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Captage et stockage de CO2 à Lacq

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D O S S I E R D E C O N C E R TAT I O N

Projet pilote de captage et de stockage


géologique de CO2 dans le bassin de Lacq
sommaire

4 Le réchauffement climatique
6 Les gaz à effet de serre et le réchauffement climatique
L’effet de serre, un processus normalement bénéfique
Le rôle perturbateur des activités humaines
Les conséquences du réchauffement climatique
9  es engagements internationaux pour lutter
L
contre le réchauffement climatique
Le premier Sommet de la Terre
Le protocole de Kyoto
Les objectifs ultérieurs pour lutter contre le réchauffement climatique
La situation particulière de la France
L’inventaire des émissions de CO2 en France
12 Les solutions mises en œuvre pour diminuer l’effet de serre
La maîtrise de l’énergie
Le recours aux énergies renouvelables
L’utilisation des énergies fossiles plus pauvres en carbone
La reforestation, le captage et stockage du CO2, une option complémentaire

16 La technologie du captage et du stockage du CO


18 L
 es opportunités offertes par le captage et le stockage du CO2
2

La place du CSC dans les différentes voies de réduction des gaz à effet de serre
Le captage et le stockage des émissions industrielles
19 Les différentes technologies existantes ou à l’étude
Les techniques de captage
Le transport du CO2
Les techniques de stockage
22 Les programmes expérimentaux mondiaux
Les projets les plus importants
Le coût actuel des opérations de CSC

26 Le pilote du bassin de Lacq : objectifs et caractéristiques


28 Les objectifs du projet
Les objectifs de la phase de captage
Les objectifs de la phase de stockage
31 Les caractéristiques du projet
Le captage du CO2 à Lacq
> Le choix du site
> Les installations de captage
Le transport du CO2 par canalisation
Le choix du gisement de Rousse pour le stockage du CO2
> Les installations pour le stockage

36 Le pilote du bassin de Lacq : les conditions de mise en œuvre


38 Les impacts du projet et leur maîtrise
La maîtrise des risques et des impacts sur l’environnement
> Les caractéristiques du CO2
> Les études réalisées avant le choix du site
> Le risque de fuite
> La simulation des scénarios d’accident
Les impacts sur l’environnement
Les retombées socio-économiques, scientifiques et technologiques du pilote
45 Les conditions de la mise en œuvre
Le financement du pilote
Maîtrise des risques et surveillance du site
> Pendant le pilote
> La surveillance du site à long terme
Le comité de suivi scientifique
La concertation : ses objectifs et ses modalités
Le calendrier prévisionnel du pilote

49 L’engagement de Total en matière de développement durable


51 Glossaire
éditorial

La lutte contre le réchauffement


climatique s’intensifie et nécessite
désormais de ne négliger
aucune piste
Le 8 février 2007, Total a annoncé le lancement d’un projet pilote de captage et
de stockage géologique du CO2 dans le bassin de Lacq. Il s’agit d’une première
mondiale au moment où les pays développés s’apprêtent à prendre des mesures
draconiennes de réduction de leurs émissions de CO2 à l’origine de l’effet de serre.
La lutte contre le réchauffement climatique s’intensifie et nécessite désormais de
ne négliger aucune piste : la maîtrise de la consommation énergétique, le recours
aux énergies renouvelables, l’amélioration des pratiques agricoles et la reforesta-
tion, l’utilisation d’énergies fossiles plus pauvres en carbone… Dans ce contexte, la
technologie de captage et stockage géologique du CO2 constitue l’une des options
innovantes et prometteuses pour le futur proche. Selon le Groupe d’experts intergou-
vernemental sur l’évolution du climat (GIEC), cette technologie pourrait traiter d’ici à
2050, de 20 à 40% des émissions mondiales de CO2.
Sur le site de Lacq, dont les atouts sont multiples pour un tel projet, Total se pré-
pare donc à tester toute la chaîne de captage et stockage du CO2 en oxycombustion,
à un niveau d’intégration jamais réalisée. En amont des procédures d’autorisation
administratives et, le cas échéant, de sa mise en oeuvre, depuis plusieurs mois, l’en-
treprise a engagé le dialogue avec différents acteurs du territoire afin d’échanger sur
les enjeux de ce projet pilote. Elle s’est aussi entourée d’un Comité scientifique pour
qu’un regard d’experts externes soit porté sur le projet. Aujourd’hui, Total souhaite
initier une concertation avec tous ceux qui sont concernés : élus, citoyens, acteurs
économiques, sociaux et associatifs.
Cette concertation doit être l’occasion de partager les connaissances, d’informer,
de répondre aux questions, de permettre à chacun de s’exprimer sur les objectifs, les
caractéristiques et le dispositif de surveillance et de contrôle du projet.
Total attend d’une telle démarche qu’elle soit utile à tous et constitue une aide aux
décisions futures que le Groupe prendra.

Jean-Michel GIRES
Directeur Développement durable
et Environnement de Total
clima


tique
le réchauffement

Le constat fait à présent pratiquement l’unanimité : la Terre se réchauffe anormalement. Depuis


1861, date des premières mesures, sa température a globalement augmenté de 0,74° C et de
0,9° C en France, selon la Mission interministérielle sur l’effet de serre. Cette augmentation est
l’explication la plus probable de modifications climatiques qui se manifestent par des inonda-
tions, des périodes de canicule et de sécheresse, une fonte des glaciers ou encore une élévation
du niveau des mers. Le réchauffement climatique est, de l’avis de la communauté scientifique,
très probablement lié aux activités humaines et aux fortes émissions de gaz à effet de serre
(GES) qui s’accumulent dans l’atmosphère.


L’effet de serre, un processus Il est, en lui-même, naturel et bénéfique car il per-
normalement bénéfique met de maintenir à la surface de la Terre une tem-
La surface du globe absorbe environ la moitié de pérature positive, compatible avec le développe-
l’énergie reçue du soleil, et le sol réémet cette éner- ment de la vie. Sans lui, la température moyenne
gie sous forme de chaleur. A son tour, une partie de la surface du globe serait d’environ -18° C au
de ce rayonnement est absorbée par les nuages lieu de +15° C. A l’inverse, sur Vénus, où le gaz
et certains gaz. Ce sont les gaz à effet de serre1 carbonique est très abondant, la température
(GES) qui ne constituent qu’1% de l’atmosphère. atteint 420°. Après la vapeur d’eau, principal GES,
Ces gaz dispersés dans l’atmosphère de la Terre dont l’abondance est déterminée par la tempéra-
absorbent une partie du rayonnement infrarouge ture de l’atmosphère, le dioxyde de carbone (CO2)
réémis par notre planète. C’est ce processus que joue, par son effet de serre intense et sa persis-
l’on appelle l’effet de serre. tance dans l’atmosphère, un rôle prépondérant.

les gaz à effet de serre


et le réchauffement climatique

Le rôle perturbateur
des activités humaines
La circulation du carbone, sous forme gazeuse,
dissoute dans l’eau ou solide, est un élément clé de
la compréhension du climat et des changements
qui peuvent s’opérer. Composé d’un atome de car-
bone et de deux atomes d’oxygène, le gaz carbo-
nique est prélevé par les plantes, les bactéries et
le plancton. Ces derniers absorbent le carbone et
rejettent l’oxygène. Le processus inverse s’effectue
lors de la respiration ou bien lors de la décomposi-
tion de la matière organique2. Lorsque la biomasse
ne change pas, ce cycle d’échanges maintient un
équilibre entre la masse de gaz carbonique préle-
vée et celle rejetée. Le gaz carbonique s’échange
également avec les océans par dissolution dans
l’eau ou dégazage vers l’atmosphère. Si la tempé-
rature des eaux n’évolue pas, dissolution et déga-
zage s’équilibrent.
Depuis la moitié du XIXe siècle et le début de l’ère
industrielle, les activités humaines ont commencé
à perturber ce cycle par un recours croissant aux
énergies fossiles - charbon, pétrole, gaz naturel
- dont la combustion utilisée pour le chauffage,
l’éclairage, les transports et l’industrie, engendre
des émissions de gaz carbonique.


MÉCANISME dE L’EFFEt dE SERRE SUR LA tERRE

ATMOSPHÈRE ESPACE
TERRESTRE
5% SOLEIL
gL obe
c e du
GAZ À EFFEt dE SERRE rfa
tL a su
ÉNERGIE RÉÉMISE (H2O, CO2, N2O,CH4, etc.)
attein
CHALEUR PIÉGÉE ire
s oLa
95% rgie
’éne
de L
70%
ÉNERGIE RÉFLÉCHIE
(INFRAROUGES) 30%

RÉCHAUFEMENt dU SoL
SOL 15°
(La température de la Terre sans
athmosphère serait de -19°)

Les émissions mondiales de gaz carbonique liées à Les conséquences


ces activités atteignent aujourd’hui 29 milliards de du réchauffement cLimatique
tonnes (Gt) par an. La concentration de CO2 dans La durée de vie des gaz à effet de serre dans l’at-
l’air est ainsi passée de 280 ppm en moyenne à la3
mosphère varie beaucoup d’un gaz à un autre. Si,
fin du XVIIIe siècle, avant la révolution industrielle, à par exemple, le méthane n’y survit qu’une dou-
380 ppm en 200 et continue d’augmenter chaque zaine d’années, le gaz carbonique y reste stocké
année de 1 à 3 ppm. La rapidité avec laquelle le une centaine d’années. Pour cette raison, son
CO s’accumule ainsi que la signature isotopique
2

effet persistera très longtemps.
du carbone ne laissent aucun doute sur l’origine
anthropique, c’est-à-dire humaine, du phénomène. d’ici à 2100, Conséquence de cet effet, d’ici à 2100, la tem-
Cette augmentation rapide de la concentration de la température pérature pourrait augmenter de 2 à ° C , selon
CO dans l’atmosphère est telle que la moitié seu-
2 pourrait augmenter les scénarios du GIEC, le Groupement d’experts
lement des émissions générées par les activités de 2 à 5°c intergouvernemental sur l’évolution du climat.
humaines dans une année semble pouvoir être Cette fourchette large s’explique, d’un côté, par
absorbée par la planète. En effet, le rythme d’ab- les incertitudes sur les scénarios d’émission du
sorption par les océans et les forêts qui agissent en XXIe siècle, qui dépendent des futures décisions
véritables puits de carbone, dans la mesure où ils politiques et de la technologie, et, de l’autre, par la
peuvent absorber le CO en surplus, ne permet pas
2 complexité des phénomènes à prendre en compte
d’absorber tout le flux des émissions anthropiques. pour prévoir l’évolution du climat.

1. Les autres gaz à effet de serre, au sens du protocole de Kyoto, sont : le méthane (CH4), le protoxyde d’azote (N20), les hydrofluorocarbones (HFC),
les hydrocarbures perfluorés (PFC) et l’hexafluorure de soufre (SF6).
2. Matière organique : matière provenant des êtes vivants ou non, végétaux et animaux, contenant du carbone.
3. ppm : partie par million, indique un rapport de 10-6 ; soit : 1 gramme par tonne.
4. Isotopique : les isotopes du carbone permettent une datation au carbone 14 du CO2 d’origine fossile.
5. Le GIEC est un organisme créé en 1988 par les Nations Unies. Il a pour mandat d’évaluer les informations scientifiques, techniques et socio-économiques disponibles en rapport avec la question
du changement climatique pour informer le public et les décideurs. Le GIEC rend compte des différents points de vue et des incertitudes, tout en dégageant les éléments qui relèvent d’un consensus
de la communauté scientifique. Il a été nommé co-lauréat du Prix Nobel de la Paix en octobre 2007.

7
Ce réchauffement équivaudrait à celui qui a mis fin nier : les périodes de sécheresse se prolongent
aux glaciations, il y a 1 000 ans, mais il ne pren- dans de nombreuses régions, tandis que, dans
drait cette fois qu’une centaine d’années, contre d’autres régions les précipitations dépassent la
plusieurs milliers d’années à l’époque et, surtout, moyenne, comme en Europe de l’Est ou en Asie
il se produirait à partir d’une période déjà chaude. de l’Ouest. L’Europe n’est pas épargnée par des
C’est cette situation qui est inédite. Des phéno- vagues de chaleur comme celles de l’été 2003, ou
mènes climatiques se produisent déjà, qui sont dans l’Europe du Sud, de l’été 2007. Les impacts
très probablement les conséquences du réchauf- du changement climatique se font aussi sentir sur
fement, même s’il est impossible d’attribuer cha- les écosystèmes, ainsi que sur les activités humai-
que événement climatique particulier à ce der- nes, comme l’agriculture.

SynthèSe

Depuis 1861, la température de la Terre a augmenté globalement de 0,74 à


0,9° C. Ce réchauffement climatique est très probablement dû aux émissions
et à la concentration des gaz à effet de serre dans l’atmosphère liées à l’activité
humaine. Si aucune mesure n’était prise, l’élévation de la température moyenne
de la Terre entraînerait des dérèglements climatiques sur toute la planète.

