Publication 7101
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- La réglementation des pêches interdit le chalutiage en deçà de 3 milles des côtes afin de
protéger les poissons immatures d'espèces commerciales. Il existe cependant des dérogations et
celle qui est accordée aux crevettiers est l'une des plus néfaste pour la conservation des stocks
de poissons du fait que le maillage minimum autorisé est de 12 mm (côté de maille). =
Dans plusieurs pays, des recherches ont été entreprises pour limiter la destruction opérée
par ce type de chalut et pour faciliter le tri. O r un pêcheur du Crotoy a inventé, il y a quelques
2 baddes
d*alèze en V mailles
FIG.1 . - Coupe longitudinal du chalut montrant le dispositif de sélectivité en position de travail.
années, puis perfectionné, un système de sélectivité qui tient compte des comportements différents
des crevettes et des poissons lorsqu'ils se trouvent en présence d'une nappe de filet. Celle-ci est
située obliquement dans le chalut et le divise en deux compartiments dans le sens horizontal.
Ainsi, les crevettes sollicitées par le bourrelet, sautent, franchissent la nappe et se retrouvent dans
la partie supérieure du chalut tandis que les poissons de fond ont plutôt tendance à passer sous
la nappe et restent dans la partie inférieure, chaque parcours se terminant dans une poche (fig. 1 ).
c o r d e d e dos bourrelet
8,50 m 1 0,1 0 m
135 Ilmm
3330111kg
-sensdu
filet
50
trn
Durant ]:expérience, il était évidemment nécessaire de monter les deux poches en petit maillage
afin de récupérer la totalité des crevettes et des petits poissons capturés.
En utilisation normale, la poche inférieure peut être supprimée ou constituée d'une nappe d'un
maillage réglementaire (70 mm étiré) ce qui permet aux poissons hors taille de s'échapper et facilite
l'évacuation d'une grande partie des invertébrés du fond qui constituent habituellement le rebut.
L'estimation du taux de passage au travers de la nappe peut être faite séparément pour
les crevettes et pour les poissons : on établit alors les pourcentages des différentes espèces, soit
en poids, soit en nombre d'individus, récoltées respectivement dans chaque poche.
D'autres traicts effectués après suppression de la poche inférieure en petites mailles nous ont
permis de constater que la présence de cette dernière n'avait modifié ni la composition, ni l'abon-
dance de la pêche (tabl. 1).
Le 9 décembre 1970
avec les 2 poches 99 kg en 2 h 55 = 34 kg à l'heure
avec la poche 83 kg en 2 h 32 = 32,3 kg à l'heure
supérieure seule
Le 21 avril 1971
avec les 2 poches 28,9 kg en 3 h 18 = 8,8 kg à l'heure
Le 9-12-1970
40 46 95.8 2.0 42 48,O
50 25 91,2 22 8,8 27,2
45 19 92,l 1,5 7,9 20,5
40 9 98,9 O. 1 1,l 9,l
Le 21-4-1971
73 7,8 72,O 3,O 28,O 10,8
60 9.1 94,O 0,5 6,O 9,6
65 12 95,2 0,6 4.8 12.6
2. -
TABL, Répartition des crevettes entre les 2 poches pour chaque traicf.
Le 21 avril, les pourcentages furent de 28 76-6 % et 4,8%, soit 12,9 % en moyenne pour une
pêche totale de 33 kg en 3 h 15 mn.
O n peut estimer que ce dernier résultat est faussé par la quantité de petites méduses qui a rempli
les deux poches (une centaine de kg). Il est cependant intéressant de noter que les pêcheurs de
Dunkerque utilisent le chalut sélectif principalement lorsque les méduses abondent, mais ils sup-
priment alors la poche inférieurle afin de faciliter leur écoulement hors du chalut.
Sur l'ensemble des deux expériences, le pourcentage moyen de crevettes trouvées dans la poche
inférieure est donc de 7,2 % mais il se réduit à 5,5 % si nous excluons le trait anormal du 21 avril.
La sélectivité de la nappe vis-à-vis des crevettes est donc de 94,5 %, ce qui nous paraît satisfaisant.
b) Observations sur les crevettes.
