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L'Eveil

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Ecole « L’Eveil »

Villa 8253 SACRE CŒUR 1


BP 17422 DAKAR SENEGAL

L’EVEIL
Liste des textes étudiés dans le cadre de la préparation des épreuves
orales anticipées de français pour les classes de Première G 2024

Manuel utilisé : L’Ecume des lettres © Hachette Livre ,2019

Élève : laurence
PREMIERE PARTIE : L’ORAL

La poésie du XIXème siècle au XXIème siècle


Séquence I : Texte 1 : La Maline

Parcours : Émancipations créatrices Texte 2 : Les effarés

Cahier de Douai Arthur Rimbaud Texte 3 : Rêvé pour l’hiver

Séquence II : Texte 4 : L’invitation au voyage de « mon


enfant ma sœur…à …. calme et volupté »
Parcours : Alchimie poétique : la boue et l’or

Charles Baudelaire « Les fleurs du Mal »

Œuvres en lecture cursive Les fleurs du mal de Charles Baudelaire

Le roman et le récit du moyen âge au XXIème siècle


Séquence III : Texte 5 : Coup de foudre

Parcours : personnages en marge, plaisirs du Texte 6 : La lettre


romanesque
Texte 7 : La trahison
Abbé Prevost « Manon Lescaut »

Séquence IV Texte 8 : Le Talisman

Parcours : les romans de l’énergie : création et


destruction

Honoré de Balzac : La peau de chagrin

Œuvre lue en lecture cursive Manon Lescaut de l’Abbé


Prévost
Le théâtre du XVIIème siècle au XXIème siècle
Séquence V Texte 9 : Acte 2 scène 8
de « et vous n’avez rien vu… jusqu’à ….
Parcours spectacle et comédie il se remet dans sa chaise »

Molière « Le Malade imaginaire » Texte 10 : Acte 3 scène 5


de « je viens d’apprendre… jusqu’à… ou
vous aura conduit votre folie »

Texte 11 : Acte 3 scène 10


de « je suis médecin passager… jusqu ‘à
….tandis que je serai en cette ville »
Séquence VI : Texte 12 : «Mais lorsqu’un… jusqu’à…
juste mine de »
Parcours : crise personnelle ; crise familiale

Jean luc Lagarce « Juste la fin du monde »


Œuvre lue en lecture cursive Le malade imaginaire

La littérature d’idées du XVIème siècle au XVIIIème siècle


Séquence VII : Texte 13 :
Parcours : rire et savoir Prologue de Gargantua de « buveurs très
illustres…à…la gestion des affaires »
François Rabelais « Gargantua »
Texte 14 : chapitre 17 de « Quelques jours
après qu’ils furent rafraichis…jusqu’à fière d’en
parler »

Texte 15 : chapitre 57 de « Toute leur


vie….jusqu’au ….premier jours de leur noces »

Séquence VIII : Texte 16 :


Parcours : imagination et pensée au XVII siècle Les animaux de la peste de « Un mal qui
répand….à…. pardonnables offenses »
Jean de la Fontaine « Les animaux de la peste »
Œuvre lue en lecture cursive Gargantua de François Rabelais

La poésie du XXIème siècle au XXIème siècle

Séquence I : Les Cahiers de Douai Poésies


Arthur Rimbaud
Poème : - La Maline
- Les Effarés
- Rêvé pour l’hiver

Parcours : Émancipations créatrices


LA Maline

Arthur Rimbaud, Cahiers de Douai, Octobre 1870

1. Dans la salle à manger brune, que parfumait


2. Une odeur de vernis et de fruits, à mon aise
3. Je ramassais un plat de je ne sais quel met
4. Belge, et je m’épatais dans mon immense chaise.

5. En mangeant, j’écoutais l’horloge, – heureux et coi.


6. La cuisine s’ouvrit avec une bouffée,
7. – Et la servante vint, je ne sais pas pourquoi,
8. Fichu moitié défait, malinement coiffée

9. Et, tout en promenant son petit doigt tremblant


10. Sur sa joue, un velours de pêche rose et blanc,
11. En faisant, de sa lèvre enfantine, une moue,

12. Elle arrangeait les plats, près de moi, pour m’aiser ;


13. – Puis, comme ça, – bien sûr, pour avoir un baiser, –
14. Tout bas : « Sens donc, j’ai pris ‘une’ froid sur la joue… »
Texte 2 : Les Effarés
Arthur
Rimbaud, Cahiers de Douai, 20 septembre 1870

1. Noirs dans la neige et dans la brume,


2. Au grand soupirail qui s’allume,
3. Leurs culs en rond

4. A genoux, cinq petits, -misère !


5. Regardent le boulanger faire
6. Le lourd pain blond…

7. Ils voient le fort bras blanc qui tourne


8. La pâte grise, et qui l’enfourne
9. Dans un trou clair.

10. Ils écoutent le bon pain cuire.


11. Le boulanger au gras sourire
12. Chante un vieil air.

13. Ils sont blottis, pas un ne bouge


14. Au souffle du soupirail rouge
15. Chaud comme un sein.

16. Et quand, pendant que minuit sonne,


17. Façonné, pétillant et jaune,
18. On sort le pain,

19. Quand, sous les poutres enfumées


20. Chantent les croûtes parfumées
21. Et les grillons,

22. Quand ce trou chaud souffle la vie ;


23. Ils ont leur âme si ravie
24. Sous leurs haillons,

25. Ils se ressentent si bien vivre,


26. Les pauvres petits pleins de givre !
27. -Qu’ils sont là, tous,

28. Collant leurs petits museaux roses


29. Au grillage, chantant des choses,
30. Entre les trous,
31. Mais bien bas, -comme une prière…
32. Repliés vers cette lumière
33. Du ciel rouvert,
34. -Si fort, qu’ils crèvent leur culotte
35. -Et que leur lange blanc tremblote
36. Au vent d’hiver…

