Introduction générale
Contexte Général
Il va sans dire que l’eau est une ressource fondamentale pour toute forme de vie, mais particulièrement pour
la prospérité de l’humanité, du fait de l’importance capitale qu’elle revêt pour subvenir aux besoins de base tels
que les besoins physiologiques, sanitaires et sociaux de l’être humain. Pourtant, la notion de ‘ressource’,
représentant le volume d’eau potentiellement exploitable par l’Homme, forme moins de 1% du volume global
d’eau existant sur la Terre ; il s’agit de l’eau douce, à l’état liquide, contenue dans les lacs, les fleuves et les
nappes souterraines (ref). L’une des caractéristiques qui distingue l’eau est l’invariabilité de son volume global
qui se renouvelle indéfiniment à travers le cycle hydrologique. Or, la distribution et l’exploitation de l’eau douce
terrestre demeure largement inéquitable dans l’espace et dans le temps ; selon les variations des régimes des
précipitations et d’évaporation qui diffèrent pour chaque zone climatique ; ainsi, les régions à climat aride et
semi-aride à travers le monde reçoivent 6 % des précipitations globales, ne générant que 2 % de l'écoulement
terrestre, alors que la plus grande quantité se dirige vers les zones humides tempérées et intertropicales (ref).
Environ 98% de cette ressource précieuse est stockée par les fractures et les pores des roches du sous-sol qui,
grâce à leur pouvoir épuratoire, assurent sa filtration et sa protection. Par conséquent, les réserves d’eau
souterraines sont naturellement d’une bonne qualité qui répond à la diversité des besoins et des usages de tous
les secteurs à savoir ; les prélèvements pour l’eau potable, les prélèvements agricoles et industriels. A l’échelle
mondiale, il est estimé que 22% de l’eau potable, 67% de l’eau destinée à l’agriculture irriguée et 11% de
l’approvisionnement direct en eau pour les industries proviennent de l’extraction des eaux souterraines (ref).
Par ailleurs, selon les estimations issues du Programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE), il
est prévu qu’en 2030, 6.4 milliards d’habitants (soit 75 % de la population mondiale) vivra à moins de 60 kms
des côtes (ref). Cette forte croissance démographique a accru considérablement les besoins et la demande en eau
douce ; ce qui incite les populations côtières à surexploiter les eaux souterraines, compte tenu de l’évolution de
l’accès aux nappes aquifères, notamment durant les cinq dernières décennies (ref). Il en découle une fragilité
extrême de l’équilibre entre la quantité d’eau extraite et le taux de recharge naturelle (les quantités d’eau qui
entrent). De plus, les aquifères côtiers revêtent un caractère contraignant au vu de leur continuité hydraulique
avec la mer au travers d’une zone interface caractérisée par un équilibre fragile entre les eaux douces
continentales et les eaux marines. Cet équilibre se trouve rompu lorsque les nappes sont fortement sollicitées en
bordure côtière favorisant ainsi l’avancée du biseau salé vers l’intérieur des terres.
Quant au bassin méditerranéen, bien qu’il soit doté d’une structure géologique complexe et compartimentée
s’opposant au développement des systèmes aquifères de large extension, les eaux souterraines représentent non
seulement plus d'un quart d’environ 600 milliards de m3 d’eau reçus annuellement, mais assurent également la
plupart du débit estival des cours d’eau du bassin méditerranéen (ref). Cependant, ce ‘hot spot’ du changement
climatique est doté seulement de 3% de ressource mondiale en eau. En outre, vu les progrès marquant les
agglomérations méditerranéennes qui concentrent plus de 7% de la population mondiale, l’exploitation des
ressources en eau ne cesse d’augmenter depuis la seconde moitié du 20 ème siècle ; la demande en eau s'accentue
fortement et constamment tandis que les perspectives de changements climatiques s’orientent vers la raréfaction
de l’eau directement accessible (ref). Ces enjeux sont d’autant plus accentués dans les pays du sud de la
Méditerranée puisque les ressources en eaux de surface sont limitées et se caractérisent par leur irrégularité
temporelle ; il en résulte une intensification des pressions exercées sur les eaux souterraines sans prendre en
compte de leur fragilité vis-à-vis du développement des activités anthropiques (ref). De même, ce sont les zones
côtières du bassin Méditerranéen qui supportent le plus lourd fardeau.
Désormais, la surexploitation des ressources en eau souterraines dans de nombreux pays du pourtour
méditerranéen s’associe à une détérioration de la qualité des eaux prélevées (ref). Le Maroc, faisant partie de ces
pays, dispose d’un potentiel exploitable de 4 milliards de m 3/an en eau souterraine. Trente-deux nappes
profondes (profondeur variant entre 200 et 1000 m) et quarante-six nappes superficielles ont été répertoriées sur
l’ensemble du territoire Marocain. Néanmoins, ces ressources précieuses, dont plus de 50% se situent au nord et
au centre du pays, subissent un rythme accéléré de surconsommation d’environ 4.2 milliards de m 3/an,
surpassant de 10% la moyenne de recharge annuel ; entraînant un déstockage de l’ordre de 0.9 milliard de m 3/an
(ref). Les premières tendances à la surexploitation des aquifères Marocains ont surgi au cours des années 1950,
notamment en zones côtières abritant désormais au moins 17 millions d’individus (ref). Ce problème ne tend pas
à s’amoindrir puisque la densité des populations vivant en villes côtières Marocaines ne cesse d’augmenter
conjointement avec les changements climatiques. La pression exercée par la présence de population en zone
côtière suffit pour menacer les eaux souterraines compte tenu de la diminution de la recharge des nappes vu
l’accroissement des surfaces urbanisées imperméabilisées, à laquelle s'ajoute l’impact des divers polluants
provenant des actions anthropiques (ref). Dans ce contexte, il convient de noter que les nappes côtières
vulnérables et peu étendues sont les premières à être exposées aux dégradations quantitatives et qualitatives (ref).
