L'Eveil
L'Eveil
L’EVEIL
Liste des textes étudiés dans le cadre de la préparation des épreuves
orales anticipées de français pour les classes de Première G 2024
Élève : laurence
PREMIERE PARTIE : L’ORAL
Parcours :
Alchimie poétique : la boue et l’or
Texte 4 : L’invitation au voyage
2. jour plus tôt ! j’aurais porté chez mon père toute mon innocence. La veille même
3. de celui que je devais quitter cette ville, étant à me promener avec mon ami, qui
5. jusqu’à l’hôtellerie où ces voitures descendent. Nous n’avions pas d’autre motif
7. resta une, fort jeune, qui s’arrêta seule dans la cour, pendant qu’un homme d’un
8. âge avancé, qui paraissait lui servir de conducteur, s’empressait de faire tirer son
9. équipage des paniers. Elle me parut si charmante, que moi, qui n’avais jamais
10. pensé à la différence des sexes, ni regardé une fille avec un peu d’attention ; moi,
12. enflammé tout d’un coup jusqu’au transport. J’avais le défaut d’être
13. excessivement timide et facile à déconcerter ; mais, loin d’être arrêté alors par
16. paraître embarrassée. Je lui demandai ce qui l’amenait à Amiens, et si elle y avait
18. était envoyée par ses parents pour être religieuse. L’amour me rendait déjà si
19. éclairé depuis un moment qu’il était dans mon cœur, que je regardai ce dessein
20. comme un coup mortel pour mes désirs. Je lui parlai d’une manière qui lui fit
21. comprendre mes sentiments ; car elle était bien plus expérimentée que moi :
22. c’était malgré elle qu’on l’envoyait au couvent, pour arrêter sans doute son
23. penchant au plaisir, qui s’était déjà déclaré, et qui a causé dans la suite tous ses
1. Enfin, n’étant plus le maître de mon inquiétude, je me promenai à grands pas dans nos
2. appartements. J’aperçus dans celui de Manon une lettre cachetée qui était sur sa table.
3. L’adresse était à moi, et l’écriture de sa main. Je l’ouvris avec un frisson mortel ; elle
4.
5. était dans ces termes :« Je te jure, mon cher chevalier, que tu es l’idole de mon cœur,
6. et qu’il n’y a que toi au monde que je puisse aimer de la façon dont je t’aime ; mais ne
7. vois-tu- pas, ma pauvre chère âme, que, dans l’état où nous sommes réduits, c’est une
8. sotte vertu que la fidélité ? Crois-tu qu’on puisse être bien tendre lorsqu’on manque de
9. pain ? La faim me causerait quelque méprise fatale : je rendrais quelque jour le dernier
10. soupir en croyant en pousser un d’amour. Je t’adore, compte là-dessus ; mais laisse-
11. moi pour quelque temps le ménagement de notre fortune. Malheur à qui va tomber
12. dans mes filets ! je travaille pour rendre mon chevalier riche et heureux. Mon frère
14. quitter. » Je demeurai, après cette lecture, dans un état qui me serait difficile à décrire ;
15. car j’ignore encore aujourd’hui par quelle espèce de sentiments je fus alors agité. Ce fut
16. une de ces situations uniques, auxquelles on n’a rien éprouvé qui soit semblable : on
17. ne saurait les expliquer aux autres, parce qu’ils n’en ont pas l’idée ; et l’on a peine à se
18. les bien démêler à soi-même, parce qu’étant seules de leur espèce, cela ne se lie à rien
19. dans la mémoire, et ne peut même être rapproché d’aucun sentiment connu.
