Vous pensez qu'une bonne formation tient au charisme, au sens de la relation de
l'intervenant ou à l’innovation pédagogique ?
Oui, ces composantes sont importantes, mais la première compétence du formateur
ou de l'enseignant est de savoir préparer et structurer son intervention !
Contrairement à ce que l’on pourrait penser, peu d’intervenants le font avec
méthode. Et contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce n’est pas une épreuve de
concevoir une formation. C’est au contraire passionnant, rassurant et créatif !
Nous pensons que des compétences en pédagogie des adultes peuvent s'acquérir.
Dans ce cours, je vous donnerai ma méthode pour concevoir votre première
séquence de formation. Et je l'illustrerai avec un exemple original : une formation sur
le vol de drone.
Objectifs pédagogiques :
Distinguer « savoir » et « compétence ».
Calibrer les compétences.
Définir des objectifs pédagogiques.
Comprendre les différents types d'évaluation.
Choisir entre plusieurs méthodes pédagogiques.
Séquencer une formation.
Découvrir l'intérêt du "syllabus augmenté" et du "contrat triangulaire".
Concevoir les documents de cadrage pédagogique : plan de séquence, syllabus
augmenté...
Prérequis :
Aucun ! Mais ce cours vous sera encore plus profitable si vous avez déjà une expérience de
formateur ou d'enseignant.
Ce cours fait partie du parcours « Formateur / Enseignant ». Vous êtes formateur
occasionnel, ou enseignant dans le supérieur ? Vous souhaitez acquérir des
compétences pédagogiques professionnelles ? Cette formation est faite pour vous !
Comme tous les métiers, celui de formateur peut s'apprendre. Je suis convaincu
qu'un formateur bien préparé met toutes les chances de son côté pour engager ses
apprenants, et leur faire acquérir les compétences qui répondent à leur besoin.
Qu'est-ce qu'un bon formateur ?
J’ai vu au cours de mon expérience des formateurs aux talents très différents.
Certains étaient charismatiques, d’autres pas. Certains étaient extravertis, d’autres
réservés. Certains étaient sympathiques et d’autres plutôt distants.
Mais TOUS :
avaient le même processus pédagogique ;
avaient le même soin de la dynamique de groupe et du « cerveau collectif » ;
avaient le même sens de la mise en tension positive de l'apprentissage.
Une part importante de votre réussite en pédagogie est liée à la qualité de votre
préparation, aux fondations sur lesquelles vous bâtissez votre processus
pédagogique.
5 étapes pour concevoir une séquence pédagogique
Ce cours vous donnera une méthode en 5 étapes pour concevoir une séquence
pédagogique :
1. Maîtriser la différence entre savoir et compétence. Comprendre les rapports
existant entre ces deux notions clés. Savoir utiliser ces notions pour préparer
votre intervention.
2. Utiliser à bon escient la notion d’objectif pédagogique.
3. Séparer clairement deux grands types d’évaluation : celles dont la finalité est
d’aider à apprendre, et celles qui permettent de décider si l’apprenant a le
niveau de son diplôme.
4. Découvrir la manière d’organiser dans le temps la succession des moments
pédagogiques.
5. Savoir constituer une synthèse de votre intervention pour communiquer avec
le commanditaire de la relation et les apprenants.
Sché
ma des 5 étapes
Une précision sur le vocabulaire utilisé
Comme toutes les disciplines, la pédagogie a son « jargon », son vocabulaire
spécifique : capacité, compétence, automatisme, savoir-faire, performance,
réalisation... Voilà autant de notions proches qui prennent des sens variables d'un
pédagogue à l'autre. Même sur le terrain, ces définitions sont parfois
floues ! Vous devrez connaître plusieurs manière de parler du même concept, et
adapter votre vocabulaire à votre communauté de formateurs ou d'enseignants.
Dans ce cours, je dévierai parfois des définitions « officielles » pour vous donner ma
définition personnelle, venant de mon expérience, que je trouve opérationnelle au
quotidien.
En cas de doute, je vous conseille vivement de lire les définitions de ce
dictionnaire de la pédagogie :
Pédagogie, dictionnaire des concepts clés, par Françoise Reynal et Alain Rieunier.
ESF éditeur. Collection dirigée par Philippe Meirieu.
Courez l'acheter, il vous servira pendant toute votre vie de formateur.