FLUX NEtS dE CARboNE tERRE/AtMoSPHÈRE EN MILLIARdS dE toNNES (1997)

(4 200) = stock de carbone = Flux naturels = Flux anthropiques

AtMoSPHÈRE 3,6
(750)

2,5 2,0 120 6,5


1,6

180 VÉGÉtAtIoN
(650)

oCÉAN CARboNE FoSSILE


(39 040) (4 200)
SoL (1 500)
RoCHES SÉdIMENtAIRES
(50 000)
8 (source : Club CO2)
Depuis que les scientifiques attribuent une
responsabilité majeure aux émissions de gaz
à effet de serre dans le changement climati-
que, la communauté internationale se mobi-
lise pour lutter contre ce phénomène.

Synthèse

les engagements
internationaux pour lutter contre
le réchauffement climatique
Le premier Sommet de la Terre En 1997, les signataires de la Convention se retrou-
La mobilisation de la communauté internatio- vent à Kyoto pour adopter des objectifs quantifiés
nale pour lutter contre les émissions excessives de réduction les GES.
de CO et ses effets sur le climat commence en
2

1988. Cette année-là, l’Organisation météoro- Le protocole de Kyoto


logique mondiale et le Programme des Nations Le protocole de Kyoto entre en vigueur en février
unies pour l’environnement créent le Groupe 2005 après avoir été ratifié par suffisamment de
d’experts intergouvernemental sur l’évolution pays représentant plus de la moitié des émissions
du climat, le GIEC. de GES. A ce jour, 175 pays et organisations ainsi
Ses 2 500 membres sont chargés de rassembler que la Communauté européenne l’ont entériné.
à intervalles réguliers (environ tous les six ans) Parmi les pays développés, seuls les Etats-Unis et
les données scientifiques, d’en faire la synthèse l’Australie ne l’ont pas encore fait.
et d’évaluer l’état des connaissances sur le risque
de changement climatique. Son premier rapport Il prévoit, uniquement pour les pays développés,
est publié en 1990. un objectif de réduction des émissions de GES
entre 2008 et 2012 de 5% par rapport à l’année
Le premier Sommet de la Terre se tient à Rio de 1990, date de publication du premier rapport du
Janeiro (Brésil) en juin 1992, où la plupart des pays GIEC qui devient la date de référence.
adoptent la Convention Cadre des Nations Unies Lors de ces négociations, l’Europe a été parmi
sur les Changements Climatiques (CCNUCC). Elle les signataires les plus engagés, en acceptant un
impose à ses 166 pays signataires de lutter contre objectif de réduction de 8% de ses émissions.
le réchauffement climatique d’origine anthropique.


Les mécanismes de flexibilité mis en place par le protocole de Kyoto

Pour faciliter la réalisation à émettre des GES, libellés en > Des « mécanismes Pour atteindre ses objectifs
de ces engagements, le tonne de CO2 équivalent ; de développement pour la période 2008-2012,
Protocole prévoit pour les pays > Des mécanismes de « mise propre » (MDP). l’Union européenne a mis
signataires, en complément en œuvre conjointe » (MOC). Ils sont proches du dispositif en place un marché interne
des politiques et des mesures Ils permettent, entre pays précédent, à la différence que les de quotas d’émissions
nationales, la mise en œuvre développés, de procéder à des investissements sont effectués de CO2 depuis 2005
de trois mécanismes dits investissements visant à réduire par un pays développé, dans un (Directive2003/87/CE).
de flexibilité : les émissions de gaz à effet pays en développement. Ce marché concerne les
> Un marché mondial de serre en dehors de leur émissions provenant d’activités
de « permis d’émission ». territoire national et de bénéficier de certains secteurs industriels
Cette disposition permet des crédits d’émission générés des 25 états membres, soit
d’échanger, entre pays par les réductions ainsi environ 11 500 installations.
industrialisés, des droits obtenues ;

Synthèse

Après la création, en 1988, du Groupe d’experts intergouvernemental sur


l’évolution du climat, le GIEC, et le premier Sommet de la Terre en 1992,
le Protocole de Kyoto entre en vigueur en février 2005. Il prévoit, pour
les pays développés, une réduction des émissions de CO2 de 5%
entre 2008 et 2012, par rapport au niveau de 1990.

Les objectifs ultérieurs pour La situation particulière


lutter contre le réchauffement de la France
Climatique Au sein de l’Union européenne, l’Hexagone
Les objectifs fixés par le Protocole de Kyoto pour occupe une situation particulière, en raison des
la période 2008-2012 ne sont qu’une étape. Pour caractéristiques de sa production d’électricité. Au
stabiliser les températures à un niveau accep- niveau mondial, la production d’électricité est res-
table, but de la Convention Cadre des Nations ponsable de 40% des émissions de CO2.
Unies, des objectifs plus ambitieux doivent être En France, elle provient très largement de sources
définis par les Etats membres. d’énergie ne rejetant pas de CO2: nucléaire (77%),
Selon le GIEC, il serait nécessaire de limiter le hydraulique (12%) et éolien (moins de 1%). 10%
réchauffement planétaire à 2° C en moyenne par seulement de l’électricité sont donc obtenus par
rapport à l’ère industrielle pour éviter des catas- la combustion d’énergies fossiles.
trophes majeures. Cela nécessiterait, à l’échelle
mondiale, de réduire de 50% à 85% d’ici à 2050,
par rapport à 1990, les rejets de CO2. Notons que
pour les pays les plus émetteurs, cela signifie un
effort de réduction des émissions de 75 à 80% :
c’est ce que l’on appelle le Facteur 4. L’enjeu
des négociations internationales consiste à défi-
nir un régime mondial qui comprenne l’ensemble
des grands émetteurs de gaz à effet de serre en
incluant notamment les Etats-Unis, mais aussi
les pays émergents, tels que la Chine, l’Inde et
le Brésil. Une révision du Protocole de Kyoto doit
être négociée pour 2012.

10
Les émissions de CO2 en France métropolitaine répartition des émissions de CO2 en France en 2005 par secteur

Agriculture Déchets
en million de tonnes de carbone

18,6% 2,5%

Énergie Transports
12,7% 26,5%

Industrie Résid. Tert.


(hors énergie) 18,5%
20,7%
(source : Observatoire de l’énergie) (source : CITEPA/Inventaire CCNUCC décembre 2006)

Une révision du Protocole de Kyoto est prévue pour 2012, qui doit
avoir l’ambition de mobiliser tous les principaux pays émetteurs.
La France a pris un ensemble de décisions visant à respecter
ses engagements.

Ainsi, la France émet globalement 2,2 fois moins D’autres démarches seront sans doute initiées à
de tonnes de CO que l’Allemagne et 1,4 fois
2 la suite du « Grenelle de l’environnement »
moins que le Royaume-Uni.
Depuis l’an 2000, les émissions de CO2 n’augmen- L’inventaire des émissions
tent plus en France. Malgré cette situation plutôt de CO2 en France
favorable, plusieurs initiatives ont été prises par les Chaque année, le Centre interprofessionnel tech-
pouvoirs publics français pour lutter contre l’effet nique d’études de la pollution atmosphérique, le
de serre. Un Programme national de lutte contre le CITEPA, dresse pour le ministère chargé de l’En-
changement climatique (PNLCC) a ainsi été adopté vironnement, un inventaire des émissions de GES
en janvier 2000 tandis que, la même année, le Gou- en France. Voici les derniers résultats :
vernement mettait en place le Programme national Avec une quantité de 554,1 Mteq CO2 1, hors
d’amélioration de l’efficacité énergétique (PNAEE). UTCF2, contre 564,2 en 1990, la France affiche
En outre, le Plan Climat 2004-2012, élaboré par une baisse de ses émissions entre 1990 et 2005
le ministère chargé de l’Environnement avec les de 1,8%. Entre 2004 et 2005 la baisse est de
différents acteurs sociaux, regroupe les mesures 0,5%. Cette réduction provient d’une baisse prati-
prises dans tous les secteurs de l’économie et quement générale de tous les secteurs d’activité.
de la vie quotidienne pour lutter contre le chan-
gement climatique. Il a été renforcé, en novembre
2006, par le Comité interministériel pour le Déve-
loppement durable, visant à maintenir la ten-
dance actuelle à la stagnation de ces émissions,
sécuriser le respect de nos engagements au titre
du Protocole de Kyoto et préparer la division par
quatre des émissions de gaz à effet de serre à
l’horizon 2050.
1. Mteq : Millions de tonnes d’équivalent CO2.
2. UTCF : Utilisation des terres, leurs changements et la forêt.

11
Panneaux solaires photovoltaïques dans un village cubain équipé par Tenesol
(filiale de Total et EDF)

les solutions mises en œuvre


pour diminuer l’effet de serre

Aux pays signataires, le Protocole de Kyoto Dans le domaine du logement comme dans celui
fixe des objectifs de réduction des émissions du transport, des gisements importants d’éco-
de GES. Ils peuvent mettre en œuvre, pour res- nomie d’énergie s’offrent aux particuliers. Selon
pecter leurs engagements internationaux, plu- l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de
sieurs outils. l’énergie (Ademe), l’utilisation d’appareils électro-
ménagers efficaces (les réfrigérateurs ou machi-
La maîtrise de l’énergie nes à laver de classe A ou B) permettrait de réduire
La combustion des énergies fossiles primaires jusqu’à 50% sa consommation d’énergie. La pose
que sont le charbon, le gaz naturel et le pétrole, d’un vitrage isolant diminue les besoins en chauf-
pour les transformer en énergies finales (essence fage de 7% tandis qu’une isolation des murs
ou fioul, charbon purifié, électricité, etc.) génère, engendre une baisse de 10 à 15% de la consom-
comme nous l’avons vu précédemment, des émis- mation d’énergie. Le même procédé appliqué à la
sions de GES, et en particulier de CO2. toiture entraîne jusqu’à 20% d’économie.

La première solution pour diminuer les émis- En ce qui concerne le transport, l’Ademe rap-
sions de gaz à effet de serre, consiste à maîtriser pelle également que la voiture particulière est la
la consommation d’énergie. Il s’agit d’inciter les plus émettrice de CO2, surtout en ville et dans les
usagers à modifier leurs comportements, à choi- encombrements, lorsque la circulation oblige à
sir des équipements plus économes et les indus- des arrêts et des démarrages fréquents. La quan-
triels à concevoir des produits moins émetteurs en tité de carburant consommé peut alors doubler et
CO2. le volume de gaz rejeté être multiplié d’autant.
Outre le recours accru aux transports en commun
et aux modes de conduite « doux », un bon entre-
tien du filtre à air permet de diminuer de 10% la
consommation de carburant.

12
L’engagement de Total pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre

Total a engagé de nombreuses au fonctionnement des divers chaque entité opérationnelle par rapport à 1990.
actions qui s’inscrivent dans équipements des installations de Total s’est fixé des objectifs > En outre, Total développe
les politiques développées de production. En ce qui de réduction de son intensité des programmes de Recherche
par les pays signataires concerne le brûlage des « gaz d’émission de GES. et Développement et
du protocole de Kyoto pour associés », Total a décidé en d’investissement en matière
réduire ses émissions 2001, de ne plus entreprendre de Résultat : d’énergies renouvelables
de gaz à effet de serre. nouveaux projets avec brûlage > à la fin 2006, les émissions (biocarburants, solaire,
Celles-ci proviennent, pour continu. De plus, fin 2006, le de GES par unité de production éolien, hydrogène, pile à
l’essentiel, du brûlage à la Groupe s’est engagé à réduire de avaient diminué de 39% combustible...) et s’engage
torche des « gaz associés » moitié, d’ici à 2012, le brûlage pour l’activité d’Exploration dans le développement des
aux productions de pétrole, des gaz associés sur toutes ses et Pro-duction, de 17% à la technologies de captage et de
et de l’autoconsommation installations d’extraction. Quant tonne traitée pour le Raffinage stockage géologique de CO2.
d’hydrocarbures nécessaire à l’autoconsommation de gaz, et de 22% pour la Chimie

(source : Total, rapport sociétal et environnemental 2006, résumé)

Des efforts sont également entrepris par les Ainsi, les pays européens se sont engagés à pro-
constructeurs, en collaboration avec l’industrie duire 20% de leur électricité à partir de ces énergies
pétrolière pour rendre les moteurs plus économes. à l’horizon 2010.
Mais, si la capacité de production d’électricité pho-
Le recours aux énergies tovoltaïque croît de 40% par an dans le monde,
renouvelables cette croissance ne peut cependant pas déboucher
Les énergies renouvelables (solaire, éolien, hydrauli- sur une substitution significative de la consomma-
que, etc.) sont appelées à jouer un rôle croissant car tion d’énergie fossile avant plusieurs décennies.
leur transformation en électricité génère de faibles
émissions de CO2.

