Les Cahiers d’Outre-Mer
Revue de géographie de Bordeaux
258 | Avril-Juin 2012
Enjeux et moyens d'une foresterie paysanne
contractualisée
Organisations paysannes et Gestion Locale
Sécurisée dans le Sud-Ouest de Madagascar
Samisoa
Édition électronique
URL : [Link]
DOI : 10.4000/com.6590
ISSN : 1961-8603
Éditeur
Presses universitaires de Bordeaux
Édition imprimée
Date de publication : 1 avril 2012
Pagination : 233-248
ISBN : 978-2-86781-790-8
ISSN : 0373-5834
Référence électronique
Samisoa, « Organisations paysannes et Gestion Locale Sécurisée dans le Sud-Ouest de Madagascar »,
Les Cahiers d’Outre-Mer [En ligne], 258 | Avril-Juin 2012, mis en ligne le 01 avril 2015, consulté le 19 avril
2019. URL : [Link] ; DOI : 10.4000/com.6590
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Les Cahiers d’Outre-Mer, 2012, n° 258, p. 233-248.
Organisations paysannes et Gestion Locale
Sécurisée dans le Sud-Ouest de Madagascar
SAMISOA1
Pendant longtemps, les politiques de gestion des ressources naturelles à
Madagascar ont marginalisé les organisations paysannes pourtant fortes de
leurs règles traditionnelles, connues sous des dénominations diverses selon la
région : lilin-tane, lilin-draza, fomban-tany. Ces règles considéraient la forêt
tantôt comme un pâturage, tantôt comme un domaine réservé. On parlait alors
de ala faly (forêt sacrée) ou de tane faly (terre sacrée), ou tout simplement de
forêt en tant que source de compléments alimentaires. Ces valeurs attribuées
à la forêt hiérarchisent les considérations qui s’y rapportent. Ce contexte fait
que les populations locales ne comprennent pas les politiques de l’État qui se
traduisent par des normes imposées, ignorant leur manière de gérer.
Notre étude dans le Sud-Ouest malgache est centrée sur la zone des
pâturages forestiers d’Andranovory Mikaiky, région concernée par un des
premiers contrats Gelose de Madagascar. Le contexte est celui d’un monde
rural en crise (sécheresses répétées, récession du cheptel bovin, dégradation de
ressources en sol et en eau). La situation est encore aggravée par l’expansion des
vols de zébus. L’élevage, raison d’être des populations rurales du Sud-Ouest,
est ainsi sapé à la base. Tout un système se trouve bouleversé. Il en résulte une
aggravation de la pauvreté des populations, ce qui met en difficulté la cohésion
sociale. Quel est l’impact d’une gestion communautaire des ressources face à
une telle situation ?
L’objectif général de cette étude est d’analyser les impacts de la Loi
Gelose dans les organisations paysannes du Sud-Ouest de Madagascar où la
Loi Gelose a été mise en œuvre pour la première fois en 1999. Il s’agit de
comprendre l’adoption paysanne d’un outil mis en place par l’État dans le but
1. Chercheur au Centre National de Recherche sur l’Environnement (CNRE), Antananarivo ; mél :
samisos2000@[Link]
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Les Cahiers d’Outre-Mer
de gérer de façon durable les ressources naturelles. Nous nous appuyons sur
quatre des hypothèses de travail convenues et présentées dans l’introduction
générale du présent ouvrage :
- la gestion communautaire évolue en fonction des dynamiques locales ;
- l’espace d’intervention ne coïncide pas avec la délimitation territoriale
des communautés. Ce sont les systèmes de valeur locaux qui définissent
l’unité spatiale politique ou économique du transfert de gestion ;
- deux systèmes de valeur contradictoires relatifs à la conservation
cohabitent ;
- le défrichement est utilisé comme un moyen endogène de sécurisation
foncière.
L’interview sous forme de discussions ouvertes, recoupée par
l’imprégnation dans le village et les observations paysagères, a fondé
notre approche méthodologique. Un de nos objectifs est de comprendre les
structures du pouvoir traditionnel (Fauroux, 2002) pour déterminer comment
les communautés prennent les décisions, règlent les conflits et gèrent les
ressources dans les territoires qui leur appartiennent. Pour ce faire, des
personnes ressources ont été ciblées selon leur place dans la société.
Une démarche axée sur une analyse des dynamiques de changement
des sociétés rurales complète cette approche. La démarche a œuvré par
enquêtes informelles pour évaluer le seuil de rupture des sociétés par rapport
à des opérations venant de l’extérieur et apprécier les comportements des
communautés face aux multiples donnes qui leur sont souvent étrangères.
