Rôle des Finances dans l'Action Climatique
Rôle des Finances dans l'Action Climatique
La présente note vient résumer le rapport phare et le guide qui paraîtront prochainement, plaidant
en faveur d’une action climatique ambitieuse de la part des ministères des Finances, définissant un
cadre pour intégrer le climat à leurs fonctions et capacités essentielles et mettant en évidence les
actions prioritaires. Le guide a été rédigé par près de 30 ministères des Finances, plus de 30 experts
et partenaires de la Coalition des ministres des Finances pour l’action climatique, en tenant compte
de 40 contributions obtenues dans le cadre de la consultation des secteurs privés et non
gouvernementaux. Le guide n’est pas normatif : il propose un menu d’options pour aider les pays à
renforcer leurs fonctions et capacités d’actions principales en fonction de leur situation nationale. Il
sera périodiquement mis à jour afin de garantir sa pertinence.
Le guide complet et un rapport de synthèse seront disponibles à partir de juin 2023 à
l’adresse www.financeministersforclimate.org/
1. Pourquoi le rôle des ministères des Finances est essentiel pour l’action
climatique et la transformation économique
Les gouvernements du monde entier sont confrontés à une série de crises sans précédent : une crise
économique avec une croissance lente, une dette croissante et des difficultés à se remettre de la
COVID-19 ; une crise du coût de la vie et de l’énergie ; et une crise climatique avec des risques
climatiques et environnementaux qui s’aggravent constamment, des inondations et des incendies de
forêt aux canicules, en passant par la sécheresses et la détérioration de la biodiversité et la dégradation
de la nature, dont la fréquence, l’intensité et le coût augmentent. Ces crises sont interdépendantes et
doivent être traitées parallèlement.
Les secteurs public et privé ont maintenant besoin d’un leadership perspicace pour relever ces défis et
bâtir une économie zéro carbone et résiliente au changement climatique. Cela implique de décarboner
l’ensemble des secteurs économiques d’ici 2050 de manière juste et durable, de renforcer la capacité
d’adaptation et protéger le capital naturel pour bâtir un avenir basé sur une énergie propre, sûre et
abordable, des villes et des communautés dans lesquelles les gens peuvent se déplacer et respirer
sans difficulté, une agriculture résiliente et productive, et des industries et des emplois verts
dynamiques. La mise en place de cette économie du futur est sans aucun doute à la portée des
dirigeants d’aujourd’hui.
Les ministères des Finances doivent être au cœur de cette transformation économique : sans eux,
l’action climatique ne sera pas possible. Forts de leur position centrale au sein des gouvernements, ils
coordonnent la stratégie économique et la politique budgétaire, régulent le système financier et
contrôlent collectivement, directement ou indirectement, des dépenses publiques dont le montant
dépasse les 30 000 milliards USD, soit plus d’un tiers du PIB mondial. 1 Ils sont les actionnaires
d’entreprises publiques, de banques de développement et du système multilatéral. Leur rôle sera
essentiel pour débloquer l’investissement mondial nécessaire lutter contre le changement climatique,
qui doit être augmenté et maintenu au-dessus des niveaux antérieurs à la COVID d’au moins 2 % du PIB
par an dans le monde, et plus proche de 4 à 5 % dans les marchés émergents et les pays en
développement autre que la Chine. 2
Le rôle des ministres des Finances consiste principalement à soutenir et à accélérer l’action des autres
ministères et des acteurs privés. Alors que les ministères des Finances doivent être proactifs dans leur
ressort tels que la réforme du système fiscal afin d’accélérer la transition via la tarification du carbone,
les politiques de subventions et les incitations fiscales, ils doivent également soutenir activement les
ministères de l’Environnement, de l’Économie et de l’Énergie, de l’Agriculture, des Transports, de la
Planification, de la Santé et d’autres ressorts pour stimuler l’action et renforcer les investissements
durables. Ils devront également co-piloter ou partager des responsabilités dans des domaines tels que
l’élaboration de stratégies nationales en matière de développement climatique et industriel, la
conception de programmes de soutien dédiés à de nouveaux secteurs, le passage à des secteurs de la
finance et des affaires plus soucieux de l’environnement, la définition des mandats des banques de
développement, des fonds souverains et des entreprises publiques, tout en veillant à ce que
l’architecture financière mondiale soit adaptée à l’objectif poursuivi.
