Évaluation des boues en lagunage tunisien
Évaluation des boues en lagunage tunisien
2025 19:18
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Chema KEFFALA1, Kôkoh Rose EFFEBI2, Ahmed GHRABI1, Hugues JUSPIN2 et Jean-Luc VASEL2*
1
Centre de Recherche et des Technologies des Eaux, Laboratoire Traitement et Recyclage des Eaux Usées,
B.P. 273, 8020 Soliman, Tunisie
2
Université de Liège, Département science et gestion de l’environnement,
185, avenue de Longwy, 6700 Arlon, Belgique
Nombre de
Nombre Débit mesuré
mois
Année de mois de (déversoir) m3j-1
de mesure
fonctionnement (Di)
(ni)
1996 / 4 /
1997 / 11 /
1998 11 11 40
1999 11 11 35
2000 6 10 35
2001 / 10 /
2002 3 10 30
2003 9 10 30
2004 / 10 /
2005 3 10 35
ni Di
Débit moyen 34,9
ni
Production de boue dans des bassins type lagunage
66
en arrêt pendant plus ou moins deux années (1996-1998). Le sur chaque bassin. La technique est transposée des travaux
bassin facultatif était alors alimenté directement. du CEMAGREF, puis modifiée par l’unité « Assainissement
et Environnement » du département sciences et gestion de
Selon une communication personnelle d’un rapport interne l’environnement de l’Université de Liège. L’épaisseur des
de l’ONAS (Office National de l’Assainissement en Tunisie), sédiments résulte de la soustraction de la profondeur totale du
un habitant tunisien rejette 33 g de DBO par jour. Compte bassin, mesurée par une tige principale et celle de la tranche
tenu de la charge en DBO dans l’eau usée brute mesurée à d’eau mesurée par une tige glissante, munie à son extrémité
l’entrée du bassin anaérobie (9,3 kg•j-1), le nombre théorique
inférieure d’un disque poreux qui descend le long d’une tige
d’équivalents habitants desservi par cette station pilote est
principale jusqu’à la surface des sédiments. La différence entre
égal à 282. Les charges appliquées ainsi que les concentrations
les hauteurs de ces deux tiges détermine l’épaisseur de la tranche
moyennes ont été calculées en tenant compte du nombre de
mois de fonctionnement. de dépôts.
Tableau 2. Caractéristiques physico-chimique de l’eau à l’entrée et à la sortie des différents bassins ((Moy. : moyenne; (*) Moyennes
calculées à partir des valeurs individuelles des années 1998, 1999, 2000, 2003; (**) Valeurs moyennes (n = 4) de mesures
individuelles de l’année 2005).
Table 2. Physical-chemical characteristics of water at the inlets and outlets of the ponds ((*) mean of individual values of years
1998, 1999, 2000, 2003; (**) mean value of year 2005 (n = 4)).
**MES (mgL-1) 420,3 60,1 85,5 14 72,5 6,6 74,8 4,1 81,3 6,2
**MV (mgL ) -1
120 30,9 80,3 16,5 50,1 10,5 47,9 11,3 38 11,9
**DBO5 (mgL ) -1
315 164,4 196,3 38,2 102 39,9 78,8 30,7 73,8 38,2
**DCO (mgL-1) 430,4 118,3 240,8 43,2 178,5 32,5 166,8 19,6 149 28,1
Production de boue dans des bassins type lagunage
68
Les paramètres suivants ont été mesurés selon les techniques varie entre 4 et 84 cm (Tableau 3). Ils sont plus épais dans
décrites dans AFNOR (1983) : azote total (NT), phosphore le premier compartiment du bassin, ce qui correspond à une
total (PT), carbone total (CT), MS (après séchage à 105 °C) et profondeur de 2,34 m. Dans ce contexte, CAVALCANTI
MV (après combustion à 525 °C). et VAN HAANDEL (2001) ont montré que si le bassin est
subdivisé en sections, le brassage est réduit au minimum
et les solides en suspension tendront à se déposer dans la
première section du bassin. D’autres auteurs ont observé cette
hétérogénéité de la distribution des sédiments : CARRE et al.
3. RÉSULTATS ET DISCUSSION (1990); NELSON et al. (2004) et SCHNEITER et al. (1984)
ont démontré que, dans le cas d’un bassin facultatif à une seule
3.1 Accumulation de boue entrée, les sédiments s’accumulent directement à l’entrée. Selon
NELSON et al. (2004), l’installation de tuyaux d’alimentation
Au niveau du bassin facultatif (BI), la distribution des additionnels permettrait une distribution plus homogène des
sédiments est loin d’être homogène. L’épaisseur des sédiments sédiments au niveau des bassins.