Total produit et distribue des biocarburants depuis 1993

13
L’utilisation des énergies fossiles
plus pauvres en carbone
La substitution entre elles des énergies fossiles est
également préconisée. En effet, le remplacement
du charbon par du gaz naturel comme combus-
tible s’accompagne d’une réduction de plus de
40% des émissions de CO2. Le gaz naturel est la
ressource fossile qui a connu la plus forte progres-
sion depuis les années 70. Cependant, la crois-
sance de la consommation de charbon demeure
forte, notamment aux Etats-Unis et en Chine. 70%
de l’électricité produite en Chine est ainsi produite
à partir du charbon.
Barrage hydraulique de Manantali au Mali

Synthèse

La maîtrise de la consommation d’énergie est le premier levier


pour réduire les émissions de GES. Les autres solutions consistent
à la fois à utiliser de façon croissante les énergies non carbonées
et, parmi les énergies fossiles, à privilégier le gaz naturel.
Cependant, la consommation des énergies fossiles, fortement

la reforestation, le captage Le dernier rapport du GIEC insiste sur le bénéfice


et stockage du CO2, une option de cette approche, mais rappelle que ce bénéfice
complémentaire n’est pérenne que si les forêts sont exploitées et
Selon le scénario de référence de l’Agence inter- leur bois stocké.
nationale de l’énergie, la consommation mondiale Dans ce contexte, une option technologique com-
d’énergie devrait progresser de plus de 50% entre plémentaire est actuellement étudiée. Il s’agit
2004 et 2030, en raison, notamment, de la crois- du captage et du stockage géologique du CO2.
sance des pays en développement. Les énergies Elle consiste à récupérer ce gaz à effet de serre
la consommation
fossiles vont continuer à satisfaire jusqu’à 90% de dès sa source de production et à le réinjecter
mondiale d’énergie
la demande, même si les énergies renouvelables dans le sous-sol. Il ne pourra donc plus contri-
devrait progresser
permettent de satisfaire une partie croissante des buer au réchauffement climatique planétaire. Les
de plus de 50%
besoins. Les émissions globales de CO2 issues de institutions européennes et françaises encou-
entre 2004 et 2030
la combustion des produits fossiles devraient donc ragent cette voie, en complément des autres
croître pendant la même période. Une estimation mesures.
raisonnable évalue à 62% cette croissance. Ainsi, la Présidence du Conseil européen des 8 et
Pour concilier l’utilisation des ressources fossiles 9 mars 2007, demandait « instamment aux Etats
et la diminution des émissions de GES liées aux membres et à la Commission d’œuvrer au renfor-
activités humaines, toutes les solutions doivent cement des activités de Recherche et de Déve-
donc être explorées. La reforestation peut contri- loppement et de définir le cadre technique, éco-
buer à augmenter le puits de carbone en absor- nomique et réglementaire nécessaire pour mettre
bant naturellement une partie du CO2 émis dans en œuvre, si possible d’ici 2020, des technolo-
l’atmosphère. gies de piégeage et de stockage du dioxyde de
carbone respectueuses de l’environnement ainsi
que de nouvelles centrales électriques à combus-
tibles fossiles » et se félicitait « de l’intention de

14
émettrices de GES, va demeurer très forte. Une technologie
complémentaire, pour concilier croissance économique et lutte contre
le réchauffement climatique, réside dans le captage et le stockage
du CO2. Développer cette technologie est encouragé par les pouvoirs
publics, aux niveaux national et international.

la Commission d’élaborer un mécanisme visant


à stimuler la construction et l’exploitation, d’ici à
2015, d’un certain nombre (pouvant aller jusqu’à
12) d’installations de démonstration de technolo-
gies durables d’utilisation de combustibles fossiles
pour la production commerciale d’électricité».
Au plan français, le Comité interministériel pour
le Développement durable du 13 novembre 2006
proposait « d’examiner les possibilités d’imposer
que les éventuelles demandes d’installations de
production d’électricité à partir de charbon anti-
cipent le développement de la capture et du stoc-
kage de CO2 et prévoient leur mise en place effec-
tive dés que les techniques seront disponibles ».

15
la tech
du captage et
En dehors de la vapeur d’eau, le CO2 est le principal gaz à effet
de serre, à la fois en termes de quantité et d’impact global. Son
augmentation dans l’atmosphère provient essentiellement de la
combustion des énergies fossiles (charbon, pétrole et gaz).
Pour en diminuer les émissions, le procédé de captage et de
stockage géologique du CO2 (ou CSC1), ouvre, à côté de la maî-
trise et de la réduction des émissions à la source, une voie com-
plémentaire de l’efficacité énergétique et du développement des
énergies non carbonées.

[Link] anglais, CCS : Carbone (dioxyde) Capture and Sequestration (ou Storage)

16
nologie
du stockage du CO2

17
En complément de la maîtrise de l’énergie,
d’une meilleure efficacité énergétique et du
développement des alternatives non fossiles,
comme le développement du nucléaire et des
énergies renouvelables, le CSC suscite des
espoirs considérables car cette technologie a
le potentiel de réduire les sources concentrées
d’émission de CO2.

les opportunités offertes


par le captage et le stockage
du CO2
La place du CSC Le captage et le stockage
dans les différentes voies des émissions industrielles
de réduction des gaz à effet Ces centrales électriques (et notamment celles
de serre fonctionnant à partir de charbon ou de lignite) ainsi
La technologie du CSC peut être considérée que, dans une moindre mesure, quelques autres
comme une solution de transition, à mettre au installations industrielles telles que les cimente-
point rapidement pour obtenir des effets positifs ries, les raffineries, les installations de production
sur la quantité globale de CO2 dans l’atmosphère d’engrais, de la sidérurgie et de la pétrochimie,
dès les prochaines décennies. sont, à ce jour, celles pour lesquelles le captage
de CO2 apparaît le plus adapté.
Capter de 80 à 90% En raison du coût d’investissement et des parti- Au total, selon le GIEC, la technologie pourrait
du CO2 émis par cularités techniques du CSC, les sources d’émis- capter de 80 à 90% du CO2 émis par une usine
une usine sions concernées sont celles qui dépassent les électrique (avec une consommation d’énergie
électrique 100 000 tonnes de CO par an, soit environ 7 000
2 supérieure à l’énergie normalement consommée),
sites dans le monde, selon le rapport du Groupe et traiter, toujours d’ici à 2050, de 20 à 40% des
d’experts intergouvernemental sur évolution du émissions mondiales de CO2. Cela dépendrait
climat (GIEC). bien sûr de la volonté politique des pays concer-
En particulier, la production d’électricité à partir nés et des moyens technologiques mis en œuvre.
de centrales thermiques représente, à elle seule, Cette technique pourrait contribuer pour 10 à 55%
plus de 40 % de la totalité des émissions de à l’effort total de réduction des émissions d’ici à
CO2 anthropiques émises chaque année dans le 2100. Pour que ce développement puisse s’effec-
monde et quasiment 80 % des émissions totales tuer, il est nécessaire de réaliser dès à présent des
de sources industrielles. projets pilotes : c’est dans ce cadre que s’inscrit
le projet du bassin de Lacq.

18
Stations intermédiaires
sur le trajet du gazoduc entre Lacq et Rousse

les différentes technologies


existantes ou à l’étude

Le CSC comporte trois étapes : le captage, le Il existe trois techniques de captage du CO2. Elles
transport et le stockage. Il s’agit de capter le sont compatibles avec la plupart des installations
CO2 provenant d’une source importante et fixe, actuelles de production d’énergie.
de le concentrer et de le transporter vers un
site adéquat pour son stockage. > Le captage par précombustion : il consiste à
A chacune de ces phases, différentes techni- produire, par un processus chimique, un gaz de
ques sont disponibles ou testées. synthèse à partir du combustible carboné, puis à
en séparer le CO2 avant de brûler l’hydrogène pour
Les techniques de captage produire de l’énergie. Cette combustion ne produit
La première phase du CSC a pour objectif de cap- alors plus que de la vapeur d’eau. Le captage du
ter dans les fumées de combustion le CO2 émis et CO2 s’effectue donc en amont des installations de
de le séparer des autres composants principaux, production d’énergie.
notamment la vapeur d’eau et l’azote.
Les techniques reposent essentiellement sur des > Le captage par postcombustion : le CO2 est
processus physiques ou chimiques qui ont fait extrait des fumées issues de la combustion clas-
leurs preuves. En effet, la séparation des fumées sique du charbon, du gaz, du pétrole ou encore
et le captage du CO2 s’effectuent déjà dans de de la biomasse, donc en aval des opérations. Les
grandes usines, notamment lors de la transforma- procédés utilisés sont physiques ou chimiques en
tion du gaz naturel, de la production d’ammoniac, fonction des types de solvants utilisés. Cette tech-
de la fabrication d’engrais. Mais, dans ces cas, le nique est la mieux maîtrisée, mais reste coûteuse
CO2 généralement extrait est ensuite rejeté dans et consommatrice d’énergie, au stade de dévelop-
l’atmosphère. pement actuel.

19
> le captage par oxycombustion : c’est ce pro-
cédé qui va être testé à Lacq. Il consiste à utiliser Installations
dans la chaudière de l’oxygène au lieu de l’air pour de l’usine de Lacq

obtenir, à la sortie, une fumée très concentrée en


CO2, soit une concentration de 90%, voire 95%.
La combustion à l’oxygène est utilisée avec suc-
cès depuis de nombreuses années pour améliorer
les performances des procédés industriels, dans
l’industrie du verre en particulier, mais elle en est
encore au stade de démonstration dans les opéra-
tions de captage du CO2. La chaudière de l’usine de Lacq
qui sera modifiée

Synthèse

Le captage et le stockage de CO2 émis par les sources d’émissions


concentrées pourraient traiter, d’ici à 2050, de 20 à 40% des émissions
mondiales de ce gaz. A chaque étape du processus, plusieurs techniques
sont disponibles ou expérimentales.

Le transport du CO2 transport à grande échelle depuis les lieux d’émis-


Après son captage, le CO doit être dirigé vers son
2 sions jusqu’aux sites de stockage.
lieu de stockage. Les solutions pour ce transport à
grande échelle sont la voie maritime ou le gazoduc. Les techniques de stockage
Dans les deux cas, le CO2 occupant beaucoup de Une fois transporté, il faut pouvoir stocker le CO2
volume, le transport s’effectue le plus souvent en pendant de longues durées, c’est-à-dire des cen-
phase « dense », forme comprimée ou refroidie du taines ou des milliers d’années, de manière à ce
CO2. Le but est de réduire son volume. qu’il ne contribue pas à l’effet de serre.
La technologie est déjà connue et utilisée dans
> La voie maritime : les bateaux sont du même l’industrie pétrolière et gazière où le CO2 est injecté
type que ceux qui transportent du GPL (gaz de dans les gisements en cours d’exploitation pour
pétrole liquéfié). réduire la viscosité du pétrole : le gaz se dissout
dans le pétrole brut qui devient ainsi plus fluide
> Le gazoduc : de Lacq au champ de Rousse, le et donc plus mobile. Le taux de récupération du
transport du CO2 va s’effectuer grâce à un pipeline pétrole est, de cette manière, plus important.
existant qui a servi jusqu’à présent à l’extraction Pour le CSC, le stockage géologique, c’est-à-dire
du gaz du champ de Rousse. Là encore, la tech- dans le sous-sol, est l’axe retenu par la majorité
nologie n’est pas nouvelle : les premiers gazoducs des pays industrialisés. Il consiste à injecter du
de transport du CO2 sont entrés en service aux CO2 dans une roche souterraine.
États-Unis au début des années 70, mais pour des Cette capacité des réservoirs géologiques à
activités liées au pétrole et à l’exploitation du gaz stocker du gaz carbonique existe déjà dans la
des mines de charbon. Ils s’y étirent aujourd’hui nature puisque l’on trouve dans le sous-sol de
sur plus de 2 500 km et transportent plus de nombreux sites qui retiennent du CO2 depuis des
40 millions de tonnes de CO2 par an. L’enjeu est millions d’années. Il existe trois sortes de forma-
surtout économique et réside dans le développe- tions géologiques souterraines dans lesquelles du
ment d’un véritable réseau capable d’effectuer ce CO2 peut être emprisonné.

20
Tête d’injection dans le réservoir de Rousse

Station intermédiaire
sur le trajet du gazoduc

Fondées sur les connaissances acquises lors de la production


et de l’exploitation des hydrocarbures, elles sont envisageables
pour de nombreuses infrastructures énergétiques actuelles.