20. Cependant, de quelque nature que fussent les miens, il est certain qu’il devait y entrer
21. de la douleur, du dépit, de la jalousie et de la honte. Heureux, s’il n’y fût pas entré
« Un jour que j’étais sorti l’après-midi, et que je l’avais avertie que je serais dehors plus longtemps qu’à
l’ordinaire, je fus étonné qu’à mon retour on me fît attendre deux ou trois minutes à la porte. Nous
n’étions servis que par une petite fille qui était à peu près de notre âge. Étant venue m’ouvrir, je lui
demandai pourquoi elle avait tardé si longtemps. Elle me répondit d’un air embarrassé qu’elle ne
m’avait point entendu frapper. Je n’avais frappé qu’une fois ; je lui dis : « Mais si vous ne m’avez pas
entendu, pourquoi êtes-vous donc venue m’ouvrir ? » Cette question la déconcerta si fort que, n’ayant
point assez de présence d’esprit pour y répondre, elle se mit à pleurer, en m’assurant que ce n’était point
sa faute, et que madame lui avait défendu d’ouvrir la porte jusqu’à ce que M. de B *** fût sorti par l’autre
escalier qui répondait au cabinet. Je demeurai si confus, que je n’eus point la force d’entrer dans
l’appartement. Je pris le parti de descendre, sous prétexte d’une affaire, et j’ordonnai à cette enfant de
dire à sa maîtresse que je retournerais dans le moment, mais de ne pas faire connaître qu’elle m’eût parlé
de M. de B***. Ma consternation fut si grande, que je versais des larmes en descendant l’escalier, sans
savoir encore de quel sentiment elles partaient. J’entrai dans le premier café ; et m’y étant assis près
d’une table, j’appuyai la tête sur mes deux mains pour y développer ce qui se passait dans mon cœur. Je
n’osais rappeler ce que je venais d’entendre. Je voulais le considérer comme une illusion, et je fus près,
deux ou trois fois, de retourner au logis sans marquer que j’y eusse fait attention. Il me paraissait si
impossible que Manon m’eût trahi, que je craignais de lui faire injure en la soupçonnant. Je l’adorais,
cela était sûr ; je ne lui avais pas donné plus de preuves d’amour que je n’en avais reçu d’elle ; pourquoi
l’aurais-je accusée d’être moins sincère et moins constante que moi ? Quelle raison aurait-elle eue de me
tromper ? Il n’y avait que trois heures qu’elle m’avait accablé de ses plus tendres caresses, et qu’elle
avait reçu les miennes avec transport ; je ne connaissais pas mieux mon cœur que le sien. Non, non,
repris-je, il n’est pas possible que Manon me trahisse. Elle n’ignore pas que je ne vis que pour elle ; elle
Le Talisman
— Existe-t-il au monde un homme assez simple pour croire à cette chimère ? s’écria le
jeune homme, piqué d’entendre ce rire muet et plein d’amères dérisions. Ne savez-vous
pas, ajouta-t-il, que les superstitions de l’Orient ont consacré la forme mystique et les
caractères mensongers de cet emblème qui représente une puissance fabuleuse ? Je ne
crois pas devoir être plus taxé de niaiserie dans cette circonstance que si je parlais des
Sphinx ou des Griffons, dont l’existence est en quelque sorte scientifiquement admise.
— Puisque vous êtes un orientaliste, reprit le vieillard, peut-être lirez-vous cette sentence.
Il apporta la lampe près du talisman que le jeune homme tenait à l’envers, et lui fit
apercevoir des caractères incrustés dans le tissu cellulaire de cette peau merveilleuse,
comme s’ils eussent été produits par l’animal auquel elle avait jadis appartenu.
— J’avoue, s’écria l’inconnu, que je ne devine guère le procédé dont on se sera servi
Et, se retournant avec vivacité vers les tables chargées de curiosités, ses yeux parurent
— Un instrument pour trancher le chagrin, afin de voir si les lettres y sont empreintes
ou incrustées.
Le vieillard présenta son stylet à l’inconnu, qui le prit et tenta d’entamer la peau à
l’endroit où les paroles se trouvaient écrites ; mais, quand il eut enlevé une légère
couche de cuir, les lettres y reparurent si nettes et tellement conformes à celles qui
étaient imprimées sur la surface, que, pendant un moment, il crut n’en avoir rien ôté.
