FILIERE BOIS-ENERGIE
I. INTODUCTION :
Source d’énergie abordable, le bois fait partie du quotidien de tous les Malgaches, qu’ils soient
urbains ou ruraux. Plus de 90% des ménages l’utilisent pour la cuisson des aliments sous forme de
bois de feu et/ou de charbon de bois. La prépondérance du bois-énergie dans le bouquet énergétique
national s’explique, en partie, par le manque d’attraction, de compétitivité et d’accessibilité des
alternatives énergétiques, gaz, électricité, briquettes ou éthanol combustible. Pourtant, le bois-énergie
a longtemps été dénigré par les décideurs et gaspillé par les utilisateurs. Considéré comme archaïque
et salissant, son prix modique ne reflète pas les coûts réels qui devraient être associés à une gestion
durable des ressources forestières. Le faible pouvoir d’achat, voire l’extrême pauvreté d’une part
importante de la population malgache, participent au maintien des prix de vente bas aux
consommateurs.
Force est de reconnaître que l’intervention publique est délicate et périlleuse lorsqu’il s’agit
d’organiser cette filière stratégique. Les initiatives de régulation et de contrôle des flux de bois-
énergie, orchestrées par les autorités administratives et les services techniques compétent, sont
rendues difficiles du fait des risques de mouvements sociaux qu’elles peuvent engendrer. De plus, la
diversité des acteurs en présence complexifie.
II. FILLIERE BOIS-ENERGIE A MADAGASCAR
II.1. BOIS ENERGIE DE LA REGION ANALAMANGA
a) Couverture forestière de la région Analamanga :
Les forêts naturelles ne couvrent plus qu’une infime partie de territoire de la région. Les
superficies « forêt dense humide » et « forêt humide dégradée » représentent respectivement 13 738
ha et 38 604 ha. La couverture forestière est largement dominée par les « savanes arborée et
arbustives » qui s’étend sur 474 596 ha, soit 62,5% de la couverture forestière. L’analyse de
l’évolution des superficies forestières sur la période 2005-2013 révèle que des taux annuels de
réduction du couvert forestier de 0,22% pour la période 2005-2010 et de 0,32% pour la période
2010-2013. Une augmentation de la déforestation sur le territoire régional s’est manifestée au cours
des dernières années.
Hormis les forêts naturelles, la superficie des terres boisées comprend également les
plantations forestières. Le genre Eucalyptus, introduit entre 1857 et 1889 à Madagascar, a
rapidement été adopté par l’administration sur les Hautes Terres. La plantation forestière s’est
progressivement intégrée dans les stratégies paysannes de mise en valeur des terres de création de
revenus.
Enfin, la troisième catégorie considérée concerne « l’arbre hors forêt/ espace agroforestier ».
Elle couvre une superficie de 121 039 ha.
Tableau II.1: Superficie par strate et type d'arbre hors forêts (année 2018)
Strate Superficie
ha %
Forêt dense humide 13 738 1,8
Forêt humide dégradée 38 604 5,1
Savane arborée/arbustive 474 589 62,5
Savane herbeuse 46 961 6,2
Sous-total 573 893 75,6
Plantation forestière 64 176 8,5
Sous-total 64 176 8,5
Zone de cultures avec 118 234 15,6
éléments ligneux
Autres avec éléments 2 804 0,4
ligneux
Sous-total 121 039 15,9
TOTAL 759 107 100,0
La superficie exacte des plantations forestières fait débat. Au cours des cinq dernières années,
plusieurs études ont fourni des valeurs diverses variant de 64 176 à plus de 90 000 ha (Land
Ressources, 2018)
b) Producteur de bois pour la région Analamanga :
Les flux de bois-énergie constaté en 2016 et 2017 permettent de préciser les districts où se
concentre l’exploitation forestière. Le district fournissant actuellement les volumes de charbon les
plus élevés est Manjakandriana, avec 76 400 tonnes de charbon expédiés vers la capitale, ce qui
représente 72% des flux de provenant de la région Analamanga. Deux autres districts, Anjozorobe et
Andramasina, fournissent également une part significative de l’approvisionnement en bois à vocation
énergétique, avec respectivement 15% et 11% des flux régionaux.
Figure II.1: Contribution annuelle des principaux districts de la région Analamanga dans l'approvisionnement en
charbon de la ville d'Antananarivo (année 2017)
Toutes les provenances confondues, les essences forestières majoritairement exploitées pour
la production de charbon de bois sont les eucalyptus (74%), provenant principalement de
reboisements privés, et les pins (22%), la part des essences provenant des forêts naturelles s’élève à
4%.