Tableau 3. Épaisseurs moyennes et vitesses d’accumulation des sédiments au niveau de chaque bassin (vitesse moyenne
d’accumulation est le rapport entre l’épaisseur moyenne des sédiments et le nombre d’années de fonctionnement).
Table 3. Average thickness and accumulation rate of sediment in each pond (accumulation rate is the ratio between sediment
average thickness and the number of years of operation).
Vitesse moyenne
Nombre de mois de Épaisseur des sédiments (cm)
Bassins d’accumulation
fonctionnement
Moyenne Min. Max. cm•an-1
B0 71 20,5 17 26 3,5
BI 97 33 4 84 4,1
BII 97 12,8 4 44 1,6
BIII 97 10,2 2 42 1,3
C. Keffala et al./ Revue des Sciences de l’Eau 24(1) (2011) 63-76 69
Au niveau des deux bassins de maturation (BII et BIII), anaérobies de Mèze, situés en France, ces auteurs ont calculé
l’épaisseur maximale des sédiments est enregistrée aux entrées un taux d’accumulation de 62 cm par an après sept mois
et sorties des bassins. Une forte accumulation s’est également d’opération et 12 cm par an après 18 mois de fonctionnement.
produite au niveau des angles morts (Figures 4b et 4c).
Comme l’avaient déjà constaté d’autres auteurs (LEGEAS PICOT et al. (2001) témoignent qu’il est important
et al., 1992; NAMECHE et al., 1997 NARASIAH et al., de mentionner la durée de fonctionnement, car l’intensité
1989; SCHETRITE et RACAULT, 1995), les zones les d’accumulation est influencée non seulement par la charge
plus favorables à la décantation des particules en suspension appliquée, mais aussi par l’efficacité du traitement épuratoire,
semblent correspondre à l’entrée et la sortie des lagunes où
ainsi que par l’âge des sédiments.
se forme un cône de déjection, souvent à l’origine de certains
disfonctionnements des bassins. Plusieurs explications ont été
Dans les travaux de PICOT et al. (2005), les taux
présentées dans la littérature. Ainsi, selon HAMMOU et al.
(1992) et MIDDLEBROOKS et al. (1982), les sédiments d’accumulation annuels varient entre 0,8 à 2,7 cm par an sur
devenant anaérobies peuvent être soulevés par la production 19 bassins, après 12 à 24 années de fonctionnement, mais
de gaz résultant de la décomposition anaérobie; ces masses ils n’ont trouvé aucune variation du taux d’accumulation
flottantes sont alors entraînées vers les coins par le vent. Selon pour une lagune dont la période de fonctionnement varie
BILHALVA et al. (2004) qui avaient effectué des mesures sur entre 13,5 et 17,5 années. Ainsi, ces auteurs témoignent que
un bassin facultatif en fonctionnement sous conditions de vent le taux d’accumulation n’est donc pas constant, sa réduction
intense, une accumulation importante due à l’action du vent au cours du temps est due à la dégradation anaérobie ainsi
peut être enregistrée au niveau de la zone d’admission. qu’à la consolidation des sédiments. Après deux années de
fonctionnement, les sédiments déposés deviennent plus denses,
Au cours de cette étude, les taux annuels d’accumulation bien compressés et minéralisés, avec un taux d’accumulation
déterminés au moyen de la perche varient entre 1,3 et 4,1 cm annuel linéaire plus faible, comme l’ont montré SCHETRITE
par an. Ces taux calculés sur les bassins B0, BI, BII et BIII et RACAULT (1995).
sont respectivement 3,46, 4,1, 1,6 et 1,3 cm par an et la
valeur moyenne calculée sur toute la station est de 2,61 cm
par an (Tableau 3). Ces résultats sont comparables à ceux Comme d’autres auteurs l’ont fait auparavant, le
trouvés par HAMMOU et al. (1992) qui ont indiqué un taux d’accumulation annuel est exprimé en volume de
taux d’accumulation de 4,3 cm par an, après huit ans de boue•habitant‑1•an‑1 (ou poids de MS•habitant‑1•an‑1), afin
de pouvoir comparer les taux d’accumulation dans des bassins
fonctionnement et un taux d’accumulation de 2,7 cm par
ayant des rapports surface/volume différents.
