Modèle Songhai
Modèle Songhai
DES CONNAISSANCES,
DES COMPÉTENCES ET
DES TALENTS DES JEUNES
AU SERVICE DE LA
SÉCURITÉ ALIMENTAIRE
ET DE LA NUTRITION
Les appellations employées dans ce produit d’information et la présentation des données qui y figurent n’impliquent
aucune prise de position de la part de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), du Fonds
international de développement agricole (FIDA) et du Programme alimentaire mondial (PAM). Les opinions exprimées
dans ce produit d’information sont celles du/des auteur(s) et de ceux qui ont présenté les études de cas, et ne reflètent
pas nécessairement les vues ou les politiques de la FAO, du FIDA et du PAM. Le fait qu’une société ou qu’un produit
manufacturé, breveté ou non, soit mentionné ne signifie pas que la FAO, le FIDA ou le PAM approuvent ou recommandent
ladite société ou ledit produit.
Cette publication contient des liens et des renvois à d’autres sites Web. Ces sites ne sont pas sous le contrôle de la FAO, du
FIDA ou du PAM, et ces derniers ne peuvent être tenus responsables du contenu de ces sites.
La FAO, le PAM et le FIDA encouragent l’utilisation, la reproduction et la diffusion des informations figurant dans ce produit
d’information. Sauf indication contraire, le contenu peut être copié, téléchargé et imprimé aux fins d’étude privée, de
recherches ou d’enseignement, ainsi que pour utilisation dans des produits ou services non commerciaux, sous réserve que
le Comité de la sécurité alimentaire mondiale (CSA) soit correctement mentionné et à condition qu’il ne soit sous-entendu en
aucune manière que le CSA approuverait les opinions, produits ou services des utilisateurs.
Toute demande relative aux droits de traduction et d’adaptation ainsi qu’à la revente ou à d’autres droits d’utilisation
commerciale doit être adressée par courriel à [email protected]
Les produits d’information du CSA sont disponibles sur le site web du CSA: http://www.fao.org/cfs/cfs-home/fr/
Table des matières
REMERCIEMENTS 2
ACRONYMES 3
INTRODUCTION 4
ÉTUDES DE CAS 6
MONDE 6
01 | Formation des formateurs des jeunes 7
02 | Mouvement international de la jeunesse agricole et rurale catholique (MIJARC) 9
03 | Jeunes professionnels pour le développement agricole (YPARD) 11
04 | Évaluer les méthodes d’enseignement des connaissances et
des compétences aux jeunes ruraux 13
Afrique 15
05 | Le Centre Songhaï 16
06 | NEFSALF (Nairobi and Environs Food Security, Agriculture and Livestock Forum) 18
07 | programme d’entreprenariat agricole pour la jeunesse au Malawi 19
08 | SOORETUL 20
09 | Renforcer les capacités d’élaboration des politiques d’éducation 21
10 | Mécanisme de financement par prélèvement 23
11 | Service d’audio conférence pour la vulgarisation agricole 24
12 | Projet fruits, noix et élevage en faveur des jeunes des régions côtières 26
Europe 28
13 | Centre international de hautes études agronomiques méditerranéennes (CIHEAM) 29
Near East 30
14 | Enterprise Your Life 31
15 | Actualiser l’enseignement supérieur de premier cycle et développer celui
du second cycle à l’Université nationale de science et de technologie (UNST) 33
CONCLUSIONS 49
ANNEXES 52
REMERCIEMENTS
Le présent document a été préparé sous la supervision générale du Secrétariat du CSA, et sous la
supervision technique de la FAO et du FIDA, assurée par David Suttie, Francesca dalla Valle, Cristina
Rapone, Andrew Nadeau, Cristina Petracchi, Reuben Sessa, et Lorna Scott. Nous tenons à remercier
toutes les parties prenantes au CSA qui ont contribué aux études de cas, notamment les pays membres,
les organisations de la société civile, les entités du secteur privé, et les autres, en particulier l’YPARD,
le CTA et la Communauté de pratique d’e-Agriculture, sans lesquelles la compilation des études de cas
présentées ici n’aurait pas été possible. Nous souhaitons également remercier Fynvola Le Hunte Ward
pour son apport éditorial et Maria Cappadozzi pour son aide lors de la finalisation de ce document.
2 | ENRICHISSEMENT DES CONNAISSANCES, DES COMPÉTENCES ET DES TALENTS DES JEUNES AU SERVICE DE LA SÉCURITÉ ALIMENTAIRE ET DE LA NUTRITION
ACRONYMES
ACE Service d’audio conférence pour la vulgarisation agricole
ANPE Association nationale des producteurs écologiques du Pérou
AVA agent de vulgarisation agricole
CAFY Forum sur l’agriculture caribéenne pour les jeunes
CIFOR Centre pour la recherche forestière internationale
CIHEAM Centre international de hautes études agronomiques méditerranéennes
CTA Centre Technique de coopération Agricole et rurale
DHET Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Formation (SA)
FAFOTRAJ Forum des agriculteurs pour le commerce et la justice
FAO Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture
FIDA Fonds international de développement agricole
FOFT Future Farmers of Tonga
HOOPSS Aide aux projets de nos écoles primaires et secondaires
IAAS Association internationale des étudiants en agriculture et sciences connexes
ICTAN ICT in Agriculture Nepal
IICA Institut international de coopération pour l’agriculture
IICD Institut international pour la communication et le développement
JFFLS Écoles pratiques d’agriculture et d’apprentissage à la vie pour les jeunes
MAYOP Malawi Agribusiness Youth Program
MIJARC Mouvement international de la jeunesse agricole et rurale catholique
MORDI Programme d’intégration des innovations en matière de développement rural dans le Pacifique
NEFSALF Nairobi and Environs Food Security, Agriculture and Livestock Forum
NAYA Association nationale des jeunes agriculteurs de Dominique
OMMS Organisation Mondiale du Mouvement Scout
PAFPNet Réseau des politiques agricoles et forestières du Pacifique
PTC PhilRice Text Center
SAQA Agence sud-africaine d’assurance qualité
SARS Service du revenu de l’Afrique du Sud
SCP Secrétariat de la Communauté du Pacifique
SETA Autorité d’éducation et de formation
SIDA Syndrome d’immunodéficience acquise
SLAFY Forum agricole pour la jeunesse de Sainte-Lucie
SMS Short message service (service SMS ou texto)
TIC Technologies de l’information et de la communication
TRTC Tutu Rural Training Center
UNESCO Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture
UNST Université nationale de science et de technologie
VCP Village Concept Project
VIH Virus de l’immunodéficience humaine
YFC Young Farmers Course
YPARD Jeunes Professionnels pour le Développement Agricole
YSG Youth Savings Groups
YUNGA Alliance mondiale jeunesse et Nations Unies
ACRONYMES | 3
INTRODUCTION
Le contexte mondial
Le contexte agricole a fortement évolué ces dernières années. La hausse des prix alimentaires, la crise
mondiale des prix des denrées alimentaires qui en a découlé à la fin des années 2000, ainsi que la
prévision d’une croissance de 60 pour cent de la demande de produits alimentaires d’ici 2050, ont suscité
un regain d’intérêt pour ce secteur parmi les décideurs politiques, les spécialistes du développement et les
acteurs privés. L’évolution des marchés ruraux et agricoles, avec la hausse de la demande et des prix, des
chaînes d’approvisionnement davantage intégrées, une plus grande connectivité entre le monde urbain et
rural dans de nombreuses régions et la croissance exponentielle des marchés urbains, offre aux jeunes de
nouvelles opportunités d’exploiter ou de créer des entreprises agroalimentaires rentables. Pour ce faire,
ils ont toutefois besoin d’une vaste gamme de compétences et de connaissances – agricoles, financières,
entrepreneuriales – ainsi que d’un environnement plus général de politiques et d’investissements à
destination des jeunes.
Ces tendances revêtent une importance particulière dans le contexte actuel d’une population de jeunes
en pleine expansion dans de nombreux pays et régions en développement. Les enfants de moins de 15 ans
représentent environ 25 pour cent de la population dans les pays en développement1, tandis que les jeunes2
peuvent constituer jusqu’à 20 pour cent de la population dans une bonne partie de ces pays3. En Afrique,
la structure démographique est particulièrement jeune: à ce jour, plus de 60 pour cent de la population
a moins de 25 ans4. Une grande proportion de ces jeunes vivent et travaillent dans des villes et villages
ruraux. Il est intéressant de noter que même dans les scénarios les plus optimistes, on doute de la capacité
du secteur urbain à fournir un emploi rémunéré à ces jeunes. Clairement, la capacité de l’agriculture – et
des petites exploitations familiales en particulier – à fournir des opportunités de moyens d’existence
décents à ces jeunes ruraux dans les années à venir va constituer un enjeu majeur. Dans le même temps,
la majorité des jeunes ne considèrent pas l’agriculture comme un choix de carrière viable compte tenu des
faibles taux de productivité et des difficultés évidentes qu’ont connues les générations qui les ont précédés.
Si les petits exploitants ne parviennent pas à obtenir un revenu viable, il est probable que leurs enfants et
petits-enfants se dirigent vers les villes. Développer les connaissances, les compétences et les talents des
jeunes va également exiger des investissements dans la petite agriculture afin de fournir des exemples de
réussite et des moyens d’existence viables à l’ensemble des générations futures.
Les investissements consentis pour impliquer les jeunes d’aujourd’hui dans le défi consistant
à augmenter de 60 pour cent la production agricole d’ici 2050 peuvent donner lieu à des retombées
considérables (en termes de sécurité alimentaire, de réduction de la pauvreté, de création d’emplois, ainsi
que de paix et de stabilité), tout aussi importantes que le sont les défis à relever. Les principales ressources
naturelles, la biodiversité et les écosystèmes dont dépend l’agriculture ont été dégradés ou détruits – dans
certains cas de manière irréversible. Par ailleurs, le changement climatique modifie déjà les paysages
ruraux, et le fera de manière encore plus marquante dans les années à venir. En outre, la connectivité entre
les zones urbaines et rurales reste insuffisante dans certaines régions, surtout en termes d’infrastructures,
tout comme les services et les institutions nécessaires pour faciliter la circulation des biens, des
informations, de l’argent et des individus. Ces lacunes peuvent accroître les coûts de transaction liés à
l’investissement dans l’agriculture, ou dans les institutions financières opérant dans les zones rurales. Ces
réalités exigent toutes des réponses politiques particulières afin de créer un environnement dans lequel le
potentiel et le talent des jeunes peuvent être utilisés pour stimuler une évolution des systèmes agricoles et
alimentaires permettant de garantir la sécurité alimentaire et nutritionnelle de chacun.
4 | ENRICHISSEMENT DES CONNAISSANCES, DES COMPÉTENCES ET DES TALENTS DES JEUNES AU SERVICE DE LA SÉCURITÉ ALIMENTAIRE ET DE LA NUTRITION
Ce qui est toutefois intéressant, c’est qu’au cours des dernières années de nombreux exemples d’initiatives
visant les jeunes ruraux ont vu le jour, mettant en valeur de nouvelles approches et méthodologies pour
renforcer les capacités requises pour se lancer dans l’agriculture. Un bon nombre de ces initiatives peuvent
être facilement adaptées à différents contextes, et développées à plus grand échelle. Il est crucial de veiller à
ce que les enseignements tirés de ces initiatives soient consignés et intégrés dans les programmes politiques
et de planification. Ce document d’information va contribuer à la réalisation de cet objectif en fournissant une
description et une analyse de certaines des approches et des initiatives les plus performantes pour renforcer les
connaissances et les compétences des jeunes pour se lancer dans l’agriculture.
Objet et portée
Le présent document propose des études de cas issues de différentes régions qui présentent les défis, les réussites
et les enseignements en lien avec le développement des connaissances, des compétences et des capacités des
jeunes en matière d’agriculture. Tenant compte de la nécessité de considérer diverses approches pour cibler les
jeunes, les études de cas couvrent les domaines de la transmission des connaissances entre pairs, de la formation
professionnelle et du renforcement des capacités, et des systèmes d’éducation et de la recherche. Les questions
particulières portant sur la façon d’intégrer les savoirs traditionnels ou intergénérationnels et l’utilisation des
nouvelles technologies seront étudiées en parallèle dans l’ensemble des études de cas. La conclusion permettra
de découvrir comment les enseignements tirés de ces initiatives peuvent influer sur l’environnement politique
au sens large ainsi que sur l’élaboration des politiques, des projets et des programmes spécialement destinés aux
jeunes – avec pour principal objectif de permettre l’accès à des moyens d’existence attrayants, rémunérateurs et
durables aux jeunes, dans une agriculture au service de la sécurité alimentaire et de la nutrition.
Méthodologie
Les études de cas présentées ici font suite à un appel lancé par le Secrétariat du CSA pour des études centrées
sur le développement des connaissances, des compétences et des talents des jeunes au service de la sécurité
alimentaire et de la nutrition. Cet appel a été diffusé auprès des parties prenantes au CSA, ainsi que sur
la plateforme e-Agriculture. Plus de 60 études ont été reçues et examinées à des fins d’inclusion dans le
document, selon les critères suivants: i) couverture des domaines précisés dans la note de synthèse, comme la
transmission des savoirs traditionnels, les nouvelles technologies et l’innovation, les systèmes d’enseignement
agricole, et la recherche; ii) le niveau de maturité des cas et les enseignement tirés; iii) l’évolutivité; et iv) la
pertinence à l’égard de la sécurité alimentaire et de la nutrition. Une attention particulière a été apportée à la
diversité en termes de région, de genre, et d’acteurs. Toutes ces études sont disponibles sur le site Web du CSA à
l’adresse www.fao.org/cfs/youth
INTRODUCTION | 5
ÉTUDES DE CAS
/Monde
01 | Formation des formateurs des jeunes
02 | Mouvement international de la jeunesse agricole et rurale catholique (MIJARC)
03 | Jeunes professionnels pour le développement agricole (YPARD)
04 | Évaluer les méthodes d’enseignement des connaissances et
des compétences aux jeunes ruraux
6
01
Principaux problèmes
> Manque de compétences entrepreneuriales et d’accès à la formation.
Depuis 2004, la FAO propose des formations aux jeunes à l’aide de la méthodologie des écoles
pratiques d’agriculture et d’apprentissage à la vie pour les jeunes (JFFLS). À ce jour, grâce à
sa flexibilité, cette méthodologie a été utilisée dans plusieurs pays en Afrique, en Asie et au
MoyenOrient. L’objectif des JFFLS est d’autonomiser les jeunes défavorisés et vulnérables, en
particulier les jeunes ruraux, et de leurs offrir des opportunités d’emploi et de moyens d’existence.
Le programme JFFLS améliore les compétences agricoles et entrepreneuriales et les aptitudes à la
vie quotidienne des participants par le biais des divers thèmes abordés, notamment l’analyse des
écosystèmes agricoles (AESA), la gestion intégrée des nuisibles, l’agriculture en tant qu’activité
commerciale (entrepreneuriat, marketing, comptabilité, établissement de rapports), l’hygiène et
l’assainissement, la nutrition, le VIH et le SIDA, la prévention contre le travail des enfants, et le
développement personnel. Les thèmes sont abordés au cours de discussions en petits groupes, de
jeux de rôle, ou encore par voie d’observation et d’expérimentation. Les sujets de la formation sont
choisis avec les jeunes à partir d’un éventail de modules et en collaboration avec les partenaires,
en fonction des besoins locaux. La grande adaptabilité de la démarche d’apprentissage permet à la
méthodologie modulaire de faire face à différents contextes socioéconomiques.