Figure II.2: Répartition par essence des quantités de charbon à destination d'Antananarivo (année 2017)
La région Analamanga connait aussi des approvisionnements hors de la région. Les quantités
de charbon hors Analamanga et à destination de la GAA atteignent près de 125 000 tonnes de
charbon de bois, équivalent à près de 1,5 million de mètres cubes de bois. Avec respectivement 44%
et 5%, les régions de Alaotra Mangoro et Vakinakaratra fournissent la moitié des volumes recensés.
Les prélèvements en provenance des ces régions se sont intensifiées au cours des quinze dernières
années. Pour la région d’Alaotra Mangoro, le taux annuel de déforestation est passé de 1,72% pour la
période 2005-2010 à 2,14% pour la période 2010-2013.
Figure II.3: Contribution annuelle des régions limitrophes à l'approvisionnement en charbon de l'agglomération d'Antananarivo
(année 2017)
II.2. LES AUTRES REGIONS DE SOURCES FORESTIERES DE
MADAGASCAR
L’offre énergétique à M/car est dominée par le Bois énergie (92%) et les Produits Pétroliers
(7%). La part des Energies renouvelables reste encore marginale car elle constitue moins de 1% de
cette offre. Le charbon de bois produit à M/car provient de 03 sources principales : les plantations
forestières paysannes, l’exploitation des formations naturelles, les plantations industrielles.
Les plantations paysannes se trouvent essentiellement dans les Hautes Terres Centrales de la
grande île. Elles sont constituées de formations artificielles dominées par l’Eucalyptus qui a été
introduit à Madagascar durant la période coloniale. En ce qui concerne la répartition géographique,
ces plantations paysannes d’Eucalyptus sont réparties à 80% dans les hautes terres centrales entre
800m et 1800m d’altitude en totalisant une superficie approximative de 140 000 ha. La plus
importante zone de prédilection d’Eucalyptus robusta se situe dans l’axe Anjozorobe-
Manjakandriana-Tsiazompaniry.
Les principales grandes villes des Hautes terres approvisionnées à plus de 90% en termes de
volume par le charbon produit dans les forêts paysannes d’Eucalyptus sont respectivement : Ant/rivo,
A/be, Amb/stra, F/tsoa, Amb/zka et M/manga.
Par contre, dans plusieurs localités de M/car, les matières premières ligneuses destinées à la
fabrication du charbon sont fournies par les formations naturelles, plus précisément par les forêts
domaniales. Dans ce cas, deux types de prélèvement de bois peuvent être distingués.
La coupe sélective où les charbonniers collectent dans la forêt les seules espèces qui
conviennent à la carbonisation.
La récupération des bois éliminés à l’occasion de défrichement. L’approvisionnement en
bois à partir des forêts naturelles est observé essentiellement autour des grandes villes de
Mahajanga, Fort Dauphin, Antsiranana, Toliara et Morondava.
Les zones d’approvisionnement en Bois-énergie, en particulier en charbon de bois, ne sont pas
réparties de manière équilibrée sur le territoire malgache ; les zones forestières périphériques des
centres urbains sont celles qui sont fortement exploitées.
Selon « l’Etude sur la consommation et la production en produits forestiers ligneux à M/car »
mené par JariAla/MINENVEF/IRG en 2006, le potentiel de production durable en bois-énergie
n’arriverait plus à subvenir à nos besoins depuis 2010. Il est estimé que, sans mesures significatives,
le déficit annuel en bois produit de manière durable atteindrait près de 4 millions de m3 en 2025.
Cette évolution est inquiétante car le déficit sera forcément couvert par des productions non durables
de charbon de bois, ce qui signifie une surexploitation et une dégradation des ressources forestières.
Ceci explique en partie la diminution des superficies forestières naturelles à un taux annuel moyen
d’environ 1,4%.
Figure II.4: Distribution des forêts et évaluation potentiel en bois énergie (Source diagnostic énergie 2012)
II.3. SOCIAL-BOIS ENERGIE A MADAGASCAR :
A Madagascar le bois-énergie, sous forme de charbon de bois, couvre plus de 90% de la
consommation d’énergie domestique (CIRAD 2012 ; La Gazette de la Grande île, 2019), destinés à
la cuisson des aliments, et ceci en raison de son faible coût par rapport aux autres sources d’énergie,
et donc adapté à une population très pauvre. Dans les foyers les plus pauvres, c’est le poste de
dépense prioritaire. On limite par exemple très fortement l’utilisation de l’électricité, de bougie ou de
pétrole lampant pour s’éclairer le soir. Une famille citadine consomme en moyenne 60-70 kg de
charbon par mois.
