152 DES LARMES DANS LES CIEUX
teté de son amour et de sa justice. Ultimement, seule la croix du
Christ pourra parfaitement synthétiser les deux vérités.
f. Israël parmi les nations (9.24-25)
Et voici l’insulte finale. N’était-ce pas assez de dire que la
confiance d’Israël dans le temple était un mensonge (7.4)? N’était-
ce pas assez de dire que la fierté qu’il mettait dans la loi était un
mensonge (8.8)? Faut-il encore que la marque distinctive de son
identité dans l’alliance soit réduite à néant? Car c’est bien ce que la
circoncision signifie depuis le jour où Dieu l’a exigée d’Abraham
comme signe de la promesse d’alliance qu’il a faite à lui et à sa des-
cendance (Gn 17.1-14). Elle avait été le premier acte de Josué quand
le peuple avait posé le pied en Terre promise (Jos 5.2-8). Maintenant
que Dieu est sur le point de l’expulser de cette terre, il fait bien com-
prendre que même la circoncision en soi est une marque physique
externe qui ne prouve rien quant à la fidélité à l’alliance, qu’elle
n’est pas le prétexte pour prendre de haut les autres nations, et
qu’elle n’est pas une garantie de survie indéfinie sur cette terre pro-
mise.
En réalité, la circoncision était pratiquée par plusieurs autres
nations, y compris celles qui sont énumérées ici. Ce qui est choquant
ici, c’est que Jérémie place simplement Juda au rang d’autres
nations « circoncisantes » – et pas même en tête de liste – comme
pour dire : « Il n’y a pas vraiment de différence entre toi et ces autres
nations que tu méprises tant. Elles pratiquent toutes la circoncision
physique comme toi. Mais dans la réalité, tu es tout aussi incirconcis
que ces peuples. Dans ton cœur et dans ta chair, tu as fini par ne pas
être différent des autres peuples. »
La circoncision de la chair était en principe un signe de soumis-
sion du cœur à l’alliance. L’apôtre Paul le fait clairement ressortir
quand il distingue nettement Israël « selon la chair » – c’est-à-dire
ceux qui sont physiquement circoncis – du véritable Israël qui est
circoncis du cœur, par la foi et par l’obéissance. Comparée à cette
véritable circoncision du cœur (qui est liée à la foi en Christ et au
baptême), la circoncision physique n’a aucune valeur en elle-même,
de quelque façon que ce soit 18. Cela dit, ce n’est pas Paul qui a
inventé ce langage de la « circoncision du cœur ». Il n’a fait que
18. Rm 2.25-29; 9.6-7; Col 2.11-13; Ga 5.1-6.
JÉRÉMIE 8.4 À 10.25 153
mettre en rapport l’enseignement clair de l’Ancien Testament avec
le Christ. Le Deutéronome et Jérémie appellent tous les deux à une
telle circoncision spirituelle, vécue par l’écoute et l’observance de la
parole de Dieu dans l’obéissance de l’alliance 19.
3. La facture finale de l’idolâtrie (10.1-25)
Les nations constituent le lien entre la fin du chapitre 9 et le com-
mencement du chapitre 10. De la même manière, Jérémie 10 débute
et s’achève avec les nations (2 et 25). Cela ne fait pas que nous don-
ner un indice sur la raison pour laquelle les éditeurs ont réuni les
deux parties du chapitre 10 qui seraient autrement séparées, cela
nous renvoie aussi à un autre texte vétérotestamentaire qui a certai-
nement influencé Jérémie : il pourrait bien fournir le cadre des
notions qui sous-tendent toute la compilation mise en forme de la
prédication de Jérémie en 8.4 à 10.25. Ce texte, c’est le cantique de
Moïse en Deutéronome 32.1-43 20.
a. Le Dieu vivant, ou les idoles mortes? (1-16)
Les nations en général courent après leurs faux dieux, mais les
Israélites ne sont pas dupes – ou ne devraient pas l’être – et ils sont
prévenus : Ne cherchez pas à apprendre les pratiques des nations.
