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Hybridité homme-animal chez Kafka

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L’hybridité « homme-animal » et l’altérité radicale dans les nouvelles, La

Métamorphose et Rapport pour une académie, de Franz Kafka

Colloque InterCulturalia 2024

Université Alexandru Ioan Cuza – Iași Faculté des Lettres Département de Français

La Métamorphose et Rapport pour une académie sont de ces nouvelles qui


illustrent le refus de Kafka de toute forme de figement et manifestent sa
propension au changement et à la complexité. Gregor Samsa et Rotpeter, les
personnages principaux des deux nouvelles, sont des êtres complexes, à la lisière
de l’humain et de l’animal. L’hybridité est poussée très loin au point de rendre
les frontières entre les deux espèces difficiles à identifier. Les personnages
hybrides sont perçus comme des monstres qui dérangent par leur présence mais
surtout par leur différence. Ils constituent dans les deux nouvelles une altérité
« radicale » qui interroge le propre de l’homme et remet en question son
anthropocentrisme. Nous essaierons de montrer dans notre communication dans
quelle mesure, l’hybridité, installant des frontières poreuses et instables entre
l’homme et l’animal, nécessite une écriture hybride qui transcende les limites
génériques et fictives.

I- L’hybridité « humanimale » dans La Métamorphose et Rapport pour


une académie :

Le titre de la nouvelle de Kafka nous place d’emblée sous le signe du


changement et de la transgression des espèces. L’auteur reconduit à sa manière
le dispositif de la métamorphose et fait basculer son personnage et par ricochet
son lecteur d’un point de vue à un autre et d’un monde humain à un monde non
humain. Le début du récit met en scène le tiraillement du personnage entre deux
mondes, d’abord sa résistance et son attachement à ses anciennes habitudes
ensuite sa familiarisation avec son nouveau corps et sa nouvelle condition. Ce va
et vient entre les deux mondes est maintenu tout au long de la nouvelle. Ainsi, si
la forme est indéniablement animale, l’âme préserve encore les traits humains
qui se manifestent quand le personnage se trouve attiré par la musique jouée par
sa sœur ou encore quand il exprime son chagrin vis-à-vis de la peine qu’il a
causée à sa famille. C’est ce que comprend le lecteur à travers les propos de la
voix narrative : « Était-il un animal, alors que la musique le bouleversait
tant ? ». p.443 ou un peu avant par le biais de ces mots suggestifs : « … étant
donné qu’on ne le comprenait pas, personne, pas même la sœur, ne pensait qu’il
pût comprendre les autres ». p.418

Mais pour les autres, Gregor Samsa était décidément un monstre, comme le
déclare ouvertement sa sœur : « Devant ce monstre je n’ai pas l’intention de
prononcer le nom de mon frère » p.445

Quant à la nouvelle Rapport pour une académie, elle prend la forme d’un
rapport adressé par le singe Rotpeter aux académiciens. Rotpeter est reçu
comme ces exploits de l’homme qui a réussi à dresser un singe et à le doter
d’attributs humains. Mais la métamorphose dans cette nouvelle aussi n’est pas
achevée et le personnage singe refuse de renoncer définitivement à sa condition
initiale. Il est donc l’incarnation du personnage hybride qui bascule entre deux
mondes. C’est ainsi qu’il s’adresse à son auditoire en lui rappelant sa condition
simiesque qu’elle essaie vainement de nier et en affirmant l’hybridité intrinsèque
à leur nature :

« Très franchement, messieurs : votre condition ne peut pas vous être plus
lointaine que la mienne ne l’est pour moi. Et pourtant, elle chatouille au talon
chacun de ceux qui marchent sur cette terre : le petit chimpanzé, comme le
grand Achille. »
II- L’hybridité humanimale ou l’expérience altéritaire entre proximité et
distanciation

L’hybridité des personnages principaux dans les deux nouvelles se présente


quant à son rapport avec les autres personnages comme une altérité radicale.
Cette altérité à la fois proche et lointaine est mise au service d’une interrogation
du propre de l’homme et une remise en question de son anthropocentrisme.

