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Psycho Critique

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5ème année fr – Module : Lecture critique M.

Bellal
Date du cours : 28/05/2020
Chapitre III : 2. le rapport psychanalyse/littérature (et psychocritique) :
La psychanalyse est une pratique clinique du domaine psychopathologique qui puise ses
fondements dans la maïeutique (connu aussi par la qualification « accouchement du savoir » est une
technique qui consiste à bien interroger une personne pour lui faire exprimer (accoucher) des
connaissances.). La psychanalyse dont le fondateur principal est Sigmund Freud, s’est vue aussi
applicable dans d’autres domaines, certes la littérature. On cite à cet effet que « la psychanalyse
n'aurait pas existé sans la mise en place d'une méthode expérimentale de plus en plus précise… Notre
problème ici est de savoir si cette méthode peut se pratiquer, avec profit, dans un autre domaine,
celui de la lecture et à quelles conditions »1. Cette citation affirme le rapport réciproque
psychanalyse/littérature, ainsi que la nécessité de l'application psychanalytique à la lecture (littéraire)
ou plus précisément à l'étude littéraire, ce qui donna par la suite naissance à la psychocritique. On cite
parmi les pionniers de cette discipline Charles Mauron et le psychiatre et psychanalyste Jacques
Lacan.

Ainsi, il faut signaler que Freud et Lacan ne sont pas que des psychanalystes, ce sont aussi des
littéraires, tant par leur prose que par leur intérêt pour la littérature. Idéalement, « l'enseignement
analytique engloberait aussi des spécialités qui sont étrangères au médecin et qu'il ne rencontre pas
dans son activité professionnelle : histoire de la civilisation, mythologie, psychologie des religions et
littérature. Sans une bonne orientation en ces domaines, l'analyste reste sans comprendre une grande
partie du matériel qui s'offre à lui1 ».2

2.1. La psychanalyse/ Sigmund Freud :


Sigmund Freud (1856-1939) est à l’origine un médecin-neurologue autrichien. À partir du cas de
l’une de ses patients, Freud va alors s'engager dans une nouvelle voie et mettre au point la
psychanalyse dont il est fondateur. Sa méthode prend un nouveau tournant lorsqu'il abandonne
l'hypnose. La révolution opérée par Freud est assez simple : la théorie psychanalytique consiste à
détruire, à désintégrer le sujet humain, tel que Descartes puis Kant l’avaient défini, sujet
défini comme être doté d’une faculté de représentation, à savoir la Conscience.

2.1.1. Les fondements de base de la psychanalyse :

Dès 1897, Freud n'a cessé d'associer la lecture des œuvres littéraires, l'analyse de ses patients et
son auto-analyse dans la construction des concepts primordiaux de ses théories et se consacre

1. Bergez Daniel et all, par Marcelle Marini, Méthodes critiques pour l'analyse littéraire, Nathan, 2002. p77.
2. Ouellet François, in Lire Lacan, le magazine Nuit blanche, 1999, pp.46–48
parallèlement à l'interprétation de ses rêves. Freud s’est basé donc sur trois fondements principaux :

- La lecture des œuvres littéraires : depuis ses premiers travaux, Freud s’inspira des grandes
références littéraires, de Sophocle à Dostoïevski, qui ont nourri le savoir analytique. Freud a insisté
sur le fait qu'un bon psychanalyste devait être tout autant pétri de culture et de littérature que de
connaissances cliniques.
- L'analyse de ses patients : les patients s'expriment consciemment, mais en ne pratiquant pas
la censure habituelle dans le langage social et en se laissant guider par ce qui leur vient à l'esprit.
- Son auto-analyse : Freud, affecté par la mort de son père en 1896, décide de pratiquer une
« auto-analyse » dont a découlé tout un processus créatif. Il prolonge cette analyse à celle de ses rêves
voire les rêves des êtres humains en somme

2.1.2. La méthode de la psychanalyse :

La méthode de Freud consiste à installer ses patients sur le divan (une sorte de lit médicinal) et
se déroule selon deux règles principales :

- La libre association : du côté du patient, cette règle consiste à dire « toute la vérité, rien que
la vérité », même si cela va étroitement avec les contraintes sociales, culturelles, traditionnelles ou
religieuses. Bref, le patient doit dire et associer tout ce qui lui passe par l’esprit.
- L'attention flottante : du côté du psychanalyste, qui doit écouter sans intervenir, ni privilégier
aucun élément du discours du patient. Donc laisser le patient se libérer de tout ce qui est refoulé en
soi, ce qui favorise à rétablir l’équilibre entre les dimensions de l’appareil psychique du patient.