— L’industrie du Levant a des secrets qui lui sont réellement particuliers, dit-il en
— Oui, répondit le vieillard, il vaut mieux s’en prendre aux hommes qu’à Dieu !
Séquence V
Molière « Le Malade imaginaire »
Texte : - Acte 2 scène 8
- Acte 3 scène 5
- Acte 3 scène 10
ARGAN. - Non ?
ARGAN. - Assurément ?
LOUISON. - Assurément.
ARGAN. - Oh çà, je m’en vais vous faire voir quelque chose, moi.
ARGAN. - Ah, ah, petite masque, vous ne me dites pas que vous avez vu un homme dans la
chambre de votre sœur ?
LOUISON se jette à genoux. - Ah ! mon papa, je vous demande pardon. C’est que ma sœur
m’avait dit de ne pas vous le dire ; mais je m’en vais vous dire tout.
ARGAN. - Il faut premièrement que vous ayez le fouet pour avoir menti. Puis après nous
verrons au reste.
LOUISON. - Là, là, mon papa, ne pleurez point tant, je ne suis pas morte tout à fait.
ARGAN. - Voyez-vous la petite rusée ? Oh çà, çà, je vous pardonne pour cette fois-ci, pourvu
que vous me disiez bien tout.
ARGAN. - Prenez-y bien garde au moins, car voilà un petit doigt qui sait tout, qui me dira si
vous mentez.
LOUISON. - Mais, mon papa, ne dites pas à ma sœur que je vous l’ai dit.
LOUISON. - C’est, mon papa, qu’il est venu un homme dans la chambre de ma sœur comme
j’y étais.
ARGAN. - Hé bien ?
LOUISON. - Je lui ai demandé ce qu’il demandait, et il m’a dit qu’il était son maître à chanter.
ARGAN. - Hé bien ?
LOUISON. - Elle lui a dit : « sortez, sortez, sortez, mon Dieu sortez, vous me mettez au
désespoir ».
ARGAN. - Hé bien ?
LOUISON. - Il lui disait tout ci, tout ça, qu’il l’aimait bien, et qu’elle était la plus belle du monde.
ARGAN. - Voilà mon petit doigt pourtant qui gronde quelque chose. (Il met son doigt à son
oreille.) Attendez. Eh ! ah, ah ; oui ? Oh, oh ; voilà mon petit doigt qui me dit quelque chose
que vous avez vu, et que vous ne m’avez pas dit.
ARGAN. - Oh bien, bien, nous verrons cela. Allez-vous-en, et prenez bien garde à tout, allez.
Ah ! il n’y a plus d’enfants. Ah ! que d’affaires ; je n’ai pas seulement le loisir de songer à ma
maladie. En vérité, je n’en puis plus.
4. MONSIEUR PURGON. - Voilà une hardiesse bien grande, une étrange rébellion d’un
malade contre son médecin.
9. TOINETTE. - Il a tort.
10. MONSIEUR PURGON. - Et qui devait faire dans des entrailles un effet merveilleux.
20. MONSIEUR PURGON. - Je vous déclare que je romps commerce avec vous.
24. MONSIEUR PURGON. - Et que pour finir toute liaison avec vous, voilà la donation que
je faisais à mon neveu en faveur du mariage.
28. MONSIEUR PURGON. - Je vous aurais tiré d’affaire avant qu’il fût peu.
30. MONSIEUR PURGON. - J’allais nettoyer votre corps, et en évacuer entièrement les
mauvaises humeurs.
34. MONSIEUR PURGON. - Mais puisque vous n’avez pas voulu guérir par mes mains…
36. MONSIEUR PURGON. - Puisque vous vous êtes soustrait de l’obéissance que l’on doit
à son médecin…
38. MONSIEUR PURGON. - Puisque vous vous êtes déclaré rebelle aux remèdes que je
vous ordonnais…
43. MONSIEUR PURGON. - Et je veux qu’avant qu’il soit quatre jours, vous deveniez dans
un état incurable.
