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S1 Flaubert

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Séquence : Parcours de personnage

Séance 1 : Texte support


Madame Bovary (1857) de G. Flaubert
En Normandie, sous la Restauration (règne de Louis-Philippe), Rodolphe Boulanger et Emma Bovary assistent
aux comices agricoles de Yonville, « bourg à huit lieues de Rouen, sur les confins de la Normandie, de la
Picardie et de l’Ile de France » (II, 1). Ils sont assis dans la salle des délibérations au premier étage de la
mairie du village pendant que les discours des officiels se succèdent devant la population de la région.
Il se tenait les bras croisés sur ses genoux, et, ainsi levant la figure vers Emma, il la regardait de près, fixement.
Elle distinguait dans ses yeux des petits rayons d'or s'irradiant tout autour de ses pupilles noires, et même elle
sentait le parfum de la pommade qui lustrait sa chevelure. (….) La douceur de cette sensation pénétrait ainsi ses
désirs d'autrefois, et comme des grains de sable sous un coup de vent, ils tourbillonnaient dans la bouffée subtile
du parfum qui se répandait sur son âme. Elle ouvrit les narines à plusieurs reprises, fortement, pour aspirer la
fraîcheur des lierres autour des chapiteaux. Elle retira ses gants, elle s'essuya les mains ; puis, avec son
mouchoir, elle s'éventait la figure, tandis qu'à travers le battement de ses tempes elle entendait la rumeur de la
foule et la voix du conseiller qui psalmodiait ses phrases.
Il disait:
« Continuez ! Persévérez ! N’écoutez ni les suggestions de la routine, ni les conseils trop hâtifs d'un empirisme
téméraire ! Appliquez-vous surtout à l'amélioration du sol, aux bons engrais, au développement des races
chevalines, bovines, ovines et porcines ! Que ces comices soient pour vous comme des arènes pacifiques où le
vainqueur, en en sortant, tendra la main au vaincu et fraternisera avec lui, dans l'espoir d'un succès meilleur ! Et
vous, vénérables serviteurs ! humbles domestiques, dont aucun gouvernement jusqu'à ce jour n'avait pris en
considération les pénibles labeurs, venez recevoir la récompense de vos vertus silencieuses, et soyez convaincus
que l'Etat, désormais, a les yeux fixés sur vous, qu'il vous encourage, qu'il vous protège, qu'il fera droit à vos
justes réclamations et allégera, autant qu'il est en lui, le fardeau de vos pénibles sacrifices ! »
M. Lieuvain se rassit alors ; M. Derozerays se leva, commençant un autre discours. Le sien, peut-être, ne fut
point aussi fleuri que celui du conseiller ; mais il se recommandait par un caractère de style plus positif, c'est-à-
dire par des connaissances plus spéciales et des considérations plus relevées. Ainsi, l'éloge du gouvernement y
tenait moins de place ; la religion et l'agriculture en occupaient davantage. On y voyait le rapport de l'une et de
l'autre, et comment elles avaient concouru toujours à la civilisation. Rodolphe, avec Mme Bovary, causait rêves,
pressentiments, magnétisme. Remontant au berceau des sociétés, l'orateur vous dépeignait ces temps farouches
où les hommes vivaient de glands, au fond des bois. Puis ils avaient quitté la dépouille des bêtes, endossé le
drap, creusé des sillons, planté la vigne. Etait-ce un bien, et n'y avait-il pas dans cette découverte plus
d'inconvénients que d'avantages ? M. Derozemys se posait ce problème. Du magnétisme, peu à peu, Rodolphe en
était venu aux affinités, et, tandis que M. le président citait Cincinnatus à sa charrue, Dioclétien plantant ses
choux, et les empereurs de la Chine inaugurant l'année par des semailles, le jeune homme expliquait à la jeune
femme que ces attractions irrésistibles tiraient leur cause de quelque existence antérieure.
- Ainsi, nous, disait-il, pourquoi nous sommes-nous connus? Quel hasard l'a voulu ? C'est qu'à travers
l'éloignement, sans doute, comme deux fleuves qui coulent pour se rejoindre, nos pentes particulières nous
avaient poussés l'un vers l'autre.
Et il saisit sa main ; elle ne la retira pas.