Deux lots de crevettes provenant respectivement des poches inférieure et supérieure ont éte
mesurés. La distribution des tailles (fig. 3 ) n'indique aucune différence entre les deux poches. Ce-
pendant, leur pesée montre que, dans une même catégorie de taille, les crevettes de la poche inférieure
sont légèrement plus lourdes. Ceci n'est pas surprenant et peut s'expliquer par une proportion
différente de femelles œuvrées. L'utilisation d'un cul en maillage de 70 mm leur aurait donc permis
de s'échapper et de participer à la reproduction.
c) Sélectivité des poissons.
Les poissons récoltés au cours des deux expériences et qui présentent un intérêt économique
sont des jeunes soles et carrelets sur lesquels ont porté les o b s e ~ a t i o n s ,quelques sprats et de
rares turbots de taille marchande. Les autres espèces telles que liparis, callionymes, trigles et lam-
proies n'ayant aucune valeur marchande n'ont pas été étudiées.
1 poche supè[Link]
FIG. 3. - Fréquence des failles de crevetfes dans les 2 poches. Les failles sont mesurées du rostk au
felson et groupées en classes. Seul le centre des classes est mentionné.
% moyen en poids 36 % 64 %
Répartition pour
100 g pêchés 36 g 64
Poids moyen
d'un individu 6 9 20 Ll
Nbre d'individus 36 64
pour 100 g de pêche - = 6 - = 3,2
6 20
TABL.
3. - Répartition des poissorîs plats (en poids, en nombre).
Ainsi, pour 100 carrelets ou soles pêcliés, 011 peut considérer que 65 capturés dans la poche
supérieure et âgés d'un an environ, 55 seulement subsisteront l'année suivante. La protection s'exerce
donc sur les 35 qui passent dans la partie inférieure du chalut et représentent en fait 40 % des
poissons atteignant 2 ans.
En ce qui concerne les autres espèces, notons que les lançons se retrouvent en quantités
égales dans les deux poches tandis que les liparis, les trigles et les collionymes sont plus fréquents
dans la poche inférieure.
Les crabes, dans leur majorité, suivent le trajet des poissons mais passent également dans la
poche supérieure; sans doute, lorsqu'ils sont nombreux, peuvent-ils franchir la nappe dans sa
partie terminale rétrécie en couloir.
Au terme de cette étude portant sur la sélectivité du chalut DEVISMES, il est intéressant de
comparer nos résultats avec ceux obtenus précédemment (KURC G., FAURE L., LAURENT T., 1964).
La perte moyenne des crevettes avait alors été estimée à 18 % environ, celle-ci est réduite à 5,5 %
grâce à l'amélioration du dispositif de sélectivité. Il semble donc que ce système apporte un net
progrès d a m le tamisage des crevettes à travers la nappe.
Pour les jeunes soles, si en 1964 au Mont Saint-Michel 93 % en poids passaient dans la poche
supérieure, en d'autres lieux ce pourcentage variait de 4 à 60 % (moyenne 39 % ). Par contre, durant
nos essais, elles s'y rtetrouvaient en totalité.
frèq ence
i'
m p o c h e supérieure
carrelets
poche i n f é r i e u r e
.......................
poche superieure
FIG.4. -Fréquence de tailles des carrelets et des soles dans les poches supérieure et inférieure.
En 1964, tous les carrelets furent récoltés dans la poche à poissons, alors que nous n'en avons
plus trouvé que 64 % ; ceci peut s'expliquer par leur taille moindre dans le lieu et à l'époque de
l'expérience.
Au vu des résultats que nous avons obtenus, le perfectionnement du système de sélectivité
paraît n'apporter aucune amélioration à la protection des immature. L'augmentation du passage
des crevettes v,ers la poche supérieure semble entraîner corrélativement celle des poissons de petite
taille ; autrement dit, l'accroissement du taux de sélectivité pour les crevettes .qui constitue un réel
progrès, provoque malheureusement une diminution de la protection des immatures encore que cette
protection ne soit pas négligeable.
C. - Observation d'une maquette en bassin d'essais.
Une maquette au 1/6" du chalut, utilisé lors des ess,ais en mer, a été réalisée et observée au
bassin d'essais de Boulogne-sur-Mer. Cette maquette avait pour gréement l'équivalent de panneaux
de 1150 x 0,75 m et de deux entremises de 1,50 m de long, maillées à l'arrière du panneau.