an après 14 ans de fonctionnement. NELSON et al. (2004)
donnent un taux d’accumulation qui varie entre 1,9 et 2,1 cm
Cependant, le taux d’accumulation total correspondant
par an au niveau de trois bassins facultatifs au Mexique, après à l’ensemble des bassins B0, BI, BII et BIII est égal à
trois à dix années de fonctionnement. ITO (2001) a présenté 0,029 m3•EH‑1•an-1 (Tableau 4). Cette valeur est faible par
des taux d’accumulation faibles malgré le nombre d’années rapport à celles reportées par PICOT et al. (2005) qui ont
de fonctionnement. Cet auteur, qui a présenté les résultats enregistré une valeur moyenne de 0,064 m3•EH‑1•an-1 sur
obtenus par TSUTIYA et CASSETTARI (1999), a indiqué un 19 bassins facultatifs situés au sud de la France et en opération
taux d’accumulation de l’ordre de 2,2 cm par an sur un bassin pendant 13 à 24 années. Par contre, elle est comparable à celle
facultatif après 12 années de fonctionnement. NACIMENTO reportée par PICOT et al. (2003) sur un bassin anaérobie
(1999) a relevé, quant à lui, un taux d’accumulation de 1,33 cm (0,017 m3•EH‑1•an-1).
par an sur un bassin en fonctionnement depuis 15 années.
Dans le cas de notre étude, le taux de production de boue
BARON et al. (1987), qui avaient effectué des mesures estimé sur l’ensemble de l’installation (0,029 m3•EH‑1•an-1) est
au moyen des pièges à sédiments sur des lagunes naturelles proche de ceux obtenus par GOMES DE SOUSA (1988), qui a
précédées d’un décanteur-digesteur, avaient obtenu des vitesses mesuré une moyenne de (0,02 m3•EH‑1•an-1) au Portugal, ainsi
d’accumulation de l’ordre de 1,5 à 2 cm par an. NAMECHE que ceux de NELSON et al. (2004) qui ont enregistré des taux
et al. (1997) ont par contre enregistré des vitesses d’accumulation
d’accumulation qui varient entre 0,021 à 0,036 m3•EH‑1•an-1
de l’ordre de 4,7 cm par an sur des lagunes aérées et naturelles
précédées d’un dégrilleur-dessableur. au Mexique et qui ont suggéré qu’il existe plusieurs facteurs
pouvant conditionner le taux d’accumulation par équivalent
D’autre part, PICOT et al. (2001) ont enregistré des vitesses habitant. Parmi ceux-ci, on peut citer les rejets industriels,
d’accumulation de l’ordre de 4,3 à 8,6 cm par an dans un bassin les pluies diluviennes ainsi que l’infiltration. NELSON et al.
facultatif primaire après huit années de fonctionnement, mais (2004) ont aussi montré que 0,04 m3•EH‑1•an-1 est une valeur
sans prétraitement préalable. Par contre, dans le cas des bassins estimée raisonnable pour des bassins anaérobies et facultatifs
Production de boue dans des bassins type lagunage
70
(a)
(b)
(c)
Figure 4. Répartition spatiale des sédiments au niveau des trois bassins : (a) bassin facultatif BI, (b) bassin de
maturation BII, (c) bassin de maturation BIII.
Sludge distributions in the three ponds: (a) facultative pond BI, (b) maturation pond BII, (c)
maturation pond BIII.
C. Keffala et al./ Revue des Sciences de l’Eau 24(1) (2011) 63-76 71
Tableau 4. Production de boue dans chaque bassin (Vs : volume des sédiments calculé par le logiciel Surfer dans le cas de BI, BII et BIII et à partir
de la moyenne des hauteurs de sédiments dans le cas de B0, Vt : volume total de chaque bassin, MS : concentration de la matière sèche
déterminée sur un échantillon moyen à partir de prélèvements à l’entrée, milieu et sortie de chaque bassin, EH : équivalent habitant).
Table 4. Sludge production in each pond (Vs: sediment volume calculated by the Surfer software for ponds (BI, BII and BIII) and by the mean of
sediment thickness for the pond (B0); Vt: total volume of each pond; DM: Dry matter reported on average samples collected at the inlet,
centre and outlet of each pond; PE: person-equivalent).