I – Des communautés dans une situation de
précarité continue
1 – Repères de l’organisation lignagère
La société paysanne du Sud-Ouest malgache s’appuie sur une organisation
locale établie en fonction des richesses d’un lignage et/ou d’une personne.
La possession de zébus en est le principal paramètre de différenciation, et
détermine l’accès aux pâturages et aux forêts. Les rizières et les surfaces
cultivées sont accessoires. Le rapport de force met en présence les grands
éleveurs, les éleveurs moyens et ceux qui n’ont pas de bœuf.
Cette réalité crée un réseau de sociabilité qui détermine des stratégies de
groupes. Les règles de gestion des forêts, des pâturages, des surfaces cultivées
se conforment aux principes établis par les clans ou les lignages. Elles
établissent des balises, fomban tany, c’est-à-dire un ensemble de prescriptions
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Organisations paysannes et Gestion Locale Sécurisée dans le Sud-Ouest de Madagascar
et de systèmes de réparation. Ces règles permettent de gérer les conflits. On
peut en distinguer deux variantes :
* là où il y a prééminence de l’élevage sur l’agriculture (zone dominée
par l’ethnie bara), la possession de la forêt revient aux héritiers directs des
clans détenteurs du pouvoir. La forêt, alan-draza , est un legs du passé dont
il faut garantir la pérennité. Sa gestion est souvent basée sur le maintien et
l’observation de comportements relatifs aux ala faly (forêt sacrée ou interdite) :
interdiction de couper le sous-bois, prohibition formelle de faire ses besoins
même aux abords de cette forêt, interdiction d’allumer un feu et de porter
des tisons incandescents, interdiction de prononcer des paroles libertines. Tout
coupable risque de voir les esprits de la forêt se venger et lui porter malheur.
Depuis que les villageois doivent demander des permis pour prendre du
bois (construction, cercueil, bois d’œuvre) dans leur alan-draza, la forêt est
perçue comme domaine privé de l’État. Dans les cas où il y a eu transfert de
gestion de la forêt, cette dernière apparaît sous une autre dimension : elle est
considérée comme la propriété de la société villageoise. La mise en place de
la procédure Gelose restaure la valeur de l’alan-draza en instaurant le droit de
propriétaire : la forêt transférée est perçue de cette manière. Cependant l’État,
le plus souvent par le biais du service du Cantonnement forestier, délivre des
permis de coupe et/ou d’exploitation à des gens extérieurs à la communauté.
Ces derniers apportent une gradation des types de bois selon leur qualité qui en
définit le prix marchand. L’évolution perturbe les valeurs que les communautés
ont assignées à la forêt, et leur fait perdre les repères ancestraux.
* Là où des migrants mahafal, tanosy cohabitent avec les populations
locales masikoro (zone de Toliara II), seules ces dernières sont propriétaires
de l’espace et des forêts. Les groupes migrants voient dans la forêt une source
de richesse : « les zébus et l’argent se trouvent dans la forêt ».
Les Mahafal, poussés par les sécheresses répétées notamment à partir
des années 1980, ont colonisé la zone de Toliara II avec comme principal
souci la reconstitution de leur cheptel bovin terrassé par des épidémies2.
Dans le même temps, conséquence d’une politique d’industrialisation mal
conçue et mal gérée, il y a eu des fermetures d’usines dans la ville de Toliara.
La main-d’œuvre libérée s’est rabattue sur les forêts3 de Toliara II pour
entreprendre la maïsiculture sur des défriches-brûlis (hatsake), des débouchés
2. À partir des années 1970, des épidémies de charbon et de douve du foie, dues surtout à la faiblesse de
la couverture sanitaire bovine, ont entraîné la récession de l’élevage dans le Sud et le Sud-Ouest. Précarisés
par la situation, les paysans agro-éleveurs ont émigré. Sans qualification en matière d’agriculture, ils se
sont adonnés à la pratique de l’abattis-brûlis (hatsake) dans les régions d’accueil pour gagner de quoi
reconstituer leur cheptel bovin.
3. La forêt est perçue comme un immense sein nourricier, auquel tous les êtres humains ont le droit de
s’alimenter ; les produits sur hatsake constituent la première source de revenus pour les migrants.
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Les Cahiers d’Outre-Mer
étant assurés par des exportations vers l’île de la Réunion ainsi que par les
besoins de la ville de Toliara (Samisoa, 1999).
Le cas des Tanosy, dans la zone de Sakaraha et d’Ankazoabo (voir
fig. 1 dans l’article de S. Ranaivoson), est notoire. Depuis 25 ans, ils se sont
installés en pays Bara. Chaque nouvelle arrivée crée une tête de pont dans la
zone nouvellement conquise, et prend appui sur les vagues précédentes pour
aménager de nouvelles installations.