L'observation de l'écartement des ailes par les panneaux et de la tension de la partie antérieure
de I'alèze du dos, permet de contrôler le fonctionnement correct du chalut. La nappe sélective bien
tendue en largeur est maintenue vers le bas par les deux bandes d'alèze disposées en V aux-
quelles on peut ajouter quelques chaînettes de lestage sur les côtés (fig. 5 ) . Du dessus (fig. 6 ) , on
distingue nettement les grandes mailles en avant du carré de ventre, l'emplacement du V et la diffé-
rence d'ouverture entre les mailles de la nappe sélective et celles du corps du chalut.
Comme suite aux observations effectuées au bassin, il semble possible d'améliorer encore ce dis,
positif en avançant l'abouture de la nappe sur le dos ce qui rapprocherait le barrage de la nappe de
l'endroit o ù les crevettes sautent dès le passage du bourrelet. Une analyse identique a amené
M. DEVISMES à adopter cette disposition sur les derniers chaluts qu'il a confectionnés.
D'autre part, si l'on considèrep~e-iescEveEëTpassent au travers de la partie antérieure de la
nappe, il apparaît que sa partie postérieure pourrait avantageusement être faite d'un maillage plus
petit c a r celui de 25 mm laisse retomber, sans aucun doute, certaines crevettes dans la poche infé-
rieure. Par ailleurs, quelques poissons peuvent par un comportement inverse, remonter vers la poche
supérieure.
2. Calcul d'une nappe sélective type DEVISMES adaptée à un chalut Grave1,ines 10,80/
13,10 pour bateau de 80 cv.
b ) largeur à l'arrivée correspondant à celle du couloir qui doit être comprise entre la moitié
et le tiers de celle de la poche, soit 49 mailles de 14 mm (17 mailles dle 25 mm).
-
La diminution totale étant de 214 mailles (263 49) selon une coupe toutes pattes, la couture
de la nappe est donc faite sur 107 mailles (214/2) du ventre. Il reste alors 46 mailles (153-107)
de 14 mm en hauteur pour le couloir. Les 107 mailles cousues toutes pattes et les 46 mailles du
couloir correspondent respectivement à 74 et 34 mailles de 25 mm ; nous pouvons ainsi vérifier
que la hauteur totale de la nappe est bien de 158 mailles: 50 mailles dans la ralingue de côté
+ 74 mail'les cousues toutes pattes +
34 mailles de couloir, comme nous l'avions calculé.
La coupe à faire en bordure de la nappe se déduit des dimensions trouvées : la diminution de 74
mailles (91-17) sur un,e hauteur de 74 mailles est obtenue par une coupe 2p 1 mf ; le couiloir, large
de 17 mailles, est coupé en mailles franches sur une hauteur de 34 mailles.
Remarques.
Ni les coefficients, ni les proportions de la nappe n'ont à être respectés de façon rigoureuse
mais il est souhaitable de s'en rapprocher et, en ajustant à une ou deux maillles près, d'obtenir des
rapports de coupe simples.
Pour maintenir la différence d'ouverture entre les mailles de la nappe et celles du chalut, on
remarque qu'aux processus de coupe 3p lm, 2p lm et tp sur le chalut correspondent respecti-
vement sur la nappe des processus 6p 7mf, 2p 3mf et 2p 1 mf, c'est-à-dire que pour une même
hauteur, da diminution est deux fois plus faible sur cette dernière que sur le chalut.
Dans notre exemple, la nappe devrait donc être coupée selon un processus 2p 3m et non
4p 3m correspondant à la coupe 2p lm du chalut. Mais l'abouture entr,e les mailles de 16 mm
et de 14 mm, réalisée maillle à maille, ajoute une diminution supplémentaire à celle produite par la
coupe 2p lm. 11 en résulte une diminution globale équivalant à celle obtenue par une coupe 8p
lm (fig. 7 ) .
Le V est formé de deux ilongues pièces en maillage de 14 mm dont les bords sont coupés en
pattes sur une longueur de 50 mailles et sur une largeur d'environ 12 mailles. Une des longueurs
de chaque pièce est cousue selon une ligne de diminution 2p lm sur la nappe et l'autre sur le ventre
suivant la ligne des pattes. La pointe du V doit se situer à quelques mailles en avant du début de
la couture de la nappe sur le ventre.
