Ethique L1 FS
Ethique L1 FS
THEME 0 : GENERALITES
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D’un point de vue général, l’éthique concerne l’homme à
plusieurs points. D’abord, l’éthique concerne l’homme dans la
mesure où ce sont leurs actions, leurs comportements qui sont
soumis au jugement moral. Mais considérer les hommes comme
des agents moraux (dont les actions peuvent être qualifiées de
morales) suppose aussi que ceux-ci soient responsables, qu’ils
soient capables de répondre des conséquences de leurs actes. On
pourrait ainsi faire constater que dans le règne animal, seul
l’homme est un agent moral. Un chat ne pourrait par exemple
pas répondre du fait qu’il a renversé le vase sur la table !
L’éthique concerne aussi l’homme dans la mesure où les
actions de l’homme affectent les autres hommes. Et celles-ci ne
le font pas toujours pour le bien de l’homme. C’est ici qu’il faut
rappeler le principe kantien qui demande de faire de l’homme la
fin et non le moyen de toutes actions.
En un troisième sens, on peut considérer que l’éthique
concerne l’homme dans la mesure où elle l’inscrit dans la
communauté sociale. Les différentes normes morales sont
souvent des facteurs d’identifications à des communautés.
S’interroger sur le bien ou le mal ne détermine pas uniquement
ce qu’il est permis ou interdit, mais aussi qui nous sommes.
4. Les grands courants de l’éthique
Deux principaux courants domine la réflexion éthique. On
distingue ainsi :
- Les éthiques conséquentialistes, qui dans lesquelles le
principe du bien est déterminé en fonction des conséquences des
actions. C’est notamment le cas de l’eudémonisme (le bonheur
est la conséquence de l’action bonne), de l’hédonisme (le plaisir
est le principe du bien), de l’utilitarisme (le bien est ce qui est
utile).
- Les éthiques déontologiques, qui font dépendre le bien de
principes déterminés indépendamment des conséquences des
actions. Ici, l’éthique kantienne qui fonde la moralité sur le
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devoir, c’est-à-dire sur les injonctions de la raison en chacun, en
constitue l’exemple le plus éminent.
A ces deux principaux courants, on peut ajouter une troisième.
Il s’agit des éthiques de la vertu. Une éthique de la vertu est une
éthique qui insiste sur un certain nombre de qualités ou de
caractéristiques qu’une action doit posséder afin d’être dite
bonne.
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Thème 1 : L’ETHIQUE DANS LA SOCIETE LIBERALE
1. Le libéralisme
Le « libéralisme » est un terme générique qui désigne une
diversité de courants et de doctrines forgés à partir du concept
central de « liberté ». Le libéralisme politique a été utilisé en
Angleterre et aux Provinces Unies au XVIIème siècle comme
idéologie de combat contre l’absolutisme monarchique et
l’autorité de la religion. Il affirme comme principe premier de la
vie politique la défense des droits politiques de l’individu (droit
d’expression, d’association, de propriété, etc.) contre l’Ancien
Régime qui soumettait l’individu aux intérêts du groupe (famille,
ordre, État, Église). Le libéralisme revendique un État fondé sur
le droit et non sur l’autorité « capricieuse du prince ». Les
penseurs classiques du libéralisme politique sont Locke, Adam
Smith, Hume, Montesquieu, Tocqueville. Aujourd’hui, cette
doctrine s’est prolongée avec des auteurs comme Rawls,
Dworkin et bien d’autres. John Locke (1632-1704) a énoncé le
premier les principes politiques du libéralisme : le but de
l’organisation politique n’est pas de renforcer la puissance de
l’État mais d’offrir aux individus la liberté de penser, de croire,
de circuler, d’organiser leur vie comme ils l’entendent dès lors
que la liberté d’autrui n’est pas menacée. Dans ce sillage,
Montesquieu (1689-1755) développe l’idée de la division des
pouvoirs (entre autorité religieuse et politique, entre exécutif et
législatif) pour garantir et préserver contre l’arbitraire de l’État.
Le « laisser-faire » est le credo des libéraux. Le libéralisme
économique repose sur deux idées simples :
(1) La libre entreprise est le meilleur stimulant de la
production.
(2) Le libre-échange le meilleur dispositif de répartition
des richesses.
