Les tonalités
I- Définition
La tonalité renvoie à la manière de s’exprimer pour produire un effet sur le lecteur (rire, angoisse, pitié, admiration …).
II- Principaux types
2-1/ Lyrique
Traduire les sentiments intimes communs à tous les êtres humains en employant le vocabulaire de l’affection et de
l’émotion, le « je », l’exclamation, l’interjection, le présent de l’indicatif, des figures de style …
Effet recherché : invite à l’empathie.
Exemple d’ "Antigone"
« Le jardin dormait encore. Je l’ai surpris nourrice. Je l’ai vu sans qu’il s’en doute. C’est beau un jardin qui ne pense
pas encore aux hommes. »
2-2/ Pathétique
Inspire au lecteur une émotion et suscite sa compassion : pitié, sympathie, attendrissement …
Effet recherché : Emouvoir, apitoyer le lecteur et susciter sa compassion voire ses larmes.
Exemple de "Le dernier jour d’un condamné "
« Condamné à mort ! Voilà cinq semaines que j’habite cette pensée, toujours seul avec elle, toujours glacé de sa
présence, toujours courbé sous son poids. » (Chapitre 1)
2-3/ Tragique
Émouvoir en parlant de la mort, du destin, de la fatalité et des forces qui modifient notre sort. On emploie un
vocabulaire de la mort, de la fatalité, de la passion …
Effet recherché : Faire naître la crainte, la terreur, le sentiment de l’impuissance chez le lecteur.
Exemple d’ "Antigone"
« Bien sûr. A chacun son rôle. Lui, il doit nous faire mourir, et nous, nous devons aller enterrer notre frère. C’est
cela que ç’a été distribué. Qu’est-ce que tu veux que nous y fassions. »
2-4/ Laudatif
Ce registre couvre tous les champs de la louange. Il emploie naturellement un lexique mélioratif et des images
valorisantes de nature à parer les objets concernés de toutes les qualités.
Exemple de " La Boîte à Merveilles "
« Mon père qu’elle appelait « l’Homme» n’échappait pas à ses coups de griffes. Sa haute taille, sa force, son silence
devenaient motifs à caricature. Moi j’aimais mon père. Je le trouvais très beau. La peau blanche légèrement dorée,
la barbe noire, les lèvres rouge corail, les yeux profonds et sereins, tout en lui me plaisait.» (Chapitre 4)
2-5/ Satirique
Le registre satirique concerne tous les textes dans lesquels on critique ouvertement une personne, une situation ou
une idée en s’en moquant et en la tournant en ridicule.
Effet recherché : Dénoncer, critiquer, condamner des comportements, des vices.
Exemple de " La Boîte à Merveilles "
« J’ai gardé un vif souvenir de cette femme, plus large que haute, avec une tête qui reposait directement sur le tronc,
des bras courts qui s’agitaient constamment. Son visage lisse et rond m’inspirait un certain dégoût. Je n’aimais pas
qu’elle m’embrassât. » (Chapitre 2)
2-6/ Ironique
Jouer sur les oppositions et les contradictions en disant le contraire de ce qu’on pense pour se moquer.
Effet recherché : Railler, critiquer, dénoncer des personnes et des comportements.
Exemple " Le dernier jour d’un condamné "
« Plus de chance maintenant ! Mon pourvoi sera rejeté, parce que tout est en règle ; les témoins ont bien témoigné,
les plaideurs ont bien plaidé, les juges ont bien jugé ... » (Chapitre 15)
2-7/ Comique
Provient des mots, de la situation, des gestes, de la manière de raconter ou de présenter.
Effet recherché : Déclencher le rire en jouant sur les décalages entre ce qui est attendu et ce qui se produit.
Exemple de " La Boîte à Merveilles "
« Elle comparait le mari de Rahma à un âne qui aurait trop mangé de son, celui de Fatma Bziouya à un rat inquiet.»
(Chapitre 4)
2-8/ Polémique
On cherche à défendre son point de vue pour convaincre ou persuader quelqu’un en utilisant les différents
arguments, les connecteurs logiques, un lexique spécifique, une stratégie oratoire …
Effet recherché : Invite à prendre position.
Exemple d’ " Antigone "
« Non, je ne me tairai pas ! Je veux savoir comment je m'y prendrai, moi aussi, pour être heureuse. Tout de suite,
puisque c'est tout de suite qu'il faut choisir. Vous dites que c'est si beau, la vie, je veux savoir comment je m'y
prendrai pour vivre ...»
2-9/ Fantastique
Provient des mots, de la situation, des gestes, de la manière de raconter ou de présenter.
Effet recherché : Déclencher l’inquiétude du lecteur en jouant sur les décalages entre ce qui est attendu et ce
qui se produit.