Extrait de Madame Bovary de Flaubert Edition Baudelaire, Paris, 1964, p.172 /173

Séance 1 : mise en œuvre didactique


Support : extrait de Madame Bovary, (1857) , G.Flaubert Les Comices
agricoles (Chapitre VIII)

1
Problématique : En quoi les paroles rapportées vont-elles permettre au lecteur
de comprendre à la fois les relations qui s’installent entre les personnages du
roman et le point de vue du narrateur ?
Objectif :
Savoir repérer la construction d’un personnage réaliste
Capacité :
Analyser comment un personnage se construit à travers des mots, des attributs,
des avatars
Connaissances :
Champ littéraire : Notions de personnage réaliste
Champ linguistique : Enonciation dans le récit : point de vue, discours rapportés
Attitude :
Se laisser interroger par les valeurs incarnées dans un personnage

Organisation didactique et pédagogique :

1/ Situation de l’extrait et Lecture du texte par le professeur

2/ Recueil des premières impressions des élèves. On attend des remarques


sur :

 Le fait que deux scènes soient racontées de manière concomitante :


une scène de séduction et une cérémonie officielle. Pourquoi ?
Comment ?

 les comices (il faudra sans doute expliquer aux élèves en se référant
pourquoi pas au salon de l’agriculture et replacer la scène dans son
contexte historique et social)

 la scène d’amour : séduction, déclaration, conquête….

 les personnages en présence

 le traitement de la parole,

 et éventuellement l’ironie.

3/ En s’appuyant sur les remarques des élèves au sujet des comices,


l’ensemble mettant en place le cadre de la scène d’amour, on peut procéder
à l’analyse du passage n°2 (contenu et de la rhétorique du discours de M.
Lieuvain). On s’attache à montrer l’apologie du monde agricole, le manque

1
de sincérité du monde politique (caricature ou effet de réel ?)et l’ironie du
regard porté sur la scène.

4/ On procède ensuite à la lecture analytique du passage n°1 en s’appuyant


sur les premières remarques des élèves sur les personnages en présence, la
scène d’amour…pour dégager l’idée générale que Rodolphe apparaît
comme un séducteur calme qui attend son heure, et Emma en proie à une
fébrilité amoureuse. On dégage l’opposition entre les deux personnages qui
annonce implicitement l’issue de cette histoire (toutes les histoires d’amour
finissent mal en général…)

5/ On procède enfin à la lecture du passage n°3 en s’appuyant toujours sur


les premières remarques des élèves pour montrer comment la polyphonie
énonciative permet-elle l’expression de la déclaration amoureuse de
Rodolphe. La parole est aux hommes, Emma reste sans voix et le rythme
des propos s’intensifie chez les deux locuteurs. La scène se conclut par la
capture de la main d’Emma, symbole de la conquête d’Emma par
Rodolphe.

6/ Ainsi on initie les élèves au commentaire composé. A chacune des étapes


de l’analyse, il conviendrait de relever les éléments permettant de repérer
les caractéristiques du personnage réaliste et de répondre ainsi
progressivement à la problématique de séance.

7/ Il faut donner la réponse à la problématique. Voici quelques pistes :


Les paroles rapportées caractérisent les personnages. Le lecteur comprend
les relations qui les unissent : R prédateur, E passionnée et rêveuses, les
discours des politiques montrant la fatuité des dignitaires provinciaux.
La polyphonie énonciative, qui devient presque de la cacophonie, permet
alors la mise à distance du lecteur dans le récit de ces deux scènes, scène
agricole et scène d’amour.
L’effet ironique ainsi obtenu discrédite aussi bien la scène des comices
agricoles que la scène d’amour entre E et R.
Le lecteur perçoit la critique de la vie provinciale par l’auteur avec la
présence de nombreux clichés :
la scène d’amour romantique, la femme qui se laisse séduire, l’homme qui
courtise pour le plaisir du jeu amoureux, le conseiller général qui tient des
discours auquel il ne croit pas, qui cherche à rivaliser d’érudition pour un
public qui ne comprend pas …

Voir ci-dessous quelques pistes d’analyse du texte :