2.1.3. L’apport de la psychanalyse :

En appliquant la psychanalyse aux patients et en revanche aux œuvres littéraires, Freud est arrivé
à mettre au point les concepts suivant :

- L’existence de l’inconscient : Freud a commencé par élaborer une pré-théorie de


l’inconscient, une première topique qui se divisait en trois parties (conscient, préconscient,
inconscient) mais il a vite compris les limites de cette conception. Il a donc crée une seconde topique
(en 1923), bâtie sur le triptyque ça, surmoi, moi (En bref, Le ça désigne la partie la plus inconsciente
de l’homme, c’est le réservoir des instincts humains, des désirs inavoués et refoulés au plus profond.
Le Surmoi est en partie inconscient, car il représente une intériorisation des interdits parentaux, une
puissance interdictrice et une sorte de loi morale qui agit sur l’homme sans comprendre son origine ;
et c’est à partir du refoulement causé par ce dernier que le ça freine et s’amplifie. Le moi désigne la
partie de la personnalité assurant les fonctions conscientes et le lieu régulateur entre le surmoi et le
ça. Lorsque l’attention du moi se relâche, le ça envoie des signes qui apparaissent. Ces signes sont
plus figurables dans les rêves).
- Le complexe d’Œdipe : Certes, en étudiant Œdipe roi de Sophocle et Hamlet de Shakespeare
parmi plusieurs œuvres, Freud découvre le complexe d’Œdipe, une faille dans la personnalité précoce
(l’enfance) de l’être humain qui résulte d’un sentiment d’amour vers les parents, de rivalité et de
haine. Les complexes se régularisent avec le développement mental de celui-ci or des traces
interprétables surmontent à la surface prenant une forme « mythique » qui se lit beaucoup plus dans
l’imaginaire humain (la fiction). Les successeurs de Freud ont mis au point plusieurs complexes
(complexe de sevrage, d'intrusion, de Cendrillon, de castration, d’infériorité….).

La méthode psychanalytique de Freud avec tous les concepts engendrés, fut appliquée au domaine
littéraire et donna lieu à la psychocritique.

2.2. La psychocritique/ Charles Mauron et Jacques Lacan :


2.2.1. Charles Mauron :
La psychocritique est fondée par Charles Mauron qui est parti des principes freudiens dans
l'interprétation des rêves dès 1938, et c'est à lui qu'on doit la création du terme « psychocritique »
en 1948. Le terme fit sa première parution en 1949 dans Nerval et la psychocritique.3 Mauron part
de l'existence déjà de l'inconscient. Il rattache la création littéraire à trois points essentiels : 1) Le
milieu social. 2) La personnalité de l'auteur. 3) Le langage.

Mais il délimite son champ d'étude à la personnalité de l'auteur seulement et plus précisément
à une seule partie : l'inconscient ; ce qui consiste un appui pour l'analyse autofictionnelle (c’est-à-
dire que la création littéraire est en partie majeure une biographie fictionnalisée).

Ainsi, il rattache la structuration de l'œuvre littéraire à un double travail : en pleine conscience


mais également en faisant appel à une intention plus profonde « inconsciente » qui échappe à
l'auteur lui-même. Il y a lieu de citer les concepts de base fondés par Mauron :

a) Les superpositions : concept issu de la libre association, l’œuvre littéraire tout comme les
rêves, est un espace d’agencement de « schèmes » représentatifs et interprétables qui se superposent
à plusieurs textes du même écrivain.

b) Les structures et leur métamorphoses : les structures repérées sont isolées et étudiées selon
leur évolution. C’est-à-dire repérer le réseau d’agencement dominant et combiner l’analyse des
thèmes variés avec celle des rêves et de leurs métamorphoses.

