Prof : M.
PHARELL FOBAH Classe : Tle A2
SOMMAIRE
INTRODUCTION…………………………………………………………………
…………….2
1) SCIENCE COMME NEGATION DE LA
RELIGION…………………………………….2
2) EVOLUTION TECHNOLOGIQUE, FONDEMENT DE
L’ATHEISME…………………3
3) LE DESENCHANTEMENT DU MONDE VIS-A-VIS DES
RELIGIONS………………3
4) UNE EUTHANASIE PROGRESSIVE DES
RELIGIONS……………………………….4
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INTRODUCTION
L’athéisme est la doctrine philosophique qui veut nier l’existence de Dieu.
Cette théorie ne se contente donc pas de procéder à un constat d’ignorance sur le
sujet (agnosticisme) puisqu’elle affirme, non pas seulement une incroyance, mais elle
prend clairement partie en faveur de l’idée que la croyance en dieu n’est qu’une
illusion et une erreur. Cette doctrine se développe de plus en plus dans les sociétés
modernes du fait de la perte d’influence de la religion, du fait de ce que Max Weber
appelait « le désenchantement du monde », de la laïcité et de la rationalité
scientifique et des incertitudes qui pèsent sur les croyances religieuses (même si nous
connaissons actuellement un certain « retour » de la religion). Mais sur quoi repose
une telle doctrine et quels sont les arguments qu’elle a à opposer aux dogmes qui
fondent les croyances religieuses ? Autrement dit, peut-on justifier l’athéisme ? Cette
question proposée ne pose pas le problème de savoir si l’homme peut vivre sans
religion, ou bien si on peut fonder une morale sans référence religieuse, si la vie
humaine peut globalement trouver un sens sans la croyance en Dieu. Certains vivent
très bien sans Dieu et de manière très vertueuse, là n’est pas le problème. Il s’agit
plutôt de s’interroger sur l’idée même de l’existence de Dieu (et non pas sur la
religion en tant que pratique pour en évaluer les effets négatifs ou positifs). Quelles
raisons avons-nous donc de croire ou bien de ne pas croire ? Si la théologie
traditionnelle avait cherché à produire des arguments en faveur de l’existence de
Dieu, est-il possible a contrario d’exposer les raisons qui semblent nous inciter à
penser que Dieu n’existe pas et de telles raisons existent-elles ? Ce débat
métaphysique dépasse évidemment le cadre de la science et s’il n’y a pas alors de
« preuve » au sens scientifique ou juridique du terme qui pourraient procéder à une
vérification de telle ou telle théorie sur Dieu. Mais pour autant, ce n’est pas parce
que les hypothèses relatives à l’existence ou à l’inexistence de Dieu ne sont pas
scientifiques qu’elles ne peuvent pas chercher des justifications ou des
argumentations par raisonnements philosophiques. Ainsi, si le débat sur l’existence
ou l’inexistence de Dieu est éternel et ne sera jamais tranché ni terminé, il est aussi
possible de nous interroger sur les raisons que nous avons de croire ou de ne pas
croire. Au cours du XXIe siècle, malgré d'ultimes sursauts
identitaires ou spiritualistes, les religions pourraient être vouées à
disparaître sous l'effet de la sécularisation et des avancées
scientifiques qui vident de leur sens le questionnement religieux.
1) SCIENCE COMME NEGATION DE LA RELIGION
La sécularisation épouse le programme porté par les sciences
et la philosophie depuis vingt-cinq siècles. Son principe est simple :
pour les religions, ce qui n’est pas connu représente le domaine de
l’inconnaissable par principe, et du mystère devant lequel il faut
s’incliner. Les réponses appartiennent à Dieu, à ses envoyés et aux
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livres sacrés. Mais pour les scientifiques, l’inconnu est uniquement
ce qui n’est pas encore connu, une lacune que la science doit
combler, et non un absolu définitif. Selon Jacques Bouveresse, qui
défend cette logique dans son œuvre Peut-on ne pas croire ?, « les
rationalistes pensent que la religion devrait pouvoir en principe
être remplacée par quelque chose qui ne serait plus une religion et
qu’elle le sera probablement dans un avenir plus ou moins
proche ». La religion serait alors remplacée par le savoir. Les
illusions dissipées par le progrès des sciences sont nombreuses.
Grâce aux sciences modernes, on sait que la terre n’est pas au
centre du cosmos. D’autres formes de vie sont envisageables dans
l’univers. Des lois universelles rendent compte de tous les
événements qui se produisent, sur la terre comme au ciel.
