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Popolution&Santé

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Assane Bance
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Introduction

La santé de la population joue un rôle crucial dans le développement humain et sociétal, étant
à la fois une fin en soi et un moyen pour le progrès. Elle occupe une position centrale pour le
bien-être des populations et l'engagement des nations envers leur développement. En effet, la
santé est à la fois le moteur, le critère et le résultat d'un développement durable, comme le
stipulent les Objectifs de Développement Durable.
Selon l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), le droit à la santé englobe l'accès en temps
voulu à des soins de santé appropriés, de qualité satisfaisante et à coût abordable. Un état de
santé précaire peut compromettre et mettre en péril le développement économique et social.
Ainsi, la santé est devenue un sujet central dans les débats internationaux contemporains.
L'étude de la population et de la santé est un domaine crucial visant à améliorer la santé
publique et le bien-être des populations. Ce secteur social aborde une variété d'objectifs
essentiels, notamment la compréhension des tendances démographiques, l'identification des
déterminants de la santé, et l'évaluation de l'état de santé des populations. En analysant des
aspects tels que les taux de natalité, de mortalité, de migration, de croissance démographique
et du vieillissement, ce qui permettra de prévoir les besoins futurs en matière de santé et de
services sociaux.
Par ailleurs, l'étude des facteurs sociaux, économiques, environnementaux et
comportementaux permet de mieux comprendre les influences sur la santé des individus et des
communautés. L'utilisation d'indicateurs de santé, tels que l'espérance de vie et les taux de
morbidité, aide à évaluer la santé globale des populations et à identifier les groupes à risque.
L'amélioration de l'accès aux soins de santé, la prévention des maladies, et la promotion de la
santé sont également des objectifs clés de cette étude, pouvant occasionner la réduction de
l'incidence des maladies infectieuses et chroniques.
En outre, la planification et l'évaluation des politiques de santé publique sont informées par
les données démographiques et de santé, ce qui permet de maximiser l'efficacité et l'impact
des interventions. La réduction des inégalités en matière de santé, la réponse aux besoins des
populations vieillissantes, et la préparation aux urgences sanitaires sont des aspects cruciaux
pour garantir une couverture de santé équitable et efficace. Enfin, l'information et l'éducation
des communautés jouent un rôle essentiel pour aider les individus à prendre des décisions
éclairées sur leur santé.
I. Objectifs de développement visés dans le secteur étudié
1. Politiques mises en place et objectifs
Au monde
La question de santé apparaît comme un domaine d’intervention majeur des politiques
internationales et nationales pour les années à venir. Ainsi, l’Organisation Mondiale de la
Santé (OMS) a mis en place plusieurs politiques et objectifs en matière de population et de
santé. En effet, la Politique Nationale de Santé réactualisée se définit comme l’ensemble des
options retenues par un État pour améliorer la situation sanitaire de la population et l’adapter
aux exigences de développement du Pays.
 Directives de l’OMS sur la politique de santé et l’accompagnement au sein du système
en vue d’optimiser les programmes relatifs aux agents de santé communautaires
(ASC)
“En exploitant pleinement le potentiel des agents de santé communautaires, notamment en
améliorant considérablement leurs conditions de travail et de vie, nous pouvons progresser
vers la couverture sanitaire universelle et atteindre les cibles liées à la santé des objectifs de
développement durable.” Dr TEDROS ADHANOM GHEBREYESUS directeur général de
l’OMS.
En plus, dans le cadre d’efforts plus larges pour renforcer les soins de santé primaires et le
personnel de santé plus généralement, il est de plus en plus reconnu que les ASC dispensent
efficacement toute une gamme de services de santé préventifs, promotionnels et curatifs et
qu’ils peuvent contribuer à la réduction des inégalités en matière d’accès aux soins. En
employant les membres de ces communautés, le secteur de la santé crée des emplois qualifiés,
en particulier pour les femmes, contribuant ainsi à la croissance économique, et donc à
l’élargissement des résultats en matière de développement.
C’est dans cette perspective, que l’OMS et ses États Membres se sont engagés à atteindre les
objectifs liés à la santé, notamment la couverture sanitaire universelle (CSU) et l’objectif de
développement durable n°3 visant à « permettre à tous de vivre en bonne santé et promouvoir
le bien-être de tous à tout âge ».
La politique de Couverture Sanitaire Universelle (CSU) de l'Organisation Mondiale de la
Santé (OMS) vise à garantir que toutes les personnes aient accès aux services de santé dont
elles ont besoin, sans subir de difficultés financières. Concrètement, cela implique que
chacun, où qu'il soit, puisse bénéficier des soins de santé essentiels, de la prévention aux
traitements curatifs, en passant par la promotion de la santé et la réadaptation, sans devoir
supporter de charges financières excessives. La CSU repose sur quatre piliers principaux : le
financement équitable, la disponibilité des services de santé essentiels, l'accès géographique à
ces services, et enfin la qualité des soins de santé. L'objectif est de renforcer les systèmes de
santé nationaux pour qu'ils soient plus efficaces, inclusifs et équitables, afin de répondre aux
besoins de santé de toute la population, en particulier des groupes les plus vulnérables et
marginalisés.
 Stratégie de l'organisation mondiale de la santé relative aux Plans d’Action Nationaux
pour la Sécurité Sanitaire (PANSS) ; 2022-2026 ou World Health Organization
strategy (2022-2026) for National Action Plan for Health Security
Dans sa stratégie relative aux PANSS, l’OMS tient compte du fait que les pays ont déjà mis en
place des mécanismes de responsabilité et de planification. En effet, il peut s’agir de plans
spécifiques de renforcement des capacités visant à renforcer :

- L’application du Règlement Sanitaire International (RSI) ;