L’action climatique est essentielle pour permettre aux ministres des Finances d’atteindre leurs
principales priorités, à savoir la stabilité macroéconomique, la croissance et la gestion responsable des
finances publiques, et générera au moins quatre avantages majeurs. Premièrement, une action
climatique bien conçue contribuera à éviter l’aggravation des risques ayant des conséquences macro-
critiques, y compris les chocs économiques et budgétaires en cascade et la hausse du coût du capital
due à l’incidence croissante des aléas climatiques. Deuxièmement, elle peut créer d’importantes
opportunités de croissance et de développement, en permettant des économies de coûts, créant de
nouveaux emplois et attirant de nouveaux capitaux et talents. Troisièmement, investir dans la résilience
générera des avantages économiques, sociaux et environnementaux, surtout pour les membres les
plus vulnérables de la société. Quatrièmement, un passage rapide aux énergies renouvelables
permettra aux ministres des Finances de distribuer une énergie propre, sûre et abordable pour tous et
de lutter contre l’inflation. Forte de ces avantages et opportunités, ainsi que des coûts et risques ainsi
éliminés, l’action climatique aidera les ministres des Finances à maîtriser l’histoire du développement et
de la croissance du 21e siècle. Et les avantages se multiplieront rapidement et se renforceront
mutuellement, à mesure que les solutions à faible émission de carbone deviendront de plus en plus
compétitives dans des secteurs représentant près des trois quarts des émissions d’ici 2030. 3
2
Les ministères des Finances ont l’expérience nécessaire pour être les leaders nationaux et mondiaux
dont nous avons besoin actuellement. Le rôle qu’ils ont joué dans la lutte contre la pandémie de COVID-
19, la crise financière mondiale de 2009 et la transformation industrielle est la preuve qu’ils peuvent être
des leaders flexibles et innovants, relever les défis actuels et protéger et soutenir les individus et les
entreprises. Ceux qui sont en mesure de déployer ces qualités dans des rôles de gestionnaires de crise
et de leaders économiques face à la crise climatique seront à l’avant-garde de la transition vers un
avenir plus prospère et résilient.
Les ministères des Finances font preuve d’un engagement et d’un leadership plus forts au cœur de la
transition vers une économie zéro carbone et résiliente au changement climatique. Citons quelques
exemples : Le ministère rwandais des Finances et de l’Économie a piloté la contribution déterminée au
niveau national (CDN) du pays et a mobilisé un financement climatique à hauteur de près de 1,5 milliard
USD. Le ministère jamaïcain des Finances a élaboré une stratégie en matière de financement des
risques de catastrophe, la meilleure de sa catégorie. Le ministère des Finances de l’Uruguay a soutenu
la transition du pays vers une production d’électricité quasiment 100 % renouvelable au moyen
d’incitations fiscales. Le système de tarification du carbone du ministère irlandais des Finances utilise
les revenus pour soutenir une transition juste. Tandis que le Danemark a revu la mission et la vision de
son ministère des Finances afin de stimuler l’action climatique de l’ensemble de l’économie. De
nombreux autres exemples inspirants sont cités dans le rapport complet et résumés dans l’annexe
en ligne.
Cependant, il existe toujours un écart substantiel entre l’ambition affichée par les stratégies climatiques
au niveau national et les politiques et ressources mises à disposition pour poursuivre cette ambition. Si
les ministères des Finances détiennent des leviers importants pour accélérer l’action climatique,
nombre d’entre eux ne sont pas utilisés à leur plein potentiel. Seul un quart des membres de la Coalition
des ministres des Finances contribuent activement à toutes les étapes du processus d’élaboration et
de mise en œuvre de la CDN. 4 Seuls 14 des 35 pays de l’OCDE élaborent des budgets soucieux de la
protection de l’environnement. 5 Rares sont les ministères des Finances qui ont des stratégies
climatiques dédiées. Et seulement environ 650 milliards USD, sur les plus de 4 000 milliards USD
d’investissements annuels nécessaires pour atteindre le zéro net d’ici 2050, ont été déployés en 2019. 6
Pendant ce temps, les gouvernements du G20 continuent de financer expressément les combustibles
fossiles à hauteur d’environ 600 milliards USD par an en moyenne alors que les initiatives de tarification
du carbone couvrent moins d’un quart des émissions mondiales. 7
Une série d’obstacles entravent l’engagement des ministères des Finances dans le cadre de l’agenda
climatique. Il est possible que certains ministères des Finances ne considèrent pas l’action climatique
comme une opportunité unique de croissance et d’investissement à long terme et une stratégie
d’atténuation des risques. Il s’agirait pour eux d’un coût à gérer à court terme. De même, ils ne sont
peut-être pas conscients que la crise énergétique actuelle constituent une occasion de passer
rapidement à une énergie à faible émission de carbone ; ou d’explorer les possibilités de diversification
de l’assiette fiscale ; ou de mettre en balance leur aversion au risque et les nouveaux engagements de
dépenses ; ou de remettre en question l’opinion selon laquelle le manque de marge de manœuvre sur le
plan budgétaire constitue un obstacle insurmontable à l’action. 8 Ces perceptions sont exacerbées par
les contraintes en termes de capacité et l’idée que le climat est un problème environnemental plutôt
qu’un problème économique fondamental.