1
Extrait de Madame Bovary, (1857) , Lecture linéaire
G.Flaubert :
Les Comices agricoles (Chapitre
VIII)
Passage 1 Passage 1 : Emma et Rodolphe ou le
désir amoureux
Il se tenait les bras croisés sur ses Le lecteur est immédiatement plongé
genoux, et, ainsi levant la figure vers dans une scène de séduction, a priori
Emma, il la regardait de près, très romantique. Le narrateur effectue
fixement. Elle distinguait dans ses yeux un cadrage très serré autour du couple :
des petits rayons d'or s'irradiant tout on remarquera la récurrence des
autour de ses pupilles noires, et même pronoms personnels : « il » deux fois et
elle sentait le parfum de la pommade surtout « elle » 7 fois. Ce qui focalise le
qui lustrait sa chevelure. (….) La lecteur sur le couple et la naissance de
douceur de cette sensation pénétrait leur relation. Le narrateur transforme le
ainsi ses désirs d'autrefois, et comme lecteur en spectateur, en témoins. On
des grains de sable sous un coup de partage les émois d’Emma et le
vent, ils tourbillonnaient dans la réalisme des attitudes.
bouffée subtile du parfum qui se
répandait sur son âme. Elle ouvrit les On peut ici étudier les temps du récit et
narines à plusieurs reprises, fortement, l’alternance imparfait /passé simple. Ils
pour aspirer la fraîcheur des lierres ont une valeur d’inaccompli qui met
autour des chapiteaux. Elle retira ses en avant le rapport au temps très
gants, elle s'essuya les mains ; puis, particulier du « coup de foudre ». On
avec son mouchoir, elle s'éventait la remarquera un jeu sur l’imparfait
figure, tandis qu'à travers le battement envisageant l’action de manière
de ses tempes elle entendait la rumeur sécante, vision intérieure du procès
de la foule et la voix du conseiller qui « elle s’éventait la figure »et le passé
psalmodiait ses phrases. simple qui a contrario la présente de
manière non-sécante, vision extérieure
du procès « elle retira ses gants ».
L’écoulement du temps semble
suspendu.
En présentant des actions futiles au
premier plan avec l’emploi du passé
simple, le narrateur fait partager la
passion qui habite Emma tout en
renforçant la caricature de la situation.
Il force le trait de l’émotion, Emma
semble fébrile. Importance des mains
qui sont très mobiles « retira ses
gants » » elle s’essuya les mains » :

1
elles trahissent l’agitation d’Emma et
contrastent avec l’attitude immobile de
Rodolphe « bras
croisés », « fixement ». Son regard est
hypnotique : il est maître de lui-même.
A contrario chacun des gestes d’Emma
traduit l’émotion, elle est bouleversée
par ce regard. Le lecteur perçoit
d’ailleurs le monde extérieur à travers
le prisme de ses sens:
 ouïe « tandis qu'à travers le
battement de ses tempes elle
entendait la rumeur de la foule et
la voix du conseiller qui
psalmodiait ses phrases »
 odorat « Elle ouvrit les narines à
plusieurs reprises, fortement,
pour aspirer la fraîcheur des
lierres autour des
chapiteaux. » « sentait le
parfum » « la bouffée subtile du
parfum ».
 vue » dans ses yeux des petits
rayons d'or s'irradiant tout autour
de ses pupilles noires ».
 Toucher : « elle s’essuya les
mains »
Ce qui souligne la sensualité d’Emma.
On assiste à une scène de relation
amoureuse entre un homme et une
femme : mais Rodolphe veut séduire et
Emma veut aimer. Pourtant force est de
constater que ce gros plan sur les
transports de la passion laisse
cependant transparaître le regard
ironique que pose le narrateur sur le
couple d’où le réalisme de cette scène
d’amour très pessimiste. Pour le lecteur
cette histoire d’amour ne peut être que
passagère.

1
Chaque personnage construit son
parcours individuel. On voit
apparaître ici une des
caractéristiques du personnage
réaliste qui est son autonomie
romanesque. Ce sont d’ailleurs les
personnages qui prennent en charge
la narration : Rodolphe nous invite à
regarder Emma et Emma nous invite
à entendre le discours du conseiller.
Chaque personnage construit son
parcours individuel. Focalisation sur
les sensations d’Emma. Rodolphe
s’efface L’ironie a des allures de
cruauté – vis-à-vis d’Emma.