- La sécurité sanitaire nationale ;
- Et la gestion des risques de catastrophe, sans les nommer ou les définir explicitement
comme des PANSS.
Cette stratégie vise à encourager l’utilisation des plans d’action nationaux existants pour la
sécurité sanitaire et pas nécessairement la création de plans supplémentaires.
Elle encourage les États Membres à utiliser leurs plans existants de renforcement des
capacités en matière de sécurité sanitaire et à assurer leur cohérence avec les stratégies
nationales de santé et les cycles de planification et de budgétisation afin d’améliorer les
possibilités d’investissement provenant des mécanismes nationaux et internationaux de
financement de la sécurité sanitaire.
En plus de cela, la pandémie de COVID-19 a mis en évidence la nécessité d’œuvrer à la mise
en place de systèmes de santé solides et résilients et d’une couverture sanitaire universelle,
essentiels à une préparation et à une riposte efficace aux urgences de santé publique.
 Selon Whitehead & Dahlgren (2006), trois étapes successives sont nécessaires pour
réduire les ISS et constituent le seuil d'une politique globale :
Améliorer l'état de santé des populations les plus défavorisées (focus sur ces populations)
Réduire les écarts entre les groupes les plus défavorisés et ceux les plus favorisés (les deux
extrémités de l'échelle sociale)
Réduire les disparités de santé systématiques entre tous les groupes de la société (y compris
les groupes intermédiaires)
 La stratégie mondiale pour la santé des femmes, des enfants et des adolescents (2016-
2030).
Elle vise à assurer l'accès universel aux soins de santé et à améliorer la santé et le bien-être
des femmes, des enfants et des adolescents et met l'accent sur l'équité entre les sexes et
l'autonomisation des femmes. Ensuite le bureau du genre, des équités et des droits de la
personne a été mise en place. Il coordonne les efforts de l'OMS pour promouvoir l'égalité des
sexes et les droits de la personne dans le domaine de la santé, fournit des conseils techniques
et favorise le renforcement des capacités.
Ajoutons que l'OMS s'efforce de collecter des données désagrégées par sexe pour mieux
comprendre les différences et inégalités entre hommes et femmes en matière de santé. Cela
permet d'éclairer l'élaboration de politiques et programmes de santé plus sensibles au genre.
En fin Le genre est pris en compte de manière systématique dans tous les domaines d'activité
de l'OMS (maladies, systèmes de santé, etc.). Cela vise à s'assurer que les politiques et
programmes de santé répondent aux besoins spécifiques des hommes et des femmes.
Malgré ces efforts, des défis persistent pour atteindre une véritable égalité des sexes dans le
domaine de la santé mondiale.
 La Stratégie mondiale de lutte contre le sida 2021–2026, Mettre fin aux inégalités,
Mettre fin au sida est une nouvelle approche ambitieuse.
Elle concentre son action sur les inégalités afin de résorber les fractures qui empêchent
d’avancer vers l’éradication du sida. Cette stratégie mondiale de lutte contre le sida cherche à
réduire les inégalités qui nourrissent l’épidémie de sida et accorde la priorité aux personnes
qui n’ont toujours pas accès à des services vitaux contre le VIH. Les actions prioritaires et les
objectifs ambitieux qu’elle définit reposent sur des preuves. Ils sont pensés afin de permettre à
chaque pays et à chaque communauté de combler son retard en vue de mettre fin au sida en
tant que menace pour la santé publique à l’horizon 2030.
Au Burkina Faso
 La politique sectorielle de santé pour la période 2018-2027
Cette politique s'articule autour d'un objectif central : améliorer de manière significative l'état
de santé de la population. Pour atteindre cet objectif ambitieux, plusieurs axes stratégiques ont
été définis.
Premièrement, elle vise à garantir un accès universel aux services de santé de qualité, en
mettant un accent particulier sur l'amélioration de la santé des femmes et des enfants, la
prévention et le traitement des maladies transmissibles et non transmissibles, ainsi que des
maladies tropicales négligées.
Deuxièmement, elle s'engage à améliorer l'état nutritionnel des populations vulnérables, en
renforçant les pratiques alimentaires, les interventions de sécurité alimentaire et les conditions
d'hygiène et d'assainissement.
Troisièmement, elle ambitionne d'accélérer la transition démographique pour optimiser le
dividende démographique, avec des stratégies innovantes en planification familiale, santé des
adolescents et autonomisation des femmes.
En parallèle, la politique vise à promouvoir une bonne gouvernance en réduisant la corruption
dans le secteur de la santé, en améliorant la gestion et le pilotage du secteur, ainsi qu'en