TOINETTE. - Je suis médecin passager, qui vais de ville en ville, de province en province,
de royaume en royaume, pour chercher d’illustres matières à ma capacité, pour trouver
des malades dignes de m’occuper, capables d’exercer les grands, et beaux secrets que j’ai
trouvés dans la médecine. Je dédaigne de m’amuser à ce menu fatras de maladies
ordinaires, à ces bagatelles de rhumatismes et de fluxions, à ces fiévrottes, à ces vapeurs,
et à ces migraines. Je veux des maladies d’importance, de bonnes fièvres continues, avec
des transports au cerveau, de bonnes fièvres pourprées, de bonnes pestes, de bonnes
hydropisies formées, de bonnes pleurésies, avec des inflammations de poitrine, c’est là
que je me plais, c’est là que je triomphe ; et je voudrais, Monsieur, que vous eussiez toutes
les maladies que je viens de dire, que vous fussiez abandonné de tous les médecins,
désespéré, à l’agonie, pour vous montrer l’excellence de mes remèdes, et l’envie que
j’aurais de vous rendre service.
ARGAN. - Je vous suis obligé, Monsieur, des bontés que vous avez pour moi.
TOINETTE. - Donnez-moi votre pouls. Allons donc, que l’on batte comme il faut. Ahy, je
vous ferai bien aller comme vous devez. Hoy, ce pouls-là fait l’impertinent ; je vois bien que
vous ne me connaissez pas encore. Qui est votre médecin ?
TOINETTE. - Cet homme-là n’est point écrit sur mes tablettes entre les grands médecins.
De quoi, dit-il, que vous êtes malade ?
ARGAN. - Il dit que c’est du foie, et d’autres disent que c’est de la rate.
TOINETTE. - Ce sont tous des ignorants, c’est du poumon que vous êtes malade
ARGAN. - Du poumon ?
TOINETTE. - Oui. Que sentez-vous ?
TOINETTE. - Le poumon.
TOINETTE. - Le poumon.
TOINETTE. - Le poumon.
ARGAN. - Et quelquefois il me prend des douleurs dans le ventre, comme si c’était des
coliques.
TOINETTE. - Le poumon. Il vous prend un petit sommeil après le repas, et vous êtes bien
aise de dormir ?
TOINETTE. - Le poumon, le poumon, vous dis-je. Que vous ordonne votre médecin pour
votre nourriture ?
TOINETTE. - Ignorant.
ARGAN. - De la volaille.
TOINETTE. - Ignorant.
ARGAN. - Du veau.
TOINETTE. - Ignorant.
ARGAN. - Des bouillons.
TOINETTE. - Ignorant.
TOINETTE. - Ignorant.
TOINETTE. - Ignorant.
TOINETTE. - Ignorantus, ignoranta, ignorantum. Il faut boire votre vin pur ; et pour épaissir
votre sang qui est trop subtil, il faut manger de bon gros bœuf, de bon gros porc, de bon
fromage de Hollande, du gruau et du riz, et des marrons et des oublies, pour coller et
conglutiner. Votre médecin est une bête. Je veux vous en envoyer un de ma main, et je
viendrai vous voir de temps en temps, tandis que je serai en cette ville.
Le théâtre du XVIIème siècle au XXIème siècle
SEQUENCE VI
Sicile », cela m’est bien égal, ou dans la seconde salle à manger d’un restaurant
de gamin égaré :
Il est temps.
je prétends le retenir.
Je reviens et j’attends.
Je range, je mets de l’ordre, je viens ici rendre visite, je laisse les choses en
Je me complais.