Si les ministères des Finances ne peuvent résoudre seuls tous ces défis, plus de 80 membres de la
Coalition des ministres des Finances pour l’action climatique ont déjà reconnu que les risques générés
par le changement climatique pour les économies sont réels et que leurs ministères détiennent
d’importants leviers pour accélérer l’action en faveur du climat. En se rassemblant et en signant les
Principes d’Helsinki, ils contribuent à la sensibilisation et à l’implication croissantes des ministères des
Finances dans l’action climatique.
3
Les ministères des Finances peuvent intégrer le climat à leurs trois fonctions fondamentales :
1. Stratégie et vision économiques : utiliser leurs compétences en matière de surveillance ou de
mise en œuvre des stratégies nationales de développement, des plans sectoriels et de la
planification des investissements en capital pour participer à l’élaboration de stratégies
climatiques nationales, à la mise en place des plans nationaux de développement et sectoriels
plus soucieux de l’environnement, à l’élaboration de stratégies industrielles et d’innovation et à
l’évaluation des besoins d’investissement pour parvenir à la transition – en partenariat avec les
ministères compétents.
2. Politiques fiscales et gestion budgétaire : utiliser leur compétence fondamentale en matière de
politique budgétaire, de fiscalité, de planification et d’exécution du budget pour mettre en place
une taxation du carbone et de nouvelles formes de fiscalité environnementale, réformer les
financements accordés aux combustibles fossiles, introduire de nouvelles incitations fiscales
dédiées aux secteurs verts, réformer les cadres de dépenses pluriannuels et les budgets
annuels, et mettre en place des investissements publics et des stratégies d’achat en faveur de
l’environnement. La mise en place d’un système de taxe zéro carbone et la gestion des passifs
éventuels seront essentielles. Le rôle central du ministère des Finances dans le processus
d’élaboration du budget constitue un levier particulièrement important pour stimuler l’action et
l’investissement en faveur du climat.
3. Politique et réglementation financières et surveillance du système financier : en utilisant leur
compétence essentielle en matière de réglementation des banques et entreprises publiques,
des fonds souverains, des institutions financières et des marchés de la dette, des interfaces
avec les banques centrales, et des participations et relations avec les institutions financières
internationales (IFI) et les banques multilatérales de développement (BMD) pour stimuler un
système financier plus soucieux de l’environnement, améliorer la résilience et la stabilité
financières et mobiliser les financements dans des investissements durables. Cela pourra
prendre la forme de cadres régissant les obligations vertes, catalysant les capitaux privés, de
financement et d’assurance au service de l’adaptation et de la gestion des risques de
catastrophe, et d’un financement climatique international, en partenariat avec les banques
centrales et le secteur privé.
Pour renforcer ces fonctions essentielles, il est tout aussi important que les ministères des Finances
renforcent leur capacité d’action. Trois capacités sont essentielles :
1. Capacité de leadership : renforcer l’éventail des champions de l’action climatique au niveau
politique et officiel, renforcer la vision, la mission et le mandat du ministère en ce qui concerne
la conduite de l’action climatique et mettre en place des responsabilités et des structures
organisationnelles claires en matière de leadership climatique.
2. Capacité de coordination : stimuler une collaboration efficace parmi le gouvernement et avec le
secteur privé, la société civile et les institutions financières internationales, ainsi que des
plateformes et processus multilatéraux s’appuyant sur des stratégies efficaces de consultation
et de communication.
3. Capacité humaine et analytique : mobiliser des ressources en personnel chargées de l’action
climatique, améliorer l’expertise en matière de politique climatique et réorganiser les outils et
les approches analytiques dans le cadre de la collecte de données et la prise de décision en
matière économique.
Le besoin crucial pour les ministères des Finances de faire avancer une transition juste afin de
maintenir le soutien du public et étayer la conception de politiques efficaces, constitue un problème
transversal particulièrement important. Une transition juste garantit une répartition équitable et large
des avantages de la transition ainsi que l’atténuation de ses coûts sociaux en soutenant de manière
ciblée les individus, les entreprises, les organisations et les communautés qui peuvent être
négativement touchées.
Les ministères des Finances devront tenir compte des interactions entre les instruments de politique
climatique dans les trois domaines fonctionnels et développer des paquets de mesures poursuivant un
objectif de renforcement. Prendre en compte les synergies entre les fonctions et les capacités
fondamentales sera essentiel pour générer des avantages durables.
