Introduction
Introduction
Le droit de tous les enfants de vivre à l’abri de la peur et de la violence est consacré dans la Convention
relative aux droits de l’enfant, le plus largement ratifié des traités relatifs aux droits humains. La
communauté internationale a également reconnu que la violence nuisait au développement humain,
économique et social, lorsqu’elle a adopté, dans le cadre du Programme de développement durable à
l’horizon 2030, des objectifs visant à faire cesser toutes les formes de violence contre les enfants.
Tout enfant a le droit à une protection adéquate et effective contre la violence quelle qu’elle soit,
comme l’établit la Convention relative aux Droits de l’Enfant (CDE), le traité international le plus
largement ratifié de l’histoire. La Convention définit la violence envers les enfants comme “toute forme
d’atteinte ou de brutalités physiques ou mentales, d’abandon ou de négligence, de mauvais traitements
ou d’exploitation, y compris la violence sexuelle”1 .
Afin de prévenir et d’éradiquer la violence infligée aux enfants, il est nécessaire de reconnaître et de
respecter leurs droits. Les enfants doivent de plus être considérés comme des individus autonomes,
habilités à agir pleinement sur leur existence. Il est par conséquent primordial que les enfants eux-
mêmes connaissent et promeuvent leurs droits, au même titre que les adultes.
Où qu’il vive et quel qu’il soit, aucun enfant n’est à l’abri de la violence. Pour éradiquer la violence faite
aux enfants, il est essentiel de comprendre l’ensemble des dimensions qu’elle recouvre. Il est également
fondamental d’intégrer les voix et les opinions des enfants, afin de répondre à leurs attentes et de
garantir le succès de toute politique ou action visant à leur venir en aide.
La prévention et l’éradication de la violence passe par la reconnaissance et la promotion du rôle actif des
enfants. Ces derniers doivent être considérés comme des sujets de droit et des agents qui influent sur
leur propre existence. Il s’agit là de la meilleure stratégie pour identifier conjointement des solutions
durables, adaptées à leur environnement et à leur condition.
MESSAGE CLE : LES ETATS ONT L’OBLIGATION DE PROTEGER TOUS LES ENFANTS CONTRE TOUTE FORME
DE VIOLENCE La Convention relative aux droits de l’enfant prévoit que les Etats doivent protéger les
enfants contre toutes les formes de violence, prendre des mesures de prévention et de lutte contre cette
violence, fournir un appui aux victimes de la violence (article 19). Les protocoles facultatifs à la
Convention ainsi que de nombreux instruments des droits de l’homme prévoient des protections
spécifiques contre la violence. Ces actions n’ont rien de facultatif; il s’agit d’obligations à effet immédiat
requises par la législation internationale. De plus, les gouvernements se sont engagés à protéger les
enfants contre toutes les formes de violence lors de conférences mondiales telles que la session
extraordinaire de l’Assemblée générale des Nations Unies sur les enfants (2002).
« 1. Les Etats parties prennent toutes les mesures législatives, administratives, sociales et éducatives
appropriées pour protéger l’enfant contre toute forme de violence, d’atteinte ou de brutalités physiques
ou mentales, d’abandon ou de négligence, de mauvais traitements ou d’exploitation, y compris la
violence sexuelle, pendant qu’il est sous la garde de ses parents ou de l’un d’eux, de son ou ses
représentants légaux ou de toute autre personne à qui il est confié.
2. Ces mesures de protection doivent comprendre, selon qu’il conviendra, des procédures efficaces pour
l’établissement de programmes sociaux visant à fournir l’appui nécessaire à l’enfant et à ceux à qui il est
confié, ainsi que pour d’autres formes de prévention, et aux fins d’identification, de rapport, de renvoi,
d’enquête, de traitement et de suivi pour les cas de mauvais traitements de l’enfant décrits ci-dessus, et
comprendre également, selon qu’il conviendra, des procédures d’intervention judiciaire. » – Convention
relative aux droits de l’enfant, article 19 La Convention relative aux droits de l’enfant établit des normes
exigeantes de protection de l’enfant tant dans la sphère publique que dans la sphère privée de la famille.
L’article 28(2) établit, par exemple, le droit de l’enfant à être protégé contre les châtiments corporels à
l’école tandis que les articles 32 à 36 énoncent son droit à être protégé contre l’exploitation, qu’elle soit
économique ou sexuelle. D’autres articles protègent les enfants contre la torture, la peine capitale,
l’emprisonnement à vie et visent à faciliter la réadaptation physique et psychologique des enfants
victimes d’actes de violence.