19. Dt 10.16; 30.6; Jr 4.4; 6.10. Cf. Lv 26.41.
20. Dt 32.1-43 est une préfiguration de l’histoire vétérotestamentaire d’Israël
dans un poème aussi vigoureux qu’imagé (ce que Paul a également trans-
formé en préfiguration de la manière dont Dieu apporterait le salut aux
nations, en Romains 9 à 11). Ce texte a les caractéristiques principales sui-
vantes, dont toutes (sauf la dernière) sont explicitement reflétées en Jr 8.4 à
10.25 :
• Il dépeint Israël comme tordu, corrompu, boiteux, ingrat, pervers et infidèle.
• Il décrit le péché fondamental d’Israël comme le rejet de YHWH et la poursuite
des autres dieux.
• Il établit un contraste entre la nullité de ces dieux, et la grandeur et la puissance
du Dieu vivant.
• Il décrit le châtiment divin en termes d’attaque violente (y compris l’image des
serpents venimeux) qui dévorera les gens, la terre et les cultures, répandant la
mort dans les maisons et les rues, et aboutissant à l’exil.
• Il voit les nations comme agents du jugement de Dieu. Mais, dans un retourne-
ment subit, il prévoit que Dieu en viendra à juger aussi ces nations ennemies,
pour finalement sauver son peuple de la destruction totale.
• Il se termine par une mystérieuse invitation lancée aux nations à venir se réjouir
de l’œuvre de Dieu (quelque chose que Paul relie à l’expansion de l’Évangile
parmi les païens, Rm 15.10).
154 DES LARMES DANS LES CIEUX
Car, eux, les enfants d’Israël, ont le privilège de connaître le Dieu
vivant qui est à eux (16), et il faut qu’ils regardent encore la folie
pure qui consiste à le troquer contre n’importe quoi d’autre.
Jérémie 10 est très semblable à la vaste prédication d’Ésaïe 40 à
48. Il a cependant ses particularités. Alors qu’Ésaïe s’attache fré-
quemment au pouvoir de YHWH de prédire et d’interpréter l’histoire,
Jérémie n’aborde pas ce sujet ici, préférant se concentrer sur sa puis-
sance créatrice. Dans son contexte, cela fait d’autant mieux ressortir
le mauvais choix qu’Israël a fait en abandonnant YHWH pour
d’autres dieux (cf. 9.13) et ouvre la voie à l’annonce du jugement
que Dieu va prononcer sur les nations qui suivent le même chemin
totalement insensé (25).
Le poème se décompose en quatre sections, dans chacune des-
quelles un aspect particulier des idoles est raillé puis mis en con-
traste avec YHWH, le Dieu vivant. Cela crée un texte à deux voies
opposées alternant le négatif et le positif.
(i) Impuissance contre puissance (2-7)
Les idoles sont-elles de l’être ou du néant? Autrement dit : les
faux dieux qu’adorent les humains sont-ils « vrais » en quoi que ce
soit, ou seulement imaginaires? Cette question mérite une définition
affinée. Si nous la posons en relation avec la culture et le comporte-
ment humains, oui, l’idolâtrie est une force importante, que l’on
pense aux dieux qui ont un nom dans les grandes religions
humaines, ou que l’on pense aux dieux anonymes mais tout aussi
idolâtres des cultures dites séculières, tels que le consumérisme, le
militarisme, le narcissisme, etc. Il y a bien là « quelque chose » dans
le pouvoir spirituel des religions et des idéologies. Mais si nous
posons la question en relation avec le Dieu unique, vivant et vrai,
alors la réponse est non : comparés à Dieu, tous les faux dieux sont
du néant. Ou, pour être plus précis et plus biblique, ce sont des non-
dieux, des entités non divines. En vérité, ils sont « faits de main
d’homme ». Telle est l’expression la plus utilisée à leur sujet. Les
idoles que nous adorons sont des élaborations humaines.
Évidemment, sur le plan matériel, l’affaire est entendue. Les sta-
tues des dieux ont beau être terriblement onéreuses et sophistiquées,
elles ne sont par essence qu’un « épouvantail dans un champ de
concombres » ou un palmier d’argent martelé (la traduction est
JÉRÉMIE 8.4 À 10.25 155
incertaine; mais c’est peut-être la métaphore la plus comique qu’on
ait inventée sur l’idolâtrie), et elles sont physiquement impotentes.
