Lycée Lakanal, Sceaux Pour le 20/11/2024, 21h00
MP – Mathématiques
A. Troesch
DM no 8 : structures algébriques
Ce DM est à rendre au format numérique, scanné en pdf en un seul fichier n’excédant pas 10 Mo. L’envoi se fera via
Cahier-de-Prépa avant la date et heure ci-dessus.
Le problème 1 présente la classification (et donc la description complète) de tous les groupes abéliens finiment engen-
drés. Il est assez progressif, et quelques questions sont vraiment dures en fin de sujet (IV-4 et V-2 notamment). Mais
réfléchissez-y quand-même !
Le problème 2 est facultatif (à ne pas rendre). Il porte sur un résultat qui est la base de l’étude générale de la structure
des groupes. La démonstration utilise un certain nombre de techniques très classiques et importantes sur les groupes :
actions de groupe, équation aux classes, conjugaison, lemme de Cauchy, quotients de groupes etc. Ce sont des notions
et des thèmes qu’on peut retrouver dans les concours les plus prestigieux.
Dans les deux problèmes, on parle un peu d’ensembles quotients et de groupes quotients. Voici quelques rappels utiles :
‚ si R est une relation d’équivalence sur E, l’ensemble quotient est l’ensemble formé des classes d’équivalence.
C’est donc une partition de E. Par exemple, l’ensemble des classes d’équivalence pour la relation de congruence
modulo n est Z{n{ZZ. L’ensemble quotient est noté E{R
‚ Si E est muni d’une opération `, on dit qu’une relation d’équivalence R est une congruence si elle respecte `,
c’est-à-dire :
xRx1 et yRy 1 ùñ px ` yqRpx1 ` y 1 q.
Ainsi, la classe d’équivalence de x ` y ne dépend que de la classe d’équivalence de x et de celle de y, et pas
des représentants choisis. C’est cette condition qui permet de « passer l’opération ` au quotient », de sorte à
définir une opération compatible sur E.
C’est comme cela qu’on a défini les opérations sur Z{nZ dans le cours.
‚ Si G est un groupe abélien, et H est un sous-groupe de G, une classe modulo H est un ensemble aH (en notation
multiplicative) ou a ` H (en notation additive). Par analogie avec nZ, cela permet de définir une notion de
congruence. Si on se place en notation additive, on dit que y est congru à a modulo H si y P a ` H, donc si
y ´ a P H. Cela définit une relation d’équivalence.
Par exemple, si G “ Z et H “ nZ, la congruence modulo nZ correspond à la congruence modulo n que vous
connaissez.
‚ Dans le cas multiplicatif commutatif, de même, y et congru à a ssi ya´1 P H, c’est-à-dire y “ aH.
‚ Les classes d’équivalence pour cette relation (en notation additive) sont les classe modulo H, à savoir les aH.
On retrouve la partition introduite en cours pour étudier le théorème de Lagrange. On montre facilement (dans
le cas abélien) que la relation de congruence modulo H porte bien son nom, dans le sens où c’est une congruence
pour la loi `. On peut donc passer la loi au quotient, en la définissant directement sur les classes modulo H.
Concrètement, cela définit un produit sur les classes
paHq ¨ pbHq “ pabqH.
Cette loi définit alors une structure de groupe sur l’ensemble des classes. C’est ce qu’on appelle le groupe
quotient de G par H, et on le note G{H.
‚ Le cas de Z{nZ est un cas particulier de cette construction, avec G “ Z et H “ nZ.
‚ Dans le cas non commutatif, les choses sont un peu plus compliquées. Il faut distinguer les classes à gauche
Ha et les classes à droite aH. On peut toujours définir des relations de congruence à gauche, et congruence
à droite modulo H. Mais cette fois, ces relations portent mal leur nom, puisqu’en général, ce ne sont pas des
congruences pour `. Une condition suffisante (mais en fait aussi nécessaire) pour que ce soit le cas est que pour
tout a, aH “ Ha. On dit dans ce cas que H est un sous-groupe normal (ou distingué) de G. Et c’est donc la
condition pour pouvoir passer ` au quotient. On vérifie facilement alors que cela définit encore. une structure
de groupe sur le quotient.
1
Problème 1 – Structure des groupes abéliens de type fini
On dit qu’un groupe abélien G (noté additivement) est de type fini s’il existe un système générateur (ou famille
génératrice) fini(e) X de G, autrement dit, s’il existe un nombre fini d’éléments pxi qiPv1,nw tels que
G “ xx1 y ` xx2 y ` ¨ ¨ ¨ ` xxn y “ tα1 x1 ` ¨ ¨ ¨ ` αn xn , pα1 , . . . , αn q P Zn u.