Deux protocoles facultatifs à la Convention détaillent la protection des enfants contre certaines formes
de violence. Le « Protocole facultatif concernant la vente d’enfants, la prostitution des enfants et la
pornographie mettant en scène des enfants » impose aux Etats de fermer les locaux utilisés pour
commettre ces infractions, de saisir et confisquer le produit de ces activités ainsi que les moyens utilisés
pour les faciliter. Le « Protocole facultatif concernant l’implication d’enfants dans les conflits armés »
limite le recrutement des enfants de moins de 18 ans dans les conflits armés et oblige les Etats à fournir
aux enfants ayant participé à un conflit armé toute l’assistance appropriée en vue de leur réadaptation
physique et psychologique et de leur réinsertion sociale. Adoptés en 2000, les protocoles facultatifs ont
tous deux été ratifiés par plus de cent pays.
Le Comité des droits de l’enfant a formulé d’importantes recommandations sur les obligations des Etats
en matière de violence à l’encontre des enfants.
Son commentaire général n° 8 (2006) et les recommandations formulées en 2000–2001 détaillent, par
exemple, le droit des enfants à être protégés contre les châtiments corporels et autres formes cruelles
ou dégradantes de punition. De nombreux tribunaux nationaux ont invoqué la Convention et
l’interprétation de celle-ci par le Comité pour condamner des violences à l’encontre d’enfants.
« Les parlementaires, en tant que représentants du peuple et émanation de la société civile, sont bien
placés pour relayer les intérêts de leurs mandants. Ils entretiennent des contacts étroits avec leurs
électeurs et sont donc pleinement conscients des problèmes que ces derniers rencontrent. Ils peuvent
jouer un rôle utile en participant à l’élaboration des plans d’action visant à accomplir les obligations du
pays en droit international et national. Ainsi ces plans peuvent mieux refléter les véritables besoins et
préoccupations de la population. » – extrait du Guide de la pratique parlementaire5
Les stratégies et les plans d’action nationaux de lutte contre la violence envers les enfants doivent
comprendre des éléments permettant d’agir sur les différents points suivants : prévention de la violence
dans tous les contextes, prise en charge et réhabilitation des enfants victimes de violence, sensibilisation
et renforcement des capacités, recherche et recueil de données. Leur mise en œuvre doit bénéficier de
moyens humains et de ressources financières adaptés et faire l’objet d’une évaluation systématique
portant à la fois sur les objectifs et les délais. Ces opérations doivent être soigneusement examinées par
les parlementaires. Les parlements ont aussi un rôle important à jouer pour assurer la bonne
coordination des différents organes et services ministériels (notamment des secteurs de la justice, des
finances publiques, de la santé et de l’éducation) concernés par les mesures de prévention et de
traitement de la violence à l’encontre des enfants; ils peuvent aussi intervenir dans l’intégration de ces
mesures dans les processus de planification nationale.
MESSAGE CLE : INTERDIRE TOUTE VIOLENCE ENVERS LES ENFANTS, OBLIGER LES AUTEURS A REPONDRE
DE LEURS ACTES ET METTRE FIN A L’IMPUNITE
Il découle clairement des obligations des Etats en matière de droits de l’homme que toute forme de
violence envers les enfants doit être interdite, quel qu’en soit le contexte, et en particulier toutes les
formes de châtiment corporel, les pratiques traditionnelles dommageables comme le mariage précoce
ou forcé, l’excision et les autres mutilations sexuelles féminines, les prétendus « crimes d’honneur », la
violence sexuelle, la torture ainsi que tout autre traitement ou châtiment cruel, inhumain ou dégradant.
Le rapport de l’étude du Secrétaire général de l’ONU sur la violence à l’encontre des enfants appelle
également à bannir la peine de mort et l’emprisonnement à vie sans possibilité de remise de peine pour
les crimes commis avant l’âge de 18 ans.
La violence à l’encontre des enfants perdure sous de nombreuses formes parce qu’elle est souvent licite
et acceptée par la société. L’application des lois de protection des enfants est souvent limitée à des
contextes particuliers ou à des acteurs spécifiques. Dans certains pays, par exemple la législation sur les
sévices sexuels perpétrés sur des enfants est applicable aux violences sexuelles infligées par des hommes
à des petites filles mais ne prend pas en compte les cas où les victimes sont des garçons; il arrive aussi
que la législation ne s’applique pas aux membres de la famille de l’enfant. De nombreux pays n’ont
toujours pas de protection légale contre les pratiques traditionnelles dommageables, le mariage précoce,
et le viol dans le cadre du mariage. D’autres lois - ou l’absence de lois - peuvent également avoir un effet
indirect sur la violence à l’encontre des enfants. C’est notamment le cas des lois et politiques relatives à
la vente d’alcool, à l’accès aux services de planning familial ou de santé mentale et aux traitements de
désintoxication. De même, faute de lois ou règles appropriées dans le domaine de l’éducation, de la
garde d’enfants, des congés parentaux, de la santé et de l’hygiène, du chômage et des services sociaux,
des enfants courent le risque de se retrouver, sans filet de sécurité économique et social, dans un climat
de détresse familiale et d’isolement social extrême, facteurs qui favorisent les actes de violence à
l’encontre des enfants.
