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SOCIOLOGIE
A. Le processus de socialisation
L’être humain vient au monde et intègre un cadre social, il entre dans un cadre social dans
lequel il grandit: ce cadre social que l’enfant intègre, ou plus largement cette société à
laquelle il appartient, lui transmettent progressivement une manière de penser, une façon de
parler, de donner de l’importance aux choses, d’aimer ou de ne pas aimer telle et telle chose,
etc. La société transmet aussi à l’enfant, ce qui est considéré dans cette société comme un
bien et ce qui est considéré comme un mal, les interdits, et les choses permises, les goûts, etc.
La société en général, le cadre social dans lequel l’enfant grandit en particulier,
transmettent des normes et des valeurs que l’enfant, dès sa naissance, apprend et
intériorise dans son for intérieur.
Ces normes et ces valeurs permettent à l’individu d’appartenir à la société, de se
comporter avec les autres selon un code partagé par tous. Aussi les normes et les valeurs
organisent les rapports sociaux. L’individu doit faire l’apprentissage de ces normes et
valeurs pour rendre son comportement conforme aux attentes sociales et s’intégrer à la
société et à son groupe social.
Le groupe social est un ensemble d’individus qui ont des caractéristiques communes, au
sein de la grande société (un style de vie commun, un niveau de vie identique, des
particularités culturelles…).
En dehors des comportements relevant de réflexes (cligner des yeux dans une lumière
forte, ou mettre les mains devant soi en cas de chute), les comportements humains
dépendent de l’environnement culturel et social dans lequel nait et évolue l’individu. Les
comportements de l’individu sont liés à la culture du pays et à la culture de son groupe social.
Les façons d’agir et de penser de l’individu sont acquises et intériorisées, et donc
propres à l’environnement dans lequel l’individu grandit. Ce processus
d’intériorisation, s’appelle la socialisation.
La socialisation est le processus au cours duquel l’individu apprend des choses de son
entourage et intériorise les normes, les valeurs, les comportements et les façons de
penser de son entourage.
La socialisation est un processus qui permet à l’individu de s’adapter et de s’intégrer à
un environnement social en intériorisant des normes et des valeurs.
On appelle instances de socialisation (un lieu réel comme la famille, ou fictif comme les
médias) de transmission de valeurs et de normes. Celui qui transmet les valeurs et les normes
est appelé agent de socialisation ou instance de socialisation.
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Les normes sont des règles de conduite communément admises par un groupe et qui
permettent aux individus de mettre en place un code social de conduite ; les normes
découlent de valeurs. Elles sont des applications concrètes de valeurs. Les normes
précisent ce qui est interdit et ce qui est autorisé.
Les valeurs sont des principes, des idéaux collectifs d’une société, des manières d’être et
d’agir qu’une société – ou un groupe social particulier – considère idéales, et qui orientent les
comportements d’un groupe social ou d’une société.
Les valeurs sont abstraites, elles ne disent rien sur la manière concrète de les appliquer,
c’est pour cela qu’elles sont associées à des normes.
Exemple : L’honnêteté et la solidarité sont des valeurs.
Ne pas regarder la copie du voisin à l’examen ou s’arrêter à un feu rouge, sont des normes.
Formelles : écrites (les lois ou les règlements intérieurs)
Normes = Règles
Informelles : non écrites (Ce qui correspond au savoir vivre
ensemble)
Valeurs = Idéaux Ex. La fraternité, l’égalité, l’obéissance, etc.
B. Les modes de socialisation
La variété des modes de socialisation. Il existe 3 modes de socialisation :
La socialisation peut s’effectuer par transmission explicite selon le mode de
l’inculcation ou la contrainte, quand un parent dit à un enfant ce qu’il doit faire et ne
pas faire. Le socialisé doit obéir au socialisateur sous peine de sanctions ; il n’a pas de
marge de liberté. L’inculcation est une transmission explicite et volontaire des normes
sociales par les parents et par cette transmission, les façons d’agir et de penser sont
intériorisées. L’inculcation est un mode de socialisation qui se produit aussi à l’école par
le respect des règles, mais aussi par les programmes scolaires et les interactions avec les
profs qui participent à la socialisation. Le non-respect des normes conduit à des sanctions
formelles (punitions, réprimandes) ou informelles (moquerie).
Exemple : quand un professeur félicite devant toute la classe, un élève qui a fait ses
devoirs : il transmet une valeur (le travail, valeur qui permet de briller dans la vie) et une
norme associée (faire ses devoirs sinon punition).
