Chapitre 2 : L’émancipation progressive de la science politique
En science politique, 2 mécanismes sont à l’œuvre qui expliquent l’apparition d’une discipline :
- D’une part, le « débat interne » délimite de façon précise les grands thèmes et objets
d’une discipline. Au sein de chaque société savante, il y a un débat sur le périmètre de
la discipline.
- D’autre part, le mécanisme « institutionnel » pour répondre ou faire de la recherche
La science politique connaîtra elle aussi des évolutions contrastées en ce qui concerne ces
deux points
Le périmètre de la discipline, on trouve deux domaines de base (domaines initiaux) :
- celle de la sociologie des régimes politiques car la France entre la fin du 18 ème
siècle et la fin du 19 ème siècle va connaître beaucoup de régimes différents
- la question du vote avec la naissance de la sociologie électorale.
A partir de ce noyau central, différentes ramifications se rajoutent au fil du temps. En effet, il y a
eu une pause particulière entre les deux guerres, à partir de 1947/1948 en raison des
préoccupations locales françaises et internationales de nouvelles spécialités vont
s’ajouter parmi lesquelles on a :
- la sociologie des groupes dirigeants et des élites
- l’analyse des discours et des idéologies
Au sein de la sociologie la percée théorique a été la sociologie des organisations.
A la fin des années 60 c’est l’analyse des politiques publiques et presque en même temps
la sociologie des relations internationales il n’y a pas de frontière entre les différentes
branches. Il y a des passerelles, des méthodes et des techniques communes car la
science politique se veut d’abord un savoir unifié, expérimental c’est-à-dire qu’au sein de ces
branches et dans le savoir global toutes les connaissances passent obligatoirement par
l’observation et l’expérience répétée dans le temps. Par ailleurs, ces différentes branches ne
sont pas un aboutissement, la discipline reste largement ouverte tant en ce qui concerne les
méthodes qu’en ce qui concerne les contenus.
Section 1 : L’émancipation institutionnelle
Quand on parle d’une émancipation institutionnelle on signifie l’apparition d'un cadre
d’enseignement spécifique à la science politique. D’abord il s’agit d’un mouvement, d'une
dynamique très longue avec des dates particulières. Pour ce qui est de la France, on peut
retenir la date de 1872 pour l’apparition de la première structure, première école de science
politique. Mais il s’agissait à cet instant précis d’une structure unique, d’une école à prétention
à objectif professionnalisant. Il faudra attendre l’après seconde guerre mondiale 1946 pour
qu'il y ait un second mouvement de développement et de création de structure
d'enseignement. En revanche, la recherche en science politique ne s'impose que très
tardivement (fin des années 60-70). Ce qui concerne la création d’une communauté
professorale est aussi très tardive (1972).
Sous section 1 : L’apparition d'un cadre d’enseignement spécifique à la science politique
La première école de science politique en France a été l’école libre de science politique
en 1972 par un historien, Émile Boutigny. Cette école libre donc privée avait pour objectif de
former de nouveaux cadres pour la nouvelle république. Il s’agissait d’une réponse
technique aux raisons de la défaite de 1870. En effet, déjà quelques décennies auparavant
en 1848, il y avait un projet de création, de fondation d’une école nationale d’administration.
Ce projet correspond à une chute du régime en 1872 dont l’objectif était d’accompagner
le changement de régime par la création d’une école technique ou des futurs fonctionnaires
pouvaient apprendre les sciences nécessaires à la gouvernance. L’école libre de science
politique de l’époque n'avait pas accès sur une discipline unique que l’on appelle la
science politique. Elle s’appelle l’école libre des sciences politiques et dans cette école
l’enseignement était pluridisciplinaire. Il y avait une formation à l’économie politique avec
Paul Leroy Beaulieu comme premier professeur, des cours de géographie des
populations, des cours de droit (administratif et droit public) mais des années plus tard, il y
aura des cours de sociologie et des cours d’histoires.
À partir de 1910-1913 apparaît un cours dé géographie politique qui va être assumé par le
fondateur de la sociologie électorale en France, André Siegfried. Pendant l’entre 2 guerre il n’y
a pas de changement particulier. Il faudra attendre 1945-1946 pour que les choses changent.
En 1945, l’école de science politique va être nationalisée après la libération car elle devait
fournir le lieu de préparation du concours d’entrée à l’école nationale d’administration. Durant le
régime de Vichy on va créer une école qui est l’école d'uriage. Au moment de la libération tout a
été effacé et il a fallu créer les insertion politique de province en 1946, notamment celui de Lyon
créé en 1947 délivrant son premier diplôme en 1950.