Les Etats n’ont pas uniquement le devoir de réagir aux violences faites aux enfants. Ils doivent aussi
travailler à prévenir ces violences avant qu’elles ne soient commises. De plus, certains arguments sociaux
et économiques de poids plaident en faveur d’un investissement important dans la prévention. Dans
tous les pays, les violences faites aux enfants sont un facteur inhibiteur et ralentisseur de l’avancement
des objectifs de développement nationaux; à l’inverse, toute progression vers la réalisation des Objectifs
du Millénaire pour le développement contribue à prévenir la violence à l’encontre des enfants. La
prévention de la violence à l’encontre des enfants implique de porter une attention soutenue aux
facteurs de risque de cette violence. De nombreux groupes sont particulièrement exposés, parmi
lesquels les enfants handicapés, les orphelins (notamment les millions d’enfants dont les parents sont
morts du sida), les enfants autochtones ou appartenant à d’autres groupes marginalisés, les enfants
vivant ou travaillant dans la rue, les enfants pris en charge par des institutions ou des centres de
détention, les enfants réfugiés, les enfants migrants ou déplacés à l’intérieur de leur pays. Les filles sont
plus particulièrement exposées à la violence dans certaines circonstances et les garçons dans d’autres.
S’il est important de définir les facteurs de risque, il est également essentiel de repérer les facteurs
positifs susceptibles de protéger les enfants contre la violence. Les enfants font souvent preuve d’une
incroyable résistance à la violence. Le développement de liens forts entre parents et enfants et le
renforcement des relations avec les enfants au sein de familles stables dans lesquelles violence et
humiliation n’ont pas leur place représentent de puissants éléments protecteurs.
La prévention de la violence exige un investissement et une planification à long terme de la part des
gouvernements. Inciter le gouvernement à s’atteler sérieusement aux mesures de prévention et à
s’investir dans des programmes et des politiques factuels est un défi à relever pour les parlements et les
parlementaires.
L’acceptation par la société des violences faites quotidiennement aux enfants est un facteur essentiel de
la persistance de ces violences. Il convient de créer, avec et pour les enfants, des environnements
positifs et non violents, dans les foyers, les écoles, les autres institutions et les communautés, avec
l’appui de l’éducation publique, en menant des campagnes de sensibilisation et en veillant à la formation
des enseignants et des autres intervenants. A différents niveaux, les autorités doivent promouvoir et
soutenir les programmes et les campagnes visant à informer le grand public et les parents sur les droits
de l’enfant en général et de souligner combien il est important de maintenir des relations constructives
et non violentes avec les enfants au sein des familles. Sur ce plan, les médias ont également un rôle à
jouer. Par ailleurs, la formation initiale et continue des enseignants et des autres personnels travaillant
en contact avec les enfants doit permettre de faire passer le message de la non-violence et de
promouvoir la résolution des conflits par la non-violence. Etant donné la vulnérabilité des enfants placés
en centres de soins ou de détention, il convient de prêter une attention particulière à la formation des
personnels de police, des avocats, des juges et de tous ceux qui sont en contact avec les enfants dans ces
contextes. L’article 42 de la Convention relative aux droits de l’enfant prévoit que les Etats fassent
largement connaître les principes et dispositions de la Convention « par des moyens actifs et appropriés,
aux adultes comme aux enfants ». Le Comité des droits de l’enfant souligne l’importance de la diffusion
des principes et dispositions de la Convention à tous les secteurs de la population et suggère que la
Convention soit intégrée aux programmes scolaires ainsi qu’à la formation de tous ceux qui travaillent
avec et pour les enfants. Les parlementaires peuvent poser des questions à leur gouvernement sur les
programmes de formation, les programmes scolaires et l’aide aux parents et orienter l’opinion publique
au cours de débats, de discours et en intervenant dans les médias.
Tous les enfants qui subissent des violences, quelle qu’en soit la forme, ont le droit de bénéficier de
mesures visant à faciliter leur réadaptation physique et psychologique et leur réintégration sociale.