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Elle peut se faire par imprégnation progressive : l’enfant observe et imite. Ce mode
est aussi appelé imitation. Dans ce mode de socialisation, le socialisé va imiter les
autres : il se comporte comme les socialisateurs. Ici la transmission est par
familiarisation et répétition des valeurs et des normes. On imite les agents
socialisateurs quand on les observe en train de se comporter de façon répétée d’une
certaine manière, et on devient familier avec cette façon de se comporter. Exemple : les
enfants qui visitent régulièrement les musées avec leurs parents développent un sentiment
de familiarité et de proximité avec l’art. Autre exemple : c’est en regardant sa mère se
maquiller, qu’une jeune fille apprend les gestes du maquillage. C’est au cours des
échanges verbaux ou non verbaux que les enfants apprennent les règles de politesse.
la socialisation peut se faire aussi par interaction ou contact avec les autres :
l’interaction ou l’échange entre plusieurs personnes permet aux individus de se
transmettre des valeurs et des normes. Exemple : lors du jeu, ou quand on discute avec sa
famille des livres qu’on a lus ou du film qu’on a vu. Le socialisé va apprendre grâce à
des interactions avec les autres ; là il a une marge de liberté car il peut changer les
opinions du socialisateur. Autre exemple : l’école offre une possibilité d’avoir des
relations sociales diversifiées. L’enfant se confronte à ses pairs (les autres élèves) qui ont
parfois reçu une socialisation différente de la sienne et viennent de milieux différents.
L’enfant fait alors l’expérience de relations variées.
Au final, la socialisation se fait parfois de façon consciente mais elle est souvent un
processus de transmission inconsciente.
C. Les étapes de socialisation
La socialisation primaire représente le processus d’apprentissage de normes et de
valeurs qui se déroule durant l’enfance.
La socialisation secondaire représente le processus d’apprentissage de normes et de
valeurs durant toute la vie d’adulte, à partir de l’adolescence.
Parmi les instances de socialisation, certains ont des rôles très importants.
La famille, premier acteur de socialisation primaire.
La famille est la principale instance de socialisation. Elle a un rôle spécial dans la
socialisation primaire. La famille pèse sur la personnalité de l’individu.
Les parents transmettent à l’enfant, dès son plus jeune âge, un ensemble de normes
sociales découlant de valeurs. Par ce mécanisme appelé socialisation, l’enfant adopte
des manières de faire, de penser propre à son groupe social. Pendant l’enfance,
l’enfant apprend à manger, à marcher, à parler, à avoir des goûts, de manière
conforme à son groupe social. A cette période, l’enfant est malléable : il est comme
une pâte molle sur laquelle on peut inscrire ce que l’on veut. L’enfant est
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inconscient des mécanismes en jeu, il n’est pas conscient qu’au fur et à mesure de sa
vie, il est en train d’intérioriser des normes et des valeurs propres à son groupe. A
l’issue de la socialisation, les comportements qui ont d’abord été appris par la
contrainte, deviennent normaux pour l’individu. Ils vont être complètement
intériorisés et deviennent presque instinctifs (on ne réfléchit pas avant de les faire). Le
« naturel » est le résultat d’une socialisation de l’enfant.
L’école est le 2ème agent de socialisation.
Le groupe des pairs est le 3ème agent de socialisation.
On appelle groupe de pairs, l’ensemble des personnes présentant des éléments
communs (âge, milieu social, préoccupations…). En général, le groupe de pairs
désigne souvent les copains.
Pendant l’enfance et l’adolescence, les instances de socialisation sont plurielles. Ce sont
la famille, l’école et les pairs mais aussi les médias.
D. La socialisation est différenciée
La socialisation est un processus d’apprentissage qui n’est pas forcément le même selon le
sexe de l’enfant (socialisation différentiée selon le genre) et selon le milieu social dans
lequel grandit l’enfant (socialisation différenciée selon le milieu social).
1) Une socialisation différenciée selon le sexe
L’acquisition des façons d’agir et de penser spécifique à notre sexe, façonne notre identité de
genre. L’intériorisation des dispositions de notre milieu social permet la transmission des
identités de classe.
Dès la naissance, selon le sexe, les instances de socialisation (famille, école, médias,
groupes de pairs…) diffusent des stéréotypes de genre. Les filles et les garçons ne sont
pas éduqués de la même manière.
Dès la naissance, les parents réagissent différemment avec les filles et les garçons : les
pleurs sont moins tolérés chez les garçons dont les adultes attendent davantage de force et de
courage. De même les jouets choisis pour les uns et les autres contribuent à se former une
identité sociale.
Le genre est une construction sociale qui renvoie aux notions de masculin et de féminin
mais qui ne recoupe pas forcément celle du sexe. Un garçon peut avoir des comportements
féminins et une fille des comportements masculins.
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Chaque sexe est associé à un genre et un rôle social différent. Les petites filles sont plus
retenues à la maison que les garçons, car les instances de socialisation transmettent l’idée que
les filles auront, plus tard, en tant que femmes, une place différente dans la société.