Passage 2 Passage 2 : Discours officiels :


apologie du monde agricole
Il disait:
Discours de M.Lieuvain. : le nom du
« Continuez ! Persévérez ! N’écoutez personnage évoque tout à la fois la
ni les suggestions de la routine, ni les vanité et le monde agricole : jeu sur
conseils trop hâtifs d'un empirisme les homophonies et les paronomases :
téméraire ! Appliquez-vous surtout à levain, le vin , lieu vain …. C’est une
l'amélioration du sol, aux bons engrais, autre des caractéristiques du
au développement des races personnage réaliste qui a toujours un
chevalines, bovines, ovines et nom qui le caractérise et apporte une
porcines ! Que ces comices soient pour nouvelle strate de lecture.
vous comme des arènes pacifiques où
le vainqueur, en en sortant, tendra la Le conseiller général se livre à une
main au vaincu et fraternisera avec lui, apologie du monde paysan présenté
dans l'espoir d'un succès meilleur ! Et comme un garant de l’ordre et de la
vous, vénérables serviteurs ! Humbles moralité. On remarque les indices
domestiques, dont aucun gouvernement d’une rhétorique très classique avec des
jusqu'à ce jour n'avait pris en techniques oratoires sans originalité ( il
considération les pénibles labeurs, faut alors bien remettre l’extrait dans
venez recevoir la récompense de vos son contexte historique et politique :
vertus silencieuses, et soyez convaincus place de premier plan du monde rural
que l'Etat, désormais, a les yeux fixés en France en 1850) mais avec une
sur vous, qu'il vous encourage, qu'il correction de la langue qui renvoie
vous protège, qu'il fera droit à vos M.Lieuvain à son personnage
justes réclamations et allégera, autant d’homme politique provincial : il y a

1
qu'il est en lui, le fardeau de vos ici une satire sociale . Le conseiller
pénibles sacrifices ! » harangue la foule avec des périphrases
très emphatiques : » le fardeau de vos
pénibles sacrifices », il utilise des
oppositions : vainqueur /vaincu, des
appels fréquents à l’auditeur (fonction
phatique): utilisation de l’impératif
pluriel « « Continuez ! Persévérez !
N’écoutez … », la récurrence du
pronom « vous », presque anaphorique,
incantatoire assurément et du possessif
« vos » présence forte de la fonction
phatique, l’emploi récurrent du rythme
ternaire, de la cadence majeure et des
points d’exclamation et des
propositions relatives: « à
l'amélioration du sol, aux bons engrais,
au développement des races
chevalines, bovines, ovines «. Les
phrases sont longues et complexes,
mais leur sens échappe à tous. On est
dans l’incantation, la litanie,
remarquons l’utilisation du verbe
« psalmodier » Il y a là tout à la fois
théâtralisation du discours et critique
du conformisme politique de l’époque.
Tout ceci contribue à entretenir une
impression de grotesque, de parodie du
discours. M. Lieuvain apparaît comme
un serviteur de l’état qui porte la bonne
parole du gouvernement en province,
un prophète sans charisme ni empathie
aucune pour le monde rural et on doute
donc de sa sincérité. On pense à Ch.
Baudelaire qui écrivant sur Flaubert
déclare :
«-Quel est le terrain de sottise, le
milieu le plus stupide, le plus productif
en absurdités, le plus abondant en
imbéciles intolérants ?
«-La province.
«-Quels y sont les acteurs les plus

1
insupportables ?
«-Les petites gens qui s'agitent dans de
petites fonctions dont l'exercice fausse
leurs idées. »
On remarquera aussi l’emploi du style
direct avec un verbe introducteur « il
disait » à l’imparfait qui ici projette
dans l’arrière plan, rendant le lecteur
spectateur. Le discours est envisagé
dans sa globalité. Ce qui renforce
l’effet de réel, on a l’illusion
d’entendre le discours tel qu’il a été
prononcé comme un magnétophone. Il
y a une rupture apparente avec la
scène de séduction qui se déroule et le
discours officiel, cependant cet arrière-
plan renforce le réalisme de la scène et
la distanciation (ironie) La scène des
comices peut être lue comme une
symphonie où se croisent les
déclarations enflammées de Rodolphe
et la trivialité de la fête agricole, deux
mondes juxtaposés, étrangers qui se
rejoignent pourtant dans leur culte du
poncif et du rêve à bon marché.