> Les gisements d’hydrocarbures épuisés ou Ces aquifères se trouvent dans des bassins sédi-
en phase de déclin (dits « déplétés ») : c’est mentaires, sous la terre ou sous la mer.
cette option qui est envisagée sur le site de Ils sont présents partout dans le monde et peu-
Rousse dans le bassin de Lacq. Elle offre plusieurs vent s’étendre sur des centaines, voire des milliers
avantages. Les réservoirs de pétrole ou de gaz ont de kilomètres carrés, parfois sur plusieurs kilomè-
prouvé leur étanchéité pendant plusieurs millions tres d’épaisseur.
d’années. En outre, le milieu géologique est bien Les capacités mondiales de stockage de CO2 y
connu car exploité depuis plusieurs décennies seraient de 400 milliards à 10 000 milliards de
par l’industrie pétrolière et gazière. Les capacités tonnes, selon l’Agence internationale de l’éner-
mondiales de stockage dans de tels gisements gie. Mal connus à ce jour, ces sites nécessitent un
seraient de l’ordre de 930 milliards de tonnes de Les réservoirs de effort de recherche important pour caractériser et
CO2, selon l’Agence internationale de l’énergie. pétrole ou de gaz préciser leur comportement à long terme.
A titre de comparaison, l’humanité émet, chaque ont prouvé leur
année, 29 milliards de tonnes de CO2 dans l’atmos- étanchéité pendant > Les veines de charbon non exploitables car
phère, et le captage et le stockage envisagés pour plusieurs millions trop profondes ou trop peu épaisses. Le CO2
les grosses installations industrielles et centrales d’années est adsorbé, c’est-à-dire retenu par le charbon.
thermiques, concerneraient, à l’horizon 2050, 20 à Ce mécanisme provoque, en outre, la libération du
40% de ces émissions. Cependant, ces gisements méthane naturellement fixé à la surface du char-
ne sont pas répartis sur toute la planète, à proxi- bon, qui peut être produit et récupéré. La capacité
mité des sources de CO2. mondiale de stockage de CO2 serait de l’ordre de
40 milliards de tonnes. Des travaux de recherche
> Les formations salines profondes. Il s’agit des doivent étudier la porosité et la perméabilité des
nappes souterraines d’eau très salée - jusqu’à veines de charbon, qui risquent d’être trop faibles,
trois fois la concentration en sel de l’eau de mer empêchant ainsi le CO2 de s’y fixer en quantités
- impropre à la consommation ou à l’irrigation. importantes.

21
Les projets les plus importants
Parmi les projets sur lesquels Total est impliqué,
trois projets se distinguent par leur importance :
> Le projet de stockage et de surveillance du
CO2 dans le gisement de pétrole partiellement
épuisé de Weyburn, au Canada. Ce programme
de recherche international a débuté en 2000,
sous l’égide de l’Agence internationale de l’éner-
gie. Il s’agit de la première réalisation industrielle
de grande envergure couplant stockage géologi-
que du CO2 et activités industrielles de récupéra-
tion améliorée de pétrole.

les programmes
expérimentaux mondiaux

De multiples programmes internationaux sont


menés pour tester les technologies de captage
et les sites de stockage, à des fins industrielles
et/ou de recherche. Ils bénéficient du soutien de
nombreux gouvernements et partenaires privés
et de la participation d’équipes de recherche
françaises, publiques et privées.
Depuis le milieu des années 90, Total est engagé,
aux côtés d’instituts et de centres de recherche
français et internationaux, dans des programmes
de recherche sur la physicochimie du CO2 injecté
et stocké, l’intégrité des stockages et des puits
sur le long terme, les mesures nécessaires à la
surveillance de ces stockages et les méthodo-
logies d’analyse des risques. Les enjeux de ces
programmes de Recherche & Développement
auxquels participe Total sont :
> l’établissement de la faisabilité et de la fiabilité
de l’injection et du stockage pérenne du CO2,
> la réduction des coûts et l’amélioration énergé-
tique de ces procédés de CSC,
> le développement des outils et mécanismes de
surveillance à long terme du stockage.

22
Son but est d’examiner comment concilier récu- L’Union européenne participe au financement de
pération de pétrole et stockage à long terme. Il ce projet de recherche.
est prévu d’injecter 1,8 million de tonnes de CO2 L’enjeu est considérable : l’expérience acquise
par an pendant 15 ans, ce qui permettra de stoc- dans ce domaine sera déterminante pour l’ave-
Concilier ker définitivement plus de 20 millions de tonnes nir du stockage géologique dans les réservoirs
récupération de de CO2 tout en produisant 130 millions de barils d’hydrocarbures.
pétrole et stockage de pétrole.
à long terme Le CO2 stocké provient d’une unité de gazéifica-
tion de charbon située dans le Dakota du Nord
aux Etats-Unis. Il est acheminé jusqu’à Weyburn
par un pipeline transfrontalier de 300 kilomètres
conçu spécialement pour ce transport.

Plate-forme du champ gazier de Sleipner


en mer de Norvège

23
D’importantes capacités de stockage géologique en France
En France, les capacités le Bassin parisien est estimé à 50 Rappelons que les émissions les formations salines profondes,
de stockage actuellement millions de tonnes (Mt) de CO2, annuelles françaises sont de 554 de 30 à 600 milliards de tonnes
recensées avec précision celui de Lacq à 250 Mt CO2 et millions de tonnes équivalent CO2, de CO2, selon une étude de Gaz
correspondent aux gisements celui de Parentis1 à 125 Mt CO2, dont 82 millions pour l’ensemble de France. Selon le BRGM2, les
d’hydrocarbures. soit au total environ 400 millions industrie-agriculture. capacités de stockage profond
Il faut y ajouter le potentiel des de tonnes de CO2. Le potentiel Au plan européen, le potentiel représenteraient près de 900
aquifères salins profonds. des aquifères profonds, qui reste de stockage dans les gisements années d’émissions.
Le potentiel des gisements à préciser, devrait être de 1 à 25 déplétés serait de 50 milliards
déplétés de Chaunoy dans milliards de tonnes de CO2. de tonnes de CO2 et, dans

> Le projet de Sleipner en Norvège. C’est sur le > Le projet de Snohvit, également en Norvège. Ini-
champ de Sleipner qu’a été lancée, en 1996, la pre- tié en 2006, le projet consiste à séparer le CO2 à
mière expérience mondiale de stockage de CO2 à terre, en amont d’une usine de gaz naturel liquéfié,
l’échelle industrielle dans une formation saline. La de le convoyer par pipeline sur 130 km pour l’in-
teneur en CO2 du gaz naturel exploité par le pétrolier jecter dans l’aquifère salin de Tubaen, à 2 600 m Comprendre et
Statoil doit être diminuée pour respecter les critères de profondeur, à raison de 2 000 tonnes par jour modéliser les
de vente. Il a donc été décidé de l’acheminer sur (soit près de 700 000 tonnes par an). Total est contraintes liées au
une autre plate-forme en mer pour en extraire le à nouveau partenaire de l’opérateur norvégien transport du CO2 par
CO2. Séparé par des procédés de traitement de Statoil sur la concession et l’exploitation du gaz gazoduc
gaz classiques, ce CO est depuis injecté dans la
2 de Snohvit. Ce projet permet, parallèlement à celui
formation saline de l’Utsira, située à 1 000 m de de Sleipner, de préciser, comprendre et modéliser
profondeur. Un million de tonnes de CO est injecté 2 les contraintes liées au transport du CO2 par gazo-
chaque année. Total est partenaire de l’opérateur duc.
norvégien Statoil sur la concession de Sleipner,
mais a aussi été un partenaire du projet de recher- Les résultats des travaux sur ces projets devien-
che et développement, CO2Store, destiné à inter- nent des éléments de référence dont bénéficient
préter les données issues des opérations d’injec- les différentes équipes de recherche et les indus-
tion, ainsi qu’à prédire le comportement à long triels. Ce retour d’expérience améliore la qualité
terme du CO2 dans cette formation, et notamment des nouveaux programmes, comme celui envi-
son interaction avec les différents minéraux de la sagé dans le bassin de Lacq. Quelques exem-
roche. Plusieurs techniques de surveillance sont ples parmi d’autres : c’est grâce au projet mené à
testées et plus particulièrement un suivi sismique Sleipner que les équipes de Total vont intégrer,
en trois dimensions à intervalles répétés. dès le départ, des modèles de prédiction des inte-
ractions entre le CO2 et les roches présentes dans
le gisement de Rousse.
1. Dans le Bassin d’Aquitaine.
2. BRGM : Bureau de recherches géologiques et minières.

24
Le site de Snohvit Le site de Snohvit
au nord de la Norvège au nord de la Norvège

Synthèse

De nombreux projets industriels et de recherche sont menés pour tester


les technologies de captage et les sites de stockage, avec le soutien de
partenaires publics et privés. Total est engagé dans une dizaine de projets
de R&D dont Weyburn au Canada, Sleipner et Snohvit en Norvège.

C’est aussi grâce à différents travaux de recher- Au stade actuel des programmes engagés à tra-
che, menés dans le cadre de programmes de vers le monde, le coût de l’ensemble de la chaîne
l’Agence nationale de la recherche et de l’Ademe, varie de 60 à 100 euros par tonne de CO2 stoc-
que la surveillance des émanations naturelles de kée.
CO2 provenant du sol va être prise en compte
dans le système de contrôle du pilote du bassin A elle seule, la phase du captage, qui intègre la
de Lacq. Le but étant de ne pas confondre ces séparation du gaz carbonique et sa compression,
émissions naturelles avec des émanations éven- représente les deux tiers de ce coût. Par ailleurs,
tuelles du réservoir de stockage. elle génère, en elle-même, une consommation de
Dernier exemple : les résultats de recherches spé- 10 à 40% d’énergie supplémentaire, par rapport
cifiques menées depuis plusieurs années vont à une infrastructure équivalente et dépourvue de
être mis en oeuvre pour prédire le comportement système de captage. Les technologies à l’étude,
mécanique du gisement de Rousse au cours et à comme celles du bassin de Lacq, devraient per-
la suite de l’injection du CO2. mettre une réduction substantielle de ces coûts
et de la surconsommation d’énergie de ces pro-
Le coût actuel cédés, permettant ainsi la diffusion de la tech-
des opérations de CSC nologie.
Le coût des opérations de captage, transport et
stockage du CO2 est estimé en fonction des expé- De nombreuses études économiques, dont cel-
rimentations en cours. Il dépend de nombreux les du GIEC, estiment que le CSC pourra pren-
paramètres que sont les technologies de captage dre une place significative si son coût est réduit
employées, les infrastructures industrielles concer- à un niveau voisin de 25 euros par tonne de CO2
nées (leur puissance, leur rendement, le type et stockée. La baisse des coûts du CSC est donc un
le coût du combustible utilisé, etc.), les distances enjeu essentiel des développements actuels.
à parcourir pour le transport et les méthodes de
stockage sélectionnées.

25
le pilot
26
e du bassin
de Lacq : objectifs
et caractéristiques

27
Lacq pont d’as saint-faust rousse

30 bar 60 bar
Le CO2 utilisera le chemin inverse du gaz qui a été produit, via un gazoduc existant enterré sur la majorité du parcours et à une pression
inférieure à 30 bar. Des vannes automatiques d’isolation sont installées le long du parcours et notamment dans les stations
de Pont d’As et de Saint-Faust.

les objectifs du projet

Si de nombreuses expériences sont en cours > un stockage dans un champ gazier déplété, à
de développement sur tous les continents, le proximité d’un site d’émission de CO2
projet pilote du bassin de Lacq présente des > un transport par gazoduc de CO2, appelé
caractéristiques qui en font une contribution aussi « carboduc ».
importante pour la maîtrise technologique de Un objectif général du projet consiste à tester
Total et, plus largement, pour le développe- la faisabilité industrielle d’une chaîne intégrée.
ment du captage stockage du CO2 en général. La volonté d’entreprendre un tel essai participe
Il s’agit de tester en France, pour la première de l’engagement de Total dans la lutte contre le
fois, la chaîne complète du processus, depuis changement climatique par la mise en oeuvre
l’installation émettrice de CO2 dans la chau- de nouvelles technologies plus respectueu-
dière, jusqu’au lieu de stockage, avec les parti- ses de l’environnement, et découle d’efforts
cularités suivantes : de recherche et développement sur plusieurs
> une expérimentation de captage par oxy- années.
combustion à une échelle industrielle de 30 Les enjeux de ces programmes de R & D aux-
Mégawatt jamais encore réalisée jusqu’à pré- quels participe Total sont l’établissement de la
sent. faisabilité et de la fiabilité de l’injection et du
stockage pérenne du CO2. la réduction des
coûts et l’amélioration énergétique de ces pro-
cédés de CSC, et le développement des outils
et mécanismes de surveillance à long terme du
stockage.

28
Les objectifs La question de la réglementation
de la phase de captage
Pour la phase de captage, Total s’est fixé deux Les étapes de captage et de transport Le projet du bassin de Lacq bénéficie,
du CO2 seront traitées dans le cadre de quant à lui, d’une situation particulière
objectifs :
réglementations existantes, celui des puisque l’injection se déroulera dans le
> maîtriser à un niveau industriel la technologie de Installations Classées pour la Protection cadre du permis d’exploitation du gaz :
captage d’une grande partie des émissions directes de l’Environnement et celui du Code il sera donc du ressort du code minier
et indirectes d’une chaudière fonctionnant au gaz. minier pour le transport par gazoduc. pour la partie stockage.
En revanche, il n’existe pas, pour Ce projet pilote permettra également
Les fumées de combustion au gaz contiennent en
l’instant, de réglementation spécifique à l’opérateur et à l’administration de
général entre 3% et 20% de CO2. C’est ce que l’on au stockage souterrain du CO2 pour coopérer pour définir et éventuellement
appelle les émissions directes. Le CSC engendre lutter contre l’effet de serre. proposer au législateur un cadre
une consommation d’énergie, qui peut-être d’ori- Le développement de cette réglementaire adapté à cette nouvelle
réglementation est en cours tant au activité, à plus long terme
gine fossile et donc émettrice de CO2. C’est ce que
niveau européen qu’au niveau national.
l’on appelle les émissions indirectes.

