Introduction générale
I. la notion des instruments de crédit et de paiement
Le droit marocain dispose des instruments juridiques spécifiques, issus de la pratique
et élaborer en particulier par des banquiers, destinés soit au paiement d’une somme d’argent,
soit au financement à court terme d’opérations commerciales. Donc Les instruments de
paiement ont pour but de simplifier et d’accélérer le transfert des fonds en évitant la
manipulation d’espèces monétaires.
L’histoire l’enseigne que l’un des effets de commerces le plus essentiel est la lettre de
change, notamment seule utilisée jusqu’au 19ème siècle et qui constitue actuellement le
modèle des autres effets de commerces. La lettre de change est apparait effectivement vers la
fin du 12ème siècle, notamment en période du Moyen Age qui constitue le début de
commencement de la renaissance des échanges commerciaux, qui commence au début sur
plan interurbain et puis sur celui européen, plus particulièrement en Italie et Flandres.
L’expression « la lettre de change » a été prévue pour la première fois dans
l’ordonnance de commerce de COLBERT, ou dite encore le code SAVARY de 1673 et puis
dans le code de commerce de 1807. Au milieu du 19ème siècle, une autre conception a été
développée en Allemagne dite ici « papier-valeur (wert-papier) »
Au début du 20ème siècle, la mondialisation à la fois des échanges internationaux et
des effets de commerce, suscite une certaine uniformisation, bien évidemment sur le plan
international, L’ensemble des travaux qui débutent en 1910 se terminent par la ratification de
la convention de Genève de 7 juin 1930 qui comporte trois conventions internationales : l’une
est liée à la mise en place d’une loi uniforme sur la lettre de change et le Billet à Ordre, alors
que les deux autres régissent les conflits de lois et les droits de Timbre. Une autre convention
a été signée à Genève le 19 Mars 1931 sur le chèque.
Dans notre système juridique, la première réglementation qu’ont connue les effets de
commerce remonte au dahir du 12 août 1912 dans le titre 9 de son premier livre relatif à la
lettre de change et le billet à ordre, le législateur leur a apporté certaines rectifications avec les
dahirs du 29 novembre 1922, celui du 31 août 1926 et du 6 avril 1928.
La lettre de change est considéré comme « un écrit par lequel une personne, appelé
tireur, donne à une autre personne, appelée tiré, l’ordre de payer à une date déterminée une
certaine somme d’argent à une troisième personne, appelée le bénéficiaire ou preneur, ou à
l’ordre de celle-ci ».
Les règles régissant la lettre de change sont conformes à la convention de Genève du 07
Juin 1930 qui a été ratifiée par le Maroc. La législation marocaine relative à la lettre de change
est régit actuellement par les dispositions des articles 159 à 231 du nouveau code de
commerce du 1er Août 1996.
Première partie. Les instruments de crédit
Chapitre I. La Lettre de Change
Dans ce volet, nous mettrons l'accent essentiellement sur :
- la création de la lettre de change (section I) ;
- les modes de transmission de la lettre de change (section II) ;
- l'acceptation de la lettre de change (section III) ;
- la garantie de la lettre de change (section IV) ;
- et, enfin, le paiement de la lettre de change (section V).
Section I. La création de la lettre de change
La validité de la lettre de change est assujettie à la fois à des conditions de forme
(paragraphe I) et à celles de fond (paragraphe II).
Paragraphe I. les conditions de forme
La lettre de change doit impérativement faire l'objet d'un écrit. Le plus souvent, elle
n'est établie qu'en un seul exemplaire. Le code de commerce permet cependant de créer
plusieurs exemplaires, lesquels doivent être numérotés dans le texte même du titre,
faute de quoi, chacun d'eux est considéré comme une lettre de change distincte ou de
faire des copies.
En outre, la lettre de change doit, pour être valable, comporter à la fois des mentions
obligatoires (A) et des mentions facultatives (B).
A. Mentions obligatoires
La lettre de change doit remplir d’abord un certain nombre des mentions obligatoires
(1) et, ensuite, elle est frappée parfois des sanctions dans le cas où lorsque l’une des
mentions fait défaut (2)
1. L’énumération des mentions obligatoires
Aux termes de l'article 159 du code de commerce qui dispose ici que, la lettre de
change contient un certain nombre des mentions obligatoires nécessaires à la validité de
la lettre de change. On va les traiter dans ce cadre d’une manière chronologique.
a. La dénomination de la lettre de change
La dénomination de la lettre de change, elle a été mentionnée par l’alinéa 1 de l’article
159-1.Or, cette unification de la langue a pour vocation principale la protection du tireur.
b. Le mandat pur et simple de payer une somme déterminée
Le terme « mandat », tel qu’il a été stipulé dans l’alinéa 1 de l’article 159-1° du code
de commerce, a un double sens :
Dans un premier sens, le mot mandat désigne « un ordre » ou bien « une injonction » de
payer une somme d’argent.
Or, de par sa signification initiale, la lettre de changer contient l’expression « ordre de
payer » adressé au tiré sous une forme d’une clause selon laquelle : « payez… », « veuillez-
payer » une telle somme, déterminée « en lettre ou en chiffres ».
Généralement, le taux doit être en indiquer dans la lettre de change, ainsi que la date à
partir de laquelle ils courent .Et encore plus, l’alinéa 1 de l’article 159-2° ajoute, et
notamment pour des raisons de sécurité juridique du porteur, que « l’ordre de payer »
donné au tiré doit être « pur et simple ».
c. Le nom du tiré
Le tiré est celui qui devra, payer la lettre, celui auquel l’ordre de payer est adressé.
C'est-à-dire qu’il est nécessaire de savoir de « qui » il s’agit. Ainsi
d. L'indication de l'échéance
Cette indication est importante, dans la mesure où elle désigne l’époque à laquelle le
paiement peut être réclamé au tiré. L’échéance doit être unique, à peine de nullité : pour
fractionner le paiement de la dette, il apparait nécessaire de créer une lettre de change
par échéance.
e. L'indication du lieu de paiement
Aux termes de l’alinéa 1 de l’article 159-5° du code de commerce qui prévoit en ce
sens que, le tireur doit indiquer le lieu du paiement, comme celui-ci est quérable.
Dans la plupart des cas, un lieu est indiqué, qu’est l’adresse du banquier tiré.
f. Le nom du bénéficiaire
La lettre de change doit indiquer le nom du bénéficiaire auquel le paiement doit
être fait ou à l'ordre duquel il doit se faire ; elle ne peut donc être créée « en blanc » .