Passage 3 Passage 3 : La parole comme arme


M. Lieuvain se rassit alors ; M. de séduction
Derozerays se leva, commençant un
autre discours. Le sien, peut-être, ne Les discours s’enchainent : Discours de
fut point aussi fleuri que celui du M. Derozerays . On remarque
conseiller ; mais il se recommandait immédiatement que l’on a quitté le
par un caractère de style plus positif, discours direct pour entrer dans le
c'est-à-dire par des connaissances plus discours narrativisé (Le discours
spéciales et des considérations plus narrativisé est le degré zéro du
relevées (...) Rodolphe, avec Mme discours rapporté. Il y a bien eu un L2
Bovary, causait rêves, pressentiments, qui a prononcé quelques paroles ou un
magnétismes. Remontant au berceau long discours, mais ces mots ne
des sociétés, l'orateur vous dépeignait transparaissent, dans le récit, que par
ces temps farouches où les hommes un verbe comportant dans son
1
vivaient de glands, au fond des bois. sémantisme une notion de parole, ou
Puis ils avaient quitté la dépouille des parfois par un ou deux substantifs du
bêtes, endossé le drap, creusé des même genre. (M. Perret, 1994, 103) Ce
sillons, planté la vigne. Etait-ce un qui permet à l’auteur de reprendre la
bien, et n'y avait-il pas dans cette main et de prendre une distance par
découverte plus d'inconvénients que rapport aux propos à une fin ironique
d'avantages ? M. Derozerays se posait évidente. Le récit reprend au passé
ce problème. Du magnétisme, peu à simple. L’emploi du pronom indéfini
peu, Rodolphe en était venu aux « on » souligne la présence du
affinités, et, tandis que M. le président narrateur qui s’inclut dans les
citait Cincinnatus à sa charrue, remarques.
Dioclétien plantant ses choux, et les La polyphonie énonciative s’intensifie
empereurs de la Chine inaugurant avec l’utilisation du discours
l'année par des semailles, le jeune narrativisé pour rapporter de façon très
homme expliquait à la jeune femme que elliptique les sujets de conversation du
ces attractions irrésistibles tiraient leur couple : « Rodolphe, avec Mme
cause de quelque existence antérieure. Bovary, causait rêves, pressentiments,
magnétisme. » On remarquera
- Ainsi, nous, disait-il, pourquoi nous qu’Emma est désignée par son nom de
sommes-nous connus? Quel hasard l'a femme mariée. Le narrateur rappelle
voulu ? C'est qu'à travers son statut social. Peut-être est-ce un
l'éloignement, sans doute, comme deux moyen de souligner l’adultère
fleuves qui coulent pour se rejoindre, imminent ? De plus le choix du verbe
nos pentes particulières nous avaient causait est important, il renforce le
poussés l'un vers l'autre. cliché romantique de ce tête à tête et les
Et il saisit sa main ; elle ne la retira isole dans leur relation. Encore une fois
pas. on lit ici un clin d’œil ironique du
narrateur.
« Etait-ce un bien, et n'y avait-il pas
dans cette découverte plus
d'inconvénients que d'avantages ? »
Les propos de M.Derozerays sont
rapportés au style indirect libre. Cela
permet de montrer la variété des formes
de discours rapportés et d’inviter les
élèves à repérer les indices de paroles
dans le texte en leur montrant la
difficulté d’interprétation et même de
repérage. Ce procédé ajoute à la
confusion, les discours se mêlent et il
devient de plus en plus difficile de les
isoler , ils s’entrecroisent: Du
magnétisme, peu à peu, Rodolphe en
1
était venu aux affinités, et, tandis que
M. le président citait Cincinnatus à sa
charrue, Dioclétien plantant ses choux,
et les empereurs de la Chine
inaugurant l'année par des semailles,
le jeune homme expliquait à la jeune
femme que ces attractions irrésistibles
tiraient leur cause de quelque existence
antérieure .On notera l’accumulation
de références pseudo historiques visant
apparemment à sacraliser l’agriculture
alors que l’exagération provoque le
ridicule. Le narrateur se moque de ces
discours pédants et sans relief.
Rodolphe utilise ici un thème à la mode
de l’époque lié à la destinée « Ainsi,
nous, disait-il ; pourquoi nous sommes-
nous connus? Quel hasard l'a
voulu ? »Remarquons la reprise
anaphorique du pronom personnel nous
qui suggère le couple en train de naître
et « quelque existence antérieure ». On
est ici dans un schéma de séduction
caricatural et dépréciatif du séducteur
qui utilise un argumentaire construit
sur du vent. Ce procédé met en
évidence une fois de plus la naïveté
d’Emma qui est prête à être conquise.
Rodolphe apparaît comme un
séducteur calculateur qui fait « feu de
tout bois pour arriver à ses fins ». Sa
stratégie est grossière objectivement
mais Emma est conquise : le narrateur
condamne cette propension de l’esprit
à tout enjoliver, à parer la réalité la plus
triviale des feux de l’imagination. Il
souligne les dangers du rêve qui
dénature la réalité, ce rêve éveillé que
vit Emma et qui la conduira, d’abandon
en lâcheté, à l’issue fatale pour avoir
poursuivi un impossible idéal.
Rodolphe aboutit puisque enfin il lui