Une augmentation soudaine de prix de prix de charbon de bois et du bois de feu a un impact
important sur les populations locales, en particulier les pauvres. Ces derniers peuvent être obligés de
réduire leur consommation d’énergie, ce qui peut avoir des conséquences négatives sur la santé et le
bien-être. Les prix du charbon de bois et bois de feu varie considérablement en fonction de :
La région : Les prix peuvent sont généralement plus élevés dans les zones urbaines et
les régions côtières.
La saison : Les prix peuvent augmenter pendant la saison sèche, lorsque la demande
est plus élevée.
La qualité du produit : Le prix du charbon de meilleure qualité est généralement plus
élevé.
Les taxes et les frais de transport du produit.
Si l’on s’intéresse non plus à la consommation, mais aux usages et aux usagers du charbon de
bois en ville, on observe aussi une corrélation entre cette source d’énergie, et la hiérarchie sociale, et
spatiale notamment à Antananarivo. Le charbon de bois parce qu’il est salissant, et plus précisément
parce qu’il noircit, symbolise, dans les proverbes, une chose de faible valeur, voire dégradante, et la
manipulation du charbon est laissée aux catégories sociales inférieures.
L’utilisation du charbon de bois fait de la cuisine un lieu sale et polluant, à cause de la fumée.
Cette fumée serait partiellement responsable de la fréquence des maladies respiratoires dans les villes
malgaches. Son odeur fait aujourd’hui partie du paysage olfactif de la ville, et, parce qu’elle
imprègne rapidement les vêtements de ceux « qui travaillent au charbon », est aussi un marqueur
social.
II.4. ECONOMIE-BOIS ENERGIE A MADAGASCAR :
La filière bois énergie représente environ 3% du PIB de Madagascar. Ce chiffre est faible car
l’économie malgache est dominée par l’agriculture et l’artisanat.
La filière crée des emplois ruraux et urbains, contribuant à la réduction de la pauvreté et au
développement local. On estime que plus de 800 000 personnes travaillent dans la filière bois énergie
à Madagascar.
La filière génère des revenus importants pour les acteurs impliqués, des producteurs aux
distributeurs en passant par les utilisateurs.
Les revenus de la production de charbon de bois peuvent servir de différentes façons selon la
région du pays. L’activité de charbonnier peut devenir un moyen de survie, dans le Sud du pays par
exemple, quand les sécheresses ruinent la production agricole. Sur les Hautes Terres densement
peuplés, elle peut être une source de revenus complémentaires. Dans le Vakinakaratra, région peu
fraîche peu favorisée pour les cultures, produire du charbon permet d‘économiser pour acheter une
vache laitière. A la campagne, la production de charbon de bois est une activité dynamique car elle
génère de précieux revenus. La production de charbon se fait dans des fosses, où les branchages sont
recouverts de terre, avec des rendements fort bas, de l’ordre de 10%. La production de charbon de
bois participe de stratégies de diversification des activités qui permet aux paysans d’acquérir des
revenus que l’agriculture ne suffit pas à fournir. Même si son prix est très bas, le charbon de bois
constitue une source de revenus appréciables car stable et régulière, à cause de la constance de la
demande urbaine. Le prix du charbon d’un sac de charbon de bois (environ 20 Kg) varie entre 20 000
et 35 000 Ariary. Le prix d’un fagot de bois de feu varie entre 5 000 et 10 000 Ariary.
II.5. ENVIRONNEMENT-BOIS ENERGIE A MADAGASCAR :
Le bois énergie est l’une des principales causes de déforestation à Madagascar, contribuant à
environ 30% de la perte annuelle de forêts. Le taux de déforestation annuelle est de 0,4%, ce qui
représente environ 100 000 hectares de forêts perdus chaque année. La superficie forestière de
Madagascar a diminué de moitié depuis les années 1950. Cette déforestation entraîne des pertes sur
la biodiversité. Elle entraine la perte d’habitat pour de nombreuses espèces animales et endémiques à
Madagascar. Elle peut entrainer l’érosion du sol, ce qui peut réduire la fertilité des terres et affecter
la production agricole.
L’utilisation du charbon de bois et du bois de feu est une source importante de pollution
atmosphérique à Madagascar, contribuant à environ 40% des émissions de particules fines PM 2.5
(particules microscopiques en suspension dans l’air pouvant causer des problèmes de santé graves).
Cette pollution atmosphérique peut causer ainsi des pluies acides et au changement climatique.