Vs MS MS Vt Vs / Vt Taux d'accumulation
Bassins EH
(m3) (gL-1) (%) (m3) (%) cm•an-1 m3•EH-1•an-1 kg MS•EH-1•an-1
B0 6,06 - 61,3 - 96 6,3 3,46
BI 34,53 - 174 15,45 180 19,1 4,33
BII 14,74 - 170 16,23 164 8,9 1,5
BIII 11,83 - 158 15,04 147 8 1,23
B0,BI,BII,BIII 67,16 282 140,8 - 0,029 4,14
localisés dans une région centrale du Mexique, ainsi que dans 3.2 Caractérisation des sédiments dans le cas du bassin facultatif
les régions où la température moyenne est au-dessous de 20 °C.
Le tableau 5 regroupe les moyennes des résultats d’analyses
physico-chimiques effectuées sur 18 carottes prélevées au
Sur un bassin de traitement d’effluent d’un réacteur UASB, niveau du bassin (BI) et découpées en 98 tronçons.
CAVALCANTI et al. (2002) ont enregistré une valeur de
0,028 m3•EH‑1•an-1 sous climat tropical. Par contre, sous climat Les résultats d’analyse montrent que les sédiments présentent
océanique, CARRE et al. (1990) ont quant à eux enregistré une des teneurs élevées en matière organique (51,3 %). Ces valeurs
valeur moyenne de 0,12 m3•EH‑1•an-1 sur 12 bassins primaires. peuvent être comparées à celles trouvées par ZANOTELLI
et al. (2005) (cette référence concerne des lisiers de porc) qui
ont enregistré des valeurs de 56 % pour (MV) et 24,6 % pour
Le calcul de la production de boue en m3•EH‑1•an-1 n’est
(MS) sur des sédiments d’un bassin anaérobie précédé d’un
pas, selon nous, la meilleure façon d’exprimer les résultats car décanteur. CARRE et WELTE (1986) ont indiqué des valeurs
la concentration des boues peut varier. Ainsi, il nous semble de 17,4 % pour (MS) et 27,4 % pour (MV) sur des sédiments
préférable d’exprimer la production en poids sec par équivalent qui proviennent du bassin de tête de la station d’épuration par
habitant et par an. Le taux d’accumulation total calculé sur lagunage naturel de la commune de la Chapelle Thouarault
l’ensemble de l’installation est égal à 4,14 kg MS•EH‑1•an-1, (France).
avec une température moyenne de l’eau qui varie entre 32 °C
et 12 °C (GHRABI et FERCHICHI, 1994). Cette valeur est Dans le cas de notre étude, les résultats d’analyse de
proche de celle obtenue par NELSON et al. (2004), qui ont sédiments ont montré une relative pauvreté en éléments
enregistré une valeur de 3,48 kg MS•EH‑1•an-1 sur un bassin fertilisants (NT et PT), par rapport à des produits tels que
facultatif au Mexique. fumier, lisier et boues aérobies stabilisées qui ont été décrits par
Tableau 5. Caractéristiques des sédiments du bassin facultatif (%) g•100 g‑1 matière sèche, MF : matière fraîche.
Table 5. Sediment characteristics for facultative pond: % dry matter; FM: fresh matter.
Matière sèche Matière volatile Carbone total Azote total Phosphore total
n = 98
MS (g•100 g-1 MF) MV (%) CT (%) NT (%) PT (%)
Moyenne 16,8 51,3 26,3 2,5 1,2
Écart-type 5,6 4,9 3,1 3,6 2,6
Production de boue dans des bassins type lagunage
72
LEGEAS et al. (1992). L’utilisation agricole des boues constitue subdivisé en deux parties : partie (a), la plus profonde (2,34 m)
leur devenir le plus logique, bien que leur composition ne leur située à l’entrée du bassin et partie (b), d’une profondeur de
confère pas toujours un intérêt agronomique particulier. Dû à 1,44 m et située près de la sortie du même bassin. En raison de
leur longue maturation dans le fond des bassins, les teneurs en la différence entre l’épaisseur des différentes carottes prélevées,
azote et phosphore sont faibles (LEGEAS et al., 1992). Quand les échantillons issus de la première et deuxième moitié ont été
le lagunage se fait en plusieurs bassins, les boues issues du traités à part.