Chaque clan, chaque groupe ethnique, chaque lignage gère et exploite
les ressources naturelles selon ses structures sociales. Le dina, convention
collective émanant de la structure du pouvoir local, est un des outils locaux
permettant de gérer les conflits. Chaque groupe ethnique a son dina et ses
manières de régler les conflits.
Le jeu du pouvoir local dans le Sud-Ouest différencie deux statuts parmi
les populations : le tompontany, propriétaire de terres notamment présent chez
les Bara et les Masikoro, et les mpiavy ou migrants (les Tanosy, les Mahafal et
les Tandroy). La cohabitation de différentes ethnies crée un rapport de force,
entre ceux qui font de la défriche-brûlis et ceux qui protègent la forêt.
Dans ce contexte, d’autres questions découlent de la mise en place de
la procédure Gelose: cette dernière émane-t-elle des groupes sociaux en
présence ? À qui profite ce nouvel outil de gestion ? Dans ces relations avec la
forêt, il faut aussi considérer les conceptions que ces diverses populations ont
de l’environnement.
2 – Relations avec l’environnement
Cette analyse est nécessaire pour comprendre les comportements de chaque
groupe social vis-à-vis de la forêt. Deux positions contradictoires sont saillantes.
La première considère la forêt comme une « richesse endormie », un
réservoir de richesses qu’il faudrait exploiter (Samisoa, 1999). La logique
de relations économiques avec les ressources naturelles prime : elle prépare
le devenir des communautés, migrantes pour la majorité, et exploitant des
forêts ne relevant pas de leur alan-draza. Elles sont constituées par différents
clans du Sud ou du Sud-Ouest dont les relations sont entretenues par ce statut
de populations venues d’ailleurs. Cette communauté d’origine fonde leur
solidarité et constitue une sorte de parapluie pour les protéger de leurs voisins
tompontany. C’est le cas des Tandroy lia raike (littéralement : les Tandroy
formant un seul pas), des Mahafal tandriake (ceux du littoral) ou des tantete
(ceux de la pénéplaine). Ces groupes ne tiennent pas compte des différents
interdits, s’approprient des parcelles ou des lambeaux de forêt qu’ils exploitent
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Organisations paysannes et Gestion Locale Sécurisée dans le Sud-Ouest de Madagascar
pour leur propre compte. Ainsi, la forêt est devenue une source de revenus.
Les surfaces forestières ont beaucoup diminué au cours de ces 20 dernières
années (régression de 100 000 ha/an d’après la Direction Générale des Eaux
et Forêts). Certains massifs forestiers ont même été rayés de la carte. Les
booms successifs des produits agricoles (maïs, coton, arachide) ont poussé
les migrants ou ceux qui se sont sédentarisés à manier la hache et le feu pour
créer le hatsake, mettant à mal la politique étatique de gestion durable des
ressources naturelles.
La seconde position perçoit la forêt comme une richesse séculaire à
préserver. La forêt constitue un espace social lié à son usage ancestral. Elle
focalise tous les réseaux de relations dans leurs dimensions temporelle et
spatiale. La dénomination des espaces et des massifs forestiers dépend de
l’abondance et de la qualité des plantes qui s’y trouvent. La nomenclature
végétale s’acquiert par la pratique et l’observation, et se transmet de génération
en génération. La gestion des ressources naturelles de manière ancestrale se
voit dans le mode de vie des paysans - utilisation de la forêt selon les saisons,
respect des plantes utiles pour les hommes et le bétail, régulation de la ponction
des tubercules comme appoint alimentaire -. La nucléarisation de la société
bara a fait subir une mutation aux comportements des communautés locales.
Chaque grand éleveur s’approprie des surfaces forestières pour en faire son
pâturage aérien en saison sèche, son parc et son lieu de transaction des bœufs
volés. De telles stratégies (Rejela, 1987) constituent un nouvel axe dans la
gestion des ressources naturelles.
La réalité de ces comportements justifie les deux hypothèses que sont le
défrichement utilisé comme un moyen endogène de sécurisation foncière, et
l’espace d’intervention qui ne coïncide pas avec la délimitation territoriale des
communautés.
II – Des sociétés à la recherche de solutions
1 – De nouvelles formes sociales
Depuis 1982, les réalités du Sud-Ouest (insécurité rurale, occupation de
zones jusque là vides d’hommes, etc.) peuvent constituer autant des contraintes
que des atouts. Les mutations touchent l’organisation du terroir et les relations
entre les populations locales (tompontany) et les migrants (mpiavy) dans
les zones d’accueil. Cette évolution fonde la démarche poursuivie dans les
forêts d’Andranovory Mikaiky, d’Ampandra et de Mangona, chaque entité
mobilisant ses propres stratégies pour adapter la gestion traditionnelle des
forêts au contexte actuel.