Par exemple, le programme Food For Life (FFL) de l’organisation OMMS a été conçu en réponse à
la crise alimentaire que connaissaient de nombreux pays africains, à l’aide de la méthodologie JFFLS.
L’objectif était de lutter contre l’insécurité alimentaire grâce à l’éducation, la formation et la diffusion
des connaissances. La formation portait principalement sur les stratégies agricoles permettant de
promouvoir la sécurité alimentaire et la nutrition face aux risques naturels et induits par l’homme
(notamment le changement climatique), et mettait en avant des méthodes de communication
et d’enseignement visant à garantir que les scouts formés puissent à leur tour devenir de bons
formateurs.
Récemment, la FAO a initié un nouveau type de formation JFFLS des formateurs, en formant des
animateurs et en encourageant l’apprentissage entre pairs. Lorsqu’ils rentrent dans leur communauté,
les jeunes formés s’impliquent activement dans la mobilisation et la sensibilisation de leurs pairs en
ce qui concerne les opportunités offertes par le secteur agricole, et recourent aux mêmes techniques
que celles apprises au cours de la formation des formateurs. Dans certains cas, les jeunes formés ont
organisé une seconde vague de formations JFFLS pour les jeunes de leurs groupes ou associations.
En moyenne, on estime que chaque diplômé forme à son tour environ 20 jeunes ruraux de son district,
avec un fort effet d’entrainement.
De plus en plus utilisée dans des domaines comme l’éducation à la santé ou la prévention
du VIH et du SIDA, et récemment aussi dans le contexte du virus Ébola, l’éducation par les pairs
dispensée par des jeunes formés et motivés a révélé son potentiel et son adaptabilité à la formation
professionnelle agricole. Les jeunes ont une grande influence sur leurs pairs, et sont souvent mieux
à même de partager leurs connaissances et d’encourager l’adoption de nouvelles pratiques. Les
jeunes ont tendance à être plus à l’aise et plus dynamiques lorsque d’autres jeunes sont impliqués.
En outre, ce processus contribue à renforcer les initiatives et les associations dirigées par des jeunes.
La formation JFFLS par les pairs est également un bon moyen d’autonomiser les jeunes, car elle leur
donne l’occasion de participer à un apprentissage expérientiel et interactif et d’ensuite partager les
connaissances et les compétences acquises avec leurs pairs dans leur communauté ou leur district.
En rassemblant des jeunes de différentes associations ou communautés, la FAO encourage aussi le
partage des expériences et des difficultés entre les jeunes formés.
Parmi les réussites, on peut citer ce jeune (Adam) formé par la FAO en Tanzanie qui est parvenu
à mobiliser et former 150 pairs dans son district. Après la création du groupe, Adam et ses pairs ont
pu obtenir environ 120 hectares de terres auprès du commissaire régional pour lancer leurs activités
agricoles commerciales. Au Ghana, en formant 12 représentants de six groupes de jeunes (6 jeunes
femmes et 6 jeunes hommes), et en les aidant à former leurs pairs dans leur groupe respectif, on
estime que le projet est parvenu à impliquer 150 jeunes du district de Gonja ouest. Comme on l’a vu
au Ghana, en particulier lorsque les communautés bénéficiaires sont proches les unes des autres, les
bénéfices augmentent quand les membres des différents groupes visitent les exploitations des autres
groupes, et favorisent l’apprentissage mutuel.
La sélection des animateurs est une étape cruciale pour la qualité des formations JFFLS. Le fait de
ne pas parvenir à recruter et former les animateurs qui conviennent peut fortement nuire aux résultats
en entravant la diffusion et l’adoption durables des connaissances parmi les jeunes non participants
et l’expansion des programmes. Par conséquent, une grande attention est nécessaire dès le début
afin de garantir un développement durable tout au long du projet et au-delà.
Un accès efficace à l’éducation et aux connaissances peut soutenir la lutte contre l’insécurité
alimentaire, et donner aux jeunes vivants dans des zones où leur sécurité alimentaire est menacée
par des risques naturels et induits par l’homme, les moyens d’être auto-suffisants et la capacité de
subvenir aux besoins de leur famille et de leur communauté.
8 | ENRICHISSEMENT DES CONNAISSANCES, DES COMPÉTENCES ET DES TALENTS DES JEUNES AU SERVICE DE LA SÉCURITÉ ALIMENTAIRE ET DE LA NUTRITION
02
Mouvement international de la jeunesse agricole et
rurale catholique (MIJARC)
Principaux problèmes
> Inciter les jeunes à rester dans les zones rurales pour mettre en place
des moyens d’existence viables.
Le Mouvement international de la jeunesse agricole et rurale catholique (MIJARC) a été créé en 1954.
Il rassemble plus d’un million de jeunes sur quatre continents (Asie, Afrique, Amérique latine et
Antilles, Europe). Il a été mis en place dans une période où l’exode rural vidait les villages de leurs
jeunes. Le MIJARC travaille auprès des jeunes des zones rurales afin de les aider à développer leur
capacité à devenir des acteurs critiques, et à transformer leur communauté et leur pays. Par le biais
de la «formation dans l’action» et de la méthodologie «voir, juger, agir», les jeunes ont la possibilité
d’améliorer leurs conditions de vie et de générer des revenus en se lançant dans l’agriculture et les
systèmes alimentaires ruraux.
Les connaissances et les compétences informelles sont dans certains cas devenues moins
importantes. Dans de nombreuses cultures, on n’accorde que peu de confiance aux jeunes, et leurs
initiatives ne sont pas prises au sérieux. On les considère comme des «bouches à nourrir», plutôt
que comme des sources de créativité et d’innovation. Comme les jeunes femmes et hommes vivant
dans les zones rurales ont peu accès à l’éducation formelle, les plus prometteurs et les plus doués
d’entre eux sont souvent amenés à quitter leur village, ce qui met davantage en péril l’avenir de ces
communautés rurales.
Le MIJARC est persuadé que donner les moyens aux jeunes de trouver les solutions à leurs
propres problèmes est la meilleure façon de faire face aux difficultés que rencontrent les sociétés
rurales. Concrètement, le MIJARC autonomise les jeunes de la manière suivante: i) en créant dans
les villages ruraux des groupes dirigés par des jeunes grâce auxquels les jeunes peuvent partager
leurs expériences; ii) en suivant la méthodologie «voir, juger, agir» qui implique d’observer chaque
expérience et de l’analyser pour déterminer comment travailler ensemble à la définition de solutions;
iii) en renforçant les compétences dans de nombreuses aptitudes à la vie quotidienne, comme la façon
de travailler en groupe, mettre en place une planification, gérer un budget, mener des recherches, et
prendre des décisions de manière démocratique.
Chaque équipe locale constitue un groupe de réflexion local amené à élaborer des stratégies au
service de la sécurité alimentaire et de la nutrition. Ce système garantit que chaque solution est
culturellement, socialement et économiquement adaptée au contexte particulier.
Un exemple provenant d’un projet récent mené dans le nord du Bénin, où la plupart des jeunes
exploitants travaillent dans le domaine de l’agriculture, principalement maraîchère, illustre combien
le fait d’autonomiser les jeunes peut donner lieu à des solutions innovantes. En raison du changement
climatique, ils sont confrontés à des variations des précipitations qui perturbent le calendrier
agricole. En conséquence, les agriculteurs les plus démunis qui, traditionnellement, se consacrent
principalement à la culture maraîchère, sont fortement touchés par ces variations. Avec le groupe JAC
Bénin (le groupe MIJARC du pays), les jeunes ont développé de nouvelles compétences pour mettre en
œuvre d’autres activités rémunératrices moins dépendantes des pluies. Ainsi, ces dernières années,
de nombreux jeunes ont été formés dans les domaines suivants: l’élevage de volailles, d’ovins et de
caprins, la fabrication de savons et de sirops, etc. En 2014, ces jeunes ont décidé de mettre l’accent
sur l’apiculture.
Le MIJARC œuvre à l’autonomisation des jeunes, sur la base du volontariat et des relations entre
pairs. Cette approche est compromise par l’évolution de la sociologie et des attentes des jeunes: les
organisations sociales doivent s’adapter aux nouveaux styles de vie des jeunes, et à leurs attentes.
L’éducation informelle et l’éducation non formelle doivent être reconnues et encouragées. Les
politiques d’éducation formelle qui visent à responsabiliser les citoyens accordent de l’importance
aux connaissances des individus, y compris aux connaissances pratiques des jeunes ruraux.
10 | ENRICHISSEMENT DES CONNAISSANCES, DES COMPÉTENCES ET DES TALENTS DES JEUNES AU SERVICE DE LA SÉCURITÉ ALIMENTAIRE ET DE LA NUTRITION
03
Jeunes professionnels pour
le développement agricole (YPARD)
Lieu: Monde Partenaires: Agence suisse de développement et de coopération
Principaux problèmes
> Inciter les jeunes à rester dans les zones rurales pour mettre en place
des moyens d’existence viables.
Le mouvement des Jeunes Professionnels pour le Développement Agricole1 (YPARD) a été fondé en
2005 en réponse à l’absence relative de jeunes professionnels dans le débat sur la recherche agricole
pour le développement aux niveaux mondial, régional et national. Les jeunes sont très réticents à
se lancer dans le secteur du développement agricole, en dépit du potentiel d’emplois et des taux
de chômage élevés chez les jeunes, également observé dans les économies axées sur l’agriculture.
L’agriculture n’attire pas les jeunes, et ils n’ont que peu d’exemples de réussites desquels ils peuvent
s’inspirer. Les jeunes professionnels ont des idées neuves, sont bien au fait des nouvelles tendances,
et sont partants pour essayer de nouvelles approches. Pour favoriser davantage les innovations dans
le secteur agricole, la vision des jeunes d’aujourd’hui est indispensable; les jeunes doivent être les
acteurs de leur propre avenir.
Il semble indispensable de mobiliser les jeunes en faveur des carrières agricoles et d’utiliser
leur potentiel pour mettre en place des approches agricoles novatrices et orientées vers l’avenir. Les
réseaux peuvent jouer un rôle important dans l’efficacité des échanges d’informations, d’expériences
et de connaissances entre les parties prenantes, et pour trouver des solutions innovantes au service
du développement agricole. Le mouvement YPARD est un de ces réseaux, et propose une plateforme
mondiale pour les jeunes, mais aussi des représentations nationales et régionales dont l’objectif est
le partage et le renforcement des connaissances et des expériences.
1
Afin de mieux refléter le vaste groupe d’acteurs qu’YPARD cible, l’association a modifié son nom en «Jeunes Professionnels pour
le Développement Agricole», laissant de côté la «recherche», de manière à ne pas être perçue comme trop théorique.
Il s’appuie sur les approches suivantes pour aider les jeunes à se faire entendre:
1. Mentorat: Les relations de mentorat permettent aux jeunes de renforcer les compétences et
aptitudes au service du développement agricole.
2. Prise en compte de la voix des jeunes dans les débats politiques: Le mouvement YPARD a mis en
place un programme à destination des jeunes de renforcement des capacités et d’implication des
jeunes dans le débat politique, en collaboration avec le CIFOR. Le modèle a été mis en place et
appliqué avec succès lors du Forum mondial des paysages en 2013 et 2014, avec 20 participants
sur place et plus de 450 participants en ligne. Il est axé sur trois étapes: renforcement des
capacités des jeunes professionnels avant la rencontre par le biais d’ateliers dirigés par des
experts, des séances destinés aux jeunes qui alimentent des discussions de groupe, et un rôle
actif de ces jeunes lors de la conférence principale en tant qu’animateurs, présentateurs et
intervenants.
3. Identifier les compétences et aptitudes nécessaires: Les recherches entreprises ont révélé
que les compétences et les aptitudes des jeunes professionnels d’aujourd’hui dans le domaine
du développement agricole sont rarement en adéquation avec les attentes des employeurs. Il
apparaît donc essentiel d’adapter le programme d’enseignement pour leur permettre d’acquérir
les compétences et les aptitudes adaptées au marché du travail.
4. Partager les expériences concluantes des jeunes dans l’agriculture: Le mouvement YPARD
répertorie les réussites des jeunes professionnels dans le domaine du développement agricole. Il
les publie sur son site Web et les partage avec les divers partenaires afin d’en élargir la diffusion.
En outre, le mouvement s’est associé à l’initiative sur les bonnes pratiques agricoles afin de
partager les expériences des jeunes femmes dans ce secteur.
Le mouvement YPARD est désormais un réseau mondial qui soutient les jeunes impliqués dans
le développement agricole; en 2015, il rassemblait 10 000 membres et comptait 41 représentants
nationaux.
Institutionnaliser les programmes d’encadrement dans les organisations concernées et
démontrer les bénéfices réciproques pour les mentors et les mentorés contribue à accroître la valeur
de l’engagement auprès des jeunes. Le partage des expériences concluantes au niveau local peut être
très efficace, et relativement simple à transposer à plus grande échelle.
Pour que les réseaux deviennent de puissants instruments capables d’infléchir les points de
vue, un engagement à long terme de toutes les parties prenantes est indispensable, y compris sur le
plan financier. Les cadres de fonctionnement, de plus en plus à court terme et axés sur les résultats,
peuvent entraver de tels efforts et investissements, et risquent de concentrer les ressources en
faveur de la présentation des résultats et de la mobilisation des fonds plutôt que sur la réalisation des
objectifs.
Les programmes de renforcement des capacités exigent une évaluation claire des besoins des
jeunes afin de répondre aux objectifs des jeunes professionnels. La participation des jeunes aux
réformes des programmes d’enseignement est indispensable. Les processus d’élaboration des
politiques ont besoin de moyens clairs et formels permettant d’intégrer les contributions des jeunes
dans les discussions et les processus de prise de décision.
12 | ENRICHISSEMENT DES CONNAISSANCES, DES COMPÉTENCES ET DES TALENTS DES JEUNES AU SERVICE DE LA SÉCURITÉ ALIMENTAIRE ET DE LA NUTRITION
04
Évaluer les méthodes d’enseignement
des connaissances et des compétences
aux jeunes ruraux
Lieu: Cambodge, Égypte, Éthiopie Partenaires: FIDA, UNESCO
Principaux problèmes
> Comprendre les méthodes actuelles afin d’identifier les innovations et les améliorations.
Ce projet de recherche commun FIDA-UNESCO (terminé en 2014) visait à mieux connaître comment
se déroulent l’enseignement et l’apprentissage en matière d’agriculture et de moyens d’existence
ruraux dans les communautés rurales, et quels types de connaissances et de compétences sont
enseignés aux jeunes ruraux. Une attention particulière a été accordée aux opinions des jeunes sur
l’éducation et la formation qu’ils reçoivent, à la façon dont ils appréhendent les connaissances et les
compétences, à l’influence des spécificités hommes-femmes sur l’acquisition des connaissances et
des compétences, et à leurs attentes et perceptions de l’agriculture et des moyens d’existence ruraux.
Les enseignements tirés de ce projet devraient contribuer à l’adaptation et à l’intensification
de nouvelles méthodologies d’enseignement et d’apprentissage, et à la mise au point de nouveaux
moyens permettant de promouvoir l’engagement des jeunes dans l’agriculture. Ils devraient
également permettre de renforcer et de stimuler la concertation politique sur le rôle de l’éducation
dans le développement rural, et de rectifier l’image négative du secteur agricole – une des raisons
pour lesquelles les jeunes n’envisagent de s’investir dans l’agriculture qu’en dernier recours. Par
ailleurs, le projet a renforcé les capacités de recherche au niveau des pays dans ce domaine.
