Publié le 05 June 2012
Suite au développement des nouvelles technologies de l’information et de la communication un
marché commercial virtuel s’est créé. Le commerce électronique désigne la vente de biens ou de
services à travers le réseau d’internet. Le consommateur marocain est de plus en plus confronté à
des offres d’achat sur le réseau électronique et la loi 31-08 édictant les mesures de protection du
consommateur, adopté le 7 avril 2011, s’est alignée à la réalité en réglementant les contrats conclus
à distance, auxquels elle consacre tout un chapitre qui impose aux fournisseurs un certain nombre
d’obligations. Il s’agit du deuxième chapitre du titre quatre de ladite loi. Afin de mieux appréhender
ces nouvelles pratiques commerciales, nous sommes en mesure de nous demander quelles sont les
obligations qui incombent au « cyber-commerçant » suite aux dispositions de la loi 31-08 ?
Définitions
Le troisième alinéa de l’article 25 de la loi 31-08 définit le cyber-commerçant comme étant toute
personne physique ou morale utilisant, dans le cadre d’une activité professionnelle ou commerciale,
le réseau Internet. Ainsi un cyber marchand est un commerçant dont l’activité de vente s’effectue à
travers une boutique virtuelle mise à la disposition du public à travers le réseau internet.
Champ d’application
Les dispositions du chapitre relatif aux contrats conclus à distance s’appliquent à toute personne
physique ou morale exerçant une activité à distance ou proposant par un moyen électronique, la
fourniture d’un produit, d’un bien ou la prestation d’un service au consommateur. Ces dispositions
s’appliquent également à tout contrat résultant de cette opération entre un consommateur et un
fournisseur au moyen d’une technique de communication à distance.
Les contrats non soumis à la réglementation des contrats à distance
L’article 28 de la loi a prévu un certain nombre de contrats qui ne sont pas soumis à la
réglementation des contrats à distance, il s’agit de ceux :
– Conclus par les moyens de distributeurs automatiques ou de locaux commerciaux
automatisés ;
– Conclus avec les opérateurs de télécommunications pour l’utilisation des cabines
téléphoniques publiques ;
– Conclus pour la construction et la vente des biens immobiliers ou portant sur d’autres droits
relatifs à des biens immobiliers, à l’exception de la location ;
– Conclus lors d’une vente aux enchères.
Ø LES OBLIGATIONS DU CYBER-COMMERCANT
· L’obligation d’information du cyber-commerçant
Le cyber-commerçant est tenu d’afficher sur le site de sa boutique virtuelle plusieurs informations
obligatoires, qui doivent apparaître de manière claire et compréhensible, notamment celles qui sont :
§ Relatives à l’identité du cyber-commerçant
En effet le consommateur doit pouvoir identifier le fournisseur qui doit faire apparaitre son nom et sa
dénomination sociale s’il s’agit d’une personne morale, ses coordonnées téléphoniques, son
adresse ou son siège sociale, et s’il s’agit d’une personne autre que le fournisseur, l’adresse de
l’établissement responsable de l’offre.
L’article 29 de la loi 31-08 impose au cyber-commerçant de faire apparaître son numéro d’identité
fiscale lorsque ce dernier est assujetti à la taxe sur la valeur ajoutée. Ce même article prévoit pour le
cyber-commerçant qui exerce une activité soumise au régime de la licence, de faire apparaître la
licence, le numéro de licence et l’autorité qui l’a délivrée.
Sanction : A Défaut de ces mentions obligatoires, le fournisseur se verra contraint de verser une
amende allant de 1200 à 10 000 DH. En cas de récidive cette amende est portée au double. C’est
ce qui ressort de l’article 177 de la loi 31-08.
L’article 31 de la loi impose au cyber-commerçant qui effectue une vente à distance par le biais d’un
téléphone ou de n’importe quelle autre technique de communication à distance, indiquer
expressément au début de la conversation avec le consommateur son identité ainsi que l’objet
commercial de la communication.
Sanction : A Défaut, le fournisseur sera puni d’une amende allant de 1200 à 25 000 DH, et si le
contrevenant est une personne morale, il sera puni d’une amende de 50 000 à 100 000 DH.
§ Relative à l’offre :
Les informations relatives aux principales caractéristiques des produits, biens ou services objets de
l’offre doivent également apparaître. La durée de la validité de l’offre et du prix de celle-ci, ainsi que
les délais et frais de livraison sont également des informations que le législateur a jugées
obligatoires pour que le consommateur puisse faire son choix en connaissance de cause.