Séquence VII
Rabelais
Gargantua
Texte : - Prologue de Gargantua
1. Buveurs très illustres, et vous vérolés très précieux, car c'est à vous, non
2. aux autres, que je dédie mes écrits, Alcibiade, dans un dialogue d’intitulé le
3. Banquet, faisant l'éloge de son précepteur Socrate, sans conteste le prince
4. des philosophes, déclare entre autres choses qu'il est semblable aux
5. silènes. Les Silènes étaient jadis de petites boites, comme celles que nous
6. voyons à présent dans les boutiques des apothicaires, sur lesquelles étaient
7. peintes des figures drôles et frivoles : harpies, satyres, oisons bridés, lièvres
8. cornus, canes batées, boucs volants, cerfs attelés, et autres figures
9. contrefaites à plaisir pour inciter les gens à rire (comme le fut Silène, maître
10. du Bacchus). Mais à l'intérieur on conservait les drogues fines, comme le
11. baume, l'ambre gris, l'amome, la civette, les pierreries et autres choses de
12. prix. Alcibiade disait que Socrate leur était semblable, parce qu'à le voir du
13. dehors et à l'évaluer par l'aspect extérieur, vous n'en auriez pas donné une
14. pelure l'oignon, tant il était laid de corps et d'un maintien ridicule, le nez
15. pointu, le regard d'un taureau, le visage d'un fou, le comportement simple,
16. les vêtements d'un paysan, de condition modeste, malheureux avec les
17. femmes, inapte à toute fonction dans l'état ; et toujours riant, trinquant avec
18. chacun, toujours se moquant, toujours cachant son divin savoir. Mais en
19. ouvrant cette boite, vous y auriez trouvé une céleste et inappréciable
20. drogue : une intelligence plus qu'humaine, une force d'âme merveilleuse, un
21. courage invincible, une sobriété sans égale, une égalité d'âme sans faille,
22. une assurance parfaite, un détachement incroyable à l'égard de tout ce pour
23. quoi les humains veillent, courent, travaillent, naviguent et bataillent.
24. A quoi tend, à votre avis, ce prélude et coup d'essai ? C'est que vous, mes
25. bons disciples, et quelques autres fous oisifs, en lisant les joyeux titres de
26. quelques livres de votre invention, comme Gargantua, Pantagruel, Fesse
27. pinte, La dignité des braguettes, des pois au lard avec commentaire, etc.,
28. vous pensez trop facilement qu'on n'y traite que de moqueries, folâtreries et
29. joyeux mensonges, puisque l'enseigne extérieure est sans chercher plus
30. loin, habituellement reçue comme moquerie et plaisanterie. »
2. Quelques jours après qu’ils se furent rafraîchis, il visita la ville, et fut vu de tout
3. le monde en grande admiration, car le peuple de Paris est tant sot, tant
4. badaud et tant inepte de nature qu’un bateleur, un porteur de rogatons, un
5. mulet avec ses sonnettes, un vielleux au milieu d’un carrefour assemblera
6. plus de gens que ne ferait un bon prêcheur de l’Évangile. Et tant
7. importunément ils le poursuivaient qu’il fut contraint de se reposer sur les
8. tours de l’église Notre-Dame, auquel lieu étant et voyant tant de gens à
9. l’entour de soi, il dit clairement : « je crois que ces maroufles veulent que je
10. leur paye ici ma bienvenue et mon droit d’entrée. C’est raison. Je vais leur
11. donner le vin mais ce ne sera que par ris. »
12. Lors, en souriant, détacha sa belle braguette, et, tirant sa mentule en l’air, les
13. compissa si aigrement qu’il en noya deux cent soixante mille quatre cent dix-
14. huit, sans les femmes et les petits enfants.
15. Un certain nombre d’entre eux échappa à ce pisse-fort grâce à la légèreté de
16. leurs pieds, et quand ils furent au plus haut de l’Université, suant, toussant,
17. crachant et hors d’haleine, ils commencèrent à renier et à jurer, les uns en
18. colère, les autres pour rire : « Carimari, Carimara ! Par sainte Mamie, nous
19. sommes baignés par ris », ce dont fut depuis la ville nommée Paris, laquelle
20. auparavant on appelait Leucèce, comme dit Strabon, lib. IV, c’est-à-dire en
21. grec Blanchette, pour les blanches cuisses des dames du dit-lieu.
