Notice Wegmann
Notice Wegmann
Jury :
M. Nicolas Berland, Professeur à l’Université Paris 9 – Dauphine, rapporteur
M. Pierre-Laurent Bescos, Professeur à l’Edhec Business School, campus de Nice, rapporteur
M. Patrick Boisselier, Professeur à l’Université de Nice
M. Jean-Louis Malo, Professeur à l’Université de Poitiers, rapporteur
M. Robert Teller, Professeur à l’Université de Nice, directeur
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Remerciements
Je tiens à remercier le Professeur Robert TELLER qui a accepté de diriger ma préparation à
l’Habilitation à Diriger des Recherches, les Professeurs Jean-Louis MALO, Nicolas BERLAND et
Pierre-Laurent BESCOS qui ont accepté d’être mes rapporteurs, ainsi que le Professeur Patrick
BOISSELIER qui a accepté d’être membre du jury.
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Résumé
Le contrôle de gestion est une discipline qui a beaucoup évolué à partir de la fin des années 1980,
notamment sous l’impulsion des auteurs américains Johnson et Kaplan. Notre mémoire est construit
autour des dimensions stratégiques du contrôle de gestion. Nous nous interrogeons sur la pertinence
du concept de contrôle de gestion stratégique dans sa capacité à promouvoir des réflexions et des
travaux théoriques, empiriques et instrumentaux susceptibles d’enrichir l’articulation du contrôle de
gestion au management stratégique.
Notre mémoire se décompose en trois parties. Dans une première partie, nous revenons sur notre
travail doctoral et ses prolongements en rappelant à quoi correspond le champ théorique du contrôle
de gestion stratégique et en synthétisant notre recherche relative aux tableaux de bord stratégiques.
Dans une seconde partie, nous présentons notre travail post-doctoral relatif aux indicateurs non
financiers et aux tableaux de bord stratégiques. Il s’agit de recherches théoriques et empiriques
visant à approfondir le potentiel du contrôle de gestion stratégique à travers notamment l’étude des
motifs d’utilisation des indicateurs non financiers par les managers français. La description d’une
étude de cas relative au déploiement d’un tableau de bord stratégique à la Maif vient compléter cette
partie.
Dans une troisième partie nous analysons l’évolution de l’instrumentation en contrôle de gestion et
de son potentiel stratégique. La comptabilité de gestion à base d’activités et ses déploiements sont
plus spécifiquement au cœur de cette dernière partie. Notre mémoire s’achève par des études de cas
encore en cours au moment de l’écriture de ces lignes.
Mots clés
Contrôle de gestion stratégique, Tableaux de bord stratégiques, Indicateurs non financiers,
Architecture organisationnelle, Comptabilités de gestion à base d’activités.
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Investigations autour du potentiel stratégique du contrôle de gestion :
réflexions théoriques, empiriques et exploratoires
Introduction -
Ce document présente notre mémoire pour l’obtention de l’Habilitation à Diriger des Recherches en
Sciences de Gestion soutenue publiquement le 6 juillet 2009 à l’Institut d’Administration des
Entreprises de l’Université de Nice. Notre mémoire synthétise nos travaux de recherche dont le
point commun a trait à une investigation du potentiel stratégique du contrôle de gestion.
Le contrôle de gestion est une discipline qui a beaucoup évolué à partir de la fin des années 1980,
notamment sous l’impulsion des auteurs américains Johnson et Kaplan. Notre mémoire est construit
autour des dimensions stratégiques du contrôle de gestion. Nous nous interrogeons sur la pertinence
du concept de contrôle de gestion stratégique dans sa capacité à promouvoir des réflexions et des
travaux théoriques, empiriques et instrumentaux susceptibles d’enrichir l’articulation du contrôle de
gestion au management stratégique.
Notre mémoire se décompose en trois parties. Dans une première partie, nous revenons sur notre
travail doctoral en rappelant à quoi correspond le champ théorique du contrôle de gestion
stratégique et en synthétisant notre recherche relative aux tableaux de bord stratégiques. En fin de
première partie, nous faisons le lien avec les prolongements de la thèse.
Dans une seconde partie, nous présentons notre travail post-doctoral relatif aux indicateurs non
financiers et aux tableaux de bord stratégiques. Il s’agit de recherches théoriques et empiriques
visant à approfondir le potentiel du contrôle de gestion stratégique à travers notamment l’étude des
motifs d’utilisation des indicateurs non financiers par les managers français. La description d’une
étude de cas relative au déploiement d’un tableau de bord stratégique à la Maif vient compléter cette
partie.
Dans une troisième partie nous analysons l’évolution de l’instrumentation en contrôle de gestion et
de son potentiel stratégique. La comptabilité de gestion à base d’activités et ses déploiements sont
plus spécifiquement au cœur de cette dernière partie. Notre mémoire s’achève par des études de cas
encore en cours au moment de l’écriture de ces lignes.
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Partie 1. La thèse et ses prolongements : genèse de la recherche, cadre
conceptuel, démarche d'enquête et résultats
Notre travail doctoral était centré sur l'étude de la dimension stratégique du contrôle de gestion.
Nous avons à cette occasion utilisé et retravaillé le cadre conceptuel du « contrôle de gestion
stratégique » (Wegmann, 2001 a et b) et analysé une de ses instrumentations, le tableau de bord
stratégique (Wegmann, 2000). Nous avons testé la pertinence de cet outil par le biais d'un
questionnaire administré auprès de 1000 entreprises françaises. Grâce à des traitements statistiques
réalisés sur 112 questionnaires exploitables, nous avons validé les hypothèses relatives à l’intérêt
des entreprises françaises pour un contrôle de gestion de nature stratégique et à la pertinence des
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tableaux de bord stratégiques. Cette enquête nous a aussi permis de développer une typologie des
tableaux de bord stratégiques et de valider des facteurs déterminants du choix du modèle de tableau
de bord stratégique. Notre recherche a été aussi l'occasion de confronter deux modèles (Wegmann,
2000 et 2008 c), le Tableau de Bord Stratégique « Anglo-Saxon » (Kaplan et Norton, 1996) et les
Tableaux de Bord du Capital Intellectuel (TBCI, Edvinsson et Malone, 2000, Wegmann 2009 b).
Nous traiterons dans un premier paragraphe des aspects théoriques du contrôle de gestion
stratégique pour évoquer dans une seconde partie les aspects instrumentaux puis dans une troisième
partie nos résultats empiriques. Le document n° 2 présenté dans l’annexe synthétise les points
essentiels de la thèse, tant théoriques qu’empiriques.
En nous inspirant de Teller (p. 40-41, 1999) et de Cauvin (1994), nous avons élaboré une
classification du contrôle de gestion stratégique (CGS) en trois catégories.