L’existence de services axés sur le rétablissement et la réinsertion des enfants peut également contribuer
à réduire le risque de voir ensuite les victimes perpétuer le cycle de la violence. La violence à l’encontre
des enfants a d’importantes et coûteuses conséquences médicales et sociales, tant pour les individus
que pour la société; pour réduire ces conséquences, il est nécessaire de mettre en œuvre toute une série
de mesures et de services d’assistance. Il est notamment possible que les victimes aient besoin d’un
certain nombre de traitements, notamment prophylactiques, afin d’éviter les infections sexuellement
transmissibles, parmi lesquelles le VIH/SIDA, dans les cas de violences sexuelles. Il incombe au personnel
de santé de traiter en priorité les problèmes de santé physique de l’enfant puis de l’orienter vers les
services d’assistance psychosociale, les services de protection infantile et les services sociaux. Ce
personnel doit avoir reçu une formation au repérage des actes de violence, à l’établissement de rapports
et à la notification des violences. Les cas repérés en dehors du secteur médical doivent être transmis à
un service de santé pour que la victime bénéficie d’un bilan adapté et des soins nécessaires.
L’article 12 de la Convention relative aux droits de l’enfant oblige les Etats à garantir aux enfants le droit
d’exprimer librement leurs opinions « sur toute question [les] intéressant » et à prendre dûment ces
opinions en considération eu égard à leur âge et degré de maturité. Cet article mentionne explicitement
le droit des enfants à être entendus dans les procédures judiciaires ou administratives les concernant.
L’article 25 de la Convention mentionne le droit de l’enfant placé pour recevoir des soins, une protection
ou un traitement physique ou mental, à un examen périodique des circonstances relatives à son
placement; en application de l’article 12, lors de ce réexamen des circonstances de placement, il
convient de prendre l’avis de l’enfant et d’accorder à cet avis toute la considération nécessaire. Les
gouvernements doivent donc veiller à ce que les opinions des enfants soient prises en considération à
toutes les étapes de leur implication dans les procédures de protection infantile, au sein de la famille,
dans le cadre des mesures de prévention ou d’un traitement faisant suite à des actes de violence. Avant
de commencer une enquête, il convient de déterminer ce que souhaite et ressent l’enfant et d’en tenir
compte. Si les autorités sont dans l’incapacité de déterminer directement ce que souhaite et ressent
l’enfant, il convient de consigner les raisons de cette incapacité et de les soumettre à un examen
indépendant. Cette obligation devrait être soulignée dans le cadre de la formation de toute personne
impliquée dans la protection infantile et travaillant avec les enfants et les familles. L’article 12 stipule que
l’âge et la maturité des enfants doivent être pris en compte dans la considération de leurs opinions;
toutefois, cette remarque ne signifie aucunement que les enfants plus âgés ont davantage le droit de se
faire entendre ni que leurs opinions ont forcément davantage de poids. Il faut tenir compte du fait que
les enfants communiquent de diverses façons, notamment par le jeu. L’interprétation du terme «
opinions » doit donc être aussi large que possible. En particulier, il est important de donner aux jeunes
enfants du temps et de l’espace pour exprimer leurs sentiments, leurs préférences, leurs préoccupations
et poser des questions. Afin d’améliorer l’organisation et le suivi des systèmes de protection infantile, de
rendre ces services plus attentifs aux particularités des enfants et plus accessibles, il est intéressant de
recourir à l’expérience des enfants qui ont eu affaire à ces services ainsi qu’à celle de jeunes adultes
ayant subi des violences pendant leur enfance. Leur expérience peut servir à transformer le
fonctionnement des services et contribuer à souligner combien il est urgent de réformer les lois et les
politiques.
Toute commune, tout lieu habité par des enfants devrait disposer de services permettant aux enfants ou
à toute autre personne de signaler les actes de violence perpétrés sur des enfants. Bien repérés et
facilement accessibles au public; ces services devraient être des lieux où les enfants peuvent se rendre
pour discuter en toute confiance de tout ce qui les préoccupe. Toutefois, il est clair que la création de
services de ce type dans tous les pays du monde reste un défi. Une part importante des violences
infligées aux enfants n’est pas notifiée, qu’elles aient pour cadre le foyer, l’école, d’autres institutions ou
la rue. Des études rétrospectives menées auprès de jeunes adultes interrogés sur leur enfance ont révélé
que la plupart des enfants victimes de violences n’en ont parlé à personne et n’ont pas essayé de
contacter les services de protection infantile au cours de leur enfance, même dans les pays disposant de
systèmes très développés. Ils expliquent ce fait en disant qu’ils ne savaient pas où s’adresser pour
demander de l’aide, invoquent l’absence de services, leur manque de confiance dans les services
existants et parfois la peur des représailles.
Dans de nombreux pays, il est encore difficile d’assurer la confidentialité aux enfants, de leur garantir
que leurs propos ne seront pas rapportés à des tiers et qu’aucune initiative ne sera prise sans leur
consentement, sauf en cas de risque immédiat de mort ou de blessures graves. En effet, une telle
approche remet en question le principe selon lequel les enfants sont la « propriété » de leurs parents.
