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Introduction

Nous qui étions si fiers de notre système éducatif, le meilleur


au monde disions-nous sans l’ombre d’une hésitation. Durant des
décennies, il a servi les intérêts de notre pays en délivrant une solide
formation à plusieurs générations de petits Français et en faisant
partager les valeurs de notre pays aux nombreux étrangers venus
chercher une vie meilleure en France.
Aujourd’hui, l’histoire d’amour entre les Français et leur
école a vécu. Un cycle s’achève, celui commencé il y a maintenant
plus de cent trente ans avec l’école de Jules Ferry. Elle évolua au gré
des nouvelles exigences d’un monde où la technique prenait une part
de plus en plus grande. Mais quand vint le temps de la massification,
une rupture se produisit. L’école n’avait pas été conçue pour con-
duire toute une classe d’âge au lycée. Ce fut alors le début de tout un
ensemble de dérèglement, la belle machine se grippa et l’école
s’enfonça dans une crise sans précédent. Aujourd’hui, de plus en
plus de nos concitoyens prennent conscience que nous sommes dans
une impasse. Les ouvrages tirant la sonnette d’alarme se multiplient
et de nombreuses voix se sont élevées ces dernières années pour
critiquer notre système éducatif, principalement pour dénoncer
l’échec scolaire bien trop important, la baisse de niveau dans les
disciplines littéraires, les inégalités persistantes et l’explosion des
violences scolaires. Plus que jamais l’école est sur la sellette.
En effet, l’édifice se fissure de toute part ! Inutile de fuir la
réalité, les lézardes sont profondes. Notre école va de mal en pis.
Qu’observe-t-on ? Des établissements à la dérive où la préoccupa-
tion majeure n’est plus de transmettre des connaissances mais de
pacifier. Des élèves en rupture avec le système, particulièrement
agressifs, dont certains basculent dans la délinquance. Un nombre
inacceptable de jeunes qui quittent l’école sans avoir obtenu le
moindre diplôme. Des enseignants complètement abattus qui ne
savent plus à quel saint se vouer… Arrêtons là, la coupe est pleine.
Pourtant, de tous les ministères, celui de l’Éducation nationale gère
le plus gros budget, et ce n’est que justice tant l’éducation et la
formation jouent un rôle essentiel dans un monde de haute
technologie où la concurrence entre les pays est féroce. Mais malgré
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l’effort consenti par la communauté nationale, rien ne semble
pouvoir endiguer le déclin de l’école. Elle glisse inexorablement sur
une pente de plus en plus dangereuse. La décadence de l’école semble
inéluctable. Tel un bateau en perdition dans une mer démontée, elle
prend l’eau de toute part. Tous les indicateurs sont dans le rouge.
Un autre aspect du problème vient encore renforcer nos inquié-
tudes. Ce sont les fondations de l’édifice qui sont atteintes ! En effet,
l’école peut être analogiquement comparée à un temple reposant sur
quatre piliers bien distincts. Chacun matérialise une mission spéci-
fique que l’école se doit de remplir. Si les piliers/missions sont défail-
lants, tout l’édifice risque de s’écrouler. Qu’en est-il ?
Nous attendons de l’école qu’elle délivre à chaque élève une
solide formation sanctionnée à son terme par un diplôme. Mal-
heureusement, l’école n’y parvient pas. Incapable de s’adapter à une
partie de sa « clientèle », elle génère beaucoup d’exclusion. Les
victimes de l’échec scolaire se multiplient. Beaucoup seront orientés
vers des filières de relégation et quitteront l’école sans avoir obtenu
le moindre diplôme. Loin de l’idéal d’une école pour tous, notre
système éducation élimine impitoyablement tous ceux qui ne rentrent
pas dans le moule et génère son lot de laissés-pour-compte.
Non seulement le système éducatif manque cruellement d’ef-
ficacité, mais il y règne également l’injustice. Très complexe avec
ses multiples filières, il représente une véritable jungle où seuls les
initiés réussissent à éviter tous les pièges. En effet, l’échec scolaire,
l’illettrisme, sont loin de toucher les élèves au hasard. Ce sont les
enfants des catégories socioprofessionnelles les plus humbles qui en
sont les premières victimes. La fracture sociale se répercute dans
l’école et donne naissance à la fracture scolaire ; à tel point qu’il
n’est pas faux d’affirmer qu’il y a deux écoles : celle des riches et
celle des pauvres2. Malheureusement, le mérite n’est plus le critère
déterminant, comme il devrait pourtant en être le cas. Ainsi, l’égalité
des chances est un vœu pieux, la fracture scolaire une réalité.
Quant à la formation de citoyens responsables et respectueux
du pacte républicain, malgré le retour en force de l’éducation
civique, les résultats ne sont pas à la hauteur de nos espérances, nous
restons sur notre faim. Bien que nous attendions de l’école qu’elle
accueille chaque élève-citoyen afin de lui faire partager les valeurs