- Le CGS version minimaliste. Dans cette version, le contrôle de gestion est appréhendé comme
un mode de contrôle de la mise en œuvre de la stratégie. D’un point de vue instrumental, les
promoteurs de cette version proposent d’inclure dans les outils de contrôle de gestion des
indicateurs prévisionnels à dominante externe (indicateurs relatifs à l’analyse de l’environnement
concurrentiel, à la qualité des produits et des services d’une entreprise et à la satisfaction des clients
et autres partenaires clés de cette entreprise). Ils proposent également une réflexion sur les
différentes façons possibles d’améliorer l’articulation entre les plans stratégiques (à long terme et à
moyen terme) et les budgets. Les dynamiques organisationnelles privilégiées dans cette version
renvoient aux processus hiérarchiques traditionnels qui supposent un apprentissage en simple
boucle où le retour d’expérience est limité.
- Le CGS version médiane. Avec cette version, le contrôle de gestion est appréhendé comme un
outil de validation des hypothèses stratégiques. D’un point de vue instrumental, les tenants de cette
version privilégient l’utilisation d’indicateurs prévisionnels externes et internes combinés au sein
d’outils de contrôle de gestion. La définition de ces indicateurs s’appuie sur la chaîne de valeur, sur
la notion de Facteurs Clés de Succès, les démarches d’analyse en termes de positionnement
stratégique et des forces concurrentielles ainsi que sur des méthodes telles que l’ABC.
- Et le CGS version élargie.
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Teller (1999) explique que le contrôle de gestion stratégique, dans sa version élargie, suppose trois
conditions qui ont des conséquences sur le mode de management d’une entreprise :
- la formulation et la mise en œuvre de la stratégie doivent être interdépendantes,
- le système de contrôle doit être interactif,
- et les nouvelles stratégies doivent émerger au fil du temps.
Dans le cadre de cette version, le contrôle de gestion est considéré comme un élément constitutif de
la formulation et de la mise en œuvre de la stratégie. D’un point de vue instrumental, des
indicateurs valorisant les ressources humaines et organisationnelles de l’entreprise sont promus au
sein des instruments de contrôle de gestion. La définition de ces indicateurs s’appuie sur une chaîne
de valeur virtuelle, les développements en management des connaissances, la notion de capital
intellectuel, et sur des modes de management stratégique valorisant les ressources et des processus
« chemin faisant ». Précisons que le capital intellectuel se compose du capital humain
(connaissances, savoir-faire, expériences des salariés, attitudes et capacités d’innovation et
d’apprentissage) et du capital structurel (compétences organisationnelles qui peuvent être valorisées
sur le marché : brevet, process de fabrication, réseau commercial, système d’information, …)
(Edvinsson et Malone, 2000). Les dynamiques organisationnelles renvoient cette fois à des
processus interactifs qui favorisent un apprentissage en double boucle et le retour d’expérience.
Le tableau ci-dessous synthétise les développements que nous avons proposés sur cette question.
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Tableau 1 -
Synthèse relative à l’articulation des processus stratégiques et de contrôle de gestion
(adapté de Wegmann, 2001 a)
vérification de la Schreyogg et
contrôle validité des hypothèses du Steinmann (1987)
stratégique plan stratégique
contrôle de
CGS version gestion indicateurs externes et Ward (1993)
médiane stratégique internes combinés
articulation analyses
gestion concurrentielles, de la Shank et
stratégique chaîne de valeur et des Govindarajan (1989)
des coûts facteurs clés de succès
De manière plus précise, nous avons tenté d’associer des types d’outils de contrôle de gestion et des
profils de tableaux de bord stratégiques aux modes de contrôles de gestion stratégiques définis,
comme l’indique le tableau suivant.
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Tableau 2 -
Synthèse relative à l’imbrication des processus stratégiques et de contrôle de gestion
(voir document n° 2 de l’annexe, p. 4-5)
9
2. Les dimensions stratégiques du contrôle de gestion : contributions
instrumentales
Ensuite, nous avons étudié l’instrument « tableau de bord stratégique » comme mode de résolution
de la problématique de l’articulation du contrôle de gestion au management stratégique.
Rappelons qu’un tableau de bord stratégique est un outil de pilotage à base d’indicateurs et
d’objectifs stratégiques destiné à favoriser l’articulation du contrôle de gestion à la stratégie. Kaplan
et Norton (1996) ont popularisé cette démarche de pilotage en développant le Balanced Scorecard.
Le schéma 1 illustre le modèle générique (perspectives et objectifs stratégiques) du Balanced
Scorecard tel qu’il ressort des premiers travaux des deux auteurs. Les objectifs de la perspective
financière (satisfaire les actionnaires) sont considérés comme prépondérants, viennent ensuite ceux
de la perspective clients (satisfaire les clients), puis ceux des perspectives processus et innovations
et apprentissage organisationnel.
Schéma 1 -
Le Balanced Scorecard
(adapté de Kaplan et Norton, voir Annexe document 2 p. 6)
Dans l’esprit de Kaplan et Norton, Le Balanced Scorecard s’inscrit dans le cycle budgétaire de
l’entreprise comme outil d’articulation de la stratégie à moyen terme au contrôle budgétaire, comme
le souligne le schéma suivant.
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Schéma 2 –
Le Balanced Scorecard, outil d’articulation des plans aux budgets
PLANIFICATION
STRATEGIQUE Axe
Financier
Tableau de
Objectifs Axe Bord Axe
stratégiques Clients Stratégique Organisation
Axe
RH
Budget
Contrôle
budgétaire
Dans une démarche d’élaboration d’un Balanced Scorecard, la stratégie d’une entreprise est
déclinée en objectifs (entre 10 et 20 objectifs sont généralement répertoriés) qui sont répartis
suivant plusieurs perspectives (trois, quatre ou cinq). À chaque objectif stratégique sont associés des
indicateurs. Kaplan et Norton préconisent de combiner des indicateurs avancés (leading measures)
et des indicateurs a posteriori (lagging measures). Ces indicateurs sont également articulés aux
prévisions et au contrôle budgétaire. Ils peuvent être financiers, quantitatifs ou qualitatifs de façon à
refléter la stratégie dans toute sa complexité et à proposer une vision multidimensionnelle de la
performance de l’entreprise. Les perspectives stratégiques, les objectifs stratégiques et les
indicateurs sont articulés de façon cohérente. Des chaînes de causalités entre indicateurs et objectifs
sont censées garantir cette cohérence. Pour y parvenir, Kaplan et Norton (2004) proposent la
construction de « cartes stratégiques » (strategy maps). Lorsque l’on déploie un Balanced
Scorecard, tout l’enjeu consiste à mettre en évidence des relations de causalités entre indicateurs de
façon à permettre une articulation entre le court et le moyen terme. Le principe consiste à tester sur
plusieurs exercices une éventuelle corrélation entre différents indicateurs, certains mesurant plutôt
des phénomènes à court terme et pouvant être facilement reliés aux budgets, d’autres mesurant
plutôt des phénomènes à moyen terme et pouvant être aisément reliés à la stratégie. Des progiciels
de gestion facilitent aujourd’hui cette démarche.