Cependant, au vu des violences qui se produisent dans le contexte familial, il est indispensable que les
enfants puissent, comme les adultes, exercer leur droit à l’obtention confidentielle de conseils et
d’assistance. De nombreux pays prévoient pour certains groupes professionnels une obligation légale de
notification des problèmes de violence à l’encontre des enfants dans le cadre de mécanismes de
déclaration obligatoire. Dans quelques pays, la loi en fait un devoir pour tout citoyen. Les avis divergent
sur ce caractère d’obligation. Il est essentiel, en tout cas, que les gouvernements revoient les systèmes
de notification en place, en impliquant dans ce processus des enfants et de jeunes adultes ayant
l’expérience des services de protection infantile.
La violence à l’encontre des enfants est souvent différenciée en fonction du sexe, filles et garçons étant
exposés à des formes différentes de violence, dans des circonstances différentes. Les filles sont, par
exemple, plus exposées que les garçons au risque de violence sexuelle. Les pratiques traditionnelles
comme l’excision et les autres mutilations sexuelles féminines (E/MSF) ainsi que la préférence données
aux fils, touchent exclusivement les filles. Les E/MSF font courir des risques sanitaires à des millions de
filles et de femmes, avec des conséquences parfois mortelles. Les filles sont davantage négligées dans les
sociétés qui donnent la préférence aux fils. Toutefois, dans certaines sociétés, il semble que les adultes
ont plus tendance à infliger de sévères et violents châtiments aux garçons qu’aux filles; les garçons sont
plus nombreux que les filles dans les centres de détention juvénile où ils s’infligent entre eux de violents
châtiments. Toute étude de la violence à l’encontre des enfants et des stratégies de prévention et de
lutte contre de tels actes doit tenir compte de cette dimension. Dans ce contexte, il est particulièrement
important que les hommes et les jeunes garçons s’impliquent activement et jouent un rôle de premier
plan dans la lutte contre la violence. Il convient de combattre les stéréotypes sexistes qui encouragent,
directement ou indirectement, les actes violents.
MESSAGE CLE : METTRE EN PLACE A L’ECHELON NATIONAL UN RECUEIL ET UNE ETUDE SYSTEMATIQUES
DES DONNEES
Dans de nombreux pays, les données sur la survenance des actes de violence à l’encontre des enfants
sont trop peu nombreuses; trop peu de recherches sont effectuées sur les risques et les mesures de
protection susceptibles d’avoir un impact sur la survenance et les conséquences de ces actes ainsi que
sur l’efficacité des différentes stratégies de prévention et de lutte. Il est nécessaire que tous les
gouvernements fassent le point sur leur système de recueil, d’enregistrement et de centralisation des
données et procèdent à des améliorations. L’enregistrement et la déclaration des naissances et mariages
ainsi que de tous les placements d’enfants hors de leur foyer (dans des institutions, des centres de soins
non conventionnels ou des centres de détention) sont essentiels et doivent être généralisés. Il faut, de
plus, que les gouvernements mettent en place des systèmes stricts d’investigation obligatoire des morts
d’enfants pouvant être dues à des actes de violence ainsi que des systèmes obligeant les professionnels
de santé à examiner attentivement les blessures infligées aux enfants et à les notifier. Aucun pays ne
peut mesurer les progrès réalisés en matière d’élimination de la violence à l’encontre des enfants sans la
réalisation d’études régulières visant à évaluer l’étendue et la nature des violences non mortelles
infligées aux enfants dans leur foyer et ailleurs. Ces études doivent être fondées sur des entretiens avec
les enfants, les parents et d’autres intervenants et doivent être réalisées dans un climat de confiance et
de confidentialité.
Il convient d’établir une planification des recherches menées sur la violence à l’encontre des enfants,
quelles qu’en soient les circonstances, afin d’amasser des connaissances, d’améliorer l’élaboration des
programmes et des politiques. La planification nationale des recherches doit s’appuyer sur un large
éventail de méthodes (études d’entretiens, systèmes améliorés de notification et d’enregistrement,
procédures d’investigation, etc.), une attention particulière étant donnée à l’étude des groupes de filles
et de garçons les plus vulnérables. Enfants, parents et prestataires de services doivent prendre part à ces
processus. Dans les pays où des progrès ont été réalisés en terme d’identification de stratégies efficaces
de prévention de certaines formes de violence à l’encontre des enfants, des études supplémentaires
sont à mener pour identifier les politiques et programmes qui permettront la prévention de toutes les
formes de ces violences.
• Sévices physiques et psychologiques : les formes les plus répandues de violence physique sont les
coups, les coups de pied, le secouage, les tabassages, les morsures, les brûlures, la strangulation,
l’empoisonnement et l’étouffement, y compris avec des instruments comme le fouet, le bâton, la
ceinture ou les chaussures. Les sévices psychologiques peuvent prendre la forme de menaces, d’insultes,
d’humiliations, d’isolement ou de rejet.