En revanche, le bénéficiaire peut valablement être le tireur lui-même
g. L'indication de la date et du lieu où la lettre est créée
La date de création est importante notamment pour fixer l’échéance ou apprécier
la capacité ou les pouvoirs du Tireur. Elle doit être apposée sur le titre lui-même. le lieu
de création est employé pour résoudre des problèmes de conflits de lois. La loi du lieu de
la création est seule ici compétente pour régir à la fois la forme de la lettre, les délais de
recours et l’acquisition de la provision.
h. Le nom et la signature du tireur
L’adage selon lequel « last but not least » est essentiel pour la signature du tireur et
son identification (nom et adresse). Ainsi, la signature est nécessaire, car le tireur est le
premier à s’obliger cambiairement. Il est seul à garantir que le Tiré acceptera la lettre de
change et le paiera à l’échéance .En revanche, le nouveau texte de loi exclut la possibilité
d’effectuée une signature électronique de la lettre de change.
2. les sanctions d’irrégularités des mentions obligatoires
Dans le cas où lorsque le titre dans lequel une des mentions obligatoires précitées
fait défaut, ne vaut pas comme lettre de change.
Or, il convient de signaler que l’article 160 du code de commerce écarte la nullité
découlant de l'absence de certaines mentions en établissant des équivalences.
Selon l’alinéa 2 de l’article 160 qui dispose ici que, la lettre de change ne contenant pas
l'une des énonciations obligatoires est réputée non valable, mais elle peut être
considérée comme un titre ordinaire établissant la créance si ses conditions comme titre
sont remplies.
B. Les mentions facultatives
Le formalisme cambiaire ne s'oppose pas à ce que les parties insèrent des clauses ou
mentions facultatives pour compléter l'information ou infléchir certains mécanismes.
Il s'agit essentiellement de clauses relatives au paiement par le tiré, à de nouveaux
débiteurs, grâce à la circulation de la lettre de change.
1. la clause de retour « sans frais » ou « sans protêt »
La clause de retour sans frais ou sans protêt telle qu’elle a mentionnée par l'article
200 du code de commerce, dispense de constater la non-acceptation ou le non-paiement
par un protêt. Cette clause ne dispense pas le porteur de la présentation de la lettre de
change dans les délais prescrits, ni des avis à donner. La preuve de l'inobservation des
délais incombe à celui qui s'en prévaut contre le porteur.
Dans le cas où lorsque la clause émane d'un endosseur ou d'un avaliseur, les frais du
protêt, s'il en est dressé un, peuvent être recouvrés contre les signataires.
2. les clauses relatives à l'acceptation
Aux termes de l’alinéa 1 de l’article 176 du code de commerce qui dispose ici que,
l'acceptation est écrite sur la lettre de change. Elle est exprimée par le mot « accepté » ou
tout autre mot équivalent ; elle est signée du tiré. La simple signature du tiré apposée au
recto de la lettre vaut acceptation
Dans le cas où lorsque la lettre est payable à un certain délai de vue ou lorsqu'elle doit
être présentée à l'acceptation dans un délai déterminé l'acceptation doit être datée du
jour où elle a été donnée, à moins que le porteur n'exige qu'elle soit datée du jour de la
présentation.
Toute autre modification apportée par l'acceptation aux énonciations de la lettre de
change équivaut à un refus d'acceptation.
3. L'aval
L'aval, est un mot qui vient probablement de l'expression « à valoir ». Il désigne un
engagement personnel donné par un « tiers » au profit d'un des signataires de la lettre de
change à concurrence d'un montant qui est habituellement de la totalité de la somme
due.
Selon les termes de qui prévoit en ce sens que, la clause d’aval est généralement
exprimée par les mots « bon pour aval » ou toute autre formulation équivalente. Il est
très généralement donné sur la lettre de change sous la forme de la mention « bon pour
aval » suivi de la signature de celui qui s'engage, dénommé l'avaliste, mais l'aval peut
résulter aussi d'un acte séparé .
L'aval, en ce qu'il garantit le paiement d'un titre dont la régularité n'est pas discutée,
constitue un engagement cambiaire gouverné par les règles propres du droit du change,
de sorte que l'avaliste n'est pas fondé à rechercher la responsabilité de la banque pour
manquement au devoir de mise en garde.
Une simple signature du donneur d'aval apposée au recto de la lettre de change, sauf
quand il s'agit de la signature du tiré ou de celle du tireur, suffit à constituer
l'engagement à titre de « caution solidaire ». Celui qui s'engage ainsi se dénomme « le
donneur d'aval »,
L'aval d'un effet de commerce irrégulier en raison d'un vice de forme est lui-même
nul et ne vaut pas promesse de porte fort . S'il garantit le paiement d'un titre cambiaire, il
ne constitue pas le cautionnement d'un concours financier accordé par un établissement
de crédit à une entreprise.
L'aval doit indiquer pour le compte de « qui » il est donné. A défaut de cette
indication, il est réputé donné pour le tireur
Le donneur d'aval est tenu de la même manière que celui dont il s'est porté garant.
Quand il paie la lettre de change, le donneur d'aval acquiert les droits résultants de la
lettre de change contre la garantie et contre ceux qui sont tenus envers ce dernier en
vertu de la lettre de change
4. La clause « non à ordre »
Les termes de l’article 167 du code de commerce autorisent parfois le tireur à insérer
dans le texte les mots « non à ordre » ou une expression équivalente.
Dans ce cas, la lettre n'est alors transmissible que dans la forme et avec les effets d'une
cession ordinaire.
Paragraphe II. Les conditions de fond
En tant qu’acte juridique comportant un engagement de payer, de consigner des
moyens de paiement sûrs, la création d’une lettre de change est soumise aux conditions
générales de validité des obligations contenues dans le dahir formant code des
obligations et des contrats (DOC).
En tant qu’acte de commerce par la forme, la lettre de change exige la capacité
commerciale de celui qui l’émet (le tireur). Ainsi, un mineur ne saurait signer une lettre
de change sauf en cas d’émancipation ou d’autorisation à exercer le commerce. A ce
propos, l’article 164 alinéa 1 dispose ici que, la lettre de change souscrite par un mineur
non commerçant est nulle à son égard, sauf les droits des parties conformément au droit
commun.
Quiconque appose sa signature sur une lettre de change comme représentant d'une
personne pour laquelle il n'avait pas le pouvoir d'agir est obligé lui-même en vertu de la
lettre et, s'il a payé, il a les mêmes droits qu'aurait eu le prétendu représenté. Il en est de
même du représentant qui a dépassé ses pouvoirs.
Il en résulte que le mineur peut opposer son incapacité à tout porteur de la traite
même de bonne foi. Cette règle n’est, cependant, pas absolue, car si le mineur utilise des
manoeuvres frauduleuses pour tromper son cocontractant sur son âge, il devient obligé à
honorer son engagement.
