Zéro est un chiffre et un nombre.
Son nom a été emprunté en 1485 à l’italien zero,
contraction de zefiro, issu du latin médiéval zephirum, qui représente une
transcription de l’arabe ṣĭfr ()صفر, le vide2 (qui en français a également
donné chiffre). Le zéro est noté sous forme d’une figure fermée simple : 0.
En tant que chiffre, il est utilisé pour « garder le rang »3 et marquer une position vide
dans l’écriture des nombres en notation positionnelle.
En tant que nombre, zéro est un objet mathématique permettant d’exprimer une
absence comme une quantité nulle : c'est le nombre d'éléments de l’ensemble vide.
Il est le plus petit des entiers positifs ou nuls. Ses propriétés arithmétiques
particulières, notamment l’impossibilité de la division par zéro, impliquent parfois de
traiter son cas à part. Il sépare les nombres réels en positifs et négatifs et tient lieu
d’origine pour repérer des points sur la droite réelle4.
En algèbre, 0 est souvent utilisé comme symbole pour désigner l’élément
neutre pour l’addition dans la plupart des groupes abéliens et en particulier dans
les anneaux, corps, espaces vectoriels et algèbres, parfois sous le nom d’élément
nul. Il est aussi l'élément absorbant pour la multiplication.
Les Babyloniens ont utilisé les premiers, un peu plus de 200 ans av. J.-C., une forme
de chiffre zéro à l’intérieur d’un nombre (par exemple : 304) mais jamais à droite du
nombre, ni à gauche. C’est l’Inde qui perfectionne la numération décimale. Elle
n’utilise pas seulement le zéro comme notation à la manière babylonienne, mais
aussi comme un nombre avec lequel opérer. La notion et la notation indienne du
zéro sont ensuite empruntées par les mathématiciens arabes5 qui les ont transmises
à l'Europe.
Il faut noter la place particulière des Mayas, seuls arithméticiens de l’Antiquité à
définir deux zéros, l’un cardinal, l’autre ordinal, comme l’illustre le verso de la plaque
de Leyde6.
Histoire
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Zéro en tant qu'absence d'élément
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L'une des premières apparitions d'un symbole pour indiquer l'absence de tout
élément se trouve dans l'Ashtadhyayi, traité de grammaire en sanskrit attribué au
grammairien Pāṇini et rédigé au plus tard au IVe siècle av. J.-C. La plupart des
formes nominales du sanskrit peuvent être représentées par des segments
phonétiques réels selon la séquence racine + suffixe de thème + suffixe flexionnel.
Certaines des formes nominales échappent cependant à cette règle. Ainsi le
mot bajham (« partage ») est formé de la racine bajh- et du suffixe flexionnel -
am sans faire intervenir de suffixe de thème pour sa formation. L'auteur de
l'Ashtadhyayi a choisi d'indiquer son absence en la représentant par un symbole7.
Zéro en tant que chiffre
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Les systèmes de numération positionnels sont de bons candidats pour l'apparition du
zéro en tant que chiffre. Il est ainsi apparu plusieurs fois dans ceux élaborés par
différents peuples et civilisations. Le chiffre zéro n'y est cependant pas nécessaire :
des civilisations comme la Chine ou la Mésopotamie s'en sont passé durant des
siècles.
Dans la civilisation mésopotamienne, un système sexagésimal de position apparait
dès le XXIe siècle av. J.-C.8. Ce système n'utilisait pas de zéro, ni pour indiquer l'ordre
de grandeur, puisqu'ils travaillaient sur un système apparenté à la virgule flottante 9 ni
pour indiquer une absence au sein de la numération où d'autres moyens étaient
utilisés comme l'espacement10. La première apparition du zéro
en Mésopotamie semble remonter au IIIe siècle av. J.-C., à l’époque des Séleucides.
Il n’était cependant pas utilisé dans les calculs et ne servait que comme chiffre
(marquage d’une position vide dans le système de numération mésopotamienne)11.
Ignoré par les Romains, il fut repris et mieux utilisé encore par les astronomes grecs.
Les inscriptions sur os et écailles (jiaguwen) découvertes dans la région de Anyang,
dans l’actuel Henan, à la fin du XIXe siècle, nous apprennent que, dès les XIVe –
XIe siècles av. J.-C., les Chinois utilisaient une numération décimale de type
« hybride », combinant neuf signes fixes pour les unités de 1 à 9, avec des
marqueurs de position particuliers pour les dizaines, centaines, milliers et myriades.
Au Ier siècle av. J.-C., en Chine antique, la numération à l'aide de baguettes à
calculer utilise des espaces entre les chiffres pour représenter les zéros.[réf. souhaitée] Le
zéro s'y rencontre tardivement probablement sous influence babylonienne ou
grecque12.
Une autre présence concerne le système dont nous sommes toujours héritiers,
apparue vraisemblablement dans le monde indien au IIIe siècle ou même avant13. La
première trace écrite conservée du 0 se trouverait dans le manuscrit de
Bakhshali (IIIe ou IVe siècle apr. J.-C.)14.
L'utilisation d'un zéro positionnel est également avéré dans le système
de numération maya, au IVe siècle, qui dispose en outre d'un zéro ordinal15.
En tant que nombre
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Son usage moderne, à la fois comme chiffre et comme nombre, est hérité de
l’invention indienne des chiffres nagari vers le Ve siècle. Le mot indien désignant le
zéro était śūnya (çûnya), qui signifie « vide », « espace » ou « vacant ». Le
mathématicien et astronome indien Brahmagupta est le premier à définir le zéro dans
son ouvrage Brâhma Siddhânta. Ce mot, d'abord traduit en arabe par « ṣifr », ce qui
signifie « vide » et « grain », a ensuite donné en français les mots chiffre et zéro (de
par la traduction de sifr en l’italien zephiro, à partir duquel a été formé zevero qui est
devenu zero). La graphie du zéro, d’abord un cercle, est inspirée de la représentation
de la voûte céleste[réf. nécessaire].
Comme l’indique l’étymologie, son introduction en Occident est consécutive à la
traduction de mathématiques arabes, notamment les travaux d’al-Khwârizmî, vers
le VIIIe siècle. En 976, Muhammad Ibn Ahmad al-Khwarizmi