favorisant une meilleure intégration des approches intersectorielles.
Enfin, elle s'attache à améliorer la disponibilité et la gestion efficace des ressources sanitaires,
en renforçant la qualité des ressources humaines, les infrastructures techniques à tous les
niveaux, la disponibilité des médicaments et l'adoption de technologies d'information et de
communication adaptées. En résumé, cette politique vise à transformer le système de santé en
assurant un accès équitable et efficace aux soins, tout en répondant aux besoins spécifiques de
chaque région et en garantissant la durabilité à long terme du système de santé.
 Gratuité des soins pour les enfants de moins de 5 ans et les femmes enceintes
En 2016, une initiative majeure a été lancée pour améliorer l'accès aux soins de santé de base
au Burkina Faso, ciblant spécifiquement les populations vulnérables. Cette politique couvre
les consultations médicales, les examens de laboratoire, les médicaments essentiels et les
hospitalisations, visant à réduire la mortalité maternelle et infantile encore préoccupante dans
le pays. Depuis sa mise en œuvre, elle a généré des progrès significatifs : une augmentation
notable de la fréquentation des structures de santé par les femmes enceintes et les jeunes
enfants, une réduction substantielle des dépenses de santé pour ces ménages, facilitant ainsi
l'accès aux soins nécessaires. Les indicateurs de santé maternelle et infantile se sont
améliorés, avec une diminution des taux de mortalité au sein de ces groupes vulnérables. Sur
le plan démographique, la gratuité des soins contribue à renforcer la santé globale de la
population, notamment des plus défavorisés, et pourrait à terme influencer favorablement les
taux de mortalité infantile et maternelle. Cependant, l'impact direct sur la fécondité reste
mitigé pour le moment, en raison des influences profondes des facteurs culturels et socio-
économiques qui continuent de jouer un rôle crucial dans les décisions familiales au Burkina
Faso.
 Le Plan national de développement sanitaire (PNDS) 2016-2020 du Burkina Faso
Etabli par le Ministère de la Santé, cette politique a représenté une étape cruciale dans
l'amélioration du système de santé du pays. Face aux défis persistants d'accès, de qualité et
d'utilisation des services de santé, le PNDS avait pour ambition de transformer ces aspects
afin de répondre plus efficacement aux besoins de la population burkinabè.
L'objectif global du PNDS était clair : améliorer l'état de santé de la population. Pour ce faire,
deux objectifs spécifiques ont été définis : assurer un accès équitable aux services de santé de
qualité et renforcer la gouvernance ainsi que la performance du système de santé.
Les résultats obtenus pendant la période de mise en œuvre du PNDS ont été significatifs. Tout
d'abord, il y a eu une nette amélioration de l'accès aux services de santé. Le taux de
couverture sanitaire est passé de 66% en 2015 à 77% en 2020, dépassant même l'objectif fixé
de 75%. La construction et la réhabilitation de 461 formations sanitaires ont contribué à
réduire les distances de déplacement et à améliorer l'accessibilité géographique. De plus, le
temps moyen de consultation a été réduit, augmentant ainsi l'efficacité des services.
En ce qui concerne la santé maternelle et infantile, les progrès sont également notables. Le
taux de mortalité maternelle a diminué de manière significative, passant de 330 décès pour
100 000 naissances vivantes en 2015 à 305 en 2020, malgré un objectif ambitieux de 260. De
même, la mortalité infanto-juvénile a baissé de 89 pour 1 000 naissances vivantes à 75, se
rapprochant de l'objectif de 70 fixé pour 2020. La couverture vaccinale des enfants de moins
d’un an a également progressé, atteignant 90% en 2020.
Ces améliorations ont eu un impact significatif sur la dynamique démographique du Burkina
Faso. Tout d'abord, la réduction du taux de mortalité infantile et maternelle devrait contribuer
à une baisse générale de la mortalité et à une augmentation de l'espérance de vie. Ensuite, une
meilleure accessibilité aux services de planification familiale pourrait favoriser une
diminution du nombre moyen d'enfants par femme, potentiellement entraînant un
ralentissement de la croissance démographique du pays.
Enfin, la diminution de la fécondité et de la mortalité infantile et juvénile pourrait modifier la
structure par âge de la population, avec un potentiel vieillissement relatif. Cela aurait des
implications majeures en termes de besoins en santé, éducation, emploi et autres services.
Le PNDS 2016-2020 a joué un rôle crucial dans l'amélioration des indicateurs de santé au
Burkina Faso, tout en jetant les bases d'une transition démographique et d'un développement
socio-économique durable pour le pays.