Formation au vol de drone
Form
ation au vol de drone
Dans ce cours, j'ai choisi d'illustrer la méthode de conception d'une séquence de
formation grâce à un exemple, que vous retrouverez tout au long des chapitres.
Commande de formation
Pilotage de drone DJI Phantom 4 – niveau initiation. 3 jours, en présentiel, pour
6 apprenants.
Une université a besoin d’une formation d’initiation au pilotage de drone pour ses
étudiants en géobotanique. Ils doivent partir en mission avec leur enseignant dans
un pays lointain pour faire des relevés sur la forêt primaire d’une région isolée. Ils
doivent réaliser des photos vues du ciel pour leur travail. Ils feront aussi quelques
vidéos pour leurs archives.
Alors, ce chapitre vous a donné envie ? Allez, on commence !
Dans les deux chapitres qui suivent, nous allons nous intéresser aux savoirs et à la
compétence.
1e étape de notre méthode de conception
Quand vous construirez votre séquence pédagogique, une des premières choses
que vous devrez faire est de lister les savoirs et compétences en lien avec l'activité-
métier que vous souhaitez enseigner.
Bien sûr, ce travail sera guidé par le public à qui vous vous adressez. Ce sont peut-
être des cadres chevronnés, des techniciens débutants ou encore des étudiants de
première année d'université...
Toutefois, c’est bien vous qui gardez la main, et c’est bien le référentiel (du diplôme, du titre
certifié ou de la maquette de la formation) qui vous sert de juge de paix, de niveau à
atteindre ; et non le désir de vos apprenants.
Le savoir est mémorisé
Lorsque l’on dit « oui, je le sais » c’est que l’on s’en souvient.
Le savoir, c’est ce qui est mémorisé et peut être remémoré. Si je prétends le
« savoir » et que je ne peux pas me le remémorer en public (le dire à haute voix pour
moi-même par exemple, ou répondre à quelqu’un)… c’est que je ne le sais pas !
Conséquences pratiques en pédagogie
1️⃣ Dans tous les cursus, des enseignants s’efforcent de transmettre une culture
générale de la discipline ou du métier (= du savoir), sans se préoccuper de vérifier
attentivement la mémorisation de ce savoir. Ces savoirs ne sont donc pas
mémorisés, et un nombre considérable d’heures de cours sont gâchées pour rien.
2️⃣ Pour distinguer les savoirs essentiels et facultatifs, posez-vous la question : « Est-
ce que le savoir que je souhaite enseigner mérite révision, évaluations répétées et
réactivations régulières ? » Si oui, il est essentiel. Sinon, il n’est pas essentiel, et on
peut se demander s’il vaut la peine d’être enseigné.
3️⃣ La répétition est une des clés de la mémorisation. Les évaluations doivent
donc être régulières, et le savoir réactivé souvent jusqu’à un ancrage définitif, puis
régulièrement révisé.
4️⃣ Par « savoir », notre culture moderne entend « savoir scientifique formel » plutôt
que « trucs et astuces pratiques et professionnels ». Sans doute parce que les
métiers manuels sont, dans les sociétés occidentales, dévalorisés par rapport aux
métiers intellectuels. Or, dans tous les métiers il existe une somme considérable de
savoirs techniques, pratiques et concrets. Nous y reviendrons !
Mémorisation et compréhension
Dans certains cas, un savoir doit être mémorisé « par cœur », pour y accéder
rapidement. Ou bien on peut mémoriser la source de l'information, pour y revenir
ultérieurement. Parfois, un savoir doit simplement être compris.
Établissons une distinction entre « mémorisation » et « compréhension » :
Le « par cœur » (récitations, tables de multiplication, procédures vitales, etc.).
Utilité : rapidité, immédiateté, sécurité. Contenus de mémoire prêts à l’emploi à tout
moment.
Méthodes pédagogiques : utiliser très souvent le savoir lors d'une mise en activité.
Répéter inlassablement. Utiliser des moyens mnémotechniques.
La mémorisation des sources d’information à partir d’un index (mots clés,
localisation de modes d’emploi, sources Internet...).
Utilité : capacité à retrouver une source complète d’information, et diminution de la
charge mentale.
Méthodes pédagogiques : activité proche de la réalité, qui laisse une émotion forte
du savoir, sans forcément le retenir.
La compréhension : une théorie, un concept, une méthode ou une procédure...
Utilité : réfléchir et élaborer des solutions face à des situations complexes. Inventer,
améliorer.