L’homme n’a pas été produit tel quel mais résulte d’une longue
évolution. L’extraordinaire complexité des êtres peuplant la nature,
qui fait croire à première vue à un dessein divin, est expliquée par
la théorie darwinienne de l’évolution.
2) EVOLUTION TECHNOLOGIQUE, FONDEMENT DE L’ATHEISME
Mais ce qui a changé au XX e siècle, et est en train de
s’intensifier aujourd’hui, c’est ce que Hannah Arendt appelle
le « passage à l’effectuation ». Ce que la science moderne
décrivait, en autant d’arguments contre les explications religieuses
traditionnelles, elle le réalise désormais. En ce sens, l’inutilité des
religions se manifesterait désormais d’elle-même, sans besoin de
preuves abstraites. Envoyer l’homme dans l’espace, pouvoir
détruire toute vie sur terre empiètent directement sur les
prérogatives divines traditionnelles. L’apparition prochaine d’êtres
humains hors génération, par fabrication humaine, grâce aux
progrès du clonage, contredit un prétendu « mystère de la vie »
réservé au créateur. Par ailleurs, nous serons bientôt à même de
choisir le sexe et l’apparence physique de nos enfants. Enfin, la
fabrication probable d’utérus artificiels d’ici à quelques dizaines
d’années modifiera notre perception de la grossesse et de
l’enfantement – avec tout le symbolisme religieux qu’il implique.
L’explication des origines de l’univers va réduire à néant les récits
de la Genèse. La production d’intelligence artificielle, l’analyse
complète de notre perception, de nos sentiments et de nos
processus cognitifs ridiculisent le concept théologique d’âme ou
d’esprit. Avec les nanotechnologies, nos tissus pourront
s’autorégénérer, nos capacités physiques et intellectuelles seront
améliorées. L’ultime limitation, la mort, va peut-être aussi, on l’a
vu, s’éloigner. Ce réel concrètement transformé par les sciences et
techniques ôte de la crédibilité aux religions bien davantage que le
plus solide des arguments. Les transhumanistes, qui considèrent à
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juste titre que ces transformations modifient la définition de
l’humain, travaillent dans ce sens. Nick Bostrom, un des créateurs
de ce mouvement, dirige, à Oxford, l’Institut du futur de l’humanité
(www.fhi.ox.ac.uk/). Avec son équipe, il vise non à opposer des
arguments aux théologiens, mais à réfléchir aux transformations
technologiques de l’homme, qui lui feront dépasser ses limitations
traditionnelles.
3) LE DESENCHANTEMENT DU MONDE VIS-A-VIS DES RELIGIONS
Cette extinction naturelle des religions grâce aux avancées scientifiques
constitue un aspect important de ce que le sociologue allemand Max Weber,
reprenant une formule du poète Schiller, a appelé « désenchantement du
monde », défini comme « l’élimination de la magie comme technique
de salut ». Dans L’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme, il
explique que la modernité, depuis le XVIe siècle, parachève un vaste mouvement
visant à rationaliser notre rapport au monde. Croyant de moins en moins en la
puissance effective des sacrements et des rituels, s’accoutumant à juger de ce qui
l’entoure à l’aune de la raison, l’homme contemporain, à l’époque de la
mondialisation, a du mal à conformer ses convictions et ses conduites à un dogme
particulier. Il est de moins en moins évident d’obéir au système des castes, de jeûner
avec rigueur, de prier à heures fixes, de refuser la contraception, de ne s’unir qu’à un
coreligionnaire…
La libéralisation des mœurs, depuis les années 1960, a accéléré ce mouvement
d’autonomisation de l’individu par rapport aux règles imposées par les traditions
religieuses. Elle paraît s’emballer aujourd’hui. En dix ans, les mœurs ont évolué plus
vite que durant les siècles précédents. Voulant faire franchir un pas supplémentaire à
l’individu européen, un chantre de l’athéisme comme Michel Onfray propose même
de « déchristianiser » nos esprits encore imprégnés, jusque dans leurs
représentations et leurs pratiques sexuelles, de cette morale religieuse qu’il juge
ennemie du plaisir des sens. Dans son dernier ouvrage, Le Souci des plaisirs, il
amarre, à la suite d’une tradition philosophique qui compte dans ses rangs, au
XVIIIe siècle, La Mettrie ou Diderot, l’apologie de l’épanouissement sexuel aux progrès
du matérialisme. Si ce dispositif matérialiste et rationaliste triomphe dans le monde,
on peut penser que les religions, de plus en plus décalées par rapport au monde
contemporain, dépériront d’elles-mêmes à moins qu’elles ne modifient
profondément leur nature et leurs manifestations.