1
prend la main. On remarquera
d’ailleurs la cadence majeure très
équilibrée mise en relief par
l’utilisation du point virgule« Et il
saisit sa main ; elle ne la retira pas ».
C’est le premier contact physique.
Emma est conquise : la relation
amoureuse peut commencer.

8/ Visionnage de l’extrait filmé par C. Chabrol ou analyse de la gravure ci-


dessous pour comparaisons avec les représentations et échanges.
Document iconographique pour analyse :Gravure de A. Richemont, gravée à
l'eau-forte par C. Chessa, Paris, F. Ferroud, 1905 2e partie, chapitre 7 :
Rodolphe décide de séduire Emma.

1
Séance 1 : Support Evaluation formative :
Madame Bovary (1857) de G. Flaubert
9/ Evaluation formative à partir du passage n°4 qui suit immédiatement le
passage analysé:
« Ensemble de bonnes cultures!» cria le président.
- Tantôt, par exemple, quand je suis venu chez vous...
« A M. Bizet, de Quincampoix.»

1
- Savais-je que je vous accompagnerais ?
« Soixante et dix francs ! »
- Cent fois même j'ai voulu partir, et je vous ai suivie, je suis resté.
« Fumiers. »
- Comme je resterais ce soir, demain, les autres jours, toute ma vie !
« A M. Caron, d'Argueil, une médaille d'or! »
- Car jamais je n'ai trouvé dans la société de personne un charme aussi complet.
« A M. Bain, de Givry-Saint-Martin ! »
- Aussi, moi, j'emporterai votre souvenir.
« Pour un bélier mérinos...»
- Mais vous m'oublierez, j'aurai passé comme une ombre.
« A M. Belot, de Notre-Dame...»
- Oh! Non, n'est-ce pas, je serai quelque chose dans votre pensée, dans votre
vie ?
« Race porcine, prix ex aequo: à MM. Lehérissé et Cullembourg ; soixante
francs ! »
Rodolphe lui serrait la main, et il la sentait toute chaude et frémissante comme
une tourterelle captive qui veut reprendre sa volée; mais, soit qu'elle essayât de
la dégager ou bien qu'elle répondît à cette pression, elle fit un mouvement des
doigts, il s'écria :
- Oh! Merci ! Vous ne me repoussez pas ! Vous êtes bonne ! Vous comprenez
que je suis à vous ! Laissez que je vous voie, que je vous contemple !
Un coup de vent qui arriva par les fenêtres fronça le tapis de la table, et, sur la
place, en bas, tous les grands bonnets des paysannes se soulevèrent, comme des
ailes de papillons blancs qui s'agitent.
« Emploi de tourteaux de graines oléagineuses », continua le président.
Il se hâtait :
« Engrais flamand, - culture du lin, - drainage, - baux à longs termes, - services
de domestiques.»
Rodolphe ne parlait plus. Ils se regardaient. Un désir suprême faisait frissonner
leurs lèvres sèches; et mollement, sans effort, leurs doigts se confondirent.
Extrait de Madame Bovary de Flaubert Edition Baudelaire, Paris, 1964, p.172 /173