L’Ancien Testament n’est pas avare de bons mots sur l’absurdité des
idoles qui ont toutes les parties du corps humain mais qui ne peuvent
rien en faire 21 (5). Mais en réalité, cette affaire est tout à fait sérieuse.
Car ce ne sont pas uniquement les statues qui sont le produit des
mains humaines, mais les dieux eux-mêmes : eux aussi sont des fic-
tions, des constructions, des inventions totales 22. Une fois ces dieux
démasqués comme d’impotentes impostures, on n’a ni à les craindre
ni à leur faire confiance, car ils ne sauraient faire aucun mal, de
même qu’ils sont incapables de faire aucun bien.
Par contraste, YHWH est incomparable par sa grandeur et sa puis-
sance, et par sa souveraineté sur toutes les nations (6-7), une vérité
bien connue d’Israël depuis que Moïse en a fait un chant de triomphe
en Exode 15.
(ii) Objets fabriqués contre Roi éternel (8-10)
L’argument de cette strophe plus brève est quasiment le même
que celui de la précédente. « L’éclat des dieux qui sont faits sur
mesure disparaît 23 », et le Dieu vivant et le roi de toujours continuera
de resplendir de gloire.
(iii) Dieux périssables contre créateur de l’univers (11-13)
Comme ces faux dieux n’ont pas fait les cieux et la terre (contrai-
rement à Dieu; l’écho de Gn 1.1 est patent), ils ne peuvent être que
des objets à l’intérieur de l’ordre créationnel, d’où il s’ensuit qu’ils
sont forcément périssables par nature comme tout le créé. Assuré-
ment, tel sera leur destin. Et tel fut leur destin. Car enfin, où sont
passés les dieux dont nous connaissons les noms, ceux de l’Égypte,
de Babylone, d’Assyrie, de Grèce, de Rome, de l’antique Bretagne
ou de la Gaule?… En leur temps, certains d’entre eux avaient l’air
de gouverner le monde. Aujourd’hui, nous ne les connaissons que
par l’archéologie et les textes et légendes antiques. L’histoire est le
cimetière des dieux. C’est un fait qu’ils disparaissent et disparaî-
21. Ps 115.5-7; 135.15-18; Es 44.9-20.
22. C’est un thème important que j’ai étudié de manière plus approfondie dans
Wright, La mission de Dieu, chap. 5.
23. Kidner, p. 56.
156 DES LARMES DANS LES CIEUX
tront de la terre et de dessous le ciel. Malheureusement, notre capa-
cité humaine à les ressusciter et à les remettre en état sous différents
noms paraît sans limites.
Les versets 12 et 13 font écho à de nombreux psaumes, rappelant
peut-être en particulier Psaumes 33.6-9 et les grandes traditions sur
la création dans la littérature sapientielle dont Job 38 à 41 est emblé-
matique.
(iv) Pacotille sans valeur contre Dieu d’Israël (14-16)
Le fait qu’Israël n’ait pas été mentionné jusqu’ici fait ressortir la
portée universelle à laquelle prétend ce poème. Oui, YHWH est le
Dieu d’Israël, mais avant cela et au-delà de cela, il est le Seigneur
souverain, Créateur de l’univers et il règne sur toutes les nations. En
comparaison, les idoles sont des objets de honte, justement parce
que leurs prétentions sont frauduleuses. Elles sucent la vie d’une
nation avec ce qu’elle a de plus précieux (ce que nous coûte toute
notre idolâtrie est stupéfiant), mais elles ne sont jamais là au
moment où on a le plus besoin d’elles. À la base, l’idolâtrie est un
jeu de dupes, mais on n’en tire jamais la leçon avant qu’il ne soit trop
tard.
Au contraire, Israël, le peuple de Dieu à qui nous appartenons par
la foi en Jésus-Christ, a le privilège et la responsabilité inestimables
de connaître Dieu personnellement. La grâce absolue dans cette
relation est soulignée par le fait que Dieu est désigné comme la part
de Jacob – Jacob le tricheur, Jacob le trompeur! Jacob qui a donné
son nom à toute la nation de magouilleurs qui est issue de lui 24. Ce
peuple pervers s’est néanmoins vu confier la connaissance du Dieu
vivant. C’est lui qui façonne tout, et il a désigné Israël, ainsi que
nous tous qui sommes en Christ, comme son patrimoine – son trésor
familial. Le vocabulaire du verset 16 est réversible. Nous lui appar-
tenons, de même qu’il nous appartient.
b. Finalement expulsés (17-22)
Ceux qui ont mis ce livre en forme n’auraient pas pu produire un
choc plus violent, en plaçant cette description finale de l’exil et la
douleur terrible qu’elle entraîne immédiatement après l’hymne de
24. En 9.3, le vers qui dit : tout frère est un perfide supplanteur est exactement, en
hébreu : « chaque frère est un “Jacob” », un supplanteur.