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Les Cahiers d’Outre-Mer
* à Andranovory Mikaiky, dans la région de Sakaraha (fig.1 article de
S. Ranaivoson ), devant le danger représenté par les migrants vis-à-vis de la
forêt de Zombitse , le leader paysan local fait les démarches nécessaires pour
s’approprier officiellement la forêt de Hazoroa proche de celle de Zombitse.
Les raisons avancées reposent sur le fait que cet espace constitue le pâturage
du groupe en même temps que la zone de cachette des bovidés en cas de
vol à grande échelle. Le leader d’Ampandra, partageant la même surface
forestière avec Andranovory Mikaiky, suit l’exemple. Les pouvoirs publics
n’ont pas encore avalisé cette démarche qui est le fruit d’initiatives locales :
elle devient un sorte de défi lancé aux institutions étatiques chargées de la
gestion de la forêt.
* Le leader paysan de Ranotsara par contre est héritier direct du clan
bara zafimanely, grand groupe autochtone. Riche propriétaire de bovidés,
il s’est approprié la forêt de Mangona, a organisé l’aménagement du terroir
et sélectionné les migrants travaillant pour lui - essentiellement des gens du
Sud-Est et des Betsileo, riziculteurs ayant accepté par un accord préalable
de ne pas toucher à la forêt. Ils sont devenus ses métayers et doivent payer
28 daba (unité de mesure locale) de paddy pour chaque période culturale.
2 – Des variantes de gestion
D’autres variantes de gestion des forêts sont observées.
* L’insuffisance des champs de cultures permanentes (baiboho) est
à l’origine de l’éclatement du clan sur la rive droite du bas-Onilahy, en six
sous-lignages (afo) qui, chacun, veille sur la partie de la forêt des Sept Lacs
qui lui est dévolue.
La plupart des jeunes émigrent alors de leur plein gré pour
résorber « l’excédent local de population inutile » et éviter de défricher les forêts.
Ils partent soit vers la ville de Toliara pour devenir chauffeurs, charpentiers ou
maçons, soit vers le grand périmètre irrigué de la Samangoky à quelque 200 km
au Nord pour y devenir cultivateurs. Ceux qui restent gèrent les patrimoines des
lignages, dont la forêt. Il s’agit de garder la cohésion sociale face à la présence
de nouveaux migrants.
* Certaines formes d’endogamie entre migrants visent à mieux
contrôler la gestion des ressources naturelles. C’est le cas des Tanosy
(originaires du Sud-Est) qui, arrivés par vagues successives dans la région de
Sakaraha-Ankazoabo, assurent par ce biais le contrôle de l’espace.
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Organisations paysannes et Gestion Locale Sécurisée dans le Sud-Ouest de Madagascar
3 – Deux systèmes de valeurs en présence
Migrants et tompontany affichent des comportements différents. Les
premiers forment une communauté conquérante, ouverte. Ils arrivent en
tany fila (zone d’accueil) et n’adoptent pas, alors que c’est le cas dans leur
terre d’origine, la culture du zébu. Ils sont là pour accumuler des richesses :
le hatsake, défriche-brûlis, est leur principal outil. Par contre, les sociétés
tompontany bara et masikoro voient leur identité remise en cause. Constituant
les populations locales autochtones, elles voient peu d’autopromotion dans
leurs intérêts et se retrouvent affaiblies.
Avec la cohabitation, les différences de conception demeurent, rendant
aléatoire la possibilité de consensus. En effet, la communauté migrante attend
d’être assez forte pour canaliser le devenir de la société d’accueil : la situation
corrobore l’hypothèse que
deux systèmes de valeur contradictoires relatifs à la conservation cohabitent.
III – La Loi Gelose : promesses et ambigüités
1 – En attente de promesses
Nos observations de terrain ainsi que les échanges effectués avec les
paysans dévoilent une rupture des liens entre les membres de la société face à
leurs besoins accrus de subsistance. Des familles éclatent, les communautés
se défont, les tensions interethniques s’aggravent, les pratiques de survie et
d’enrichissement des migrants altèrent les systèmes de production.
Les mobilités temporaires se multiplient. De nouvelles valeurs
sont adoptées, ne se limitant plus au seul achat de zébus : achat de lits en
palissandre, style citadin des nouvelles maisons désormais en dur, dépôt
d’argent en banque, etc., sont des valeurs recherchées aussi bien par des gens
des villes que par des ruraux. On assiste ainsi à la naissance de fonctions
externes ayant une influence négative sur les ressources et sur leur exploitation.