Nous avons montré que le Balanced Scorecard pouvait être rattaché à une catégorie d’instruments
que nous avons nommée les tableaux de bord stratégiques version anglo-saxonne (Wegmann, 2000).
Nous avons également proposé une typologie des tableaux de bord stratégiques de cette version, en
rattachant les différents types discriminés aux modes de contrôle de gestion stratégique qui leur
11
correspondent. La même démarche a été appliquée à l’analyse des TBCI (tableaux de bord du
capital intellectuel, Edvinsson et Malone, 2000) qui constituent la version scandinave des tableaux
de bord stratégiques. Nous avons ensuite proposé une analyse comparative des tableaux de bord
stratégiques version anglo-saxonne de ceux version scandinave.
Voici la synthèse de ces travaux.
Tableau 3 –
Typologie des tableaux de bord stratégiques
Si l’on prend les tableaux de bord scandinaves, l’exemple le plus connu est celui de la compagnie
d’assurance suédoise Skandia dont voici le modèle générique (schéma 3). Dès les années 1980, le
CEO (Chief Executive Officer) de Skandia, Björn Wolrath, cherchait une façon de mesurer les actifs
intangibles de son entreprise. C’est en septembre 1991 que Skandia AFS recruta Leif Edvinsson en
tant que directeur de la nouvelle fonction « management du capital intellectuel ». La mission
d’Edvinsson était de construire un instrument de mesure du capital intellectuel qui puisse constituer
un supplément aux comptes sociaux. Le premier rapport du capital intellectuel comme supplément
au rapport de gestion annuel date de 1994. En 1998, le navigateur a été adapté à l’ensemble du
groupe Skandia et a complété les budgets. En octobre 1998, un système intranet appelé le Dolphin
System (le système dauphin) a été mis au point pour l’ensemble du groupe et permet au navigateur
de fonctionner de façon interactive (Roy, 1999).
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Schéma 3 -
Le Navigateur de Skandia
(Edvinsson et Malone, p. 68, 1997 et annexe document 2 p. 8)
FINANCIAL FOCUS
I
N
T
E
L T
L O
E D
C A
T Y
U
A CUSTOMER PROCESS
L HUMAN FOCUS FOCUS
FOCUS
C T
A O
P M
I O
R
T
RENEWAL and DEVELOPMENT FOCUS R
A
O
L W
1
Nous avions utilisé le classement de l’année 1999.
13
Tableau 4 -
Variables retenues pour le questionnaire
(voir Annexe document 2, p. 12)
L’enquête, dans sa première partie, se présentait de telle sorte que nous puissions comparer les
attentes des managers interrogés à ce que leurs outils de gestion leur offrent. Cette approche nous a
permis, grâce à la seconde partie, de proposer des types d’instruments qui répondent aux attentes
exprimées dans la première partie. L’enquête combinait ainsi deux dimensions : une dimension
descriptive et une dimension explicative et prescriptive sous la forme d’une approche typologique.
La seconde partie repose sur une démarche contingente. Il s’agissait de déterminer des critères qui
permettent d’expliquer que tel type d’entreprise est associé à tel type de tableau de bord stratégique.
A cette fin, nous avons des variables indépendantes (stratégie, degré de complexité des processus
organisationnels, niveau d’incertitude de l’environnement, …), en privilégiant une approche
multicritères.
14
permettent d'appréhender les relations entre la mesure des performances et le pilotage stratégique ;
- observer si les managers français considèrent cette question de l’articulation entre le management
stratégique et le contrôle de gestion comme fondamentale pour le pilotage d'une organisation ;
- et mesurer l'intérêt des mêmes managers pour les tableaux de bord stratégiques comme mode de
résolution de cette question.
A partir d’une étude de la littérature, nous avons construit une typologie a priori présentée dans le
tableau 5 qui suit. Les quatre types de tableaux de bord stratégiques proposés2 ont été discriminés,
en se fondant sur les théories de la contingence (Hartmann, 2000), sur la base des six variables
suivantes :
- Le degré de complexité des processus technologiques et informationnels (processus simples à
complexes selon une échelle de Likert à cinq niveaux dans le questionnaire),
- Le degré de décentralisation de l’organisation et son caractère bureaucratique ou organique
(échelle de même nature),
- Le profil des concepteurs des outils de contrôle de gestion (directions générales ou fonctionnelles
ou groupes de projets),
- Le degré d’incertitude de l’environnement,
- Le domaine d’activité principal de l’entreprise,
- Les caractéristiques de la stratégie de l’entreprise : choix entre des stratégies proactives
(valorisation des compétences humaines, des compétences technologiques ou optimisation des
processus) ou des stratégies réactives (adaptation à l’environnement concurrentiel, recherche de la
satisfaction des actionnaires ou des partenaires).
2
Par rapport au tableau 3, nous avons jugé plus pertinent de ne pas retenir dans notre typologie les tableaux de bord
stratégiques internes et les tableaux de bord stratégiques mixtes.
15
Tableau 5 -
Typologie a priori des tableaux de bord stratégiques
(voir annexe document 2 p. 11)
Statistiquement, nous avons procédé à une analyse factorielle en composantes principales combinée
à une classification hiérarchique ascendante sur les variables (méthode de Ward) afin de caractériser
des types de tableaux de bord stratégiques adaptés aux attentes exprimées par les managers
interrogés. Pour compléter, nous avons procédé à des tests du Chi deux de Pearson afin de
déterminer si certaines variables de contingence (variables indépendantes) différent
significativement d’une classe à l’autre.
16
3.3. Résultats
Les résultats (voir tableau 6 page 13 annexe document 2) du questionnaire montrent que les
managers portent de l’intérêt à la problématique de l’articulation du management stratégique et du
contrôle de gestion, sollicitant à cette fin des instruments qui permettent d’associer aux critères de
performance traditionnels, des critères stratégiques et non financiers. Il apparaît cependant que
l’impact de modes de management plus participatifs est encore limité. Malgré le fait que les
tableaux de bord stratégiques avaient encore un attrait limité en France, nous avions proposé une
typologie de ceux-ci, établie sur la base des réponses fournies par les managers interrogés
relativement aux critères de mesure qu’ils privilégient.
Plus précisément, les premiers résultats montraient que seule la dimension financière est jugée bien
appréhendée par les outils du contrôle de gestion. Les managers interrogés ne semblaient pas
satisfaits de la façon dont leurs instruments mesurent les autres dimensions. Or ceux-ci jugeaient
importantes les dimensions non financières du pilotage organisationnel. Nous tirions aussi le constat
d’une difficulté pour les managers à associer les mesures à court terme aux mesures à long terme ou
dit autrement, une difficulté à combiner des mesures historiques à des mesures prospectives.