Il s’est concentré sur l’apprentissage dans un contexte de communautés rurales dans trois pays:
le Cambodge, l’Égypte et l’Éthiopie. L’étude a collecté les avis de jeunes femmes et hommes vivant en
milieu rural – souvent oubliés derrière les données statistiques et les programmes de recherche axés
sur la politique – et a révélé leur réalité et leurs attentes. Les activités de recherche ont permis, sur
la base d’études théoriques et de terrain, de dresser un tableau complet et d’obtenir une meilleure
compréhension de l’apprentissage des connaissances et des compétences au service de l’agriculture
et des moyens d’existence ruraux à plusieurs égards, comme les enseignements tirés des stratégies et
programmes en vigueur, les dispositions institutionnelles pertinentes et la dynamique des spécificités
hommes-femmes en matière d’apprentissage. Ces études ont jeté les bases de l’évaluation des
implications des futurs programmes et politiques.
Les recommandations relatives aux politiques et travaux de recherche futurs ont mis l’accent sur
les points suivants:
14 | ENRICHISSEMENT DES CONNAISSANCES, DES COMPÉTENCES ET DES TALENTS DES JEUNES AU SERVICE DE LA SÉCURITÉ ALIMENTAIRE ET DE LA NUTRITION
ÉTUDES DE CAS
/Afrique
05 | Le Centre Songhaï
06 | NEFSALF (Nairobi and Environs Food Security, Agriculture and Livestock Forum)
07 | programme d’entreprenariat agricole pour la jeunesse au Malawi
08 | SOORETUL
09 | Renforcer les capacités d’élaboration des politiques d’éducation
10 | Mécanisme de financement par prélèvement
11 | Service d’audio conférence pour la vulgarisation agricole
12 | Projet fruits, noix et élevage en faveur des jeunes des régions côtières
15
05
Le Centre Songhaï
Lieu: Afrique Partenaires: FIDA
Principaux problèmes
> Le manque d’accès à la formation et l’absence de modèles incitent les jeunes à
rejoindre les centres urbains.
16 | ENRICHISSEMENT DES CONNAISSANCES, DES COMPÉTENCES ET DES TALENTS DES JEUNES AU SERVICE DE LA SÉCURITÉ ALIMENTAIRE ET DE LA NUTRITION
l’extension des activités entreprises par le centre, et a favorisé l’accès des jeunes femmes et
hommes aux compétences entrepreneuriales, de leadership et de gestion afin de les aider à créer
des entreprises agroalimentaires viables. Grâce à cette subvention, le centre a formé environ
3 000 jeunes et a mis en place 62 réseaux et groupes de jeunes, et il a soutenu la transposition du
modèle Songhaï au Bénin, au Nigéria, en Côte d’Ivoire, au Libéria et en Sierra Leone par le biais de
contrats de franchise.
La dernière initiative en date est la création de la Songhaï Leadership Academy (SLA), qui
transmet aux jeunes les compétences dont ils ont besoin pour créer et exploiter une entreprise
avec succès. Les jeunes ruraux y reçoivent des enseignements dans des matières liées aux
affaires, comme les mathématiques, les statistiques, l’agriculture, la sociologie et la gestion
d’entreprise. L’objectif de cette initiative est d’éduquer les jeunes chefs de file ruraux de demain et
de leur permettre de mener à bien des projets de développement et ainsi d’améliorer les moyens
d’existence ruraux, la sécurité alimentaire et la nutrition, et la littératie dans les zones rurales.
Plus de 400 étudiants sont actuellement en formation dans le centre de Porto Novo et dans
les centres affiliés de Savalou, Parakou et Kinwedji. Les étudiants suivent un cursus de 18 mois et
engrangent de l’expérience dans plus de 250 fermes situées au Bénin. Ces dernières sont gérées
par les étudiants, sous la supervision d’unités locales de coordination. Chaque année, plus de
300 jeunes issus de différents pays participent à des stages de courte durée dans le centre. On
compte plus de 150 salariés permanents au Centre Songhaï, notamment des animateurs, des
techniciens et des administrateurs. Le centre a conclu des partenariats avec plus de 40 institutions
publiques ou privées, associations, universités et groupes internationaux.
Principaux problèmes:
> Le manque de formation en matière d’agriculture urbaine.
Le Forum NEFSALF est une plateforme et un réseau (Planet) à parties prenantes multiples en faveur
d’une communauté de pratique, de la sécurité alimentaire et de la nutrition, de l’agriculture urbaine
et péri-urbaine ou des systèmes agroalimentaires; il est dirigé depuis 2002 par l’Institut Mazingira,
une organisation sans but lucratif kenyane. La majorité des participants au Forum NEFSALF sont des
agriculteurs urbains et un bon nombre de ces derniers sont des jeunes. Le NEFSALF organise des brèves
sessions de formation sur la pratique de l’agriculture urbaine et péri-urbaine depuis 2004.
Le principal défi à relever était de renforcer les capacités des jeunes en matière de pratique de
l’agriculture urbaine et péri-urbaine. Cette approche a été choisie pour relever les défis du renforcement
des capacités, et les interventions ont été adaptées au contexte urbain, qui est très différent du
contexte rural. Le but des sessions de formation était de promouvoir le bien-être, les opportunités
d’emploi et de revenu, et l’intérêt commun de la communauté. Les objectifs étaient le développement
des connaissances, des aptitudes et des attitudes de la communauté agricole ciblée – composée
de ménages, de groupes, d’organisations et d’entreprises, et notamment de jeunes – concernant la
pratique de l’agriculture urbaine et péri-urbaine.
Une approche systémique a été adoptée lors de l’élaboration du modèle de formation. L’accent
est mis sur les systèmes agroalimentaires et leur environnement social, structurel et naturel. Les trois
composantes du système agroalimentaire sont les suivantes: les pratiques agricoles, les ressources
agricoles et la communauté agricole. Les pratiques agricoles regroupent la gestion agricole et les
processus d’exploitation, à savoir la production, la transformation, la distribution et la consommation. Les
ressources agricoles font référence aux espaces, au capital et à l’entrepreneuriat agricoles. La communauté
agricole rassemble les ménages, les groupes, les organisations, les entreprises, les plateformes et les
réseaux (par exemple le NEFSALF). Entre 2004 et 2014, environ 1 200 individus, dont 480 jeunes âgés
de 15 à 35 ans, ont participé à la formation. Entre 2010 et 2014, des efforts ont été faits pour augmenter
la participation des jeunes à ces sessions de formation, et celle-ci est passée de 16 pour cent en 2006
à environ 60 pour cent en 2014. Les études d’impact portant sur les sessions de formation ont montré
que les jeunes impliqués dans divers aspects de l’agriculture urbaine et péri-urbaine ont constaté des
améliorations de leur bien-être en termes de sécurité alimentaire et de nutrition, et d’opportunité d’emploi
et de revenu. La première constatation est que l’adoption d’une approche systémique plutôt que sectorielle
est cruciale pour que l’agriculture soit prise en compte globalement en termes de système agroalimentaire.
18 | ENRICHISSEMENT DES CONNAISSANCES, DES COMPÉTENCES ET DES TALENTS DES JEUNES AU SERVICE DE LA SÉCURITÉ ALIMENTAIRE ET DE LA NUTRITION
Il est souvent fait remarquer que l’adaptation doit être spécifique au contexte. Orienter les jeunes des villes
vers la pratique de l’agriculture urbaine et péri-urbaine est un défi qui peut être relevé si ces jeunes ne
considèrent pas l’agriculture comme le simple fait de travailler le sol, mais prennent également conscience
de la globalité des systèmes agroalimentaires. Ce changement de point de vue est essentiel. Le NEFSALF
a démontré que la pratique de l’agriculture urbaine et péri-urbaine était un moyen de faire progresser le
bien-être et les opportunités de revenus des jeunes. Cette initiative ainsi que d’autres similaires, peuvent
être soutenues par les politiques nationales et locales mises en œuvre à destination des jeunes. Elle peut
en outre être intensifiée en offrant des possibilités de formation professionnelle.
07
programme d’entreprenariat agricole pour
la jeunesse au Malawi
Lieu: Malawi Partenaires: Forum des agriculteurs pour le commerce et la justice (FAFOTRAJ)
Principaux problèmes
> L’accès aux compétences entrepreneuriales et à la formation agricole.
Le Forum FAFOTRAJ a été créé dans le but d’aider les femmes et les jeunes à créer des entreprises agricoles
et à travailler ensemble afin d’accroître leur pouvoir de négociation et de trouver de nouveaux marchés. Le
programme MAYOP (Malawi Agribusiness Youth Program) du FAFOTRAJ a aidé des centaines de jeunes à
se lancer dans la production et la commercialisation de denrées alimentaires brutes comme du soja, des
arachides, des haricots et du riz, ainsi que des produits à valeur ajoutée comme des huiles alimentaires, du
lait de soja, de la confiture et de la farine de riz. Les gouvernements du Botswana, du Ghana et du Kenya ont
demandé au FAFOTRAJ de reproduire ce modèle innovant dans leur pays.
Le programme MAYOP propose des formations pratiques relatives au développement et à la gestion des
entreprises, de manière à aider les jeunes à créer leurs propres entreprises agroalimentaires. Entre 2010 et
2011, la programme a formé 3 380 jeunes et a permis la création de 75 entreprises agricoles. Il est prévu de
développer l’initiative à l’échelle nationale de manière à ce qu’elle atteigne au moins 1 million de jeunes. Dans
le village de Juma du district de Thyolo, Juma Youth Investment est une entreprise agricole qui a bénéficié
du programme FAFOTRAJ pour la jeunesse. Créée en 2011 par 15 jeunes agriculteurs, elle se concentre sur
la filière porcine. L’idée a pris forme après la réalisation d’une étude de faisabilité qui a révélé une forte
demande pour la viande de porc, en particulier sous la forme de saucisses, dans les villes environnantes. Le
groupe a démarré avec deux cochons, achetés grâce à la contribution des membres. Lorsque les animaux se
reproduisent, les porcelets sont partagés. L’achat d’une machine permettant la fabrication de saucisses sera
la prochaine étape. Non loin de là, à Matapwata, une entreprise regroupant 35 personnes a été créée dans
le but de produire, d’acheter et de transformer des tomates pour en faire des sauces, des confitures et des
jus, à l’aide d’ustensiles ménagers communs. Leurs débouchés potentiels sont des hôpitaux, des écoles, des
consommateurs directs et des commerces de détail dans les environs.
Principaux problèmes
> Le manque de financement, une création complexe au niveau administratif et le manque
de confiance dans le projet en raison du jeune âge des dirigeants.
L’initiative a vu le jour à Dakar (Sénégal), où des jeunes femmes ont créé une solution TIC dénommée
«SOORETUL», grâce à laquelle les produits ruraux répondent à la demande urbaine, et les
consommateurs ont accès à la production agricole de leur propre pays. Au Sénégal, la transformation
des produits locaux est principalement le fait de femmes qui vivent en milieu rural. Ces femmes
transforment les produits agricoles tout au long de l’année, mais la seule opportunité de vendre leurs
produits sont les foires commerciales internationales qui n’ont lieu que 15 jours par an. Les femmes
n’ont pas accès au financement qui permettrait la création de commerces, ou l’utilisation d’Internet
pour promouvoir leurs produits. C’est dans ce contexte qu’une plateforme d’e-commerce a été créée
dans le but de vendre des produits agricoles et de leur donner une meilleure visibilité, permettant
ainsi aux Sénégalais de consommer des produits locaux, et d’accroître la production agricole.
Les défis à relever étaient le manque de financement, la difficulté à préparer les documents
administratifs exigés, et un manque de confiance en raison du jeune âge des instigateurs du projet.
Les acteurs et les décideurs politiques n’ont pas saisi l’importance des TIC dans des secteurs
comme l’agriculture et il a été très difficile de leur faire comprendre que les TIC pouvaient résoudre
les problèmes de commercialisation que rencontrent les produits locaux et contribuer à la sécurité
alimentaire. SOORETUL a participé à un concours afin d’obtenir le financement nécessaire au lancement
du projet; puis a identifié les femmes travaillant dans l’agro-industrie et a décidé des produits les mieux
à même d’être présentés sur la plateforme d’e-commerce. L’approche par les TIC a été choisie pour
réduire la distance entre les agriculteurs, les femmes et les consommateurs, et pour donner la possibilité
de passer commande et de livrer les produits. Plus de 500 jeunes ont bénéficié de ce projet: certains ont
participé à la conception et à la gestion de la plateforme, d’autres ont travaillé auprès des femmes pour
obtenir des informations sur leurs produits, et d’autres encore ont participé à la vente des produits, ou à
leur livraison aux clients. Le projet a fourni des opportunités d’emploi à des jeunes qui étaient jusque-là
au chômage, et à des jeunes fournisseurs qui ont pu accéder à de nouveaux marchés.
En tout, 250 jeunes hommes et femmes ont bénéficié du projet et ont été amenés à cultiver,
transformer et conditionner des produits locaux quotidiennement pour leurs clients. La création d’une
boutique en ligne a permis aux jeunes femmes de vendre leurs produits et de gagner en autonomie,
a dynamisé l’économie numérique dans le secteur agroalimentaire et a contribué à la réduction de la
fracture numérique. Plus de 300 personnes ont pu consommer des produits naturels et sains, et le
projet a amélioré la sécurité alimentaire et la nutrition en favorisant la production et la consommation
de produits agricoles locaux, naturels et sains.
20 | ENRICHISSEMENT DES CONNAISSANCES, DES COMPÉTENCES ET DES TALENTS DES JEUNES AU SERVICE DE LA SÉCURITÉ ALIMENTAIRE ET DE LA NUTRITION
Le projet a en outre facilité le renforcement des capacités des jeunes femmes à utiliser la
plateforme et à mieux comprendre le potentiel des TIC en agriculture. Cette approche pourrait être
étendue au secteur de l’agro-industrie avec l’appui de meilleures infrastructures et l’engagement
politique des dirigeants. Les responsables politiques doivent accorder une priorité élevée aux secteurs
agricole et de l’agro-industrie. Les politiques nationales doivent soutenir les jeunes qui souhaitent
participer au développement de l’agriculture par les TIC, et fournir les financements nécessaires à la
création d’agro-industries, afin de garantir la souveraineté alimentaire du Sénégal.
09
Renforcer les capacités d’élaboration
des politiques d’éducation
Lieu: Mozambique Partenaires: la FAO et le ministère de l’Éducation et de la Culture
Principaux problèmes
> Les contraintes budgétaires en matière d’éducation.
> Le manque de connaissance et de capacité des enseignants pour éduquer les jeunes à
l’agriculture, la sécurité alimentaire et la nutrition.
> La difficulté d’aller à l’école dans les zones rurales isolées.
> Des méthodologies d’apprentissage électronique non adaptées à la plupart des zones rurales
en raison de l’absence de matériel et de connexion.
L’éducation est un des secteurs clés du plan d’action gouvernemental pour la réduction de la
pauvreté absolue et de la faim au Mozambique. En 2006, une directive du ministère de l’Éducation
et de la Culture (MEC) a fait de la production agricole à l’école une activité obligatoire dans les
établissements scolaires primaires, secondaires et de niveau intermédiaire au Mozambique. Puis
en 2007, lors d’un séminaire organisé par le MEC et regroupant de nombreux autres partenaires, il a
été décidé d’intégrer les activités de production agricole à l’école dans le programme de formation
des enseignants. L’objectif global de cette décision était de contribuer à l’amélioration de la qualité
de l’enseignement, tout en renforçant les connaissances en matière de sécurité alimentaire et de
nutrition chez les jeunes au cours de leur scolarité obligatoire et par la suite.