De même, les majeurs incapables ou les interdits, et les commerçants en état de
liquidation judiciaire
Section II. La transmission de la lettre de change
Toute lettre de change, même non expressément tirée à ordre, est transmissible par
la voie de l'endossement. Cette transmission permet parfois au bénéficiaire d’une lettre
de change d’utiliser le titre pour honorer ses engagements vis-à-vis un tiers.
La transmission est effectuée, sur le plan juridique, à travers l’instrument juridique de
base dit ici « endossement ». Ce dernier est régit actuellement par les articles 167 à 173
du code de commerce.
Dans ce cadre, on va essayer de distinguer entre trois types d'endossement à savoir:
l'endossement translatif, (paragraphe I) ; l'endossement de procuration (paragraphe II) ;
l'endossement pignoratif (paragraphe III )
Paragraphe I. l’endossement translatif
L’endossement translatif de par son appellation permet un transfert de la propriété
du titre à un nouveau porteur. Il a pour vocation principale de réaliser diverses
opérations. Ce transfert de la propriété du titre est soumis, d’abord, à des conditions de
sa validité (A) et, ensuite, produit des effets vis-à-vis des participants de l’opération (B).
A. les conditions de l'endossement translatif
L’endossement translatif, en tant que acte juridique de transfert de la propriété du
titre, est soumis à la fois à des conditions de forme (1) et celles de fond (2).
1. Les Conditions de forme
a. L’écrit
L'endossement est une mention écrite au dos de la traite ou sur une feuille qui y est
attachée et que l’on appelle « allonge ». L'endossement permet de transmettre tous les
droits résultant de la lettre de change. Cette transmission doit être effectuée soit :
1°. A l'ordre d'une personne déterminée
Dans ce cas, l’endossement se matérialise par la formule selon laquelle « payer à
l'ordre de » ou bien « transmis à l'ordre de », suivie de la signature. Cette mention est le
plus souvent placée au verso, mais peut être placé au recto sur « l'allonge ».
2°. En blanc
Cette formule d'endossement peut ne pas désigner le bénéficiaire ou consister
simplement dans la signature de l'endosseur (endossement en blanc). Dans ce dernier
cas, l'endossement, pour être valable, doit être porté « au dos » de la lettre de change ou
sur « l'allonge » . Dans ce cas, l’article 168 alinéa 2 du nouveau code de commerce prévoit
toutes les possibilités offertes au porteur d’une lettre de change en blanc désirant la
remettre en circulation
3°. Au porteur
La lettre de change ne peut jamais être émise au porteur, mais peut être endossée au
porteur sans indication de bénéficiaire. Cet endossement au porteur permet la
circulation de la lettre de change par tradition.
b. La date de l’endossement
La mention de la date d’endossement n’est pas nécessaire. Toutefois, l’indication
de la date est utile pour apprécier la capacité et les pouvoirs de l’endosseur.
La loi présume que, sauf preuve contraire, l’endossement sans date est censé avoir été
fait avant l’expiration du délai fixé pour dresser le protêt .Il est à souligner que l’article
173 dernier alinéa, défend d’antidater les ordres à peine de faux.
2. Les conditions de fond
L’une des conditions essentielles à la validité de l’endossement translatif de la
propriété, il faut que l’endosseur soit réellement propriétaire de la lettre de change.
Or, le porteur légitime d’une lettre de change est celui qui justifie son droit par une suite
ininterrompue d’endossements, même si le dernier endossement est en blanc.
L’endosseur doit avoir la capacité de s’obliger commercialement. Il importe de préciser
ici que l’incapacité de l’endosseur peut parfois, être considérée une exception opposable
même à un porteur de bonne foi.
Lorsque l’endosseur agit pour le compte d’une personne physique ou morale (gérant
ou administrateur d’une société) comme mandataire ou représentant, il doit avoir les
pouvoirs nécessaires (pouvoir d’agir) pour engager son mandant.
Dans ce cas d’espèce, l’article 164 du code de commerce, règle la situation où le
représentant dépasse ses pouvoirs.
Le consentement de l’endossataire est nécessaire, il résulte généralement de la seule
réception de l’effet. Ce consentement doit être exempt de vices.
Selon l’article 167 alinéa 3, l’endossement doit être « pur et simple », comme pour
l’émission de la lettre de change, l’endossement ne doit pas être subordonné à des
conditions. Ces dernières sont réputées non écrites. Et un endossement partiel est
frappé de nullité.
B. Effets de l'endossement
L’endossement translatif produit généralement trois effets essentiels :
- Le transfert de la propriété du titre avec tous les droits qui s’y attachent ;
- La garantie de paiement de l’endosseur à l’égard de l’endossataire ;
- L’inopposabilité des exceptions.
1. L’effet translatif de propriété
Conformément aux dispositions de l’article 168 alinéa 1er. Il en résulte que
l’endossataire acquiert non seulement la provision mais également l’ensemble des droits
cambiaires. A cet effet, l’endossataire peut demander l’acceptation, le paiement, faire
dresser protêt, endosser à son tour l’effet, exercer les recours. L’endossataire reçoit
également tous les accessoires de la traite,
2. La garantie de l’endosseur
Cette obligation de garantie de l’endosseur est effectuée à travers les dispositions de
l’article 169 alinéa 1. La garantie due par chacun des endosseurs implique qu’à l’occasion
de chaque opération d’endossement, la lettre de change s’enrichit d’une garantie
supplémentaire, ce qui renforce la sécurité juridique du porteur et cela d’autant plus que
la loi établit une solidarité entre les endosseurs successifs.
Cependant, l’obligation de garantie de l’endosseur n’est pas d’ordre public :
- l’endosseur peut s’en exonérer par une clause contraire dite « clause de non garantie »
qui doit être inscrite en termes clairs et précis
Cette clause a un « effet relatif », c’est à dire que les endosseurs subséquents ne
peuvent pas s’en prévaloir pour se dégager de la garantie de l’acceptation ou de
paiement. A l’instar de l’endosseur, le tireur ne peut jamais se dégager de la garantie de
paiement, mais il peut se dégager de la garantie d’acceptation. Par contre le bénéficiaire
de la lettre de change devenu éventuellement endosseur peut s’exonérer des deux
garanties, comme il est prévu ci-dessus, en insérant deux types de clauses : celle de «
non-paiement » et celle de « non-acceptation ».
C. L’inopposabilité des exceptions
L’inopposabilité des exceptions ou bien dit « les raisons de ne pas payer », est un
principe posé par le législateur à travers les termes de l’article 171 du code de
commerce. Ce principe a pour vocation principale de faciliter la circulation de la lettre de
change.
Selon les termes de texte de loi citée, les personnes actionnées (tiré) en vertu de la lettre
de change ne peuvent pas opposer au porteur les exceptions fondées sur leurs rapports
personnels avec le tireur ou avec les porteurs antérieurs.