Le but de ce problème est de montrer le théorème de structure des groupes abéliens de type fini, stipulant que tout
groupe abélien de type fini est isomorphe à un groupe
Zk ˆ pZ{d1 Zq ˆ ¨ ¨ ¨ ˆ pZ{dℓ Zq,
où on a une chaîne de divisibilité dℓ | dℓ´1 | ¨ ¨ ¨ | d1 , avec d1 ě 2.
Dans tout le problème, les groupes sont supposés abéliens, et notés additivement.
Partie I – Sommes directes
Soit G un groupe abélien (additif ), et H1 et H2 deux sous-groupes de G. On définit la somme
H1 ` H2 “ th1 ` h2 | h1 P H1 , h2 P H2 u.
On dit que la somme est directe si pour tout x P H1 ` H2 , l’écriture de x sous la forme x “ h1 ` h2 est unique (avec
h1 P H1 et h2 P H2 ) On désigne dans ce cas par H1 ‘ H2 la somme directe.
1. Dans Z2 , soit H1 “ Z ¨ p2, 1q “ tnp2, 1q, n P Zu et H2 “ Z ¨ p0, 2q. Décrire la somme H1 ` H2 . Est-elle directe ?
2. Dans pZ, `q, décrire la somme aZ ` bZ, où pa, bq P pZ˚ q2 . Est-elle directe ?
3. Soit H1 et H2 deux sous-groupes d’un groupe abélien G.
(a) Montrer que H1 ` H2 est un sous-groupe de G.
(b) Montrer que si H1 ` H2 est directe, alors les groupes H1 ‘ H2 et H1 ˆ H2 sont isomorphes.
4. Montrer que si H1 , H2 et H3 sont des sous-groupes d’un groupe abélien G, on a :
pH1 ` H2 q ` H3 “ H1 ` pH2 ` H3 q,
et que si les deux sommes du membre de gauche sont directes, il en est de même des deux sommes du membre
de droite. Cela nous autorise à écrire plus simplement H1 ` H2 ` H3 , et dans le cas où les sommes sont directes,
H1 ‘ H2 ‘ H3 , et plus généralement H1 ` ¨ ¨ ¨ ` Hn et H1 ‘ ¨ ¨ ¨ ‘ Hn .
Partie II – Groupes abéliens libres de type fini
‚ On définit de façon plus générale une somme d’une infinité de sous-groupes pHi qiPI par
# +
ÿ ÿ
Hi “ hi | hi P Hi , presque tous nuls ,
iPI iPI
ce qui signifie que dans chacun des sommes, seul un nombre fini de termes hi est non nul. On dit que la somme
À
est directe (et on la note alors Hi ) si tout élément de la somme se décompose de façon unique de cette
iPI
manière.
‚ Une partie X de G est génératrice si ă X ą“ G. Une famille pxi qiPI d’éléments de G est génératrice si
txi , i P Iu est une partie génératrice.
‚ On dit qu’un groupe abélien G est libre s’il existe une famille génératrice pxi qiPI P GI tel que pour tout tout
i P I, xxi y est isomorphe à Z, et tel que à
G“ xxi y .
iPI
On dit dans ce cas que pxi qiPI est une base de G.
‚ On dit qu’un groupe abélien G est de type fini s’il existe une famille génératrice finie px1 , . . . , xn q de G.
On se donne un groupe abélien G, supposé libre et de type fini.
1. Soit px1 , . . . , xn q une famille génératrice finie. Soit pyi qiPI une base infinie de G. En considérant les décomposi-
tions des xi enà sommes de yi , montrer qu’il existe une sous-famille finie pyi qiPJ de pyi qiPI telle que pour tout
ℓ P v1, nw, xℓ P xyj y .
jPJ
En déduire que toute base de G est finie.
2
2. Soit px1 , . . . , xn q une base de G. Soit φ : G ÞÑ G définie par x ÞÑ 2x.
(a) Montrer que φ est un morphisme de groupes.
(b) Montrer que φpGq est un groupe libre dont une base est donnée par p2x1 , . . . , 2xn q.
(c) Quel est le cardinal de l’ensemble des classes de G modulo φpGq ?