Exemple de " La Boîte à Merveilles "
« Je ne comprenais rien au rituel compliqué qui se déroulait au rez-de-chaussée. De notre fenêtre du deuxième
étage, je distinguais à travers la fumée des aromates les silhouettes gesticuler. Elles faisaient tinter leurs instruments
bizarres. J’entendais des you-you. Les robes étaient tantôt bleu-ciel, tantôt rouge sang, parfois d’un jaune
flamboyant..» (Chapitre 1)
III- Exercices
3-1/ Exercice 1
Choisissez la bonne réponse :
A- Qu’appelle-t-on un registre littéraire ?
1. Il s’agit du nom donné aux différentes manières d’exprimer un message : le registre familier, le registre
courant et le registre soutenu.
2. Un registre littéraire désigne l’ensemble des caractéristiques d’un texte qui provoquent des effets particuliers
(émotionnels ou intellectuels) sur le lecteur ou le spectateur.
3. Les registres littéraires sont les catégories dans lesquelles on classe habituellement les œuvres littéraires ayant
des points communs (par exemple, le roman, la poésie, etc.).
B- Si dans un texte le narrateur ou le poète évoque ses sentiments personnels, ses états d’âme (joie, tristesse,
chagrin, etc.), de quel registre s’agit-il ?
1. Il s’agit du registre comique.
2. Il s’agit du registre épique.
3. Il s’agit du registre lyrique.
4. Il s’agit du registre ironique.
C- Lorsqu’un texte cherche à faire rire le lecteur ou le spectateur, quel est son registre ?
1. Il s’agit du registre épique.
2. Il s’agit du registre tragique.
3. Il s’agit du registre pathétique.
4. Il s’agit du registre comique.
D- Quel est le registre d’un texte dans lequel des événements étranges et inexplicables font irruption dans un univers
réaliste ?
1. Il s’agit du registre fantastique.
2. Il s’agit du registre bizarre.
3. Il s’agit du registre incroyable.
4. Il s’agit du registre épique.
3-2/ Exercice 2
Choisissez la bonne réponse :
B- Quel registre cherche à susciter chez le lecteur des sentiments de pitié, de compassion ?
1. Il s’agit du registre lyrique.
2. Il s’agit du registre oratoire.
3. Il s’agit du registre pathétique.
C- Quel registre présente des personnages qui, tourmentés par de fortes passions ou par un dilemme, ne peuvent
éviter un dénouement malheureux.
1. Il s’agit du registre didactique.
2. Il s’agit du registre merveilleux.
3. Il s’agit du registre tragique.
4. Il s’agit du registre lyrique.
D- Quel registre caractérise un texte qui s’attaque à des idées, qui dénonce violemment une situation ?
1. Il s’agit du registre polémique.
2. Il s’agit du registre didactique.
3. Il s’agit du registre ironique.
4. Il s’agit du registre satirique.
3-3/ Exercice 3
Déterminez la tonalité (ou le registre) de chacun des textes suivants en justifiant la réponse :
1. Le soir, quand tous dorment, les riches dans leurs chaudes couvertures, les pauvres sur les marches des boutiques
ou sous les porches des palais, moi je ne dors pas. Je songe à ma solitude et j’en sens tout le poids. Ma solitude ne
date pas d’hier.
Je vois, au fond d’une impasse que le soleil ne visite jamais, un petit garçon de six ans, dresser un piège pour
attraper un moineau mais le moineau ne vient jamais […].
(Extrait du chap.1, La Boîte à Merveilles) – A. SEFRIOUI
2. Sous cette toile il y avait quatre ou cinq noms parfaitement lisibles, parmi d’autres dont il ne reste rien qu’une
tache sur le mur. – DAUTUN, 1815. – POULAIN, 1818. – JEAN MARTIN, 1821. – CASTAING, 1823. J’ai lu ces
noms, et de lugubres souvenirs me sont venus : Dautun, celui qui a coupé son frère en quartiers, et qui allait la nuit
dans Paris jetant la tête dans une fontaine et le tronc dans un égout […].
(Extrait du chap.12, Le dernier jour d’un condamné) – V. HUGO
3. […] ISMENE __ Je ne veux pas mourir.
ANTIGONE, doucement. __ Moi aussi j'aurais bien voulu ne pas mourir.
ISMENE __ Ecoute, j'ai bien réfléchi toute la nuit. Je suis l'aînée. Je réfléchis plus que toi. Toi, c'est ce qui te passe
par la tête tout de suite, et tant pis si c'est une bêtise. Moi, je suis plus pondérée. Je réfléchis.
ANTIGONE __ Il y a des fois où il ne faut pas trop réfléchir.
ISMENE __ Si, Antigone. D'abord c'est horrible, bien sûr, et j'ai pitié moi aussi de mon frère, mais je comprends un
peu notre oncle […].