2. Adéquation des politiques de santé avec les réalités culturelles des sociétés burkinabè
Les Réalités culturelles et santé au Burkina Faso
Le Burkina Faso est caractérisé par une diversité ethnique et culturelle, avec des pratiques
traditionnelles et des croyances influençant fortement la perception et l'acceptation des soins
de santé. Plusieurs facteurs socioculturels influencent la dynamique de participation
communautaire et remettent en question l'efficacité des politiques mises en place.
Perceptions Négatives des Services de Santé. En effet, les populations locales perçoivent
souvent les centres de santé comme des "espaces d'affaires" marqués par la corruption et la
mauvaise gestion. Ces perceptions, nourries par des pratiques de racket et de surfacturation,
créent une méfiance qui décourage la mobilisation communautaire pour soutenir ces
structures.
Inégalités Sociales au niveau des disparités de genre et d'âge dans la participation aux comités
de gestion (CoGes) sont notables. Les femmes et les jeunes sont sous-représentés et souvent
marginalisés dans les prises de décision, ce qui reflète des normes sociales traditionnelles qui
favorisent les hommes plus âgés. Cela limite l'inclusivité et la représentativité des CoGes,
affectant ainsi leur efficacité.
Faible Ancrage Social des Organisations Communautaires. En clair, les CoGes et autres
structures communautaires manquent de visibilité et de légitimité au sein des communautés.
Les populations les connaissent peu et ont des doutes sur leur bénévolat et leurs attributions,
ce qui réduit leur crédibilité et leur capacité à mobiliser l'action collective.
Rivalités Inter-Villages et Conflits Coutumiers. Les tensions entre villages et les conflits liés
aux coutumes et traditions compliquent la mise en œuvre d'initiatives collectives. Ces rivalités
peuvent fragmenter les efforts communautaires et entraver la collaboration nécessaire à la
réussite des programmes de santé.
II. L’état de santé et Interrelation entre la population et la santé
1. L’état de santé
Entre les années 2000 et 2010, la mortalité a globalement diminué dans les pays à revenu
moyen et faible, bien que des disparités subsistent entre régions et pays (Tabutin et
Masquelier, 2017).
Des progrès conséquents malgré la persistance d’inégalités
Le tableau ci-dessous montre l’évolution des 20 dernières années des espérances de vie, de la
mortalité maternelle et de la mortalité infantile dans les grandes régions en développement et
les quatre sous-régions subsahariennes. Les progrès sont significatifs. En Afrique
subsaharienne, l'espérance de vie a le plus augmenté avec un gain moyen de 11 ans entre 1997
et 2017 (de 5 ans en Afrique australe à 15 ans en Afrique de l’Est), comparé à 6,7 ans pour le
monde entier et 7 ans pour les pays en développement. Ces gains absolus ont légèrement
réduit les inégalités spatiales, mais une véritable convergence reste lointaine : en 2017,
l’Afrique subsaharienne avait une espérance de vie à la naissance de 60,5 ans, en retard de 9
ans sur l’Asie du Sud, 12 ans sur l’Afrique du Nord, 15 ans sur l’Amérique latine, et 17 ans
sur l’Asie de l’Est. De même, l’Afrique de l’Ouest avait en 2017 une espérance de vie de 57
ans, comparée à 63 ans en Afrique australe, contre 10 ans de différence en 1997. Bien que
l'espérance de vie progresse dans les pays africains, y compris les plus pauvres, une
convergence spatiale reste absente. Les inégalités entre pays sont importantes : en 2017, il y
avait près de 13 ans de différence entre des pays comme la Côte d'Ivoire, le Tchad ou le
Nigeria (autour de 54 ans) et des pays comme le Sénégal, l’Éthiopie ou le Rwanda (autour de
67 ans). Dans les pays les plus touchés par le sida (notamment en Afrique australe), après des
baisses drastiques, les espérances de vie ont retrouvé ou dépassé leurs niveaux de 1990. On
observe également une hausse remarquable de l’espérance de vie au Rwanda depuis le milieu
des années 1990.
Cette augmentation de l’espérance de vie s'explique en grande partie par la baisse significative
de la mortalité infantile, y compris dans les pays ou sous-régions les plus pauvres et aux
infrastructures sanitaires fragiles (Tabutin et Masquelier, 2017). Cette baisse s'est accélérée
depuis 2005 : en 20 ans, la mortalité infantile a diminué de 53 % en Afrique et de 51 % au
niveau mondial. Au Nigeria et au Burkina Faso, ainsi que dans d’autres pays à mortalité
élevée, la réduction de la mortalité avant 5 ans a contribué à 75 % de l’augmentation de
l’espérance de vie entre 1990 et 2015 (Tabutin et Masquelier, 2017). La mortalité des moins
de 5 ans en Afrique subsaharienne est passée de 166 pour 1000 naissances en 1997 à 78 ‰ en
2017. Malgré ces progrès, l'Objectif du millénaire pour le développement (OMD 4), qui visait
une réduction de deux tiers de la mortalité infantile entre 1990 et 2015, n’a pas été atteint. La
région demeure la plus à risque pour la survie des enfants : un nouveau-né en Afrique
subsaharienne court environ 8 fois plus de risques de mourir avant 5 ans qu’en Asie de l’Est,
et 2 fois plus qu’en Inde.
Les avancées concernent également la mortalité maternelle sans pour autant atteindre les
objectifs du millénaire pour le développement. À l'échelle mondiale, la réduction escomptée
était de 75 % entre 1990 et 2015. Selon les données des Nations unies, la baisse n’a été que de
44 %. En Afrique subsaharienne, la mortalité maternelle a diminué de 41 %, mais pas plus
rapidement que dans les autres régions. Aujourd'hui, environ deux tiers des décès maternels
annuels surviennent en Afrique subsaharienne, qui reste la région la plus dangereuse pour les
mères (OMS, 2018). L'amélioration de la couverture des soins prénataux, de l'assistance
médicale à l'accouchement et la diminution des accouchements à domicile sont les principales
raisons de ces progrès (OMS, 2015 ; Rutstein et al., 2016).
Espérance de vie à la naissance, mortalité maternelle et mortalité des enfants à différentes
dates, par sous-région
Espérance de Taux de Quotients de mortalité de 0 à 5 ans(b)
vie (sexes réunis, mortalité (‰)
Sous-région en années) maternelle(a) (p.
100 000)
Gain Évolu Évolution 1997-2017 (%)
199 200 201 (anné 199 201 tion 199 200 201
7 7 7 es) 5 5 1995- 7 7 7
1997- 2015
2017 (%)
Afrique de 48, 52, 57, 8,9 105 675 - 187 132 91 -51
l’Ouest 4 6 3 0 35
Afrique centrale 48, 53, 59, 11,8 978 650 - 186 135 96 -48
5 9 4 33
Afrique de l’Est 49, 56, 64, 15,0 906 424 - 150 94 60 -60
2 1 2 53
Afrique australe 58, 54, 63, 5,1 115 167 45 70 70 39 -44
2 0 3
Afrique sud-Sahara 49, 54, 60, 11,1 928 546 - 166 115 78 -53
4 0 5 41
Afrique du Nord 66, 69, 72, 5,9 141 70 - 63 43 31 -51
4 8 3 50
Asie de l’Est 71, 74, 77, 6,1 71 27 - 40 20 11 -73
7 9 8 62
Asie du Sud 62, 65, 69, 7,4 461 176 - 99 67 44 -56
0 9 4 62
Asie du Sud-Est 66, 69, 72, 5,8 241 110 - 53 36 25 -51
7 6 5 54
Amérique Latine 70, 73, 75, 5,3 107 60 - 38 23 17 -55
3 5 6 44
Pays en 63, 67, 70, 7,0 409 239 - 90 63 44 -51
développement 7 1 7 42
Monde 65, 68, 72, 6,7 369 216 - 82 57 40 -51
6 9 3 41
(a) Nombre de décès maternels pour 100 000 naissances vivantes. Ces niveaux sont à prendre avec prudence car
la mortalité maternelle est difficile à estimer. L’OMS présente toujours ces taux avec des intervalles de
confiance non reportés ici.
(b) Probabilité pour 1 000 naissances vivantes de décéder avant le 5e anniversaire.
Sources : Pour les espérances de vie et les quotients de mortalité des enfants : Nations unies (2019) ; pour la
mortalité maternelle : OMS et al. (2015).

