
5) la santé « pour la formation des infirmiers » ; et
6) la jeunesse « pour la formation professionnelle des jeunes » (RDC, 2015).
Le système regroupe deux types d’écoles, publiques et privées.
Dans les écoles publiques, on trouve les écoles officielles et conventionnées. Les
écoles officielles sont gérées par l’État alors que celles qui sont conventionnées sont
gérées par les congrégations religieuses signataires d’une convention avec l’État. Les
écoles privées ne bénéficiant pas de subvention de la part de l’État, toutes les
charges financières reviennent aux parents.
3. Efficacité du système éducatif
Le présent état des lieux de l’efficacité du système éducatif congolais se base sur les
résultats du rapport d’État du système éducatif national financé par l’Unesco et
l’Unicef en 2014 (Resen, 2014) et la stratégie sectorielle de l’éducation et de la
formation de la RDC (période 2016-2025) (RDC, 2015).
3.1. Enseignement maternel ou préscolaire
Cet enseignement connaît depuis les années 2010 une expansion due à l’offre privée.
Cette croissance ne se traduit pas par une amélioration de la qualité. Ainsi, on a
enregistré un faible taux de scolarisation (4,2 % d’enfants de 3-5 ans en 2014). On
observe également une forte disparité selon les provinces. À Kinshasa, on a enregistré
un taux de 12,6 % d’enfants entre 3 et 5 ans et au Nord-Kivu seulement 1,5 %.
3.2. Enseignement primaire
Il connaît également une forte expansion des effectifs au cours de la dernière
décennie. Le taux brut de scolarisation est passé de moins de 90 % en 2007 à plus de
107 % en 2014. Cette expansion s’explique par la mise en place progressive, depuis
2010, de la politique de gratuité. Actuellement, avec l’effectivité de la gratuité, la
situation semble s’améliorer, car l’école a accueilli pour la première fois un nombre
important d’enfants non scolarisés en raison de la paupérisation de leurs parents.
Au Kasaï, par exemple, la gratuité a permis à 150 082 enfants de regagner l’école au
cours de l’année scolaire 2019-2020. Ainsi, le taux d’accroissement d’effectifs des
élèves dans les écoles primaires de cette région se situe à 32 %
([Link]).
Les données du Resen (2014) montrent un taux d’achèvement de 70 % au niveau
national contre 29 % en 2002. Près de 44 % des effectifs inscrits en 1re année du
primaire sont hors âge officiel (6 ans révolus) et 11 % des effectifs sont des
redoublants. Le taux de réussite à l’épreuve nationale de fin d’études primaires est
supérieur à 80 % depuis 2006. Des évaluations des compétences réalisées pour le
Resen (2014) révèlent que 50 % de l’échantillon réussit aux tests de lecture-
compréhension et 36 % aux tests d’expression écrite. L’évaluation de la qualification
des enseignants montre que les diplômés d’études normales de quatre ans et de six
ans représentent environ 93 % des effectifs.
La plupart des écoles publiques se trouvent aujourd’hui dans de mauvaises conditions
et aucun effort significatif d’amélioration de l’architecture scolaire n’est fourni par les
autorités. Ces écoles sont confrontées à des problèmes de matériels didactiques et de
manuels. Seules quelques rares écoles publiques actualisent de manière permanente
leurs matériels didactiques.
3.3. Enseignement secondaire
Au niveau secondaire, le taux d’accès en première année est resté stable depuis
2006, autour de 48 %. On doit s’attendre, avec l’effectivité de la gratuité, à ce que ce
taux d’accès puisse augmenter de manière considérable dans les cinq ans à venir.
Le pourcentage des élèves scolarisés dans le privé, qui avait plus que doublé au cours
de la décennie 2010, passant de 11,2 % à 24,2 % en 2012, diminuera dans les cinq
ans à venir à cause du déplacement des élèves du secteur privé vers le secteur public
à la suite de la gratuité.
Les proportions d’enfants en âge d’aller au secondaire premier cycle non scolarisés
sont inférieures à celles du primaire.
Pour ce qui est du second cycle secondaire, les effectifs se sont accrus de 47 %
entre 2006 et 2012. À l’intérieur de ce cycle, les accroissements les plus importants
ont été enregistrés, dans le secondaire général et normal, respectivement de 55 % et
52 %.
