intégration par rapport à une
mesure bornée : applications
6.1 Convolution
d
Z a noté par Mb l’ensemble des mesures bornées sur B(R ) et qu’on
Rappelons que l’on
note ici par µ(f ) = f dµ, ∀µ ∈ Mb .
On notera aussi dx pour dλ(x) où λ est la mesure de Lebesgue sur Rd . Si µ ∈ Mb a une
densité h par rapport à λ, on écrit µ = h.λ. Soit + l’application de Rd × Rd , (x, y) 7−→ x + y.
Définition 6.1 (Convolution) Soient µ, ν ∈ Mb . On appelle produit de convolution de µ
et ν et on note µ ∗ ν, la mesure sur Rd , image de µ ⊗ ν par l’application + : pour toute
f ∈ M+ (Rd , B(Rd )),
Z Z
f d(µ ∗ ν) = f (x + y)dµ(x)dν(y). (6.1.1)
Rd Rd
(6.1.1) montre avec f = 1 que si µ, ν ∈ Mb , µ ∗ ν ∈ Mb .
Supposons µ = φλ. On a (tout est positif)
Z Z Z Z
f d(µ ∗ ν) = f (x + y)φ(x)dxdν(y) = f (x) φ(x − y)dν(y) dx. (6.1.2)
On pose Z
φ ∗ ν(x) = φ(x − y) dν(y). (6.1.3)
Alors φ ∗ ν < +∞ λ − p.p. et on a (φ.λ) ∗ ν = φ ∗ ν.λ (d’après (6.1.1) ).
Supposons µ = φ.λ et ν = ψ.λ. On a
Z Z Z Z
f d(µ ∗ ν) = f (x + y)φ(x)ψ(y)dxdy = f (x) φ(x − y)ψ(y)dy dx
et on pose Z
φ ∗ ψ(x) = φ(x − y)ψ(y)dy (6.1.4)
D’où φ ∗ ψ < +∞ λ − p.p. et (φ.λ) ∗ (ψ.λ) = φ ∗ ψ.λ. On remarque aussi que (6.1.4) est
bien définie si φ ∈ L∞ et ψ ∈ L1 . (6.1.4) est appelée produit de convolution des fonctions
positives ϕ et ψ.
1
2
6.2 Transformée de Fourrier
Définition 6.2 Soit µ ∈ M
Z b . On appelle transformée de Fourier de µ et on note µ̂ la fonction
sur Rd définie par µ̂(t) = ei<t,x> dµ(x).
Remarque 6.1 Vue que ei<t,x> 6 1 ∈ L1 (µ), t 7−→ µ̂(t) est continue (théorème de conti-
nuité). Si µ est symétrique (i.e. µ(A) = µ(−A), ∀A ∈ A), µ̂ est réelle. Enfin on a
|µ̂(t)| 6 µ(1) = µ̂(0).
Si on note Z
fˆ(t) = ei<t,x> f (x)dx, f ∈ L1 (λ),
on a, pour µ = h.λ, µ̂(t) = ĥ(t).
Théorème 6.1 Soient µ, ν ∈ Mb . On a µ[
∗ ν(t) = µ̂(t)ν̂(t).
Preuve :
En effet, puisque |ei<t,x+y> | 6 1 ∈ L1 (µ ⊗ ν), on a (Théorème de Fubini),
Z Z
i<t,x>
µ[∗ ν(t) = e d(µ ∗ ν)(x) = ei<t,x+y> dµ(x)dν(y)
Z Z
i<t,x>
= e dµ(x) ei<t,y> dν(y) = µ̂(t)ν̂(t). (6.2.5)
Exercices
On pose, pour σ > 0 et x ∈ Rd ,
d |x|2
gσ (x) = (2πσ 2 )− 2 exp(− ), |x|2 = x21 + · · · + x2d . (6.2.6)
2σ 2
1) Montrer que
Z Z
gσ ∈ C0 , gσ (x)dx = 1 et |x|2 gσ (x)dx = σ 2 d.
2) Montrer que
σ 2 |t|2
gbσ (t) = e− 2 . (6.2.7)
3) Montrer que pour toute f ∈ C0 ,
kgσ ∗ f − f k −−→ 0. (6.2.8)
σ→0
En déduire que la famille (gσ ∗ f ; σ > 0, f ∈ Ck ) est dense dans C0 .