Le système kinanga4, l’exploitation du charbon de bois pour alimenter les
villes et l’exploitation de bois d’œuvre ont des effets écologiques, sociaux et
économiques très importants, à différents niveaux.
4. Réseau informel d’intermédiaires constitué surtout de femmes. Ce réseau achète les produits
(charbon de bois) à la lisière des forêts. Les femmes agissent soit au service de grands exportateurs, soit
pour leur compte personnel. Tout en achetant le charbon de bois, elles importent les produits manufacturés
dont les ruraux ont besoin, évitant à ces derniers de se déplacer en ville. Leur présence a contribué à
l’extension des surfaces défrichées.
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Les Cahiers d’Outre-Mer
Conçue comme une solution pour sauvegarder la forêt en donnant plus de
marges aux Communautés de Base (Coba), la procédure Gelose s’est greffée
sur des milieux déjà en situation de survie. Les promoteurs de la Loi Gelose
ont présenté au départ des mesures d’accompagnement qui ne sont jamais
venues. Des espoirs sont nés, et les attentes, longues, sans que se concrétisent
les demandes de barrage pour les riziculteurs, de points d’eau pour ceux qui
pratiquent la culture sèche, etc.
2 – Le dispositif de la Loi Gelose et ses ambigüités
Les Taonelahy (groupe mahafal) riverains du fleuve Onilahy, vivant
en contrebas du plateau calcaire de Belomotse, veulent mettre un frein à
l’avancée des migrants essarteurs sur le plateau. Ces derniers peuvent
acheminer leur récolte produite sur les abattis-brûlis, par charrettes vers les
marchés locaux et vers la RN 7. Ainsi, les populations mahafal de la plaine
de l’Onilahy trouvent-elles dans la procédure de la Loi Gelose un moyen
de préserver les ressources naturelles, de sauvegarder la forêt contre les
migrants, même si, mais c’est un autre problème, elles ne sont pas en mesure
de sanctionner ces derniers.
Pour les populations migrantes du Sud par contre, la Loi Gelose apparaît
comme un moyen qui cautionne leurs sédentarisation et accaparement de
l’espace. Tel est le cas à Antanimena, en terre masikoro5. Lorsqu’ils ont choisi
de s’installer définitivement dans cette zone, les migrants tandroy ont protégé
un lambeau de forêt. Arrivés dans la région il y a une quarantaine d’années
comme main-d’œuvre travaillant dans une concession immatriculée au nom
d’une famille absentéiste, les Tandroy ont misé sur le droit d’appropriation
par mise en valeur et construction de tombeaux sur place. Ils considèrent
que, s’ajoutant à l’occupation de l’espace, la protection de la forêt du lieu,
Mamakitaola, cautionne leur sédentarisation (Moizo et Samisoa, 1998) :
par la procédure de la Loi Gelose, les pouvoirs publics reconnaissent leur
appropriation de l’espace.
Il en est de même en zone bara aux environs d’Ankazoabo (fig. 1 article
de S. Ranaivoson). La forêt de Betsako y servait de pâturage et de parc à bœufs
pour les groupes bara. Arrivés en grand nombre dans le contexte du boom du
coton, les Tandroy se retrouvent en position de force numérique. Ils veulent
saisir l’opportunité du dispositif de la Loi Gelose pour s’approprier la forêt,
développer leur élevage et en faire une source de richesses.
5. Les Masikoro constituent le groupe ethnique de l’arrière-pays de Tuléar ouToliara.
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Organisations paysannes et Gestion Locale Sécurisée dans le Sud-Ouest de Madagascar
Enfin, il existe un autre type de comportement dans les secteurs
d’Ampandra et d’Andranovory Mikaiky : les migrants anciennement installés
se disent Bara. Il y donc une « baraïsation » pour tirer parti des privilèges de
leur primauté d’installation.
IV – La Loi Gelose, un outil de gestion dans l’impasse ?
Les communautés qui se sont engagées dans le transfert de gestion des
ressources naturelles ont souvent compris que l’État serait présent en soutien
et en accompagnement, ce que la mise en place du dispositif n’a pas confirmé.
L’élaboration hâtive des contrats sans tenir compte du rapport des forces entre
les autochtones et les migrants, et en mésestimant parfois les structures du
pouvoir local déjà en place, a créé des impasses. À cette situation s’est ajoutée
une absence de position clairement définie des fonctions des agents au service
de l’État (Cantonnement forestier), par rapport aux promoteurs du transfert de
gestion par la Loi Gelose, dans la réalisation des mesures d’accompagnement
(formation des membres du bureau des COmmunautés de BAse (Coba), appuis
aux activités de développement, etc..)