Toutefois, seul le porteur légitime et de bonne foi, c’est à dire celui qui justifie de son
droit par une « suite ininterrompue d’endossements », peut bénéficier de l’inopposabilité
des exceptions.
En revanche, les exceptions même si elles sont tirées du rapport fondamental liant le
tireur et le tiré-accepteur, sont opposables au porteur de mauvaise foi, qui, en acquérant
la lettre de change a agi sciemment au détriment du débiteur.
Paragraphe II. L’endossement de procuration
L'endossement est une opération qui consiste pour un endossataire, généralement
une banque, de donner un mandat à un endosseur lui permettant d'encaisser et de
requérir le montant de l’effet en son nom et sur son compte. Il est qualifié comme « un
mandat de recouvrement ».
A.les conditions de forme
Aux termes de l'article 172 du code de commerce qui stipule ici que l'endossement de
procuration résulte des mentions « valeur en recouvrement » ou « pour encaissement » ou
« par procuration » ou toute autre formule impliquant un simple mandat. Ainsi, le
porteur peut exercer tous les droits dérivant de la lettre de change, mais il ne peut
endosser celle-ci qu'à titre de procuration.
B. les conditions de fond
L'endosseur doit avoir la capacité civile, Quant à la capacité commerciale, elle n'est
pas nécessaire puisque l'endosseur par procuration ne devient pas garant du paiement
de l'effet.
C. les effets de l'endossement de procuration
Les obligés ne peuvent, dans ce cas, invoquer contre le porteur que les exceptions
qui seraient opposables à l'endosseur , mais ils ne peuvent aussi invoquer contre le
porteur les exceptions fondées sur leurs rapports personnels avec l'endosseur, à moins
que le porteur, en recevant la lettre, n'ait agi sciemment au détriment du débiteur.
En outre, et même sans stipulation expresse, il doit faire tout ce qui est nécessaire pour
la mise en oeuvre des droits attachés à l'effet..
Enfin, concernant la durée du mandat de recouvrement, elle st précisée par l'alinéa 3
de l’article 172 du code de commerce
Paragraphe III. L’endossement pignoratif
Le terme « pignoratif » vient du latin « pignus » mot par lequel on désignait un « gage »
Un endossement est dit « pignoratif », lorsque l'endos sur une lettre de change est
destiné, de la part de celui qui signe ce type d'endos, à se constituer garant de l'exécution
de l'engagement pris par celui au bénéfice duquel il est donné.
A. Les conditions de forme
Aux termes de l’alinéa 4 de l’article 174 du nouveau code de commerce qui stipule en
ce sens que, dans le cas où lorsque l’endossement contient la mention « valeur en
garantie », « valeur en gage » ou toute autre mention impliquant un nantissement, le
porteur peut exercer tous les droits dérivant de la lettre de change ; mais cet
endossement ainsi fait par lui n’est plus qualifié comme un endossement à titre de
procuration.
B. Les conditions de fond
La capacité requise de l'endosseur est non seulement celle requise pour constituer un
gage mais encore la capacité commerciale, car l'endosseur est garant du paiement de
l'effet.
C. Effets de l'endossement pignoratif
Le porteur au bénéfice duquel le gage est constitué conserve la lettre de change
jusqu’à son échéance ou son paiement. Si la lettre de change n’est pas payée, il exerce les
mêmes droits que celui qui lui a consenti le gage.
Section III. L’acceptation de la lettre de change
Il convient d'examiner, la notion de l’acception (§1), la présentation de l’acceptation
(§3), le caractère obligatoire de l’acception (§4), les conditions (§ 5) et les effets (§ 6).
Paragraphe I. la notion de l’acceptation de la lettre de change
L'acceptation est l'engagement cambiaire du tiré de payer à l'échéance le montant de
la lettre de change. Or, l’acceptation est régie actuellement par les articles 174 à 179 du
code de commerce. Peu pratiquée, l’acceptation conserve un intérêt non négligeable.
Il en résulte de cette signification de l’acceptation que le tiré s’engage cambiairement à la
fois à l’égard du porteur de la traite et à l’égard du tireur de la traite.
A. L’engagement cambiaire du tiré à l’égard du porteur de la traite
Au même titre que le tireur, le tiré est engagé cambiairement à l’égard du porteur,
lequel dispose, désormais, de deux débiteurs cambiaires : le tireur et le porteur.
Tant que le tiré n’avait pas accepté la traite, le porteur ne pouvait agir contre lui qu’au
moyen de l’action née de la provision.
Si, dès lors, la provision disparaissait ou que le tiré se libérait, avant l’échéance, entre
les mains du tireur, le porteur ne disposait d’aucune action contre le tiré, sinon celle
fondée sur la provision.
B. L’engagement cambiaire du tiré à l’égard du tireur de la traite
L’acceptation par le tiré de la lettre de change fait présumer l’existence de la
provision. Cette présomption repose sur l’idée qu’il est très peu probable que le tiré
s’engage sans cause, sauf à souscrire à un effet de complaisance.
La conséquence en est qu’en acceptant la traite, l’engagement cambiaire contracté par le
tiré ne profite pas seulement au porteur de la traite, il bénéficie également au tireur
Paragraphe II. La présentation à l’acceptation de la lettre de change
La présentation à l'acceptation est normalement une simple faculté et non une
obligation. Elle est faite par le porteur ou un simple détenteur au lieu du domicile du tiré.
La présentation est parfois obligatoire dans deux cas :
-Pour les lettres de change payable à un certain délai de vue, l’article 174 alinéas 6 du
code de commerce prévoit que ces lettres doivent être présentées à l'acceptation dans le
délai d'un an à partir de leur date.
- Pour les lettres de change payable à jour fixe, la présentation à l’acceptation peut être
faite dans la période qui commence à courir à partir de la date d’émission jusqu’au jour
indiqué.
La présentation à l'acceptation est interdite lorsque la traite porte la clause « non-
acceptable » que l'article 174 du code de commerce l’interdit
Paragraphe III. Le caractère obligatoire de l’acceptation dans les relations
commerciales
L'acceptation est en principe facultative pour le tiré, même si la créance en raison de
laquelle la lettre de change est établie entre lui et le tireur est régulièrement née.
La règle est différente entre commerçants pour des dettes commerciales.
En effet, suivant l’article 174 alinéas 9 et 10 du code de commerce, l’acceptation de
la lettre de change est cependant obligatoire selon certains les conditions . Le refus
d’acceptation entraîne de plein droit la déchéance du terme aux frais et dépense du tiré.
Paragraphe IV. Les conditions de l’acceptation
A. les conditions de forme de l’acceptation
Conformément aux dispositions de l’article 176 alinéa 1 du code de commerce ce
texte de loi exige trois mentions obligatoires relatives à la validité de l’acceptation de la
lettre de change sur le plan de la forme :
- d’abord, l’acceptation doit être portée sur le titre lui-même ;
- ensuite, la formule apposée sur la traite doit exprimer la volonté claire et non-
équivoque du tiré de s’engager cambiairement ;
- et, enfin, le tiré doit apposer sa signature manuscrite sur l’effet.