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Les économistes « classiques » qui ont donné forme au credo
libéral sont : Adam Smith, John Stuart Mill. Leur libéralisme
n’est pas radical et ne s’oppose pas à toute intervention de l’État
pour répartir les richesses. C’est par la suite que la doctrine va
se diversifier allant jusqu’à ses formes les plus radicales.
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caractéristique des morales « déontologiques » modernes par
opposition aux morales « téléologiques » des Anciens, peut
revêtir aussi une dimension politique. Dans les termes proposés
par Michael Sandel, on dira qu'une société où le juste prévaut
par rapport au bien est une société qui « ne cherche à
promouvoir aucun projet particulier mais donne l'occasion à ses
citoyens de poursuivre leurs objectifs propres, dans la mesure où
ceux-ci sont compatibles avec une liberté égale pour tous » (anti-
paternalisme), donc une société qui « doit se guider sur des
principes qui ne présupposent aucune idée du bien » . Pour ce
libéralisme, poursuit Michael Sandel, ce qui fait d'une société
une société juste, ce n'est pas le télos, le but ou la fin qu'elle
poursuit, mais précisément son refus de choisir à l'avance parmi
des buts ou des fins concurrentes.
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obéit à nos propres convictions quant aux valeurs ». C'est
pourquoi Rawls, qui estime que toute tentative d'imposer aux
individus une conception spécifique de la vie bonne porte
atteinte à leurs intérêts essentiels, se montre partisan d'une
distribution des « biens premiers » (des droits et des libertés
fondamentales) fondée sur ce qui peut être appelé « une théorie
faible du bien », laquelle peut servir à justifier toute une gamme
de genres de vie différents.
À côté de cette justification fondamentale, d'ordre
philosophique et moral, de la neutralité libérale , on peut aussi
trouver cependant une argumentation de nature assez différente,
plus proprement historique et sociologique, centrée sur la notion
de pluralisme, c’est-à-dire, de l'irréductibilité des conflits de
valeurs dans les sociétés démocratiques contemporaines : c’est
l'absence de consensus sur les contenus substantiels d'une vie
bonne qui justifieraient l'adoption par l'État d'un principe de
neutralité et d'impartialité axiologiques.
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Thème 2 : L'ARGUMENTATION ETHIQUE
COMMUNAUTARIENNE
2. L'argument d'incohérence
Cet argument, développé notamment par Michael Sandel, ne
s'applique pas à toute la pensée libérale en tant que telle, mais
plus spécifiquement à la pensée de John Rawls. La critique de
Sandel porte principalement sur ce que Rawls appelle « le
principe de différence », lequel, non moins important que « le
principe de respect des droits et des libertés fondamentales de
l'individu » (quoique lexicalement second par rapport à lui), est
essentiellement un principe de redistribution ou de partage,
puisqu'il stipule que, dans la société bien ordonnée que
construiraient contractuellement des agents rationnels placés
sous les conditions équitables du « voile d'ignorance », les seules
inégalités acceptables seraient celles qui pourraient en fin de
compte fonctionner de manière à bénéficier aux membres les
plus défavorisés de la société (par exemple en mobilisant à leur
profit les talents des individus les plus doués qu'une distribution
égalitaire absolue des rémunérations pourrait décourager de
travailler de manière efficace). On sait que certains libéraux
purs, qu'on appelle parfois « libertariens », définissent comme
juste toute distribution de biens résultant d'une économie de
marché efficace et s'opposent à toute redistribution sous
prétexte que les gens ont droit à tout ce qu'ils obtiennent aussi
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longtemps qu'ils ne trichent pas, ne volent pas ou ne violent pas
les droits d'autrui pour parvenir à leurs fins. Rawls s'en prend à
ce principe en relevant que les talents, les atouts et même la
capacité d'effort qui permettent aux uns de gagner plus que
d'autres ne sont pas répartis équitablement. Ces disparités sont
arbitraires d'un point de vue moral et restent une question de
chance ou de malchance. Les individus ne méritent, à
proprement parler, ni les talents dont la chance les a pourvus, ni
les bénéfices qui en résultent. Nous devrions, dès lors, voir ces
talents comme des atouts collectifs, et nous considérer
mutuellement comme les bénéficiaires des avantages qu'ils
dispensent . Mais, objecte Sandel, une telle supposition ne va pas