Afin de renforcer les capacités des enseignants dans les domaines de l’agriculture durable, de
l’entrepreneuriat et de la nutrition, et de rétablir le respect et susciter l’enthousiasme à l’égard de
l’agriculture en tenant compte des questions liées à l’âge et au sexe, la FAO a aidé le MEC dans les
activités suivantes:
> Évaluer les besoins d’apprentissage dans les trois domaines (agriculture, entrepreneuriat et
nutrition) et mettre en place un programme scolaire concernant ces trois domaines;
> Évaluer les besoins en formation des enseignants du primaire et du secondaire dans les divers
domaines, juger du caractère adéquat des méthodes pédagogiques et mettre à jour le matériel
pédagogique existant dans ces trois domaines.
> Réviser les outils de suivi et d’évaluation utilisés par le MEC afin de les adapter aux nouveaux
domaines;
> Former les formateurs des enseignants dans trois provinces du Mozambique à l’utilisation du
matériel d’enseignement et d’apprentissage élaboré, y compris aux méthodes pédagogiques
spécialisées (centrées sur l’apprenant).
Plus de 50 formateurs d’enseignants, issus des 24 centres de formation des enseignants du pays,
ont été formés à l’utilisation des manuels spécifiques élaborés dans les cinq domaines suivants:
1) l’agriculture;
2) l’élevage;
3) l’entrepreneuriat;
4) la nutrition; et
5) les technologies alimentaires.
Les connaissances traditionnelles des peuples autochtones et des communautés locales relatives
à la gestion des écosystèmes et à l’utilisation durable des ressources naturelles ont également
été adaptées et intégrées avec succès au matériel pédagogique. Le principal résultat des activités
menées par la FAO a été le renforcement des capacités du secteur éducatif du Mozambique à mettre
en œuvre un enseignement efficace en matière de nutrition, d’agriculture et d’entrepreneuriat dans
les établissements primaires et secondaires, en apportant un soutien technique et du matériel
d’apprentissage aux formateurs des enseignants, et en créant un groupe de formateurs aptes à faire
bon usage du nouveau matériel pédagogique. Le résultat final va directement concerner des millions
de jeunes dans le pays, notamment les plus vulnérables et ceux vivant dans les zones rurales isolées,
et va renforcer leurs connaissances en agriculture en général, et améliorer leur situation en termes de
sécurité alimentaire et de nutrition.
22 | ENRICHISSEMENT DES CONNAISSANCES, DES COMPÉTENCES ET DES TALENTS DES JEUNES AU SERVICE DE LA SÉCURITÉ ALIMENTAIRE ET DE LA NUTRITION
10
Mécanisme de financement par prélèvement
Lieu: Afrique du Sud Partenaires: Forum mondial pour le conseil rural
Principaux problèmes
> Le manque de qualification des jeunes.
> Le taux de chômage élevé.
> Un système de formation fragmenté et non coordonné.
Il existe au total 21 SETA qui représentent 21 secteurs, et AgriSETA est l’une des autorités les moins
développées. Cependant, AgriSETA est particulièrement importante compte tenu des défis que représentent
l’amélioration de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le pays. En plus de fournir le financement
nécessaire au système national de formation, les nouveaux mécanismes de financement du développement
des compétences constituent un modèle efficace pour atteindre les objectifs politiques globaux de
développement des compétences. Les SETA sont partiellement autonomes, ce qui est essentiel pour
minimiser la bureaucratie et faciliter le flux des ressources nécessaires pour la gestion prévisionnelle des
compétences. Le suivi et l’évaluation continus des processus de mise en œuvre, et la gestion des boucles
de rétroaction dans les diverses institutions sont cruciaux pour garantir qu’elles avancent toutes dans la
même direction, et au même rythme. Il est également primordial d’investir dans les capacités en ressources
humaines afin d’administrer la mise en œuvre du système. Cette approche très large permet non seulement
de combler les lacunes en matière de compétences, mais joue également un rôle majeur en aidant les
populations marginalisées et défavorisées à améliorer leur potentiel en matière d’activités rémunératrices.
Une volonté politique et un leadership forts sont indispensables pour atteindre ces résultats.
11
Service d’audio conférence
pour la vulgarisation agricole
Lieu: Ghana Partenaires: Savannah Young Farmers Network
Principaux problèmes
> Un réseau mobile peu développé.
> Un faible accès à l’électricité dans les communautés rurales pour recharger les téléphones mobiles.
> L’absence de fonds et de partenaires d’investissement adaptés pour développer l’initiative.
Le SavaNet (Savannah Young Farmers Network) est une organisation non gouvernementale dirigée
par des jeunes au Ghana, dont le but est de promouvoir l’engagement actif des jeunes femmes et
hommes dans l’agriculture. Il est en outre fortement impliqué dans l’introduction d’applications TIC
innovantes dans le pays en tant qu’outil permettant d’attirer les jeunes agriculteurs dans ce secteur.
C’est dans ce but que le réseau a élaboré et mis en œuvre le projet de Service d’audio conférence pour
la vulgarisation agricole (ACE).
24 | ENRICHISSEMENT DES CONNAISSANCES, DES COMPÉTENCES ET DES TALENTS DES JEUNES AU SERVICE DE LA SÉCURITÉ ALIMENTAIRE ET DE LA NUTRITION
ÉTUDES DE CAS Afrique | 25
Ω 11 | Service d’audio conférence pour la vulgarisation agricole
En raison de la hausse du nombre d’agriculteurs âgés (environ 60 pour cent), les vastes et fertiles terres
agricoles du pays sont souvent sous-utilisées, ce qui constitue une bonne incitation pour les jeunes femmes
et hommes qui souhaitent se lancer dans le secteur agricole. Le service ACE a été conçu pour promouvoir
l’engagement actif des jeunes agriculteurs ghanéens, et l’initiative s’est appuyée sur l’intérêt des jeunes pour
les services et les gadgets technologiques pour leur proposer des services de conseil agricole axés sur la
demande. L’initiative aborde également la difficulté que rencontrent de nombreux jeunes agriculteurs ruraux,
surtout les jeunes femmes, à participer librement au développement des compétences et à l’apprentissage en
présence des agriculteurs plus âgés lors des réunions communautaires, auxquelles ils sont rarement conviés.
Elle se penche en outre sur le problème auquel font face les jeunes agriculteurs pour créer des entreprises
agricoles viables en raison du manque d’accès aux marchés et aux chaînes de production, tout en faisant le
lien entre les jeunes exploitants et les chercheurs en agriculture et les agents de vulgarisation.
La mise en œuvre de cette nouvelle application mobile ICT4Ag a profité à 5 274 jeunes agriculteurs au
cours de sa première année d’existence. Les jeunes bénéficiaires ont pu profiter de l’initiative en accédant
aux services soit en tant qu’exploitant individuel, soit en tant que groupe d’agriculteurs rassemblant de 5 à
25 individus. Les jeunes agriculteurs qui ont adopté le service mobile pour la première fois ont également pu
profiter d’un soutien technique des agents d’information agricole de la communauté. On a constaté que les
jeunes agriculteurs qui avaient adopté le service ACE parvenaient à accroître leur production tant végétale
qu’animale, consolidant ainsi leur niveau de sécurité alimentaire et de nutrition, et celui de leur famille.
Ce nouveau service ICT4Ag a été reconnu comme étant une initiative innovante majeure par diverses
organisations2. Les principaux problèmes rencontrés au cours de la mise en œuvre du projet peuvent être
résolus à l’aide d’un réseau mobile jouissant d’une couverture nationale afin de mieux toucher les zones
rurales tout en favorisant le partage des coûts pour assurer la viabilité. L’élaboration et la mise en œuvre
de politiques ICT4Ag nationales peut largement contribuer à la mise en place et surtout l’application à plus
grande échelle du service ACE dans le but d’en faire profiter davantage de jeunes agriculteurs et d’éventuels
autres acteurs de la chaîne de valeur agricole.
2
Ashoka, FAO, FIDA, CTA, YALI/US State department, Université de Californie à Berkeley, Université Cornel, Microsoft 4Africa
12
Projet fruits, noix et élevage en faveur
des jeunes des régions côtières
Lieu: Kenya Partenaires: Sustainable Agriculture Community Development Programme (SACDEP)
Principaux problèmes
> Le manque de compétences agricoles.
26 | ENRICHISSEMENT DES CONNAISSANCES, DES COMPÉTENCES ET DES TALENTS DES JEUNES AU SERVICE DE LA SÉCURITÉ ALIMENTAIRE ET DE LA NUTRITION
La région côtière du Kenya est connue pour disposer d’actifs et de ressources qui offrent de
nombreuses possibilités de création de richesse aux communautés de la région, grâce à l’essor de
l’industrie du tourisme qui profite de l’attrait des plages qui bordent l’océan Indien. En dépit des
richesses dont dispose la région, la pauvreté reste élevée. La plupart des produits alimentaires sont
‘importés’, principalement de la région centrale du Kenya, ou de pays comme la Tanzanie. Une grande
partie de la province de la côte dispose de terres riches et d’un climat propice à la production agricole,
en particulier pour les fruits et les noix, et pourtant les niveaux de pauvreté sont inquiétants. Le
problème vient du manque de compétences en matière de production agricole.
Le programme SACDEP a débuté un projet intitulé «Coastal Youth Fruits, Nuts and Livestock
(CFNL) project» qui a été mis en œuvre entre 2011 et 2014 dans le comté de Kilifi de la province de la
côte au Kenya. Il a été mené dans deux zones, Malindi et Kilifi, qui couvrent les quatre districts de
Bahari, Ganze, Malindi et Magarini. L’objectif global était de créer de l’emploi et des revenus durables
pour les jeunes dans les quatre districts du comté de Kilifi, en s’appuyant sur l’industrie du tourisme
et l’utilisation de compétences agroalimentaires, grâce à la production, la transformation et la
commercialisation de produits issus de l’élevage de petits animaux.
Grâce à la formation des jeunes les plus dynamiques visant à les rendre autonomes, 353 jeunes
tirent aujourd’hui des revenus d’activités à valeur ajoutée dans le domaine des fruits, des noix et de
l’élevage de petits animaux (volailles et lapins). Les produits sont vendus dans les supermarchés des
environs et les hôtels de la région.
> Neuf petites industries artisanales ont été créées et transforment des noix de coco,
des noix de cajou, des mangues et des ananas;
> Les prix sont ainsi 65 pour cent plus élevés que ceux des matières premières;
> 212 jeunes sont employés à temps plein dans le secteur agricole;
> Au cours des trois années d’existence du projet, les jeunes ont dégagé un bénéfice de
4 450 500 KES (47 834 USD).
Une partie des fonds générés sont réinvestis dans le groupe en prévision d’investissements
futurs. Le montant total des fonds épargnés à ce jour atteint 1 450 600 KES (15 591 USD). Grâce à
cette épargne, les jeunes ont mis en place un dispositif d’épargne et de crédit. Le reste des bénéfices
est partagé entre les membres du groupe pour répondre à leurs besoins quotidiens. Les jeunes de
la Province de la côte ont aujourd’hui la possibilité de sortir de leur situation de pauvreté. Ce qui
manque, ce sont les compétences entrepreneuriales et la diffusion des moyens permettant de tirer
parti des infrastructures existantes pour créer des moyens d’existence durables. En s’appuyant sur
les marchés existants de cette vaste région côtière, les jeunes et la communauté en général peuvent
parvenir à créer des richesses pour les générations actuelles et futures.
Dans de nombreux cas, les jeunes et les femmes ne disposent que de garanties limitées, voire
nulles, pour pouvoir améliorer leur situation, et en dépit de leur fort potentiel, le manque de capital et
de solvabilité demeure un obstacle majeur à franchir. Une plus grande attention devrait être accordée
aux moyens de faciliter l’accès au financement parallèlement au développement des capacités des
jeunes.
En s’appuyant sur les marchés existants par le biais de groupes de producteurs constitués de
jeunes, non seulement dans la région côtière mais aussi dans tout le pays, davantage de jeunes
peuvent être formés par ceux qui ont déjà reçu une formation et qui constituent aujourd’hui des
exemples positifs dans leur communauté, entraînant ainsi des changement en cascade. En outre,
avec l’augmentation de leurs revenus, ces jeunes vont s’affirmer et auront un jour la capacité de
faire pression pour obtenir des réformes politiques à l’échelle du pays.
28
13
Centre international de hautes études
agronomiques méditerranéennes (CIHEAM)
Lieu: Méditerranée Partenaires: CIHEAM
Principaux problèmes
> Le manque d’accès aux connaissances et compétences agricoles.
Le CIHEAM est une organisation intergouvernementale fondée en 1962. Afin de répondre aux besoins
de ses 13 états membres, et de mener des projets conjointement avec d’autres acteurs internationaux,
nationaux et locaux, le CIHEAM utilise son expertise dans le domaine de la formation spécialisée, de la
recherche et de l’assistance technique, ciblant en particulier les jeunes des pays méditerranéens et en
dispensant un enseignement supérieur complémentaire à plus de 1 000 jeunes chaque année. Le CIHEAM
dispose de quatre Instituts agronomiques méditerranéens (IAM), situés à Bari (Italie), Chania (Grèce),
Montpellier (France) et Saragosse (Espagne), et d’un Secrétariat général basé à Paris (France). Il poursuit
sa mission de coopération au moyen de formations spécialisées, de recherche en réseau, de diplomatie
scientifique et de partenariats politiques.
Cette approche spécifique, qui associe flexibilité, interdisciplinarité, et partenariats avec d’autres
institutions méditerranéennes, a pour but d’améliorer les liens entre formation, recherche et coopération,
à savoir entre les connaissances et les besoins en matière de développement. Sa mission se situe au
croisement de trois domaines d’intervention (formation, recherche, développement) orientés vers les
besoins des États et des parties prenantes des milieux agricoles et ruraux, mais aussi engagés dans
l’économie de la connaissance et l’emploi des jeunes. Un continuum d’expertise allant de la production à la
consommation permet une approche globale et intégrée des questions liées à l’agriculture, à l’alimentation,
et aux zones rurales et marines. Les niches thématiques, comme l’agriculture biologique, le développement
territorial, les indications géographiques et le régime méditerranéen, sont également abordées.
Depuis sa création, le CIHEAM a formé plus de 30 000 jeunes. Certains d’entre eux occupent
aujourd’hui les positions clés d’agents agricoles, de chefs d’entreprise, de chercheurs, ou travaillent pour
des organisations nationales ou internationales. En plus de son principal objectif qui est l’enseignement,
le CIHEAM contribue également au dialogue interculturel. Environ deux tiers des jeunes formés l’ont été
par le biais de courtes sessions spécialisées. Chaque année, le CIHEAM accorde près de 500 bourses à des
étudiants et des professionnels. En outre, une plateforme doctorale régionale accueille et soutient environ
50 doctorants chaque année. Entre 2003/04 et 2013/14, environ 4 400 étudiants ont participé au Master, dont
3 300 venaient des 13 états membres du CIHEAM – 70 pour cent d’entre eux ont reçu une bourse de mobilité.
Concernant les formations spécialisées, entre 2003/04 et 2012/13, près de 8 200 individus ont participé à des
cours proposés par le CIHEAM; 2 300 étaient issus de pays non membres.