Bien que la Loi Gelose exige une évaluation des transferts de gestion
après trois ans d’existence, l’État ne l’a pas fait. La situation laisse les Coba
dans un doute qui persiste d’autant plus que ces dernières années, l’État a cru
pouvoir attribuer des carreaux miniers dans des zones de pâturage déjà sous le
régime de gestion communautaire.
Dans certaines localités, des responsables de Cantonnement forestier ont
octroyé des permis et donné des accords verbaux de coupe et de défriche.
Ce comportement crée une ambigüité entre ce qui existe réellement et ce qui
devrait être (en théorie selon la Loi). Aussi, tout en se sentant propriétaire
des forêts transférées et donc protégés par les représentants de la puissance
publique, les paysans s’adonnent-ils également à l’exploitation forestière sans
tenir compte des prescriptions contenues dans le plan d’aménagement.
Nos entretiens sur le terrain ont révélé que certains chefs de Cantonnement
prélèvent de l’argent dans la caisse des Coba avant d’appuyer les petits projets
d’aménagement dans leur terroir. Une telle situation décourage les membres
de bureau des Coba et porte atteinte à la crédibilité même de la Loi Gelose.
De tels agissements bloquent les initiatives paysannes tout en limitant les
communications entre les membres des Coba et les agents sensés entreprendre
les actions de sensibilisation.
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Les Cahiers d’Outre-Mer
V – À qui proite la Loi Gelose ?
Dans le Sud-Ouest, il apparaît clairement que là où des clans fondateurs
ont initié les démarches en vue d’un transfert de la gestion des forêts par
la procédure de la Loi Gelose, le contrat est respecté. Dans ce cas, il s’agit
de continuer l’œuvre des Anciens, de perpétuer une gestion de ressources
naturelles héritées des ancêtres. L’objectif n’est pas de rapporter de l’argent
aux Coba. Les ristournes et les droits d’exploitation ne rapportent d’ailleurs
qu’une somme dérisoire, insuffisante pour couvrir les frais de réalisation
d’un petit projet de développement à l’échelle des Coba. Dans ce sens la Loi
Gelose est un outil renforçant des traditions relatives à la gestion de l’espace
qui apparaissaient à travers les dina, conventions collectives.
a – Renforcement de la cohésion des lignages
La protection des pâturages forestiers aide à la réunification des lignages et
des communautés de résidence. Dans certains cas, les mpanarivo6 s’engagent
comme membres du bureau constitutif de la Coba et imposent d’autant plus
facilement leurs idées dans le dina (convention collective pour la gestion
des ressources et des alan-draza) qu’ils sont, eux-mêmes, les représentants
du pouvoir lignager. Les membres de la communauté, souvent clients de
ces riches personnages, suivent les propositions de ces derniers : la relation
sociale se résume en un rapport de clientèle. Dès lors que les membres de la
communauté peuvent profiter du pâturage aérien pour y mettre leurs bœufs en
saison sèche, le dispositif de la Loi Gelose constitue un outil pour sauvegarder
l’espace forestier. La renaissance du pouvoir zafimanely, grand clan dirigeant
des Bara de l’Ouest et redevenu propriétaire d’espaces forestiers, est le
meilleur exemple de cette situation (cas de Ranotsara).
Dans la même optique, les membres des Coba de certaines localités
engagées dans des transferts essaient de revivifier le tabo, une ancienne
structure de gestion forestière impliquant toute la communauté dans la
protection de la forêt par l’intermédiaire de vavarano, association des gens
d’une même zone appropriée. Dans ce cas, le passé justifie le présent malgré
les mutations sociales qui s’opèrent.
6. Mpanarivo : littéralement, ‘ceux qui possèdent par milliers’, c’est-à-dire des personnes riches,
acteurs économiques localement influents. Pour Fauroux (2003) les mpanarivo sont à la tête d’un réseau
de clientèle d’importance et d’une réelle fortune. Ils fuient cependant l’ostentation et sont difficilement
identifiables par leur apparence, leur logement ou leur troupeau.
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Organisations paysannes et Gestion Locale Sécurisée dans le Sud-Ouest de Madagascar
b – Prise de responsabilité des sous lignages sur les parcelles
de forêt qui leur sont confiées
Respectant les clauses du dina, les jeunes de l’Onilahy en surnombre
préfèrent émigrer dans les centres urbains. Les jeunes impliqués directement
dans la protection de la forêt restent dans la zone et se cantonnent sur les
baiboho, champs de cultures permanentes. Cet accord entre jeunes vise
à sauvegarder la zone face aux incursions des nouveaux migrants, des
chercheurs de saphir ou tout simplement face aux besoins grandissants de
Toliara ou de ses extensions satellites à partir des années 2000. Devant la
pression démographique et l’insuffisance de baiboho, le dispositif de Loi
Gelose permet de protéger la forêt. L’échec du transfert par la procédure de
la Loi Gelose à Tolikisy, localité sur la rive droite de l’Onilahy à une dizaine
de kilomètres d’Ambohimahavelona (fig. 1, article de S. Ranaivoson) est lié
aux conditions de survie de la population : la forêt restait la seule ressource
disponible. Il n’y reste presque plus d’arbres de forêt.