Par contre, les filières professionnelles et celles des arts et métiers ont vu leurs
effectifs réduits, respectivement de moins de 8 % et de 24 %. Le taux brut de
scolarisation au secondaire est de 38,3 % en 2012-2013. Les garçons sont plus
scolarisés que les filles dans ce niveau (47,2 % contre 29,3 % pour les filles). De
même, la ville-province de Kinshasa est la plus scolarisée (59 %) et la province
orientale est la moins scolarisée (24,6 %).
La situation des enseignants au secondaire est différente de celle du primaire pour ce
qui est de la qualification. Seuls 17,4 % d’enseignants du secondaire public sont
qualifiés (49 % dans le privé). De même, 63 % d’enseignants qualifiés sont en milieu
urbain. Le ratio moyen élève-maître dans le secondaire est de 15 dans le secteur
public. En ce qui concerne les infrastructures, près de 60 % d’établissements n’ont
pas de points d’eau et plus de 87 % n’ont pas l’électricité. On constate aussi que 38 %
des salles de classe sont en terre ou en paille. Près de 3 % d’écoles ont des tables et
des bancs en quantité suffisante et 37,3 % en ont plus que leurs besoins.
Signalons aussi que l’enseignement général et l’enseignement normal représentent
plus de 70 % des effectifs (respectivement 30,7 % et 39,7 %), l’enseignement
technique et professionnel près de 30 %.
S’agissant de l’enseignement technique et professionnel, les constats suivants
peuvent être faits :
1) absence de curricula et de programmes pertinents pour certaines filières ;
2) manque d’accompagnement pédagogique pour les formateurs ;
3) multiplication d’écoles professionnelles, avec un foisonnement de filières proposant
partout les mêmes profils de formation aux apprenants ;
4) inadéquation des filières de formation professionnelle aux besoins de l’économie et
aux réalités du marché de l’emploi ;
5) manque, déperdition et/ou vieillissement du personnel enseignant qualifié, etc.
En outre, ce niveau d’enseignement serait mal perçu par une frange de la population
qui estime que ce type d’enseignement ne recueille que des élèves ayant échoué
dans l’enseignement général. Cela nécessite de mettre en place des mécanismes
d’attraction pour cet enseignement.
Notons que le secondaire second cycle souffre de la défaillance du système
d’orientation, d’une faible efficience interne ainsi que de mauvaises conditions
d’accueil et d’enseignement.
3.4. Enseignement supérieur et universitaire
Il connaît depuis le début de la décennie 2010 une croissance du nombre
d’établissements et d’étudiants. Les effectifs ont plus que doublé entre 2006 et 2012,
passant de 239 914 à 512 322, et sont inégalement répartis entre les provinces:
Kinshasa enregistre 33,5 %, suivie du grand Katanga avec 22,8 % et de la province du
Maniema qui occupe la dernière position avec 1,5 % d’effectifs (Ngub’usim, 2015).
La répartition des étudiants par niveau montre que plus du tiers des effectifs sont
inscrits en classes de recrutement et que seulement 17 % sont en classes terminales.
Les taux d’abandon et de redoublement sont très importants, particulièrement dans
les classes de recrutement. L’ESU connaît plusieurs contraintes : l’inadéquation
formation-emploi ; la faible qualité de l’enseignement ; la non-viabilité de plusieurs
établissements ; le grand besoin en enseignants qualifiés.
3.5. Éducation non formelle
Depuis 2010, l’on assiste à une augmentation des centres d’éducation non formelle.
Le taux d’analphabétisme est élevé et se situe à 27,1 %. La proportion des femmes
analphabètes est plus élevée que celle des hommes (39 % contre 14 %). Le taux
d’analphabétisme est plus élevé en milieu rural (38 %) qu’en milieu urbain (11 %).
Près de 91 % de femmes sont alphabétisées à Kinshasa contre 51 % dans la province
de l’Équateur. La proportion d’hommes alphabètes est la plus élevée à Kinshasa
(97 %) et c’est au Nord-Kivu qu’elle est la moins élevée (80 %).
4. Conclusion
Le système éducatif congolais doit relever trois défis importants :
développer l’accès et assurer l’équité de l’éducation,
améliorer la qualité des apprentissages et
améliorer la governance et le pilotage du secteur de l’education (RDC, 2015).