3. Déduire du résultat précédent que toute base de G est de cardinal n. Ce cardinal commun est appelé rang du
groupe libre G.
Partie III – Groupes abéliens sans torsion
‚ On dit qu’un groupe abélien G est sans torsion si tout x ‰ 0, x est d’ordre infini.
‚ On dit qu’un groupe abélien G est un groupe de torsion si tout x P G est d’ordre fini.
‚ On dit qu’un groupe abélien est de type fini s’il admet une famille génératrice finie.
1. Q est-il un groupe de torsion ? un groupe sans torsion ? Même question pour le groupe quotient Q{Z. Même
question pour C˚ .
2. Montrer qu’un groupe abélien libre est sans torsion.
3. On veut montrer que réciproquement, un groupe sans torsion de type fini est libre. Soit G un groupe abélien
de type fini, sans torsion.
(a) On suppose que G n’admet pas de base. Justifier, pour toute famille génératrice X de cardinal fini, l’existence
du minimum mX de l’ensemble
# +
ÿ ˇ ÿ
CX “ |nx | ˇ nx P Z non tous nuls et nx x “ 0. ,
ˇ
xPX xPX
puis l’existence d’une famille génératrice X de cardinal minimal n telle que mX soit minimale parmi les
familles génératrices de cardinal n. On se donne une telle famille et des coefficients nx associés réalisant le
minimum mX .
(b) Montrer que l’existence d’un élément x P X tel que |nx | “ 1 contredirait la minimalité du cardinal de X.
(c) On suppose donc que pour tout x P X, |nx | ‰ 1. Justifier qu’il existe x et y dans X tels que 0 ă |nx | ă |ny |
et |nx | ne divise pas |ny |.
(d) En effectuant la division euclidienne de |ny | par |nx |, trouver une famille génératrice de G contredisant la
minimalité de mX .
4. En déduire que tout groupe libre de type fini sans torsion est isomorphe à un groupe Zn , et ceci pour une
unique valeur de n.
Partie IV – Groupes de torsion
On suppose ici que G est un groupe abélien de torsion de type fini non réduit à t0u.
1. Montrer que G est un groupe fini.
2. Soit x un élément de G d’ordre maximal, cet ordre étant noté d1 . Montrer que pour tout y de G, l’ordre de y
divise d1 .
3. Soit H le sous-groupe de G engendré par x. Justifier que la loi de groupe de G passe au quotient sur l’ensemble
G{H des classes d’équivalence modulo H, et qu’elles définissent sur G{H une structure de groupe.
˚
4. Justifier que G est isomorphe à H ˆ G{H.
Indication : Contruire un morphisme de G sur H prolongeant l’identité de H. Pour cela considérer l’ensemble des
couples pK, φq où K est un sous-groupe intermédiaire entre H et G, et φ prolonge l’identité, et le munir d’un ordre
(inclusion, et prolongement des fonctions). Considérer un élément maximal, et si K ‰ G, essayer de prolonger en un
y R K. Pour ny P K, avec n ą 0 minimal, cela implique de choisir φpyq tel que nφpyq “ φpnyq, ce dernier étant connu.
Donc il faut réussir à « diviser » φpnyq par n dans H. On peut le faire directement, ou bien en remarquant que H est
isomorphe à un Um , et donc plonger le problème dans U où la division (multiplicativement, c’est la racine) se fait bien,
puis revenir à Um , en se servant de la maximalité de l’ordre de x.
5. En déduire qu’il existe une chaîne d’entiers strictement supérieurs à 1, tels que dℓ | dℓ´1 | ¨ ¨ ¨ | d1 , telle que G soit
isomorphe à Z{d1 Z ˆ ¨ ¨ ¨ ˆ Z{dℓ Z.
3
Partie V – Théorème de structure des groupes de type fini
On démontre ici le résultat annoncé dans l’introduction. On se donne G un groupe abélien de type fini, et on définit
T pGq le sous-ensemble de G formé des éléments d’ordre fini de G.
1. Montrer que T pGq est un sous-groupe de G, et que le groupe quotient G{T pGq est un groupe libre de type fini
et sans torsion.
2. En déduire le théorème de structure donné dans l’introduction du problème.
3. Démontrer l’unicité des exposants n et di .
Le problème suivant n’est pas à rendre.
Problème 2 – Théorèmes de Sylow
Le but de ce problème est de démontrer des théorèmes d’existence de certains p-sous-groupes d’un groupe fini donné.