6.3. MESURES DE RADON SUR RD 3
4) Montrer que pour toutes µ, ν ∈ Mb ,
Z Z
− d2
gσ ∗ ν(x)dµ(x) = (2π) e−i<y,u> g1 (σu)µ̂(u)dudν(y) (6.2.9)
.
Si on prend ν = f.λ, on a pour toute µ ∈ Mb et toute f ∈ L1+ (λ) (ou toute f ∈ L1 (λ)
par différence),
Z Z
− d2
gσ ∗ f (x)dµ(x) = (2π) e−i<y,u> g1 (σu)µ̂(u)f (y) dudy (6.2.10)
Nous pouvons maintenant établir l’injectivité de la transformation de Fourier.
Théorème 6.2 (i) Soient µ, ν ∈ Mb . Si pour tout t, µ̂(t) = ν̂(t), on a µ = ν.
(ii) Soit µ ∈ Mb . Si µ̂ ∈ L1 (λ), on a µ = h.λ avec
Z
−d
h(y) = (2π) e−i<y,u> µ̂(u) du.
Preuve : Z Z
(i) Vu (6.2.10), on a, pour toute f ∈ Ck , gσ ∗ f (x) dµ(x) = gσ ∗ f (x)dν(x). En passant
Z
à la limite quand σ → 0, on obtient par Beppo-Levi (tout est positif) f (x) dµ(x) =
Z
f (x) dν(x) d’où µ = ν.
Z Considérons (6.2.10) pour f ∈ Ck . Lorsque σ → 0, le terme de gauche tend vers
(ii)
d
f (x) dµ(x) et e−i<y,u> g1 (σu)µ̂(u)f (y) −→ (2π)− 2 e−i<y,u> µ̂(u)f (y) en restant borné par
|µ̂(u)f (y)| ∈ L1 (λ ⊗ λ).
On peut donc appliquer le théorème de Lebesgue au terme de droite et on obtient à la limite,
Z Z
−d
f (x)dµ(x) = (2π) e−i<y,u> µ̂(u)f (y)dudy
Z Z
−d
e−i<y,u> µ̂(u)du f (y) dy
= (2π)
Z
= f (y)h(y)dy (6.2.11)
donc µ = h.λ d’après le Lemme 6.1.
6.3 Mesures de Radon sur Rd
On note par
Cb = Cb (Rd ) l’ensemble des fonctions continues et bornées sur Rd ,
C0 = C0 (Rd ) l’ensemble des fonctions de Cb tendant vers 0 à l’infini,
Ck = Ck (Rd ) l’ensemble des fonctions de C0 à support compact.
On a Ck ⊂ C0 ⊂ Cb . On munit ces espaces de la norme infinie : kf k∞ = sup |f (x)|. Alors C0
x∈Rd
est un espace de Banach séparable (il existe dans C0 une suite dense : voir cours de topologie).
4
6.3.1 Rappels de topologie
(R1) Etant donné K compact et U ouvert tels que K ⊂ U , il existe f ∈ Ck , 0 6 f 6 1 telle
que f = 1 sur K et f = 0 sur U c .
(R2) Si K est un compact, il existe une suite d’ouverts Un et une suite (fn ) dans Ck telles
que K = lim & Un = ∩Un et 1K = lim & fn .
(R3) Si U est un ouvert, il existe une suite Kn de compacts et une suite (fn ) dans Ck telles
que U = lim % Kn = ∪Kn et 1U = lim % fn .
Définition 6.3 On appelle mesure de Radon sur Rd , toute mesure sur B(Rd ) finie sur tout
compact.
e.g. Toute mesure bornée sur Rd ainsi que la mesure de Lebesgue sur Rd sont des mesures
de Radon. Z
d 1
Soit µ une mesure de Radon sur R . Alors Ck ⊂ L (µ) et I : f 7−→ f dµ est une forme
linéaire positive sur Ck . On a la propriété remarquable suivante :
Théorème 6.3 (Riez) Soit I une forme linéaire positive sur Ck . Alors, il existe R une et une
d
seule mesure de Radon sur B(R ) telle que pour toute fonction f ∈ Ck , I(f ) = f dµ. (Cela
signifie qu’en particulier l’espace des mesures de Radon réelles est le dual topologique de Ck ).