Consigne :
Par groupe de quatre : les élèves doivent préparer la lecture expressive de
l’extrait. On ne leur distribue pas les rôles (3/4h de préparation avec
apprentissage du dialogue et élaboration d’une grille d’évaluation par

1
groupe) puis les élèves vont dire l’extrait devant la classe en créant l’espace
scénique de leur choix.
Quelques pistes de lecture :
Le rythme des paroles s’accélère, on note un passage au style direct libre. Il n’y
a pas de verbes introducteurs : on gagne ainsi en rapidité. Le lecteur sent monter
la tension. On se rapproche du dénouement : l’accomplissement du désir
contenu. Les discours se croisent sans plus s’interpénétrer : on peut faire
surligner les paroles de Rodolphe aux élèves afin de les mettre en évidence. On
remarquera l’argumentaire de la séduction et la gradation des arguments.
Rodolphe déclare sa flamme, promet un amour toujours. Flaubert caricature ici
le romantisme et joue avec les clichés : derrière l’amant se dessine l’homme qui
abandonnera Emma. Il est d’ailleurs pressé de conclure tout comme le président
qui veut terminer sa cérémonie. On remarque d’ailleurs que c’est quand
Rodolphe se tait enfin: « il ne parlait plus » que le désir explose: « un désir
suprême». On revient d’ailleurs à l’imparfait, sécant, on ne connaît pas les
limites de la passion : Emma est conquise. L’extrait commence sur un regard
porté par Rodolphe sur Emma, il se termine pas une communion visuelle : « ils
se regardaient ». La forme pronominale du verbe utilisé souligne la réflexivité
du lien tissé. Si les discours ont révélé le désir : ils ont aussi mis en évidence les
attentes opposées du couple. Emma vit un grand amour, Rodolphe, Dom Juan de
province, ajoute une femme à ses conquêtes.

Pour finir une lecture cursive possible : BAUDELAIRE, Charles (1821-1867)


Madame Bovary par Gustave Flaubert (in L'Artiste, 18 octobre 1857).

«-Quel est le terrain de sottise, le milieu le plus stupide, le plus productif en


absurdités, le plus abondant en imbéciles intolérants ?
«-La province.
«-Quels y sont les acteurs les plus insupportables ?
«-Les petites gens qui s'agitent dans de petites fonctions dont l'exercice fausse
leurs idées.
«-Quelle est la donnée la plus usée, la plus prostituée, l'orgue de Barbarie le
plus éreinté ?
«-L'Adultère.
«Je n'ai pas besoin, s'est dit le poète, que mon héroïne soit une héroïne. Pourvu
qu'elle soit suffisamment jolie, qu'elle ait des nerfs, de l'ambition, une aspiration
irréfrénable vers un monde supérieur, elle sera intéressante. Le tour de force,
d'ailleurs, sera plus noble, et notre pécheresse aura au moins ce mérite, -
comparativement fort rare, - de se distinguer des fastueuses bavardes de
1
l'époque qui nous a précédés.
«Je n'ai pas besoin de me préoccuper du style, de l'arrangement pittoresque, de
la description des milieux ; je possède toutes ces qualités à une puissance
surabondante ; je marcherai appuyé sur l'analyse et la logique, et je prouverai
ainsi que tous les sujets sont indifféremment bons ou mauvais, selon la manière
dont ils sont traités, et que les plus vulgaires peuvent devenir les meilleurs».

Dès lors, Madame Bovary - une gageure, une vraie gageure, un pari, comme
toutes les œuvres d'art - était créée ? »

Source Site : http://www.bmlisieux.com/litterature/baudelaire/bovary.htm

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