Texte 3 : Révé pour l’hiver

Arthur Rimbaud, Cahiers de Douai, en wagon ; le 7 Octobre 1870

1. L’hiver, nous irons dans un petit wagon rose


2. Avec des coussins bleus.
3. Nous serons bien. Un nid de baisers fous repose
4. Dans chaque coin moelleux.

5. Tu fermeras l’œil, pour ne point voir, par la glace,


6. Grimacer les ombres des soirs,
7. Ces monstruosités hargneuses, populace
8. De démons noirs et de loups noirs.

9. Puis tu te sentiras la joue égratignée…


10. Un petit baiser, comme une folle araignée,
11. Te courra par le cou…

12. Et tu me diras : « Cherche ! » en inclinant la tête,


13. – Et nous prendrons du temps à trouver cette bête
14. – Qui voyage beaucoup…
La poésie du XXIème siècle au XXIème siècle

Séquence II : Poésie de la modernité


Charles Baudelaire
Les fleurs du Mal « L’invitation au voyage »

Parcours :
Alchimie poétique : la boue et l’or
Texte 4 : L’invitation au voyage

Charles Baudelaire extrait des « Les fleurs du mal »

Section « spleen et idéal », livre 3

1. Mon enfant, ma sœur,


2. Songe à la douceur
3. D’aller là-bas vivre ensemble !
4. Aimer à loisir,
5. Aimer et mourir
6. Au pays qui te ressemble !
7. Les soleils mouillés
8. De ces ciels brouillés
9. Pour mon esprit ont les charmes
10. Si mystérieux
11. De tes traîtres yeux,
12. Brillant à travers leurs larmes.

13. Là, tout n’est qu’ordre et beauté,


14. Luxe, calme et volupté.

15. Des meubles luisants,


16. Polis par les ans,
17. Décoreraient notre chambre ;
18. Les plus rares fleurs
19. Mêlant leurs odeurs
20. Aux vagues senteurs de l’ambre,
21. Les riches plafonds,
22. Les miroirs profonds
23. La splendeur orientale
24. Tout y parlerait
25. À l’âme en secret
26. Sa douce langue natale.
27. Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
28. Luxe, calme et volupté.

29. Vois sur ces canaux


30. Dormir ces vaisseaux
31. Dont l’humeur est vagabonde ;
32. C’est pour assouvir
33. Ton moindre désir
34. Qu’ils viennent du bout du monde.
35. Les soleils couchants
36. Revêtent les champs,
37. Les canaux, la ville entière,
38. D’hyacinthe et d’or ;
39. Le monde s’endort
40. Dans une chaude lumière.

41. Là, tout n’est qu’ordre et beauté,


42. Luxe, calme et volupté.
Le roman et le récit du
moyen âge au XXIème siècle

Séquence III : Abbé Prevost :


Manon Lescaut
Texte :
- Coup de foudre
- La lettre
- La trahison

Parcours : personnage en marge plaisirs du romanesque


Texte 5 : Coup de foudre de « J’avais marqué jusqu’à…malheurs et les miens »

1. « J’avais marqué le temps de mon départ d’Amiens. Hélas ! que ne le marquai-je un

2. jour plus tôt ! j’aurais porté chez mon père toute mon innocence. La veille même

3. de celui que je devais quitter cette ville, étant à me promener avec mon ami, qui

4. s’appelait Tiberge, nous vîmes arriver le coche d’Arras, et nous le suivîmes

5. jusqu’à l’hôtellerie où ces voitures descendent. Nous n’avions pas d’autre motif

6. que la curiosité. Il en sortit quelques femmes qui se retirèrent aussitôt ; mais il en

7. resta une, fort jeune, qui s’arrêta seule dans la cour, pendant qu’un homme d’un

8. âge avancé, qui paraissait lui servir de conducteur, s’empressait de faire tirer son

9. équipage des paniers. Elle me parut si charmante, que moi, qui n’avais jamais

10. pensé à la différence des sexes, ni regardé une fille avec un peu d’attention ; moi,

11. dis-je, dont tout le monde admirait la sagesse et la retenue, je me trouvai

12. enflammé tout d’un coup jusqu’au transport. J’avais le défaut d’être

13. excessivement timide et facile à déconcerter ; mais, loin d’être arrêté alors par

14. cette faiblesse, je m’avançai vers la maîtresse de mon cœur


.
15. Quoiqu’elle fût encore moins âgée que moi, elle reçut mes politesses sans

16. paraître embarrassée. Je lui demandai ce qui l’amenait à Amiens, et si elle y avait

17. quelques personnes de connaissance. Elle me répondit ingénument qu’elle y

18. était envoyée par ses parents pour être religieuse. L’amour me rendait déjà si

19. éclairé depuis un moment qu’il était dans mon cœur, que je regardai ce dessein

20. comme un coup mortel pour mes désirs. Je lui parlai d’une manière qui lui fit
21. comprendre mes sentiments ; car elle était bien plus expérimentée que moi :

22. c’était malgré elle qu’on l’envoyait au couvent, pour arrêter sans doute son

23. penchant au plaisir, qui s’était déjà déclaré, et qui a causé dans la suite tous ses

24. malheurs et les miens »


Texte 6 : La lettre de Manon
De « enfin , n’étant plus ….jusqu’à…. encore plus d’amour »

L’Abbé Prévost, Manon Lescaut (1731)

1. Enfin, n’étant plus le maître de mon inquiétude, je me promenai à grands pas dans nos

2. appartements. J’aperçus dans celui de Manon une lettre cachetée qui était sur sa table.

3. L’adresse était à moi, et l’écriture de sa main. Je l’ouvris avec un frisson mortel ; elle
4.
5. était dans ces termes :« Je te jure, mon cher chevalier, que tu es l’idole de mon cœur,

6. et qu’il n’y a que toi au monde que je puisse aimer de la façon dont je t’aime ; mais ne

7. vois-tu- pas, ma pauvre chère âme, que, dans l’état où nous sommes réduits, c’est une

8. sotte vertu que la fidélité ? Crois-tu qu’on puisse être bien tendre lorsqu’on manque de

9. pain ? La faim me causerait quelque méprise fatale : je rendrais quelque jour le dernier

10. soupir en croyant en pousser un d’amour. Je t’adore, compte là-dessus ; mais laisse-

11. moi pour quelque temps le ménagement de notre fortune. Malheur à qui va tomber

12. dans mes filets ! je travaille pour rendre mon chevalier riche et heureux. Mon frère

13. t’apprendra des nouvelles de ta Manon ; il te dira qu’elle a pleuré de la nécessité de te

14. quitter. » Je demeurai, après cette lecture, dans un état qui me serait difficile à décrire ;

15. car j’ignore encore aujourd’hui par quelle espèce de sentiments je fus alors agité. Ce fut

16. une de ces situations uniques, auxquelles on n’a rien éprouvé qui soit semblable : on

17. ne saurait les expliquer aux autres, parce qu’ils n’en ont pas l’idée ; et l’on a peine à se

18. les bien démêler à soi-même, parce qu’étant seules de leur espèce, cela ne se lie à rien

19. dans la mémoire, et ne peut même être rapproché d’aucun sentiment connu.