(Extrait de la scène 4, Antigone) – J. ANOUILH
4. […] et puis il m’a paru que le cachot était plein d’hommes, d’hommes étranges qui portaient leur tête dans leur
main gauche, et la portaient par la bouche, parce qu’il n’y avait pas de chevelure. Tous me montraient le poing,
excepté le parricide.
J’ai fermé les yeux avec horreur, alors j’ai tout vu plus distinctement.[…]– Ô les épouvantables spectres ! – Non,
c’était une fumée, une imagination de mon cerveau vide et convulsif. […].
(Extrait du chap.12, Le dernier jour d’un condamné) – V. HUGO
5. J’étais réveillé quand mon père partit. Ma mère lui fit quelques recommandations et resta après son départ,
prostrée sur son lit, le visage caché dans ses deux mains.
J’eus la sensation que nous étions abandonnés, que nous étions devenus orphelins. Tout le monde dans le quartier
devait être au courant de nos ennuis matériels et du départ de mon père. Ils manifesteraient à notre égard une pitié
ostentatoire plus humiliante que le pire mépris. Mon père parti, nous restions sans soutien, sans défense.
(Extrait du chap.9, La Boîte à Merveilles) – A. SEFRIOUI
3-4/ Exercice 4
Déterminez la tonalité (ou le registre) de chacun des textes suivants en justifiant la réponse :
1. […] Rien d'autre ne compte. Et tu allais le gaspiller ! Je te comprends, j'aurais fait comme toi à vingt ans […]
Marie-toi vite, Antigone, sois heureuse. La vie n'est pas ce que tu crois. C'est une eau que les jeunes gens laissent
couler sans le savoir, entre leurs doigts ouverts. Ferme tes mains, ferme tes mains, vite. Retiens-la. Tu verras, cela
deviendra une petite chose dure et simple qu'on grignote, assis au soleil. Ils te diront tout le contraire parce qu'ils ont
besoin de ta force et de ton élan. Ne les écoute pas. Ne m'écoute pas quand je ferai mon prochain discours devant le
tombeau d'Etéocle […].
(Extrait de la scène 11, Antigone) – J. ANOUILH
2. […] ISMENE __ Il nous ferait mourir.
ANTIGONE __ Bien sûr. A chacun son rôle. Lui, il doit nous faire mourir, et nous, nous devons aller enterrer notre
frère. C'est comme ça que ç'a été distribué. Qu'est-ce que tu veux que nous y fassions ?
ISMENE __ Je ne veux pas mourir […].
(Extrait de la scène 4, Antigone) – J. ANOUILH
3. J’ai gardé un vif souvenir de cette femme, plus large que haute, avec une tête qui reposait directement sur le
tronc, des bras courts qui s’agitaient constamment. Son visage lisse et rond m’inspirait un certain dégoût. Je
n’aimais pas qu’elle m’embrassât.
Quand elle venait chez nous, ma mère m’obligeait à lui baiser la main parce qu’elle était chérifa, fille du Prophète,
parce qu’elle avait connu la fortune et qu’elle était restée digne malgré les revers du sort. Une relation comme Lalla
Aïcha flattait l’orgueil de ma mère.
(Extrait du chap.2, La Boîte à Merveilles) – A. SEFRIOUI
4. […] Il entra, puis la porte se rouvrit presque immédiatement, la rose s’écrasa sous ses pieds, puis, le turban de Si
Othman vint la rejoindre suivi d’un Si Othman pâle et défait. Il ramassa son couvre-chef, prit la rose qu’il respira
longuement et, me voyant-là qui le dévisageait, Il me gratifia d’un large sourire. Nous riions à nous tordre.
Rahma termina ainsi : - La rose, le turban et l’attitude de Si Othman m’intriguèrent et j’ai demandé à M’Barka ce
qui était arrivé, j’ai appris comment Lalla Khadija traitait son vieux mari […].
(Extrait du chap.6, La Boîte à Merveilles) – A. SEFRIOUI
5. Condamné à mort !
Voilà cinq semaines que j’habite avec cette pensée, toujours seul avec elle, toujours glacé de sa présence, toujours
courbé sous son poids ! […].
(Extrait du chap.1, Le dernier jour d’un condamné) – V. HUGO
6. Pauvre petite ! Ton père qui t’aimait tant, ton père qui baisait ton petit cou blanc et parfumé, qui passait la main
sans cesse dans les boucles de tes cheveux comme sur de la soie, qui prenait ton joli visage rond dans sa main, qui te
faisait sauter sur ses genoux, et le soir joignait tes deux petites mains pour prier Dieu !
(Extrait du chap.26, Le dernier jour d’un condamné) – V. HUGO