• Sévices sexuels : le viol et toutes les autres formes de sévices sexuels à l’encontre des enfants semblent
être perpétrés principalement par des membres de la famille immédiate, des parents ou des adultes
résidant avec la famille ou en visite dans la famille, en d’autres termes des personnes en qui les enfants
ont généralement confiance et qui en ont souvent la responsabilité. Les taux de violence sexuelle
signalés dans toutes les études semblent être plus élevés pour les filles que pour les garçons.
• Manque de soins et pratiques traditionnelles néfastes : le manque de soins peut être défini comme
l’incapacité des parents ou des personnes ayant la charge d’un enfant à répondre à ses besoins
physiques et émotionnels. Dans de nombreuses sociétés, les filles sont beaucoup plus victimes de ce
manque de soins en raison de la discrimination sexuelle. Les pratiques traditionnelles néfastes prennent
notamment la forme de mutilations sexuelles féminines, de scarifications, de marquages au fer rouge et
de tatouages.
Les châtiments corporels et autres punitions humiliantes, le harcèlement et les violences sexuelles sont
parmi les nombreuses formes que revêt la violence en milieu scolaire. La violence scolaire trouve
souvent son origine dans la culture scolaire, est tolérée publiquement et officiellement et est souvent
passée sous silence. Elle est régulièrement décrite comme l’une des causes de l’absentéisme, de
l’abandon scolaire et de l’absence de motivation à l’école. Les châtiments corporels sont la forme la plus
courante de violence physique subie par les enfants à l’école. La Convention relative aux droits de
l’enfant fait obligation aux Etats de prendre toutes les mesures appropriées pour que la discipline
scolaire soit appliquée dans le respect de la dignité de l’enfant et conformément à la Convention elle-
même. Protéger efficacement les enfants contre toutes les formes de violence dans les écoles, qu’elles
soient publiques ou privées, est une obligation qui s’impose à tous les Etats. Les écoles sont idéalement
placées pour rompre avec les pratiques de violence en enseignant aux enfants, à leurs parents et à la
société comment communiquer, négocier et résoudre les conflits d’une manière plus constructive.
• Violences sexuelles : l’essentiel des violences sexuelles qui se produisent en milieu scolaire est perpétré
à l’encontre de filles par des enseignants et camarades masculins. Une étude conduite par l’UNICEF en
Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale est arrivée à la conclusion que c’était l’une des principales
causes d’abandon scolaire des filles. Mais les garçons peuvent aussi en être les victimes. La révélation
faite depuis les années 1990 de sévices sexuels perpétrés couramment à l’encontre de garçons par des
enseignants hommes (appartenant souvent au clergé) dans des écoles religieuses en Europe et en
Amérique du Nord ont mis ce problème en lumière. Dans de nombreux pays, la violence sexuelle en
milieu scolaire vise également les jeunes hommes et les jeunes femmes homosexuels, bisexuels et
transgenre.
• Harcèlement : le plus souvent verbal, le harcèlement est un comportement qui, s’il n’est pas refréné,
peut conduire à une violence extrême. Près de la moitié des enfants impliqués dans le harcèlement sont
à la fois victimes et auteurs. L’internet et les téléphones portables donnent lieu à des nouvelles formes
de harcèlement par le truchement du courrier électronique, des espaces de discussion en ligne, des
pages web personnelles, des textos et de la transmission d’images.
• Bagarres, agressions physiques, bandes : les garçons, plus particulièrement, se bagarrent parfois pour
se conformer à certains stéréotypes masculins. Des enquêtes sur le port d’armes dans des
établissements scolaires américains ont montré que de 2 à 10 % des élèves viennent armés à l’école et
qu’entre 12 et 25 % portent une arme lorsqu’ils sont hors de l’école.
LA VIOLENCE A L’ENCONTRE DES ENFANTS AU SEIN DES INSTITUTIONS CHARGEES DE LA PROTECTION DE
L’ENFANCE ET DES SERVICES JUDICIAIRES
On estime qu’au moins huit millions d’enfants dans le monde sont placés dans des institutions et qu’au
moins un million d’entre eux sont, à un moment ou un autre, privés de liberté. Mais nombreux sont les
pays qui ne tiennent pas de statistiques sur le nombre d’enfants placés ou sous tutelle judiciaire, ce qui
traduit l’isolement et l’absence de supervision qui placent ces enfants dans une situation
particulièrement exposée aux abus. Parce que les centres de placement et les établissements de
détention sont souvent fermés au public, la violence peut s’y déployer pendant des années sans être
révélée. La violence à l’encontre des enfants placés en détention est souvent légitimée par une attitude
punitive très ancienne envers les enfants et par l’acceptation de la violence comme moyen de sanction.