Améliorer les conditions d’études
4.1. Développer l’accès et assurer l’éducation
Le défi le plus important à ce niveau est d’assurer la réussite totale de la mise en
place de la gratuité de l’enseignement de base. Cette mise en place de la gratuité
suppose de revaloriser le salaire des enseignants, afin de compenser la baisse de
revenus due à la suppression de la prime de motivation qui était payée par les
parents d’élèves.
La réussite de la gratuité exige aussi la construction de nouveaux bâtiments scolaires,
afin d’augmenter la capacité d’accueil du système éducatif congolais. Les frais de
fonctionnement versés par l’État doivent être majorés car ils sont actuellement
insuffisants.
En ce qui concerne l’ESU, il y a nécessité de gérer la croissance d’étudiants dans les
filières classiques et de diversifier l’offre de formation au niveau des filières
professionnelles et technologiques.
4.2. Améliorer la qualité des apprentissages
Le défi de l’amélioration de la qualité des services éducatifs à tous les niveaux fait
partie des plus grands défis du système éducatif congolais. Cette amélioration peut se
faire à travers des politiques d’intrants : les manuels scolaires au primaire, les
équipements pour les autres niveaux et la formation des enseignants dans tous les
sous-secteurs. Il y a nécessité de renforcer l’assurance-qualité des structures
éducatives.
L’amélioration de la qualité des apprentissages au primaire peut se faire à travers le
développement des ressources humaines, le renforcement de l’encadrement
pédagogique de proximité, l’amélioration de la gestion et du suivi de la qualité dans
l’école, la réduction des redoublements et des abandons, l’amélioration dans
l’apprentissage de la lecture, la mise en œuvre de la politique de production et de
distribution des supports pédagogiques.
Au niveau secondaire, il y a nécessité de réformer les humanités pédagogiques et la
formation des maîtres, de renforcer la synergie avec le ministère de l’Enseignement
supérieur dans le cadre de la formation des enseignants et de former les enseignants
du secondaire en tenant compte des besoins quantitatifs en enseignants. Il faudrait
rendre disponible le matériel didactique, réhabiliter et construire des laboratoires et
des salles d’expérimentation, optimiser et actualiser les programmes d’études (RDC,
2015).
Au niveau de l’enseignement supérieur et universitaire, les défis à relever se
rapportent à l’amélioration de la gouvernance et à la qualité de la formation, à
l’adéquation de l’offre avec les besoins, à la mise au point de plans stratégiques
annuels dans les établissements, au recours aux TIC, à l’enseignement ouvert et à
distance, à la mise en place progressive du système LMD, au renforcement de la
recherche et à la diversification des sources de financements du secteur (RDC, 2015).
4.3. Améliorer la gouvernance
En ce qui concerne la gouvernance des établissements d’enseignement national,
l’État doit initier des campagnes de changement pour inculquer des valeurs civiques,
morales, républicaines et démocratiques aux gestionnaires de ces établissements.
L’État devra :
1) mettre en place des normes et des mécanismes transparents de gestion des
ressources ;
2) améliorer les processus de planification, de régulation des flux pour garantir le
développement équilibré du système éducatif ;
3) améliorer la gestion du personnel et des carrières ; et
4) renforcer l’autonomie des établissements d’enseignement (RDC, 2015).
Le système éducatif congolais, en dépit de son contexte de vulnérabilité à la suite des
guerres et des instabilités politiques, fait preuve de résilience. Cette résilience n’a pas
donné lieu à une forte efficacité, comme le montrent différents indicateurs. Pour
pouvoir renforcer cette efficacité, trois stratégies sont souhaitables : développer
l’accès et assurer l’équité de l’éducation, améliorer la qualité des apprentissages et
améliorer la gouvernance et le pilotage du secteur de l’éducation (RDC, 2015).
4.4. Améliorer les conditions d’études
Ce defit s’inscrit non seulement dans l’ordre des dotations du secteur des
infrastructures et équipements adéquats permettant ainsi qux apprenants de mieux
suivre les matidères dans un confort acceptable mais dans la construction des
infrastuctures necessaires permettant l’accès facile des élèves ou étudiants à leurs
établissements, à mondre cout et à courte durée.