Synthèse

Le projet de pilote du bassin de Lacq présente des caractéristiques originales.


Toute la chaîne du CSC, intégrant pour la première fois un procédé d’oxy-
combustion, sera testée à une échelle encore jamais réalisée. L’expérience
permettra de vérifier les hypothèses déjà élaborées en termes de diminution
des coûts, de diminution de la consommation énergétique du captage…
suite page 30

Dans le cas de Lacq, il s’agit de vérifier un bilan Les objectifs de


théorique qui montre que le système de captage la phase de stockage
par oxycombustion permet de diminuer de moitié En ce qui concerne le stockage, l’objectif est de
les émissions que rejetterait la même chaudière développer des outils, une méthodologie et des
sans installation de traitement, en supposant que techniques de surveillance pour établir et démon-
les émissions indirectes ne soient pas captées. trer à plus large échelle la fiabilité et la pérennité
du stockage géologique du CO2 à long terme.
> viser une réduction de 50% du coût de captage Démontrer Ainsi, avec le retour d’expérience du pilote de
par rapport aux procédés classiques existants. Or la fiabilité et Lacq, Total pourra mettre à la disposition des pou-
le captage représente la partie la plus coûteuse la pérennité voirs publics les éléments utiles à la définition d’un
du processus de CSC ; ce qui limite le dévelop- du stockage cadre réglementaire et des modalités de contrôle
pement industriel de cette technologie. L’objec- géologique du CO2 du stockage. La technologie étant au stade expé-
tif de Total est donc de démontrer que, dans ce à long terme rimental, ses règles et modalités sont en effet en
contexte, l’oxycombustion permet de faire bais- cours d’élaboration aux niveaux national, euro-
ser les coûts du captage de manière importante. péen et mondial. Le but de la phase de stockage
C’est cette hypothèse que doit confirmer l’expé- n’est pas quantitatif, mais qualitatif.
rimentation de Lacq réalisée en partenariat avec Il s’agit de valider les conditions de fiabilité et d’ef-
Air Liquide. ficacité du stockage géologique à grande échelle
et à longue échéance, pour les biens et les per-
> démontrer la faisabilité de la conversion à l’oxy- sonnes situés à proximité.
combustion d’une chaudière industrielle existante
de 30 MW. Cette transformation sera réalisée avec
l’aide d’Alstom et ouvrira des perspectives de
réduction d’émissions de CO2 à court terme pour
de nombreuses installations en fonctionnement
dans le monde.

29
suite de la page 29

…et de mettre au point les outils nécessaires au contrôle et à la surveillance


à long terme du stockage géologique. Le pilote contribuera également à
définir un nouveau cadre réglementaire pour l’activité de stockage du CO2,
activité appelée à se développer dans le futur en France et dans le monde.

Pour cela, plusieurs technologies vont être mises Total s’entoure également des compétences de la
en œuvre sur le pilote, comme l’utilisation du tra- communauté scientifique : IFP1, BRGM, CREGU2,
çage du devenir du gaz carbonique injecté, les CNRS3, Universités.
mesures de pression et de température en fond et Enfin, un Comité de suivi scientifique, regroupant 
le long du puits, des mesures de concentration du des experts extérieurs parmi les plus éminents va
CO2 dans le sol à proximité de la tête de puits ou accompagner le Groupe dans sa démarche. Ces
encore un réseau d’enregistrement en continu de experts sont chargés d’émettre des recomman-
la micro-sismicité. dations sur l’élaboration des méthodes et outils
Ces diverses techniques ont déjà été employées adéquats, pour garantir la sécurité de la filière à
avec succès sur différents sites de production de long terme.
gaz ou de pétrole, certaines lors des différentes
phases de l’exploitation du gisement de Lacq.
Ainsi, les équipes de Total vont s’appuyer sur les
technologies éprouvées que le Groupe utilise déjà
en exploration pétrolière et gazière, mais aussi sur
le retour d’expérience des programmes internatio-
naux, pour que les critères de surveillance du site
à long terme puissent être mieux définis aux côtés
des administrations concernées.

1. IFP : Institut français du pétrole


2. CREGU : Centre de recherches sur la géologie des matières premières
minérales et énergétiques
3. CNRS : Centre national de la recherche scientifique

30
Le projet pilote se déroule sur deux sites diffé- Entrée de la plate-forme
rents : à Lacq, où le CO2 sera capté à partir des de Lacq
fumées d’une chaudière existante, convertie en
oxycombustion pour le pilote, et sur le champ
de Rousse près de la Chapelle de Rousse, où
le CO2 sera injecté pendant deux ans dans le
réservoir naturel déplété (c’est-à-dire presque
complètement vidé du gaz naturel). Ces deux
sites présentent une combinaison d’avantages
qui justifient ce choix.

les caractéristiques
du projet

Le captage du CO2 à Lacq Un site en cours de ré-industrialisation


Le choix du site En prévision de l’arrêt de l’exploitation du gise-
Le site de Lacq bénéficie des conditions optimales ment, en 2013, le site de Lacq accueille de nou-
en termes d’installations et de dispositifs de sécu- velles entreprises pour développer une ré-indus-
rité nécessaires à une telle expérimentation. En trialisation pérenne.
effet, son exploitation remonte à 1957 et, malgré Ainsi, TEPF à Lacq, a mis en place, en 2000,
le déclin de la production des champs aquitains Induslacq. Il s’agit d’une plate-forme offrant ses
de gaz naturel, il reste le premier producteur d’hy- prestations d’utilités (eau, air, vapeur, électricité),
drocarbures liquides de l’Hexagone. Les unités de services (traitement des déchets…) et de coor-
de Total Exploration & Production France (TEPF), dination en matière de sécurité, à des entreprises
maître d’oeuvre du pilote, s’y étendent sur une nouvelles, essentiellement du secteur des bio-
superficie de près de 220 hectares pour extraire, énergies. Ainsi, la société espagnole Abengoa y
traiter, stocker et expédier les hydrocarbures a installé en 2006 sa nouvelle unité de production
gazeux et liquides issus des gisements aquitains. de bioéthanol, à partir du maïs, contribuant au
Le site accueille actuellement un peu plus de 1000 développement d’une activité industrielle nouvelle
personnes reparties entre les différentes entrepri- sur le site. En outre, plusieurs autres projets sont
ses. Les installations sont soumises à la Directive en cours d’étude dont un projet de chaudière uti-
européenne relative à la maîtrise des dangers liés lisant la biomasse, porté par la société Elyo, en
aux accidents majeurs impliquant des substances collaboration avec TEPF.
dangereuses, dite Seveso II.

31
Chaudière de l’usine de Lacq

Quelques chiffres
> La chaudière concernée a une puissance de 30
MW thermiques. Elle est haute de 25 m pour une
circonférence de 10 m et produit environ 40 tonnes
par heure de vapeur. Chacun des nouveaux brûleurs
de cette chaudière mesure 1 m de diamètre et pèse
près d’une tonne. Les besoins en oxygène du pilote
s’élèvent à 240 tonnes par jour.
> Le débit de gaz injecté s’établit en moyenne à
100 000 Sm3/j 1. Pendant les deux ans du pilote,
les installations permettront de capter les 150 000
tonnes de CO2 émises par la chaudière, soit plus de
200 tonnes par jour.

Synthèse

Pour la phase de captage, le site de Lacq a été choisi en raison de ses


avantages multiples (existence des équipements, connaissance des activités
concernées, conditions optimales de sécurité). L’une des cinq chaudières
produisant de la vapeur pour les industries de Lacq sera convertie en
chaudière à oxycombustion, ce qui nécessitera l’installation d’une unité

Le site de TEPF à Lacq a également une longue En fonctionnement, certaines depuis 1957, et
histoire de collaboration avec la Recherche et le constamment modernisées, les cinq chaudières
Développement. Vitrine technologique du Groupe existantes fabriquent de la vapeur utilisée pour
depuis son origine, notamment sur le sujet du trai- réchauffer différents flux de gaz et de liquides des
tement des gaz acides, le site héberge aujourd’hui industries du site et produire de l’électricité pour
le pilote SPREX, Special Pre-Extraction, lancé en ces mêmes installations. Le CO2 qui émane de ces
février 2005. Il s’agissait de tester une technique chaudières est, pour l’instant, rejeté dans l’atmos-
de pré-traitement des gaz bruts hyper acides. phère.
Les résultats de ce pilote devraient contribuer à la
La transformation
mise en valeur des réserves considérables de ce Cette conversion au système d’oxycombustion
du site de Lacq
type de gaz, situées au Proche-Orient et en mer nécessite l’installation de nouveaux équipe-
en une vitrine
Caspienne. Le projet pilote de captage et de stoc- ments :
technologique
kage bénéficiera donc d’un contexte favorable > Une unité cryogénique2, qui va produire l’oxy-
aux interactions avec les chercheurs. gène destiné à remplacer l’air dans la combus-
tion. L’unité cryogénique sera conçue et installée
Les installations de captage par Air Liquide, déjà implanté sur le site, dans le
Le processus de captage consiste à convertir l’une cadre d’un partenariat industriel. Elle sera contrô-
des cinq chaudières actuelles en combustion à lée depuis le site industriel de Pardies.
l’air en une chaudière en combustion à l’oxygène > Quatre nouveaux brûleurs, conçus et fournis par
- en oxycombustion - et à en capter les fumées Air Liquide et testés lors du pilote.
(émissions de CO2). > L’adaptation de la chaudière pour premettre une
recirculation d’une partie du CO2 permettant un
contrôle de la température. Cette partie sera réa-
lisée par Alstom.

1. Sm3/j : mètres cubes standard de gaz par jour.


2. Cryogénie : qui produit du froid.

32
Après la combustion à l’oxygène pur, les fumées Le transport du CO2
obtenues, concentrées à plus de 90% de CO2, par canalisation
seront refroidies pour atteindre une température Une fois capté, le CO2 sera transporté sous pres-
de 50°C. Après une phase de compression à 27 sion dans les canalisations existantes jusqu’au
bar, celui-ci sera déshydraté, avant d’être injecté puits de Rousse, parcourant ainsi le chemin
dans les canalisations existantes pour être ache- inverse du gaz naturel exploité depuis trente ans.
miné vers la zone de stockage. Ces canalisations sont enterrées sur la quasi-tota-
lité de leur parcours (27 km).
Avant de démarrer le pilote, une vérification appro-
fondie de l’état de ces canalisations est effectuée.

cryogénique et de quatre brûleurs. 150 000 tonnes de CO2 vont ainsi être
captées sur deux ans (soit l’équivalent des émissions de gaz carbonique
de 50 000 voitures sur la même période). Le gaz sera transporté de Lacq
à Rousse dans un gazoduc existant, celui qui a transporté le gaz de Rousse,
à l’époque où le champ produisait du gaz, mais en sens inverse.

Vue de la chaudière qui fournit


les «utilités» à l’usine de Lacq

33
Morceau («carotte») de la roche réservoir
dite «du Mano» dans laquelle
le CO2 sera injecté.

Le choix du gisement de Rousse


pour le stockage du CO2
En même temps qu’était sélectionné le site de
Lacq pour le captage, il fallait trouver le lieu appro-
prié pour le stockage du CO2. Des études préli-
minaires ont été menées, en 2006, sur des gise-
ments déplétés (en fin d’exploitation) gérés par
Total dans la région.

Synthèse

Les études préliminaires, effectuées en 2006, ont permis


de sélectionner le site de Rousse parmi les sites favorables autour
de Lacq, car il offre le plus de garanties d’intégrité.

Le champ de Rousse, qui ne sera plus en exploi-


tation au moment du démarrage du pilote, a été
préféré aux autres sites pour quatre raisons :
> Géologiquement, il est totalement isolé des réser-
voirs de la région et sa structure est très favorable,
en termes de sécurité et de pérennité. En effet, du
gaz naturel, dont la composition inclut du CO2,
y a été naturellement piégé pendant trente-cinq
millions d’années à une pression de plus de 400
bar dans une roche réservoir dite « du Mano » (cf.
photo ci-contre) ; au-dessus de ce réservoir, on
rencontre une formation d’argile et de marne, le
Flysch, étanche au gaz et à l’eau, épaisse de plus
de 2 000 mètres. La stabilité du réservoir est telle
que les fortes secousses sismiques qui se sont
produites avant la formation de la chaîne des
Pyrénées, à l’ère tertiaire, n’ont pas altéré la cou-
che étanche qui piège le gaz.
> Ce champ contient très peu d’eau et n’est direc-
tement connecté à aucun aquifère : cet élément
est favorable au maintien du CO2 sous forme
chimiquement peu réactive.
> Depuis le début de son exploitation, aucun inci-
dent ne s’y est produit.

34
Vues de la carothèque du Centre Scientifique et Technique jean feger (cstjf) de Pau,
spécialisé dans la recherche géologique et les hydrocarbures.

La reprise du puits va nécessiter l’installation temporaire d’une


plateforme de forage. Des travaux d’aménagement seront effectués,
pour améliorer l’aspect du site.