Certaines formes de violence sont parfois légitimées par les autorités ou administrées par des
responsables publics et il n’est pas rare que les autorités fassent peu de cas de ces enfants. Les enfants
placés ou en détention relèvent de la responsabilité directe des pouvoirs publics et les parlements
peuvent jouer un rôle crucial en veillant à ceque les pouvoirs publics honorent toutes leurs obligations
envers les enfants placés ou en détention. Les parlementaires peuvent réformer les lois, les politiques et
les budgets. Ils peuvent engager des débats, ouvrir des enquêtes et demander que soit dressé un bilan
de la situation des enfants placés ou détenus. Ils peuvent inspecter les établissements en question et
veiller à ce que la voix des enfants placés ou détenus soit entendue.
Les types de violence dans les institutions chargées de la protection de l’enfance et dans les services
judiciaires
• Peine capitale : la forme la plus extrême de violence autorisée par l’Etat – la peine capitale – est
toujours en vigueur dans plusieurs pays pour des crimes commis par des enfants de moins de 18 ans bien
que cela soit proscrit tant par la Convention relative aux droits de l’enfant que par le Pacte international
relatif aux droits civils et politiques. Depuis 1990, Amnesty International a recensé 39 exécutions, dans
huit pays, d’enfants ayant commis un crime. Les peines d’emprisonnement à perpétuité pour les enfants
sans possibilité de libération sont également interdites par la Convention mais au moins 15 pays les
autorisent. Le fouet ou le bâton restent autorisés à l’encontre des mineurs dans 31 pays.
• Châtiments corporels : dans de nombreux pays, les châtiments corporels et d’autres formes cruelles ou
dégradantes de châtiments sont toujours licites et pratiquées dans les institutions chargées de la
protection de l’enfance et dans les établissements pénitentiaires.
• Violences à l’encontre des enfants handicapés : les enfants handicapés placés dans des institutions
sont particulièrement vulnérables et il n’est pas rare qu’ils soient soumis à des violences en guise de
traitement. Dans certains cas, des enfants sont soumis à des électrochocs sans bénéficier de relaxants
musculaires ou d’une anesthésie.
• Harcèlement : le harcèlement se produit dans tous les types d’institutions, plus particulièrement
lorsque les conditions et l’encadrement sont médiocres et lorsque des enfants plus âgés et plus agressifs
ne sont pas séparés d’enfants plus jeunes ou plus vulnérables. Le personnel autorise voire encourage
parfois ce comportement entre enfants.
• Exploitation sexuelle commerciale des enfants : on estime à 1,8 millions le nombre des enfants victimes
de l’exploitation sexuelle dans la prostitution et la pornographie, dont une bonne partie sont contraints,
enlevés et vendus aux réseaux qui exercent ces activités. Outre la violence sexuelle inhérente à la
prostitution des enfants, les filles et les garçons exerçant cette activité subissent fréquemment des
violences physiques et psychologiques, et sont victimes d’un manque de soins. Ils ne sont souvent pas en
mesure de rechercher de l’aide et, s’ils le font, risquent d’être traités comme des délinquants.
• Travail forcé et servitude : la servitude des enfants est monnaie courante dans nombre de régions du
monde. Les enfants qui sont contraints à travailler ou placés en servitude sont rarement à même de se
protéger contre leurs employeurs et les autres travailleurs, et les témoignages recueillis auprès des
enfants donnent à penser que toutes les formes de violences existent à l’état endémique dans le cadre
du travail forcé et servile.
Les communautés sont bien davantage que de simples espaces physiques; ce sont des environnements
sociaux. Lorsqu’une communauté est soumise à des tensions comme l’urbanisation sauvage, l’instabilité
politique et l’insécurité environnementale, la protection dont jouissent les enfants peut s’amenuiser
radicalement. Pour les enfants, le risque d’être confrontés à la violence est bien plus grand dans certains
endroits que dans d’autres. La violence peut prendre des proportions effrayantes dans les milieux
urbains pauvres où les armes sont très répandues ainsi que dans les contextes où sévissent conflits et
troubles, entre autres choses. Des niveaux de violence alarmants sont aussi constatés dans des sociétés
relativement riches et stables caractérisées par des inégalités flagrantes. La vulnérabilité des enfants à la
violence dans la société s’accroît à mesure qu’ils grandissent. Pour certains enfants, le trajet entre le
foyer et l’école est parfois la première exposition à la société; c’est parfois aussi leur première exposition
aux dangers inhérents à la société. Les enfants peuvent être exposés à la violence lorsqu’ils
accomplissent des tâches domestiques : aller chercher de l’eau, du combustible, des vivres ou de la
nourriture pour les animaux, par exemple. Ces tâches, qui peuvent leur imposer de parcourir des
distances considérables, sont généralement attribuées aux filles dans les zones rurales du monde en
développement. La violence à l’encontre des enfants dans la société prend aussi la forme d’une
exposition croissante à des images violentes et pornographiques à travers les médias mondialisés et les
nouvelles technologies de l’information et de la communication.