A l’instar de ces trois exigences légales, le législateur prévoit aussi et d’une manière
implicite un certain des mentions qualifiées facultatives que les parties sont libres de les
indiquer ou non sur le titre :
- , la date de l'acceptation , le lieu de paiement , la valeur fournie
B. les conditions de fond de l’acceptation
Pour être régulière, l'acceptation doit être faite par un tiré ayant la capacité de
s’obliger commercialement. Selon l'article 176 alinéa 3 du code de commerce,
l'acceptation est pure et simple, mais le tiré peut la restreindre à une partie de la somme.
L'acceptation faite par intervention est Réglementée par l'article 179 du code de
commerce,
Paragraphe III. Les effets de l’acceptation.
Selon les termes de l’alinéa 1 de l’article 178 du code de commerce dispose que :
"par l'acceptation, le tiré s'oblige à payer la lettre de change à l'échéance". Or, l’alinéa 2 du
texte cité ajoute que, à défaut de paiement, « le porteur, même s'il est le tireur a contre
l'accepteur une action directe résultant de la lettre de change pour tout ce qui peut être
exigé (…) ».
Aussi à ton pu dire que, cette action dite « directe » permet ici au porteur de
réclamer, en vertu des termes de l’alinéa 1 de l’article 202 du code de commerce, Et,
celui qui a remboursé la lettre de change peut réclamer à ses garants, notamment sur le
fondement des dispositions de l’article 203 du code de commerce:
L’acceptation opère le transfert du droit de propriété de la provision au porteur. Il en
résulte que la masse des créanciers du tiré ou du tireur ne peuvent pas avoir la main
mise sur cette provision car elle ne lui appartient plus.
Paragraphe IV. Le refus de l’acceptation
Le refus d'acceptation doit être constaté par un protêt, sauf si la traite porte la
mention « sans frais, sans protêt » ou équivalent.
En vertu de l'article 197, alinéa 1, du code de commerce, le protêt faute d'acceptation
doit être fait dans les délais fixés pour la présentation à l'acceptation. Si, dans le cas
prévu par l'alinéa premier de l'article 175, la première présentation a eu lieu le dernier
jour du délai, le protêt peut encore être dressé le lendemain.
Le protêt faute de paiement d'une lettre de change payable à jour fixe ou à un certain
délai de date ou de vue doit être fait dans les cinq jours ouvrables qui suivent le jour où
la lettre de change est payable. S'il s'agit d'une lettre payable à vue, le protêt doit être
dressé dans les conditions indiquées à l'alinéa précédent pour dresser le protêt faute
d'acceptation. Aux termes de l'article 209 du code de commerce, le protêt doit être fait
au domicile du tiré ou au domicile des personnes indiquées par le titre pour la payer au
besoin ou encore au domicile du tiers qui a accepté par intervention.
Section IV. La garantie de la lettre de change
L’importance des garanties qu’offre ce titre cambiaire. Outre ces garanties
ordinaires qui sont propres à la lettre de change, des garanties supplémentaires peuvent
être émises pour renforcer la sécurité du porteur et assurer, par conséquent, la
crédibilité de ce titre dans les transactions commerciales.
Paragraphe I. les garanties ordinaires de la lettre de change
A. La provision de la lettre de change
La provision de la lettre de change est une créance de somme d’argent du tireur à
l’égard du tiré devant exister au jour de l’échéance de la traite.
1. les caractères de la provision
Rappelons que la provision est la créance existant, à l’origine, entre le tireur et le
tiré, en raison de laquelle la lettre de change est émise.
La créance du tireur sur le tiré doit être certaine, liquide et exigible à l’échéance de la
lettre de change.
2. la preuve de la provision
La charge de la preuve de la provision est considérablement allégée lorsque la lettre
a été acceptée puisqu’il résulte de l’article 166 alinéa 5 du code de commerce que
l’acceptation suppose la provision. Elle en établit la preuve à l’égard des endosseurs
3. la transmission de la provision
La propriété de la provision est transmise de droit aux porteurs successifs de la
lettre de change.
4. La solidarité des signataires
Selon l’article 201 du code de commerce, tous ceux qui ont tiré, accepté, endossé ou
avalisé une lettre de change sont tenus solidairement envers le porteur.
Le porteur peut agir contre tous les signataires, individuellement ou collectivement,
sans être astreint à observer l’ordre dans lequel ils sont obligés. Le même droit
appartient à tout signataire d’une lettre de change qui a remboursé celle-ci. L’action
intentée contre un des obligés n’empêche pas d’agir contre les autres même postérieurs
à celui qui a été d’abord poursuivi.
Le principe de la garantie solidaire n’est pas d’ordre public ; la solidarité peut être
écartée par une clause insérée, soit par le tireur, soit par les autres signataires.
5. L’indépendance des signatures
Juridiquement, un titre ordinaire ou un document quelconque qui porte des
signatures fausses ou des signatures de personnes incapables de s’obliger ou toutes
autres irrégularités peut être annulé, mais grâce au principe de l’indépendance des
signatures qui caractérise la lettre de change et malgré la constatation de telles
irrégularités, celle-ci conserve sa force probante du moment que les autres signatures
apposées sur le titre sont correctes, obligeant ainsi leur auteur.
Paragraphe II. Les garanties supplémentaires de la lettre de change
Celles-ci peuvent être représentées par toutes les sûretés de droit commun
notamment l’hypothèque, le gage et la caution. Il existe aussi une garantie particulière en
matière de lettre de change : « l’aval ».
A. la définition de l’aval
L’aval est un engagement cambiaire souscrit par un tiers ou un précédent signataire
de la lettre de change en vue de garantir l’exécution de l’obligation de paiement à
l’échéance contractée par un débiteur de la lettre de change. Le paiement de la lettre de
change peut être garanti par un aval pour tout ou partie de son montant.
B. Les conditions de l’aval
Généralement, l’avaliseur est un tiers non encore obligé, mais l’article 180, alinéa 2,
admet que l’aval peut être fourni même par un signataire de la lettre.
L’aval peut être donné soit sur la lettre de change ou sur une allonge, soit par un acte
séparé indiquant le lieu où il est intervenu. La signature de l’avaliseur doit être
manuscrite avec mention de la formule « Bon pour aval ».
L’aval peut être donné pour le compte de l’un « quelconque » des signataires de la
lettre de change . Si l’aval n’indique pas pour le compte de « qui » il est donné, il est
réputé donné pour le compte du tireur .