Espérances de vie en hausse


Après une période de stagnation ou de recul des espérances de vie en Afrique durant les
années 1990 due à des crises économiques, politiques et sanitaires, des progrès sont visibles
depuis une quinzaine d'années. Les données récentes des Nations unies (2019) montrent une
amélioration notable depuis 2000-2005, tout en illustrant la diversité des évolutions sanitaires
depuis 1960. Les espérances de vie des femmes sont meilleures que celles des hommes, avec
un écart moyen de 3,5 ans qui n’a guère évolué depuis les années 1990. Aucune donnée
précise sur les inégalités sociales par milieu d'habitat ou groupe social n’est disponible
actuellement pour les pays africains.
La mortalité infantile
La mortalité des enfants de moins de 5 ans est l’un des indicateurs les plus étudiés du
développement social et des inégalités de santé. Cette mortalité, très élevée dans les années
1990 et 2000, a connu des réductions importantes grâce à des programmes de recherche et
d’action. La figure 13 montre une diminution de la mortalité infantile de 40 à 60 % dans la
majorité des pays africains entre 1995-2000 et 2015-2020. Cependant, les disparités entre
pays demeurent. Le nombre absolu de décès d'enfants de moins de 5 ans a diminué, passant de
3,9 millions en 1990 à 2,9 millions en 2016, bien que la proportion mondiale de ces décès ait
augmenté en raison de la croissance rapide des populations infantiles en Afrique.
Surmortalité des petites filles en déclin
Les études sur les différences de mortalité entre garçons et filles montrent une tendance
globale à la réduction de la surmortalité féminine, notamment en Afrique subsaharienne. Si les
discriminations envers les filles étaient visibles dans les années 1990, elles ont diminué avec
le recul des maladies infectieuses et l’augmentation des maladies périnatales affectant plus les
garçons. Dans les années 2000 et 2010, tous les pays africains étudiés présentent une
surmortalité masculine nette à moins d’un an.
Inégalités sociales persistantes
Les inégalités sociales et spatiales, déjà marquées dans les années 1980 et 1990, persistent
dans les années 2000 et 2010. Les progrès en termes de mortalité infantile varient selon le
niveau d’instruction des mères, le niveau de vie des ménages et le milieu de résidence.
L’instruction des mères, notamment, joue un rôle déterminant dans la survie des enfants, bien
que l’effet soit moins prononcé en Afrique qu’en Asie ou Amérique latine. Les disparités
économiques montrent que la mortalité infantile est plus faible dans les ménages riches, avec
une certaine convergence observée, mais des inégalités persistantes selon les pays.
Progrès en vaccination et assistance à l’accouchement
Les taux de vaccination des enfants de 12-23 mois ont sensiblement augmenté dans de
nombreux pays africains depuis les années 1990. Cependant, certains pays restent en retard
avec des taux inférieurs à 40 %. De même, les conditions d’accouchement se sont améliorées,
avec une augmentation significative des naissances en établissements sanitaires, bien que des
disparités persistent, notamment dans les zones rurales.
Mortalité adulte en recul modéré
La mortalité adulte a diminué dans toutes les régions du monde depuis 1990, mais à un
rythme plus lent que celle des enfants. En Afrique subsaharienne, les progrès ont été
modestes, avec une réduction de seulement 16 % entre 1990 et 2015, comparé à 25-35 %
ailleurs. Les disparités entre régions du monde se sont accentuées, avec un risque de mortalité
adulte encore élevé en Afrique. De manière peut-être plus surprenante, une surmortalité
urbaine a été observée dans 11 des 14 pays étudiés (59). L’environnement urbain défavorable
(augmentation des facteurs de risque de maladies non transmissibles, densité de population,
bidonvilles, pollution, accidents, etc.) semble compenser les avantages liés au niveau de vie et
à la qualité des infrastructures sanitaires, supérieurs à ceux des zones rurales. Concernant les
inégalités de genre, en Afrique subsaharienne, une surmortalité masculine entre 15 et 60 ans a
été constatée, aussi bien en 1990 qu’en 2015. En moyenne sur 42 pays, cette surmortalité était
de 16 % en 1990 (397 ‰ pour les hommes contre 335 ‰ pour les femmes) et de 13 % en
2015 (329 ‰ contre 286 ‰) (Tabutin et Masquelier, 2017). Contrairement à d'autres régions
du monde, les progrès ont été légèrement moins rapides chez les femmes (–15 %) que chez les
hommes (–17 %), en partie à cause du sida et de la mortalité maternelle.
Le VIH-sida : « un long chemin reste à parcourir
Ce titre d'un récent rapport de l'ONUsida sur l'Afrique (60) résume bien la situation actuelle.
Bien que des progrès aient été réalisés, l'épidémie est loin d'être éradiquée. Depuis 10 à 15
ans, les prévalences de l'infection au VIH et la mortalité liée au sida ont diminué dans le
monde, mais de manière inégale. L'Afrique subsaharienne, particulièrement touchée, affichait
une prévalence moyenne de 4,5 % en 2018 parmi les 15-49 ans (7,0 % en Afrique de l'Est et
australe, 1,5 % en Afrique de l'Ouest et centrale, contre 0,2 % en Asie et en Europe-Amérique
du Nord, 1,2 % dans les Caraïbes, 0,4 % en Amérique latine). L'objectif d'éradiquer la maladie
d'ici 2030 en Afrique, proposé par l'ONUsida, est encore loin d'être atteint.
Dans la majorité des pays africains touchés, le nombre annuel de nouvelles infections au VIH
a rapidement augmenté de 1985 à 1997 avant de diminuer sensiblement (de 30 % entre 2010
et 2017 en Afrique australe et de l'Est selon les données de l'ONUsida, 2018), grâce aux
premiers programmes de sensibilisation et de prévention. Parallèlement, le nombre de décès
dus au sida a également augmenté rapidement, atteignant un pic vers 2004 (1 290 000 décès),
avant de diminuer de 75 % entre 2005 et 2018, en grande partie grâce à l'introduction des
traitements antirétroviraux.
Malgré ces avancées, l'Afrique subsaharienne (14 % de la population mondiale) comptait
encore, en 2018, 68 % des personnes vivant avec le VIH (26 millions sur 38 millions dans le
monde), 65 % des nouvelles infections (1,1 million sur 1,7 million), et 61 % des décès liés au
sida (470 000 sur 770 000), des proportions proches de celles du début des années 2000.
Des progrès insuffisants dans la lutte contre la mortalité maternelle
Parmi tous les indicateurs de mortalité, le rapport de mortalité maternelle (nombre de décès
maternels pour 100 000 naissances) est l'un des plus complexes à mesurer en l'absence d'un
état civil précis fournissant les causes de décès. Les estimations doivent être considérées avec
prudence, surtout pour l'Afrique. Depuis les années 1990, la mortalité maternelle a diminué
dans la région, mais moins rapidement qu'en Asie ou en Afrique du Nord. Avec 546 décès
pour 100 000 naissances en 2015 (tableau 9), l'Afrique subsaharienne est bien au-dessus de la
moyenne des pays en développement (239), loin derrière l'Asie du Sud (176) et l'Asie du Sud-
Est (110).
Le double fardeau épidémiologique et l'augmentation des maladies non transmissibles
L'augmentation de l'espérance de vie au cours des 30 à 40 dernières années s'accompagne de
changements profonds dans les causes de décès, avec un recul des maladies infectieuses et
nutritionnelles, notamment chez les jeunes, et une progression des maladies chroniques et non
transmissibles chez les adultes. Mesurer cette transition épidémiologique reste cependant
difficile en Afrique en l'absence d'états civils fiables et complets précisant les causes de décès.