Pour tout entier premier p, on appelle p-groupe un groupe dont le cardinal est pk , pour un certain entier k. Soit G un
groupe fini quelconque. On considère α tel que n “ pα m, où pα ^ m “ 1. Autrement dit, α est la p-valuation de n. On
appelle p-sous-groupe de Sylow de G un sous-groupe de cardinal pα .
Le premier théorème de Sylow affirme l’existence d’un p-sous-groupe de Sylow. Le second affirme que tous les sous-
groupes de Sylow sont conjugués, dans un sens qui sera défini dans la partie II. Le troisième théorème de Sylow précise
le résultat en affirmant que le nombre de p-sous-groupes de Sylow divise n et est congru à 1 modulo p.
Nous démontrons dans ce problème le premier théorème de Sylow, de deux façons différentes, et une partie du troisième.
Nous rappelons le théorème de Lagrange, théoriquement hors-programme, selon lequel l’ordre d’un sous-groupe H de
G divise l’ordre de G, dont on déduit en particulier que l’ordre de tout élément de G divise l’ordre de G.
Partie I – Étude des sous-groupes de Sylow de Z{nZ
Nous étudions dans cette partie le cas simple des p-sous-groupes de Sylow du groupe cyclique Z{nZ. Nous supposons
que n “ pα m, où p est premier et pα ^ m “ 1, avec α ą 0.
1. Soit S “ tmk, k P v0, pα ´ 1wu Ă Z{nZ. Montrer que S est un p-sous-groupe de Sylow de Z{nZ.
2. Soit S 1 un p-sous-groupe de Sylow de Z{nZ, et soit x P S 1 .
(a) Justifier l’existence d’un entier naturel β tel que l’ordre de x soit pβ .
(b) En déduire que x P S.
3. Montrer que S est l’unique p-sous-groupe de Sylow de Z{nZ.
Cela prouve les deux théorèmes de Sylow pour les groupes Z{nZ.
Partie II – Actions de groupe, stabilisateurs, orbites
Soit pG, ˆq un groupe, de neutre e, et X un ensemble. On appelle action du groupe G sur X la donnée d’une
application (correspondant à une loi de composition externe sur X d’ensemble d’opérateur G) :
G ˆ X ÝÑ X
pg, xq ÞÝÑ g¨x
vérifiant les deux axiomes suivants :
(i) @pg, g 1 q P G, @x P X, g ¨ pg 1 ¨ xq “ pgg 1 q ¨ x
(ii) @x P X, e ¨ x “ x.
On dit que G opère sur X via l’action ci-dessus.
Étant donné un groupe G opérant sur X, on définit pour tout x P X respectivement l’orbite et le stabilisateur de x
par :
ωpxq “ tg ¨ x, g P Gu et Stabpxq “ tg P G | g ¨ x “ xu.
1. Quelques exemples.
(a) Étant donné un sous-groupe H de G, montrer que H opère « par translation à gauche » sur G, via l’action
ph, gq P H ˆ G ÞÑ h ¨ g “ hg. Décrire les orbites de G sous cette action.
4
(b) La « translation à droite » ph, gq ÞÑ gh définit-elle une action de groupe ? Si non, comment modifier sa
définition pour en faire une action de groupe ?
(c) Étant donné un groupe G, montrer que G opère sur lui-même « par automorphisme intérieur » ou « par
conjugaison » via l’action pg, aq ÞÑ g ¨ a “ gag ´1 . Les orbites sous cette action sont appelées classes de
conjugaison. Deux éléments a et b situées dans une orbite commune sont dits conjugués.
(d) Soit G un groupe, et X l’ensemble de ses sous-groupes.
i. Montrer que pour tout H P X et tout g P G, tgxg ´1 , x P Hu, est un sous-groupe de G. On le note
gHg ´1 .
ii. Montrer que G opère sur X via l’action pg, Hq ÞÑ gHg ´1 .
Deux sous-groupes H et H 1 sont dits conjugués s’ils sont dans la même orbite sous cette action, ce qui
revient à dire qu’il existe g P G tel que H 1 “ gHg ´1 .
2. Soit G un groupe opérant sur un ensemble X, et soit x P X. Montrer que le stabilisateur Stabpxq de x est un
sous-groupe de G.
3. Soit G un groupe opérant sur un ensemble X, et soit R la relation sur X définie par : xRy si et seulement si
y P ωpxq.
(a) Montrer que R est une relation d’équivalence.
(b) En déduire que l’ensemble des orbites forme une partition de X.
