Il peut y avoir une politisation du sport :
• l'objet sportif peut se trouver intégré dans un débat politique :
ex : la coupe du monde au Qatar, débat politique sur l'état de notre monde, le réchauffement
climatique, les émissions de GES, notre rapport au vivant, l'extermination massive des êtres
vivants, notre manière d'habiter ce monde dans lequel nous vivons avec d'autres espèces
Le désastre d'un point de vue écologique que représente cette coupe du monde, le
gigantisme des évènements sportifs
• il peut devenir l'un des lieux de formulation de ce débat :
ex : Willy Sagnol (entraîneur des Girondins de Bordeaux) qui déclare « L'avantage du
joueur typique africain, c'est qu'il n'est pas cher quand on le prend, c'est un joueur qui est
prêt au combat, qui est qualifié de puissant sur un terrain... Mais le foot ce n'est pas que ça,
c'est aussi de la technique, de l'intelligence, c'est de la discipline, donc il faut de tout »
Racisme dans le sport
• L'engagement sportif peut avoir une portée politique : les premières footballeuses
anglaises qui défient l'ordre social qui les assigne à résidence et leur somme d'être mère.
« Le véritable sport de la femme, c'est la maternité ». Leur engagement sportif est
éminemment politique ! On pense aussi aux joueurs noirs : Brésil, début du XXe, le foot est
réservé à une minorité blanche bourgeoise. Faire irruption dans le monde du dominant,
refuser d'être banni, pénétrer l'espace sportif – miroir de la société – duquel on était exclu...
• L'espace sportif peut être le lieu d'une démonstration politique : athlètes afro-
américains, Tommie Smith et John Carlos, JO 1968, poing ganté de noir
• Le sport : lieu d'expression politique, création en Afrique du Sud sous l'apartheid d'une
fédération multiraciale (South African Soccer Federation) = pied de nez à la ségrégation
raciale
• On y observe les rapports de pouvoir que l'on retrouve hors de l'espace sportif : foot
brésilien, invention du dribble pour éviter les défenseurs blancs ; apartheid : matchs annulés
Comparaison de deux articles « Au Brésil : dribbler la domination blanche » et « en Afrique
du Sud : mettre hors jeu la ségrégation raciale » (articles de Mickaël Correia, Une histoire
populaire du football)
• La vie sportive reflète la situation politique du pays
La situation politique du pays façonne la vie sportive
→ en Afrique du Sud : la ségrégation raciale (au cœur du régime d'apartheid, l'apartheid : système
politique organisé à partir d'une discrimination raciale rigoureuse) se retrouve dans le sport. Cette
politique (étatique) de séparation et de hiérarchisation raciale régit la vie sportive du pays.
Contestation de la ségrégation raciale : en septembre 1951, trois grandes structures de football,
noire, métis et indienne, s'unissent pour créer une fédération multiraciale, la South African Soccer
Federation. « intentions subversives »
Lieu d'une révolte polique contre la polique raciste de l’État d'Afrique du Sud : Le 6 avril 1963, à
Johannesburg, des milliers de supporters découvrent devant les grilles du Natalspruit Indian Sports
Ground un décret municipal annulant le match opposant le Moroka Swallows au Blackpool United.
Footballeurs et public escaladent les grillages et remettent en place les poteaux de but initialement
retirés. Bravant l’interdiction, la partie se déroule devant 15 000 personnes. Après cette impudence,
une poignée de dirigeants de la SASL sont emprisonnés et l’organisation est dissoute en 1967.
Discours du ministre en charge des sports du premier gouvernement d'apartheid : « Le sport de haut
niveau, symbole de la vitalité de notre jeunesse et de l'inébranlable volonté de dépassement et
d'accomplissement de notre race, est et doit rester une activité blanche par excellence. Il se
pervertirait autrement en se noyant dans un cosmopolitisme qui nous ferait perdre notre âme et dans
lequel nous ne saurions de toute façon nous reconnaître »
<=> Président de la République du Brésil, Epitacio Pessoa, en 1921, émet un « décret de
blancheur » pour qu'au sein de la sélection nationale ne soit admis que « le meilleur de notre élite
footballistique, les garçons de nos meilleures familles, les peaux les plus claires et les cheveux les
plus lisses »
Brésil (abolition de l'esclavage en 1888) : l'espace sportif doit respecter la séparation raciale (Noirs,
Blancs, Métis, Amérindiens) et la hiérarchie raciale qui s'observent dans la société brésilienne.
Petits clubs / la sélection nationale
Les joueurs qui représentent le pays doivent représenter « l'élite » du pays (comme si les joueurs
noirs - qui n'ont pas le droit de représenter le Brésil – n'avaient pas leur place dans leur pays,
comme si ce n'était pas leur pays)
=> Les rapports de pouvoir qui structurent la société brésilienne ou la société d'Afrique du Sud
doivent être conservés dans le sport.
S'ils étaient bouleversés dans le sport, ils risqueraient de l'être aussi dans la société.
Dribble : « ruse et technique des premiers joueurs de couleur, le dribble leur évite tout contact avec
les défenseurs blancs »... « A travers ses dribbles ravageurs, Friedenreich met en scène sur le terrain
la condition même du dominé qui, pour exister, doit avant tout se soustraire à la violence du
dominant » Le sport révèle, met en évidence, ces rapports de pouvoir.
– Les clubs de foot des joueurs noirs : lieu qui leur permet de se soustraire à la violence du
dominant. Ils se retrouvent, entre eux, loin du regard et de la violence du dominant. Espace
sportif échappe aux rapports de pouvoir, il constitue une « bulle » de repos, les « dominés »
reconstituent leur identité, elle n'est plus définie par le « dominant », ils apprennent à se voir
autrement, à se trouver forts. Ils retrouvent dans le sport leur autonomie.
« Les corvées quotidiennes sont temporairement oubliées... »
« Cependant, le gouvernement et la fédération de football sud-africaine blanche voient d'un
mauvais œil le développement autonome de ce football interracial »
– Le sport : lieu où ces rapports de pouvoir peuvent être contestés, où ils peuvent se
reconfigurer, s'inverser.
Contestation : la supériorité justifie la domination, cette supériorité se démontre, se prouve,
dans le sport, sport : démonstration de supériorité, P. De Coubertin « Le véritable héros
olympique est l'adulte mâle », quand cette supériorité (sportive, physique) est démentie par
une défaite, c'est tout l'ordre qui reposait sur cette prétendue supériorité qui est ébranlé.
Brésil : « le championnat de Rio de Janeiro » est remporté par le CR Vasco de Gama
Finale du Mondial 1958 : « cette consécration sportive symbolise l'avènement de la fierté
afro-brésilienne »
<=> Femmes footballeuses qui remportent des victoires contre des équipes masculines
la Fédération anglaise de football (FA) décide en octobre 1902 d’interdire à tous ses
footballeurs de jouer contre des femmes. Tel un pied de nez au carcan patriarcal qui leur est
imposé, les joueuses du British Ladies’ Football Club, avant que celui-ci ne s’éteigne à la
suite de difficultés financières, disputent leur dernière rencontre officielle le 2 mai 1903 face
aux joueurs de Biggleswade Wesley’s. La feuille de match révèle que les ladies avaient pour
capitaine Nellie « Tommy » Gilbert et qu’elles ont remporté la partie 3-1