Ce modèle favorise la formation des jeunes qui vont devenir les futurs décideurs dans le domaine de la
sécurité alimentaire et de la nutrition; il leur inculque le sens d’un avenir collectif et une certaine ouverture
sur les réalités régionales, et l’envie d’œuvrer à un développement durable et équitable. Ce modèle pourrait
être répliqué dans d’autres contextes (sous)régionaux dans la mesure où les pays partagent cette vision des
choses. Un soutien financier durable est par ailleurs indispensable pour financer l’éducation et la formation et
les diverses bourses, et pour pouvoir accueillir les jeunes les plus motivés et les plus compétents.
30
14
Enterprise Your Life
Lieu: Égypte Partenaires: Making Cents International, Silatech, Plan Egypt, FIDA
Principaux problèmes
> Manque de confiance et manque de compétences liées aux affaires.
Le Proche-Orient et l’Afrique du Nord affichent une population d’environ 350 millions de personnes.
Ce chiffre devrait atteindre 700 millions d’ici 2050. Plus de 60 pour cent de la population a moins de
30 ans et l’écart entre le taux de chômage des jeunes et celui des adultes est significatif. Le taux de
chômage des jeunes dans la région atteint presque 30 pour cent, et en Égypte il est même supérieur à
40 pour cent. La baisse du nombre d’emplois dans les secteurs public et privé formel urbains souligne
la nécessité de promouvoir l’entrepreneuriat en faveur des jeunes dans les filières agricoles.
Pour répondre à cette situation, un projet pilote a été financé grâce à une subvention accordée
en janvier par le FIDA à Making Cents International – une entreprise sociale basée à Washington,
D.C. – et à Silatech – une initiative sociale visant à créer des opportunités pour les jeunes dans le
monde arabe. Préalablement à l’élaboration du projet, l’agence de mise en œuvre – Plan Egypt – a
mené des consultations auprès des jeunes ruraux dont il ressort que ce groupe a bien conscience
de ce qu’est l’entrepreneuriat, et dispose de modèles qui sont de bons entrepreneurs. Toutefois, les
jeunes manquent souvent de confiance pour créer leur propre entreprise et ne disposent pas des
compétences en matière de négociation, de communication, de planification ou de production d’idées
pour exploiter efficacement une agro-entreprise. Les consultations indiquent également que les
jeunes ont appris de leurs mentors et ont apprécié le soutien continu.
En conséquence, le programme d’Entreprise Your Life – qui se concentre sur le développement
pratique des compétences favorables à l’esprit d’entreprise et à la formation de groupes d’épargne
(YSG – Youth Saving Groups) – a été élaboré. Ce programme éducatif comprend un volet ‘coaching’
qui fait appel à la métaphore du sport pour présenter un promoteur de YSG comme un coach dont le
but est de fournir des conseils sur l’utilisation du contenu de la formation. Le programme a été conçu
sous la forme d’exercices courts et ciblés qui permettent un apprentissage pratique et interactif pour
un développement continu des compétences, qui permet aux jeunes de faire des expériences, puis de
solliciter des conseils auprès des autres membres, et du promoteur du YSG. En tout, 580 YSG ont été
créés, rassemblant près de 8 000 membres, dont 72 pour cent sont des jeunes femmes.
Le projet favorise le développement des capacités – tant pour les jeunes que pour les institutions
de microfinancement – dans le but d’établir des relations prêteurs- emprunteurs efficaces entre les
jeunes ruraux et les institutions financières formelles.
Cet objectif peut être atteint tout d’abord en renforçant les capacités financières des membres
des YSG afin de les préparer à accéder aux services financiers formels. Le projet prévoit que les
membres des YSG seront à la fois mieux préparés et davantage disposés à accéder aux services
financiers formels après avoir participé aux groupes YSG. Ensuite, les institutions de microfinance
sont sensibilisées à l’importance des YSG pour apporter des clients fiables à leurs services,
et à la nécessité de proposer des produits et des services adaptés aux différents besoins des
jeunes ruraux – en accordant une attention particulière à la dynamique du genre. En discutant
du programme, en partageant les statistiques sur l’épargne et les taux d’intérêt, et en invitant
des représentants aux réunions de groupe, le personnel du projet a rassuré les institutions
de microfinancement, qui sont ainsi plus enclines à offrir leurs services aux jeunes clients qui
ont participé au projet YSG. Ces approches permettent au personnel du projet de promouvoir
activement le projet auprès des membres des YSG, en recommandant ceux dont les besoins
dépassent les capacités des YSG aux institutions de financement locales, et en les aidant à remplir
leur demande, à trouver des garants, etc.
Même s’il est encore trop tôt pour juger, les premiers résultats du projet pilote sont
encourageants. Les jeunes participants aux YSG ont exprimé leur satisfaction quant au programme
éducatif Enterprise Your Life, et ont déclaré qu’ils considéraient leur coach comme un frère ou
une sœur susceptible de les aider à mettre en place des activités génératrices de revenus. Plus
concrètement, les premiers résultats étayent le potentiel de cette combinaison de développement
des capacités et d’accès aux services financiers: Une étude menée auprès de 1 000 participants
ayant assisté à la moitié du programme révèle que 75 pour cent de ces derniers déclarent qu’ils
ont accru leurs connaissances, 25 pour cent indiquent qu’ils ont appliqué ces connaissances, et en
moyenne 20 pour cent déclarent qu’ils ont utilisé les informations pour créer ou améliorer une activité
génératrice de revenus. On en saura bien plus lorsque les groupes auront terminé leur premier cycle
et qu’une évaluation des répercussions, qui est prévue pour l’été 2015, sera réalisée. Si le pilote
affiche un bon rapport coût/efficacité, il est possible que les agences gouvernementales et/ou les
associations locales de développement communautaire adoptent le modèle pour leur stratégie de
promotion de la jeunesse.
32 | ENRICHISSEMENT DES CONNAISSANCES, DES COMPÉTENCES ET DES TALENTS DES JEUNES AU SERVICE DE LA SÉCURITÉ ALIMENTAIRE ET DE LA NUTRITION
15
Actualiser l’enseignement supérieur de premier
cycle et développer celui du second cycle à
l’Université nationale de science et de technologie
(UNST)
Lieu: Pakistan Partenaires: YUNGA, FAO, UNST
Principaux problèmes:
> Veiller à ce que les programmes éducatifs agricoles abordent les problèmes actuels.
Le fait de proposer un enseignement agricole actualisé, pertinent et pratique dans les universités, en
particulier celles des pays en développement, est primordial pour lutter contre la pauvreté, renforcer la
sécurité alimentaire et mettre en place des pratiques efficaces d’adaptation au changement climatique.
La FAO et YUNGA ont aidé l’Université nationale de science et de technologie (UNST) au Pakistan à
mettre à jour sa formation de premier cycle sur l’irrigation et à mettre en place une nouvelle formation de
second cycle en la matière. Une série de 26 cours a été élaborée pour chaque formation, en phase avec
les nouveaux besoins en matière de gestion des ressources naturelles dans le contexte de changement
climatique et en accord avec les principes de l’agriculture intelligente face au climat. Cette mise à jour a
été effectuée pour renforcer la compréhension, l’apprentissage et la formation à l’université, dans le but
de permettre aux étudiants d’appliquer efficacement leurs connaissances, de participer à l’adaptation au
changement climatique et de renforcer la sécurité alimentaire de leur pays.
La formation de premier cycle a été très bien évaluée par les étudiants. Le matériel didactique a été
partagé avec l’Université agronomique de Peshawar, et l’Université Mehran d’ingénierie et de technologie
d’Hyderabad. En outre, un réseau de 16 universités a été créé pour favoriser la normalisation des
formations universitaires sur l’irrigation au Pakistan. Une fois finalisées, ces formations seront validées
par la Commission de l’enseignement supérieur du Pakistan. Le matériel produit sera enfin partagé avec
la Commission internationale des irrigations et du drainage (CIID), qui aura la possibilité de proposer cette
formation aux étudiants intéressés par l’irrigation et l’ingénierie civile partout dans le monde, grâce à ses
comités nationaux.
La possibilité de continuer à adapter cette formation et le matériel didactique, à mesure qu’évolue la
compréhension des pratiques d’adaptation au changement climatique et que progresse la technologie visant
à affronter le changement climatique dans le secteur agricole, est essentielle à la viabilité de son succès.
Lorsqu’elle a été mise en place, cette formation était parfaitement à jour et doit le rester pour garantir que les
jeunes qui y participent aient les meilleures chances d’apporter des changements chez eux.
34
16
Girls’ groups
Lieu: Inde Partenaires: Landesa
Principaux problèmes:
> Le manque de connaissance des jeunes femmes en matière de droits et d’accès à la terre.
Les jeunes filles pauvres des zones rurales du Bengale Occidental sont souvent considérées comme des fardeaux
par leur famille, car elles n’apportent pas de contributions financières et parce que leur famille doit payer une dot
pour les marier. Comme le montant de la dot peut être catastrophique pour la situation financière de la famille, de
nombreuses familles font tout leur possible pour ne pas verser une dot trop importante. Bien souvent, cela signifie
marier la jeune fille dès 12 ou 14 ans, car la dot est parfois réduite ou non exigée si la mariée est très jeune. Une fois
mariées, les jeunes filles doivent quitter l’école.
Afin de donner l’opportunité aux jeunes femmes de gagner leur vie dans l’agriculture, de promouvoir la sécurité
alimentaire et la nutrition auprès des groupes vulnérables, et de permettre aux jeunes filles de prendre confiance
en elles et de devenir des adultes autonomes, Landesa – un institut de développement rural spécialisé dans la
défense des droits fonciers des plus pauvres – a mis en place le Girls Project. Il permet aux jeunes femmes rurales
de la région du Bengale Occidental d’exercer leurs droits fonciers et de produire et de vendre leurs propres produits
agricoles. Leurs perspectives économiques et sociales à long terme s’en trouvent améliorées, et leur vulnérabilité
à des risques tels que le mariage précoce, le manque d’éducation et la malnutrition est ainsi réduite. Accroître la
compréhension des droits liés aux terres des jeunes filles et de leur communauté – et aider les jeunes filles à utiliser
les terres pour créer des actifs et démontrer leur potentiel – permet à ce groupe de prendre le contrôle de son
avenir. Elles sont de ce fait davantage susceptibles de jouir sans entrave de ces droits une fois adultes.
Le point central du projet est l’organisation de groupes de jeunes filles, qui se rencontrent régulièrement, et
sont animés par des pairs responsables avec le soutien des agents sanitaires de proximité. Ces groupes permettent
des discussions interactives et apportent aux jeunes filles des informations sur les droits fonciers, les actifs, les
moyens d’existence fondés sur les terres, les avantages tirés de la maîtrise des terres et l’importance de l’égalité
des droits entre filles et garçons en matière de succession. Ces groupes apportent également des compétences
relatives aux moyens d’existence basés sur les terres et des connaissances pratiques sur la façon de contacter les
institutions publiques qui peuvent les aider à revendiquer leur héritage et à assurer leurs droits fonciers à l’avenir.
Les activités pratiques portent sur l’entretien d’un petit potager, dans lequel elles peuvent cultiver des produits
nutritifs qui viennent compléter l’alimentation de leur famille ou qui peuvent être vendus pour générer des revenus.
De nombreuses jeunes filles utilisent ces potagers pour obtenir leurs premiers revenus, et leur famille commencent
à les considérer comme un atout plutôt qu’un fardeau. Une autre composante est l’éducation des garçons et
l’implication de la communauté. Il s’agit de sensibiliser les garçons et les communautés aux vulnérabilités et aux
droits des jeunes filles et aux avantages de leur implication dans les terres. Le Girls Project a déjà touché plus de
40 000 jeunes filles et plus de 1 000 villages dans le district de Cooch Behar du Bengale Occidental. On a constaté
que les filles qui avaient participé au programme pendant un an étaient plus enclines à poursuivre leurs études, à
détenir des avoirs en leur nom, et moins susceptibles d’être mariées précocement.
Principaux problèmes
> Manque d’infrastructures et de connaissances des TIC.
Le projet Infomediary Campaign est une initiative nationale destinée à mobiliser les élèves du secondaire,
entre 13 et 16 ans, afin qu’ils servent d’«infomédiaires», c’est-à-dire qu’ils transmettent des informations
dans leur communauté pratiquant la riziculture. La campagne, qui a débuté en 2012, est mise en
œuvre dans plus de cent écoles dans tout le pays. L’objectif de cette campagne est de lutter contre le
manque d’information dans les communautés rizicoles isolées et de combler les lacunes en matière de
vulgarisation agricole: le pays ne dispose que de 13 285 agents de vulgarisation agricole (AVA) pour plus
de 2 millions de riziculteurs.
Cette initiative est conçue comme un projet de recherche-action, avec des stratégies en ligne et hors
ligne. Les initiatives en ligne incluent la mise en place du PhilRice Text Center (PTC) et de PinoyRice. Le PTC
est une plateforme SMS qui répond à toutes les demandes relatives à la production rizicole. PinoyRice
est un site Web qui contient une très grande quantité d’informations sur la riziculture aux Philippines.
Ces deux plateformes ont été conçues sous les auspices de l’Open Academy for Philippine Agriculture, un
consortium de centres de recherche agricole des Philippines qui a pris fin en 2010. Tous les participants
sont encouragés à s’inscrire au PTC. L’Équipe classe les SMS (ou textos) envoyés par les étudiants.
L’Équipe effectue régulièrement des campagnes d’appel et des visites aléatoires pour se tenir informée de
la mise en œuvre du projet.
Les initiatives hors ligne incluent la création de petites rizières, l’organisation du jeu Infomediary
Quiz Bee, la fourniture de supports d’information aux établissements participants, l’organisation de
journées sur le terrain, et le renforcement des capacités des enseignants. Le projet propose également
des formations nationales sur la production rizicole aux enseignants des établissements participants.
Les enseignants sont les catalyseurs de cette initiative; on attend donc d’eux qu’ils intègrent ce qu’ils ont
appris dans leurs programmes éducatifs.
On dénombre désormais des milliers d’utilisateurs de PTC. Ainsi, entre juin et décembre 2014, le PTC
a reçu plus de 3 000 messages de ses infomédiaires concernant les variétés de riz et la gestion intégrée
de l’eau et des nuisibles. Le ministère de l’Éducation a diffusé le rapport publié en 2014 dans tous les
établissements d’enseignement technique et professionnel agricoles du pays. Le rapport contient des
recommandations pour améliorer l’offre des formations liées à l’agriculture comme la riziculture.
36 | ENRICHISSEMENT DES CONNAISSANCES, DES COMPÉTENCES ET DES TALENTS DES JEUNES AU SERVICE DE LA SÉCURITÉ ALIMENTAIRE ET DE LA NUTRITION
De nombreux enseignants ont également téléchargé des supports pédagogiques sur PinoyRice, qu’ils
utilisent désormais pour enseigner la riziculture. La campagne a également recensé des cas de réduction
significative de l’utilisation de pesticides et des améliorations relatives aux comportements en matière de
recherche d’information parmi les agriculteurs et les communautés.
Après plus de deux ans de mise en œuvre de la campagne, ce qui ressort de manière évidente
est que l’initiative ne peut pas être exclusivement numérique. Ce qui fonctionne le mieux est une
combinaison de ces deux approches, en ligne et hors ligne. Davantage d’étudiants envoient des
messages lorsque des activités sont en cours sur le terrain. L’infrastructure des TIC dans les zones
rurales doit être une priorité pour les pouvoirs publics. Comme il s’agit avant tout d’impliquer les
jeunes dans l’agriculture, les approches associant éducation et divertissement doivent être prises
en compte lors de l’élaboration des stratégies de communication les concernant. Les stratégies
conventionnelles peuvent ne pas fonctionner avec les jeunes.