4
Remarque : Les Principes d’Helsinki (PH) sont décrits à l’adresse www.financeministersforclimate.org
Une description plus détaillée du Cadre est figure dans le rapport complet accompagnant le présent
résumé, qui est conçu pour guider et aider les ministères des Finances à mieux comprendre
comment ils peuvent renforcer leurs fonctions et capacités fondamentales. Il décrit leur rôle critique
dans chaque domaine, les obstacles et les stratégies permettant de les surmonter, des exemples
concrets qui sont source d’inspiration et les opportunités d’action.
5
dans le cadre des mécanismes de coordination interministériels existants et mettre à disposition
des ressources dédiées en conséquence. Ils devraient également contribuer à développer des
relations fortes et des plateformes pluripartites avec le secteur privé et la société civile.
4. Un investissement dans les compétences et l’expertise. L’ensemble du personnel doit être
sensibiliser aux questions climatiques et les comprendre, tandis que le personnel spécialisé devra
posséder des compétences couvrant l’économie du climat, la gestion des risques, la politique
budgétaire verte et le financement vert, ainsi qu’une expertise sectorielle. Cela pourra prendre la
forme d’une formation interne, d’un recrutement, de réseaux entre pairs, d’un engagement avec le
milieu universitaire et d’autres fournisseurs de connaissances. L’expertise d’autres agences pourra
également être mobilisée. Les ministères des Finances peuvent commencer par évaluer les
lacunes en matière de compétences liées au climat et élaborer des plans de formation et de
recrutement.
5. La refonte des outils économiques, des données et des approches décisionnelles. De nouveaux
outils et données sont nécessaires pour mieux évaluer les coûts, les avantages et les impacts
fiscaux des processus et des investissements en matière de développement économique sans
carbone et résilients au changement climatique. Surmonter les lacunes de l’équilibre général
traditionnel et de l’analyse coûts-avantages en ayant recours à diverses approches qui identifient
les impacts climatiques non linéaires, les changements non marginaux de l’économie et s’appuient
sur l’analyse de scénarios est particulièrement important. L’utilisation de la science des données de
pointe et l’exploration de nouveaux indicateurs de prospérité économique seront envisagées.
Politiques fondamentales
Les ministères des Finances devraient se concentrer sur les domaines politiques dans lesquels leur
impact immédiat sera le plus significatif compte tenu de leurs responsabilités principales. Cela devrait
consister en ce qui suit :
6. Mettre en place des politiques budgétaires pour transformer les incitations macroéconomiques à
l’action climatique. Des systèmes ambitieux de tarification du carbone et des réformes des
financements devraient être mis en place, complétés par d’autres incitations fiscales et des
réformes de la réglementation visant à transformer les systèmes économiques essentiels
nécessaires à la transition zéro carbone et résiliente au changement climatique. Les ministères des
Finances devraient contribuer à la prise de paquets de mesures cohérents qui tirent parti des fortes
interactions entre les instruments tarifaires et non tarifaires tout en évitant les contradictions.
7. Mettre à profit le budget et la gestion des finances publiques pour conduire la transformation dans
tous les secteurs de l’économie. Inscrire clairement dans le budget et le cadre de dépenses à
moyen terme que le climat constitue une priorité nationale pourrait constituer le levier le plus
critique pour conduire l’action climatique dans tous les ministères et réduire les risques et le coût
du capital pour le secteur privé. Cette action devrait s’appuyer sur les processus existants de
gestion des finances publiques afin que l’action climatique soit intégrée tout au long du cycle
budgétaire et que les budgets détaillés des ministères prennent pleinement en compte les priorités
climatiques du gouvernement et visent à aligner les pratiques de gestion des investissements
publics et de passation des marchés avec les objectifs climatiques.
8. Repenser le système fiscal au service du zéro net et de la résilience climatique. Les ministères des
Finances pourraient entreprendre un examen détaillé du système fiscal dans son ensemble comme
base de la réforme. Cela pourrait consister à envisager de nouvelles formes de fiscalité
environnementale, les taxes automobiles, la tarification des routes, la fiscalité des biens
immobiliers et fonciers et la réforme de la fiscalité en général. Les ministères des Finances
devraient également être en mesure de comprendre les impacts que les risques climatiques
pourraient avoir sur l’économie et les finances publiques, notamment en identifiant et en anticipant
les passifs éventuels connus et inconnus.