> Ce compartiment du gisement comporte un seul Il sera équipé d’une isolation phonique adaptée.
puits, ce qui garantit une meilleure intégrité du L’étude de bruit effectuée indique que, pour les
stockage à long terme. habitations les plus proches, l’impact sonore ne
devrait pas dépasser celui d’une conversation à
Les installations pour le stockage voix basse.
Le CO2 sera injecté dans l’ancien réservoir de gaz > D’autres travaux d’aménagement vont être
naturel. Ce dernier est une roche poreuse, située effectués, mais uniquement pour améliorer l’as-
à une profondeur de 4 500 m, et perméable, où pect visuel du site. Il s’agit de :
le CO2 va s’infiltrer (ce n’est donc pas une poche - l’enfouissement sous terre d’une grande partie
vide, cf. photo ci-contre). Ce réservoir s’étend de la ligne électrique située autour du site : cet
sur une longueur d’environ 2 km, une dimension enfouissement est prévu du dernier pylône électri-
Le CO2 sera injecté
modeste par rapport au champ de Lacq. que jusqu’au transformateur alimentant les instal-
dans l’ancien
lations situé dans l’emprise du puits,
réservoir de gaz
Le puits 1 du gisement de Rousse - la suppression du transformateur en entrée de
naturel
Il fera l’objet de travaux avant l’injection de CO2 : site,
> Son étanchéité sera précisément re-vérifiée lors - l’installation de nouveaux lampadaires,
de la reprise du puits à l’été 2008 et ses vannes de - le nettoyage de tous les supports.
sécurité seront remplacées ; De la même manière qu’à Lacq, les travaux menés
> Un appareil de forage sera temporairement uti- à la Chapelle de Rousse ne modifieront pas le
lisé pour les travaux de reprise du puits. périmètre de l’installation ni celui de sécurité en
> Un compresseur de gaz va, en outre, être installé vigueur actuellement.
à une quinzaine de mètres de la tête de puits pour
comprimer de nouveau le CO2 avant son injection.

35
le pilot

36
e du bassin de Lacq :
les conditions
de mise en œuvre

37
les impacts du projet
et leur maîtrise

Le pilote du bassin de Lacq participe, avec les Le CO2 est régulièrement par l’industrie : dans les
autres expériences menées au niveau inter- extincteurs, comme propulseur dans les aérosols,
national, à l’élaboration de procédures et de pour le traitement des eaux potables, pour la conser-
protocoles nouveaux, notamment pour la sur- vation par le froid des aliments, pour la fabrication de
veillance des impacts potentiels. boissons gazeuses, etc.
Enfin, pour ce qui concerne son transport, il est classé
La maîtrise des risques et comme « gaz non inflammable et non toxique » par la
des impacts sur l’environnement réglementation européenne sur le transport des mar-
Les caractéristiques du CO2 chandises dangereuses.
Le gaz carbonique pur est un gaz chimiquement
très stable, peu réactif aux conditions atmosphé- Cependant, le CO2 peut présenter un risque pour
riques, incolore et inodore et plus lourd que l’air ; l’homme en cas d’inhalation de quantités importan-
il n’est ni inflammable, ni explosif. C’est un gaz tes, donc de concentration élevée (cf. encadré).
qui fait partie du cycle de la vie : la respiration Dans le cas du transport de CO2 par canalisation
humaine produit du CO2 alors que les plantes ont ou du stockage géologique, le seul risque est donc
besoin de CO pour leur croissance. Nous vivons
2 une fuite massive dans des conditions bien spéci-
dans une atmosphère qui contient en permanence fiques (absence de vent, concentration de la fuite,
du CO2, à des teneurs de quelques centaines de cuvette géographique…) qui conduirait, à l’endroit
ppm, c’est-à-dire à des teneurs comprises entre de la fuite, à une forte concentration de CO2 voi-
0,03% et 0,06%. sine de 100 fois la concentration naturelle du CO2
dans l’atmosphère.

38
Les seuils de toxicité du CO2

Le CO2 n’est pas classé toxique par la une augmentation de l’amplitude respiratoire ; des tremblements, une hypersudation et une
réglementation française, mais c’est un > à partir de 4%, la fréquence respiratoire hypertension artérielle. Si l’exposition dure
gaz asphyxiant dont l’importance des effets s’accélère, puis la respiration peut devenir plusieurs minutes, il peut y avoir perte de
dépend de la concentration dans l’atmosphère, chez quelques sujets laborieuse. Une connaissance ;
ainsi que de facteurs physiologiques (propres exposition à une concentration de 4%, (soit > Des cas de morts accidentelles brutales
à l’organisme concerné) ou climatiques environ 100 fois la concentration normale dans ont été constatés. Ils étaient liés à l’inhalation
(température, teneur en oxygène). l’atmosphère) pendant plus de 30 minutes de fortes concentrations de CO2 accumulé
> Les premières manifestations apparaissent peut conduire à des effets irréversibles ; dans des lieux confinés (silos, caves) ou à des
lors de l’inhalation d’une atmosphère > à partir de 10%, on peut observer catastrophes environnementales.
contenant 2% de CO2 : elles se traduisent par des céphalées, des troubles visuels,

(source : Institut national de l’environnement industriel et des risques)

Les études réalisées avant le choix du site Volumes et pressions des quantités produites et réinjectées
Les études de risques propres à la phase de cap-
SITUATION INITIALE
tage sur le site de Lacq entrent dans le cadre des
480
Pression en Bar
volume en millions de m3

dispositions relatives aux installations classées pour Pression initiale


la protection de l’environnement. Elles permettent du gisement
d’évaluer les risques liés à une fuites de CO2 afin
d’optimiser l’implantation des installations et des
équipements de sécurité. Les résultats de ces étu- 1 165
des seront soumis à la Direction régionale de l’in- Volume initial
dustrie, de la recherche et de l’environnement d’ici de gaz du gisement

à la fin de l’année 2007. Quant au site de Rousse,


des études de risque préliminaires de géoscien-
ces ont été menées en 2006 également. Elles por-
tent notamment sur la re-interprétation des données
sismiques du gisement, la simulation de la pression SITUATION APRÈS INJECTION DE CO2
dans le réservoir lors de l’injection, la stabilité méca-
volume en millions de m3

Pression en Bar

nique des failles, la réactivité du CO2 avec les roches = 1165 Mm 900
du gisement ou l’utilisation d’outils spécifiques pour Volume
de gaz extrait
vérifier l’état de l’acier et du ciment au fond du puits.
du gisement
Ces études montrent que les sites choisis présentent
les garanties de sécurité maximales pour une expé- 73
Volume
rimentation de cette taille, limitée dans le temps et de CO2 injecté
dans le volume injecté. (8% du gaz extrait)

192 Volume 70 Après réinjection du CO2


de gaz restant
30 Pression actuelle
dans le gisement

39
En particulier, comme il a été rappelé dans le cha- Le risque de fuite
pitre précédent, le site choisi a contenu sans inci- Compte tenu des caractéristiques du CO2, on a vu
dent du gaz naturel et du CO pendant des millions
2 que le seul risque pour l’homme est la fuite massive
d’années, naturellement piégé, et le pilote va injec- et soudaine, pouvant conduire à une concentration
ter en deux ans des quantité de CO2 qui ne repré- trop forte de CO2 dans l’air. Dans les zones à fort
sentent en volume, qu’une fraction des gaz qui ont volcanisme, comme en Italie ou dans les montagnes
été extraits du gisement ; la pression atteinte à la Rocheuses aux Etats-Unis, on recense de nombreu-
fin de cette injection sera donc bien inférieure à ses sources naturelles de CO2, aux débits parfois
la pression initiale lorsque le champ contenait du élevés. Ces sites permettent de bien connaître le
gaz. Le retour du CO2 dans le gisement qui en a comportement du CO2 dans ces cas et l’on constate
contenu naturellement n’ajoute pas de risque sup- que les accidents sont très rares. Dans la zone de
plémentaire par rapport à l’exploitation normale Rousse, non volcanique, il n’existe pas de chemine-
du gisement de gaz naturel. ment naturel pour le gaz.

Le pilote du bassin de Lacq


Pilote CO2
Injection du CO2

Transport du CO2

Captage du CO2 Production de gaz

Compression

Injection du CO2
8 Gaz commercial
9
Transport du CO2
Centrale utilité Usine
Chaudière-oxycombustion de traitement du gaz
7 de Lacq
Vapeur d'eau
4
4500 m 5 3
Stockage du CO2 Purification / déshydratation du CO2 gaz naturel

Compression
2
Unité
10 production
6 oxygène
Arrivée du gaz naturel
CO2

Réservoir de Rousse

Production du gaz de Lacq


4000 m

Réservoir de Lacq profond

40
Les leçons de l’accident du lac Nyos, au Cameroun

La catastrophe du Lac Nyos, en 1986, Les conditions géologiques étaient bien Les conditions du site de Rousse sont très
au Cameroun a fait apparaître un risque spécifiques : le CO2 s’était accumulé pendant différentes de celles du Lac Nyos, avec un
de libération du CO2 lié à des conditions des décennies par dissolution dans l’eau stockage dans une roche poreuse à 4 500 m
géologiques très particulières : la remontée en au fond d’un lac de cratère volcanique de profondeur, protégée par une épaisse
surface d’un nuage d’un km2 de CO2 , formé à 200 m de profondeur. Le renversement couche d’argile.
après le remuement des eaux profondes soudain des eaux du lac a libéré ce nuage Les scientifiques intègrent toutefois
par un phénomène naturel, provoqua la mort de CO2 à l’intérieur du cône du volcan. ces risques dans leurs scénarios.
de près de 1700 personnes. De manière générale, des processus violents Ainsi, à Rousse, une étude sur les
Depuis, des équipes françaises ont installé une de dégazage en grandes quantités sont conséquences d’un séisme souterrain va
canalisation qui descend au fond du lac improbables en dehors de phénomènes également être menée par modélisation
et purge en continu le CO2. volcaniques. et ses résultats seront connus à la mi-2008.

Modélisation par ordinateur de la sismique au centre


scientifique et technique jean feger (CSJF) de Pau.

Une fuite massive ne pourrait donc pas se produire La tête de puits qui isole le réservoir de l’atmos-
à travers la roche très peu perméable. Il faut donc phère se casserait, une vanne automatique, située
imaginer des scénarios particuliers, comme un au fond du puits, se fermerait comme un clapet.
cheminement du CO à travers une faille encore non
2 Cependant, les calculs sont fait en supposant que
détectée ou une rupture de l’étanchéité d’un puits. ce système de sécurité ne fonctionnerait plus. Le
Dans le cas du réservoir de Rousse, étant donné les CO2 viendrait alors en communication avec l’at-
caractéristiques du site, connues de Total depuis mosphère et s’écoulerait de la roche vers la sur-
plusieurs décennies, ce risque est extrêmement fai- face à travers le puits, avec un débit décroissant
ble, mais il doit être, évidemment, pris en compte. dans le temps. Des études ont été effectuées
Tel est l’objet de la surveillance (décrite ci-après) qui pour mesurer le temps de dispersion du gaz et sa
sera mise en place. concentration maximale dans l’atmosphère. Ces
Différents scénarios
études vont être poursuivies, en tenant compte
d’accident définis
La simulation des scénarios d’accident des reliefs notamment.
en accord avec les
Différents scénarios d’accident définis en accord Toutes ces études d’impacts figureront dans le
pouvoirs publics
avec les pouvoirs publics sont en cours de modé- dossier réglementaire qui sera soumis en fin d’an-
sont en cours de
lisation. Les ingénieurs de Total vont appliquer, née 2007 à la Direction régionale de l’industrie, de
modélisation
pour les simuler, les technologies les plus récen- la recherche et de l’environnement, et mis à la dis-
tes développées  dans l’industrie pétrolière et position du public.
gazière. Ils vont également bénéficier de l’expé- Enfin, le plan existant pour les installations d’hy-
rience accumulée par la communauté scientifique  drocarbures sera adapté aux installations CO2,
internationale. et notamment la mise en place de systèmes de
Ces scénarios sont testés par simulation informa- détection de CO2 en surface et en profondeur.
tique. Ces études vont jusqu’à tester le cas d’un
accident d’avion sur la tête du puits. Qu’advien-
drait-il alors ?

41
Les impacts sur L’environnement
Les impacts potentiels du projet pilote du bassin
de Lacq sur l’environnement sont à rechercher
dans le domaine de l’air et dans celui de l’eau.
Pour ce qui concerne la qualité de l’air, le captage
du CO2 aura des impacts positifs. En effet, le pro-
jet pilote va permettre de traiter les émissions de
CO2 de la chaudière qui auraient été, sinon, reje-
tées dans l’atmosphère. Le gaz stocké dans le
réservoir sera composé à plus de 90% de CO2.
Le reste sera composé d’oxygène, d’azote et d’ar-
gon, qui seront injectés avec le CO2.

SynthèSe

La fuite accidentelle est le risque principal du stockage de CO2.


Les chercheurs de Total appliquent, pour les études de risques
et les simulations à long terme, les technologies déjà éprouvées
avec efficacité dans l’industrie pétrolière et gazière.