c – La Loi Gelose est le dernier outil pour sauver la forêt
Pour la population autochtone, qui se dit propriétaire de la forêt, la Loi
Gelose est le dernier outil pour sauver la forêt, ou du moins un instrument
pour retarder son exploitation. Mais tant que cette population autochtone
n’est pas en position de force économiquement, elle a peu de pouvoir de
décision dans la cohabitation avec les migrants, et cela d’autant plus qu’avec
la Loi Gelose, toute prise de décision au sein de la communauté villageoise
ou fokonolo revient à l’assemblée mais pas aux clans ou aux lignages seuls.
Dans ce cas, la richesse économique ou l’importance en nombre détermine le
rapport de force aux dépens de certaines valeurs coutumières. Par exemple,
dans l’administration de la Coba, les tò-teny, personnes qui ont l’autorité de
la parole dans l’organisation du clan, ne sont pas admis. Il en est de même
pour les mpizàka, porte-parole et animateurs des discussions claniques ou
lignagères. Ils n’ont plus leur place dans le contrat de gestion Gelose. Seuls
les ray aman-dreny peuvent y siéger comme conseillers : ce sont au sein des
lignages des personnes respectées, souvent âgées, qui dans l’organisation du
fokonolo ne peuvent prendre des décisions qu’appuyés par leur entourage.
Ces restrictions expliquent pourquoi chaque lignage essaie d’avoir des
représentants parmi les membres du bureau de la Coba. En somme le dispositif
de la Loi Gelose devient un cadre juridique qui renforce le cadre traditionnel
de gestion des ressources, à savoir l’emprise d’un lignage sur un espace.
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Les Cahiers d’Outre-Mer
VI – Quelle attitude adopter en tant qu’autochtone ?
L’ambiguïté du terme local et de son échelle
Le Sud-Ouest malgache est une zone d’accueil de migrants venant du
Sud, du Sud-Est ou du Centre Sud. Il y a brassage de ruraux de différents
horizons. Les gens du Sud viennent pour la défriche – brûlis ; ceux du
Sud-Est, bien que riziculteurs d’origine, pratiquent la culture du maïs sur
brûlis. On assiste à une lente appropriation privée de surfaces de plus en
plus importantes par les migrants. Les paysans locaux perdent leurs terres au
regard du droit traditionnel ou lignager. Le patrimoine en changeant de mains
change aussi de nature. Autrefois, on héritait de la terre en même temps que
du troupeau car qui dit troupeau dit pâturage. Avec la disparition probable des
formes actuelles de l’élevage extensif, la terre, transmise autrefois comme un
espace pastoral va donc être progressivement appropriée selon les règles du
droit moderne pour être ensuite transmise comme terre agricole destinée à
assurer une rente foncière.
Cette situation est aggravée par l’absentéisme de l’État alors que cette
région sud-ouest est connue pour de sérieux problèmes affectant le milieu :
ensablement des rizières et des champs permanents de baiboho (bordure du
fleuve Onilahy), difficultés liées à l’accroissement de la population et à la
sur-occupation du milieu. Aucune politique de migration n’est clairement
définie, il n’existe pas de véritable assistance technique ni de perspectives
régionales pour susciter des activités génératrices de revenus ou des cultures
alternatives. Les membres des Coba constatent leur impuissance à empêcher les
migrants d’exploiter la forêt, objet de transfert au-delà des limites autorisées,
comme c’est le cas dans la région des Sept Lacs, au sud d’Ambohimahavelona.
Ils se résignent à penser :
manan’ala fa tsy mambole aze ; mambole le tsy mana’ala (littéralement : ceux
qui n’ont pas de forêt y pratiquent des cultures ; par contre nous ne pourrons rien
faire parce que nous sommes liés par le contrat).
Les tompontany (populations autochtones) en viennent à penser que
les migrants sont plus forts en magie agressive pour ne pas respecter les
lily (règles). Ils finissent à leur tour par pratiquer le défrichement de la forêt
transférée. C’est ce qui s’est passé lors du partage individuel des parcelles de
forêt transférées bien avant le contrat (cas de Tolikisy). Dans ce cas, la Loi
Gelose n’était qu’une façade d’appropriation des forêts.