La nappe de Ghiss-Nekor, notre site d'étude localisé au nord du Maroc sur la côte Méditerranéenne à une
dizaines de kilomètres de la ville d’Al Hoceima, constitue un exemple frappant de ces milieux vulnérables.
Ces ressources en eau ont été identifiées au sein des dépôts Plio-Quaternaires caractérisés par des propriétés
hydrodynamiques remarquables permettant une importante exploitation des eaux souterraines utilisées pour
l’alimentation en eau de la ville et des agglomérations d’Al Hoceima et l’irrigation de nombreuses exploitations
agricoles notamment en partie avale de la plaine de Ghiss-Nekor. Le contexte littoral particulier de la plaine de
Ghiss-Nekor et sa fréquentation touristique estivale entraînent une sensibilité vis-à-vis du risque de salinisation
attribué aux diverses origines anthropiques qui se superposent souvent à la salinisation d’origine naturelle, liée à
la présence de formations salifères (dissolution naturelle d’évaporites), et/ou à une salinité due au phénomène de
l’intrusion marine. L’exploitation de cet aquifère alluvial, en constante augmentation durant les 10 dernières
années, a également entraîné une dégradation globale de son état quantitatif ; du coup, elle est rentrée dans une
phase de surexploitation vu son bilan hydrique déficitaire. Outre les contraintes susmentionnées, cette plaine a
été choisie comme cas d’étude vu le climat Méditerranéen qui y règne renforçant les périodes de sécheresse
prolongées et le taux d’évaporation. Les travaux précédents ont porté sur la description de la chimie des eaux, la
modélisation hydrochimique de l’intrusion marine ainsi que sur l’hydrogéologie et la cartographie de la
vulnérabilité et du risque de pollution de l’aquifère de Ghiss-Nekor, mais aucune étude n'a jusqu'ici mis en
évidence la nécessité d’une réévaluation et optimisation du réseau de surveillance des variations du niveau
piézométrique, ni l’évolution de l’occupation des sols et son impact sur la qualité des eaux de la nappe étudiée,
notamment la vulnérabilité de l’eau souterraine à la contamination par les nitrates.
Dans ce contexte, notre recherche, qui est le fruit d’une collaboration avec deux organismes territoriaux
(L’ABHL et L’ONEE), vise à accomplir les principaux objectifs ci-après :
Susciter l’intérêt envers la problématique de gestion des nappes alluviales du littoral méditerranéen,
Montrer la pertinence de l’implémentation des SIG et de la modélisation comme outil de représentation
spatialisée et mutualisation des données permettant de faciliter la gestion des eaux souterraines,
Affiner la connaissance des caractéristiques de l’écoulement souterrain dans le bassin Ghiss-Nekor,
Analyser les processus de salinisation de l’aquifère Ghiss-Nekor et identification des zones à risque
d’intrusion marine associée au déséquilibre hydrodynamique,
Aboutir à l’optimisation et à l’amélioration de la représentativité du réseau de surveillance
piézométrique,
Proposer des approches pratiques à mettre en œuvre pour atténuer le déficit quantitatif et la dégradation
qualitative des eaux souterraines dans cette zone semi-aride.
Le présent travail, aborde ces différents volets dans les chapitres suivants :
- Le premier chapitre présente les caractéristiques et les particularités des aquifères alluviaux du littoral
méditerranéen pour dresser une revue bibliographique sur l’état des connaissances de ces milieux, et fournit
une description théorique des principes qui régissent l’hydrodynamique en milieux poreux et du
phénomène de l’intrusion marine.
- Le deuxième chapitre permet de décrire le cadre géologique, hydrogéologique, climatologique et tectonique
de la zone d’étude tout en synthétisant les connaissances déjà acquises.
- La piézométrie, l’hydrodynamique, l’évaluation des performances de différentes méthodes d’interpolation
pour la cartographie des niveaux piézométriques par traitement géostatistique et l’optimisation de la densité
et de la position des ouvrages du réseau de surveillance piézométrique font l’objet du troisième chapitre.
- Le quatrième chapitre, concernant le volet qualitatif, a permis de synthétiser les tendances physico-
chimiques qualitatives observées et de comprendre les mécanismes de minéralisation des eaux souterraines
de Ghiss-Nekor.
Finalement, la conclusion générale vient synthétiser les résultats obtenus, les limites de l’étude et discuter les
nombreuses perspectives qu'ouvre notre investigation.