20. Cependant, de quelque nature que fussent les miens, il est certain qu’il devait y entrer
21. de la douleur, du dépit, de la jalousie et de la honte. Heureux, s’il n’y fût pas entré

22. encore plus d’amour ! »

Texte 7 : La trahison de « un jour … à …de me haïr »

L’Abbé Prévost, Manon Lescaut (1731)

« Un jour que j’étais sorti l’après-midi, et que je l’avais avertie que je serais dehors plus longtemps qu’à

l’ordinaire, je fus étonné qu’à mon retour on me fît attendre deux ou trois minutes à la porte. Nous

n’étions servis que par une petite fille qui était à peu près de notre âge. Étant venue m’ouvrir, je lui

demandai pourquoi elle avait tardé si longtemps. Elle me répondit d’un air embarrassé qu’elle ne

m’avait point entendu frapper. Je n’avais frappé qu’une fois ; je lui dis : « Mais si vous ne m’avez pas

entendu, pourquoi êtes-vous donc venue m’ouvrir ? » Cette question la déconcerta si fort que, n’ayant

point assez de présence d’esprit pour y répondre, elle se mit à pleurer, en m’assurant que ce n’était point

sa faute, et que madame lui avait défendu d’ouvrir la porte jusqu’à ce que M. de B *** fût sorti par l’autre

escalier qui répondait au cabinet. Je demeurai si confus, que je n’eus point la force d’entrer dans

l’appartement. Je pris le parti de descendre, sous prétexte d’une affaire, et j’ordonnai à cette enfant de

dire à sa maîtresse que je retournerais dans le moment, mais de ne pas faire connaître qu’elle m’eût parlé

de M. de B***. Ma consternation fut si grande, que je versais des larmes en descendant l’escalier, sans

savoir encore de quel sentiment elles partaient. J’entrai dans le premier café ; et m’y étant assis près

d’une table, j’appuyai la tête sur mes deux mains pour y développer ce qui se passait dans mon cœur. Je

n’osais rappeler ce que je venais d’entendre. Je voulais le considérer comme une illusion, et je fus près,

deux ou trois fois, de retourner au logis sans marquer que j’y eusse fait attention. Il me paraissait si

impossible que Manon m’eût trahi, que je craignais de lui faire injure en la soupçonnant. Je l’adorais,

cela était sûr ; je ne lui avais pas donné plus de preuves d’amour que je n’en avais reçu d’elle ; pourquoi

l’aurais-je accusée d’être moins sincère et moins constante que moi ? Quelle raison aurait-elle eue de me
tromper ? Il n’y avait que trois heures qu’elle m’avait accablé de ses plus tendres caresses, et qu’elle

avait reçu les miennes avec transport ; je ne connaissais pas mieux mon cœur que le sien. Non, non,

repris-je, il n’est pas possible que Manon me trahisse. Elle n’ignore pas que je ne vis que pour elle ; elle

sait trop bien que je l’adore : ce n’est pas là un sujet de me haïr »

Séquence IV : Honoré de Balzac


La peau de chagrin

Le Talisman

Parcours : les romans de l’énergie : création et destruction


Texte 8 : La peau de chagrin, Le Talisman

La Peau de chagrin, Balzac, « Le Talisman »

Retournez-vous, dit le marchand en saisissant tout à coup la lampe pour en diriger la


lumière sur le mur qui faisait face au portrait, et regardez cette Peau de Chagrin, ajouta-t-il.
Le jeune homme se leva brusquement et témoigna quelque surprise en apercevant au-
dessus du siège où il s’était assis un morceau de chagrin accroché sur le mur, et dont la
dimension n’excédait pas celle d’une peau de renard ; mais, par un phénomène
inexplicable au premier abord, cette peau projetait au sein de la profonde obscurité qui
régnait dans le magasin des rayons si lumineux que vous eussiez dit d’une petite comète.
Le jeune incrédule s’approcha de ce prétendu talisman qui devait le préserver du malheur,
et s’en moqua par une phrase mentale. Cependant, animé d’une curiosité bien légitime, il
se pencha pour la regarder alternativement sous toutes les faces, et découvrit bientôt une
cause naturelle à cette singulière lucidité : les grains noirs du chagrin étaient si
soigneusement polis et si bien brunis, les rayures capricieuses en étaient si propres et si
nettes que, pareilles à des facettes de grenat, les aspérités de ce cuir oriental formaient
autant de petits foyers qui réfléchissaient vivement la lumière. Il démontra
mathématiquement la raison de ce phénomène au vieillard, qui, pour toute réponse, sourit
avec malice. Ce sourire de supériorité fit croire au jeune savant qu’il était dupe en ce
moment de quelque charlatanisme. Il ne voulut pas emporter une énigme de plus dans la
tombe, et retourna promptement la peau comme un enfant pressé de connaître les secrets
de son jouet nouveau.

— Ah ! ah ! s’écria-t-il, voici l’empreinte du sceau que les Orientaux nomment le cachet de


Salomon.
— Vous le connaissez donc ? demanda le marchand, dont les narines laissèrent passer
deux ou trois bouffées d’air qui peignirent plus d’idées que n’en pouvaient exprimer les plus
énergiques paroles.

— Existe-t-il au monde un homme assez simple pour croire à cette chimère ? s’écria le
jeune homme, piqué d’entendre ce rire muet et plein d’amères dérisions. Ne savez-vous
pas, ajouta-t-il, que les superstitions de l’Orient ont consacré la forme mystique et les
caractères mensongers de cet emblème qui représente une puissance fabuleuse ? Je ne
crois pas devoir être plus taxé de niaiserie dans cette circonstance que si je parlais des
Sphinx ou des Griffons, dont l’existence est en quelque sorte scientifiquement admise.