JÉRÉMIE 8.4 À 10.25 157
louange à la grandeur et à la gloire de Dieu. Le peuple qui a eu le
Créateur de l’univers comme sa part et le privilège d’être son patri-
moine – des termes qui évoquent l’identité, la sécurité et l’anticipa-
tion de l’avenir (16) – est décrit en train de ramasser ses misérables
affaires et de prendre la route comme une cohorte de réfugiés ano-
nymes, sans espoir et sans avenir, éjectés de la terre qu’ils croyaient
détenir pour toujours. Mais puisqu’ils avaient insisté pour troquer la
gloire de leur Dieu contre la vanité des idoles, ils allaient en payer le
prix en troquant la bénédiction de leur terre contre la malédiction de
l’exil.
Il en va de même pour un dernier débordement de chagrin de la
part du prophète, Jérémie acceptant le fait qu’il aura à supporter ce
que le peuple lui-même devra souffrir (ce qui va être le cas, même
s’il ne sera pas emmené par les Babyloniens mais par son propre
peuple jusqu’en Égypte). Une fois de plus, nous entendons le duo
entre la voix de Jérémie (19) et la voix de Dieu (20). Dieu se sent
désormais aussi SDF que son peuple, ce peuple trahi sans le moindre
état d’âme par ses dirigeants (21). Il n’y a maintenant plus rien
d’autre à faire que d’attendre l’invasion depuis le nord (22) que Jéré-
mie avait prévue depuis sa vision de la marmite bouillonnante au
premier chapitre.
c. Une prière et une espérance (23-25)
Et pour finir, une prière de conclusion. Tout cet étalage qui se
répand depuis 8.4 a éprouvé notre imagination et nos émotions
jusqu’à leur tréfonds. Maintenant, nous ayant donné un certain accès
au cœur de Dieu, cette partie se conclut avec une parole glissée dans
l’oreille de Dieu. Ces paroles, notamment le verset 25, ont pénétré
jusque dans la vie de prière des exilés : on le voit très bien à la
manière dont elles sont intégrées dans un psaume de lamentation
provenant manifestement du violent traumatisme de ceux qui ont
survécu à la destruction annoncée par Jérémie, le Psaume 79 (voir
notamment les v. 6-7).
La prière commence par reconnaître humblement les limitations
humaines et la souveraineté de Dieu (23), se poursuit en implorant la
miséricorde divine (24) et se conclut en invoquant la justice de Dieu
(25).
158 DES LARMES DANS LES CIEUX
Certes, le verset 24 jaillit comme une requête personnelle, mais il
est plus que probable qu’en disant moi, Jérémie s’identifie avec le
peuple dans son ensemble (comme il l’a si souvent fait). S’il doit y
avoir un châtiment – et il est désormais admis qu’il doit y en avoir un
(9.8) –, qu’il soit disciplinaire et non intégralement destructeur. Une
lueur d’espoir apparaît : la destruction et la souffrance liées à la
chute de Jérusalem seront intenses. Mais selon le projet ultime de
Dieu, ce ne sera pas la fin finale. Il y aura un avenir. La grâce triom-
phera (31.11; 46.28).
Deutéronome 32.27-42 décrit comment Dieu, après s’être servi
des nations comme instruments de son jugement contre Israël,
retournera ce jugement contre ces mêmes nations. Jérémie trans-
forme cette attente en prière, supplication pour que Dieu soutienne
lui-même sa justice (25).
Mais comment passer à côté de l’ironie aveuglante de cette
prière, placée comme couronnement à la fin de toute cette section.