premier sont celles qui possèdent la valeur fertilisante la plus
élevée (CARRE et WELTE, 1986). L’utilisation agricole et la La figure 5 montre qu’il existe une forte corrélation
détermination des quantités à épandre devraient donc tenir entre l’épaisseur des sédiments et la teneur en matière sèche
compte de ces variations de composition. (R2 = 0,9), avec des valeurs qui varient de 1 % à l’interface
eau-sédiment jusqu’à 23 % au fond du bassin. Des résultats
similaires ont été trouvés par CARRE et BARON (1987) et
3.3 Variations horizontale et verticale des caractéristiques de NELSON et al. (2004) qui confirment que la teneur en matière
sédiments sèche dans la couche la plus profonde est supérieure à celle à la
surface. L’augmentation de la teneur en matière sèche avec la
La comparaison entre les caractéristiques de sédiments profondeur est liée à l’âge des sédiments et au phénomène de
prélevés à l’entrée et sortie du bassin facultatif montre qu’il compression.
n’existe pas de différence significative. Les rapports MV/MS
calculés au niveau des deux sites considérés (entrée et sortie) Aussi bien dans le cas des carottes prélevées au niveau de la
sont respectivement 0,52 et 0,50 (Tableau 6), indiquant ainsi partie (a) que celles prélevées au niveau de la partie (b), la teneur
que la boue est bien minéralisée comparée à une boue de en matières volatiles dans la couche de surface correspondant
stations de types boues activées. D’après PICOT et al. (2005), à des sédiments jeunes est supérieure à celle de la couche la
si le rapport MV/MS est inférieur à 0,6, la boue est considérée plus profonde ou la plus ancienne. Ces résultats confirment les
comme complètement stabilisée. observations de SOMIYA et FUJII (1984).
Des travaux antérieurs de CARRE et BARON (1987) et La figure 6, donnant les profils verticaux de la teneur
NELSON et al. (2004) ont montré que la teneur en matière en carbone, azote, et phosphore, montre une diminution
sèche à l’entrée est supérieure à celle en sortie, du fait d’une importante du contenu en carbone et azote en fonction de la
fraction plus importante de sable et de fraction minérale qui profondeur, liée au processus de minéralisation qui se produit
sédimentent préférentiellement à ce niveau. Cette différence à long terme.
peut aussi être liée à la compression des sédiments à l’entrée,
due à une épaisseur plus importante. Dans le cas de notre Des études antérieures portant sur l’analyse de l’eau
étude, les particules minérales ont déjà décanté pour l’essentiel interstitielle des sédiments ont montré qu’à l’interface eau-
dans le décanteur primaire ainsi que le bassin anaérobie situé sédiment, l’échange est gouverné principalement par diffusion
en tête des bassins de lagunage étudiés. moléculaire. Selon NAMECHE et al. (1997), des mécanismes
biologiques et physiques tels que la bioturbation et l’advection
Lors de l’étude de la variabilité verticale des différentes influencent également le taux d’échange entre les sédiments et
caractéristiques des sédiments, le bassin facultatif a été l’eau interstitielle.
Tableau 6. Caractéristiques des sédiments à l’entrée et à la sortie du bassin facultatif (%) g•100 g‑1 matière sèche,
MF : matière fraîche.
Table 6. Sediment characteristics at the inlet and the outlet of the facultative pond: % dry matter; FM: fresh
matter.
Entrée Sortie
n=5
Moyenne Écart-type Moyenne Écart-type
Matière sèche (g•100 g-1 MF) 14,8 1,4 16,1 1,8
Matière volatile (%) 52,3 0,8 50,1 0,9
CT (%) 26,5 0,8 25,0 0,5
NT (%) 2,5 0,8 2,5 1,1
PT (%) 1,3 0,4 1,1 1,9
C. Keffala et al./ Revue des Sciences de l’Eau 24(1) (2011) 63-76 73
Figure 5. Relation entre l’épaisseur des sédiments et la teneur en matière sèche (MS), 0 correspond au niveau du fond
du bassin.
Relationship between sediment thickness and dry matter content. 0 corresponds to the bottom of pond.
Figure 6. Répartition verticale des teneurs en MS, MV, CT, NT et PT au niveau des parties (a) et (b) du bassin facultatif, 0
correspond à l’interface eau-sédiment.
Vertical variation of sediment content in DM, VM, TC, TN and TP, in sections (a) and (b) of the facultative pond.
0 corresponds to the sediment-water surface.