On va créer des IEP de province pour former l’administration pour les structures locales
et régionales et pour former l’école nationale d’administration. L’orientation était
professionnalisante. En 1953, sous l’influence de quelques juristes, notamment Maurice
Duverger, à l’université Paris 1, a été introduite une structure d’enseignement de science
politique dans les 4 ème de droit de l’époque. On va rajouter de la sociologie électorale, un
cours de problèmes du monde contemporain, un cours des problèmes du tiers monde et
un cours de politique. On va rajouter un semestre ou ils vont avoir 4 cours pour être formé à
l’école nationale d’administration. Ce n'est qu' à partir de 1968-69 qu’il y a une
généralisation des enseignements en lien avec la politique au sein des facultés de droit.
Au départ, c’était Paris avec quelques universités de Province dont Lyon 3.
Aujourd’hui, institutionnellement, on peut dire que les celles-ci se distribuent se distribue sur
tout le territoire nationale et après une phase d’expansion au sein des facultés de droit
durant les années 1990, on note un grand reflu et un début de concentration de plus en
plus importante sur les institutions d’études politiques (IEP).
Est-ce que la science politique doit rester à l’intérieur des IEP ? Le gouvernement a son projet
de budget qui a de 700 à 900 millions d’euros de moins pour les universités. Il n'est pas
impossible de penser que l’on va éviter les doublons. Dans une loi en 2007, il est dit que
« quand on veut créer de nouveau diplôme, on doit en ferme d’autres ».
C’est l'apparition de structures de formation privées de plus en plus nombreuses de
sciences politiques des études des relations internationales. Les IEP ne sont pas en
capacité de récupérer toute la demande.
Sous section 2 : Les structures de recherche en science politique
La recherche en science politique couvre différents domaines qu'il s’agissent de la
politique intérieure ou qu’il s'agisse des relations internationales et cette distribution
particulière des spécialités et des domaines dépend de 2 facteurs à chaque fois :
- la disponibilité de compétence : enseignant chercheur
- la disponibilité de moyens financiers : l'etat donne mais pas beaucoup
L'objectif de la recherche en science politique est de couvrir des terrains, d’analyser des
situations locales ou internationales soit selon une logique liée à une zone, un endroit
soit selon des logique transversales.
Exemple : centre d’étude des idéologie et doctrine politique, il va couvrir l’ensemble de ces
doctrines politiques. On peut trouver des centres d’enseignement politiques dans d’autres pays.
La recherche en science politique en France démarre a la fin du 19 ème siècle et début du
20 ème siècle. Elle n’était pas institutionnalisée et était surtout portée soit par des géographes
soit par des historiens . La principale caractéristique c'est que leur travaux, leur objet de
recherche était centré sur le temps présent, le moment où ils étaient les contemporains
et centrés sur le cas de la France.
La raison est la suivante : a la fin du 19 ème siècle, dans le cas de la France, c’est un moment
de très lourde et très grande transformation du pays notamment politique.
La disponibilité des méthodes et des techniques a rendue possible les études
notamment grâce à 2 disciplines majeures que vont être la sociologie de Durkheim d'un
côté et de l’autre côté grâce à la géographie. Le départ de l’étude de la politique n'est pas dû à
une stratégie tracée volontairement, ce sont plutôt des aventures individuelles avec une volonté
de tester des méthodes et des techniques inédites à l’époque dont le domaine de l’étude du
pouvoir et de la politique surtout que en France a ce moment là les fonds d’archives, les
statistiques électoral et même les situations d’observation du pouvoir politique se multiplient.
Dans ce moment particulier, dans d’autres pays d’Europe essentiellement l’Allemagne et le RU
il y avait les mêmes interrogations.
Ces personnes, ces chercheurs ou ces précurseurs de l’étude scientifique de la politique en
France vont donc prendre appui sur ce qui était disponible à l’époque à savoir la
géographie et la sociologie. Parmi ceux-là, on va citer 2. D’une certaine façon, ce sont eux qui
vont continuer l’œuvre de construction d'une étude politique. On estime que le pionnier de
la recherche scientifique en France était André Siegfried d’abord formé à la géographie
spécifiquement la géographie des populations et notamment celle qui est développée par le
grande géographe français du 20 ème siècle Paul Vidal de la Blache c'est ce que l’on a
appelle la géographie de genre de ville.
A la fin du 19 ème siècle, il y a une confrontation entre la géographie allemande et
française.
Paul Vidal de la Blache avait écrit la France de l’est donc toutes les provinces et régions de
l’est de la France a un moment où la France était amputé de 2 se ses régions, départements. Il
va utiliser les méthodes de la géographie et de la sociologie de l'époque. Il va créer une
ligne d’analyse (lignée intellectuelle) dont il va enseigner les contours et les fondements à ses
disciples parmis lesquels, André Siegfried qui va tenter d’appliquer les même méthodes et
techniques à la France de l'ouest en publiant en 1913 son livre tableau politique de la France de
l’ouest sous le 3ème république. Dans ce livre, André Siegfried essaie de mesurer la
corrélation entre le vote, la nature du vote (gauche ou droite) et l'organisation
géographique et sociale des populations. Il se pose la question suivante : est-ce que
l'organisation de l’habitat, la structure des communautés urbaines des individus serait
explicative de leur vote ? Il tire des conclusions problématiques et modernes. Il démontre qu'il y
a un vote particulier quand on a des communautés urbanistiquement parlant c'est-à- dire
des espaces de villes, de gros bourgs ou de gros villages. Il y a un type de vote quand
l’habitat est dispersé. Il découvre aussi que même à l’intérieur des espaces urbains dansent
dans ces mondes peuplés il y a une corrélation entre le patrimoine et le type de vote. Il
découvre dans certains espaces ruraux un vote de gauche.