C. Effets de l’aval
A la différence du cautionnement de droit commun, l’aval implique une obligation de
nature cambiaire dans la mesure où l’avaliseur est tenu de la même manière que celui
dont il s’est porté garant . Quand l’avaliseur paie la lettre de change, la loi lui accorde un
droit de recours contre le garanti et contre ceux qui sont tenus envers ce dernier en
vertu de la lettre de change
Section IV : le paiement de la lettre de change
Paragraphe I. L’obligation de présentation au paiement
A l'échéance, le porteur doit présenter la traite au paiement. Le tiré doit payer dès
que l'effet lui est présenté.
A. les critères subjectifs relatifs à l’obligation de la présentation au paiement
1. les personnes ayant le droit de demander le paiement de la traite : qui peut
demander le paiement de la traite ?
a. le principe de la présentation au paiement d’une lettre de change.
Le législateur prévoit dans l’article 184 du code de commerce que le porteur d’une
lettre de change a l’obligation de la présenter au paiement, soit à l’échéance, soit, au plus
tard dans les deux jours ouvrables qui suivent. A défaut de présentation de la lettre de
change au paiement dans le délai imparti, tout débiteur a la faculté d’en consigner le
montant au secrétariat-greffe du tribunal de son domicile aux frais, risques et périls du
porteur.
b. l’exception de la présentation au paiement d’une traite
Dans l’hypothèse où un protêt faute d’acceptation a été dressé, le porteur est
dispensé de présenter la traite au paiement. En cas d’ouverture d’une procédure
collective à l’encontre du tiré – accepteur ou non – le porteur est là aussi dispensé de
satisfaire à l’obligation de présentation au paiement.
2. Les personnes soumises à l’obligation de la présentation au paiement de la
traite : A qui doit-on demander le paiement de la traite ?
Le paiement doit être demandé en principe au tiré même s’il n’a pas accepté ou s’il n’a
pas reçu la provision de la part du tireur. Dans ces deux cas, le tiré n’est pas tenu de
payer.
En application de la règle de solidarité, le porteur peut, à défaut du tiré, demander le
paiement de la lettre de change au tireur ou à l’un quelconque des signataires, voire
même l’avaliseur. Il est admis par la loi qu’un tiers peut intervenir pour le compte d’un
débiteur quelconque exposé au recours pour payer le montant de la lettre de change.
3. Les conséquences du défaut de présentation au paiement
Si le porteur ne satisfait pas à son obligation de présentation au paiement, il est
considéré comme négligent. Deux sanctions pèsent alors sur lui :
- Il est déchu de certains de ses recours cambiaires ;
- Il est susceptible d’engager sa responsabilité civile si sa négligence a causé un préjudice
à un ou plusieurs signataires de la traite.
B. Les critères objectifs relatifs à l’obligation de la présentation au paiement : le
lieu et l’époque de paiement de la traite
1. Le lieu de paiement
En principe, la lettre de change est payable au domicile du tiré ou à tout autre lieu
distinct indiqué dans le texte même de la lettre. Une clause de domiciliation peut
indiquer le nom d’un tiers domiciliataire de la lettre de change qui est le plus souvent un
banquier, qui devient de ce fait le domiciliataire de l’effet.
2. L’époque de paiement : l’échéance de la lettre de change
Les textes de loi prévoient quatre façons d’indiquer l’échéance :
a. La lettre de change payable « à vue »
La lettre de change à vue est payable dès qu’elle est présentée au tiré par le porteur,
et peut être payable à tout moment dans le délai d’un an, à compter de la création de la
lettre de change, sauf mention contraire apposée sur le titre Ainsi, si une lettre de change
est tirée à vue le 1er janvier 1998, sa présentation au paiement ne pourra se faire que
pendant la période courant du 1er janvier 1998 au 31décembre 1998.
b. La lettre de change payable « à un certain délai de date »
Le délai indiqué sur le titre court à compter de la date de création de la lettre
obligatoirement mentionnée . Dans ce cas, l'échéance courte à partir :
- soit de la date de l’acceptation ;
- soit de la date du protêt.
L’article 182 al. 4 énonce qu’en l’absence de protêt, l’acceptation non datée est
réputée, à l’égard de l’accepteur, avoir été donnée le dernier jour du délai prévu pour la
présentation à l’acceptation.
c. la lettre de change payable « à un certain délai de vue »
La lettre est payable tant de jours ou de mois à compter de son acceptation par le
tiré ou de la constatation de son refus de l’accepter, dont la date sera mentionnée sur le
titre : la présentation à l’acceptation doit elle-même intervenir dans l’année de la
création. Le tireur pouvant modifier ce délai à sa guise et les endosseurs seulement
abréger les délais fixés par le texte ou par le tireur.
d. la Lettre de change payable « à jour fixe »
La lettre de change à jour fixe est payable le jour indiqué ou dans les cinq jours qui
suivent.
Quand une lettre de change est payable à jour fixe dans un lieu où le calendrier est
différent de celui du lieu de l’émission, la date de l’échéance est considérée comme fixée
d’après le calendrier du lieu de paiement. L’échéance a un caractère impératif à l’égard
du tiré qui ne peut imposer au porteur un paiement anticipé. Le tiré doit payer dès que
l’effet lui est présenté.
C. Les modalités de paiement de la traite
Le porteur d'une lettre de change payable à jour fixe ou à un certain délai de date ou
de vue doit présenter la lettre de change au paiement soit le jour où elle est payable, soit
l'un des cinq jours ouvrables qui suivent.
1. la remise de la lettre de change
Conformément aux dispositions de l’article 185, alinéa 1, du code de commerce qui
dispose ici que , le tiré peut exiger en payant le montant total de la lettre de change
qu’elle lui soit remise acquittés avec la mention « d’acquit » signée par le porteur.
2. le paiement partiel
L’alinéa 2 de l’article 185 du code de commerce prévoit en ce sens que, « le porteur
ne peut refuser un paiement partiel offert par le tiré ». en cas de paiement partiel, l’article
185, alinéa 3, du code de commerce permet au tiré d’exiger que mention du paiement
partiel soit faite sur la lettre et que quittance lui soit donnée
Les paiements faits à compte sur le montant d'une lettre de change sont à la
décharge des tireurs et endosseurs. Le porteur est tenu de faire protester la lettre de
change pour le surplus.
3. la Lettre de change libellée en monnaie étrangère
Lorsqu'une lettre de change est stipulée payable en une monnaie n'ayant pas cours
au lieu de paiement, le montant peut être payé dans la monnaie du pays, d'après sa
valeur au jour de l'échéance.
Les usages du lieu de paiement servent à déterminer la valeur de la monnaie
étrangère. Les règles énoncées ci-dessus ne s'appliquent pas au cas où le tireur a stipulé
que le paiement devra être fait dans une monnaie déterminée.