17
Tableau 6 –
Typologie des tableaux de bord stratégiques issue de l’enquête
(Annexe document 2 p. 19)
Les six catégories mises en évidence dans ce tableau sont les suivantes :
- Les tableaux de bord stratégiques mixtes qui combinent des dimensions externes et internes du
pilotage en mettant l’accent soit sur une approche concurrentielle, soit sur une approche partenariale
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ou soit sur une approche environnementale.
- Les tableaux de bord stratégiques intégrés pour lesquels tous les critères proposés sont jugés
importants par les répondants. Sans doute cette catégorie révèle t-elle un biais de surestimation des
critères de pilotage sélectionnés.
- Les tableaux de bord stratégiques qui se rapprochent du modèle du Balanced Scorecard.
- Les répondants qui rejettent le dispositif « tableaux de bord stratégiques ».
- Les tableaux de bord stratégiques du capital structurel qui privilégient les indicateurs valorisant les
ressources organisationnelles et technologiques.
- Et les tableaux de bord stratégiques du capital humain qui s’appuient principalement sur des
critères qui permettent de piloter les ressources humaines.
Concernant les variables de contingence, les tests du Chi deux de Pearson effectués (voir tableau 8
p. 17, annexe document 2) nous montrent que :
- la complexité des processus et la stratégie de maximisation de la valeur actionnariale sont les
variables de contingence les plus significatives,
- et que le domaine d’activité, les concepteurs des instruments, la stratégie de valorisation des
compétences humaines et la stratégie de valorisation des compétences technologiques sont des
variables de contingence significatives.
Les autres variables de contingence ne discriminent pas de façon significative les six catégories
d’entreprises proposées.
Les autres thèmes traités dans la thèse ne sont pas repris dans ce mémoire. Une vingtaine
d’entretiens ont permis notamment de consolider les résultats de l’enquête par questionnaire et
d’aborder des questions plus qualitatives relatives en particulier aux dynamiques organisationnelles.
A l'issu de la thèse, nous avons développé notre recherche suivant deux axes :
1er axe : approfondissement de la recherche sur les tableaux de bord stratégiques avec une étude
centrée sur les indicateurs non financiers et achèvement d’une étude de cas sur la mise en place
d’un tableau de bord stratégique à la Maif,
2ème axe : déplacement du terrain d'étude du contrôle de gestion stratégique à d'autres outils en
nous centrant sur le thème des évolutions des pratiques comptables de gestion.
19
Partie 2. Approfondissements théoriques, empiriques et exploratoires sur le
contrôle de gestion stratégique : des travaux centrés sur les indicateurs non
financiers et les tableaux de bord stratégiques
Dans le prolongement de notre thèse, nous avons approfondi le potentiel stratégique du contrôle de
gestion en menant des études théoriques, empiriques et exploratoires centrées sur les indicateurs
non financiers et les tableaux de bord stratégiques. En voici une chronologie résumée.
Travaux théoriques : approfondissement et élargissement de la réflexion sur le contrôle de gestion
stratégique en liaison avec les théories de l'architecture organisationnelle (Poincelot et Wegmann,
2005 ; Wegmann, 2006 et 2008 d ; voir annexe document 3) ;
Travaux empiriques : quels sont les déterminants des managers à utiliser des critères non
financiers ? Il s'agit de tester le potentiel stratégique des indicateurs non financiers et d'affiner les
motifs d'usage en s'appuyant sur la théorie de l'architecture organisationnelle (Poincelot et
Wegmann, 2008 ; voir annexe document 4) ;
Travaux exploratoires : la pratique observée au sein de la Maif comme illustration des
développements théoriques et empiriques sur les tableaux de bord stratégiques (Wegmann, 2006,
2008 (a) et (b)).
Nous avons étudié en quoi les fondements théoriques du contrôle de gestion puisent leur source
dans des approches contractuelles (Poincelot et Wegmann, 2005). L’architecture organisationnelle
d’une firme se définit comme l’ensemble « …des systèmes d’allocation des décisions, de mesure de
la performance et d’évaluation » (Jensen et Meckling, 1992 ; Charreaux, 2002). Elle conditionne les
modalités de gouvernance de la firme. Le contrôle de gestion est un des éléments de l’architecture
organisationnelle et cette théorie permet de réfléchir à la place qu’il occupe, à son rôle et à la façon
20
dont il interagit avec les autres éléments et avec notamment le management stratégique. Pour les
théories contractuelles, la clé de la performance est liée à la structuration du système de contrôle et
d’allocation des droits décisionnels et des ressources.
Dans une perspective contractuelle3, les managers engagent leur responsabilité auprès de la
direction générale sur la base de contrats (formels et informels). Le contrôle de gestion permet de
contrôler le respect de ces engagements et constitue donc un outil de sanctions-récompenses
(logique disciplinaire). Si l’on se réfère par exemple à la grille de lecture fournie par la théorie des
coûts de transaction, le contrôle de gestion se substitue à la régulation spontanée du marché en
facilitant une régulation structurée à l’intérieur des organisations. Johnson et Kaplan (1987), prenant
appui sur les travaux de Williamson (1975) expliquent l’origine du contrôle de gestion en ayant
recours à la théorie des coûts de transaction. Dans les grandes entreprises américaines du début du
20ème siècle (Dupont de Nemours, General Motors, …), intégrées verticalement et horizontalement,
le contrôle de gestion se substitue au marché pour fournir des informations relatives aux
transactions internes. Dans la perspective de la théorie de l’agence, le contrôle de gestion permet de
réduire l’asymétrie d’information (anti-sélection, hasard moral), source d’opportunisme.
Dans une perspective contractuelle, le contrôle de gestion, en tant que composante de l’architecture
organisationnelle, est en conséquence appréhendé comme un outil de déclinaison de la stratégie,
elle-même conditionnée par les conditions de l’environnement (Poincelot et Wegmann, 2005),
comme l’indique le schéma suivant.
Schéma 4 –
Le contrôle de gestion, outil de déclinaison de la stratégie dans une perspective contractuelle
(d’après Brickley et al., p. 179, 1997)
3
Précisons que les théories des coûts de transaction et de l’agence s’inscrivent dans cette perspective.
21
Dans le même esprit, Johnson et Kaplan (Chapitre 11, 1987) estiment que les critères non financiers
peuvent faciliter la déclinaison de la stratégie d’une organisation et la validation de ses choix
stratégiques, c’est-à-dire garantir la cohérence entre la stratégie et l’allocation des droits
décisionnels. Le contrôle de gestion dans cette perspective est aussi à rapprocher de la version
« diagnostique » du contrôle de gestion telle que développée par Simons (1995).