André Siegfried a été considéré comme le précurseurs de la sociologie en France et va inspire
beaucoup de ces cont »emportais notamment un Jean Stoetzel.
Qui était-il ? Il a fait des études à l’école normale supérieure en lettres ou il croise le gendre
d'Émile Durkheim qui s’appelle Maurice Hawbach qui était un spécialiste des techniques en
sociologie et notamment en l’usage des méthodes statistiques en sociologie. Il va pousser Jean
stoetzel a étudier par la méthode statistiques les opinions et les perceptions. Ce dernier va
partir au EU où il aura comme professeur ou mentor un certain Gallup et il travaille sur les
techniques d’analyse de l’option. A son retour en France, en 1937 il fonde l’institut français
d'opinion publique. Après le seconde guerre mondiale et au moment de la reconstruction des
régimes politiques d’autres vont s’intéresser à la question du pouvoir non seulement à travers
les élections mais aussi à travers les partis politiques car entre les 2 guerre c’est la partie la
moins bien étudié, ce fut le cas de Maurice Duverger soutenant sa thèse de doctorat en 1943
sur les partis politiques et les régimes politiques. Sa thèse de droit est rédigée comme une
thèse de politique. Au lendemain de la délibération il va croiser les analyses de Siegfried,
Stoetzel et les siennes propres et son livre est les familles politiques françaises c'est-à-dire qu'il
va nous donner la cartographie des familles politiques depuis 1749 et nous donne une filiation
des famille politiques ainsi que leur ancrage géographique.
Plus tard, d’autres vont essayer de renforcer et d’orienter une partie de ses recherches en
essayant de construire, de créer certaines des structures de recherches existant jusqu’à
aujourd’hui notamment à travers d’abord la fondation nationale de science politique
(FNSP) fondée en 1946 et qui est contrôlée par le conseil d’Etat finançant une partie de la
recherche. On va avoir la création de revue française de science politique ainsi que
d’autres structures comme le centre de vie politique française dépendant de science po
Paris et un certains nombres de centres un peu partout en Province.
Au total, la recherche en science politique ne se distribue pas équitablement au niveau du
territoire, elle va dépendre de plusieurs facteurs comme par exemple l’existence de
communauté de recherches.
Sous section 3 : Les structures d'enseignements en science politique
Cette communauté de recherche en science politique va se structurer progressivement car sur
un plan plus institutionnel. Il faudra attendre 1969 pour la création du doctorat en science
politique.
En 1971, c’est la création du concours d’agrégation de science politique.
En 1972, c’est la création au CNRS de la section 40 qui est la section d’étude de la
politique se faisant appelée section 38 aujourd’hui qui est la section de science du
politique.
Section 2 : Une émancipation inachevée
L’histoire d’une discipline n’est jamais écrite en avance car en effet les disciplines
dépendent de 2 choses :
- les conditions institutionnelles auxquelles elles appartiennent
- une discipline dépend aussi de la structure de la communauté scientifique qui lui
est rattaché
En ce qui concerne les institutions, après une forte expansion, à partir de la fin des années
1980, la science politique connaît aujourd'hui un reflux. Autrement dit, une partie de ce qui
a été gagné se trouve petit à petit démantelé que l’on a appelé la science politique des
facultés de droits.
Paradoxalement la visibilité de la science politique et de certaines de ces problématiques
n'a jamais été aussi importante qu'aujourd'hui.
Jamais la discipline n'a été autant internationalisée qu’en ce moment. Cela signifie qu'il y a une
globalisation des savoirs, une diversification des méthodes, une meilleure
compréhension des enjeux locaux faisait que la discipline malgré son émancipation
tardive, elle a eu la possibilité de suivre la grande tendance qui démarre au début des années
1990 qui est l’internationalisation ou la globalisation des structures d’enseignements et de
recherches dans le monde.
Pour les institutions, tout interroge la discipline dans son organisation et ses structures.
Concernant le personnel, il y a des évolutions intéressantes :
- La première évolution est que la discipline en tant que science optique s’est très
féminisée
- La deuxième évolution est que la discipline s’est ouverte aux autres cultures
politiques, il y a une diversification des théâtres, des espaces de la discipline, une forte
ouverture sur l’Amérique latine et l’Europe centrale, …
En outre, les anciens berceaux de la science politique sont paradoxalement présents
dans la production scientifique et très majoritairement anglophone.