2. Interrelation entre la population et la santé


La fécondité : L'impact de la fécondité sur le secteur de santé est significatif à plusieurs
égards. D'une part, des taux élevés de fécondité augmentent la demande de services de santé
maternelle, accroissant ainsi la pression sur les infrastructures pour fournir des soins
prénatals, obstétricaux et postnataux adéquats. Cela engendre également un risque accru de
complications pendant la grossesse et l'accouchement, nécessitant des interventions médicales
d'urgence. Par ailleurs, la santé des enfants est aussi impactée avec des taux élevés de
fécondité, contribuant à une augmentation de la mortalité infantile, de la malnutrition et des
maladies infectieuses, tout en surchargeant les services de santé infantile. Sur le plan financier
et institutionnel, les ressources limitées sont souvent concentrées sur la gestion des défis liés à
la fécondité élevée, compromettant les efforts plus larges de santé publique. Cependant, une
planification familiale efficace peut inverser ces tendances en réduisant les naissances non
désirées, améliorant la santé reproductive des femmes et allégeant la pression sur les systèmes
de santé, tout en permettant aux individus de prendre des décisions éclairées concernant leur
fertilité.
La Croissance Démographique : La croissance démographique rapide, en particulier dans
les pays en développement, a des répercussions majeures sur les systèmes de santé à l'échelle
mondiale. Cette dynamique démographique pose de nombreux défis. D’abord, elle crée une
pression sur les infrastructures et ressources de santé. En effet, une population en forte
augmentation engendre une demande accrue en services de santé. Cela exerce une pression
considérable sur les infrastructures, les équipements médicaux, les personnels de santé et les
budgets alloués aux soins.
Les établissements de santé, hôpitaux et cliniques, peinent souvent à suivre le rythme de la
croissance démographique, entraînant surcharge et délais d'attente. Le manque de personnels
médicaux qualifiés, notamment dans les zones rurales, devient un enjeu majeur. Les budgets
publics de santé sont mis à rude épreuve pour financer les investissements nécessaires.
Ensuite elle pose un défi d'accessibilité et d'équité. La croissance démographique accentue les
inégalités d'accès aux soins, en particulier pour les populations vulnérables et défavorisées.
Les populations les plus pauvres ont un accès limité aux services de santé, faute de couverture
maladie adéquate. Les zones rurales et reculées sont souvent délaissées au profit des centres
urbains, creusant les écarts d'offre de soins. Les groupes marginalisés, comme les minorités
ethniques ou les migrants, font face à de nombreuses barrières pour accéder aux soins.
Aussi la croissance démographique entraine un défi épidémiologique et de santé publique
En ce sens qu’elle peut exacerber certains enjeux de santé publique à savoir :
 La propagation accélérée des maladies infectieuses dans des populations denses est
préoccupante.
 L'augmentation des problèmes de santé liés à l'environnement, comme la pollution,
nécessite une approche intégrée.
 La transition épidémiologique, avec la hausse des maladies chroniques, requiert une
adaptation des systèmes de santé.
Le vieillissement de la population : Le vieillissement démographique représente un défi
majeur pour les systèmes de santé et de protection sociale. Il augmente la demande en soins
de santé. En effet, avec le vieillissement démographique, la prévalence des maladies
chroniques, des handicaps et de la dépendance augmente. Cela se traduit par une demande
accrue en services médicaux, en prise en charge de longue durée et en structures
d'hébergement pour personnes âgées.
Il y a aussi une pression sur les systèmes de santé et de protection sociale. Notamment les
systèmes de santé et de retraite doivent faire face à une charge financière grandissante pour
assurer les soins et les prestations sociales. Le ratio actifs/retraités diminue, menaçant la
viabilité des régimes de protection sociale.
Également, le vieillissement a des répercussions sur l'organisation des familles et les
solidarités intergénérationnelles.
Il faut également considérer les aspects psychologiques, sociaux et économiques liés à la perte
d'autonomie.
L’urbanisation : L’urbanisation représente un défi complexe pour les systèmes de santé,
nécessitant une approche globale et intersectorielle pour garantir des villes plus saines et
inclusives. Premièrement, elle peut poser un problème d’accès aux soins de santé. En effet,
l'urbanisation rapide peut entraîner des inégalités d'accès aux soins, notamment pour les
populations vulnérables vivant dans les bidonvilles ou les quartiers défavorisés. Il est
nécessaire de développer des infrastructures de santé et une couverture médicale adaptées à la
croissance urbaine.
Second, les problèmes environnementaux propres aux zones urbaines (pollution,
surpeuplement, stress) ont un impact important sur la santé des populations.
L'urbanisation s'accompagne souvent de changements de modes de vie (sédentarité,
alimentation déséquilibrée) favorisant l'émergence de maladies chroniques. Ajoutons que les
conditions de vie stressantes en milieu urbain (isolement social, insécurité, exposition à la
violence) peuvent avoir des répercussions négatives sur la santé mentale. Ainsi, le
développement de services de santé mentale accessibles en ville est un enjeu majeur.
Troisièmement, notons que la densité de population en zone urbaine peut faciliter la
propagation rapide des épidémies et catastrophes sanitaires.
Pour atténuer cette difficulté, le concept de "villes-santé" est plus que nécessaire et vise à
intégrer la santé comme un objectif central de l'aménagement urbain. Mais cela passe par des
investissements dans des espaces verts, des transports en commun, des logements salubres,
etc.
La migration : Les mouvements migratoires, qu'ils soient forcés ou volontaires, constituent
l'un des principaux défis du 21e siècle. Selon les données de l’ONU, le nombre de migrants
internationaux a atteint près de 281 millions de personnes en 2020, soit une augmentation de
11% par rapport à 2010. Ces flux migratoires ont un impact direct sur les systèmes de santé
des pays d'accueil, soulevant de nombreuses problématiques.
D’abord, il y a l’accès aux soins de santé pour les populations migrantes
l'un des principaux enjeux est d'assurer un accès équitable aux services de santé pour les
populations migrantes, quel que soit leur statut administratif. En effet, les migrants font
souvent face à des barrières linguistiques, culturelles, financières et juridiques qui les
empêchent de recourir aux soins (castaneda, al. 2015). Cela est particulièrement vrai pour les
réfugiés et les migrants en situation irrégulière
Ensuite, les besoins sanitaires spécifiques des populations migrantes sont sur la table
(organisation mondiale de la santé, 2018). Les migrants présentent souvent des profils de
santé particuliers, liés à leur parcours migratoire. Ils peuvent être confrontés à des problèmes
de santé physique (traumatismes, maladies infectieuses, malnutrition, etc.) Et mentale (stress
post-traumatique, dépression, etc.) En raison des conditions difficiles rencontrées avant,
pendant et après leur migration. Une prise en charge globale, tenant compte de ces
spécificités, est nécessaire.
Ajoutons les enjeux de santé publique et épidémiologie (OMS, 2018).
En effet, les mouvements migratoires peuvent également avoir un impact sur la santé publique
des pays d'accueil, en favorisant la transmission de certaines maladies infectieuses. Une
surveillance épidémiologique renforcée et une coordination internationale sont essentielles
pour prévenir et contenir ces risques sanitaires transfrontaliers.
Il faut noter qu’il y a un problème d’adaptation des systèmes de santé.
L'afflux de populations migrantes exerce une pression supplémentaire sur les systèmes de
santé, notamment dans les zones frontalières. Ces derniers doivent s'adapter en termes de
capacités d'accueil, de ressources humaines et de financements pour répondre aux besoins
spécifiques des migrants.
Enfin, la gestion de la santé des populations migrantes soulève des enjeux éthiques et
politiques complexes, en termes d'accès aux soins, de droits et de solidarité internationale
(Rechel, et al. 2011). Un dialogue et une coopération à l'échelle mondiale sont indispensables
pour relever ces défis