Mais pour appréhender les pratiques de contrôle de gestion dans toute leur diversité, il est pertinent
de s'appuyer sur des logiques cognitives. Comme le rappelle Charreaux (2002), les « théories
cognitives de la firme » (fondées sur les connaissances) regroupent le courant comportemental
(Simon, 1947 ; Cyert et March, 1963), la théorie évolutionniste (Nelson et Winter, 1982), la théorie
de l’apprentissage organisationnel et la théorie de la stratégie fondée sur les ressources et
compétences (Resource-based View, Penrose, 1959). Pour les théories cognitives, la performance
est liée au fait pour une organisation de savoir développer un stock de connaissances susceptible de
créer de la valeur. Dans la théorie de l’apprentissage organisationnel (Argyris et Schön, 1978), une
firme crée de la valeur si elle a les capacités de générer des apprentissages. Les théories cognitives
placent l’acteur au centre des dispositifs de contrôle de gestion et accordent un rôle accru à la
dimension informelle. Dans une perspective cognitive le contrôle de gestion a pour fonction d’aider
à l’accroissement des niveaux de connaissances (individuels et organisationnels) et de garantir la
pérennité de l’organisation. Il doit favoriser la coordination des routines, la stabilisation des
comportements et susciter l’autocontrôle et les apprentissages. Dans l’optique de la Resource-based
View, le contrôle de gestion a pour objectif de faciliter l’identification et le pilotage des
compétences-clés et de favoriser leur déploiement. Les indicateurs non financiers par exemple ont
pour fonction de faciliter la détection et le développement des compétences cardinales ainsi que
l’inscription organisationnelle de ces compétences (thème au cœur des travaux d’Hamel et
Prahalad, 1990). La Resource-based View recentre la réflexion stratégique sur les compétences
humaines et organisationnelles, ce que les chercheurs scandinaves traduisent par Capital Intellectuel
(Edvinsson et Malone, 2000).
Simons (p. 124, 1995), développe ainsi le concept de « contrôle interactif » qui est une façon
d’appréhender les liens entre stratégie et contrôle de gestion. En fonction des contextes stratégiques
et des incertitudes qui pèsent sur ces contextes, Simons expliquent que les dirigeants s’appuient sur
certains outils de contrôle de gestion. Ceux-ci deviennent alors des outils de contrôle interactif car
les dirigeants les utilisent pour articuler le stratégique à l’opérationnel. Berland et al. (2005)
22
approfondissent notamment la nature des systèmes de contrôle de gestion susceptibles d’intégrer
une dimension interactive. Ils indiquent qu’un système interactif est plutôt de nature ad hoc et
s’appuie sur des informations subjectives (p. 5, 2005) ou du moins plus opérationnelles. Des outils
tels que l’ABC ou les indicateurs non financiers (regroupés au sein de dispositifs comme le
Balanced Scorecard) sont classés par Berland et al. comme instruments de contrôle de gestion
stratégique à dimension potentiellement interactive (logique cognitive).
Nous avons ensuite complété nos travaux théoriques par une étude empirique en nous centrant sur
l’usage des indicateurs non financiers.
2. Travaux empiriques
Nous avons testé la grille de lecture théorique du contrôle de gestion distinguant les perspectives
contractuelle et cognitive à une pratique en entreprise : l'usage des indicateurs non financiers
(Poincelot et Wegmann, 2008). Notre problématique générale consiste à se demander si les
indicateurs non financiers constituent un outil de pilotage et de création de valeur jugé pertinent.
Pour ce faire, nous explorons par questionnaire les déterminants des managers à utiliser des critères
non financiers. Il s'agit de tester le potentiel stratégique des indicateurs financiers et d'affiner les
motifs d'usage en s'appuyant sur la théorie de l'architecture organisationnelle. La première partie de
la recherche consiste donc à tester le pouvoir explicatif de la théorie de l'architecture
organisationnelle en distinguant les logiques contractuelle et cognitive.
Considérant qu’il ne se dégage pas de définition synthétique de référence de la notion d’indicateurs
non financiers, nous avons décidé dans cette recherche de les définir par opposition aux indicateurs
financiers. Contrairement à ceux-ci, les indicateurs non financiers ne sont pas « agrégeables ». Ils ne
fournissent pas une évaluation arithmétique globale de la création de valeur d’une entreprise.
23
Ils sont de nature cognitive lorsqu’ils renvoient à des usages susceptibles d’améliorer les
connaissances et l’apprentissage organisationnel (motifs b, d et m), d’accroître les compétences
humaines et d’anticiper les évolutions (motifs f et q) et d’orienter de façon positive les
comportements et les modalités de mise en relation (motifs h, j, l et o)4. Les indicateurs non
financiers peuvent mener ces missions grâce au déploiement d’indicateurs avancés ou signaux. A la
différence des théories contractuelles, on trouve peu de travaux conduisant à des réflexions
théoriques sur l’usage des indicateurs non financiers dans une optique cognitive. Vaivio (1999)
constitue une exception puisqu’il a analysé l’émergence d’indicateurs non financiers en s’appuyant
sur la théorie de l’apprentissage organisationnel.
Observons que la distinction motifs contractuels / motifs cognitifs renferme une dose de subjectivité
et que pour certains d’entre eux, plusieurs interprétations sont possibles. Un motif plutôt cognitif
pour l’enquêteur (b par exemple, « accompagner la modernisation de nos systèmes d’information »)
peut cacher un motif contractuel chez l’enquêté (« bâtir un système d’information plus performant
dans le contrôle des salariés »). Le choix s’est fait suite à une étude comparée de la littérature sur le
Balanced Scorecard (qui s’inscrit plutôt dans une logique contractuelle) avec la littérature sur les
tableaux de bord « scandinaves » (qui s’inscrit plutôt dans une perspective cognitive) (Wegmann,
2008, c). Les motifs ainsi proposés dans le tableau suivant sont assimilés aux objectifs stratégiques
qui structurent les tableaux de bord stratégiques.
4
Nonaka et Takeuchi (courant de l’apprentissage organisationnel, 1997) expliquent en ce sens que la création de
connaissances renferme une dimension comportementale.
24
h) d’orienter notre management vers la création de solides liens de confiance Cognitive
(clients, fournisseurs...)
i) d’assurer une bonne remontée des informations (des opérationnels à mon Contractuelle
niveau puis aux niveaux supérieurs) (Contr.)
j) d’améliorer le climat social en améliorant la communication interne Cognitive
k) d’améliorer la communication « externe » (actionnaires, clients, Contractuelle
prospects…)
l) de faciliter la création d’un esprit d’équipe au sein des groupes de travail Cognitive
m) d’estimer si nos processus de production se modernisent Cognitive
n) de justifier une sanction Contractuelle
o) d’accroître le niveau d’implication des salariés en favorisant notamment Cognitive
les prises d’initiative individuelles et les démarches d’autocontrôle
p) d’apprécier si nos actions managériales vont dans le sens souhaité par nos Contractuelle
actionnaires et/ou nos clients
q) de devancer les évolutions de notre environnement et notamment les Cognitive
attentes des clients
r) de permettre une analyse pertinente de l’environnement concurrentiel Contractuelle
s) de mesurer l’efficacité de nos structures productives et organisationnelles Contractuelle
t) de véhiculer à l’extérieur une image positive de notre entreprise Cognitive
Les tests ont été effectués sur 96 entreprises appartenant à différents secteurs industriels
(métallurgie, machines-outils, automobile, alimentaire, ….) Nous avons conçu un échantillon
homogène en interrogeant des managers ayant des niveaux de responsabilités comparables :
directeurs généraux pour les PME, directeurs de divisions/branches pour des entreprises de taille
intermédiaire, responsables qualité/achats et directeurs d’unités de production et d’établissements
pour les plus importantes.