• Violences exercées par des détenteurs de l’autorité : Des brutalités policières à l’encontre des enfants,
souvent exercées en toute impunité, sont signalées dans les pays où l’on constate des niveaux élevés de
violence et elles visent généralement des enfants qui vivent ou qui travaillent dans la rue. En l’absence
de mécanismes indépendants de tutelle, les enfants n’ont personne à qui signaler les violences
policières, hormis la police elle-même. En outre, les enfants sont parfois soumis à la violence de
personnes qui en ont la charge, comme des entraîneurs sportifs, des responsables religieux et des
animateurs de clubs de jeunes.
• La violence des gangs : la violence du crime organisé et des gangs dans la collectivité a conduit
certaines autorités nationales à adopter des mesures très répressives contre les jeunes appartenant à
des gangs. Mais des mesures répressives accrues comme la détention massive de personnes que l’on
soupçonne d’appartenir à des gangs, souvent associées à une action arbitraire, inefficace et violente des
services de répression contribuent un peu plus à la stigmatisation des jeunes des milieux défavorisés et à
la montée de la violence.
• Violence entre pairs : la violence physique entre pairs est généralement plus courante dans les zones
urbaines caractérisées par le manque d’emplois et de services éducatifs et sociaux et de mauvaises
conditions de logement, où des populations jeunes et de plus en plus nombreuses expriment leur
frustration, leur colère et leur tension refoulées en se bagarrant et en adoptant un comportement
asocial. Dans bien de cas, il s’agit d’affrontements entre amis et connaissances qui sont souvent associés
à l’usage de drogues et d’alcool. Lorsque des armes à feu et autres armes sont présentes, ces bagarres
débouchent souvent sur des blessures graves et peuvent être fatales. Les différences entre les deux
sexes pour ce qui est des taux d’homicide chez les adolescents laissent à penser que le mode de
socialisation des jeunes de sexe masculin et les normes de masculinité alimentent la violence.
• La violence parmi les personnes réfugiées et déplacées : des millions d’enfants réfugiés, rapatriés et
déplacés à travers le monde sont exposés à un risque particulier de violences physiques et sexuelles. Le
Haut Commissariat des Nations Unies aux réfugiés a observé qu’une forte proportion des délits et
différends qui se produisent dans les camps de réfugiés entrent dans la catégorie des violences sexuelles
et sexistes, y compris au sein même des familles. Les dispositifs protecteurs ou les moyens de recours
sont rares.
• Violences sexuelles : les violences sexuelles à l’encontre des enfants sont généralement perpétrées par
des personnes qui sont connues des enfants mais il arrive aussi que des étrangers agressent des enfants.
La violence sexuelle peut s’accompagner d’enlèvement ou de traite. Dans certaines parties du monde, on
constate des attaques qui visent particulièrement les jeunes homosexuels, bisexuels et transgenres.
• Traite : phénomène complexe, la traite est liée à la pauvreté, aux flux migratoires de main d’œuvre, à
la demande d’une main d’œuvre bon marché et aux perceptions ou aux informations trompeuses sur
une vie meilleure ailleurs. La plupart des victimes de la traite se retrouvent dans des situations marquées
par la violence : prostitution, mariages forcés et travail domestique ou agricole dans des conditions
d’esclavage, de servitude ou d’endettement à vie. L’Organisation internationale du Travail estime que 1,2
millions d’enfants sont victimes de la traite tous les ans.
• Les menaces du cyberespace : l’accès à l’information est un droit pour chaque enfant mais si l’accès
des enfants aux médias, en particulier aux médias électroniques, n’est pas contrôlé comme il se doit par
les parents ou les personnes qui en ont la charge, les enfants risquent d’être exposés à la violence et la
pornographie. L’internet en particulier semble avoir favorisé la diffusion de la pornographie mettant en
scène des enfants. Le racolage ou le conditionnement en ligne d’enfants ont été signalés et il s’agit d’un
phénomène difficile à enrayer, que ce soit sur le territoire d’un pays ou par delà les frontières.
• Exploitation sexuelle : l’expansion du tourisme de masse a favorisé le « tourisme sexuel », dont les
victimes sont souvent des enfants. Ces dernières années, l’internet a de plus en plus été utilisé par des
adultes pour entrer en contact avec des enfants. Certaines grandes sociétés internationales souscrivent
désormais au Code de conduite destiné à protéger les enfants de l’exploitation sexuelle dans les voyages
et le tourisme.