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La Liberté

Philo

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I.

La liberté extérieure

A. La liberté comme absence d’entraves (Hobbes)


Nous concevons spontanément la liberté comme la capacité de faire ce qu’on
veut, comme le fait de ne pas être empêché d’agir. Ce sens, le plus simple et le
plus naturel, est celui que retient le philosophe anglais Thomas Hobbes (1588-
1679) :

Le mot LIBERTÉ désigne proprement l’absence d’opposition (par


opposition, j’entends les obstacles au extérieurs au mouvement), et peut être
appliqué aux créatures sans raison ou inanimées aussi bien qu’aux créatures
raisonnables.
Thomas Hobbes, Léviathan (1651), II, 21

Hobbes nous permet de préciser notre concept intuitif de liberté, en


distinguant la liberté de la puissance. Être libre ne consiste pas exactement à
pouvoir faire tout ce qu’on veut, mais plutôt à ne pas être empêché de faire ce
qu’on peut faire. Ainsi, ne pas pouvoir voler dans le ciel comme un oiseau ou
comprendre les équations d’Einstein n’est pas tant un manque de liberté que de
puissance (physique ou intellectuelle).

B. La liberté et la loi
La liberté au sens de Hobbes peut donc désigner la liberté politique. Car la loi,
même si elle n’est pas un obstacle physique, est similaire à un obstacle
physique. Les actes qu’elle interdit sont sanctionnés, donc la loi est bien une
limitation de la liberté humaine par la crainte de la sanction (amende, prison,
etc.).

1. Etat de nature et Etat social


Il semble donc que la loi constitue un obstacle à notre liberté, car elle nous
interdit de commettre certains actes. Mais si la liberté que la loi me fait perdre
est évidente, il faut avoir conscience aussi de la liberté que me donne la loi. La
loi m’empêche par exemple de nuire à autrui, ce qui est une restriction de ma
liberté, mais elle empêche aussi (en tout cas si elle est juste) à autrui de me
nuire. Je perds en liberté, mais je gagne en sécurité. Sans la loi, ce serait l’état de
nature, la « loi de la jungle ».
On peut même dire que la loi favorise la liberté, dans la mesure où la sécurité
qu’elle instaure me permet d’agir plus librement. Grâce à la loi, je suis libre
d’aller et venir tranquillement le soir dans les rues. Car le danger est une
contrainte qui limite notre liberté d’aller et venir.
De même, la loi organise la vie en communauté et rend possible certaines
actions qui ne seraient pas possibles sans elle. En particulier, la loi assure le
1
respect des contrats et permet ainsi de développer la liberté de travailler et
d’entreprendre. Il faut donc bien voir ce qu’on gagne et ce qu’on perd par
l’instauration de la loi :

Hors de l’état civil, chacun jouit sans doute d’une liberté entière, mais stérile ;
car, s’il a la liberté de faire tout ce qu’il lui plaît, il est en revanche, puisque
les autres ont la même liberté, exposé à subir tout ce qu’il leur plaît. Mais,
une fois la société civile constituée, chaque citoyen ne conserve qu’autant de
liberté qu’il lui en faut pour vivre bien et vivre en paix, de même les autres
perdent de leur liberté juste ce qu’il faut pour qu’ils ne soient plus à redouter.
Thomas Hobbes, Le Citoyen (1642)

C. Travail et liberté

1. La libération par le salaire


En un premier sens, le travail est une contrainte temporaire qui permet
d’acquérir une liberté très concrète et très rapidement : la liberté de consommer
et de prendre des vacances grâce à l’argent gagné. C’est pour cette liberté que
nous travaillons le plus souvent, surtout quand nous pensons à court terme.
Mais cette libération n’est généralement que temporaire : une fois l’argent
dépensé, il faut se remettre au travail. Ce n’est donc pas là une véritable
libération du travail. Celui qui est en vacances n’est jamais qu’un travailleur en
sursis, et le travail l’attend tôt ou tard.

2. La libération par l’apprentissage (Hegel)


A un niveau plus fondamental, c’est par l’apprentissage que le travail nous
libère. En travaillant, on apprend un métier, on acquiert un savoir-faire. Cette
maîtrise sur les choses se traduit par une autorité sur les hommes : celui qui a de
l’expérience et un savoir-faire peut l’apprendre aux autres. Ainsi l’expérience
permet de monter en grade, de grimper dans la hiérarchie socio-économique.
Hegel a exprimé cette idée par la dialectique du maître et de l’esclave :

(2) La relation de servitude


(a) Le maître jouit, comme l’animal. Il n’est plus en rapport à la nature, donc
sa conscience ne se développe plus. Il a besoin de l’esclave, donc il le reconnaît
comme un moyen, le moyen de sa survie.
(b) L’esclave prend conscience de lui-même dans la peur de la mort et
travaille, donc développe sa conscience en humanisant la nature (« la
transformation du monde est transformation de soi »). Il prend conscience de
soi, et du fait qu’il est le maître de la nature. Il découvre également qu’il est
maître de soi, contrairement au maître (qui reste dominé par ses désirs et ses
passions). Il se libère donc. Il est reconnu (comme moyen) par le maître.