Concernant l’eau, il est à noter que le CO2, sous


transport du co2 par gazoduc :
forme de gaz, est un élément très stable, qui réa- Les effets sur La santé et L’environnement
git donc peu avec les minéraux. Cependant, lors-
Selon le rapport du GIEC la plupart situés dans importants de CO2.
qu’il se dissout dans l’eau, il produit une solution
de 2005, les effets locaux des zones peu peuplées, Il s’agit des précautions
modérément acide - l’acide carbonique - qui peut liés au transport de CO2 le nombre d’accidents habituelles du transport
réagir avec les minéraux présents dans le sous-sol, par gazoduc pourraient signalé par kilomètre des produits chimiques
notamment les carbonates. Dans le cas de Rousse, être équivalents ou de gazoduc est très faible ou des hydrocarbures :
inférieurs à ceux et se compare au nombre organisation en tronçons
le réservoir de gaz naturel est carbonaté et ne
qu’entraîne le transport relevé pour les oléoducs. (pour limiter les volumes
contient que très peu d’eau. Il a contenu du CO2 en d’hydrocarbures par des Cependant, comme éventuellement relâchés
grande quantité depuis la formation du gisement il oléoducs déjà en service. on l’a vu au préalable, en cas d’accidents),
y a plusieurs dizaines de millions d’années. Ce CO2 Pour les gazoducs des précautions sont à protection contre la
de transport de CO2 prendre pour éviter des surpression, systèmes de
« natif » était donc en équilibre chimique avec les
existants, qui sont pour relâchements soudains et détection de fuites, etc.
minéraux dans lequel il était piégé. Lorsque le CO2
sera injecté depuis la surface, les quantités de CO2
remises dans le réservoir resteront voisines des toutes les situations possibles. On peut rappeler
quantités extraites en même temps que le gaz natu- utilement que les risques induits par le pilote tant
rel. Aucune difficulté de compatibilité avec la roche en matière de sécurité, que d’environnement sont
ne devrait donc se poser. Cependant, ce point fera très inférieurs par leur nature aux risques maîtrisés
l’objet d’un suivi spécifique notamment au voisi- par Total sur le site de Rousse ou l’extraction du
nage du puits. Le CO2 ne sera pas en contact avec gaz a été faite depuis 0 ans avec un gaz très toxi-
les nappes phréatiques ; celles-ci sont beaucoup que et corrosif à des pressions et volumes beau-
moins profondes que le réservoir et séparées de la coup plus élévé. Pour ce qui concerne l’évaluation
formation par plus de 2 000 m de couches d’argile des risques, leur potentiels et la mise en place des
et de marnes étanches. Des expériences et des mesures de prévention et de protection, Total a
simulations sont d’ailleurs déjà engagées sur cette décidé d’appliquer exactement la même méthodo-
couverture pour démontrer son étanchéité dans logie que pour se activités d’extraction.

2
Mesure de la tension interfaciale
entre l’huile et l’eau dans un laboratoire
du pôle R&D, Mont-Lacq.

Ces études sont soumises aux autorités qui délivrent les autorisations
d’exploitation. Tous les scénarios d’accident sont testés par simulation
et modélisation.

Les retombées socio-économiques, France et dans le monde. Les retombées après le


scientifiques et technoLogiques pilote dépendent, évidemment, de ses résultats.
du piLote > Les applications potentielles de l’oxycombustion
Les retombées socio-économiques sont très importantes dans le traitement de fumées
Dans un premier temps, les chantiers pour la des chaudières d’unités industrielles et la réduction
construction et l’installation des nouveaux équi- des émissions de gaz à effet de serre. Au-delà des
pements vont s’étaler sur neuf mois et nécessi- applications potentielles au sein du groupe Total, il
teront le travail d’environ 100 personnes, issues existe des milliers de chaudières comparables à
Le travail d’environ
d’entreprises locales. Le pilote lui-même, qui attire celles de Lacq susceptibles d’être converties en
100 personnes,
déjà l’intérêt du monde scientifique et technologi- oxycombustion. Par ailleurs, la chaîne complète
issues
que international, occasionnera la visite de nom- du captage-stockage devra être mise en œuvre
d’entreprises
breux scientifiques et industriels sur le site, au profit dans les prochaines décennies à une très grande
locales
de l’économie locale. L’exploitation du pilote sera échelle, notamment pour les nouvelles centrales
assurée par les équipes de Total Exploration & Pro- électriques au charbon et au gaz naturel.
duction France basées à Lacq et qui réalisent l’en-
semble des opérations liées à l’extraction et à la
production des hydrocarbures en France. Un suivi
sera également effectué par les équipes du Centre
scientifique et technique Jean Feger, (du nom de
l’ingénieur qui découvrit le gisement de Lacq) à Pau.
Le Centre rassemble quelque 1 700 spécialistes des
métiers de l’exploration-production, au service des
filiales et des partenaires de Total dans le monde
entier. Le pilote du bassin de Lacq contribue avant Vue 3D d’un réservoir, dans la salle de géovision
tout au développement des connaissances et de la du CSTjF.

technologie du captage et stockage géologique en

3
Dans ce contexte, le bassin de Lacq présente des de valider et de développer des modèles de simu-
atouts incontestables qui seront mis en valeur par lation, des outils de surveillances et des méthodes
le pilote. d’analyse de risque.
Concernant le partage de ces résultats, les col-
Les retombées scientifiques laborations mises en place durant la phase de
et technologiques construction avec différents instituts et universi-
Ces retombées constituent la partie majeure de Collecter un grand tés, ainsi que les présentations au Comité de suivi
l’intérêt du projet. Le pilote va permettre de col- nombre de données scientifique, permettront des synergies scientifi-
lecter un grand nombre de données expérimen- expérimentales ques et des échanges de connaissances.
tales indispensables à l’amélioration de cette indispensables Puis, durant la phase d’injection et d’exploitation
technologie. Outre les données relatives à l’oxy- des résultats, les données seront accessibles aux
combustion, jamais testée à cette échelle, la par- chercheurs et au public selon un cadre qui reste
tie transport et stockage va permettre notamment à préciser.

Synthèse

Les retombées socio-économiques directes du pilote dépendent des résultats


de l’essai. A terme, et en fonction des résultats d’autres pilotes dans le monde,
des milliers d’installations pourraient bénéficier du dispositif de captage et
de stockage du CO2. Les travaux de construction vont créer une activité
génératrice d’une centaine d’emplois dans les entreprises de la région.

Vue des installations de l’usine de Lacq.

44
Salle de contrôle de la chaudière
de l’usine de Lacq

les conditions
de la mise en œuvre

Les conditions de la mise en œuvre du pilote de prévention et de protection. Cependant, cette


sont liées au financement du projet, à l’obten- expérience de captage-stockage intégrée est une
tion des autorisations administratives, à sa première pour un certain nombre de ses caracté-
surveillance, à son suivi scientifique, et à la ristiques. L’adaptation des mesures de surveillance
concertation proposée par Total. du site pendant cette phase d’expérimentation est
un objectif prioritaire pour Total et sera soumise à
Le financement du pilote l’autorisation de la Direction régionale de l’industrie,
Le projet de pilote est financé essentiellement par de la recherche et l’environnement.
Total, sans financement public. Son coût s’élève à
environ 60 millions d’euros. Pendant le pilote
Il comprend principalement : Plusieurs technologies basées sur la surveillance
> A Lacq, la construction de l’unité de séparation et le contrôle, employées avec succès lors de
de l’oxygène de l’air et de l’unité de compression l’exploitation du gaz de Lacq, vont être utilisées à
du CO , l’utilisation de nouveaux brûleurs, dont la
2 Rousse. Des capteurs vont être répartis à la tête
mise au point a été réalisée en partenariat avec Air du puits et en fond de puits pour contrôler les
Liquide, ainsi que des modifications de la chaudière paramètres de fonctionnement (pression, tempé-
pour une combustion au mélange Oxygène / CO2. rature, concentration en CO2).
> A Rousse, la reprise du puits et une unité de Un enregistrement microsismique en continu va
compression du CO2 avant injection. être effectué pour « écouter » les événements sis-
miques. L’objectif est de vérifier les connaissances
Maîtrise des risques théoriques dans ce domaine et de démontrer qu’il
et surveillance du site n’y a pas de mouvement souterrain lié à l’injection
Pour maîtriser les risques, Total appliquera exacte- et aucune fracturation induite par cette injection
ment la même méthodologie que pour ses activités pouvant favoriser une fuite.
de production de gaz, en ce qui concerne l’éva-
luation des risques et la mise en place de mesures

45
Ces techniques nécessitent l’installation de son- Les mesures seront poursuivies pendant et après
des micro-sismiques dans le sol, à quelques dizai- l’injection. Une fois l’injection terminée, le puits
nes de mètres de profondeur, et réparties à la ver- sera maintenu actif et la formation sera accessible
ticale du stockage, à quelques kilomètres autour pour des mesures in situ (échantillons de fluide, de
du puits injecteur. Les données seront enregis- roche, ou de ciments).
trées en continu et stockées. Leur interprétation Quant aux mesures de garantie à prendre en fin
pourra être revue par des laboratoires ou universi- d’exploitation, elles ne seront définies avec la
tés extérieurs au projet. Direction régionale de l’industrie de la recherche
Un état des lieux et un suivi régulier des éma- et de l’environnement, qu’après examen des étu-
nations naturelles du CO2 en provenance du sol des menées pendant et après injection, et après
seront aussi effectués avant, pendant et après l’in- définition des risques résiduels et des systèmes
jection pour établir un niveau de référence. de surveillance à maintenir.

monitoring du pilote d’injection et de stockage du CO2. La surveillance du site à long terme


La durée de la surveillance adaptée à un stockage
Capteur de de CO2 n’est pas encore, de manière générale,
pression et température une question tranchée avec précision. Le pilote
de Rousse est prévu pour une durée de deux ans,
Tubage mais va permettre de tester les technologies de
Capteur de surveillance, au-delà de la période d’injection, pour
pression et température
établir des protocoles et des normes fiables à long
terme. En tout état de cause, les installations conti-
nueront d’être surveillées et exploitées par les équi-
pes de TEPF, dans le cadre de ses activités opéra-
tionnelles d’extraction et de production.
Stations sismiques
Le Comité de suivi scientifique
Joints d’isolation Pour cette expérience très innovante, Total s’en-
toure des compétences de la communauté
Capteur de
scientifique publique : Universités, CNRS, Ins-
pression et température
titut français du pétrole (IFP), Bureau de recher-
ches géologiques et minières (BRGM), Centre de
recherches sur la géologie de matières premières
minérales et énergétiques de Nancy (CREGU).
En outre, un Comité de suivi scientifique, réunis-
sant les autorités publiques et les experts français
Profondeur 4 500 mètres
parmi les plus éminents et non engagés dans le
Température 150°c
projet, a été créé.
Réservoir de Mano (Rousse)

46
Le Comité de suivi scientifique est actuellement composé des personnalités suivantes :

Jean-Louis Caruana, Christian Fouillac, François Moisan, responsable Philippe Ungerer,


représentant le ministère de directeur de la Recherche et du de la Direction exécutive, Stratégie directeur scientifique, Institut
l’Ecologie, du Développement et Développement du Bureau de et Recherche de l’Agence de français du pétrole (IFP).
de l’Aménagement durables. recherches géologiques et minières l’environnement et de la maîtrise
(BRGM), représentant français au de l’énergie (ADEME).
Vincent Courtillot, Carbon Sequestration Leadership Ce Comité pourrait être
directeur de l’Institut physique du Forum. Michel Petit, complété d’experts d’autres
Globe de Paris, (IPGP), et membre membre de l’Académie des pays, pour donner au suivi
de l’Académie des Sciences, Philippe Geiger, Sciences, section sciences de la du projet une dimension
section sciences de la Terre. sous-directeur de la Direction Terre. internationale.
des ressources énergétiques et
minérales (DIREM) au ministère de Jacques Pironon, 
l’Ecologie, du Développement et de animateur du réseau CO2 du CNRS,
l’Aménagement durables. Directeur de recherche au CNRS.

Le réseau de transport de gaz naturel


fait l’objet d’une surveillance quotidienne.

Il est chargé d’émettre des avis, d’accompagner Dans ce contexte, la concertation sur le pilote orga-
Total dans la prise en compte des enjeux scientifi- nisée à la fin 2007 à l’initiative de Total, en amont des
ques et technologiques, en particulier au moment procédures d’autorisations administratives et d’en-
de la phase de stockage. Il permet aussi de donner quêtes publiques, s’inscrit dans la volonté du Groupe
un bon niveau de retour d’information du pilote vers d’informer largement, de répondre à toutes les ques-
le monde académique, permettant à tous de tirer le tions et de débattre ouvertement des différents sujets
meilleur parti de l’opportunité d’envergure présentée qui intéressent et préoccupent les acteurs locaux et
par le pilote CO de Lacq, et d’identifier des opportu-
2 la population. Cela sous le regard d’experts scientifi-
nités de collaborations susceptibles de naître autour ques extérieurs à l’entreprise. Cette concertation se
ou au-delà du pilote entre les acteurs impliqués dans Débattre déroule de la mi-octobre au début décembre au tra-
le captage et le stockage géologique. Le Comité ouvertement vers de réunions publiques et sur la base d’un dos-
s’est déjà réuni en mai 2007. des différents sujets sier sur le projet et d’une synthèse diffusés largement,
De son côté, Total s’est engagé à présenter au qui intéressent d’une exposition avec des registres pour recueillir les
Comité les études et les mesures prévues, à lui et préoccupent avis, et d’un site internet. Les compte-rendu des réu-
fournir régulièrement l’état d’avancement du pro- les acteurs locaux nions seront rendus publics et un bilan de l’ensemble
gramme, des études et des résultats, de façon et la population des débats et points de vue exprimés sera établi et
à ce qu’il puisse émettre des avis et donner des rendu public à la suite de la concertation afin d’éclai-
conseils à l’équipe projet. rer les décisions de Total qui suivront.