II.6. INTERRELATION ENTRE SOCIO, ECONOMIE, ENVIRONNEMENT ET
BOIS ENERGIE A MADAGASCAR :
La dépendance de la population malgaches à l’énergie du bois peut entrainer la
surexploitation des ressources forestiers, soit la déforestation. La diminution de la couverture
forestière (estimée à 13 millions d’hectares) à Madagascar est évalués à 1,39% par an. Quelques 200
000 hectares disparaissent chaque année du fait de la surexploitation pour les besoins de chauffe,
bois énergie, bois d’œuvre et bois de construction, les défrichements à l’usage des cultures vivrière,
et les feux de brousse accidentels ou non.
Les impacts environnementaux de la filière bois énergie conduit aussi à des impacts sur la
société à Madagascar. La déforestation dans certaine région peut avoir des impacts sur la population
locale qui dépendent du bois des forêts pour leurs besoins quotidiens en bois de construction, en
nourriture et en médicaments. Quant à la pollution de l’air due à la combustion du bois, cela peut
engendrer des nombreux problèmes de santé, notamment des maladies respiratoires, des infections
pulmonaires er des cancers. On estime que 4 000 décès prématurés chaque année à Madagascar sont
attribuables à la pollution atmosphérique liée au bois énergie.
Sur la plan économique et social, la filière bois énergie génère des emplois, réduisant le
chômage et la pauvreté ; et des revenus pour les acteurs impliqués, ce qui contribue à la croissance
économique. Elle peut ainsi jouer un rôle important dans le développement local en stimulant
l’économie rurale et en créant des infrastructures.
III. FILLIERE BOIS-ENERGIE DANS LE MONDE
III.1. INTRODUCTION :
Pendant des millénaires, le bois a été la seule source d'énergie pour l'humanité. Malgré l'industrialisation
et l'utilisation croissante des combustibles fossiles et de l'énergie nucléaire, le bois demeure encore la
principale source de combustible dans les pays en développement, en raison de la rareté croissante des
combustibles fossiles et des préoccupations croissantes concernant le changement climatique. Sa demande
devrait doubler d'ici 2030 en Europe, dépassant probablement l'offre disponible et nécessitant des
importations. Cependant, cette demande croissante exerce une pression importante sur les ressources
forestières, avec des pratiques de production et de consommation souvent inefficaces et préjudiciables à la
gestion forestière. Malgré cela, les avancées technologiques récentes ont rendu le bois plus attrayant en tant
que source d'énergie propre et renouvelable. La valorisation du bois énergétique est essentielle pour une
gestion forestière durable, avec des incitations appropriées et des politiques progressives pour favoriser son
utilisation, ce qui contribuerait à la lutte contre la pauvreté et au développement rural durable. Les décideurs
doivent accorder une chance équitable au bois énergie dans le mix énergétique pour rendre le monde plus
durable et respectueux de l'environnement.
III.2. Avantages clés de la biomasse bois :
a) L'énergie bois est largement utilisée et renouvelable
i) Le bois est la source d'énergie renouvelable la plus répandue.
> Les énergies renouvelables représentent 18% de l'approvisionnement énergétique mondial ; près
de 13% de cela peut être attribué à la biomasse traditionnelle.
> Le bois représente plus de 80% de la consommation d'énergie domestique dans de nombreux pays
en développement (93% au Burundi, 93% en République dominicaine, 97% au Bhoutan, 80% au
Paraguay, 92% au Népal).
> Au sein de l'UE, le bois représente 58% de l'énergie provenant de sources renouvelables (41% en
Allemagne).
> Environ la moitié de la production mondiale de bois rond est utilisée comme combustible (1,8
milliard de m3).
> D'ici 2030, environ 2,7 milliards de personnes dans les pays en développement dépendront du
bois comme combustible.
Remarque : Bien que l'énergie bois puisse être une ressource énergétique renouvelable, les régimes
de gestion dans de nombreux pays empêchent qu'elle soit durable. Selon la FAO, 13 millions
d'hectares de forêts sont détruits chaque année par les activités humaines.
ii) Les ressources en bois poussent partout - à l'intérieur et à l'extérieur des
forêts
> La nature produit environ 170 milliards de tonnes de biomasse par an, soit 25 fois la production
annuelle de pétrole brut.
> Dans le monde entier, les forêts couvrent environ 4 milliards d'hectares (40 millions de km²) ou
30,3% de la superficie totale des terres.
> Selon diverses études, l'approvisionnement excédentaire annuel en bois* provenant des forêts est
estimé entre 0,3 et 1,4 milliard de m3, comparé à la demande mondiale actuelle de 1,8 milliard de
m3.
> En Asie, où le ratio de surface forestière par habitant est faible, les arbres cultivés en dehors des
forêts (TOFs) représentent plus de 50% du bois énergie utilisé, tandis qu'à l'échelle mondiale, on
peut estimer à 30%.