Production de boue dans des bassins type lagunage
74
4. CONCLUSION 5. RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
Sous climat méditerranéen, la production de boue mesurée AFNOR (1983). Recueil des normes françaises : eau, méthodes
sur la filière pilote de lagunage, alimentée par un effluent décanté, d’essai. 2e édition, Paris, France.
est relativement faible par rapport aux valeurs rapportées dans
la littérature, probablement en raison des températures plus BARON D., J. CARRE et J. MAURIN (1987). Caractéristiques
élevées. La valeur du taux d’accumulation estimée sur toute la bactériologiques et virologiques des boues de stations
station et calculée à partir du volume total de boue produite d’épuration par lagunage naturel – Cas de la Chapelle
dans l’ensemble des bassins est de 0,029 m3•EH‑1•an‑1, ce qui
Thouarault. Trib. CEBEDEAU, 518, 41-45.
correspond à un total de 4,14 kg MS•EH‑1•an‑1. Les productions
de boue applicables en Tunisie seront validées au moyen de
la nouvelle méthode de mesure des épaisseurs des sédiments BILHALVA S.L., C.G. RIBEIRO MENESES, H.N.
comprenant un DGPS (Diferential Global Positioning System) DE SOUZA MELO, A.L. CALADO ARAÙJO
couplé à un échosondeur JUPSIN et al. (2009). Cependant, et H. PEARSON (2004). Determination of the
il n’est pas recommandé d’exprimer la production de boue en sedimentation constants for total suspended solids and the
volume (m3•EH•an‑1), car la concentration des boues peut algal component in a full-scale primary facultative pond
varier en fonction de l’âge, la composition et la compression des operating at high wind velocities under tropical conditions.
dépôts. D’autre part, un équivalent habitant est comptabilisé Dans : 9th International Conference on Wetland Systems,
différemment d’un pays à un autre. Nous suggérons donc de septembre 2004, France.
calculer une production de boue ramenée à une charge (kg MES
ou DCO (boue)•kg‑1 DBO ou DCO (éliminée), comme dans
CARRÉ J., M.P. LAIGRE et M. LEGEAS (1990). Sludge
le cas des systèmes de type boues activées. À titre d’exemple,
removal from some wastewater stabilization ponds. Water
une première estimation de la production de boue estimée sur
Sci. Technol., 22, 247-252.
l’ensemble de la station est de 0,25 kg DCO (boue)•kg‑1 DCO
éliminée) correspondant à un taux de production de matière
sèche équivalent à 0,34 kg MS (boue)•kg‑1 DCO (éliminé). Il CARRÉ J. et D. BARON (1987). Effects of maturation
serait donc intéressant de rassembler ce type de données sur les on the characteristics of wastewater stabilization pond
installations et de voir, par conséquent, l’intérêt de développer sludges. Dans : IAWPRC International Conference on Waste
de nouvelles méthodes de mesure de production de boue. Stabilization Ponds, 29 juin-2 juillet, Lisbonne, Portugal,
7 p.
La distribution des sédiments au sein des trois bassins
est loin d’être homogène, avec une accumulation maximale CARRE J. et B. WELTE (1986). Spéciation des métaux lourds
aux entrées et sorties des bassins. Du point de vue de leurs
présents dans les boues d’un bassin de lagunage naturel.
propriétés physico-chimiques, ces sédiments se caractérisent
Environ. Technol. Let., 7, 351-362.
par leur teneur relativement importante en matières organiques
et leur relative pauvreté en éléments fertilisants. Ces derniers ne
devraient toutefois pas limiter leurs possibilités de valorisation CAVALCANTI P. et A. VAN HAANDEL (2001). Polishing
agricole, qui restent d’ailleurs la principale voie pour ponds for post-treatment of digested wastewater, part 1:
l’élimination de ces sous-produits organiques. Cependant, flow-through ponds. Water Sci. Technol., 44, 237-245.
une attention particulière devra être portée sur la réutilisation
des sédiments en raison de leur pouvoir de rétention des CAVALCANTI P., A. VANHAANDEL et G. LETTINGA,
micropolluants, notamment les métaux lourds. (2002). Sludge accumulation in polishing ponds treating
anaerobically digested wastewater. Water Sci. Technol., 45,
L’étude de la variabilité horizontale des sédiments a 75-81.
montré qu’il n’existe pas de différence significative entre les
caractéristiques des sédiments prélevés à l’entrée et à la sortie FKIH W. (2003). Contribution à l’étude des peuplements
du bassin facultatif BI. Cependant, l’étude de la répartition phytoplanctoniques dans un écosystème d’épuration des eaux
verticale des paramètres, tels que MS, MV, CT, NT et PT, a usées par lagunage naturel. Mastère soutenu à l’Institut
montré que ces derniers dépendent de la profondeur. Agronomique de Tunis (INAT), Tunis, Tunisie, 126 p.
C. Keffala et al./ Revue des Sciences de l’Eau 24(1) (2011) 63-76 75
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