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Nestor Romero, L’école des riches, l’école des pauvres, Syros.
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de notre communauté, nous déplorons dans la vie quotidienne un
recul du savoir-vivre. Les incivilités se multiplient ! Il est vrai que
l’école ne parvient plus à transmettre une partie de l’héritage cul-
turel de l’humanité à ses élèves, élément pourtant essentiel à la
compréhension des temps passés et des autres cultures. Dans ces
conditions, espérer développer chez les élèves une éthique ou par-
venir à assurer le lien entre les générations relève de la gageure. En
laissant sur le bord du chemin bon nombre d’élèves, à défaut de
partage des valeurs, on récolte le communautarisme. Ainsi, derrière
les beaux discours qui flattent notre oreille en nous promettant l’école
pour tous et l’égalité des chances se cache une réalité particu-
lièrement préoccupante.
Incontestablement, notre système éducatif ne parvient plus à
assurer les missions qui lui sont assignées. Nos attentes sont déçues
et l’énorme capital confiance dont bénéficiait l’école au sein de la
population s’est considérablement érodé. Que de lézardes dans l’édi-
fice ! Dès lors, il ne faut pas se voiler la face, la pérennité de l’école
telle que nous la connaissons aujourd’hui est menacée.
Or, les destins de la France et de son école sont liés. En effet,
l’Éducation nationale n’est pas un service public comme les autres,
ici le mot service prend une ampleur toute particulière. L’école ne
rend pas simplement service à la nation, elle en est un élément
essentiel, vital. Comme un cœur qui par ses pulsations irrigue l’en-
semble de l’organisme, l’école alimente la société en forces vives,
tous ces jeunes adultes qu’elle a pris soin de former et qui consti-
tueront l’ossature de notre société. Sachant qu’une excellente
formation représente un atout considérable pour réussir dans la vie,
son action s’avère déterminante. Si elle faillit à sa tâche, l’insertion
de ceux-ci dans la vie active est fortement compromise. Toute la
société en pâtit. N’en doutons pas, si l’école éternue, la France
s’enrhume. Les déboires de notre système éducatif sont lourds de
conséquences. Jugez plutôt !
Nul ne contestera que l’on récolte ce que l’on sème, mais
encore faut-il aussi savoir le faire pousser ! Lorsque l’école prépare
correctement ses élèves à la vie active, elle favorise le passage en
douceur qui conduit des études à l’exercice d’une profession. Du
sang neuf est injecté dans l’économie, contribuant ainsi au dyna-
misme et à la prospérité du pays. Mais que se passe-t-il si la méca-
nique s’enraille ? Qu’arrive-t-il si l’école n’est pas capable de cultiver
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les talents de ses élèves, de patiemment faire grandir les facultés qui
sommeillent en eux ou encore de faire éclore les dons dont ils
n’avaient peut-être pas conscience ? Une vie de galère le plus
souvent, car l’échec scolaire est à la source de bien des décon-
venues ! Les laissés-pour-compte du système éducatif ne sont pas au
bout de leur peine, l’avenir ne se présente pas sous les meilleurs
hospices, le cycle des exclusions ne fait que commencer ! Très mal
préparés à la vie active, après avoir été exclus du système éducatif,
les naufragés de l’école seront au ban de la société ; au chômage et
sans aucun revenu jusqu’à 25 ans, au RMI ensuite. Difficile éga-
lement de trouver l’âme sœur, et a fortiori de fonder une famille,
avec d’aussi faibles revenus et sans statut social ! Les dégâts pro-
voqués par l’échec scolaire sont considérables. Combien de talents
restent inexploités ? Combien d’élèves sortent du système éducatif
en ayant totalement perdu confiance en eux ? Et pourtant, ne s’agit-
il pas d’une qualité fondamentale afin de réussir dans la vie ?
Combien d’étudiants quittent l’université sans y avoir obtenu le
moindre diplôme ? N’y ont-ils pas perdu leur temps et l’État son
argent ? Évidemment, tout ceci finit par rejaillir sur le moral des troupes.
Combien de professeurs ont perdu le goût de leur métier ? À n’en
pas douter, l’échec de l’école se traduit à terme par l’échec du pays.
Le gâchis est considérable ! La multiplication des laissés-pour-compte
de notre société finira par tuer la vitalité du pays si rien n’est fait !
La fracture sociale dénoncée en 1995 par le Président Chirac a
aujourd’hui une petite sœur : la fracture scolaire. Les conséquences
de celle-ci sont tout aussi préoccupantes. Alors que l’école devrait
montrer l’exemple, être le prototype d’une microsociété où s’ap-
plique les valeurs de la République, aujourd’hui, elle ressemble
plutôt à un univers impitoyable où règne la loi de la jungle. L’école
n’est plus le modèle qu’elle a su être pendant bien des années, elle
est aujourd’hui le reflet de la société, dur et injuste. Seulement voilà,
dès lors qu’une partie de la population se sent lésée, victime d’injus-
tices, c’est la porte ouverte à bien des dérives ! Toutes ces iniquités
contribuent à générer un sentiment de révolte qui peut conduire à
une déstabilisation du système. Il suffit de se rappeler les émeutes de
fin 2005 pour se convaincre que les défaillances de notre modèle
social peuvent mener très loin. La cohésion nationale repose en
grande partie sur les épaules de notre école ; devant ses errements, il
y a tout lieu d’être inquiet !
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