Les différences dans les chiffres proviennent de divers facteurs de réduction appliqués au
potentiel théorique mondial d'approvisionnement excédentaire en bois par différents auteurs. Ces
facteurs de réduction sont déterminés par des considérations techniques, économiques et écologiques
et dépassent 85% du potentiel théorique lorsqu'ils sont combinés.
iii) Un potentiel dormant important pour la production de bois existe
> Dans les pays en développement, les zones avec un potentiel pour l'afforestation s'élèvent à 750
millions d'hectares (soit 7,5 millions de km2).
> Ces dernières années, l'importance des forêts plantées a été reconnue à l'échelle internationale,
avec l'établissement de normes pour leur gestion responsable, offrant des avantages sociaux,
environnementaux et économiques.
> De vastes étendues de terres adaptées peuvent être trouvées en Amérique du Sud (46% de toutes
les zones adaptées dans le monde) et en Afrique subsaharienne (27%).
> L'utilisation de ces terres pourrait garantir des approvisionnements énergétiques durables pour
plus de 3 milliards de personnes chaque année.
> Chaque hectare de forêt supplémentaire a également un potentiel d'atténuation du carbone,
absorbant en moyenne 10 tonnes de CO2 par an.
> L'afforestation à cette échelle pourrait compenser l'augmentation annuelle mondiale de CO2 et
d'autres GES.
> L'importance des plantations forestières augmentera avec le temps.
b) La production durable de bois protège les fonctions forestières
i) Le bois énergie issu de sources durables permet la séquestration du
carbone.
> Le remplacement d'un combustible fossile par du bois produit de manière durable compense 2 à
3 kilogrammes de CO2 pour chaque kilogramme de combustible fossile.
> La consommation de bois énergie provenant de sources durables est également neutre en
carbone. Brûler du bois ne libère pas plus de CO2 que celui absorbé pendant le cycle de vie d'un
arbre. La même quantité aurait été libérée par décomposition naturelle si le bois était laissé
pourrir dans la forêt.
> Le bois de chauffage est un vecteur d'énergie respectueux de l'environnement, à faible risque ; il
favorise une manipulation et un stockage sûrs et présente de courtes distances de transport.
> Le bois de chauffage provenant de sources durables peut être promu grâce à des instruments de
financement du carbone.
> La biomasse forestière et les produits du bois dans le cycle du carbone : La déforestation
représente jusqu'à 20 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre qui contribuent au
réchauffement climatique.
ii) La production de bois énergie préserve les ressources forestières et
favorise les usages multiples.
> La production de bois énergie crée une incitation à la gestion forestière durable (GFD). Dans de
nombreux cas, l'utilisation du bois pour l'énergie peut fournir une base économique pour prendre
soin des terres dans les forêts.
> Les forêts gérées de manière durable offrent une valeur ajoutée :
> Protection des sols : les forêts protègent les sols contre l'érosion, préviennent les inondations
grâce à une rétention accrue de l'eau, emprisonnent de grandes quantités de carbone dans des
sols forestiers riches et intacts, et améliorent généralement la structure et l'intégrité fonctionnelle
des couches de sol supérieures.
> Soutien écosystémique : avantages microclimatiques (protection contre les vents violents,
atténuation des températures extrêmes) ; fourniture d'habitats pour la faune et la flore
(conservation de la diversité biologique) ; purification de l'air et de l'eau, libération d'oxygène.
c) L'énergie bois soutient les économies nationales
> La valeur totale de la production mondiale de bois énergie est estimée entre 4 et 26 milliards de
dollars US annuellement. Ces chiffres sous-estiment probablement sa véritable importance car la
production de bois énergie reste principalement concentrée dans le secteur informel.
> La production de bois énergie est essentiellement une activité localisée qui stimule le commerce,
surtout dans les zones rurales. En revanche, l'utilisation des combustibles fossiles draine 60 à
70% des fonds à travers les gains étrangers. Les achats d'énergie bois assurent que 100% de leur
valeur reste dans l'économie nationale, dont environ la moitié profite directement aux
producteurs ruraux.
> Les prix du bois énergie sont comparativement stables et facilement prévisibles.
d) L'énergie bois peut rendre un pays indépendant des importations énergétiques
> Parmi les 47 pays les plus pauvres du monde, 38 sont des importateurs nets de pétrole - la
majorité d'entre eux en Afrique.
> L'énergie bois est une option stratégique pour accroître la sécurité énergétique, notamment dans
les pays disposant de vastes zones forestières ou dans des zones propices à la reforestation et
dépendant des importations énergétiques.