Dans son livre le mythe de la métamorphose, Pierre Brunel affirme que la


métamorphose « feint de décrire l’autre pour décrire le même », Ainsi, nous
pouvons trouver dans la Métamorphose de Kafka des éléments biographiques
qui rapproche Gregor Samsa de l’auteur qui dans ses lettres laisse paraître un
rapport compliqué avec son père. Le discours de Gregor au début adressé au
gérant qui vient s’enquérir sur la raison de son absence, est n’est autre qu’une
critique que Kafka adresse par le biais de son personnage à la société capitaliste
où les relations humaines sont devenues peu cordiales et où seule la valeur
marchande importe le plus.

Le regard de Gregor est un regard observateur critique qui remet en


question la cupidité de l’homme et l’inconstance des sentiments humains. Il
rejoint dans ce sens le regard critique de Rotpeter dans Rapport pour une
académie où il remet en question les conduites des hommes qui prétendent le
dresser et l’éléver à la condition humaine supposée supérieure. Il se moque de
leur enseignement qui consiste à lui apprendre à cracher et à boire du vin. Il se
moque d’eux et de leur attitude quand ils éclatent de rire en frappant leur cuisse
ressemblant ainsi à des singes. Pour Rotpeter, devenir humain et céder au
dressage n’est qu’une « issue » pour échapper à la cage dans laquelle on l’a
placé. L’humanité n’est donc qu’une issue de liberté mais pas un privilège. C’est
un pis-aller pour se débarrasser de la cage.
III- De l’hybridité des espèces à l’hybridité du texte :

Dans les deux nouvelles faisant l’objet de notre communication, l’hybridité des
personnages trouve son écho dans les textes. Kafka refuse, en effet, de figer son
texte dans un seul genre littéraire et livre des expériences littéraires qui mêlent
plusieurs tonalités.

La métamorphose se donne à lire au tout début comme un récit


fantastique où tout de même le réel et l’irréel se confondent. L’épisode relatant
le quotidien de Gregor se préparant à se rendre au travail et les difficultés
auxquelles il doit faire face, mais aussi celui présentant sa famille et ses soucis,
place le texte sous le signe du réalisme. Celui-ci va de pair avec l’étrangeté qui
s’installe au fur à mesure que la narration progresse. Le personnage fait basculer
le texte entre les deux mondes humain et animal, réel et irréel jusqu’au point où
les frontières deviennent poreuses et les limites imperceptibles. Par ailleurs, La
Métamorphose de Kafka ressemble à un mélange du drame bourgeois et de la
comédie vaudevillesque raconté en 3 actes et dont l’unité du lieu est respectée.
Elle ressemble à une pièce de théâtre transformée en récit.

Rapport pour une académie est, quant à lui, un discours récit qui réunit une
réécriture parabolique de l’histoire de l’humanité en revisitant Origine des
espèces de Darwin, la condition du juif et le conte fantastique.

Les deux nouvelles de l’auteur sont elles aussi traversée par le tragi-comique.
Elles mâtinent le sérieux et le jeu. Le récit de l’imitation des gestes des hommes
pour survivre, la cicatrice de la fese que Rotpeter montre aux hommes, Gregor
qui devient le clown de soirée pour les locataires sont autant d’exemples qui
déclenchent un sourire du lecteur mais vite interrompu. L’héroïcomique, au lieu
de dissimuler le tragique de la situation, l’exacerbe tout en dérangeant le lecteur
qui se rend compte qu’il assiste à une comédie sinistre.
En définitive, la représentation de l’animal, sa subjectivité et sa sensibilité
permet de figurer une altérité qui interroge l’humanité. Car la fiction qui
représente l’homme par l’homme et pour l’homme, risque de limiter la
réflexion dans un anthropocentrisme susceptible de priver le lecteur de penser en
dehors des cadres ordinaires. Cette question est soulevée dans les nouvelles où
Kafka propose de nouvelles perspectives fictives visant un décentrement
intellectuel et moral. Le lecteur est invité à des aventures diverses qui
renouvellent son regard et le poussent à réfléchir sur sa condition humaine. En
effet, le choix esthétique de la métamorphoses animales dans les deux nouvelles
a pour objectif de représenter métaphoriquement l’hybridité de l’homme et de
l’animal tout en mettant l’accent sur l’effet de miroir qui s’installe entre les
deux. Les protagonistes des deux récits sont des « humanimaux », des êtres
hybrides qui dissolvent les frontières entre animalité et humanité. Cette hybridité
interroge l’humanité de l’homme pour voir si cette qualité est acquise ou, au
contraire, elle demande à être cultivée.

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