244
Organisations paysannes et Gestion Locale Sécurisée dans le Sud-Ouest de Madagascar
*
Avec la mise en place du dispositif de Loi Gelose dans le Sud-Ouest
malgache, les risques et les menaces pesant sur les forêts transférées restent
multiples tant que les paysans de cette zone pratiqueront le système de culture
itinérante hatsake. Les caractères ethniques et les formes d’organisation locale
de la région sont complexes. Ils constituent pourtant des éléments déterminants
dans la réussite ou l’échec de la Loi Gelose.
La pauvreté économique du Sud-Ouest est synonyme de survie
prioritaire. Cette précarité est aggravée par la découverte des mines de saphir
qui créent des illusions monétaires. En espérant devenir rapidement riches, les
agro-éleveurs vendent leur terrain. Or, la découverte de pierres précieuses se
fait attendre malgré les investissements effectués. Encore plus appauvries, les
populations locales et migrantes se rabattent alors sur la forêt pour survivre.
L’afflux intense des personnes crée des villes/villages champignons autour
d’une localité, et les besoins qui en découlent ont des impacts négatifs sur la
forêt (exploitation pour la fabrication de charbon de bois, recherche de bois
énergie, prélèvements de bois de construction).
Un brassage d’ethnies, de cultures et d’origines sociales (ruraux,
semi-urbains, urbains) aboutit à un désintéressement envers les problèmes
de gestion durable, ou à une infraction des règles traditionnelles d’accès
aux ressources naturelles. Les dina ne sont plus respectés, et ne lient pas les
migrants qui ne font pas partie des gestionnaires de la forêt.
Les autochtones se sentent menacés en se trouvant dépossédés petit à petit
de leurs espaces forestiers et de ses ressources (bois, extractivisme, pâturage).
Or une bonne gestion de ces ressources dans la conception traditionnelle
dépend de l’étendue des surfaces cultivables et pâturables. Ces deux éléments
du terroir sont complémentaires pour préserver les forêts : valy n’ala n’y
monto (en traduction libre « le monto (espace ouvert pour le pâturage) est
conjoint de la forêt »). On ne peut pas protéger l’un sans l’autre.
L’État a minimisé cette question des pâturages dans le Sud-Ouest
malgache. Il attribue même des carreaux miniers dans des espaces de
pâturages alors que les populations locales n’osaient pas y faire de culture
pour ne pas enfreindre les règles traditionnelles. La confiance envers l’État est
mise en cause au point que certaines Coba pensent que la Loi Gelose est une
machination de l’État parce qu’elle ne prend pas en considération les règles de
gestion traditionnelle.
La Loi Gelose aurait pu être, pour les communautés locales, une
opportunité de renouveler le référent de l’ancienne organisation de leurs
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Les Cahiers d’Outre-Mer
relations avec les ressources forestières : une telle situation s’avère très
ponctuelle dans le Sud-Ouest. De même, le dispostif de la Loi Gelose aurait
pu être un outil efficace de gestion de la forêt si l’État avait su prendre en
compte les enjeux sociaux au sein des communautés, ce qui ne s’est pas fait,
à cause de l’insuffisance de dialogue. La politique de la Loi Gelose n’a pas pu
ainsi s’adapter aux réalités d’une région.
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Résumé
Dans le Sud-Ouest malgache, région marquée par une grande précarité économique
et par de sérieux problèmes affectant le milieu naturel, les forêts existantes sont au
cœur d’enjeux mettant en présence populations autochtones et populations migrantes.
Dans ce contexte, la mise en place de la Loi Gelose révèle une méconnaissance des
structures sociales du pouvoir local et sa procédure se trouve instrumentalisée autant
par les uns que par les autres. Les tensions qui en résultent montrent que l’action de
transfert de gestion n’a pas su s’adapter aux réalités régionales et locales des relations
des sociétés avec leurs ressources forestières.
MOTS-CLÉS : Madagascar, population autochtone, population migrante, organisation
lignagère, pauvreté économique, pâturage, brûlis (hatsake).
Abstract
Farmer’s Organizations and « Gestion Locale Sécurisée » in the South-West
region of Madagascar
The situation in South-West region of Madagascar appears precarious in both
economic and ecological terms. Indigenous people and migrants are facing challenges
to manage the forests. In this context, the implementation of GELOSE shows a
process of misinterpretation of the local power struggle by the planners. The transfer
of management of forest resources to local communities becomes instrumental for
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Les Cahiers d’Outre-Mer
the various strategies of the different stakeholders. Tensions continue to exist, as
the transfer of management lacked the flexibility to adapt to the regional and local
conditions for human-nature relations.
KEYWORDS : Madagascar, indigenous people, migrants, kinship organisation, economic
poverty, pasture, hatsake (slash-and-burn).
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