de soi dans le cadre d'une théorie libérale. Ce n'est pas parce
que je ne jouis pas d'un droit individuel privilégié sur les atouts
qui m'échoient de manière fortuite qu'il faut en conclure
immédiatement que tout le monde y a collectivement droit. En
effet, pourquoi l'attribution de ces atouts à l'ensemble de la
société, voire au genre humain tout entier, serait-elle moins
arbitraire d'un point de vue moral ? En d'autres termes, en tant
que principe de partage, le principe de différence doit
présupposer un lien moral antécédent qui unit ceux dont il
envisage d'employer les atouts et de faire converger les efforts
dans une entreprise commune. Sans cela il se condamne à n'être
qu'une formule vide, dissimulant l'instrumentalisation des uns au
service des autres, une formule que le libéralisme est lui-même
attentif à écarter. Paradoxalement, pour Sandel, le principe de
différence ne peut ainsi échapper à l'accusation libérale
d'instrumentalisation que sur la base d'une conception de la
société radicalement différente de l'individualisme libéral. « Si je
considère ceux dont il m'est demandé de partager le destin
comme autres, moralement parlant, et non pas réellement
comme des compagnons, partageant un mode de vie auquel mon
identité est liée, le principe de différence prête le flanc aux
mêmes objections que celles adressées à l'utilitarisme. Sa
prétention sur ma personne n'est pas celle d'une communauté
constitutive à l'égard de laquelle je reconnais mes attaches, mais
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la prétention d'une collectivité agglomérée dont je subis les
empiétements », fait observer Sandel . Il est en fait
contradictoire de vouloir fonder une théorie de la justice
distributive sur les prémisses de l'individualisme libéral. C'est
pourquoi la pensée des purs libéraux comme Nozick ou Hayek
peut paraître plus cohérente.
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un sujet, un moi qui se tient derrière ses attributs, à une certaine
distance, et dont les contours doivent leur préexister. Cette
distance est l'occasion pour le moi lui-même de se placer au-delà
de son champ d'expérience, de manière à mettre, une fois pour
toutes, son identité en sécurité. Ou, pour le dire autrement, cette
prise de distance bannit la possibilité de ce que nous pourrions
appeler des fins constitutives ».
Les communautariens estiment qu'il s'agit là d'une conception
erronée, qui ne tiendrait pas compte des conditions réelles de
formation de l'identité. Ils soulignent au contraire que certains
des rôles que nous jouons, soit comme citoyens d'un pays, soit
comme membres d'un mouvement, comme défenseurs d'une
cause, etc., peuvent être « constitutifs » des personnes que nous
sommes. « Aussi indéterminée qu'elle puisse être vis-à-vis des
fins, l'histoire de ma vie, souligne Sandel, est toujours encastrée
(embedded, terme que l'on peut traduire aussi par « enchâssée
») dans l'histoire des communautés d'où je tire mon identité, qu'il
s'agisse de la famille, de la cité, d'une tribu ou d'une nation,
d'une cause ou d'un parti. Du point de vue communautarien, ces
histoires, ces récits, créent des différences d'ordre moral, et pas
seulement d'ordre psychologique. Ce sont elles qui nous situent
dans le monde et donnent à notre existence ses particularités
morales. Ce qui donne sens à l'existence, ce sont en effet les
contenus substantiels qui tissent l'histoire propre de chacun,
lesquels sont déjà inscrits dans la culture, précédant l'individu et
déterminant la manière dont il pourra définir son identité et
exercer sa liberté. C'est dans un rapport herméneutique à cette
tradition que l'individu peut répondre à la question de savoir qui
il est et devenir le sujet de sa propre histoire :
« Imaginer une personne incapable d'attachements constitutifs
tels que ceux-là, écrit encore Sandel, ce n'est pas concevoir un
être idéalement libre et rationnel, mais imaginer une personne
complètement dépourvue de personnalité et de profondeur
morale. Car avoir une personnalité, c'est savoir que je m'inscris
dans une histoire que je ne demande ni ne commande et qui,
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néanmoins, a des conséquences sur mes choix et sur ma
conduite. Elle m'amène à me sentir plus proche des uns, plus loin
des autres. Elle me fait voir certains buts comme plus désirables
que d'autres. En tant que sujet auto-interprétant, je suis capable
de méditer ma propre histoire, de prendre distance à son égard,
mais la distance s'avère être toujours fragile et provisoire, la
réflexivité ne prend jamais pied hors de l'expérience elle-même
».