9. Mobiliser, piloter et combiner les financements de l’investissement à une vitesse et à une échelle
sans précédent. Les ministères des Finances devraient envisager de mobiliser des recettes
nationales pour soutenir l’investissement national dans la transition en élargissant l’assiette fiscale,
l’utilisation responsable des obligations vertes en faveur de l’investissement et en renforçant le
financement régional. Cette action devrait être soutenue par l’élaboration de feuilles de route
6
complètes en faveur d’un financement durable comprenant des mesures tendant à mettre en place
un système financier plus soucieux de l’environnement afin d’aligner les flux financiers sur l’Accord
de Paris et le Cadre mondial pour la biodiversité de Kunming-Montréal, l’utilisation de mécanismes
de divulgation et de plans de transition, la fourniture de financement et d’assurance des risques de
catastrophe pour tous, et l’utilisation de financements mixtes et de plateformes nationales
contribuant au regroupement des pools d’investissement.
10. Tirer parti des financements climatiques internationaux. Dans les pays concernés, les ministères
des Finances devraient travailler avec les ministères des Affaires étrangères et les agences de
développement afin de développer des stratégies de financement climatique dédiées visant à
attirer le financement climatique international. Tous les ministères des Finances devraient appeler
à un soutien accru à l’action climatique de la part des banques de développement régionales et
multilatérales en créant des coalitions visant à augmenter le financement et réduire le coût du
capital. Les actionnaires et les autres pays devraient encourager une augmentation du financement
climatique international, en particulier le financement concessionnel et le financement des mesures
d’adaptation.
Travailler avec les autres
Ces mesures devraient être complétées par la mise en place de partenariats robustes avec d’autres
organismes gouvernementaux et parties prenantes dans un ensemble de domaines politiques plus
larges. Les priorités concernant le leadership et l’engagement proactifs du ministère des Finances sont
les suivantes :
11. Intégrer l’action climatique aux stratégies nationales de croissance et de développement. Il est
essentiel que l’action climatique et le développement économique durable soient analysés
ensemble. Les ministères des Finances devraient travailler avec les ministères compétents pour
contribuer à intégrer l’action climatique aux plans de développement nationaux et aux stratégies
sectorielles liées à l’énergie, aux transports, aux villes, à l’utilisation des terres, à l’industrie et à l’eau.
Cela devrait notamment consister à envisager une plus grande utilisation des stratégies
industrielles et d’innovation du XXIe siècle pour gérer et investir dans la transition vers le zéro net.
12. Un engagement actif dans les stratégies climatiques nationales. Les ministères des Finances
devraient être des leaders plus actifs dans l’élaboration et la mise en œuvre des contributions
déterminées au niveau national, des stratégies à long terme et des plans nationaux d’adaptation et
ils devraient aider les autres agences à élaborer des stratégies entièrement chiffrées comme point
de départ pour attirer les investissements publics et privés.
13. Développer des stratégies d’investissement durables, inclusives et résilientes. Les ministères des
Finances peuvent travailler avec d’autres agences et parties prenantes du secteur privé pour
évaluer les besoins d’investissement à l’échelle de l’économie et ceux spécifiques au secteur,
identifier la marche à suivre pour surmonter les obstacles à l’investissement, déterminer les
répartitions potentielles du financement et créer des mécanismes permettant de convertir les
décisions de planification des investissements en programmes et pipelines concrets de projets, y
compris au moyen du budget et de la planification des investissements publics en capital.
14. Conduire la transformation verte des entreprises publiques, des banques nationales de
développement et des fonds souverains en coopération avec les banques centrales. Les ministères
des Finances peuvent tirer parti de leurs fonctions de supervision ou d’actionnaire pour faire des
entreprises publiques, des banques nationales de développement et des fonds souverains des
structures plus soucieuses de l’environnement. Ils devraient travailler en collaborations avec les
gouverneurs des banques centrales pour repenser leurs mandats en matière de politique monétaire
et de stabilité financière afin de stimuler l’action en faveur du climat et d’explorer les possibilités de
coordination des politiques budgétaire et monétaire, tout en s’abstenant de porter atteinte à
l’indépendance de la banque centrale.
15. Développer des plans et des politiques de transition juste. Les ministères des Finances peuvent
travailler avec d’autres agences pour élaborer des plans de transition juste au service de tous les
secteurs clés de l’économie, en veillant à ce que les politiques climatiques tiennent compte des
potentiels impacts sociaux positifs et négatifs et que tous les citoyens participent à la prise de
décision et bénéficient de la transition. Ils devraient accorder une attention particulière à la création
7
d’emplois verts, à la requalification des travailleurs et à la régénération des zones, afin d’éliminer
progressivement la production de combustibles fossiles.