3. Etude de cas : le paludisme au Burkina Faso


Le paludisme est un enjeu majeur de santé publique au Burkina Faso, avec une prévalence
encore élevée, notamment chez les enfants de moins de 5 ans. Les interactions entre la
dynamique de la population et la lutte contre le paludisme sont les suivantes :
1. Structure par âge de la population :
Le Burkina Faso ayant une population très jeune, avec 45% de moins de 15 ans, les efforts de
lutte antipaludique ciblent en priorité les enfants, groupe le plus vulnérable. Les programmes
de distribution gratuite de moustiquaires imprégnées d'insecticide, de prise en charge du
paludisme grave chez l'enfant, et de chimio prévention saisonnière du paludisme chez les
enfants contribuent à réduire la mortalité infantile liée au paludisme.
2. Répartition géographique de la population :
Avec une majorité de population rurale (70%), les interventions antipaludiques sont adaptées
aux zones rurales, où la transmission est plus élevée, à travers le renforcement des
infrastructures et des ressources humaines de santé. Des campagnes de distribution de
moustiquaires ciblées sur les villages les plus touchés permettent d'améliorer la couverture
dans ces zones.
3. Niveau de fécondité élevé :
La lutte contre le paludisme chez les femmes enceintes, à travers la dispensation gratuite de la
chimio prévention du paludisme et le renforcement des soins prénataux, contribue à réduire la
mortalité maternelle et infantile. A terme, la baisse de la mortalité liée au paludisme pourrait
avoir un effet modérateur sur le niveau élevé de fécondité.
4. Transition épidémiologique :
Bien que le paludisme reste une priorité, la prise en compte croissante des maladies non
transmissibles dans les politiques de santé publique est importante face à l'évolution du profil
épidémiologique.
5. Disparités socio-économiques :
Les programmes de lutte antipaludique ciblent en priorité les populations les plus vulnérables
sur le plan socio-économique, afin de réduire les inégalités d'accès aux interventions de
prévention et de traitement.