18
Village Concept Project (VCP)
Lieu: Indonésie Partenaires: IAAS
Principaux problèmes
> Les étudiants en agriculture manquent d’expérience pratique.
Ces jeunes ont l’opportunité de s’imprégner des conditions réelles et des problèmes courants que
connaissent les zones rurales et d’utiliser leur formation universitaire pour régler des problèmes
locaux liés à l’amélioration de la sécurité alimentaire et de la nutrition au sein des groupes les plus
vulnérables.
La plupart des jeunes participants sont des étudiants de premier cycle qui ne possèdent que
des connaissances théoriques acquises à l’université. Le principal problème de ces étudiants est de
ne pas avoir suffisamment d’expérience pratique, et c’est pourquoi le VCP est une chance pour les
étudiants indonésiens. Les étudiants sont poussés à se dépasser en essayant de résoudre les vrais
problèmes des communautés rurales, ce qui renforce leurs compétences et aptitudes à travailler avec
les agriculteurs à trouver des solutions pour renforcer la sécurité alimentaire et la nutrition.
Le projet VCP propose une approche innovante qui met l’accent sur l’établissement d’une étroite
relation personnelle entre les étudiants et les communautés locales afin d’accroître la confiance et
la crédibilité. Les étudiants construisent cette relation avec les communautés par le biais de visites
hebdomadaires, au cours desquelles les discussions portent sur l’exploitation agricole mais aussi
sur la vie quotidienne. Cette stratégie s’est révélée efficace pour gagner la confiance des producteurs
locaux et a facilité la mise en œuvre des services de vulgarisation. Parallèlement, les étudiants se
familiarisent avec la réalité de la vie quotidienne des communautés rurales, ce qui influencera leurs
futures études et leur trajectoire professionnelle.
En Indonésie en 2014, plus de 150 étudiants ont bénéficié du programme VCP et ont eu la
chance de travailler en tant que vulgarisateur auprès des communautés rurales, et de partager leurs
connaissances avec les producteurs. VCP permet à ces étudiants intéressés par une carrière dans
le domaine de la vulgarisation ou du développement d’accumuler des expériences pratiques et de
renforcer leurs compétences techniques et générales. L’expérience acquise par les étudiants aura des
répercussions sur la qualité de la vulgarisation et du développement agricoles à l’échelle du pays.
L’IAAS est actuellement la plus grande organisation étudiante internationale spécialisée dans
l’agriculture avec environ 10 000 membres à travers le monde, et de nombreux nouveaux participants
issus des universités partenaires devraient encore rejoindre le projet VCP. L’obtention de crédits
universitaires en échange de la participation au programme VCP devrait assurément augmenter le
nombre d’étudiants travaillant comme agent de vulgarisation. Il est en outre possible d’étendre le
projet VCP aux autres pays où l’IAAS est présente, et à ce propos, certains pays d’Afrique occidentale
se sont montrés très intéressés.
Les futurs experts agricoles doivent avoir l’opportunité d’apprendre dans des conditions
réelles dès le début de leurs études, et les étudiants en agriculture doivent être reconnus et utilisés
en tant que ressource clé au service du développement agricole. Les universités et les institutions
publiques devraient soutenir les efforts consentis par les jeunes pour acquérir une expérience
pratique en agriculture. L’intégration de projets similaires dans les programmes d’enseignement
des universités permettrait un passage à plus grande échelle en attribuant des crédits aux
étudiants en échange de leur travail communautaire au niveau local. Grâce à la collaboration entre
les universités, les jeunes et les institutions publiques de vulgarisation, les étudiants pourraient
même bénéficier encore plus de cette expérience d’apprentissage en obtenant des conseils
de première main des vulgarisateurs professionnels. Promouvoir et soutenir financièrement le
bénévolat dans le contexte du développement rural pourrait améliorer la qualité des étudiants
dans les domaines pertinents qui finissent leurs études en Indonésie, et l’ensemble du secteur
agroalimentaire en bénéficierait.
38 | ENRICHISSEMENT DES CONNAISSANCES, DES COMPÉTENCES ET DES TALENTS DES JEUNES AU SERVICE DE LA SÉCURITÉ ALIMENTAIRE ET DE LA NUTRITION
19
ICT Nepal
Lieu: Népal Partenaires: ICTAN
Principaux problèmes
> Les informations inadéquates apportées aux agriculteurs, et le manque de médias disponibles.
> L’insuffisance de la formation et de la vulgarisation, et le manque de diffusion des TIC.
En 2011, le projet ICT in Agriculture Nepal (ICTAN) a été lancé par un groupe d’étudiants. Il a pour but de relever
divers défis en lien avec l’agriculture au Népal, qui viennent des difficultés que rencontrent les agriculteurs pour
accéder à l’information, ainsi que des contraintes techniques qui limitent la portée et l’efficacité des services de
vulgarisation et de conseil. Depuis son lancement, ICTAN a travaillé à l’utilisation de diverses TIC pour renforcer
les services de vulgarisation agricole au Népal. L’organisation a lancé plusieurs initiatives comme la formation par
vidéoconférence, la diffusion de vidéos agricoles, des systèmes de SMS (ou texto) pour la diffusion de l’information
et la création de bibliothèques agricoles. Elle a élaboré une application, «Krishi Ghar», qui utilise les technologies
mobiles et du Web de manière innovante pour compléter le rôle des services de vulgarisation dans le pays. Krishi
Ghar met l’accent sur l’importance de donner la capacité aux bureaux agricoles d’envoyer des informations
opportunes et pertinentes aux agriculteurs.
Les informations agricoles influent sur la productivité agricole de différentes manières. Elles peuvent orienter
les prises de décision concernant les terres, la main-d’œuvre, le bétail, le capital et la gestion. La diffusion
des informations agricoles au bon moment et aux bonnes personnes peut participer à l’amélioration de la
productivité agricole. Une des plus grandes difficultés est de faire parvenir les bonnes informations agricoles aux
jeunes exploitants, qui ne sont souvent pas en lien avec les réseaux traditionnels et les systèmes informels de
flux d’informations. Il est important de noter que la plupart des jeunes népalais sont connectés aux TIC, ce qui
représente une opportunité particulièrement intéressante de les contacter, grâce à des moyens qui n’étaient pas
accessibles auparavant.
Le Népal est divisé en trois régions physiographiques différentes – une zone montagneuse, une zone de
collines et une zone de plaine – qui présentent des climats différents. En raison de la diversité de la topographie
et des climats, le Népal abrite une flore et une faune très diversifiées. La diversité du climat influence fortement
l’agriculture locale et l’hétérogénéité des besoins en information des agriculteurs installés dans les différentes
régions géographiques. Krishi Ghar permet aux différents organismes publics d’envoyer des informations liées à
l’agriculture aux exploitants en fonction de leurs besoins locaux spécifiques.
Depuis son lancement en décembre 2014, on estime que l’application basée sur Android a été utilisée par plus
de 1 500 agriculteurs. En outre, plus de 40 organismes publics utilisent le système. Krishi Ghar passe également
par les médias sociaux pour diffuser les informations agricoles, et environ 13 000 agriculteurs en ont profité, parmi
lesquels on pense que 80 à 90 pour cent sont des jeunes. Les informations diffusées concernent des domaines
comme l’amélioration des pratiques de gestion des terres, la planification agricole, les variétés de graines, la lutte
contre les maladies, et la fourniture des coordonnées de spécialistes qualifiés. Ces informations jouent un rôle
crucial en permettant de faire connaître les meilleures pratiques, de choisir les graines adaptées au climat et à
l’environnement, et de sensibiliser à la situation et aux prix des marchés. Une diffusion de l’information en temps
opportun permet de réduire les coûts de production des agriculteurs et d’accroître leur productivité, ce qui est
primordial pour améliorer la sécurité alimentaire et la nutrition.
ÉTUDES DE CAS ASIE | 39
20
Développer l’esprit d’initiative en zone rurale
Lieu: Inde
Principaux problèmes
> En raison de l’absence d’organisations et de groupes de jeunes, le soutien des banques et des
institutions financières est insuffisant.
> Le faible niveau de littératie chez les jeunes et leur manque d’intérêt pour l’agriculture.
Le projet financé par l’État «Catalyzing Rural Leadership for accelerated dissemination of information:
an action research» a été lancé en décembre 2012 par l’Université agricole du Bihar, Sabour, Inde. Dans
le cadre de ce projet, des jeunes chefs de file ont été choisis dans les régions avec l’aide des centres des
sciences agricoles au niveau des districts. Ces jeunes ont été formés à diverses innovations agricoles dans
des domaines comme la culture des champignons, l’horticulture à forte valeur ajoutée, et l’élevage des
volailles.
La démarche utilisée consistait à développer des clubs de jeunes afin de permettre aux jeunes femmes
et hommes de collaborer avec des individus ayant le même état d’esprit et le même niveau de revenu.
Cette approche a permis l’obtention de prêts auprès des banques et des institutions financières et de lutter
contre l’analphabétisme, car les membres les plus instruits étaient chargés de former ceux rencontrant
des problèmes de lecture et d’écriture. Ces clubs de jeunes ont également été utilisés pour partager les
exemples de réussite, et ces modèles ont permis de convaincre les jeunes que l’agriculture pouvait être un
choix professionnel viable.
Au total, 152 jeunes ont profité de ce projet. Des initiatives agricoles dans des domaines comme la
production de champignons, l’horticulture, les volailles, et la production de miel ont été lancées par le biais
des clubs. Les revenus générés ont participé à l’amélioration de la sécurité alimentaire et de la nutrition
des familles. C’est surtout la culture de champignons, qui fournit une source importante de nutriments, qui
a contribué à l’amélioration de la nutrition. Le projet a également permis un meilleur revenu par tête, ainsi
que des emplois à l’année pour les jeunes dans leur propre entreprise.
Cette approche est facilement adaptable et transposable dans d’autres régions. Il est particulièrement
important que les clubs de jeunes soient documentés et partagent des exemples concrets de réussite
susceptibles d’encourager les jeunes à faire bouger les choses dans le bon sens. En outre, la démarche des
universités selon laquelle des scientifiques dans le domaine agricole s’investissent dans un village afin de
favoriser les compétences de leadership dans un groupe de jeunes, ainsi que la création d’une entreprise
agricole dirigée par un jeune, doit être poursuivie partout où c’est possible.
40 | ENRICHISSEMENT DES CONNAISSANCES, DES COMPÉTENCES ET DES TALENTS DES JEUNES AU SERVICE DE LA SÉCURITÉ ALIMENTAIRE ET DE LA NUTRITION
21
Stratégie en faveur des jeunes agriculteurs
Lieu: Îles du Pacifiques Partenaires: Tutu Rural Training Centre, CTA
Principaux problèmes
> Rendre l’agriculture attrayante et rémunératrice pour les jeunes.
Plusieurs initiatives ciblées constituent un modèle pour la Pacific Youth in Agriculture Strategy
(Stratégie en faveur des jeunes agriculteurs), qui a été mise en place suite à l’appel des ministres de
l’Agriculture du Pacifique en 2008, invitant à explorer les voies susceptibles d’inciter davantage de
jeunes à se lancer dans l’agriculture. La Stratégie – élaborée par le Secrétariat de la Communauté du
Pacifique (SCP) en partenariat avec le CTA, et mise en œuvre par le Réseau des politiques agricoles
et forestières du Pacifique (PAFPNet) – est un instrument stratégique qui favorise les actions et les
initiatives susceptibles d’encourager les jeunes à s’impliquer dans l’agriculture dans la région.
Par exemple, le Tutu Rural Training Centre (TRTC) jouit d’une longue expérience en matière
de formations agricoles à destination des jeunes, et a suscité l’intérêt d’autres pays insulaires du
Pacifique. Le modèle est considéré comme offrant des solutions adaptées à certains des problèmes
les plus pressants de la région, notamment l’emploi des jeunes, la hausse de la criminalité et de la
consommation d’alcool, et le niveau élevé des importations de produits alimentaires. La formule du
centre Tutu a très efficacement formé les jeunes à devenir des agriculteurs prospères sur leur propre
terre, montrant ainsi que les jeunes ruraux peuvent gagner décemment leur vie grâce à l’agriculture.
Pour pratiquement tous ceux qui ont suivi le Young Farmers Course (YFC), l’agriculture représente
toujours la principale source de revenus. Dans une région décrite comme la plus défavorisée des
Fidji, la formation du TRTC a renforcé la sécurité alimentaire des jeunes diplômés et leur a permis de
contribuer de façon significative au bien de leur communauté.
Dans le cadre de son soutien à l’approche du centre Tutu, le SCP a contribué à la formation
des formateurs et a fourni un appui technique, des équipements agricoles et des informations sur
les maladies du taro au centre de formation. Les TIC sont aussi une composante importante de la
Stratégie, car elles sont un moyen efficace d’attirer les jeunes dans ce secteur. Le SCP et le PAFPNet
ont développé une page Facebook pour Youths in Agriculture qui encourage les jeunes à discuter des
politiques et des stratégies. En 2012, le SCP et des partenaires, dont le CTA, ont organisé un atelier
de formation aux médias sociaux et au Web 2.0 pour les jeunes fidjiens. Un des participants – Elenoa
Sahele, 24 ans, diplômé en agriculture – a créé un blog intitulé Finding me in the agricultural world
afin de partager ses réflexions et expériences avec d’autres jeunes intéressés par les initiatives liées
à l’agriculture. Un autre diplômé est impliqué dans une initiative agricole pour les jeunes fidjiens,
lancée en 2012, dont le but est d’offrir des opportunités productives aux jeunes sans emploi. Les
jeunes agriculteurs ont été aidés au départ (jeunes plants, outils, transport) et disposent aujourd’hui
de 15 000 plants de taro, d’un étang de pisciculture, de parcelles de gingembre et de manioc, de sept
vaches et de deux bœufs.
Le programme MORDI (Programme d’intégration des innovations en matière de développement
rural dans le Pacifique), mis en place par la Fondation internationale des peuples du Pacifique
Sud, vient en aide aux jeunes des zones rurales isolées de huit pays du Pacifique afin de créer des
opportunités nouvelles et durables en matière de moyens d’existence. Il convient de noter que les
jeunes sont les principaux moteurs de ce processus, et qu’on leur accorde délibérément des rôles
majeurs dans les diverses interventions élaborées par les jeunes eux-mêmes. Le programme FOFT
(Future Farmers of Tonga) et le Zai Na Tina Centre for Organic Systems dans les Îles Salomon aident
les jeunes à se lancer dans l’agriculture biologique et à en faire un moyen efficace et durable de créer
de l’emploi et des revenus.
Un bon nombre de ces approches sont susceptibles d’être adaptées et transposées dans
différents contextes. «Ce ne sont là que quelques exemples des avancées positives observées
dans le Pacifique, bien d’autres expériences doivent encore être documentées» a déclaré Miriama
Kunawave Brown de la division des ressources foncières du SCP. «C’est le signe d’une prise de
conscience croissante de la nécessité d’impliquer les jeunes dans l’agriculture dans la région. Mais
il reste encore beaucoup à faire».
42 | ENRICHISSEMENT DES CONNAISSANCES, DES COMPÉTENCES ET DES TALENTS DES JEUNES AU SERVICE DE LA SÉCURITÉ ALIMENTAIRE ET DE LA NUTRITION
ÉTUDES DE CAS
/Amérique latine et Caraïbes
43
22
Renforcer les activités de plaidoyer en faveur des
approches agroécologiques à l’aide des TIC
Lieu: Pérou Partenaires: IICD et ANPE
Principaux problèmes
> Accès insuffisants aux marchés et aux compétences entrepreneuriales pour faire évoluer les
pratiques agro-écologiques.