> Elle rend les communautés indépendantes de la diminution des réserves de pétrole.
> Elle rend les populations indépendantes des prix internationaux de l'énergie.
> Elle assure la sécurité en temps de crise.
> Elle maintient les dollars de l'énergie localement pour renforcer les économies rurales.
Le Livre vert de l'UE "Vers une stratégie européenne pour la sécurité de l'approvisionnement
énergétique" déclare que "Si aucune mesure n'est prise, dans les 20 à 30 prochaines années, 70 % des
besoins énergétiques de l'Union, contre 50 % actuellement, seront couverts par des produits
importés". De plus, le document cite "... le transport, le secteur domestique et l'industrie électrique
dépendent largement du pétrole et du gaz et sont à la merci des variations erratiques des prix
internationaux". Le bois, en tant que source d'énergie indigène, peut contribuer de manière
significative à réduire les dépendances aux importations et à améliorer les balances commerciales.
III.3. Principaux défis
a) Un soutien politique est nécessaire
i) Les politiques énergétiques dans les pays en développement doivent
refléter un engagement politique
Problèmes
- La plupart des politiques énergétiques dans les pays en développement sont axées sur
l'électrification, tandis que l'énergie bois est ignorée, discriminée ou minimisée. Les budgets
nationaux en témoignent.
- Les données de base sur la demande et l'offre d'énergie bois ainsi que sur les chaînes de
valeur de l'énergie bois sont obsolètes ou simplement inexistantes.
- La cohérence intersectorielle des politiques est souvent insatisfaisante.
Actions requises
- Un soutien ciblé pour créer des conditions préalables plus favorables, y compris des cadres
réglementaires, une meilleure base d'information et le développement de stratégies.
Impact
- Prise de décision politique éclairée.
- Intégration de l'énergie bois dans les politiques et stratégies forestières et énergétiques.
- Les services publics et les agences de soutien fonctionnent conformément à des orientations
politiques claires et à des cadres normatifs cohérents.
ii) Les politiques énergétiques doivent être mises en œuvre à travers des
stratégies et être appliquées jusqu'au niveau local
- Les politiques énergétiques abordent les défis et fixent des objectifs de changement, et
devraient inclure la biomasse comme partie intégrante du mix énergétique futur.
- Les stratégies énergétiques biomasse analysent les différentes options pour atteindre
l'objectif; elles proposent des lignes directrices d'intervention appropriées et présentent des
solutions concrètes grâce auxquelles les objectifs peuvent être atteints.
- Les plans régionaux d'approvisionnement en énergie bois sont des outils de planification
coordonnés qui permettent aux planificateurs d'identifier les zones de production prioritaires
et de mettre en place les conditions préalables adéquates pour une gestion forestière durable
dans le but de fournir un approvisionnement en combustible durable pour la population.
b) Les cadres réglementaires nécessitent des ajustements
i) Le bois énergie nécessite des prix du marché réalistes
Problèmes
- Les prix du marché ne reflètent actuellement pas le coût de production (durable).
- L'utilisation du bois énergie n'est pas contrôlée, ce qui empêche toute tentative de gestion
forestière durable.
- Les technologies de conversion efficaces et les appareils économes en énergie ne sont pas
utilisés.
- La substitution des carburants échoue souvent et nécessite donc des subventions coûteuses et
continues.
Actions requises
- Soutien aux mesures de politique économique (taxes et redevances différenciées) et
renforcement de l'application.
Impact
- Renforcement de la volonté des populations rurales d'investir dans la production forestière.
- Utilisation plus efficace du bois.
- Les carburants de substitution gagnent en compétitivité
ii) Pour des approvisionnements durables en énergie bois, une
réglementation et une application sont nécessaires
- La taxation différenciée vise à pénaliser l'exploitation forestière non contrôlée des zones
d'accès libre, tout en récompensant les activités de gestion forestière durable.
c) Le fossé technologique doit être comblé
i) Technologies de conversion, par exemple la carbonisation
Problèmes
- La forte demande, l'utilisation non durable de la biomasse et les technologies de conversion
inefficaces sont responsables de 10 à 20 % de la déforestation autour des centres urbains.
Actions requises
- Expansion de l'utilisation d'appareils améliorés (par exemple, les fours).
Impact
- Augmentation des revenus
- Diminution de la consommation de bois et des émissions de CO2 qui en résultent
- Diminution de la perte de couverture forestière.
ii) Technologies pour les utilisateurs finaux
Problèmes
- La combustion inefficace entraîne des niveaux élevés de pollution de l'air intérieur et
augmente considérablement le risque de maladies respiratoires (infections respiratoires aiguës
inférieures (IRAI), maladies pulmonaires obstructives chroniques (MPOC)).