III. Suggestions et recommandations pour la politique publique du secteur


Les recommandations en matière de santé pour le développement doivent tenir compte des
défis spécifiques et des besoins variés des populations de la région.
Renforcement des infrastructures de santé : Investir dans l'expansion et l'amélioration des
infrastructures de santé est essentiel pour répondre à la croissance démographique et à
l'urbanisation rapide. Cela inclut la construction d'hôpitaux, de centres de santé et de cliniques
dans les zones urbaines et rurales, ainsi que l'amélioration de l'accès aux services de santé
primaires et spécialisés.
Promotion de la santé maternelle et infantile : Renforcer les programmes de santé
maternelle et infantile pour réduire la mortalité maternelle et infantile est crucial. Cela
implique de fournir un accès universel aux soins prénatals, à l'accouchement assisté par des
professionnels de santé qualifiés, et aux soins postnataux. Des campagnes de sensibilisation
sur la planification familiale et la nutrition maternelle et infantile peuvent également jouer un
rôle vital.
Prévention et gestion des maladies infectieuses : Renforcer la surveillance épidémiologique
et les capacités de réponse aux épidémies de maladies infectieuses telles que le VIH/SIDA, le
paludisme et les maladies émergentes est crucial. Investir dans la vaccination, le contrôle des
vecteurs et la promotion de l'hygiène publique contribue à réduire la charge des maladies et à
améliorer la santé publique.
Promotion de la nutrition et de la sécurité alimentaire
Améliorer la nutrition maternelle et infantile, ainsi que la sécurité alimentaire, est essentiel
pour réduire la malnutrition et ses effets sur la santé. Cela comprend l'accès à une
alimentation nutritive, l'éducation nutritionnelle et le soutien aux programmes d'agriculture
durable pour assurer une sécurité alimentaire à long terme.
Renforcement des systèmes de santé communautaire : Investir dans les systèmes de santé
communautaire pour améliorer l'accès aux soins de santé de base dans les zones rurales et
urbaines marginalisées est crucial. Cela implique de former et d'équiper les agents de santé
communautaire, d'encourager la participation communautaire dans la gestion des services de
santé, et de promouvoir des pratiques de soins de santé préventifs.
Promotion de la santé mentale et du bien-être : Intégrer la santé mentale dans les politiques
de santé publique en fournissant des services de santé mentale accessibles et en luttant contre
la stigmatisation associée aux troubles mentaux est crucial. Cela inclut la formation des
professionnels de santé, la sensibilisation du public et le soutien aux initiatives de bien-être
psychosocial.
Renforcer les capacités et les compétences des individus : Les démarches s'appuient sur les
connaissances, attitudes, aptitudes et/ou la motivation individuelle des populations cibles :
campagnes d'information, soutien personnalisé, programmes de groupe permettant de
développer certaines aptitudes, accompagnement et apprentissage.
Plusieurs approches peuvent être combinées pour atteindre l'objectif fixé (éducation et soutien
aux individus) : par exemple une campagne médiatique associée à des interventions en milieu
scolaire et du soutien individuel.
Il ne s’agit pas tant d’éliminer les lacunes des personnes que de soutenir leurs atouts et de
supprimer les barrières qui font obstacle au développement de ces atouts. L’information et
l’éducation deviennent les moyens utiles pour être en capacité de faire des choix.
Renforcer la cohésion des communautés : Ces interventions visent les communautés en
renforçant la cohésion sociale et le soutien mutuel. Il s’agit d’amener les acteurs
communautaires (élus, professionnels, décideurs institutionnels et habitants) à participer à des
initiatives qui leur permettent collectivement de fixer des priorités qui augmentent et
protègent leur santé, leur bien-être et leur qualité de vie, qu’ils peuvent ensuite mettre œuvre
eux-mêmes et placer à l’agenda politique.
Améliorer les conditions de vie et de travail
Cette catégorie rassemble les initiatives qui concourent à améliorer les conditions de vie et de
travail des populations ainsi que celles qui visent à optimiser l'accès aux biens et services
essentiels (alimentation, enseignement, logement, aide sociale, soins, etc.). L'objectif est de
développer des environnements sains et favorables à la santé.
Promouvoir des mesures politiques favorables à la santé
Ces interventions visent à modifier l’environnement macro-économique ou culturel afin de
lutter contre la pauvreté et les conséquences négatives des inégalités sociales sur la société. Il
s’agit ici de mesures qui garantissent certains droits tels une politique macro-économique et
de l’emploi favorable à la santé, l’encouragement de valeurs culturelles visant à promouvoir
l’égalité des chances". Toutes ces mesures sont intersectorielles et s’adressent à l’ensemble de
la population, non pas à des publics prioritaires ni à des régions défavorisées. "Elles se
concrétisent en des textes législatifs et des normes. [...] Par leur caractère universel et à
condition qu’elles soient accessibles par tous, ces mesures ont un impact important et durable.
Malgré les constats répétés dans la littérature scientifique, peu de programmes de santé
publique ont été mis en œuvre dans l'objectif de réduire les ISS. Selon M. Marmott, "le
creusement des inégalités serait maitrisable si ces politiques et programmes n'étaient pas
calibrés et déployés de manière unique pour tous, mais l'étaient avec une offre de prévention
d'intensité et de forme graduées selon des catégories de populations pertinentes". C'est ce
qu'on appelle l'universalisme proportionné.
Afin de lutter efficacement contre les ISS, les différents niveaux d'intervention doivent être
intégrés dans un plan politique global et mobiliser l'ensemble des acteurs concernés. L'offre
de prévention doit toucher l'ensemble de la population, mais être davantage soutenue en
direction des populations les plus vulnérables.
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Dominique Tabutin, Bruno Schoumaker La démographie de l'Afrique subsaharienne au


e
XXI siècle Bilan des changements de 2000 à 2020, perspectives et défis d’ici 2050 Dans
Population 2020/2 (VoL. 75), pages 169 à 295 Éditions Ined Éditions

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