— Puisque vous êtes un orientaliste, reprit le vieillard, peut-être lirez-vous cette sentence.

Il apporta la lampe près du talisman que le jeune homme tenait à l’envers, et lui fit

apercevoir des caractères incrustés dans le tissu cellulaire de cette peau merveilleuse,

comme s’ils eussent été produits par l’animal auquel elle avait jadis appartenu.

— J’avoue, s’écria l’inconnu, que je ne devine guère le procédé dont on se sera servi

pour graver si profondément ces lettres sur la peau d’un onagre.

Et, se retournant avec vivacité vers les tables chargées de curiosités, ses yeux parurent

y chercher quelque chose.

— Que voulez-vous ? demanda le vieillard.

— Un instrument pour trancher le chagrin, afin de voir si les lettres y sont empreintes

ou incrustées.

Le vieillard présenta son stylet à l’inconnu, qui le prit et tenta d’entamer la peau à

l’endroit où les paroles se trouvaient écrites ; mais, quand il eut enlevé une légère

couche de cuir, les lettres y reparurent si nettes et tellement conformes à celles qui

étaient imprimées sur la surface, que, pendant un moment, il crut n’en avoir rien ôté.
— L’industrie du Levant a des secrets qui lui sont réellement particuliers, dit-il en

regardant la sentence orientale avec une sorte d’inquiétude :

— Oui, répondit le vieillard, il vaut mieux s’en prendre aux hommes qu’à Dieu !

1. Les paroles mystérieuses étaient disposées de la manière suivante :

‫لو ملكتنى ملكت آلكّل‬


‫و لكن عمرك ملكىواراد الله هكذااطلب وستننال مطالبكو لكن قس مطالبك على عمركوهى هاهنافبكل‬
‫مرامك استسنزل ايامكأتريد فّىالله مجيبك‬
‫آمين‬
Ce qui voulait dire en français :
SI TU ME POSSÈDES, TU POSSÈDERAS TOUT.
MAIS TA VIE M’APPARTIENDRA. DIEU L’A
VOULU AINSI. DÉSIRE, ET TES DÉSIRS
SERONT ACCOMPLIS. MAIS RÈGLE
TES SOUHAITS SUR TA VIE.
ELLE EST LÀ. À CHAQUE
VOULOIR JE DÉCROITRAI
COMME TES JOURS.
ME VEUX-TU ?
PRENDS. DIEU
T’EXAUCERA.
SOIT !

La Peau de chagrin, Balzac, « Le Talisman »


Le théâtre du XVIIème siècle au XXIème siècle

Séquence V
Molière « Le Malade imaginaire »
Texte : - Acte 2 scène 8
- Acte 3 scène 5
- Acte 3 scène 10

Parcours : spectacle et comédie


Texte 9 : « Le malade imaginaire » de Molière

Extrait étudié : acte II scène 8

de « Et n’avez-vous rien vu aujourd’hui ? …jusqu’à…il se remet sur sa chaise »

ARGAN. - Et n’avez-vous rien vu aujourd’hui ?

LOUISON. - Non, mon papa.

ARGAN. - Non ?

LOUISON. - Non, mon papa.

ARGAN. - Assurément ?

LOUISON. - Assurément.

ARGAN. - Oh çà, je m’en vais vous faire voir quelque chose, moi.

Il va prendre une poignée de verges.

LOUISON. - Ah ! mon papa.

ARGAN. - Ah, ah, petite masque, vous ne me dites pas que vous avez vu un homme dans la
chambre de votre sœur ?

LOUISON. - Mon papa.

ARGAN. - Voici qui vous apprendra à mentir.

LOUISON se jette à genoux. - Ah ! mon papa, je vous demande pardon. C’est que ma sœur
m’avait dit de ne pas vous le dire ; mais je m’en vais vous dire tout.

ARGAN. - Il faut premièrement que vous ayez le fouet pour avoir menti. Puis après nous
verrons au reste.

LOUISON. - Pardon, mon papa.

ARGAN. - Non, non.

LOUISON. - Mon pauvre papa, ne me donnez pas le fouet.


ARGAN. - Vous l’aurez.

LOUISON. - Au nom de Dieu, mon papa, que je ne l’ait pas.

ARGAN, la prenant pour la fouetter. - Allons, allons.

LOUISON. - Ah ! mon papa, vous m’avez blessée. Attendez, je suis morte.

Elle contrefait la morte.

ARGAN. - Holà. Qu’est-ce là ? Louison, Louison. Ah ! mon Dieu ! Louison. Ah ! ma fille ! Ah !


malheureux, ma pauvre fille est morte. Qu’ai-je fait, misérable ? Ah ! chiennes de verges. La
peste soit des verges ! Ah ! ma pauvre fille ; ma pauvre petite Louison.

LOUISON. - Là, là, mon papa, ne pleurez point tant, je ne suis pas morte tout à fait.

ARGAN. - Voyez-vous la petite rusée ? Oh çà, çà, je vous pardonne pour cette fois-ci, pourvu
que vous me disiez bien tout.

LOUISON. - Ho, oui, mon papa.

ARGAN. - Prenez-y bien garde au moins, car voilà un petit doigt qui sait tout, qui me dira si
vous mentez.

LOUISON. - Mais, mon papa, ne dites pas à ma sœur que je vous l’ai dit.

ARGAN. - Non, non.

LOUISON. - C’est, mon papa, qu’il est venu un homme dans la chambre de ma sœur comme
j’y étais.

ARGAN. - Hé bien ?

LOUISON. - Je lui ai demandé ce qu’il demandait, et il m’a dit qu’il était son maître à chanter.

ARGAN. - Hon, hon. Voilà l’affaire. Hé bien ?

LOUISON. - Ma sœur est venue après.

ARGAN. - Hé bien ?

LOUISON. - Elle lui a dit : « sortez, sortez, sortez, mon Dieu sortez, vous me mettez au
désespoir ».

ARGAN. - Hé bien ?

LOUISON. - Et lui, il ne voulait pas sortir.

ARGAN. - Qu’est-ce qu’il lui disait ?


LOUISON. - Il lui disait je ne sais combien de choses.

ARGAN. - Et quoi encore ?

LOUISON. - Il lui disait tout ci, tout ça, qu’il l’aimait bien, et qu’elle était la plus belle du monde.