De la même façon, Alasdair Macintyre propose la redécouverte
d'un sujet prémoderne, dont l'unité réside dans l'unité d'un récit,
dont le déroulement nous renvoie nécessairement à la
communauté dont nous sommes issus. Penser le sujet sous la
forme d'un récit, d'une narration, c'est nécessairement prendre
en compte des institutions et des traditions sans lesquelles
l'action humaine perdrait tout son sens.
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toute assise et de toute intégration communautaires, condamnés
à la désorientation et à l'anomie, et tantôt c'est non plus la
réalité mais la représentation que fournit la théorie libérale de
cette réalité que l'on critique et dont on souligne la faible valeur
descriptive ou explicative, en insistant au contraire sur la
dimension irréductiblement communautaire de toute société
humaine, y compris dans le contexte de la modernité. D'un côté
on a donc affaire à une critique de type moral et politique,
reflétant une prise de position normative, de l'autre, à une
critique de type théorique et épistémologique.
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réductrice de l'État considéré comme un dispositif institutionnel
n'ayant pour fonction que d'assurer la coexistence équitable
entre des individus mutuellement indifférents ou qui ne se
perçoivent les uns les autres que comme des obstacles ou comme
des instruments dans la poursuite de leurs intérêts privés.
Charles Taylor souligne ainsi la tension qui peut exister entre la
neutralité de l'État libéral et les exigences redistributives de
l'État-providence. Celui-ci exige, au nom de la justice, des
sacrifices de la part des citoyens, lesquels seront cependant de
moins en moins disposés à y consentir s'ils ont de moins en
moins le sentiment d'un bien commun, d'une destinée commune,
d'une appartenance commune. Les citoyens ne s'identifieront à
l'État, et n'accepteront ses exigences comme légitimes, que si,
écrit Taylor, une « forme de vie commune » est « perçue par eux
comme le bien suprême, de sorte que son épanouissement et sa
stabilité leur apparaissent comme une valeur en soi, et non pas
seulement comme un moyen de réaliser leurs propres
conceptions individuelles du bien, ni comme la simple somme
arithmétique de ces conceptions ». Aussi l'érosion de ce sens du
bien commun est-elle au cœur de la « crise de légitimation » que
connaissent aujourd'hui les démocraties libérales.
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Thème 3 : LE MULTICULTURALISME
a. Communautarisme et multiculturalisme
La thématique communautarienne entretient avec la
problématique du multiculturalisme des rapports complexes,
dont témoigne tout particulièrement la pensée de Charles Taylor.
Une différenciation s'impose tout d'abord, selon le sens que l'on
donne à la notion de communauté, ou plutôt selon son aire
d'application. Dans les écrits des auteurs d'inspiration
communautarienne, il apparaît en effet que cette aire
d'application varie beaucoup en nature et en extension,
correspondant tantôt à la nation tout entière considérée comme
communauté politique, et tantôt à des entités plus restreintes,
définies en fonction de caractéristiques historiques,
géographiques ou ethnoculturelles particulières. Ainsi les
critiques portées par certains communautariens comme Sandel
ou Taylor contre le déficit de légitimité qui affecte aujourd'hui
l'État libéral procédural semblent appeler une reviviscence et un
réinvestissement des valeurs communautaires à l'échelle de la
société ou de la nation tout entières, alors qu'on trouve plus
souvent chez un auteur comme Maclntyre des références (parfois
nostalgiques) à des formes plus restreintes, plus « locales », plus
traditionnelles ou plus « naturelles » de communautés, guilde,
profession, famille, tribu, cité, dans l'histoire desquelles le récit
de chacune des vies individuelles est inséré irréductiblement. Or
c'est bien évidemment à l'échelle de « la société politique dans
son ensemble » (selon l'expression durkheimienne) et non à
l'échelle du « milieu spécial » constitué par chacune des
communautés culturelles qui coexistent en son sein que se
trouve posée aujourd'hui la question du multiculturalisme.