4) UNE EUTHANASIE PROGRESSIVE DES RELIGIONS
En effet, de même que la révolution scientifique du XVII e siècle n’a pas
empêché la réhabilitation des religions par les romantiques, ni le scientisme une
nouvelle sensibilité religieuse au début du XXe siècle, rien ne dit que le clonage,
l’éloignement de la mort et la libéralisation des mœurs éloigneront le besoin de
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croire ou la perspective d’un « réenchantement du monde ». C’est bien une
résurgence de la croyance que craint Jacques Bouveresse quand il écrit : « Dans le
conflit qui, de façon explicite ou latente, s’est poursuivi pendant
des siècles entre la croyance religieuse et la science, les forces
sont, semble-t-il, redevenues beaucoup plus égales et l’issue
nettement plus incertaine. ».
Aussi la mort des religions doit-elle, selon certains athées, être accélérée.
Ainsi, le biologiste britannique Richard Dawkins, auteur du Gène égoïste et
président de la Fondation Dawkins pour la raison et la science
(richarddawkinsfoundation.org/foundation), a publié Pour en finir avec
Dieu, ouvrage de combat contre les religions qui a connu un succès mondial. Selon
lui, on peut espérer l’extinction de l’hypothèse religieuse pour bientôt grâce à la
victoire définitive du darwinisme à condition qu’un véritable mouvement en faveur
de l’athéisme voie le jour. Il compare les progrès espérés de l’athéisme à ceux du
féminisme ou de la perception des minorités sexuelles aux États-Unis, qui ont
profondément transformé les manières de penser et de parler en à peine quelques
décennies : « Dans l’Amérique d’aujourd’hui, les athées ont le même
statut que les homosexuels il y a cinquante ans. » Il parie donc,
notamment dans un pays empreint de religiosité comme les États-Unis, sur
un coming out rapide des athées et un effondrement des Églises. D’autant que
l’éducation religieuse des enfants constitue un véritable endoctrinement. Dans le
contexte de la protection croissante des mineurs, il s’interroge : « N’est-ce pas
toujours une forme de maltraitance des enfants que de leur accoler
des étiquettes de croyances auxquelles ils n’ont pas réfléchi parce
qu’ils sont trop jeunes ? » Il table implicitement, pour accélérer un processus
inéluctable, sur une pénalisation de l’éducation religieuse. Les sciences et les modes
de vie ne débarrasseront pas seule l’humanité du phénomène religieux. Là encore,
c’est sur le terrain des idées et de la conviction qu’aura lieu la bataille entre religieux,
spiritualistes et athées.
CONCLUSION
En définitive, il est important de retenir que même s’il n’y a pas de preuve de
l’existence ou de l’inexistence de dieu, on peut comprendre que cette croyance n’est
pas nécessairement irrationnelle, comme n’est pas non plus irrationnelle la croyance
en l’inexistence de dieu. Nous avons en effet des raisons de croire ou de ne pas croire
en dieu et la philosophie et la théologie s’emparent de ces raisons pour leur éternel
débat. Il est donc possible en effet de « justifier » l’athéisme si l’on entend par là de
l’argumenter par une série de raisons qui ne sont pas réductibles à des preuves et des
démonstrations scientifiques : la démonstration n’est pas ici la vérification, ce qui
conduit Pascal à faire du choix pour ou contre dieu un pari philosophique. On peut
voir dans la religion une immense illusion née de nos désirs, un ensemble de
chimères que l’homme invente pour se rassurer sur sa propre mort et sur le malheur
des hommes ou bien une « vérité » indépassable… mais si l’athéisme trouve sa
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justification théorique, il gagne en dignité et légitimité, au même titre que les autres
croyances. Face au dogmatisme des religions, l’athéisme affirme donc aussi qu’il
existe un droit de ne pas croire, droit trop longtemps refusé dans l’histoire. Cette
position n’est certes pas prouvable (pas plus que l’hypothèse inverse) et ne cherche
donc pas à s’imposer aux autres, mais elle doit pouvoir publiquement s’énoncer dans
toute société et être discutée. Contre le fanatisme par lequel certains confondent
leur foi avec un savoir, l’irréligion doit pouvoir être protégée comme doit l’être
également la foi. Un tel scénario n’est possible que dans une société laïque, seul
système préservant pour tous la liberté.
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