Dans les régions des Andes et de l’Amazonie, la plupart des familles vivent dans la pauvreté, souvent sans
avoir accès aux services de base comme l’eau et l’électricité. Elles ont un accès limité aux communications
mobiles et à Internet, et en conséquence, de nombreux jeunes produisent de petites quantités de cultures
vivrières et ont un accès minimal aux marchés. Malgré ces difficultés, les jeunes ont la possibilité de
contribuer à l’évolution socioéconomique de leur communauté lorsqu’ils s’impliquent dans les exploitations
familiales, s’organisent en groupes de jeunes et suivent l’évolution des marchés.
En réponse à cette situation, en 2011, l’Association nationale des producteurs écologiques du Pérou
(ANPE Perú), une association d’agriculteurs écologiques qui vise à protéger l’agrobiodiversité et à promouvoir
la sécurité alimentaire et la préservation de l’environnement, et l’Institut international pour la communication
et le développement (IICD) se sont associés pour renforcer les capacités du réseau de jeunes agriculteurs de
l’ANPE à l’aide des TIC. Les activités visent à renforcer les compétences entrepreneuriales, financières et agro-
écologiques des participants afin de créer de meilleures opportunités socioéconomiques pour eux-mêmes
et leur communauté. Par ailleurs, le réseau a pour objectif de renforcer les capacités organisationnelles et
de leadership des jeunes afin de promouvoir la production agro-écologique et de devenir des interlocuteurs
crédibles pour les décideurs des secteurs public et privé.
44 | ENRICHISSEMENT DES CONNAISSANCES, DES COMPÉTENCES ET DES TALENTS DES JEUNES AU SERVICE DE LA SÉCURITÉ ALIMENTAIRE ET DE LA NUTRITION
La promotion des entreprises dirigées par des jeunes à l’aide de la marque collective Frutos de la Tierra
a motivé les jeunes agriculteurs à exploiter de nouvelles options économiques. En 2013, les jeunes ruraux de
l’ANPE ont directement contribué à une augmentation du volume des ventes de produits agro-écologiques
de 10 pour cent. Le réseau de jeunes contribue ainsi directement à l’autonomisation socioéconomique
de 895 unités familiales appartenant à l’ANPE, qui à leur tour ont un impact sur la sécurité alimentaire et
les moyens d’existence de 66 000 personnes vivant dans ces zones rurales. Cette expérience développe
fortement le sentiment communautaire et le sens du leadership des jeunes ruraux.
Par ailleurs, les membres de l’ANPE qui ont été formés pour être les porte-paroles du modèle agro-
écologique ont directement utilisé les TIC pour influencer les décideurs du secteur public et du secteur de la
restauration et de l’hôtellerie. En 2013, des jeunes promoteurs du modèle agro-économique sont entrés en
dialogue avec les gouvernements régionaux et national, mettant en avant la qualité et les avantages de leurs
produits et l’implication des jeunes dans leur production. Leur participation au programme de plaidoyer et de
lobbying à l’aide des TIC a fortement amélioré la reconnaissance sociale des jeunes, et leur estime de soi.
Grâce à l’augmentation de leur présence médiatique (en ligne et hors ligne) et à de meilleures aptitudes
de communication et de leadership, les jeunes membres de l’ANPE ont réussi à influencer le point de vue
des responsables locaux et des représentants de l’hôtellerie et de la restauration quant à l’importance
des produits agro-écologiques pour le régime alimentaire des consommateurs et la santé publique. Ainsi,
leurs contributions, leur expertise et leurs inquiétudes ont été prises en compte dans le processus législatif
concernant la loi relative à la restauration rapide.
23
Stages à la ferme
Lieu: Amérique latine et Caraïbes/Europe Partenaires: Université de Wageningen
Principaux problèmes
> La distance entre la science/recherche et les agriculteurs.
> le manque de compréhension des spécialistes du monde agricole/rural et des responsables
politiques de la réalité quotidienne de la vie rurale.
Pour remédier aux problèmes identifiés par les étudiants de l’université de Wageningen aux Pays-Bas
concernant la distance entre la science et les pratiques agricoles et le manque de liens entre différentes
organisations poursuivant des buts similaires, les étudiants et des organisations partenaires ont élaboré
le programme FEI (Farm Experience Internship). Le FEI s’est inspiré de programmes similaires menés au
Brésil, en particulier le programme de stage en exploitation agricole de l’Université fédérale de Vicosa, qui
prévoit une préparation de cinq jours suivie d’une expérience de deux semaines dans une exploitation,
au cours de laquelle chaque étudiant partage les activités et la vie quotidienne d’une famille rurale. La
structure et les principes de la version brésilienne ont été conservés, mais le FEI néerlandais a également
développé sa propre identité, en apportant de nouveaux éléments et certaines innovations. Les processus
participatifs ont donné vie à cette initiative, et elle fait l’objet d’un enseignement formel à l’université de
Wageningen depuis août 2013.
Le FEI permet aux étudiants, qui sont les chercheurs, les responsables politiques, les entrepreneurs et
les producteurs de demain, d’apprendre à comprendre et à traiter directement les problèmes perçus par les
communautés rurales et les mouvements sociaux. Il est important de noter que le FEI réduit le fossé entre
les populations rurales et les universités.
Le FEI a recours à une approche interdisciplinaire, sous-tendue par la conviction que les expériences
des étudiants sont plus enrichissantes lorsque des individus de différents domaines sont regroupés
afin de partager des idées et des points de vue, dans l’objectif d’établir une compréhension commune
reposant sur une approche globale. Un autre principe mis en avant est le partenariat, et les particuliers
et les organisations externes sont activement approchés afin de contribuer par le biais du partage des
connaissances, des compétences et de l’expertise. La non-intervention constitue un troisième principe.
Il est crucial de renforcer l’idée de relations horizontales dans lesquelles les étudiants respectent les
coutumes et les traditions de leurs hôtes, et n’essaient pas de les changer au cours de leur bref séjour
dans l’exploitation. Une approche participative est utilisée au cours du processus, et les étudiants sont
encouragés à penser de manière critique, à partager et à mettre en pratique de nouvelles idées. Cette
démarche encourage la créativité et l’adoption de nouvelles méthodologies, qui peuvent donner lieu
à de nouvelles solutions et perspectives pour le système éducatif actuel et pour la communauté. Les
nouveaux médias comme Facebook et la vidéo sont un moyen de communication majeur pour les étudiants
participant aux stages.
Au Brésil, un des principaux bénéfices a été le développement de relations bien plus étroites entre les
agriculteurs et les universités, ce qui a amené de nombreux agriculteurs à suivre des cours en lien avec
leur activité. Il convient également de noter que de nombreux étudiants brésiliens sont retournés dans
la communauté où ils avaient effectué leur premier stage, pour de nouveaux projets de recherche ou de
vulgarisation. À Wageningen, le premier FEI de 2013 a été une réussite pour les étudiants, les agriculteurs
et les organisations impliquées – une troisième édition va être lancée en août 2015. Les participants
ont reconnu sa contribution à leur apprentissage professionnel, dans le sens où ils ont eu le sentiment
d’acquérir une plus grande autonomie, ont été confrontés à de nouvelles méthodes d’apprentissage, et
où ils se sont rapprochés des réalités et des besoins des agriculteurs. Par ailleurs, les agriculteurs se sont
également félicités de l’initiative.
L’approche du FEI semble facilement adaptable et transposable. Toutefois, plutôt que de la répliquer
dans son ensemble, elle doit plutôt être adaptée aux différentes réalités tout en respectant les principes
de base. Le groupe néerlandais a élaboré un manuel regroupant ces principes de base pour venir en
aide aux étudiants qui souhaiteraient organiser un tel système de stage en exploitation agricole dans
leur université. Un développement à plus grande échelle exige que ces initiatives soient officiellement
intégrées dans les programmes des universités ou des établissements d’enseignement. Cela impliquerait
de reconnaître que les connaissances, les pratiques et les réalités des agriculteurs constituent des atouts
précieux pour l’évolution professionnelle des étudiants.
Le développement de ces initiatives ne pourra pas se faire sans le soutien politique et financier
des institutions éducatives et des pouvoirs publics. Ce type de soutien va encourager la mise en
place d’initiatives similaires dans d’autres régions et peut favoriser une meilleure documentation et
systématisation des expériences. Avec suffisamment de ressources, des individus dotés de compétences
spécifiques pourraient être recrutés pour contribuer à la plus grande diffusion de cette initiative, au Brésil,
aux Pays-Bas et ailleurs. Il ne manque pas grand-chose pour que cette initiative prenne son essor.
46 | ENRICHISSEMENT DES CONNAISSANCES, DES COMPÉTENCES ET DES TALENTS DES JEUNES AU SERVICE DE LA SÉCURITÉ ALIMENTAIRE ET DE LA NUTRITION
24
Aide aux projets de nos écoles primaires et
secondaires (HOOPSS)
Lieu: Sainte-Lucie Partenaires: Forum agricole pour la jeunesse de Sainte Lucie, IICA, Consolidated Foods
Principaux problèmes
> Le manque d’intérêt des jeunes pour l’agriculture et la méconnaissance des éventuelles
opportunités commerciales qu’elle permet.
> L’incapacité de l’enseignement formel à fournir aux jeunes les compétences appropriées en
matière d’entreprise agricole.
À Sainte-Lucie, le projet HOOPSS (Aide aux projets de nos écoles primaires et secondaires – Sainte
Lucie) confronte les élèves à l’agriculture dans le but de susciter des vocations, et d’aider à lutter contre
l’insécurité alimentaire et le coût élevé des importations. Les élèves de plus d’une douzaine d’écoles
apprennent comment cultiver en utilisant des pratiques de production alimentaire durables. Combinant
les approches théoriques et pratiques, les jeunes sont encouragés à considérer leur activité agricole
comme une entreprise. Le dispositif, élaboré par le SLAFY (Forum agricole pour la jeunesse de Sainte
Lucie), avec le soutien du bureau de Sainte-Lucie de l’IICA (Institut international de coopération pour
l’agriculture), crée des jardins scolaires, et enseigne aux enfants des techniques comme l’utilisation
d’engrais biologiques et la collecte des eaux de pluie.
Le programme HOOPSS, conçu à l’origine par la NAYA (Association nationale des jeunes agriculteurs
de Dominique) et désormais également mis en œuvre à Saint-Kitts-et-Nevis, est juste une des initiatives
soutenues par le SLAFY, qui est l’antenne de Sainte-Lucie du réseau régional (le CAFY, Forum sur
l’agriculture caribéenne pour les jeunes). En aidant les jeunes et en faisant du lobbying en leur nom, ce
groupe dynamique a pour objectif d’améliorer le niveau de vie et les perspectives des jeunes de Sainte-
Lucie. Parmi d’autres mécanismes de soutien, il propose du mentorat, de la formation et de l’orientation
professionnelle, de manière à ce que les jeunes qui arrêtent leurs études aient la chance de se construire
un avenir dans l’agroalimentaire ou dans d’autres domaines du secteur agricole.
Afin de renforcer la sécurité alimentaire et la nutrition au niveau local, les produits cultivés par les
élèves sont intégrés dans les programmes d’alimentation des établissements primaires, dans le but de
lutter contre l’augmentation de l’hypertension, du diabète et de l’obésité. Les fruits et les légumes issus
des fermes scolaires sont également vendus aux restaurants et hôtels et aux supermarchés locaux.
Les liens entre les fermes scolaires et le secteur privé permettent de générer un revenu qui assure
la viabilité de l’initiative. Le SLAFY voudrait qu’un pourcentage des bénéfices annuels soit partagé entre
les élèves. L’argent serait mis sur un compte d’épargne au nom de chaque élève, qui serait accessible à
la fin de leurs études secondaires. L’idée est que ces jeunes investissent cette épargne pour poursuivre
leurs études ou pour démarrer une activité agricole lorsqu’ils quittent l’école.
Une nouvelle étape a été la création d’une marque pour les produits des fermes scolaires afin d’en
accroître la visibilité et d’encourager les parents et les élèves à soutenir le programme en achetant les
produits HOOPSS. Un concours a été organisé pour concevoir le logo de HOOPSS, qui sera utilisé sur
tous les produits vendus en supermarché à compter de fin 2013.
Les élèves sont également orientés vers des bourses permettant la poursuite d’études dans
l’agriculture, et le SLAFY travaille en étroite collaboration avec l’IICA pour aider les jeunes à s’inscrire
en Master à Mexico. Des ateliers de formation portant sur des aspects importants de l’agriculture sont
régulièrement organisés – les dernières sessions ont mis l’accent sur le leadership, la rédaction de
propositions, la prise de parole efficace, la gestion d’entreprise et les TIC. Les sessions à venir doivent
aborder le financement et la gestion, le marketing agroalimentaire et l’identification des opportunités
entrepreneuriales. Le personnel du SLAFY aide les jeunes qui souhaitent se lancer dans le secteur à
identifier les points d’entrée prometteurs, ainsi que les compétences nécessaires et les options de
financement, avant de constituer une équipe et d’établir un plan d’activités. Le groupe travaille avec
des institutions financières pour faciliter l’accès au crédit, et crée des liens entre les jeunes et les
informations et le soutien techniques grâce à des moyens marketing et aux TIC. Mais surtout, SLAFY
encourage les jeunes à bien appréhender ce que représente un engagement dans l’agriculture, en
explorant le potentiel commercial et professionnel d’une telle carrière, et contribue ainsi à rendre
l’agriculture attrayante et viable pour les jeunes femmes et hommes.
48 | ENRICHISSEMENT DES CONNAISSANCES, DES COMPÉTENCES ET DES TALENTS DES JEUNES AU SERVICE DE LA SÉCURITÉ ALIMENTAIRE ET DE LA NUTRITION
CONCLUSIONS
Dis-moi et j’oublierai, montre-moi et je m’en souviendrai, fais-moi participer
et je comprendrai.
Ancien proverbe
CONCLUSIONS | 49
Apprentissage et implications politiques
Les cas décrits dans ce document mettent en avant des enseignements majeurs pour saisir les opportunités de
promouvoir la sécurité alimentaire et la nutrition en renforçant les capacités des jeunes femmes et hommes. Il
est important de noter que les enseignements tirés peuvent être très utiles dans des conditions plus générales
où des politiques et des investissements d’inclusion réduisent les inégalités spatiales entre les zones rurales
et urbaines, éliminent la discrimination fondée sur le sexe et permettent l’autonomisation des femmes, et
favorisent des filières et des marchés agroalimentaires inclusifs et équitables.
Au niveau le plus général, il en ressort la nécessité d’adopter une vision globale et intégrée des différents
moyens par lesquels les jeunes ruraux peuvent acquérir des connaissances. Il faut pour cela être attentif à la
façon dont les connaissances acquises dans les établissements scolaires formels influencent l’apprentissage
professionnel, et comment chacun de ces systèmes d’apprentissage interagit avec les voies informelles de
transfert des connaissances, comme les échanges entre pairs et les transmissions traditionnelles entre
génération des savoirs et des compétences. Cette situation souligne la nécessité de bien connaître et de
coordonner les différents systèmes d’apprentissage, et d’une réflexion portant sur la façon de promouvoir des
approches synergiques favorables au développement des capacités des jeunes.