Concernant les contrats qui portent sur la fourniture continue ou périodique d’un produit, d’un bien
ou service, la durée minimale d’engagement doit être mentionnée.
§ Relative aux conditions contractuelles :
Les modalités de paiement, de livraison ou d’exécution, doivent apparaître de façon claire et
précise.
L’existence du droit de rétractation prévu par l’article 36 et les éventuelles exclusions de ce droit de
rétractation sont également des mentions obligatoires.
Afin que le consommateur puisse exprimer clairement son acceptation de l’offre, l’article 30 de la loi
31-08 impose au fournisseur de permettre au consommateur d’accéder facilement aux conditions
contractuelles applicables à la fourniture des produits et biens ou à la prestation de services à
distance. Ce dernier doit en effet permettre cet accès soit sur la page d’accueil du site électronique
soit sur un support de communication comportant une offre du fournisseur afin que le consommateur
accepte l’offre en toute connaissance de cause.
· Les obligations liées à l’exécution du contrat :
§ La confirmation de la commande par écrit :
Une fois que l’offre est expressément acceptée par le consommateur, le fournisseur est tenu
d’envoyer par écrit la confirmation des informations mentionnées sur le site électronique du
fournisseur relative à son identification, à son adresse. Sur cet écrit, doivent obligatoirement figurer
les mentions suivantes : les modalités d’exercice du droit de rétractation reconnu au consommateur,
les informations relatives au service après vente et aux garanties commerciales. Lorsqu’il s’agit d’un
contrat portant sur un abonnement supérieur à un an ou à durée indéterminée, en plus des mentions
précitées, l’écrit doit mentionner les conditions de résiliation du contrat.
§ L’exécution de la commande :
Selon les dispositions de l’article 39 de la loi 31-08, le fournisseur doit exécuter la commande dans
le délai maximum de trente jours à compter du jour ou le fournisseur a confirmé la réception de la
commande du consommateur.
Sanction : Si la commande n’est pas exécutée, l’article 179 prévoit une amende dont le montant
peut varier entre 2 000 et 20 000 DH.
§ Le remboursement des frais :
L’article 40 prévoit qu’en cas d’indisponibilité du produit, bien ou service commandé, le fournisseur
est tenu d’en informer le consommateur. Lorsque l’exécution du contrat est impossible, il est tenu de
rembourser le consommateur dans les quinze jours qui suivent le paiement. Dépassé ce délai, le
fournisseur sera contraint de payer des intérêts.
Lorsque le consommateur choisi d’exercer son droit de rétractation, le fournisseur est tenu de
rembourser au consommateur le montant total payé, au plutard dans les 15 jours suivant la date à
laquelle ce droit a été exercé. Dépassé ce délai, le fournisseur sera contraint de verser des intérêts
de retard au consommateur. C’est ce qui est prévu par l’article 37 de la loi 31-08.
Sanction : l’article 178 sanctionne le fournisseur qui refuse de rembourser le consommateur dans
les conditions prévues par les articles 37 et 40 précédement cités, d’une amende de 1200 à 50 000
DH. En cas de récidive cette amende est portée au double.
Ø La responsabilité de plein droit du cyber-commerçant :
Dès la conclusion du contrat conclu à distance, le fournisseur est tenu d’exécuter les obligations
résultant de ce contrat. Ainsi pour éviter que sa responsabilité soit mise en cause, il doit respecter
les obligations précitées, à défaut de sanctions. Il engage sa responsabilité même dans le cas où
ces obligations sont effectuées par un prestataire de service. C’est ce qui est prévu par l’alinéa 2 de
l’article 26. La loi 31-08 prévoit une responsabilité de plein droit du cyber-commerçant.
Ceci dit, dans certains cas bien déterminé par la loi, le fournisseur a la possibilité de s’exonérer en
totalité ou en partie de sa responsabilité. Le dernier alinéa de l’article 26 prévoit trois possibilités
d’exonération de la responsabilité du cyber-commerçant : c’est le cas notamment lorsque ce dernier
arrive à apporter la preuve que l’inexécution ou la mauvaise exécution est imputable au
consommateur, ou à un fait imprévisible et insurmontable d’un tiers au contrat, ou encore en cas de
force majeure.
En plus de cela, en cas de litige entre le fournisseur et le consommateur, l’article 34 dispose que la
charge de la preuve incombe au fournisseur.