La démonstration du théorème de Riez est difficile. L’unicité est une conséquence immé-
diate du Théorème 1.4 d’unicité. En effet,
d
R
Lemme
R 6.1 Si µ 1 et µ 2 sont deux mesures de Radon sur B(R ) telle que ∀f ∈ Ck , f dµ1 =
f dµ2 alors µ1 = µ2 .
Preuve :
Soit C la classe des ouverts bornés de Rd . Pour tout U ∈ C, il existe fn ∈ Ck telle que
1U = lim % fn . On a donc (Théorème de la Convergence Monotone) µ1 (U ) = µ2 (U ) < +∞.
Comme C est stable par intersection finie, engendre B(Rd ) et que Rd = lim % Un , Un ∈ C,
on conclut par le théorème 1.4 d’unicité.
R
De même si la mesure µ est bornée, C0 ⊂ L1 (µ) et I : f 7−→ f dµ est une forme linéaire
positive sur C0 . On alors la réciproque :
Théorème 6.4 Soit I une forme linéaire positive sur C0 . Il existe une et une seule mesure
bornée µ sur Rd telle que Z
∀f ∈ C0 , I(f ) = f dµ.
Toute mesure de Radon sur Rd est régulière au sens suivant :
Proposition 6.1 Si µ est une mesure de Radon sur B(Rd ) on a, ∀A ∈ B(Rd ),
µ(A) = sup{µ(K), K compact ⊂ A}
= inf{µ(U ), U ouvert ⊃ A}. (6.3.12)
6.3. MESURES DE RADON SUR RD 5
Preuve :
(i) Supposons d’abord µ bornée. Soit
C = {A ∈ B(Rd ) | ∀ε > 0, ∃K compact et U ouvert tel que K ⊂ A ⊂ U et µ(U \ K) < ε}.
On montre que
(a) C contient les ouverts. En effet si U est un ouvert, il existe Kn compacts, Kn % U et
donc µ(U \ Kn ) −−−→ 0.
n→∞
(b) C est stable par complémentation . En effet Supposons K ⊂ A ⊂ U et µ(U \ K) < ε.
On a U c ⊂ Ac ⊂ K c et µ(K c \ U c ) < ε , K c est ouvert et U c est fermé. On choisit Kn
compacts, Kn % Rd , µ(U c \ U c ∩ Kn ) −−−→ 0 et U c ∩ Kn est un compact inclus dans Ac .
n→∞
(c) C est stable par intersection dénombrable. En effet soient Ap ∈ C, p > 1. Il existe Kp
ε
compacts et Up ouverts tels que Kp ⊂ Ap ⊂ Up et µ(Up \ Kp ) < p . On a ∩Kp ⊂ ∩Ap ⊂ ∩Up
2
et X
µ(∩Up \ ∩Kp ) 6 µ(∪(Up \ Kp )) 6 µ(Up \ Kp ) < ε.
n
\
K = ∩Kp est compact. Soit Vn = Up , Vn est ouvert, Vn ⊃ ∩Up et µ(Vn \ ∩Up ) −−−→ 0.
n→∞
p=1
Donc ∩Ap ∈ C.
Les points (a), (b), (c) montrent que C est une tribu et donc C = B(Rd ).
(ii) Passons au cas µ quelconque. Si µ(A) < +∞, on applique le résultat précédent à la
mesure bornée ν(B) = µ(A ∩ B) ce qui donne l’approximation par des compacts.
Pour les ouverts, on considère Vn = {|x| < n}, Dn = Vn \ Vn−1 et les mesures bornées
µn (B) = µ(Vn ∩ B).
Pour tous n et ε > 0, il existe, vu (i), des ouverts Un contenant A ∩ Dn tels que
ε
µn (Un ∩ Vn ) < µ(A ∩ Dn ) + .
2n
[
On a alors A ⊂ U = Un ∩ Vn ouvert et
n
X
µ(U ) 6 µ(Un ∩ Vn ) < µ(A) + ε.
n
Si µ(A) = +∞, il n’y a rien à monter pour les ouverts. On choisit alors Kn compacts, Kn %
Rd , on a µ(A ∩ Kn ) % µ(A) = +∞ et, pour tout n, µ(A ∩ Kn ) = sup{µ(H), H compact ⊂
A ∩ Kn }. On conclut facilement.