La concertation : ses objectifs et Le calendrier


ses modalités prévisionnel du pilote
Après des études préliminaires menées en 2006, Au terme de deux années d’études, d’une phase
Total a annoncé, le 8 février 2007, le lancement en de concertation préalable et d’une enquête publi-
France, dans le bassin de Lacq, du premier projet que, et sous réserve des autorisations administra-
intégré de captage et de stockage géologique du tives nécessaires, les premières injections de CO2
CO2. devraient intervenir à la fin 2008.

47
Les autorisations administratives qui sont deman- Pour ce qui concerne le stockage, la mise en place
dées portent sur une période d’essai de deux ans. d’un système de surveillance à long terme est pré-
Une fois les essais réalisés, s’ils sont satisfaisants, vue dans le cadre du projet. Une prolongation de
les résultats devront être exploités pour permettre l’injection est possible car la capacité théorique du
d’optimiser la conception du procédé, avant une réservoir est au moins quatre fois plus importante
Les premières
utilisation éventuelle à plus grande échelle. que la quantité de CO2 prévue pour être injectée
injections de CO2
La suite du projet n’est pas définie à ce stade. En dans le cadre du pilote. De même, d’autres réser-
devraient intervenir
particulier, la chaudière peut, soit revenir à une uti- voirs de stockage pourraient être envisagés.
à la fin 2008
lisation normale, soit faire l’objet d’une nouvelle Dans tous les cas, si une suite est donnée au
phase d’essais. pilote, elle nécessitera des études, une concer-
tation, le lancement d’un nouveau projet, et, bien
entendu, des autorisations administratives.

Synthèse

Un Comité de suivi scientifique, rassemblant les autorités publiques


et les experts français parmi les plus éminents et non engagés dans le projet,
a été créé. Il accompagnera le pilote pendant toutes ses phases.

Planning du Pilote de captage et stockage géologique de CO2 dans le bassin de Lacq

ÉTAPES DU PROJET 2006 2007 2008


J F M A M J J A S O N D J F M A M J J A S O N D J F M A M J J A S O N D

Études conceptuelles et d’avant-projet


Accord interne Total 12/12/2006
Étape d’information publique
Concertation
Études d’ingénierie
Contruction de l’unité d’extraction d’oxygène
Contruction de l’unité de captage/compression/
transport du CO2
Intervention sur puits injecteur du CO2
Consultations/préparation
du dossier réglementaire
Demande d’autorisation d’exploiter
Enquête publique (date à confirmer)
Autorisation administrative
Démarrage injection du CO2

48
l’engagement de Total
en matière de développement
durable
La politique de développement durable de Total En France, le Groupe a décidé d’investir, d’ici
s’est fortement structurée ces dernières années, à 2010, 500 millions d’euros dans les secteurs
après la création d’une Direction Développement suivants du développement durable :
durable et Environnement, en janvier 2002. Cette > La lutte contre le changement climatique (dont
dernière a notamment pour missions de susciter, le projet pilote du bassin de Lacq)
animer, soutenir et coordonner les actions des dif- > Le développement des énergies renouvela-
férentes entités du Groupe et de piloter des pro- bles (photovoltaïque, énergie de la houle et des
jets sur des thèmes communs tels que l’impact de vagues notamment…).
ses activités sur l’eau, l’air et les sols et le change- > Le développement des biocarburants et des
ment climatique. produits issus de la biomasse.
> Les programmes de Recherche et Développe-
Souhaitant être l’un des partenaires de la ment portant sur de nouveaux procédés de pro-
société civile dans son ambition collective duction de carburants (hydrocarbures liquides à
de développement durable, Total articule sa partir de biomasse, de charbon ou de gaz).
contribution autour de trois axes : > Les développements technologiques sur l’effi-
> maîtriser et réduire l’impact de ses activités sur cacité énergétique dans le système de produc-
les personnes et l’environnement tion du Groupe (additifs dans essences, lubri-
> contribuer au développement économique et fiants, plastiques).
social des parties prenantes > La recherche sur les nouvelles motorisations (dont
> anticiper les besoins de demain. le système hydrogène - pile à combustible).

49
Des investissements potentiels de plusieurs centaines de milliards d’euros

Il est délicat d’avancer aujourd’hui aujourd’hui dans le monde environ de captage et de stockage
une estimation du marché futur lié 7 000 sites industriels émettant pourraient s’élever à plusieurs
au captage et au stockage du gaz plus de 100 000 tonnes de gaz centaines de milliards d’euros au
carbonique puisque celui-ci est, et carbonique par an. Environ 5 000 niveau mondial (dont une grande
restera, fortement dépendant des sont des centrales électriques. Sur partie dans des pays comme l’Inde
décisions politiques, notamment une période de vingt ou trente ans, ou la Chine, où est construite une
sur les engagements post-Kyoto. les investissements additionnels liés grande partie des nouvelles usines
Toutefois, on peut noter qu’il existe à la mise en œuvre de technologies et centrales électriques).

Synthèse

D’ici à 2010, Total consacrera 500 millions d’euros à diverses opérations


permettant de concilier efficacité et diversification énergétiques d’une part,
et respect de l’environnement, d’autre part. Parmi ces projets, figure celui
du pilote de captage, transport et stockage du CO2 du bassin de Lacq.

La maîtrise des émissions de gaz à effet de serre


provenant de ses propres structures constitue
un axe important des actions de la Direction du
développement durable, tout comme la réduction
des émissions d’oxydes d’azote et de dioxyde de
soufre ou encore la minimisation de l’impact des
activités de Total sur les écosystèmes fragiles.
En partenariat avec de nombreux instituts et uni-
versités, industriels et scientifiques, la branche
Exploration & Production du Groupe a mis en
place, dès 2001, un programme de Recherche et
Développement, consacré à la maîtrise des gaz
résiduels, notamment le CO2.
A plus long terme, Total a pour objectif de diver-
sifier son offre énergétique et de trouver des solu-
tions permettant de concilier la satisfaction des
besoins énergétiques et la lutte contre le change-
ment climatique.

50
glossaire

ADEME : Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie. Fin de vie (gisement en) ou gisement déplété: Un gisement est en
Etablissement public français qui participe à la mise en œuvre des fin de vie dès que le pétrole ou le gaz commencent à coûter plus cher à
politiques dans les domaines de l’environnement, de l’énergie et du produire que ce qu’ils rapportent à la vente. En général, cela se produit
développement durable. à cause de la baisse de production qui accompagne la diminution de
pression du gisement, ou quand la proportion d’eau produite augmente
AIE : Agence internationale de l’énergie (ou IEA, en anglais). Créée
rapidement.
en 1974 à la suite du premier choc pétrolier, cette organisation
internationale a pour but d’assurer la sécurité des approvisionnements Gaz à effet de serre (GES) : Gaz dont les propriétés physiques
énergétiques, tout en contribuant à la protection de l’environnement et sont telles que leur présence dans l’atmosphère contribue à un effet
à la réflexion sur un système énergétique mondial durable dans le cadre de serre à la surface de la Terre. Les principaux GES sont le dioxyde
de la lutte contre le changement climatique. de carbone, ou gaz carbonique, le méthane, le protoxyde d’azote,
l’hydrofluorocarbone, le polyfluorocarbone et l’hexafluorure de soufre.
Aquifère : Couche de terrain suffisamment poreuse (pour contenir de
l’eau) et perméable (où l’eau puisse circuler librement). De nombreux Gaz résiduels : Gaz associés à la production de pétrole et de gaz qui
aquifères sont salins et impropres à la consommation d’eau potable. ne peuvent être valorisés.
Bassin de Lacq : Le bassin de Lacq est au coeur d’une aventure GIEC : Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat
industrielle directement liée à la découverte et à l’exploitation du (en anglais, IPCC). Créé en 1988 et placé sous l’égide de l’ONU, il a
gisement de gaz naturel de Lacq à partir de 1951. Le complexe pour vocation de faire le point sur les connaissances scientifiques ayant
industriel alors créé était centré au départ sur le gaz, avant de se trait au climat. Un réseau planétaire de quelque 2 500 scientifiques est
diversifier pour devenir aujourd’hui un pôle industriel majeur dans le ainsi chargé d’estimer les risques de changement climatique liés aux
domaine de la chimie fine et, bientôt, de la chimie « verte ». émissions de GES et projette les scénarios d’évolution des climats d’ici
à la fin du XXIe siècle. Il formule et évalue des stratégies possibles de
Biomasse : Première source d’énergie renouvelable de la Planète, la
prévention, d’adaptation et de réduction des changements climatiques.
biomasse est constituée de l’ensemble des matières organiques issues
Le GIEC est co-lauréat du Prix Nobel de la Paix 2007.
du vivant. Elle peut servir non seulement à produire de la chaleur et de
l’électricité mais aussi des biocarburants et des bioproduits, limitant par Huiles lourdes : Les huiles lourdes sont aussi du pétrole ; mais à la
son caractère renouvelable les émissions de gaz à effet de serre. différence du « pétrole conventionnel », que l’on exploite facilement
car il se trouve sous forme liquide, ces huiles se caractérisent par une
Brûlage : La production de pétrole s’accompagne en général d’une
densité et une viscosité élevées.
production de gaz associé. Dans la plupart des cas, ce gaz est valorisé
pour des usages industriels ou domestiques. Quand aucune solution Oxycombustion : voir dossier.
économique viable n’a pu être trouvée, ce gaz est brûlé : c’est ce que
Postcombustion : voir dossier.
l’on appelle le brûlage (ou torchage).
Précombustion : voir dossier.
Captage et Stockage du CO2, CSC : voir dossier.
Protocole de Kyoto : Traité international signé en 1997 et entré en
Carbonate : En chimie, désigne un ion formé d’un atome de carbone
vigueur le 16 février 2005, le protocole de Kyoto propose l’institution
et de trois atomes d’oxygène portant une double charge électrique
d’un calendrier de diminution des émissions de six gaz à effet de serre.
négative, ainsi qu’un composé chimique comprenant cet anion. Les
168 pays – dont 34 pays industrialisés – l’ont ratifié. D’ici à 2012,
roches carbonatées sont des roches sédimentaires composées d’une
les pays industrialisés signataires doivent réduire leurs émissions
grande proportion de carbonate, souvent du carbonate de calcium
de 5,2 % par rapport à 1990. Les pays en développement ont
(CaCO3).
l’obligation de mesurer leurs émissions de GES, mais pas d’objectifs
Efficacité énergétique : L’efficacité énergétique dans des installations quantifiés.
industrielles consiste pour l’essentiel à diminuer les consommations
Sables bitumineux : Les sables bitumineux ou pétrolifères sont un
d’énergie inhérentes aux procédés. Il s’agit aussi, pour une entreprise
mélange de sable, d’eau, d’argile et de bitume brut. Pour récupérer le
de l’énergie, de fournir à ses clients des produits « économiseurs »
bitume, il faut donc le séparer de l’eau, de l’argile et du sable.
d’énergie et de les aider à mieux gérer leur consommation individuelle.
Solvant : Liquide ayant la propriété de dissoudre et de diluer d’autres
Émissions anthropiques : Émissions de gaz à effet de serre
substances sans les modifier chimiquement et sans lui-même se
consécutives aux activités humaines.
modifier. L’eau est le solvant le plus courant.
EOR (Enhanced Oil Recovery) : Technique de récupération améliorée
Stockage de CO2 : voir dossier.
du pétrole, dite aussi récupération tertiaire, qui consiste à injecter du
CO2 dans un gisement pour récupérer davantage de pétrole qu’au
moyen des méthodes traditionnelles. Une partie du CO2 reste ainsi
stockée dans le gisement.

Crédit Photos : Mireille Gaspard, Photothèque Total, Marco Dufour, Frederic Atlan, Marc Roussel,
Philippe Schaff, (DR. Tous droits réservés Total), Sipa Press, Statoil.

Coordination : Guy Zahan, Direction de la communication

Rédaction : C&S Conseils

Conception-réalisation : Parimage

Total S.A. - Octobre 2007 - Imprimé avec des encres végétales sur papier recyclé sans chlore.

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Total S.A.
Siège social : 2, place de la Coupole
La Défense 6 - 92400 Courbevoie
Capital social : 5 981 907 382,50 euros
542 051 180 RCS Nanterre

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