Il est recommandé de préparer et de mettre en place la nappe avant l'assemblage des deux
faces du chalut ; ainsi pour plus de facilité et pour assurer une ouverture correcte des mailles, les
côtés sont montés sur une petite ralingue dont la longueur est égale aux dimensions de la bordure
déterminés salon la méthode de calcul exposée dans le paragraphe précédent.
b) Mise en place de la nappe et assemblage des faces.
Les pièces en V sont tout d'abord cousues sur la nappe suivant une ligne 2p 1 mf à une qua-
rantaine de mailles en arrière de sa plus grande largeur, puis transfilées sur le ventre, au même
niveau, selon une direction toutes pattes. La nappe est ensuite fixée sur le petit dos à 10 mailles
en arrière de I'abouture de cdui-ci avec le grand dos. Puis, après avoir correctement mis en
place la nappe sur le ventre, on coud de chaque côté les bords du ventre et de la nappe en
les prenant ensemble sur 1.85 m, puis, indépendamment, ce~lui de la nappe sur le ventre suivant
une ligne toutes pattes et enfin toutes mailles de côté.
Le montage du chalut se termine par l'assemblage des 2 faces.
Rappelons que la poche supérieure, réalisée en petit maillage, est destinée à retenir les crevettes
Sa face supérieure est cousue avec celle du chalur, tandis que sa face inférieure est unie, en son
milieu, à l'extrémité du couloir et sur ses côtés au ventre.
La poche inférieure, quand elle existe, doit être en maillage réglementaire (70 mm étiré) afin
de permettre l'échappement des immatures. Sa face supérieure est prise en même temps que la face
inférieure de la poche en petit maillage et la face inférieure est cousue entièrement sur le ventre.
O n peut schématiser par une coupe au niveau de I'abouture des poches la disposition des
différentes nappes d'alèze (fig. 8 ) .
Remarque.
La description qui vient d'être faite permet l'adaptation et le montage d'une nappe sélective
sur différents types de chalut à deux faces. Par ailleurs, si l'on désire installer ce dispositif sur un
chalut à 4 faces, les bords latéraux de la nappe doivent être tout d'abord cousus suivant une ligne
toutes pattes sur les faces de côté sur une longueur égale à deux côtés de maille multipliés par le
nombre de mailles en largeur de ces faces. Cette longueur, divisée par la diagonale d'une maille (côté
corps
du
de maille x 1,41) de la nappe sélective donne le nombre de mailles qui sont prises dans cette couture.
La largeur de la nappe à I'abouture sur le dos et au commencement de sa couture sur le ventre, est
alors déterminée par rapport aux largeurs aux mêmes niveaux des faces supérieure et inférieure du
chalut, de la même façon que dans l'exemple précédent.
Conclusion.
Deux critères principaux permettent de juger le chalut sélectif.
Le premier de ceux-ci est la proportion de crevettes qui s'échappent en même temps que les
poissons. C e critère conditionne l'adoption du système par les professimnels.
Nos expériences faites en adaptant deux poches en petit maillage ont permis de mesurer ce
pourcentage qui est égal à 5,5 %. Cette valeur paraît suffisamment basse pour qu'elle ne puisse
pas constituer un prétexte à refuser ce système. Nous pensons que l'amélioration apportée par
rapport au modèle étudié en 1964 lève définitivement l'objection du manque d'efficacité.
Le deuxième critère, le plus important, qui justifie, en réalité, l'existence de ce type de chalut
est ceilui de la qualité de la protection des poissons immatures. Parmi ceux-ci, seuls les plats sont
réellement en cause dans la région où nous avons travaillé et les plus gros d'entre eux, réagissant
effectivement à la présence de la nappe, peuvent s'échapper en bénéficiant de da sdectivité du
maillage de la poche ou de son absence. La protection des plus petits, dont les capacités de nage
sont moindres, est moins bien assurée mais est encore appréciable.
S'il semble difficile de concilier parfaitement efficacité et protection dans le chalut tal qu'il
est conçu, il est par contre possible d'améliorer cette dernière, soit par l'utilisation, pour le tri, d'un
tamis rotatif qui ne blesse pas les poissons immatures (comme cela se pratique en HoIllande) soit
peut-être par l'application de l'électricité aux chaluts à crevettes.
Nolus tenons à exprimer nos remerciements A M. DEVISMES qui nolus a permis d'examiner son
matériel e t del I'essayer et facilité la réalisation, à son bord, des expériences décrites.
Laboratoire I.S.T.P.M.
BOULOGNE-SUR-MER