1. Le différentialisme multiculturaliste
Dans son acception descriptive la plus courante, le terme de «
multiculturalisme » désigne la situation d'un pays ou d'un
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territoire au sein duquel coexistent et sont amenés à entrer en
interaction des groupes d'origine géographique ou ethnique
diverse, parlant éventuellement des langues différentes et
pouvant ne pas partager les mêmes convictions religieuses, les
mêmes modes de vie, les mêmes traditions, les mêmes valeurs.
Mais lorsqu'il désigne une conception particulière du
fonctionnement de la démocratie ou un certain mode de mise en
œuvre des politiques publiques, et notamment des politiques
éducatives, le terme de « multiculturalisme » prend un sens tout
différent, non plus descriptif mais normatif. Une politique
multiculturelle est une politique délibérément « différentialiste »,
une politique dont les orientations, les choix, les justifications
reposent sur la prise en compte explicite, la reconnaissance
officielle, la projection et la valorisation dans l'espace public de
différences culturelles historiquement cristallisées. C'est dire,
contre l'assimilation faite souvent de manière hâtive entre
multiculturalisme et communautarisme, qu'il peut y avoir au
fondement de cette « politique de la reconnaissance », selon
l'expression de Charles Taylor, une attitude ou une intention qui
peuvent passer pour foncièrement libérales en ce qu'elles
prennent en compte un droit humain fondamental. La «
reconnaissance » des identités culturelles à l'intérieur d'un
même pays peut passer pour « libérale » au sens où la tolérance
est « libérale », mais, comme le souligne Taylor, la
reconnaissance va plus loin que la tolérance, elle est plus active,
plus interactive, et surtout (mais c'est cela même qui peut
sembler faire problème par rapport à une conception stricte du
neutralisme libéral) elle confère aux différences culturelles (que
l'on peut assimiler à des différences dans les conceptions du
bien) une visibilité et une légitimité publiques. Paradoxalement,
un État libéral peut bien être considéré comme étant au fond
potentiellement plus favorable aux expressions et aux
revendications des communautés qu'un État fortement
communautarien, qui risque de voir en elles des concurrentes
illicites. Peter Simpson souligne ainsi la parfaite
complémentarité entre un État qui peut et doit se vouloir libéral
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et minimal et des communautés, nécessairement plus restreintes
et plus homogènes, pour lesquelles cette exigence n'aurait aucun
sens. L'idée d'un « multiculturalisme libéral» , variante, à côté du
« nationalisme libéral » , de ce que Will Kymlicka caractérise
comme un « culturalisme libéral », appelle cependant un certain
nombre d'interrogations et de spécifications.
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liberté du choix individuel qui prime, à l'exclusion de toute
contrainte d'appartenance ou d'allégeance. La reconnaissance de
droits culturels collectifs n'est conçue alors que comme une
protection, une sorte de garantie de survie laissée à certains
groupes, ou plutôt à certaines formes de vie ou à certains modes
d'expression dont ces groupes sont traditionnellement porteurs,
face aux effets potentiellement réducteurs ou destructeurs des
mécanismes sociaux ou étatiques globaux, sans que cela
implique pour autant pour ces groupes un droit quelconque de
censure ou de contrôle sur les choix, y compris les choix
éventuels de dissidence ou d'apostasie, de leurs propres
membres, ce qui revient à conférer aux significations
communautaires un statut quasi-instrumental de ressources pour
la construction de l'identité individuelle plutôt qu'un statut quasi-
transcendantal de matrice constitutive de cette identité, comme
on le voit chez les communautariens. C'est au contraire cette
dimension « constitutive » et « identificatoire » qui ressort de la
conception défendue par Charles Taylor, lecteur de Hegel et de
Herder, qui accorde à l'expressivisme romantique une place au
moins égale à celle qu'occupent les Lumières parmi les sources
de l'identité moderne , mais qui, du fait de sa conception des
politiques de reconnaissance comme facteur de conciliation ou
de médiation entre identification aux communautés
d'appartenance et identification à la communauté civique et
politique dans son ensemble, peut être interprété aussi, comme
on le voit avec la lecture proposée par Janie Pélabay , comme
proposant une sorte de synthèse entre communautarisme,
républicanisme et libéralisme.
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