22. Et par autant que cette nouvelle imposition du nom, tous les assistants
23. jurèrent chacun les saints de sa paroisse, les Parisiens qui sont faits de toutes
24. gens et de toutes pièces, sont par nature et bons jureurs et bons juristes, et
25. quelque peu outrecuidants, dont estime Joaninus de Barranco, Libro de
26. Copiositate reverentiarum, qui sont dits Parrhésiens en langue grecque, c’est-
27. à-dire « fiers d’en parler ».
C’est pourquoi, mon fils, je t’admoneste qu’emploies ta jeunesse à bien profiter en études et en vertus.
Tu es à Paris, tu as ton précepteur Epistemon, dont l’un par vives et vocales instructions, l’autre par
louables exemples, te peuvent endoctriner. J’entends et veux que tu apprennes les langues parfaitement :
premièrement la Grecque, comme le veut Quintilien, secondement la Latine, et puis l’Hébraïque pour
les Saintes Lettres, et la Chaldaïque et Arabique pareillement ; et que tu formes ton style, quant à la
Grecque, à l’imitation de Platon, quant à la Latine, à Cicéron. Qu’il n’y ait histoire que tu ne tiennes en
mémoire présente, à quoi t’aidera la Cosmographie de ceux qui en ont écrit. Des arts libéraux :
géométrie, arithmétique et musique, je t’en donnai quelque goût quand tu étais encore petit, en l’âge de
cinq à six ans ; poursuis le reste, et d’astronomie saches-en tous les canons. Laisse-moi l’astrologie
divinatrice et l’art de Lullius, comme abus et vanités. Du droit civil, je veux que tu saches par cœur les
beaux textes et me les confères avec philosophie.
Et, quant à la connaissance des faits de nature, je veux que tu t’y adonnes avec soin ; qu’il n’y ait mer,
rivière, ni fontaine, dont tu ne connaisse les poissons, tous les oiseaux de l’air, tous les arbres, arbustes
et buissons des forêts, toutes les herbes de la terre, tous les métaux cachés au centre des abîmes, les
pierreries de tout Orient et Midi : rien ne te soit inconnu.
Puis, soigneusement pratique les livres des médecins grecs, arabes et latins, sans mépriser les
Talmudistes et Cabalistes, et par fréquentes anatomies acquiers-toi parfaite connaissance de l’autre
monde, qui est l’homme. Et par quelques heures du jour commence à visiter les saintes lettres,
premièrement en grec le Nouveau Testament et Épîtres des Apôtres, et puis en Hébreu le Vieux
Testament. Somme, que je voie un abîme de science. […] Mais – parce que, selon le sage Salomon,
sapience n’entre point en âme méchante et science sans conscience n’est que ruine de l’âme -, il te
convient servir, aimer et craindre Dieu, et en lui mettre toutes tes pensées et tout ton espoir, et par foi
formée de charité être à lui adjoint, en sorte que jamais n’en sois désemparé par péché. Prends garde aux
tromperies du monde, ne t’adonne pas à des choses vaines, car cette vie est passagère, mais la parole de
Dieu demeure éternellement. Sois serviable envers ton prochain, et aime-le comme toi-même. Respecte
tes précepteurs, fuis la compagnie des gens à qui tu ne veux pas ressembler, et ne gaspille pas les grâces
que Dieu t’a données. Et quand tu t’apercevras que tu disposes de tout le savoir que tu peux acquérir là-
bas, reviens vers moi, afin que je te voie et te donne ma bénédiction avant de mourir. Mon fils, que la
paix et la grâce de notre Seigneur soient avec toi. Amen.
Séquence VIII :
Jean de la Fontaine
Les animaux de la peste
29. Le Berger.
31. Qu'il est bon que chacun s'accuse ainsi que moi :