2
L’esclave prend conscience que c’est par accident qu’il est esclave, que le
maître n’a rien de supérieur à lui, qu’au contraire il dépend de lui. Il va donc se
révolter et exiger que le maître le reconnaisse comme son égal.

4. Problème : quand il est enfin libre, l’homme est devenu esclave (Arendt)
Hannah Arendt apporte une autre critique à l’idée d’une libération du travail
grâce à la technique. Elle reconnaît que la technique a bel et bien libéré l’homme
du travail, dans une certaine mesure, et ce dès le XX e siècle. Mais elle remarque
également que l’homme enfin libéré du travail a subi la contrainte du travail
pendant tant d’années qu’il a fini par acquérir une mentalité d’esclave et n’est
même plus capable de profiter de sa liberté pour s’épanouir. Il s’empresse au
contraire de combler ses moments de loisir par de nouvelles formes d’aliénation.

C’est l’avènement de l’automatisation qui, en quelques décennies,


probablement videra les usines et libérera l’humanité de son fardeau le plus
ancien et le plus naturel, le fardeau du travail, l’asservissement à la nécessité.
A cet égard, il semblerait que l’on s’est simplement servi du progrès
scientifique et technique pour accomplir ce dont toutes les époques avaient
rêvé sans jamais pouvoir y parvenir.
Cela n’est vrai, toutefois, qu’en apparence. L’époque moderne
s’accompagne de la glorification théorique du travail et elle arrive en fait à
transformer la société tout entière en une société de travailleurs. Le souhait se
réalise donc, comme dans les contes de fées, au moment où il ne peut que
mystifier. C’est une société de travailleurs que l’on va délivrer des chaînes du
travail, et cette société ne sait plus rien des activités plus hautes et plus
enrichissantes pour lesquelles il vaudrait la peine de gagner cette liberté. Dans
cette société qui est égalitaire, car c’est ainsi que le travail fait vivre ensemble
les hommes, il ne reste plus de classe, plus d’aristocratie politique ou
spirituelle, qui puisse provoquer une restauration des autres facultés de
l’homme. (…) Ce que nous avons devant nous, c’est la perspective d’une
société de travailleurs sans travail, c’est-à-dire privés de la seule activité qui
leur reste. On ne peut rien imaginer de pire.
Hannah Arendt, Condition de l’homme moderne (1958)

II La liberté de penser

1. L’évidence de la liberté intérieure (Descartes)


Pour Descartes, liberté de penser et liberté de vouloir vont de pair. L’idée
essentielle de Descartes est que cette liberté intérieure est une évidence (du
même type que le cogito) car nous l’éprouvons immédiatement. Et si on conçoit
la liberté comme absence d’entraves, force est de reconnaître que notre pensée et
notre volonté ne sont jamais entravées, nous les éprouvons toujours comme
parfaitement libres :

3
Il n’y a que la seule volonté, que j’expérimente en moi être si grande, que
je ne conçois point l’idée d’aucune autre plus ample et plus étendue : en sorte
que c’est elle principalement qui me fait connaître que je porte l’image et la
ressemblance de Dieu. (…)
René Descartes (1596-1650), Méditations métaphysiques
(1641)

La liberté intérieure est donc une évidence directement éprouvée.

2. La libération par la raison (Spinoza)


Mais il faudrait peut-être se méfier d’une telle évidence. Selon Spinoza, c’est
une illusion : les hommes se croient libres simplement parce qu’ils ignorent les
causes qui les déterminent à agir. Toutefois, l’idée de Spinoza permet de réfuter
une liberté conçue comme indéterminisme (absence de détermination), et non
une liberté conçue comme absence d’entraves. L’entrave étant, par définition,
ressentie comme telle, c’est-à-dire comme un obstacle à la volonté, alors que les
déterminations, internes à la volonté, ne lui apparaissent pas comme des
entraves, et même ne lui apparaissent pas du tout.
A partir de sa conception déterministe du monde, Spinoza est amené à
élaborer un autre concept de liberté. Pour Spinoza, chaque chose étant
déterminée, la liberté consiste à être déterminée par soi plutôt que par autre
chose, c’est-à-dire à agir suivant la nécessité de sa nature. La liberté, selon
Spinoza, est donc libre nécessité. L’homme sera donc libre quand il sera
déterminé à agir par lui-même plutôt que par autre chose, c’est-à-dire quand il
aura une compréhension adéquate de lui-même et du monde qui lui permettra de
ne pas être le jouet des éléments. Ainsi pour Spinoza, la liberté réside
essentiellement dans la connaissance adéquate de soi et du monde. On pourrait
dire, pour simplifier la pensée de Spinoza, que dans un monde déterminé le seul
moyen d’être libre est d’acquérir une connaissance des déterminations qui
pèsent sur nous afin de ne pas en être l’esclave : ne pas s’y opposer absurdement
et apprendre au contraire à se mouvoir dans ces déterminations.