4. Soit G un groupe opérant sur un ensemble X. Soit x P X.
(a) Soit φ : G Ñ ωpxq définie par φpgq “ g ¨ x. Montrer que g 1´1 g P Stabpxq si et seulement si φpgq “ φpg 1 q.
|G|
(b) En déduire que |ωpxq| “ .
|Stabpxq|
5. Une application :
Soit G un groupe opérant sur un ensemble X fini. On note XG l’ensemble des points fixes de cette opération,
c’est-à-dire des points x de X tels que gx “ x pour tout g P G. On note Ω1 , . . . , Ωn les orbites deux à deux
distinctes de X sous l’action de G, et non réduites à un point.
(a) Montrer que
n
ÿ
|X| “ |XG | ` |Ωi |.
i“1
(b) En déduire que si G est d’ordre pn , avec p premier et n P N˚ , alors |XG | ” |X| mod rps.
(c) Soit G un groupe d’ordre pn , p premier et n P N˚ . Montrer que le centre ZpGq “ tx P G | @y P G, xy “ yxu
de G n’est pas réduit au groupe trivial.
Partie III – Démonstration du premier théorème de Sylow par Wielandt
Dans cette partie, on se fixe un groupe G de cardinal pα m, avec α P N, et pα ^ m “ 1. On considère X l’ensemble des
parties de G de cardinal pα , et Y l’ensemble des p-sous-groupes de Sylow de G. On fait opérer G sur X par translation
à gauche : pour tout g de G et tout E P X,
g ¨ E “ tgx | x P Eu.
On adoptera de façon symétrique la notation E ¨ g, ou plus simplement Eg pour désigner l’ensemble obtenu de E par
multiplication à droite de chacun de ses éléments par g.
1. Montrer que cela définit bien une action de G sur X.
2. En étudiant des propriétés de l’application φx : StabpEq Ñ E définie par g ÞÑ g ¨ x, montrer que |StabpEq| ď pα .
3. (a) Montrer que si |StabpEq| “ pα , alors E “ StabpEq ¨ x, où x est un élément quelconque de E.
(b) Montrer que s’il existe S P Y et x P G tel que E “ Sx, alors |StabpEq| “ pα .
On pourrait démontrer de même (et on admet) que si Stab1 pEq désigne le stabilisateur de E sous l’action à
droite de G sur X définie par g ¨ E “ Eg ´1 , alors Stab1 pEq est de cardinal pα si et seulement s’il existe un
sous-groupe de Sylow S P Y et x P G tels que E “ xS, et que dans ce cas, S “ Stab1 pEq.
(c) Montrer que si pS, S 1 q P Y 2 , avec S ‰ S 1 , alors S et S 1 ne sont pas dans une même orbite de X sous l’action
de G.
4. À l’aide de la question précédente et de certains résultats de la partie 2, en déduire que
|X| ” m|Y | rps.
5
5. En appliquant dans un premier temps la question précédente à G1 “ Z{nZ, en déduire que
|Y | ” 1 rps.
Cela prouve le premier théorème de Sylow et la moitié du troisième.
Partie IV – Quatre lemmes
Dans cette partie, nous établissons quatre lemmes en vue de donner une autre démonstration du premier théorème de
Sylow.
Tous les groupes considérés ici sont décrits en notation multiplicative. Étant donné un groupe G, on notera 1G son
élément neutre.
1. Lemme de Cauchy
On se donne dans cette question un groupe G d’ordre n, et un nombre premier p tel que p divise n. Le but de
cette partie est de prouver qu’il existe dans G au moins un élément d’ordre p. On montre plus précisément que
le nombre de solutions de l’équation xp “ 1G est un multiple de p.
On note E l’ensemble des p-uplets px1 , . . . , xp q d’éléments de G tels que x1 x2 . . . xp “ 1G , les indices de
px1 , . . . , xp q étant considérés dans Z{pZ (donc vus cycliquement, ce qui revient à définir un tel p-uplet comme
une application de Z{pZ dans G).
On fait agir Z{pZ sur E par permutation des indices : étant donné k dans Z{pZ,
k ¨ px1 , . . . , xp q “ px1`k , . . . , xp`k q.
(a) Montrer que cela définit bien une action de groupe.
(b) Quels sont les points fixes pour cette action ?
(c) En déduire que le nombre de solutions de l’équation xp “ 1G est un multiple de p.
(d) En déduire que le nombre d’éléments d’ordre p de G est congru à p ´ 1 modulo p.