- Une consommation inefficace accroît la demande de bois de chauffage et nuit aux
approvisionnements durables en bois de chauffage.
Actions requises
- Promotion et diffusion de poêles améliorés.
Impact
- Réduction des risques pour la santé
- Réduction des dépenses en combustible
- Baisse des émissions de CO2
- Réduction de la déforestation.
d) La modernisation est nécessaire sur l'ensemble de la chaîne de valeur
i) Approche de la chaîne de valeur
Problèmes
- Les interventions isolées (reforestation, gestion forestière durable, diffusion de poêles
améliorés) ne parviennent pas à exploiter adéquatement les synergies possibles qui
favoriseraient la durabilité si elles étaient combinées.
Actions requises
- Soutien ciblé pour divers groupes d'intervenants, agissant comme des maillons dans
l'ensemble de la chaîne de valeur.
Impact
Augmentation de la valeur ajoutée à l'échelle régionale
Amélioration de l'efficacité de l'ensemble de la chaîne de valeur
Fourniture durable d'énergie bois.
ii) Levier amélioré
Production de bois-énergie : - Dévolution de la tenure sécurisée à long
terme aux communautés rurales (par exemple, au Niger, au Mali, au
Tchad, au Sénégal, à Madagascar)
- Promotion de plantations privées sur des sites marginaux (par exemple, à
Madagascar, au Rwanda)
- Contrats énergétiques entre les petits et moyens consommateurs
commerciaux et les agriculteurs privés (Brésil, Nicaragua).
Récolte : - Organisation de groupes d'utilisateurs
- Optimisation de la technologie d'exploitation forestière
- Rationalisation de l'exploitation forestière et du transport
- Harmonisation de la récolte avec les modes de consommation.
Conversion : - Diffusion de technologies améliorées (par exemple, les
fours)
- Recherche et développement supplémentaires (efficacité, processus
respectueux de l'environnement)
- Introduction de produits alternatifs d'énergie bois (par exemple, les
copeaux de bois, les briquettes ou les granulés).
Commercialisation : - Établissement de marchés énergétiques locaux
formalisés
- Introduction et application d'une preuve d'origine pour le bois-énergie
produit durablement
- Normalisation et amélioration de la qualité des produits
- Partage plus équitable des bénéfices.
Consommation : - Diffusion de poêles améliorés
- Recherche et développement pour une combustion plus propre et plus
sûre
- Rationalisation des produits bois-énergie avec les technologies de
consommation
- Gestion de la cuisine.
III.4. Réussites
a) Stratégies énergétiques de la biomasse (BEST)
L'initiative Stratégies Énergétiques Biomasse (BEST) est
le fruit d'un effort conjoint entre le Partenariat Dialogue Facilité
de l'Initiative Énergétique de l'UE (EUEI PDF) et le programme
"Services énergétiques de base orientés vers la pauvreté" de la
GIZ. L'objectif de l'initiative BEST est de renforcer la prise de
conscience de la biomasse en tant que principale source d'énergie
primaire en Afrique et de mettre en évidence sa pertinence pour
les efforts de lutte contre la pauvreté, notamment auprès des
décideurs au niveau politique. Le développement du BEST suit
une approche systématique en six étapes.
Des stratégies énergétiques biomasse ont été élaborées au Lesotho, au Botswana, au Malawi,
au Rwanda, au Mozambique et en Éthiopie.[1]
b) Programme de reboisement individuel - Madagascar
Conception du projet :(durée : 2002-2014)
- Afforestation limitée aux terres marginales (coûts d'opportunité = 0)
- Décision volontaire des membres de la communauté de participer
- Attribution des responsabilités à tous les acteurs de la communauté
- Propriété individuelle des parcelles et des produits (droits fonciers
sécurisés)
- Renforcement des capacités, création de marchés d'énergie ruraux
- Suivi de la croissance et de la qualité des plantations.
Résultats :(2010)
- Superficie afforestée : 6 500 ha dans 57 villages
- Ménages impliqués : 2 000
- Part des plus pauvres : 34%
- Propriété des parcelles : 61% hommes ; 22% femmes ; 17% couples
- Augmentation annuelle moyenne du revenu : 20%
- Valeur de la chaîne de production/approvisionnement (5 rotations - 27 ans) : 9 900 000 EUR
- Approvisionnement durable pour plus de 80 000 consommateurs urbains de bois de chauffage
- Éviter la déforestation de 49 000 ha de forêts naturelles
- Réduction des incendies (contrôle social) : 65%.
c) Gestion communautaire des forêts – Sénégal
Conception du projet :(durée : 2003-2013)
- Création de conditions politiques et économiques favorables
- Soutien à la délégation de pouvoirs pour la gestion forestière aux régions et aux communautés
rurales
- Renforcement du développement des chaînes de valeur pour le bois de chauffage et les produits
forestiers non ligneux
- Renforcement des capacités des communautés locales, des conseils régionaux et du service forestier
- Sensibilisation et lobbying pour l'importance du bois de chauffage.