Au final, les comportements des parents varient selon le sexe de l’enfant. On attend d’une
petite fille qu’elle soit sage, gentille, douce, donc on la gronde plus volontiers si elle
transgresse les normes. À l’inverse, on est tolérant envers les colères d’un garçon, ce qui
revient implicitement à les encourager comme un indicateur de virilité.
Les médias (notamment la télévision ou Internet) et parfois même l’école, contribuent à la
fabrication d’une « vraie fille », c’est-à- dire ils transmettent par leur contenu (les médias) ou
leur manière de socialiser (l’école), l’idée qu’il existe un rôle social associé au genre ; par
exemple, l’idée qu’il existe, socialement parlant, des tâches et des comportements attendus
d’une fille, en particulier son rôle au sein de la maison, ou qu’il existe des métiers qui sont
plus adaptés aux filles, et même que les filles doivent avoir certaines attitudes
corporelles précises; par exemple, à travers la publicité, les fillettes intériorisent (puis
s’imposent mutuellement cette représentation) l’idée qu’une femme doit se maquiller, porter
certains vêtements, certaines couleurs, adopter certaines postures (ex. : se tenir au bord d’une
chaise, jambes croisées).
2) Une socialisation différenciée selon le milieu social
Les conditions de vie matérielles influencent la socialisation de l’enfant. La socialisation
est différenciée selon les milieux sociaux. Chaque milieu social se caractérise par des
normes et des valeurs spécifiques. Par exemple, vivre dans un petit espace est vécu comme
un signe de solidarité dans les milieux populaires mais regardé négativement dans les milieux
bourgeois. Dans les milieux bourgeois, on appelle au contrôle de soi et cela s’oppose à
l’apprentissage de l’affrontement physique des milieux populaires qui est transmis par les
pères à leurs fils comme un idéal de virilité.
L’origine sociale des parents est donc un facteur de différentiation. Chaque groupe
social socialise de manière différente les enfants, afin qu’ils incorporent (ou
intériorisent) leurs habitudes de classe : les systèmes de préférence, la manière de parler,
de s’habiller, de manger, le style de vie, la manière de voir les choses…
E. Comment la socialisation se poursuit-elle au cours de la vie ?
La socialisation dure tout au long de la vie : de la socialisation primaire à la
socialisation secondaire
Pendant la phase de socialisation primaire, période forte de socialisation, se
transmettent les codes sociaux élémentaires, mais le processus de socialisation ne prend
pas fin quand l’enfance est terminée, il dure toute la vie.
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L’individu est soumis tout le long de sa vie à d’autres influences que sa famille, qui vont
intervenir sur sa personnalité de base.
A l’âge adulte des socialisations secondaires s’effectuent au sein du monde du travail
(socialisation professionnelle), du couple (socialisation conjugale), dans l’espace public
(socialisation politique).
Les nouveaux acteurs à l’âge adulte
Le monde professionnel (le travail) : en accédant au milieu du travail, les individus se
conforment à de nouvelles normes (manière de s’habiller, horaires de travail, règlement
intérieur) et de nouvelles valeurs. Cette socialisation se nomme la socialisation
professionnelle. Elle s’opère par l’observation de nouveaux modèles ou par les
interactions entre la hiérarchie ou les groupes de pairs.
Le couple : de même les interactions au sein du couple vont agir comme moment de
socialisation. Par les discussions et les expériences vécues en commun, les membres d’un
couple vont interagir sur les comportements et les opinions de l’un et de l’autre. C’est le
cas du partage des tâches domestiques. On parle de socialisation conjugale.
Enfin la fréquentation de partis politiques, d’associations, peut avoir une influence sur
les comportements et opinions politiques des individus. Le rôle des pairs est ici
fondamental : ce sont les expériences partagées qui vont influer sur les pratiques
politiques (voter, manifester, signer une pétition). On parle de socialisation politique.
La socialisation secondaire intervient après l’enfance des individus. Elle va compléter,
prolonger OU transformer les apprentissages de la socialisation primaire.
Contradiction ou adéquation avec la socialisation primaire ?
La socialisation secondaire peut renforcer la socialisation primaire : les normes et
valeurs acquises durant l’enfance permettent l’acquisition de nouveaux codes sociaux à
l’âge adulte en cohérence (en continuité) avec ceux déjà acquis. Nous parlons de
renforcement de la socialisation primaire par la socialisation secondaire ou même de
phénomène de reproduction sociale.
Parfois la socialisation secondaire peut rompre (rupture) avec la socialisation
primaire : elle contredit les effets de la première socialisation et provoque des
transformations chez l’individu car les valeurs et les normes transmises ne
coïncident pas mais s’opposent. C’est le cas d’un individu qui connaît un changement
de statut social par rapport à celui de sa famille d’origine, et qui s’adapte à ce nouvel
environnement.