Intéressons-nous à la première hypothèse de notre enquête que nous formulions ainsi :
Hypothèse 1 : Les objectifs d’utilisation des indicateurs non financiers sont différents selon la
logique contractuelle ou cognitive.
Pour tester cette hypothèse, nous avons réalisé une analyse factorielle afin d’étudier si nous
distinguons bien deux groupes d’items renvoyant à ces deux objectifs sur des axes différents, ainsi
que les items les plus significatifs pour chaque groupe.
25
supérieure à 0,5. Aussi, l’analyse factorielle ne confirme que partiellement notre hypothèse (environ
25 % de l’explication5), ce qui justifie la recherche d’autres variables explicatives. Les autres axes
de l’analyse factorielle mélangent des variables contractuelles et cognitives.
Pour compléter notre étude, il est donc nécessaire de sortir de notre hypothèse initiale en
considérant qu’un découpage « contractuel/cognitif » est trop simpliste pour comprendre l’usage
des indicateurs non financiers. Sans tenir compte de ce découpage, on observe alors que plus de 64
% de la variance est expliquée (Poincelot et Wegmann, tableau 3 p. 76, 2008) et que 19 motifs sont
corrélés aux axes. Ceux-ci se répartissent alors sur six axes d’une façon plus complexe que la
dichotomie « contractuel/cognitif » posée en hypothèse.
En s’appuyant sur nos travaux relatifs aux tableaux de bord stratégiques et en approfondissant la
logique des perspectives stratégiques (Poincelot et Wegmann, p. 28, 2006) nous pouvons dessiner le
contour d’un modèle de tableau de bord stratégique comme présenté sur le schéma suivant.
2nd perspective
Strategy and Customers
(Contractual dimension)
Motives: p: 3.44
k: 3.02
r: 2.91
n: 1,87
4th perspective
Internal Processes Performances
Value: 1.898; Variance: 9.489%
Motives: m (know)
q (know)
s (contr)
5
4 items cognitifs (h, j, l et o) et 4 items contractuels (K, n, p et r) appartiennent respectivement aux deux premiers axes
26
l’information. On ne peut guère pousser plus en avant le raisonnement quant au sens à donner aux
regroupements ainsi constatés, si ce n’est que les managers semblent déployer des indicateurs non
financiers dans une logique de pilotage stratégique. Cela se traduit par des axes stratégiques qui
expriment une politique d’entreprise donnée et qui justifient les motifs attribués à l’utilisation
d’indicateurs non financiers. Les tests montrent aussi que la cohérence serait un peu plus grande
entre les motifs cognitifs choisis qu’entre les motifs contractuels. Peut être est-ce dû au fait que la
logique disciplinaire s’accompagne paradoxalement6 parfois d’injonctions contradictoires (les
objectifs « évaluer la performance des subordonnés » et « justifier une sanctions » peuvent rentrer
en contradiction avec par exemple l’objectif « assurer une bonne remontée des informations »).
Une piste de recherche pour expliquer la difficulté à décrypter les motifs d’utilisation des
indicateurs non financiers consisterait à étudier les points de convergence entre les théories
contractuelles et cognitives (Charreaux, p. 14-18, 2004). Ainsi, l’usage d’indicateurs non financiers
peut s’appuyer à la fois sur des motifs contractuels et cognitifs imbriqués, sans qu’il soit possible,
sans une enquête plus terrain, de les démêler. Charreaux exprime cette idée lorsqu’il écrit que « …
le partage de schémas cognitifs communs peut contribuer à réduire les conflits d’intérêts » ou «
…la protection du savoir-faire et de l’appropriation des rentes peut expliquer les politiques
d’acquisition… » (p. 14, 2004). Des grilles de lecture comme par exemple la théorie de la
structuration pourraient permettre de conduire une réflexion sur cette imbrication entre motifs
contractuels et cognitifs.
de l’analyse factorielle.
27
nous considérons que les managers des firmes qui privilégient des indicateurs non financiers dans
une perspective cognitive préfèreraient des modes de rémunération au mérite collectifs.
Globalement, les résultats issus de l’analyse factorielle et des tests de comparaison de fréquence
sont peu concluants car les déterminants sont complexes à décrypter. Nous montrons par exemple
qu’une volonté de décentraliser peut aussi bien s’accompagner d’un usage privilégié d’indicateurs à
dominante contractuelle que d’indicateurs à dominante cognitive. La différence se fera au niveau
des comportements qui accompagnent ce processus de décentralisation. Nous concluons que sur
cette question des déterminants du choix des indicateurs non financiers il faut privilégier des études
qualitatives pour cerner les motivations profondes des managers.
Nous avons aussi testée (étude non publiée) s’il existe des liens de corrélations entre l’usage des
indicateurs non financiers selon les logiques contractuelle et cognitive et le type de performance de
l’entreprise perçue par le manager. Il s’agit de montrer si par exemple l’usage d’indicateurs non
financiers plutôt dans une perspective cognitive s’accompagne d’une perception plutôt à long terme
de la performance et orientée parties prenantes. Les tests ne sont pas concluants. Il semble difficile
de déterminer des liens directs entre dispositifs de pilotage et façon d’appréhender la performance
par le manager.
3. Travaux exploratoires
Toujours sur le thème des indicateurs non financiers et des tableaux de bord stratégiques, nous
avons mené une étude exploratoire au sein de la Maif. Cette étude de cas a consisté à suivre
l’élaboration d’un tableau de bord stratégique au sein de cette société (Wegmann, 2006, 2008 (a) et
(b)). De 2001 à 2005, nous nous sommes rendus à plusieurs reprises au sein de la Maif, nous avons
interviewé différentes parties prenantes au projet et participé à des réunions. Après une présentation
du cas, nous proposerons une interprétation en nous fondant notamment sur les grilles d’analyse
contractuelle et cognitive ainsi que sur le modèle de Simons (1995).
6
Paradoxalement car dans une perspective contractuelle, un des objectifs du contrôle de gestion est d’atténuer les
conflits.
28
générale, et la formulation des objectifs annuels. Les projets annuels sont définis au niveau des
responsables des différentes entités. Or, pour ces responsables, la vision stratégique à 2005 est trop
vague pour qu’ils puissent construire leurs projets annuels à partir de celle-ci.
La direction générale, en concertation avec le responsable de la stratégie, décide de lancer le projet
sous une forme participative. Après avoir définis les objectifs stratégiques de l’entreprise, la
définition des indicateurs est déléguée à des groupes projets.