Résultats :(2013)
- Normes techniques et organisationnelles pour la gestion durable des forêts étatiques et
communautaires ont été élaborées.
- Quatre plans régionaux pour la gestion durable des forêts ont été élaborés de manière participative.
- 60 000 ha de forêts sous gestion.
- 5 régions, 30 communautés et 255 villages sont impliqués dans la gestion forestière durable.
- 350 hommes et 250 femmes sont employés dans la chaîne de valeur de l'énergie bois formalisée.
d) Gestion durable des ressources naturelles - Paraguay
Conception du projet : (durée : 2004-2010)
- Promotion de l'agriculture de conservation, de la reforestation, de la gestion
des forêts naturelles, de l'agroforesterie et des pépinières
- Organisation de comités d'agriculteurs
- Approche commerciale et soutien technique
- Fourniture d'incitations financières aux comités d'agriculteurs
- Lancement de projets de partenariat public-privé.
Résultats :(2010) (composante forestière)
- Soutien à 9 000 familles dans cinq départements
- 8 000 ha de gestion forestière durable, dont 3 500 ha de terres reboisées
- Potentiel de production des plantations à croissance rapide jusqu'à 20 m³/ha/an
- 90% des familles sont devenues autosuffisantes en énergie bois (consommation annuelle de 21 m³
de bois par foyer)
- Revenu familial supplémentaire d'environ 500 EUR/an.
IV. CONCLUSION
On peut constater à quelle point le bois–énergie peut représenter une opportunité énergétique
durable, intéressante sur le plan écologique, pour protéger la biodiversité, sur le plan économique et
social pour les populations les plus pauvres en ville comme à la campagne, et sur le plan politique à
travers le renforcement du contrôle local sur les forêts et les ressources ligneuses. Il importe toutefois
de sécuriser ces filières, pour garantir à la fois la pérennité des ressources ligneuses et de
l’approvisionnement énergétique des villes, particulièrement dans le cas des villes. Plusieurs actions
sont entreprises dans ce but, notamment avec le soutien du CIRAD. Il s’agit d’abord de réaliser des
économies de bois, en améliorant les techniques de fabrication : avec des fosses améliorées, on peut
obtenir des rendements en charbon de l’ordre de 15% à 20 % ce qui permet donc de diviser par deux
la consommation de ligneux. La consommation de charbon de bois peut aussi être réduite en utilisant
des fourneaux améliorés, qui peuvent diviser la consommation de charbon par 3, mais qui sont
malheureusement trop coûteux pour la majorité de la population. La promotion d’énergies
alternatives, notamment des fours solaires est assez dynamique dans le sud, mais se heurte là aussi au
problème du coût de cet équipement et à la réticence des ménages devant ce mode de cuisson. Enfin,
la politique forestière insiste sur l’extension des reboisements paysans, en particulier dans les régions
bien desservies par les pistes routières, et avec des essences à croissance rapide, adaptées aux
conditions écologiques. Il faudrait d’ici à 2030 150000 ha de reboisement supplémentaire, dont 40
000 dans la région de Tuléar.
Toutefois, la poursuite de ces actions est largement une question de choix de politique forestière
et énergétique. Or, à Madagascar, la politique forestière est essentiellement axée sur la conservation
de la biodiversité forestière, en association avec l’écotourisme, et la gestion communautaire des
forêts de moins en moins soutenue, à cause de ces médiocres résultats sur le très court terme. Le
reboisement n’est pas un versant prioritaire de cette politique. La politique énergétique est-elle
davantage tournée vers le développement de la production hydro-électrique, pour laquelle
Madagascar dispose d’un potentiel intéressant, et l’électrification des campagnes, ou vers la culture
du jatropha et de la canne à sucre pour produire des bio-carburants. Cependant, ces sources d’énergie
n’offrent pas dans l’immédiat les mêmes avantages sociaux ou économiques que le bois-énergie.
Elles ne sont pour le moment pas bien adaptées à la cuisson des repas, leur coût demeurera
probablement prohibitif à moyen terme, et leur production risque fort d’échapper aux paysanneries.