ARGAN. - Et puis après ?

LOUISON. - Et puis après, il se mettait à genoux devant elle.

ARGAN. - Et puis après ?

LOUISON. - Et puis après, il lui baisait les mains.

ARGAN. - Et puis après ?

LOUISON. - Et puis après, ma belle-maman est venue à la porte, et il s’est enfui.

ARGAN. - Il n’y a point autre chose ?

LOUISON. - Non, mon papa.

ARGAN. - Voilà mon petit doigt pourtant qui gronde quelque chose. (Il met son doigt à son
oreille.) Attendez. Eh ! ah, ah ; oui ? Oh, oh ; voilà mon petit doigt qui me dit quelque chose
que vous avez vu, et que vous ne m’avez pas dit.

LOUISON. - Ah ! mon papa. Votre petit doigt est un menteur.

ARGAN. - Prenez garde.

LOUISON. - Non, mon papa, ne le croyez pas, il ment, je vous assure.

ARGAN. - Oh bien, bien, nous verrons cela. Allez-vous-en, et prenez bien garde à tout, allez.
Ah ! il n’y a plus d’enfants. Ah ! que d’affaires ; je n’ai pas seulement le loisir de songer à ma
maladie. En vérité, je n’en puis plus.

Il se remet dans sa chaise.


Texte 10 : Le malade imaginaire de Molière

Extrait étudié : acte III scène 5

de « Je viens d’apprendre… jusqu’à…..ou vous aura conduit votre folie »

1. MONSIEUR PURGON, ARGAN, BÉRALDE, TOINETTE.

2. MONSIEUR PURGON. - Je viens d’apprendre là-bas à la porte de jolies nouvelles.


Qu’on se moque ici de mes ordonnances, et qu’on a fait refus de prendre le remède
que j’avais prescrit.

3. ARGAN. - Monsieur, ce n’est pas…

4. MONSIEUR PURGON. - Voilà une hardiesse bien grande, une étrange rébellion d’un
malade contre son médecin.

5. TOINETTE. - Cela est épouvantable.

6. MONSIEUR PURGON. - Un clystère que j’avais pris plaisir à composer moi-même.

7. ARGAN. - Ce n’est pas moi…

8. MONSIEUR PURGON. - Inventé, et formé dans toutes les règles de l’art.

9. TOINETTE. - Il a tort.

10. MONSIEUR PURGON. - Et qui devait faire dans des entrailles un effet merveilleux.

11. ARGAN. - Mon frère ?

12. MONSIEUR PURGON. - Le renvoyer avec mépris !

13. ARGAN. - C’est lui…

14. MONSIEUR PURGON. - C’est une action exorbitante.

15. TOINETTE. - Cela est vrai.

16. MONSIEUR PURGON. - Un attentat énorme contre la médecine.

17. ARGAN. - Il est cause…


18. MONSIEUR PURGON. - Un crime de lèse-Faculté, qui ne se peut assez punir.

19. TOINETTE. - Vous avez raison.

20. MONSIEUR PURGON. - Je vous déclare que je romps commerce avec vous.

21. ARGAN. - C’est mon frère…

22. MONSIEUR PURGON. - Que je ne veux plus d’alliance avec vous.


23. TOINETTE. - Vous ferez bien.

24. MONSIEUR PURGON. - Et que pour finir toute liaison avec vous, voilà la donation que
je faisais à mon neveu en faveur du mariage.

25. ARGAN. - C’est mon frère qui a fait tout le mal.

26. MONSIEUR PURGON. - Mépriser mon clystère ?

27. ARGAN. - Faites-le venir, je m’en vais le prendre.

28. MONSIEUR PURGON. - Je vous aurais tiré d’affaire avant qu’il fût peu.

29. TOINETTE. - Il ne le mérite pas.

30. MONSIEUR PURGON. - J’allais nettoyer votre corps, et en évacuer entièrement les
mauvaises humeurs.

31. ARGAN. - Ah, mon frère !

32. MONSIEUR PURGON. - Et je ne voulais plus qu’une douzaine de médecines, pour


vider le fond du sac.

33. TOINETTE. - Il est indigne de vos soins.

34. MONSIEUR PURGON. - Mais puisque vous n’avez pas voulu guérir par mes mains…

35. ARGAN. - Ce n’est pas ma faute.

36. MONSIEUR PURGON. - Puisque vous vous êtes soustrait de l’obéissance que l’on doit
à son médecin…

37. TOINETTE. - Cela crie vengeance.

38. MONSIEUR PURGON. - Puisque vous vous êtes déclaré rebelle aux remèdes que je
vous ordonnais…

39. ARGAN. - Hé point du tout.


40. MONSIEUR PURGON. - J’ai à vous dire que je vous abandonne à votre mauvaise
constitution, à l’intempérie de vos entrailles, à la corruption de votre sang, à l’âcreté de
votre bile, et à la féculence de vos humeurs.

41. TOINETTE. - C’est fort bien fait.

42. ARGAN. - Mon Dieu !

43. MONSIEUR PURGON. - Et je veux qu’avant qu’il soit quatre jours, vous deveniez dans
un état incurable.

44. ARGAN. - Ah ! miséricorde.

45. MONSIEUR PURGON. - Que vous tombiez dans la bradypepsie.

46. ARGAN. - Monsieur Purgon.

47. MONSIEUR PURGON. - De la bradypepsie, dans la dyspepsie.

48. ARGAN. - Monsieur Purgon.

49. MONSIEUR PURGON. - De la dyspepsie, dans l’apepsie.

50. ARGAN. - Monsieur Purgon.

51. MONSIEUR PURGON. - De l’apepsie, dans la lienterie.

52. ARGAN. - Monsieur Purgon.

53. MONSIEUR PURGON. - De la lienterie, dans la dyssenterie.

54. ARGAN. - Monsieur Purgon.

55. MONSIEUR PURGON. - De la dyssenterie, dans l’hydropisie.

56. ARGAN. - Monsieur Purgon.

57. MONSIEUR PURGON. - Et de l’hydropisie dans la privation de la vie, où vous aura


conduit votre folie.
Texte 11 : Le malade imaginaire de Molière

Extrait étudié de l’acte 3 scène 10

de « Je suis médecin…jusqu’à …que je serai en cette ville »