3. Un fardeau bien pénible


Concluons par cette remarque : tout le monde fait toujours l’éloge de la
liberté, mais la liberté apparaît parfois comme un fardeau que les hommes
s’empressent de fuir. Rien n’est plus difficile que d’être libre. Être libre, penser
par soi-même, être responsable, c’est très fatigant. Aussi les hommes n’ont-ils
généralement rien de plus pressé que de s’aliéner à une habitude, à une
idéologie, à des attaches affectives (amis, famille, époux), à une religion, à un
parti, à une théorie, au travail ou au loisir, à la télévision, bref, à quelque chose
qui nous soulage de notre pénible liberté de penser. Nous sommes absolument
libres de penser ; mais nous ne supportons pas cette « insoutenable légèreté de
l’être »1 et nous nous empressons de nous glisser dans une aliénation
1
Selon le titre d’un roman de Milan Kundera.

4
confortable. Kant reconnaît cette paresse et cette lâcheté, mais il remarque
qu’elles sont aussi entretenues par les dominants :

Paresse et lâcheté sont les causes qui font qu’un si grand nombre
d’hommes, après que la nature les eut affranchis depuis longtemps d’une
conduite étrangère (…) restent cependant volontiers toute leur vie dans un
état de tutelle ; et qui font qu’il est si facile à d’autres de se poser comme
leurs tuteurs. Et si la plus grande partie, et de loin, des hommes (et parmi eux
le beau sexe tout entier) tient ce pas qui affranchit de la tutelle pour très
dangereux et de surcroît très pénible, c’est que s’y emploient ces tuteurs qui,
dans leur extrême bienveillance, se chargent de les surveiller. Après avoir
d’abord abêti leur bétail et avoir empêche avec sollicitude ces créatures
paisibles d’oser faire un pas sans la roulette 2 d’enfant où ils les avaient
emprisonnés, ils leur montrent ensuite le danger qui les menace s’ils essaient
de marcher seuls; un tel exemple rend pourtant timide et dissuade d’ordinaire
de toute autre tentative ultérieure.
Emmanuel Kant (1724-1804), Qu’est-ce que les Lumières ?
(1784)

4. L’homme est condamné à être libre (Sartre)


L’essence d’une chose, c’est ce qu’elle est, sa nature, sa définition. L’essence
d’un outil, c’est sa fonction. L’essence de la hache est de fendre, l’essence d’un
coupe-papier est de couper le papier. Or un outil est conçu avant d’être fabriqué.
Il faut d’abord que quelqu’un imagine l’outil, le conçoive dans son esprit, avant
de le fabriquer. Ainsi, pour l’outil, l’essence précède l’existence.
Selon l’existentialisme de Jean-Paul Sartre, Dieu n’existe pas.
L’existentialisme est un athéisme. Par conséquent, l’homme n’a pas été créé par
Dieu, et à la différence des objets créés, son existence précède son essence.
C’est-à-dire que l’homme n’a pas de nature prédéterminée. Il n’y a pas de nature
humaine, chaque homme est libre de s’inventer, de se choisir, de décider ce qu’il
sera. L’homme est ce qu’il se fait.
Par conséquent, l’homme est absolument libre, et il est même condamné à être
libre, car il n’a pas décidé d’exister et il lui est impossible de renoncer à sa
liberté. La seule chose dont on n’est pas libre, c’est de renoncer à notre liberté.
Tout ce qu’il peut faire, c’est nier cette liberté dans la mauvaise foi, en
s’inventant des excuses : une nature humaine, un inconscient, une passion.

Dostoïevski avait écrit : « Si Dieu n’existait pas tout serait permis. » C’est
là le point de départ de l’existentialisme. En effet, tout est permis si Dieu
n’existe pas, et par conséquent l’homme est délaissé, parce qu’il ne trouve ni
en lui, ni hors de lui une possibilité de s’accrocher. Il ne trouve d’abord pas
d’excuses. Si, en effet, l’existence précède l’essence, on ne pourra jamais
expliquer par référence à une nature humaine donnée et figée ; autrement dit,
il n’y a pas de déterminisme, l’homme est libre, l’homme est liberté. Si,
d’autre part, Dieu n’existe pas, nous ne trouvons pas en face de nous des
valeurs ou des ordres qui légitimeront notre conduite.
2
Berceau sur roulettes.

5
Ainsi nous n’avons ni derrière nous, ni devant nous, dans le domaine
lumineux des valeurs, des justifications ou des excuses. Nous sommes seuls,
sans excuses. C’est ce que j’exprimerai en disant que l’homme est condamné
à être libre. Condamné, parce qu’il ne s’est pas créé lui-même, et cependant
libre, parce qu’une fois jeté dans le monde, il est responsable de tout ce qu’il
fait.
Jean-Paul Sartre (1905-1980), L’Existentialisme est un
humanisme (1946)

L’affirmation de Sartre selon laquelle l’homme est condamné à être


absolument libre n’est donc pas une description des faits mais une attitude
morale face à l’homme. Elle nous en dit davantage sur la posture morale de
l’homme en général. Affirmer la liberté absolue de l’homme est en fait un
moyen pour Sartre de le rendre pleinement responsable de ses actes, de lui faire
prendre conscience de cette responsabilité.

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