Les différents acteurs du projet s’organisent de la façon suivante :
- une équipe de soutien à la démarche d’implantation composée de six personnes réunissant des
membres des départements stratégie et contrôle de gestion. Cette équipe a pour mission d’aider les
groupes de travail qui élaborent les indicateurs.
- quatre groupes de travail réunissant de six à huit personnes sont chargés de bâtir des indicateurs
relatifs à la perspective stratégique qu’ils ont chacun en charge.
Le schéma 6 et le tableau 8 illustrent le modèle général du tableau de bord stratégique de la Maif et
les choix d’indicateurs effectués par les groupes de travail. Chaque indicateur est associé à un
objectif stratégique. Le nombre d’indicateurs proposés est réduit de telle sorte qu’il demeure 18
indicateurs dits « permanents » et 28 indicateurs dits « évolutifs ». Les premiers sont
compréhensibles en lecture directe et intégrés à l’outil informatique (progiciel intégré de type ERP).
Certains sont de périodicité mensuelle, d’autres de périodicité trimestrielle ou annuelle. Les seconds
sont élaborés annuellement lors d’une séance de réflexion entre le comité de direction et l’équipe de
soutien. Ils sont de nature plus qualitative et ils nécessitent des études spécifiques comme par
exemple des enquêtes d’opinion.
29
Schéma 6 –
Le modèle générique du tableau de bord stratégique
Perspective
Mutualiste&
Econom ique
Perspective
Processus
Internes
Tableau 8 –
Liste d’indicateurs établis par les groupes de travail (extrait)
30
16- Rentabilité des excédents de trésorerie réinvestis sur les marchés financiers (IP).
17- Durée moyenne d’attente d’un sociétaire au téléphone (IP).
18- Rapport (coût des erreurs administratives) / (revenu courant) (IP).
19- Ratios de marge assurance (par type d’activités) : rapport entre le coût d’un sinistre et les
cotisations afférentes (IP).
20- Indice de satisfaction des salariés (IE).
21- Analyse comparative de la marge moyenne dégagée par type de sociétaire par rapport aux
principaux concurrents (IP).
22- Indice de performance sociétale (IE).
23- Indice mesurant la diffusion de l’esprit mutualiste chez nos sociétaires (IE).
24- Délai moyen de mise sur le marché des nouveaux produits et services (IE).
25- Taux d’absentéisme (IP).
26- Budget de communication, global et par thème (IP).
27- Suivi des Soldes Intermédiaires de Gestion pertinents (IP).
28- Investissements finançant des projets d’amélioration de la prévention des risques
encourus par les jeunes et les personnes dépendantes. (IE)
29- Nombre de partenariats conclus durant l’exercice (IE).
Faisons observer que dans les premiers temps d’utilisation de l’outil, les managers du comité de
direction avaient des difficultés à s’appuyer sur les indicateurs du tableau de bord stratégique et à
construire des plans d’actions sur cette base. La multiplicité d’informations et de signaux parfois
contradictoires, véhiculée par les indicateurs, les déroutait. Cela renvoie à une des faiblesses du
Balanced Scorecard selon Jensen (2001), à savoir l’absence d’une mesure synthétique de
performance.
31
Cette dynamique renvoi à des approches dites interactives des outils de gestion. Vaivio (p. 413,
1999) nous explique que les mesures non financières peuvent être appréhendées de deux manières
dans l’organisation. Une première modalité consiste à emprunter l’approche formelle et
révolutionnaire du changement organisationnel. Pratiquement, cela consiste à développer des
mesures non financières en fixant du sommet hiérarchique de l’entreprise (démarche top-down) les
objectifs stratégiques, et en essayant d’imposer de l’extérieur de nouvelles normes de pilotage de
ces objectifs. Pour Vaivio, les développements sur le changement organisationnel montrent qu’il est
parfois préférable de substituer à cette approche formelle et révolutionnaire, une approche
informelle et incrémentale qui s’incarne dans une démarche d’élaboration interactive des systèmes
de contrôle de gestion. Le contrôleur de gestion est dans ce cadre considéré comme un
« facilitateur » et un acteur d’un processus d’apprentissage organisationnel (Bollecker, 2007) suscité
par le déploiement d’un dispositif de pilotage.
Le tableau de bord stratégique est donc au final appréhendé comme un outil de spécialistes, au
service de la direction générale. A la différence d’expériences comme celle menée chez Skandia
(Edvinsson et Malone, 2000), seules les directions peuvent utiliser l’instrument, les opérationnels ne
pouvant pas avoir accès aux informations contenues dans l’outil. Ainsi, implicitement, l’outil
s’inscrit dans une logique disciplinaire (contractuelle) et a pour objectif principal de favoriser
l’allocation des ressources. Il se rapproche ainsi du modèle du Balanced Scorecard. Pour Kaplan et
Norton, les perspectives et les objectifs stratégiques sont prédéterminés, comme c’est le cas pour la
Maif où les dirigeants ont préalablement actés ces éléments. Dans le modèle du Balanced
32
Scorecard, les indicateurs ont pour objectifs de décliner la stratégie et de valider les hypothèses
stratégiques formulées (Kaplan et Norton, p. 32, 2004). Cette démarche d’alignement stratégique
s’établit au travers de ce que les auteurs intitulent des Cartes Stratégiques. Le Balanced Scorecard
est avant tout un dispositif mis à la disposition de la direction générale. Ces caractéristiques se
retrouvent dans l’outil déployé à la Maif. En s’appuyant sur le cadre d’analyse développé par
Simons (1995), on peut dire que le tableau de bord stratégique de la Maif s’inscrit, à l’instar des
nombreuses études de cas développées par Kaplan et Norton7, dans une approche diagnostique du
contrôle. Comme l’indiquent Naro et Travaillé (2009), pour constituer un outil de contrôle
interactif, l’usage du tableau de bord stratégique doit permettre de dévoiler de nouvelles orientations
stratégiques. La stratégie ne peut alors plus être pré-déterminée, elle doit s’inscrire dans un
processus de construction collective, les réflexions sur l’élaboration des indicateurs et des objectifs
stratégiques étant simultanées et s’alimentant l’une l’autre. Un tableau de bord stratégique peut
aussi parallèlement servir d’outil de contrôle diagnostique.
Les travaux dont nous venons de proposer une synthèse s’inscrivent résolument dans une approche
stratégique du contrôle de gestion. En dépit des limites constatées à nos études et malgré les
hésitations des managers observées sur la façon de déployer un dispositif, nous avons montré que
les indicateurs non financiers et les tableaux de bord stratégiques constituent une aide au pilotage de
la stratégie.
7
Les derniers travaux de Kaplan et Norton (2006) s’inscrivent dans cette logique d’un alignement des indicateurs en
référence à des objectifs stratégiques pré-définis.
8
Marsal C., Mercier S., Ventolini S. et Wegmann G., « La diversité : simple discours ou vecteur de transformation des
pratiques de gestion », en cours (remise des travaux prévue le 30 mars 2010).