TOINETTE. - Je suis médecin passager, qui vais de ville en ville, de province en province,
de royaume en royaume, pour chercher d’illustres matières à ma capacité, pour trouver
des malades dignes de m’occuper, capables d’exercer les grands, et beaux secrets que j’ai
trouvés dans la médecine. Je dédaigne de m’amuser à ce menu fatras de maladies
ordinaires, à ces bagatelles de rhumatismes et de fluxions, à ces fiévrottes, à ces vapeurs,
et à ces migraines. Je veux des maladies d’importance, de bonnes fièvres continues, avec
des transports au cerveau, de bonnes fièvres pourprées, de bonnes pestes, de bonnes
hydropisies formées, de bonnes pleurésies, avec des inflammations de poitrine, c’est là
que je me plais, c’est là que je triomphe ; et je voudrais, Monsieur, que vous eussiez toutes
les maladies que je viens de dire, que vous fussiez abandonné de tous les médecins,
désespéré, à l’agonie, pour vous montrer l’excellence de mes remèdes, et l’envie que
j’aurais de vous rendre service.

ARGAN. - Je vous suis obligé, Monsieur, des bontés que vous avez pour moi.

TOINETTE. - Donnez-moi votre pouls. Allons donc, que l’on batte comme il faut. Ahy, je
vous ferai bien aller comme vous devez. Hoy, ce pouls-là fait l’impertinent ; je vois bien que
vous ne me connaissez pas encore. Qui est votre médecin ?

ARGAN. - Monsieur Purgon.

TOINETTE. - Cet homme-là n’est point écrit sur mes tablettes entre les grands médecins.
De quoi, dit-il, que vous êtes malade ?

ARGAN. - Il dit que c’est du foie, et d’autres disent que c’est de la rate.

TOINETTE. - Ce sont tous des ignorants, c’est du poumon que vous êtes malade

ARGAN. - Du poumon ?
TOINETTE. - Oui. Que sentez-vous ?

ARGAN. - Je sens de temps en temps des douleurs de tête.

TOINETTE. - Justement, le poumon.

ARGAN. - Il me semble parfois que j’ai un voile devant les yeux.

TOINETTE. - Le poumon.

ARGAN. - J’ai quelquefois des maux de cœur.

TOINETTE. - Le poumon.

ARGAN. - Je sens parfois des lassitudes par tous les membres.

TOINETTE. - Le poumon.

ARGAN. - Et quelquefois il me prend des douleurs dans le ventre, comme si c’était des
coliques.

TOINETTE. - Le poumon. Vous avez appétit à ce que vous mangez ?

ARGAN. - Oui, Monsieur.

TOINETTE. - Le poumon. Vous aimez à boire un peu de vin ?

ARGAN. - Oui, Monsieur.

TOINETTE. - Le poumon. Il vous prend un petit sommeil après le repas, et vous êtes bien
aise de dormir ?

ARGAN. - Oui, Monsieur.

TOINETTE. - Le poumon, le poumon, vous dis-je. Que vous ordonne votre médecin pour
votre nourriture ?

ARGAN. - Il m’ordonne du potage.

TOINETTE. - Ignorant.

ARGAN. - De la volaille.

TOINETTE. - Ignorant.

ARGAN. - Du veau.

TOINETTE. - Ignorant.
ARGAN. - Des bouillons.

TOINETTE. - Ignorant.

ARGAN. - Des œufs frais.

TOINETTE. - Ignorant.

ARGAN. - Et le soir de petits pruneaux pour lâcher le ventre.

TOINETTE. - Ignorant.

ARGAN. - Et surtout de boire mon vin fort trempé.

TOINETTE. - Ignorantus, ignoranta, ignorantum. Il faut boire votre vin pur ; et pour épaissir
votre sang qui est trop subtil, il faut manger de bon gros bœuf, de bon gros porc, de bon
fromage de Hollande, du gruau et du riz, et des marrons et des oublies, pour coller et
conglutiner. Votre médecin est une bête. Je veux vous en envoyer un de ma main, et je
viendrai vous voir de temps en temps, tandis que je serai en cette ville.
Le théâtre du XVIIème siècle au XXIème siècle

SEQUENCE VI

Jean luc LAGARCE

Juste la fin du monde

Parcours : crise personnelle, crise familiale


Texte 12 : « Juste la fin du monde » de Jean _Luc Lagarce

Texte étudié de « Mais lorsqu’un… jusqu’à…juste mine de »

« Mais lorsqu’un soir, sur le quai de la gare

(c’est une image assez convenue), dans une chambre d’hôtel,

celui-là « Hôtel d’Angleterre, Neuchâtel, Suisse » ou un autre, « Hôtel du Roi de

Sicile », cela m’est bien égal, ou dans la seconde salle à manger d’un restaurant

plein de joyeux fêtards où je dînais seul dans l’indifférence et le bruit,

on vint doucement me tapoter l’épaule en me disant avec un gentil sourire triste

de gamin égaré :

« À quoi bon ? ce « à quoi bon rabatteur de la Mort

– elle m’avait enfin retrouvé sans m’avoir cherché –, ce « à quoi bon » me


ramena à la maison, m’y renvoya,

m’encourageant à revenir de mes dérisoires et vaines escapades

et m’ordonnant désormais de cesser de jouer.

Il est temps.

Je traverse à nouveau le paysage en sens inverse.

Chaque lieu, même le plus laid ou le plus idiot,

je veux noter que je le vois pour la dernière fois,

je prétends le retenir.
Je reviens et j’attends.

Je me tiendrai tranquille, maintenant, je promets,

je ne ferai plus d’histoires,

digne et silencieux, ces mots qu’on emploie.

Je perds. J’ai perdu.

Je range, je mets de l’ordre, je viens ici rendre visite, je laisse les choses en

l’état, j’essaie de terminer, de tirer des conclusions, d’être paisible.

Je ne gesticule plus et j’émets des sentences symboliques pleines de sous-


entendus gratifiants.

Je me complais.

Rien ne me flatte autant, désormais, que ma propre angoisse.

Il m’arrivait aussi parfois,

« les derniers temps »,

de me sourire à moi-même comme pour une photographie à venir.

Vos doigts se la repassent en prenant garde de ne pas la salir

ou d’y laisser de coupables empreintes.