1. Mettre en œuvre un programme d’engagement stratégique parmi ses membres et au-delà pour
renforcer la prise de conscience et la reconnaissance par les ministres des Finances, d’autres
ministères concernés et plus largement, sur le rôle important qu’ils ont à jouer dans la conduite de
l’action climatique et les actions concrètes nécessaires pour intégrer le climat à leurs fonctions et
capacités fondamentales, de manière efficace et efficiente.
2. Déployer des programmes de formation et d’assistance technique à l’attention des ministères des
Finances, en commençant par les programmes offerts ou actuellement développés par les
partenaires institutionnels de la Coalition, notamment la Banque mondiale, le FMI, l’Institut des
ressources mondiales, le partenariat CDN, la famille des Nations Unies, les partenaires au
développement et les universités.
3. Développer des partenariats en matière de connaissance et de recherche avec des intervenants
pertinents afin de faire en sorte que les ministère des Finances ont accès à des analyses et
recherches de haute qualité, en s’inspirant des réseaux et des pratiques existants.
4. Approfondir la sensibilisation et le dialogue sur la mise en œuvre du guide en organisant des ateliers
régionaux ou des « roadshows » nationaux ciblant les dirigeants politiques, les ministres des
Finances, les équipes et le personnel d’encadrement et les partenaires concernés.
5. Organiser des débats mondiaux ou régionaux avec les parties prenantes dans les zones de
contestation afin de renforcer le consensus mondial autour du rôle important des ministères des
Finances dans la conduite de l’action climatique.
8
6. Recevoir des commentaires et impressions des ministères concernant leur expérience et concernant
la manière de progresser dans le renforcement du rôle des ministères des Finances et de leur
engagement dans les processus climatiques mondiaux lors des réunions ministérielles de fin
2023/début 2024.
7. Renforcer l’engagement des ministères des Finances dans les processus climatiques nationaux et
mondiaux en amont de la COP28 sur le climat et de la COP16 sur la biodiversité.
Il est essentiel que les ministères des Finances élaborent des stratégies visant à intégrer l’action
climatique à leurs opérations essentielles, en admettant que des efforts à court et à long terme sont
nécessaires. De tels plans seront établis dans le cadre d’une collaboration étroite avec d’autres
ministères, agences et partenaires concernés. Les efforts concernant les actions prioritaires doivent
désormais être intensifiés. Il n’y a pas de temps à perdre ; les impacts du changement climatique
s’aggravent et une action anticipée générera des avantages significatifs.
La présente note est fondée sur le Principe 2 d’Helsinki, piloté par la Finlande et le Rwanda. Elle a été publiée en
avril 2023. La note et le guide sur lequel elle est basée ont été préparés dans le cadre d’un effort collaboratif de la
Coalition des ministres des finances pour l’action climatique, coordonné par une équipe du Grantham Research
Institute on Climate Change and Environment de la London School of Economics and Political Science. Tous les
membres de la Coalition ont eu l’occasion d’examiner ce travail.
Notes et références
1 Les dépenses publiques relevant généralement du ressort des ministères des Finances représentent environ 30 %
du PIB mondial en moyenne, pour un total supérieur à 100 000 milliards USD (voir Zouhar Y, Jellema J, Lustig N, et
al. (2021) Public Expenditure and Inclusive Growth - A Survey. Document de travail du FMI n° 2021/083. ; et base de
données des Perspectives de l’économie mondiale du FMI pour en savoir plus).