D. L’opposition au paiement de la lettre de change
L’article 189 du code de commerce interdit l’opposition au paiement d’une lettre de
change. Cette interdiction ne se trouve écartée que dans les deux cas suivants :
- En cas de perte ou du vol de la lettre de change ;
- En cas de redressement ou de liquidation judiciaire du porteur.
Si celui qui a perdu la lettre de change ou à qui elle a été volée, qu'elle soit acceptée
ou non, ne peut représenter la seconde, troisième, quatrième, etc…, il peut demander le
paiement de la lettre de change perdue ou volée et l'obtenir par ordonnance du
président du tribunal en justifiant de sa propriété par ses livres et en donnant caution
Paragraphe II. Le défaut de paiement de la lettre de change
A. Le protêt faute de paiement
Le protêt se définit comme la constatation, par un officier ministériel (un huissier de
justice), à la demande du porteur d’une lettre de change du défaut de paiement du tiré.
1. L’obligation de faire dresser protêt
Lorsque le tiré refuse de payer la lettre de change, le porteur a l’obligation de faire
dresser protêt faute de paiement. À défaut, le porteur est déchu de certains de ses
recours cambiaires , la validité du protêt est subordonnée au respect d’un certain
nombre d’exigences formelles :
-D’abord, il s’agit des exigences relatives aux personnes habilitées à dresser protêt
-Ensuite, ces exigences formelles concernent aussi les mentions obligatoires
Il énonce aussi la présence ou l’absence de celui qui doit payer ; les motifs du refus
de payer et l’impuissance ou le refus de signer.
Et encore plus, la validité du protêt rend aussi impérative la mention du lieu
d’établissement du protêt. Cette exigence formaliste est prévue expressément aux
termes de l’article 209 du Code de commerce
2. Les exceptions à l’obligation de faire dresser protêt
Le porteur de la lettre de change est dispensé de faire dresser protêt dans plusieurs
hypothèses, tant d’origine légale (a) que conventionnelle (b).
a. les dispenses légales
Le porteur de la lettre de change est dispensé de faire dresser protêt pour des motifs
d’ordre légal, notamment en cas :
- De force majeure qui empêche pendant plus de trente jours à compter de l’échéance de
faire dresser protêt.
- De redressement ou liquidation judiciaire du tiré.
- De redressement ou liquidation judiciaire du tireur d’une lettre de change non-
acceptable.
- Ou bien lorsqu’un protêt faute d’acceptation a déjà été dressé.
b. Dispense conventionnelle
Le porteur est dispensé de faire dresser protêt s’il est stipulé sur la traite une clause
(article 200 du code de commerce) :
- « sans frais » ;
- de « retour sans frais » ;
- « sans protêt ».
Elle doit figurer sur la traite, à défaut de quoi elle est dépourvue de valeur cambiaire.
Lorsqu’elle est apposée par un endosseur, elle produira ses effets qu’à l’égard de celui-ci.
B. Les recours en cas de défaut de paiement
L’étude des recours dont jouit le porteur de la traite en cas de défaut de paiement
commande de s’intéresser successivement à trois points :
1. L’ouverture des recours
L’article 196 du Code de commerce prévoit que le porteur de la lettre de change peut
exercer ses recours contre le tireur, les endosseurs et les autres obligés dans deux cas :
- Principe: à l’échéance ;
- Exception: avant l’échéance.
a. Le recours à l’échéance
Le porteur n’est fondé à exercer ses recours contre des personnes autres que le tiré
que si, à l’échéance, après avoir été vainement présentée à ce dernier dans le délai légal,
la lettre de change n’a pas été réglé. le porteur ne peut refuser un paiement partiel car,
en l’acceptant, il libère, dans cette mesure, les garants de la lettre. En contrepartie, il
dispose d’un recours pour le surplus.
b. Le recours avant l’échéance
1°. Principe
L’article 196 du code de commerce énumère trois cas au titre desquels le porteur
peut exercer son recours avant l’échéance :
s’il y a eu refus total ou partiel d’acceptation.
Dans les cas de redressement ou la liquidation judiciaire du tiré
Dans les cas de redressement ou la liquidation judiciaire du tireur d’une lettre de
change non acceptable.
2°. Atténuation du principe : l’octroi de délais de grâce
L’article 196, alinéa 2, du Code de commerce offre la possibilité aux signataires de la
lettre de change actionnés en garantie avant l’échéance d’obtenir du Président du
Tribunal de commerce des délais de grâce.
Il s’agit là, de toute évidence, d’une dérogation au principe posé par le législateur
qui, de façon générale, prive les signataires de la lettre de change du bénéfice de délais
de grâce.
2. L’exercice des recours
En cas de non-paiement de la traite par le tiré, des recours sont ouverts à deux
catégories de personnes :
- Le porteur, qui dispose d’une action en garantie contre les autres signataires de la lettre
de change ;
- Le garant qui a été actionné en paiement qui dispose d’une action récursoire contre les
signataires tenus envers lui.
a. l’action en garantie
Les Titulaires de l’action : les personnes ayant l’habilitation d’exercice l’action en
justice sont notamment le dernier porteur et le porteur légitime de la traite.
Le Bien-fondé de l’action : il s’agit ici un double motif qui permettra l’exercice de cette
action à savoir : le défaut de paiement de la lettre de change et celui d’acceptation de la
lettre de change.
Le montant de l’action : l’article 202 du Code de commerce prévoit que le porteur
peut réclamer au garant contre qui il exerce son recours .
L’ordre des recours : selon l’article 201 du Code de commerce prévoit que « tous ceux
qui ont tiré, endossé ou avalisé une lettre de change sont tenus solidairement envers le
porteur». Cette solidarité est totale. Il en résulte qu’il n’existe aucun ordre en vertu
duquel le porteur doit exercer ses recours.
Prescription de l’action : Conformément aux dispositions de l’article 228 du code de
commerce qui dispose ici que, toutes actions résultant de la lettre de change contre
l'accepteur se prescrivent par trois ans à compter de la date de l'échéance.
Les prescriptions, en cas d'action exercée en justice ne courent que du jour de la dernière
poursuite. Elles ne s'appliquent pas s'il y a eu condamnation, ou si la dette a été reconnue
par acte séparé.
b. Les destinataires de l’action
L’action peut parfois être dirigée soit contre le tiré, le tireur, les endosseurs et
l’avaliste.
i. Action contre le tiré
On distingue ici entre l’action exercée contre le tiré accepteur et le tiré non-accepteur.
Le tiré accepteur : Le porteur peut actionner le tiré-accepteur sur deux fondements :
D’abord, sur le fondement de l’action cambiaire née de la lettre de change, il conserve,
malgré tout, son recours cambiaire contre le tiré-accepteur, celui-ci étant le débiteur
principal de la traite. Ensuite, sur le fondement de l’action extra-cambiaire née de la
provision, qui permettra d’assurer la présomption d’existence de la provision.