Méthodes pédagogiques : étude approfondie, connexion avec d’autres répertoires,
identification de la structure des situations ou des objets, similitudes et différences
avec d’autres savoirs organisés.
Vous avez compris ce que sont les savoirs. Voyons comment les sélectionner !
Il existe plusieurs types de savoirs : formels (procédures, savoirs
académiques...), pratiques (geste technique...), basiques ou avancés.
Alors comment les sélectionner ?
Réalisez une première liste en vrac, puis opérez une sélection et un
classement.
Utilisez une grille simple pour distinguer les différents savoirs à transmettre
(voir ci-dessous).
Vous avez un temps limité. Faites des choix par élimination ! Ne prévoyez pas
trop de savoirs à transmettre.
Préférez diriger vos apprenants vers des ressources pour les savoirs de base,
pour passer du temps à enseigner vous-même les savoirs avancés.
Retenez que l'autonomie à long terme est plus liée à l’envie de savoir et à la volonté de
chercher, qu’à un surcroit d'acquisition durant le temps de la formation.
Formation au vol de drone
Savoirs acquis
Voyons les savoirs que notre formation d'initiation au vol de drone devra transmettre
aux apprenants. Après avoir reçu la commande de formation et analysé le public
d'apprenants, j'ai listé un grand nombre de savoirs à transmettre. J'ai ensuite réduit
en fonction du temps à disposition et du périmètre souhaité de la formation, et j'ai
classé les savoirs de la manière suivante :
SAVOIRS FORMELS PRATIQUES
Par coeur - Hauteur de vol ; - Montage des hélices ;
- Principes généraux de sécurité - Arborescence de l'appli DJO de
aérienne ; pilotage ;
-Différences entre mode 1 et 2 des - Limites opérationnelles de
commandes. l'appareil (vent, distance, hauteur)
;
- Conditions de bonnes prises de
vues ;
- Procédures de récupérations
automatiques et manuelles.
Compréhension - Législation française sur les - Pilotage en binôme.
drones (comme point de repère par
défaut).
SAVOIRS DE BASE AVANCÉS
Transmis par vous - Les critères de classement d'un vol en - La gestion des obstacles
4 niveaux de difficulté technique ; ;
- Les critères de classement d'un vol en - Le pilotage en binôme ;
4 niveaux de danger pour autrui ;
- Procédure de
Gestion de batteries litium-ion (emport récupération manuelle ;
avion, recharge, sécurité, gestion du
temps utile de vol suivant la - Réglages
température et l'effort du drone) ; photographiques sur la
caméra du drone via
- Commande stop urgence. l'appli ;
- La gestion des dérives
de trajectoire dues au
vent.
Acquis par les - Législation française d'utilisation des - Les mouvements de
apprenants en drones ; caméra.
autoformation
- Hauteur et distance de vols
(agglomération, aérodromes, aéroports).
Ceci est une suggestion de classement pour y voir plus clair. Mais vous pouvez
adopter votre propre classement.
Retrouvez le syllabus augmenté de la formation au vol de drone (appelé
aussi référentiel pédagogique) à ce lien.
Vous avez compris ce que sont les savoirs, et comment sélectionner et classer ceux
que vous souhaitez transmettre. Intéressons-nous à présent aux fameuses
« compétences » !
Il existe plusieurs types de savoirs : formels (procédures, savoirs
académiques…), pratiques (geste technique…), basiques ou avancés.
Alors comment les sélectionner ?
Réalisez une première liste en vrac, puis opérez une sélection et un
classement.
Utilisez une grille simple pour distinguer les différents savoirs à
transmettre (voir ci-dessous).
Vous avez un temps limité. Faites des choix par élimination ! Ne prévoyez
pas trop de savoirs à transmettre.
Préférez diriger vos apprenants vers des ressources pour les savoirs de
base, pour passer du temps à enseigner vous-même les savoirs avancés.
Retenez que l’autonomie à long terme est plus liée à l’envie de savoir et à
la volonté de chercher, qu’à un surcroit d’acquisition durant le temps de la
formation.
Qu’est-ce qu’une compétence ?
Ouvrez le dictionnaire de la pédagogie à la rubrique « Compétence ». Vous
vous rendrez vite compte que ce mot a de nombreuses significations. En
pédagogie, il est difficile de définir la fameuse compétence.
Je vais plutôt vous donner ma définition personnelle, que je trouve
opérationnelle.