2 Songwe V, Stern N et Bhattacharya A (2022) Finance for climate action : Scaling up investment for climate and
4 Coalition des ministres des Finances pour l’action climatique (2020) Ministères des Finances et Contributions
9
Annexe
Exemples de bonnes pratiques des ministères des Finances (ou leurs équivalents nationaux) dans
le cadre des fonctions fondamentales
Fonction 1 : Réformer la stratégie économique en établissant des plans nationaux et des stratégies de transition (Principes
d’Helsinki 1 et 6)
Stratégies à long terme (SLT) • Le Trésor britannique a lancé la « Net Zero Review »
• Le ministère des Finances du Burkina Faso (MoF) est impliqué à toutes
les étapes du processus SLT
• Le ministère des Finances, de la Planification stratégique, de la
Planification nationale et du Développement (ministère de
l’Économie) des Fidji pilote le développement des SLT
• Dans leur SLT, la Macédoine du Nord et le Cambodge évaluent les
implications pour l’économie nationale
Plans nationaux d’adaptation (PAN) • Le ministère de l’Économie des Fidji évalue le coût du PAN
• Le Ministère de l’Economie, des Finances et de la Planification du
Développement du Togo (MOEFDP) aligne le processus PNA sur la
planification budgétaire au niveau national
Projet de pipelines et définition des • Plan d’investissement de Kiribati concernant la CDN, incluant un projet
priorités de pipeline
• São Tomé et Príncipe élabore une feuille de route dans le cadre
du projet
Domaines d’action Exemples de pays
Incitations économiques et politique • Les ministères des Finances du Canada, de l’UE, du Chili, de l’Irlande et
fiscale du Danemark introduisent la tarification du carbone
• Les ministères des Finances en Indonésie et en Inde réforment le
financement des combustibles fossiles
• Le ministère suédois des Finances met en place des instruments
politiques générateurs de revenus
• Rôle du ministère des Finances de l’Uruguay dans la conduite de la
transformation du secteur de l’énergie en Uruguay
• Les ministères allemand, éthiopien, islandais et belge des Finances
créent des incitations fiscales pour les véhicules électriques et la
modernisation
Ensembles de politiques • Le ministère chilien des Finances présente une stratégie intégrée de
intelligentes financement vert
• Le Costa Rica associe différentes taxes environnementales
• Paquet « Ajustement à l’objectif 55 » de l’UE
• L’Allemagne, l’Inde et le Royaume-Uni utilisent des paquets de
politiques intelligentes
Faire évoluer les finances publiques • Le ministère des Finances du Costa Rica pilote la mise en place d’une
réforme fiscale verte
• Un système de tarification des usagers de la route est lancé en Suisse
• Des redevances d’utilisation de la route sont mises à l’essai dans les
États et villes américains, en remplacement de la taxe sur le carburant
Gérer les risques fiscaux • Le ministère des Finances des Bahamas identifie les opportunités
d’investissement dans les infrastructures climatiques
• La Barbade introduit une clause de risque de catastrophe dans les
conventions de prêt
Cadres de dépenses et de budget • Le ministère français des Finances prépare un budget vert
• Le ministère des Finances du Népal intègre un budget respectueux du
climat
• Le Canada se livre à une évaluation stratégique de l’environnement
dans le cadre des propositions de politiques et de programmes
Rendre la gestion des investissements • Le ministère des Finances du Mexique élabore des indicateurs de
publics plus soucieuse de durabilité concernant les investissements publics
l’environnement • Lignes directrices sur la gestion des investissements publics de
l’Éthiopie, codéveloppées par le ministère des Finances
• Méthodologie d’évaluation des risques de catastrophe dans le cadre
des projets d’infrastructures publiques du Chili
• Analyse des risques de catastrophe dans le cadre du système national
d’investissement public du Costa Rica
Marchés publics écologiques • Le Costa Rica adopte une loi sur les marchés publics écologiques
Fonction 3 : Réformer la politique financière et le système financier pour mobiliser, orienter et combiner les financements
(principe d’Helsinki 5)
Élargir l’assiette fiscale • L’Office rwandais des recettes placé sous la tutelle du ministère des
Finances met en œuvre des réformes en matière de collecte de l’impôt
Financement par emprunt, y compris au • Les ministères des Finances en Pologne, aux Fidji, en Italie, en France et
moyen d’obligations vertes et d’autres à Singapour émettent des obligations vertes
obligations thématiques • Les ministères des Finances du Chili et de l’Uruguay émettent une
obligation souveraine liée à la durabilité
• Le ministère des Finances du Mexique émet des obligations liées aux
ODD, les Seychelles lancent une obligation bleue et l’Indonésie émet un
« sukuk vert »
• La Banque européenne pour la reconstruction et le développement
lance une obligation liée à la résilience climatique
Domaines d’action Exemples de pays
Financement régional • Utilisation du financement basé sur le foncier par le Trésor britannique
et la ville de Londres
• Le MOFPED de l’Ouganda améliore l’administration et le recouvrement
des impôts
• Johannesburg et Mexico émettent des obligations vertes
Tirer parti des fonds souverains et des • La Norvège rend le Fonds de pension du gouvernement plus soucieux
entreprises publiques de l’environnement avec le soutien du ministère des Finances
• Le ministère des Finances italien impose le cadre des obligations vertes,
sociales et durables du CDP
• Le ministère des Finances de la Nouvelle-Zélande publie un cadre
d’investissement pour le fonds de pension de retraite
Réformer les activités des banques • Le Trésor britannique modifie les mandats des comités de politique
centrales monétaire et financière de la Banque d’Angleterre
• L’UE débat du mandat de la Banque centrale européenne
Créer un secteur financier plus soucieux • Engagements du secteur financier dans le cadre du plan national pour le
de l’environnement climat et l’énergie (NCEP) des Pays-Bas
• Les institutions financières françaises s’engagent à mettre en œuvre
des stratégies de sortie du charbon auprès du ministre de l’Économie et
des Finances
• L’Indonésie lance une taxonomie verte
• Le Luxembourg lance une initiative de financement durable
• Le ministère des Finances du Mexique lance une taxonomie durable
• La Pologne combine développement du marché des capitaux et finance
durable
Innovations dans les modèles • Le ministère des Finances de l’Indonésie adhère au financement mixte
financiers • L’UE lance un Plan d’investissement extérieur
• La Finlande lance un programme de financement mixte en faveur du
climat
• L’Allemagne et le Luxembourg lancent des initiatives pour mobiliser des
fonds en faveur du climat
Feuilles de route des financements • Le ministère allemand des Finances codéveloppe une feuille de route en
verts matière de financement durable
Financement et assurance des risques • Le ministère jamaïcain des Finances participe à l’élaboration d’une
de catastrophe pour tous stratégie de financement des risques de catastrophe
• Quatre pays de l’Alliance du Pacifique lancent une obligation
catastrophe
• Facilité d’assurance contre les risques de catastrophe dans les Caraïbes
• Le ministère des Finances du Mexique lance un processus de gestion
des risques de catastrophe.