3. Charles Mauron, Nerval et la psychocritique, Cahiers du Sud - n° 293, 1949.


c) L'interprétation du mythe personnel : chaque écrivain se construit une image de façon
inconsciente dans son œuvre ou dans son texte et qui revient souvent, elle permet de saisir sa
personnalité.

d) Le contrôle biographique : une opération vient justifier les résultats acquis par l’étude de
l’œuvre, c’est une sorte de comparaison avec la vie de l’écrivain

Ces notions seront mieux explicitées dans la mise en application aux textes littéraires, ces outils
théoriques seront doublement investis :

- appliqués dans l’analyse psychologique et autofictionnelle des auteurs des œuvres.


- appliqués dans l'analyse des personnages – en tant qu’actants – qui cherchent des
mécanismes de régularisation par l'imagination voire la rêverie, le délire et le monologue voire le
désire fatal d’acquérir l’objet requis, tout en se confrontant à une société contradictoire.

2.2.2. Jacques Lacan :

Jacques Lacan (1901-1981) est un psychiatre et un psychanalyste français. La thèse de doctorat en


psychiatrie, qu'il soutient en 1932, reflète en partie l'influence des surréalistes qu'il fréquenta. Ses
premières communications concernent son interprétation de l'épreuve du miroir, qui donnent lieu à
l'invention du stade du miroir en psychanalyse. C'est après la Seconde Guerre mondiale que son
enseignement de la psychanalyse prend de l'importance. Tout en poursuivant ses recherches, Lacan
enseigne quasiment jusqu'à sa mort, à l'Ecole normale supérieure, puis à la Sorbonne. Figure
contestée, Lacan a marqué le paysage intellectuel français et international.

Lacan est le fondateur de l’école freudienne en France dès 1946 ; il va y illustrer sa théorie « La
logique de l’inconscient » à partir deux éléments principaux :

- la théorie freudienne « théorie de l’inconscient ».


- le conte d’Edgar Allan Poe « La lettre volée ». En bref, le conte s’articule sur la lettre (fermée)
de la reine vue par le roi et le ministre et qu’elle essaya de cacher. Le ministre remarqua la gêne de
la reine ; il vola la lettre et la remplaça par une autre. La reine sait, le roi ne sait pas. La lettre est
recherchée par la police chez le ministre mais introuvable. Un quatrième personnage (Dupin) invité
par le ministre vola la lettre au ministre. La reine le sait et la ministre ne le sait pas mais il le saura
par la suite.

Alors Lacan effectua la logique suivante : ce texte est articulé autour de la lettre et des deux actes
voir/savoir selon trois regards :
- Le premier regard est celui qui voit et ne sait pas ou sait et ne voit pas (Le roi et la police) et
c’est le symbole du « père ».
- Le deuxième regard est celui qui voit, sait et cache ; la reine symbolise « la mère » et le ministre
symbolise « le fils infidèle ».
- Le troisième regard est celui qui voit, sait et ne cache pas ; Dupin symbolise « le fils fidèle ».

Or c’est l’objet désiré (la lettre) dans cette quête qui guide et oriente les intentions et « la logique »
des actes des personnages bien que la lettre demeure fermée jusqu’à la fin de l’histoire et personne ne
sait vraiment ce qui y est écrit.
Lacan conclut que tout texte possède un inconscient tout comme chaque être humain, qui demeure
inexplicable que par l’impulsion du désir refoulé et les actes injustifiés à l’égard de la communauté.
Le texte littéraire brise les interdits considérés sur le plan familial et social même s’il demeure un
produit imaginaire qui ne se découvre que par la lecture d’un réseau d’agencement actionnel et
langagier. On conclut par cette citation de Kateb Yacine « …tout est permis en littérature »4

4. Kateb Yacine dans un entretien avec Hafid Gafaïti, Voix multiples, Alger, mars 1986.

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