Le tiré non-accepteur : le porteur ne dispose que de l’action née de la provision
contre le tiré non-accepteur. Or, la nécessité de l’existence de la provision constitue ici
une condition fondamentale de l’exercice de cette action. Certes, la charge de la preuve
incombe ici sur le porteur. Or, avant la survenance de l’échéance, le paiement du tiré
entre les mains du tireur est libératoire surtout, le tiré peut opposer au porteur toutes
les exceptions issues de son rapport personnel avec le tireur
ii. Action contre le tireur
L’action contre le tireur est expressément prévue par le code de commerce. Or,
l’exercice de cette action se fonde, d’une part, sur l’inopposabilité au porteur des
exceptions tirées des rapports personnels du tireur avec le tiré ou l’endosseur et, d’autre
part, en cas de négligence du porteur, celui-ci conserve son recours cambiaire contre le
tireur dans l’hypothèse où il n’aurait pas fourni provision au tiré.
iii. Action contre les endosseurs
Le porteur est libre d’exercer ses recours contre n’importe quel endosseur de la
lettre de change, peu importe qu’il s’agisse ou non du cédant.. Certes, ce principe
comporte ici une limite, car ne sont pas obligés envers le porteur, les endosseurs qui
bénéficient déjà d’une clause de non-endossement.
iv. Action contre l’avaliste
Le porteur de la lettre de change dispose aussi d’une action contre l’avaliste qui «
est tenu de la même manière que celui dont il s’est porté garant ».
En cas de négligence du porteur, il conserve malgré tout son recours cambiaire contre
l’avaliste du tiré-accepteur et l’avaliste du tireur qui n’a pas fourni provision.
b. Les actions récursoires
-Bien-fondé de l’action : le signataire de la lettre de change actionnée en paiement
devient subrogé dans les droits du porteur. Il devient alors titulaire de tous les droits
attachés à la qualité de porteur légitime de l’effet.
-L’ordre des recours : comme le dernier porteur, le garant qui a été actionné en
paiement peut exercer son action récursoire contre n’importe lequel des signataires
antérieurs de la traite.
-Le montant de l’action : Celui qui a payé la lettre de change est fondé à réclamer la
somme intégrale qu’il a payée ; les intérêts de cette somme au taux légal à partir du jour
où elle a été déboursée et les frais qu’il a faits.
-Prescription de l’action : Six mois à compter soit du jour où il a remboursé en cas de
recours amiable ; soit du jour où il a été actionné en paiement en cas de recours
judiciaire.
-Titulaire de l’action récursoire : cette action peut exercer par toutes personnes qui
participent à l’opération de la lettre de change. Il s’agit notamment :
-Le Tiré : on distingue ici entre le tiré qu’a reçu la provision et celui qui ne l’a pas reçu,
ainsi que le tiré complaisant.
-Le tiré qui a reçu provision : le tiré qui a payé la lettre de change pour laquelle il a reçu
provision est dépourvu de tout recours contre le tireur et tous les autres signataires de la
traite.
-Le tiré qui n’a pas reçu provision : le tiré qui n’a pas reçu provision jouit d’un recours
contre le tireur. Et si le tiré accepté la traite, il dispose malgré tout d’un recours .
-Le tiré complaisant : Si le tiré a consenti son acceptation par complaisance, il ne peut se
voir opposer celle-ci par le tireur. Permettre le contraire reviendrait à admettre que le
tireur puisse s’enrichir sans cause.
-Recours contre les garants du tireur : dans l’hypothèse où le tiré jouit d’un recours
contre le tireur, il dispose par là même d’un recours contre tous ceux qui se sont engagés
à garantir le tireur,
-Le tireur : il apparait ici nécessaire au titulaire de distinguer, et ce, dans le cadre de l’exercice
de l’action récursoire, entre le tireur qui a fourni la provision au tiré et celui qui n’a pas fourni
ladite provision au tiré.
-Le tireur a fourni provision au tiré : Si le tiré a accepté la lettre de change, le tireur peut agir
sur le fondement de l’action cambiaire contre le tiré et l’avaliste..
-Le tireur n’a pas fourni provision au tiré : le tireur qui n’a pas fourni provision n’a de
recours contre personne, En définitive, le tireur qui n’a pas fourni provision n’a fait que régler
une créance dont il était le débiteur principal.
-Les endosseurs : l’endosseur qui a été actionné en paiement par le porteur est immédiatement
subrogé dans les droits de dudit porteur.
Dans l’hypothèse où lorsque le porteur était frappé d’une cause de déchéance, l’endosseur est
sans recours contre les signataires de la lettre de change, mais conserve un recours contre le
tireur qui n’a pas fourni provision.
-L’avaliste : le titulaire de l’action récursoire peut ici encore faire des recours soit sur le
fondement de droit commun, soit sur le fondement de droit cambiaire.
-Les recours de droit commun : sur ce point, il fallait de distinguer entre l’action de nature
purement personnelle et celle de nature subrogatoire.
-L’action personnelle : il s’agit d’une action en remboursement extra-cambiaire fondée sur
les rapports personnels de l’avaliste avec le débiteur.
L’avaliste sera remboursé de la somme déboursée dans l’intégralité, intérêts et frais compris.
-L’action subrogatoire : bien que contestée dans son principe par certains auteurs, cette
action est fondée sur les dispositions du DOC qui permet à la caution qui a payé la dette d’être
subrogée « à tous les droits qu’avait le créancier contre le débiteur».
La Cour de cassation a eu l’occasion d’admettre l’application du recours subrogatoire des
dispositions du DOC au profit de l’avaliste Ainsi, le donneur d’aval a-t-il la possibilité d’être
subrogé dans les droits du porteur qu’il a désintéressé
Cependant, comme il y a subrogation, l’avaliste peut se heurter aux mêmes exceptions qui
pouvaient être opposées à l’ancien créancier.
-Les recours cambiaires : selon l’article 180 alinéa 6 du Code de commerce lorsque le
donneur d’aval a payé le porteur, cette disposition lui octroie deux sortes de recours :
- Un recours contre le débiteur garanti ;
- Un recours contre les débiteurs cambiaires du débiteur garanti ;
Ainsi, dans l’hypothèse où le débiteur garanti est un endosseur, le donneur d’aval disposera
d’un recours contre les endosseurs antérieurs ; le tireur et le tiré-accepteur.
3. La déchéance des recours
Le Code de commerce énumère trois causes de déchéance dont est susceptible d’être frappée
le porteur de la traite. Ainsi, ce dernier est-il déchu de ses droits contre les endosseurs, le
tireur et les autres obligés à l’exception de l’accepteur.