Tirer parti des capitaux des banques • La Banque brésilienne de développement (BNDES) finance des projets
multilatérales de développement (BMD) de développement vert
et des institutions de financement du • La Nacional Financiera (NAFIN) du Mexique soutient des projets
développement (IFD) internationaux de financement climatique
• Le Fonds vert du Rwanda (FONERWA) agit en tant que vecteur de
financement climatique
Domaines d’action Exemples de pays
Accéder aux marchés internationaux • Initiative des marchés africains du carbone lancée à la COP27
des capitaux • La Guyane, le Pérou, le Népal et le Cambodge émettent ou s’apprêtent
à émettre des crédits carbone
Plateformes nationales • L’Afrique du Sud lance un partenariat international pour une transition
énergétique juste
Assurer une transition juste • Le ministère irlandais des Finances utilise les recettes générées par la
taxe carbone pour soutenir une transition juste
• Le Groupe de travail sur la transition juste du Canada atténue les
impacts sociaux de la transition
• L’Espagne met en place des accords sur la transition juste à l’attention
des régions touchées par le climat
• L’UE lance un mécanisme de transition juste
Remarques : Toutes les initiatives citées n’impliquent pas nécessairement la participation du ministère des Finances, mais elles
peuvent servir d’exemples aux ministères des Finances concernant les types de stratégies qu’ils peuvent développer ou soutenir.
Les éléments en gras renvoient à des études de cas détaillées figurant dans le rapport complet.
Exemples de leadership climatique des ministères des Finances (ou leurs équivalents nationaux) visant à renforcer les
compétences fondamentales
Refonte du mandat du ministère des • Révision de l’énoncé de mission du ministère des Finances du
Finances en matière de changement Danemark
climatique • L’Irlande, les Bahamas, la Malaisie, le Pérou et l’Uruguay clarifient
les mandats de leurs ministères des Finances
Développer des stratégies internes des • Le plan stratégique de la direction du Trésor des États-Unis
ministères des Finances en matière de consiste notamment en des « opérations de trésorerie durables »
changement climatique • Les ministères des Finances irlandais, néo-zélandais et finlandais
intègrent le climat à leur stratégie ministérielle
• Le Chili et la direction du Trésor des États-Unis publient des
stratégies climatiques
• La nouvelle stratégie Climat et Nature du ministère finlandais des
Finances
Améliorer la gouvernance et la structure • Le ministère de l’Économie des Fidji crée une division du
organisationnelle changement climatique et de la coopération internationale
• L’Inde crée l’unité de financement du changement climatique au
sein du ministère des Finances
• Le ministère des Finances du Danemark crée un Centre pour le
Climat, l’Économie verte et l’UE
• Les ministères des finances de l’Irlande, de l’Inde, du Chili, de
l’Ouganda, du Pérou et du Royaume-Uni mettent en place des
unités dédiées
• La direction du Trésor des États-Unis créée un pôle sur le climat
Améliorer la collaboration et la coordination • Les ministères des Finances des États-Unis, de l’Ouganda, de
l’Uruguay et de Singapour sont impliqués dans les mécanismes
de coordination interinstitutionnels.
• Rôle du ministère des Finances ougandais dans la coordination
de la réponse climatique
• La France crée le Secrétariat général à la planification écologique
• Les ministères des Finances de la Grèce, de l’Uruguay et de
l’Égypte collaborent dans le cadre d’initiatives stratégiques
Domaines d’action Exemples de pays
Remarque : Les éléments en gras renvoient à des études de cas détaillées figurant dans le rapport complet.