En gardant à l’esprit l’importance des approches globales et intégrées, les cas mettent en lumière des
enseignements cruciaux au sein des systèmes formels et informels qui permettent aux jeunes d’acquérir
des connaissances et des compétences. Concernant l’enseignement formel, il faut réfléchir à la façon dont
les programmes éducatifs ruraux peuvent être adaptés pour aborder les principaux aspects se rapportant
aux systèmes alimentaires, comme par exemple l’agriculture durable, la gestion des ressources naturelles,
la commercialisation des produits agricoles et la nutrition. Ceci peut être complété par des systèmes de
formation professionnelle destinés aux jeunes, spécifiquement axés sur les nouvelles opportunités offertes
par les chaînes de valeur locales, et qui abordent les principales questions de parité hommes-femmes en
lien avec la production et la commercialisation des produits agricoles, comme la distribution des tâches
domestiques, l’accès aux ressources productives et aux intrants, et les droits fonciers. De nombreux cas
soulignent également l’importance de développer les compétences générales et professionnelles, comme la
confiance en soi et l’aptitude à négocier et à communiquer.
Faciliter et soutenir l’apprentissage en dehors des institutions formelles, comme l’apprentissage informel
par les parents et les pairs, pour permettre aux jeunes d’acquérir des connaissances et des compétences tant
traditionnelles que novatrices est également essentiel. La transmission des savoirs entre pairs et par le biais
du mentorat s’est révélée bénéfique en termes de renforcement des capacités tant pour les formateurs que pour
les stagiaires, tout en étant d’un bon rapport coût/efficacité. Associer ces systèmes d’apprentissage par le biais
de partenariats – en particulier avec des acteurs du secteur privé – a favorisé l’accès des jeunes stagiaires aux
terres, aux intrants et au financement, leur permettant ainsi de créer des entreprises agricoles durables. Il sera
important de veiller à ce que les questions liées à la parité hommes-femmes – comme les restrictions portant
sur les droits fonciers des femmes dans certaines sociétés (issues de lois officielles ou de normes sociales
discriminatoires) – soient bien intégrées dans les activités de formation et sensibilisation.
La création de liens entre les universités agricoles et les familles d’agriculteurs constitue un autre
système efficace d’échange des connaissances mis en lumière dans les études de cas. Là où ces liens ont été
créés – souvent en envoyant des étudiants en agriculture vivre et travailler au sein d’une famille ou d’une
communauté agricole rurale dans le cadre d’un stage pratique – les jeunes étudiants comme les familles ont
exprimé leur satisfaction quant aux compétences et connaissances qui ont ainsi pu être échangées. Du point
de vue des étudiants – dont un bon nombre deviendront des agents de vulgarisation agricole, des décideurs
politiques ou des agriculteurs eux-mêmes – ces types d’échange sont essentiels pour prendre conscience
des réalités quotidiennes et des difficultés associées aux moyens d’existence agricoles. Pour les familles de
petits exploitants, les jeunes étudiants représentent une précieuse source de connaissances de pointe dans
les domaines agricoles en lien avec leurs moyens d’existence, et les échanges représentent une opportunité de
bénéficier de ces connaissances et de les adapter à la réalité de leurs activités.
Encourager les organisations et réseaux de jeunes à participer aux débats d’orientation et de planification
est également apparu essentiel et un grand défi à relever. Certains des cas présentés ont mis en lumière
comment, dans certains pays ou par le biais de certaines actions, la création de liens directs avec les
responsables politiques a renforcé l’adhésion et a défini la nature des interventions de développement des
capacités des jeunes. L’intégration des jeunes au dialogue politique, en accordant une attention particulière
aux sous-groupes de jeunes vulnérables et marginalisés, et à l’élaboration des politiques nationales
concernant les jeunes ruraux, a permis la mise en place d’une politique conçue par les jeunes pour les jeunes.
Les TIC peuvent également jouer un rôle majeur dans le renforcement des capacités des jeunes,
en améliorant la communication et en facilitant l’accès aux informations et aux processus de prise de
décision. L’investissement dans le développement de ces technologies dans les zones rurales, en ciblant
particulièrement les jeunes – qui s’adaptent facilement à leur utilisation – a permis aux jeunes agriculteurs
de se tenir informés des évolutions du marché et des nouvelles opportunités, et a constitué un bon moyen
d’actualiser et d’intensifier la portée des programmes de formation existants.
50 | ENRICHISSEMENT DES CONNAISSANCES, DES COMPÉTENCES ET DES TALENTS DES JEUNES AU SERVICE DE LA SÉCURITÉ ALIMENTAIRE ET DE LA NUTRITION
Combler les lacunes
Les cas présentés dans ce document mettent en avant un large éventail d’approches permettant le
développement des capacités des jeunes au service de la sécurité alimentaire et de la nutrition, et il faut
espérer que les enseignements qu’ils apportent enrichiront les futures discussions d’orientation et de
planification des domaines concernés. Il faut cependant reconnaître qu’il reste encore beaucoup à faire. Le
potentiel représenté par des jeunes enfin capables de contribuer au renforcement de la sécurité alimentaire
et de la nutrition, et d’œuvrer à l’éradication de la faim dans le monde, est immense, tout comme peut l’être
le prix de l’échec. Le monde ne peut se permettre un futur où les jeunes ne disposent que d’un accès limité
aux opportunités attrayantes et rémunératrices dans un secteur agricole moderne et à forte intensité de
savoir qui est étroitement lié à de plus vastes chaînes de valeur non sélectives. C’est pourtant cette réalité
que vivent de trop nombreux jeunes aujourd’hui, et qui est à l’origine de l’exode des jeunes ruraux dans un
grand nombre de pays.
Les exemples de réussite et les enseignements tirés doivent inspirer des systèmes intégrés et ordonnés
à tous les niveaux, et accessibles à tous les jeunes – y compris les jeunes ruraux, les jeunes autochtones,
les jeunes femmes, les jeunes issus de minorités ethniques, les jeunes qui fuient les conflits, les jeunes
migrants, etc. – et qui prennent en compte leurs voix dans les débats, tout en garantissant qu’ils aient la
possibilité de développer les compétences dont ils ont besoin pour contribuer à l’avenir de leur société.
Surtout, il reste beaucoup à faire en ce qui concerne les jeunes femmes, qui dans de nombreuses zones
rurales n’ont que peu de chances de développer leurs capacités, en dépit de leur potentiel évident à
contribuer à l’amélioration de la sécurité alimentaire et de la nutrition. La remise en question des normes
sociales relatives au mariage précoce, à l’héritage et à la répartition des travaux domestiques constituera
un aspect majeur de cette évolution. De nombreuses données indiquent déjà que l’élimination des barrières
auxquelles font face les jeunes femmes favoriserait fortement la production agricole et plus généralement la
sécurité alimentaire et la nutrition.
Une autre lacune mise en lumière par les cas étudiés concerne le manque d’évaluations rigoureuses qui
permettraient de comprendre les répercussions des initiatives sur la sécurité alimentaire et la nutrition. Ces
évaluations seront nécessaires pour orienter l’adaptation, la systématisation et l’intensification des approches
concluantes et pour alimenter les processus d’élaboration et de planification des politiques. Des évaluations
plus nombreuses et plus précises seront également indispensables pour estimer le rapport coût/efficacité
des différentes interventions et pour analyser les processus d’institutionnalisation à l’appui de processus
d’élaboration des politiques plus efficaces.
Endnotes
1
DAES. 2013. Cross-national comparisons of internal migration: An update on global patterns and trends. Population
Division Technical Paper No. 2013/1. New York: United Nations Department of Economic and Social Affairs.
2
Les personnes âgées de 15 à 24 ans selon la définition des Nations Unies.
3
Proctor F et Lucchesi V. 2012. Small-scale farming and youth in an era of rapid rural change. London and The Hague:
International Institute for Environment and Development and Hivos.
4
Jayne T.S, Meyer F, et Traub L.N. 2014. Drivers of change in African food systems: Distinguishing between what is inevitable
and what can be influenced by policy makers. London: International Institute for Environment and Development.
5
UNESCO 2012. Youth and skills: Putting education to work. EFA Global Monitoring Report 2012, chapter 7: Skills for rural
youth – an escape route from poverty. Paris: UNESCO.
6
Tacoli, C et Mabala, R. 2010. Exploring mobility and migration in the context of rural-urban linkages: why gender and
generation matter. Environment and Urbanization 2010 22: 389. London: IIED.
7
Bogor, Malang, Semarang, Bandung, Yogyakarta, Solo, Banjarbaru, Mataram.
CONCLUSIONS | 51
Annexes
Orienter les programmes d’enseignement agricole sur les problèmes des jeunes 3
52 | ENRICHISSEMENT DES CONNAISSANCES, DES COMPÉTENCES ET DES TALENTS DES JEUNES AU SERVICE DE LA SÉCURITÉ ALIMENTAIRE ET DE LA NUTRITION
Manque d’intégration des jeunes dans l’élaboration des politiques
Cas Intitulé Région
3 Plateforme des jeunes professionnels pour la recherche agricole Monde
pour le développement
22 Renforcer les activités de plaidoyer en faveur des approches Amérique latine et Caraïbes
agro-écologiques à l’aide des TIC
22 Farm Experience Internship Amérique latine et Caraïbes
Orienter les programmes d’enseignement agricole sur les problèmes des jeunes
Cas Intitulé Région
4 Évaluer les méthodes d’enseignement des connaissances et des Monde
compétences aux jeunes ruraux
9 Renforcer les capacités en matière d’élaboration des politiques éducatives Afrique
13 Centre international de hautes études agronomiques méditerranéennes Europe
15 Actualiser l’enseignement supérieur de premier cycle et développer celui du Proche-Orient
second cycle à l’Université nationale de science et de technologie (UNST)
23 Farm Experience Internship Amérique latine et Caraïbes
24 Helping Out Our Primary and Secondary Schools (HOOPSS) Amérique latine et Caraïbes
Annexes | 53
Annexe 2. Autres études de cas disponibles en ligne
Dans la langue d’origine uniquement, non publiées: www.fao.org/cfs/cfs-home/cfsevents/youth/special/en/
Monde
Monsanto’s Beachell Borlaug
4-H Global Network Summit
Nuffield International Farming Scholarships
Mini Grants
Facts for Life
Agreenium Online University
Afrique
National Smallholder Farmers’ Association, Malawi
The French-African Foundation for Growth
ABSL Kouady, Cote d’Ivoire
Bungokho, Uganda
Burundi Juice, Burundi
Caged Poultry, Uganda
NDIANGAANE, Senegal
ROPPA, West Africa
Dimitra Clubs, Niger
Jeunes Aizo, Benin
E-Agribusiness, Ghana
Farmerline, Ghana
Federal Capital Territory, Nigeria
Mkulima Young, Kenya
Farm Quest, Mali
Digital Skills, Kenya
Kwakwa Bakundu, Cameroon
Aboubacar Sidy SONKO, Senegal
Youth Tech and Enviro Research, Zimbabwe
Europe
FARNET, Cornwall
FARNET, Finland
FARNET, Sweden
Torth y Tir, United Kingdom
Common Agriculture Policy, EU
Milan Protocol
Asie
Syngenta Foundation, India
Kerala Horticultural Development Program, India
Shared Harvest, China
Zero Budget Natural Farming, India
54 | ENRICHISSEMENT DES CONNAISSANCES, DES COMPÉTENCES ET DES TALENTS DES JEUNES AU SERVICE DE LA SÉCURITÉ ALIMENTAIRE ET DE LA NUTRITION
Annexe 3. Additional Resources
DallaValle, F. 2012. Exploring opportunities and constraints for young agro entrepreneurs in Africa. Conference
abridged version. Rome, FAO.
FAO.2014. Les jeunes et l’agriculture: Principaux enjeux et solutions concrètes. Publié par l’Organisation des Nations
Unies pour l’alimentation et l’agriculture en collaboration avec le Centre technique de coopération agricole et
rurale (CTA) et le Fonds international de développement agricole (FIDA) Consultable à l’adresse suivante:
http://www.cta.int/fr/article/2014-08-27/les-jeunes-et-lragriculture-principaux-enjeux-et-solutions-concretes.html
FAO. 2013. Promoting decent employment opportunities for rural youth: News from the web. Rome, Italie Consultable
à l’adresse suivante:
http://www.fao.org/docrep/018/i2976e/i2976e.pdf
FAO. 2010. Rural Youth Employment in Developing Countries: A Global View. Rome, Italie Consultable à l’adresse
suivante:
http://www.fao.org/fileadmin/user_upload/fao_ilo/pdf/Vandergeest_2010_RurYouthEmpl_150_ppi.pdf
FIDA.2014. Investir dans les jeunes ruraux pour favoriser un développement durable et équitable. Rome, Italie.
Consultable à l’adresse suivante:
http://www.ifad.org/pub/ruralyouth/investing_f.pdf
FIDA. 2013. NOTE DE POLITIQUE: Améliorer les conditions de vie des jeunes femmes et hommes en milieu rural: le
moyen le plus durable de progresser vers un avenir plus radieux. Rome, Italie. Consultable à l’adresse suivante:
http://www.ifad.org/pub/ruralyouth/youth_policybrief_f.pdf
FIDA.2013.Note d’orientation: Formuler des programmes améliorant les moyens d’existence des jeunes ruraux.
Rome, Italie. Consultable à l’adresse suivante:
http://www.ifad.org/pub/ruralyouth/youth_guidancenote_f.pdf
Annexes | 55
Crédits photos: première de couverture: FIDA Madagascar; page 4: ©IFAD/Susan Beccio; page 6: © IFAD/ Susan Beccio; page 10: © FAO/
Proto Antonello 2011 Pakistan; page 15: ©IFAD/R. Ramasomanana; page 17: © Vivuus Ltd; page 25: ©SYFN Moses Nganwani Tia; page 28: ©
FAO/Vasily Maksima; page 30: © IFAD West Noubaria Rural Development Project; page 32: © Nabil Mahaini; page 34: © CEDAC Cambodia;
page 41: © SPC; page 43: © CIAT/Colombia; page 48: © FAO/Razuri.
Afin de faire face aux futurs problèmes de sécurité alimentaire
et de nutrition – notamment nourrir les 9 milliards d’habitants
attendus en 2050 avec des aliments adaptés, sains, diversifiés
et riches en nutriments – il est indispensable de développer
les capacités de la prochaine génération de producteurs
agricoles, en identifiant les moyens d’impliquer les jeunes
femmes et hommes et de les aider à être autonomes. Environ
90 pour cent des jeunes âgés de 15 à 24 ans vivent dans des
pays en développement, où l’agriculture occupe 60 pour cent
de la population active. Pourtant la majorité des jeunes ne
considèrent plus l’agriculture comme un choix de carrière
viable compte tenu de la faible productivité et des difficultés
qu’ont rencontrées les précédentes générations. Une partie
du défi en matière de développement des capacités est
d’établir un environnement propice qui rendrait les activités
agricoles attrayantes et gratifiantes aux yeux des jeunes. Un
autre enjeux majeur est de former et de perfectionner des
jeunes déjà impliqués ou intéressés par l’agriculture afin de
répondre aux nouvelles demandes en matière de compétences
et d’aptitudes, par exemple en adaptant les programmes dans
l’enseignement agricole, ou par les démarches des services
de vulgarisation. Les académies et instituts de recherche vont
jouer un rôle central dans l’identification des approches qui ont
un impact significatif sur la sécurité alimentaire et la nutrition.
Cette publication comprend une synthèse d’un vaste ensemble
d’approches et d’initiatives visant à développer les capacités,
les connaissances et les compétences des jeunes femmes et
hommes, afin de les impliquer et de leur donner les moyens
d’œuvrer au service de la sécurité alimentaire et de la nutrition.