« Il était exactement ainsi »

et c’est tellement faux,

si vous réfléchissiez un instant vous pourriez l’admettre,

c’était tellement faux,

je faisais juste mine de »


La littérature d’idées du XVI siècle au XVIII siècle

Séquence VII
Rabelais
Gargantua
Texte : - Prologue de Gargantua

Parcours : rire et savoir


TEXTE 13 : Gargantua de François Rabelais

Texte étudié : « Prologue de Gargantua » de « Buveurs très illustres……jusqu’à


……moquerie et plaisanterie »

1. Buveurs très illustres, et vous vérolés très précieux, car c'est à vous, non
2. aux autres, que je dédie mes écrits, Alcibiade, dans un dialogue d’intitulé le
3. Banquet, faisant l'éloge de son précepteur Socrate, sans conteste le prince
4. des philosophes, déclare entre autres choses qu'il est semblable aux
5. silènes. Les Silènes étaient jadis de petites boites, comme celles que nous
6. voyons à présent dans les boutiques des apothicaires, sur lesquelles étaient
7. peintes des figures drôles et frivoles : harpies, satyres, oisons bridés, lièvres
8. cornus, canes batées, boucs volants, cerfs attelés, et autres figures
9. contrefaites à plaisir pour inciter les gens à rire (comme le fut Silène, maître
10. du Bacchus). Mais à l'intérieur on conservait les drogues fines, comme le
11. baume, l'ambre gris, l'amome, la civette, les pierreries et autres choses de
12. prix. Alcibiade disait que Socrate leur était semblable, parce qu'à le voir du
13. dehors et à l'évaluer par l'aspect extérieur, vous n'en auriez pas donné une
14. pelure l'oignon, tant il était laid de corps et d'un maintien ridicule, le nez
15. pointu, le regard d'un taureau, le visage d'un fou, le comportement simple,
16. les vêtements d'un paysan, de condition modeste, malheureux avec les
17. femmes, inapte à toute fonction dans l'état ; et toujours riant, trinquant avec
18. chacun, toujours se moquant, toujours cachant son divin savoir. Mais en
19. ouvrant cette boite, vous y auriez trouvé une céleste et inappréciable
20. drogue : une intelligence plus qu'humaine, une force d'âme merveilleuse, un
21. courage invincible, une sobriété sans égale, une égalité d'âme sans faille,
22. une assurance parfaite, un détachement incroyable à l'égard de tout ce pour
23. quoi les humains veillent, courent, travaillent, naviguent et bataillent.
24. A quoi tend, à votre avis, ce prélude et coup d'essai ? C'est que vous, mes
25. bons disciples, et quelques autres fous oisifs, en lisant les joyeux titres de
26. quelques livres de votre invention, comme Gargantua, Pantagruel, Fesse
27. pinte, La dignité des braguettes, des pois au lard avec commentaire, etc.,
28. vous pensez trop facilement qu'on n'y traite que de moqueries, folâtreries et
29. joyeux mensonges, puisque l'enseigne extérieure est sans chercher plus
30. loin, habituellement reçue comme moquerie et plaisanterie. »

TEXTE 14 : Gargantua de François Rabelais

Extrait étudié : chapitre 17 de « Comment Gargantua …jusqu’à … fière d’en parler »

1. « Comment Gargantua paya sa bienvenue aux parisiens, et comment il prit


les grosses cloches de l’Eglise Notre-Dame. »

2. Quelques jours après qu’ils se furent rafraîchis, il visita la ville, et fut vu de tout
3. le monde en grande admiration, car le peuple de Paris est tant sot, tant
4. badaud et tant inepte de nature qu’un bateleur, un porteur de rogatons, un
5. mulet avec ses sonnettes, un vielleux au milieu d’un carrefour assemblera
6. plus de gens que ne ferait un bon prêcheur de l’Évangile. Et tant
7. importunément ils le poursuivaient qu’il fut contraint de se reposer sur les
8. tours de l’église Notre-Dame, auquel lieu étant et voyant tant de gens à
9. l’entour de soi, il dit clairement : « je crois que ces maroufles veulent que je
10. leur paye ici ma bienvenue et mon droit d’entrée. C’est raison. Je vais leur
11. donner le vin mais ce ne sera que par ris. »
12. Lors, en souriant, détacha sa belle braguette, et, tirant sa mentule en l’air, les
13. compissa si aigrement qu’il en noya deux cent soixante mille quatre cent dix-
14. huit, sans les femmes et les petits enfants.
15. Un certain nombre d’entre eux échappa à ce pisse-fort grâce à la légèreté de
16. leurs pieds, et quand ils furent au plus haut de l’Université, suant, toussant,
17. crachant et hors d’haleine, ils commencèrent à renier et à jurer, les uns en
18. colère, les autres pour rire : « Carimari, Carimara ! Par sainte Mamie, nous
19. sommes baignés par ris », ce dont fut depuis la ville nommée Paris, laquelle
20. auparavant on appelait Leucèce, comme dit Strabon, lib. IV, c’est-à-dire en
21. grec Blanchette, pour les blanches cuisses des dames du dit-lieu.
22. Et par autant que cette nouvelle imposition du nom, tous les assistants
23. jurèrent chacun les saints de sa paroisse, les Parisiens qui sont faits de toutes
24. gens et de toutes pièces, sont par nature et bons jureurs et bons juristes, et
25. quelque peu outrecuidants, dont estime Joaninus de Barranco, Libro de
26. Copiositate reverentiarum, qui sont dits Parrhésiens en langue grecque, c’est-
27. à-dire « fiers d’en parler ».

Gargantua, Rabelais, chapitre 17

TEXTE 15 : Gargantua de François Rabelais

Extrait étudié : chapitre 8 La lettre de Gargantua à Pantagruel de « C’est


pourquoi…jusqu’à… Amen »

C’est pourquoi, mon fils, je t’admoneste qu’emploies ta jeunesse à bien profiter en études et en vertus.
Tu es à Paris, tu as ton précepteur Epistemon, dont l’un par vives et vocales instructions, l’autre par
louables exemples, te peuvent endoctriner. J’entends et veux que tu apprennes les langues parfaitement :
premièrement la Grecque, comme le veut Quintilien, secondement la Latine, et puis l’Hébraïque pour
les Saintes Lettres, et la Chaldaïque et Arabique pareillement ; et que tu formes ton style, quant à la
Grecque, à l’imitation de Platon, quant à la Latine, à Cicéron. Qu’il n’y ait histoire que tu ne tiennes en
mémoire présente, à quoi t’aidera la Cosmographie de ceux qui en ont écrit. Des arts libéraux :
géométrie, arithmétique et musique, je t’en donnai quelque goût quand tu étais encore petit, en l’âge de
cinq à six ans ; poursuis le reste, et d’astronomie saches-en tous les canons. Laisse-moi l’astrologie
divinatrice et l’art de Lullius, comme abus et vanités. Du droit civil, je veux que tu saches par cœur les
beaux textes et me les confères avec philosophie.