Car si Dieu doit juger les nations qui ne le connaissent pas, sur les
peuples qui n’invoquent pas son nom, qui se coule dans cette défini-
tion mieux qu’Israël? C’est bien Israël qui a refusé de connaître
Dieu (9.2, 5). C’est bien Israël qui a continué à invoquer tous les
autres dieux sauf le Seigneur. Alors, qui est-ce qui mérite le plus le
jugement évoqué dans cette prière? Là encore, le texte de Jérémie
remet chacun à sa place. Si les nations doivent être jugées et châ-
tiées, alors idem pour Israël.
Mais qu’en est-il de l’inverse? S’il peut y avoir de l’espoir pour
l’avenir d’Israël, peut-il y avoir de l’espoir pour les nations? Cette
question ne trouve pas de réponse ici. Mais ça viendra. Et la réponse
sera encore une surprise de plus (12.14-17).
Considérations théologiques et homilétiques
• La dimension la plus dérangeante de ces chapitres est peut-être
la combinaison de colère et de douleur au cœur de Dieu. Com-
ment tenir ensemble ces deux aspects et prêcher convenable-
ment dessus? Les commentaires sur 8.14-23 ci-dessus peuvent
nous aider à au moins éviter de les opposer à tort. Le registre des
émotions dans les mariages brisés peut aussi nous aider à nous
souvenir de la nature extrêmement intime de la relation de Dieu
avec son peuple.
JÉRÉMIE 8.4 À 10.25 159
• Réfléchissons à la facilité avec laquelle on peut proclamer les
Écritures tout en « rejetant la parole du Seigneur » dans la pra-
tique (8.9). À première vue, on peut penser à ces théologiens et
à ces leaders d’Églises qui donnent des éléments astucieux pour
cantonner les critères éthiques aux cultures antiques dans les-
quelles les textes ont émergé, s’accordant, à eux et à leurs dis-
ciples, la liberté d’approuver ce que la Bible condamne et de
condamner ceux qui s’efforcent de vivre selon ce que la Bible
approuve. Mais il y a aussi ceux qui proclament la véracité et
l’autorité de la Bible dans leurs confessions de foi, alors que leur
soumission à la Bible est un mélange hautement sélectif de
thèmes obsessionnels et de thèmes occultés. Certains, par
exemple, donnent de la voix et militent en faveur des normes
bibliques en matière de sexualité, mais restent muets quant aux
enseignements bibliques bien plus insistants sur des enjeux
comme l’injustice, la pauvreté, le racisme, la corruption et
l’attention à porter à la création de Dieu. Certains de ceux qui
affichent des exigences maximales sur leur doctrine relative à
l’autorité de la Bible paraissent très bien se satisfaire de se com-
porter de manière fort peu biblique dans la gestion de leurs
désaccords avec les autres frères et sœurs chrétiens.
• On trouvera difficilement une description plus ramassée et plus
pertinente que 9.1b-5 de la culture de la « désinformation »
(euphémisme contemporain pour désigner le mensonge public)
dans laquelle la société occidentale a largement sombré. Que
voyons-nous?
– la pollution des médias par une propagande qui se présente
comme de l’information;
– la prise de contrôle de très nombreux médias par très peu
d’empires mondialisés et très puissants;
– l’étouffement du véritable journalisme d’investigation qui
essaye au moins d’exposer et de dire la vérité;
– l’industrie de la « com’ » qui va inventer l’histoire que vous
voulez, moyennant un certain tarif, et la paresse des médias,
des politiciens et du public qui vont la gober, appât et hameçon
compris;
– la subversion de la science par les intérêts commerciaux affé-
rents de ceux qui ont gros à perdre si la vérité venait à être
160 DES LARMES DANS LES CIEUX
connue (qu’il s’agisse du tabac, de la recherche pharmaceu-
tique, du commerce des armes, des « dommages collatéraux »
dans les guerres, de la destruction de l’environnement ou du
changement climatique);
– l’obsession des politiciens pour le contrôle de l’information et
sa manipulation, ainsi que leur art consommé d’esquiver les
questions;
– et dans la population en général, les statistiques effrayantes sur
le nombre de ceux qui ne voient aucun mal à mentir à leur
employeur.
La faillite de la vérité s’immisce dans tout le champ culturel,
depuis la salle de conférences jusqu’à la chambre à coucher, et le
prix en est astronomique.