La compétence s’automatise
Passer les vitesses sans boîte automatique est un processus comportant
plusieurs gestes. Lors de l’apprentissage en auto-école, ces gestes sont
décomposés, puis progressivement ils deviennent fluides et
s’automatisent, au point de pouvoir les exécuter en pensant à autre chose
(regarder dans le rétroviseur, mettre le clignotant).
À la question : « comment faites-vous ? », tout le monde sait répondre et
se remémorer les étapes. On observe donc un automatisme « posé » sur
un « socle » de savoir.
L’automatisation qui témoigne de la compétence peut être gestuelle. Mais
elle peut également être purement intellectuelle, cognitive.
Par exemple, l’animateur de réunion, à la simple vue de la posture ou du
ton de la voix des participants peut, sans même y réfléchir, changer
l’ordre du jour, moduler le volume de sa voix, lancer une blague qui
remobilisera l’attention de tous.
Le processus d’analyse, de déduction et de recherche de solutions est
automatique. Les « compétences comportementales » (ou « soft-skills »,
en anglais) relèvent souvent de ce type d’automatismes.
La compétence, c’est donc la fluidité de l’automatisme. On est donc plus
souvent compétent de manière routinière que de manière originale.
C’est la raison pour laquelle la créativité, l’inventivité sont des
compétences difficiles à acquérir car, par définition, être créatif de
manière routinière suppose des automatismes très complexes et rarement
détenus.
La compétence est invisible
Ce n’est pas la compétence en tant que telle que vous observez, mais la
réalisation de celle-ci dans une « performance ».
Pierre fait du vélo. Je le vois faire du vélo dans la rue. Il ne tombe pas. Il
est à l’aise et n’hésite pas. J’en déduis qu’il « sait » faire du vélo, c’est-à-
dire qu’il a acquis cette compétence.
Si Pierre est « compétent » en vélo, alors on postule que la « performance
» qu’il réalise est :
Reproductible. La compétence peut décliner et disparaître si on ne
pratique pas pendant une longue période, mais elle est relativement
stable dans le temps.
Extensible. Il est possible de l’utiliser dans des situations proches mais
différentes tout de même. Par exemple, Pierre pourra aussi faire du vélo
dans le jardin sur la pelouse, en descente et en montée, avec un vélo de
course et un VTT, etc.
La réalisation de la compétence (la performance) elle, est toujours unique,
datée dans le temps et localisée dans l’espace. La compétence sous-
jacente est, elle, supposée durable, et ce point est important pour
l’évaluation de la compétence qui doit reposer, en toute rigueur, sur
plusieurs performances.
Quelles sont les conséquences pratiques ?
La compétence est toujours une inférence (jamais une déduction).
L’évaluation d’une compétence est donc toujours indirecte, interprétée à
partir de réalisations diverses et variées.
On ne développe la compétence qu’à partir de mises en situation, en
multipliant les performances. C’est la construction de ces situations de
performance attendue qui est la clé de l’acquisition d’automatismes
fluides et ancrés.
La capacité d’extension (et même de transfert) de la compétence permet
de se préparer en toute sécurité durant la formation, avant le « baptême
du feu » (l’activité-métier réelle).
Typologie des compétences
Il est utile de classer les compétences, afin de vous aider à les
sélectionner lors de votre conception pédagogique. Vous trouverez de
nombreuses classifications : compétences comportementales,
compétences soft, hard, techniques, etc.
Je ne trouve pas que ces distinctions soient très utiles pour votre métier de
formateur ou d’enseignant, même si elles sont pratiques pour se
comprendre rapidement dans une conversation pédagogique.
LA distinction qui me semble féconde est la suivante : compétences «
nécessaires » et compétences « critiques ».
Cette distinction a été conceptualisée en gestion des ressources humaines
lorsque l’on doit décrire un métier, ses situations professionnelles types,
ses savoirs et les compétences associées.
Les compétences (et savoirs) nécessaires sont les minimas sans lesquels
on ne peut exercer un métier (« savoir conduire » pour un chauffeur de
bus, par exemple).
Les compétences critiques sont celles qui permettent d’être un excellent
professionnel. « Savoir manœuvrer dans un espace réduit », pour ce
même chauffeur de bus.
Cette recherche de l’excellence professionnelle (que l’on retrouve dans
tous les métiers et donc dans toutes les formations) est au cœur de la
motivation des étudiants. Elle donne un sens aux formations de
l’enseignement supérieur et de la formation professionnelle.