Et, quant à la connaissance des faits de nature, je veux que tu t’y adonnes avec soin ; qu’il n’y ait mer,
rivière, ni fontaine, dont tu ne connaisse les poissons, tous les oiseaux de l’air, tous les arbres, arbustes
et buissons des forêts, toutes les herbes de la terre, tous les métaux cachés au centre des abîmes, les
pierreries de tout Orient et Midi : rien ne te soit inconnu.

Puis, soigneusement pratique les livres des médecins grecs, arabes et latins, sans mépriser les
Talmudistes et Cabalistes, et par fréquentes anatomies acquiers-toi parfaite connaissance de l’autre
monde, qui est l’homme. Et par quelques heures du jour commence à visiter les saintes lettres,
premièrement en grec le Nouveau Testament et Épîtres des Apôtres, et puis en Hébreu le Vieux
Testament. Somme, que je voie un abîme de science. […] Mais – parce que, selon le sage Salomon,
sapience n’entre point en âme méchante et science sans conscience n’est que ruine de l’âme -, il te
convient servir, aimer et craindre Dieu, et en lui mettre toutes tes pensées et tout ton espoir, et par foi
formée de charité être à lui adjoint, en sorte que jamais n’en sois désemparé par péché. Prends garde aux
tromperies du monde, ne t’adonne pas à des choses vaines, car cette vie est passagère, mais la parole de
Dieu demeure éternellement. Sois serviable envers ton prochain, et aime-le comme toi-même. Respecte
tes précepteurs, fuis la compagnie des gens à qui tu ne veux pas ressembler, et ne gaspille pas les grâces
que Dieu t’a données. Et quand tu t’apercevras que tu disposes de tout le savoir que tu peux acquérir là-
bas, reviens vers moi, afin que je te voie et te donne ma bénédiction avant de mourir. Mon fils, que la
paix et la grâce de notre Seigneur soient avec toi. Amen.

D’Utopie, le dix-sept mars,

ton père, Gargantua.

Rabelais, Pantagruel, 1532


La littérature d’idées du XVI siècle au XVIII siècle

Séquence VIII :
Jean de la Fontaine
Les animaux de la peste

Parcours imagination et pensées au XVII siècle.


Texte 16 : « Les animaux malades de la peste »
de Jean de la Fontaine

1. Un mal qui répand la terreur,

2. Mal que le Ciel en sa fureur

3. Inventa pour punir les crimes de la terre,

4. La Peste (puisqu'il faut l'appeler par son nom)

5. Capable d'enrichir en un jour l'Achéron*,

6. Faisait aux animaux la guerre.

7. Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés :

8. On n'en voyait point d'occupés

9. A chercher le soutien d'une mourante vie ;

10. Nul mets n'excitait leur envie ;

11. Ni Loups ni Renards n'épiaient

12. La douce et l'innocente proie.

13. Les Tourterelles se fuyaient :

14. Plus d'amour, partant plus de joie.

15. Le Lion tint conseil, et dit : Mes chers amis,

16. Je crois que le Ciel a permis

17. Pour nos péchés cette infortune ;

18. Que le plus coupable de nous

19. Se sacrifie aux traits du céleste courroux,


20. Peut-être il obtiendra la guérison commune.

21. L'histoire nous apprend qu'en de tels accidents

22. On fait de pareils dévouements :

23. Ne nous flattons donc point ; voyons sans indulgence

24. L'état de notre conscience.

25. Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons

26. J'ai dévoré force moutons.

27. Que m'avaient-ils fait ? Nulle offense :

28. Même il m'est arrivé quelquefois de manger

29. Le Berger.

30. Je me dévouerai donc, s'il le faut ; mais je pense

31. Qu'il est bon que chacun s'accuse ainsi que moi :

32. Car on doit souhaiter selon toute justice

33. Que le plus coupable périsse.

34. - Sire, dit le Renard, vous êtes trop bon Roi ;

35. Vos scrupules font voir trop de délicatesse ;

36. Et bien, manger moutons, canaille, sotte espèce,

37. Est-ce un péché ? Non, non. Vous leur fîtes Seigneur


38. En les croquant beaucoup d'honneur.

39. Et quant au Berger l'on peut dire

40. Qu'il était digne de tous maux,

41. Etant de ces gens-là qui sur les animaux

42. Se font un chimérique empire.

43. Ainsi dit le Renard, et flatteurs d'applaudir.

44. On n'osa trop approfondir

45. Du Tigre, ni de l'Ours, ni des autres puissances,


46. Les moins pardonnables offenses.

47. Tous les gens querelleurs, jusqu'aux simples mâtins*,

48. Au dire de chacun, étaient de petits saints.

49. L'Ane vint à son tour et dit : J'ai souvenance

50. Qu'en un pré de Moines passant,

51. La faim, l'occasion, l'herbe tendre, et je pense

52. Quelque diable aussi me poussant,

53. Je tondis de ce pré la largeur de ma langue.

54. Je n'en avais nul droit, puisqu'il faut parler net.

55. A ces mots on cria haro sur le baudet*.

56. Un Loup quelque peu clerc prouva par sa harangue

57. Qu'il fallait dévouer ce maudit animal,

58. Ce pelé, ce galeux, d'où venait tout leur mal

59. Sa peccadille fut jugée un cas pendable.

60. Manger l'herbe d'autrui ! quel crime abominable !

61. Rien que la mort n'était capable

62. D'expier son forfait : on le lui fit bien voir.

63. Selon que vous serez puissant ou misérable,

64. Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.

« Les Animaux malades de la peste », Fables, Livre VII, 1 (1678)

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