En particulier, pour tout groupe G et tout diviseur premier p de l’ordre de G, il existe un élément de G d’ordre p.
2. Image réciproque d’un sous-groupe
Soit f : G ÝÑ H un morphisme de groupes, et K un sous-groupe de H. Montrer que f ´1 pKq est un sous-groupe
de G.
3. Groupes quotients
Soit G un groupe, et H un sous-groupe distingué de G, c’est-à-dire tel que pour tout g P G, gH “ Hg. On
remarquera que ceci équivaut au fait que pour tout g de G, et tout h de H, ghg ´1 P H
(a) Montrer que les relations de congruence à droite et à gauche sont identiques.
(b) Montrer que cette relation est une congruence pour la loi du groupe. Ainsi, cette loi passe au quotient, et
définit une loi de composition interne sur l’espace quotient noté G{H.
(c) Montrer que cette loi de composition interne munit G{H d’une structure de groupe.
4. Premier théorème d’isomorphisme.
Soit f : G ÝÑ H un morphisme surjectif de groupes multiplicatifs, et Kerpf q le sous-ensemble de G des éléments
x P G tels que f pxq “ 1H .
(a) Montrer que Kerpf q est un sous-groupe distingué de G.
(b) Montrer que f est constante sur chacune des classes d’équivalences modulo Kerpf q. Ainsi, f induit une
application f : G{ Kerpf q ÝÑ H
(c) Montrer que f est une bijection.
(d) Donner une relation entre les cardinaux de G, H et Kerpf q.
Partie V – Une démonstration par récurrence du premier théorème de Sylow
Soit G un groupe d’ordre n “ pα m, avec m ^ pα “ 1 et α ą 0.
1. On suppose dans cette question que G est abélien.
(a) Justifier l’existence d’un sous-groupe distingué H d’ordre p de G
6
(b) En raisonnant par récurrence, et en considérant f ´1 pSq où f est la projection canonique de G sur G{H,
et S un p-sous-groupe de Sylow de G{H, prouver l’existence d’un p-sous-groupe de Sylow de tout groupe
abélien.
2. On ne suppose plus G abélien. On fait agir G sur lui-même par conjugaison. On rappelle que le centre de G est
l’ensemble ZpGq “ tx P G | @g P G, xg “ gxu.
(a) Montrer que ZpGq est un sous-groupe abélien (et distingué) de G
(b) Montrer, à l’aide de la partie II, que soit |ZpGq| divisible par p, soit il existe une orbite non réduite à un
point et de cardinal premier avec p.
(c) Montrer le premier théorème de Sylow par récurrence, à l’aide, suivant la situation, soit du centre, soit du
stabilisateur d’une orbite non réduite à un point.
Partie VI – Démonstration des deuxième et troisième théorèmes de Sylow
G est toujours un groupe d’ordre pa m, p ^ m “ 1.
On montre le deuxième théorème de Sylow, en commençant par prouver un résultat un peu plus fort : étant donné un
sous-groupe de Sylow S fixé, tout p-sous-groupe de G est contenu dans un conjugué de S.
1. Soit S un p-sous-groupe de Sylow de G. Soit H un p-sous-groupe de G. On fait opérer H sur l’ensemble
X “ pG{Sqg des classes à gauche xS par translation : h ¨ pxSq “ phxq ¨ S.
(a) À l’aide de résultats de la partie II, montrer que l’ensemble XH des points fixes de X sous cette action
vérifie :
|XH | ” m mod rps.
(b) En déduire qu’il existe un élément x P G tel que pour tout h P H, hxSx´1 “ xSx´1 .
(c) En déduire que H est un sous-groupe de xSx´1
En particulier, le cardinal de xSx´1 étant égal à celui de S, tout p-sous-groupe est inclu dans un p-sous-groupe
de Sylow
2. Montrer que les sous-groupes de Sylow sont deux à deux conjugués, donc que si S et S 1 sont deux sous-groupes
de Sylow, il existe x P G tel que S 1 “ xSx´1 .
Ceci prouve le deuxième théorème de Sylow
3. On montre enfin le dernier point du troisième théorème de Sylow. Notons comme précédemment Y l’ensemble
des p-sous-groupes de Sylow de G, et faisons agir G sur Y par conjugaison.
(a) Décrire pour cette action l’orbite ΩS dans Y d’un élément S de Y .
|G|
(b) En déduire que pour tout S P Y , on a |Y | “ et conclure.
StabpSq