33
(responsables syndicaux, ressources humaines et contrôle de gestion) au sein d’entreprises publiant
des rapports RSE.
34
Partie 3. Les évolutions en contrôle de gestion comme expression d’une
orientation stratégique de la discipline
Parallèlement, nous avons transposé nos préoccupations de recherche à d'autres champs du contrôle
de gestion, à savoir la comptabilité de gestion et les gestions budgétaire et prévisionnelle.
Ces travaux poursuivent plusieurs objectifs :
- proposer un état des lieux des réflexions sur l'évolution des outils de contrôle de gestion et tester si
la dimension stratégique est centrale dans ces réflexions (Wegmann, 2006 ; voir annexe document
5) ;
- développer un état de l'art de la modélisation à base d’activités et une réflexion conceptuelle en
nous appuyant sur une revue de la littérature (Wegmann, 2007, a et b);
- et mener des études de cas (Wegmann (2009 a et c ; Wegmann et Nozile, 2009, voir annexe
document 6).
1.1. Lecture des outils dans une optique de contrôle de gestion stratégique
Nous avons recensé les traits caractéristiques des évolutions en contrôle de gestion et proposé une
lecture à dominante instrumentale de celles-ci en les regroupant par thèmes (Wegmann, 2006). Ce
travail a été réalisé grâce à une revue de littérature académique et professionnelle. Le tableau
suivant (p. 8, 2006 et document 5 en annexe) présente le plan de notre recherche sur la question et
les dix outils principaux étudiés.
Tableau 9 –
Les outils étudiés
(adapté de Wegmann, p. 8, 2006, voir annexe document 5 p. 8)
Chapitres Outils Objectifs principaux
1- Analyse à base d’activités des Améliorer l’appréhension de
clients profitables (section 2) l’environnement marketing-
commercial de l’entreprise
35
1 2- Les Coûts cibles à base d’activités Fiabiliser les calculs de coûts et
(section 3) étendre le périmètre des coûts sur
plusieurs exercices
3- La Comptabilité de gestion à base Approfondir le lien entre la gestion
de consommations de ressources des ressources et les choix stratégiques
(section 4)
4- La méthode des Coûts Réorganiser l’ABC en rajoutant une
caractéristiques (feature costing) dimension stratégique
36
outre, les charges sont réparties entre éléments variables et éléments fixes.
La méthode RCA peut permettre de corriger les erreurs de spécification lorsque le volume des
charges d’une activité dépend de l’inducteur choisi pour modéliser cette activité, mais aussi du
volume d’autres inducteurs (problème d’interdépendance entre les activités). Mais elle est assez
complexe à déployer et semble plus appropriée pour des processus industriels ayant une variété
importante de ressources.
En synthèse, les outils décrits dans ce premier chapitre s'inscrivent dans une logique de gestion
stratégique des coûts. Leurs auteurs tentent de faire évoluer l'ABC pour rendre sa méthodologie plus
performante pour piloter les décisions stratégiques. Cela est particulièrement visible pour les
approches clients et coûts cibles de l'ABC, mais cela est aussi vrai pour l'ABC d'essence
germanique où une réflexion poussée est menée sur la phase d'allocation des ressources. Cette
réflexion permet de mettre en évidence des inducteurs corrélés à la consommation des ressources et
cela dévoile de la sorte les facteurs déterminants des coûts de l'entreprise.
Catégorie 2. Les outils qui ont pour projet central d'articuler l'opérationnel au stratégique (chapitre
2, « des dispositifs qui formalisent le lien entre le pilotage opérationnel et le pilotage stratégique »,
p. 67-100, 2006). Notre attention s'est portée ici sur la méthode des coûts caractéristiques (section
1), la théorie des contraintes et la méthode du Throughput Accounting9 (section 2), la comptabilité
de gestion allégée et les méthodes du Process Costing et du Backflush Costing10 (section 3).
La méthode des coûts caractéristiques vise par exemple à faciliter l'articulation du stratégique à
l'opérationnel en ajoutant un niveau d'analyse plus stratégique à l'ABC, niveau appelé
« caractéristiques ». Il s'agit concrètement de déterminer des inducteurs relatifs aux caractéristiques
intrinsèques d'un produit et d'opérer une allocation (de nature stratégique) sur cette base. Cela
faciliterait l'allocation des ressources aux activités.
Le schéma suivant propose une comparaison des niveaux d’analyse entre l’ABC standard et les
méthodes des coûts caractéristiques (feature costing) et de la comptabilité à base de consommation
de ressources (RCA). Le schéma montre qu’au cœur de ces deux dernières méthodes, il y a l’idée
d’ajouter un niveau d’analyse dans la structure analytique pour mieux appréhender les déterminants
des coûts.
9
Que l’on traduit aussi par « super-variable costing », comptabilité « transversale » ou « comptabilité de gestion par les
flux ».
37
Schéma 7 –
Comparaison méthode ABC / Feature Costing et méthode RCA
Pool de ressources
Caractéristiques
Activités
Activités Activités
Catégorie 3. Des outils centrés sur la logique budgétaire (chapitre 3, « des dispositifs fondés sur une
modernisation du cycle budgétaire », p. 101-142). Nous avons étudié ici l'évolution de la littérature
sur les budgets en montrant que la prise en compte de la dimension stratégique constitue un thème
central des travaux relatifs au perfectionnement des processus budgétaires. Qu'il s'agisse des
budgets stratégiques et des mécanismes de re-prévision et de budgets glissants (section 1 § 3), du
Balanced Scorecard (section 2), des budgets à base d'activités (section 3) ou de la gestion sans
budget (section 4), l'objectif des travaux analysés est de favoriser l'articulation du stratégique à
l'opérationnel dans le cadre des démarches budgétaire et prévisionnelle. Berland (p. 43 et 47, 2004)
décrit par exemple le cas d’une entreprise qui a supprimé son budget pour le remplacer par un
système de pilotage qui articule facteurs clés de succès, actions stratégiques, plans d’actions
opérationnels et prévisions glissantes sur cinq trimestres.
Catégorie 4. Des dispositifs de pilotage des partenariats. Nos réflexions se limitent à l’étude d’un
dispositif, la chaîne des coûts cibles (Cooper et Slagmulder, 2004). Mais il faut préciser que les
travaux sur le pilotage inter-organisationnel sont aujourd’hui nombreux.
10
Comptabilité à rebours, voir Bouquin (2006).
38
1.3. Analyse détaillée d’un outil : la chaîne des coûts cibles
13.1. Les principes généraux de la méthode
La Chaîne des coûts cibles est une pratique japonaise qui concerne des firmes qui ont noué des
alliances (les « keiretsus » notamment). En étudiant cette pratique, Cooper et Slagmulder (2004)
montrent qu’une phase de cartographie et d’analyse des activités est utile pour pouvoir intégrer un
ou plusieurs fournisseurs dans des actions de pilotage des coûts. En utilisant l’expression « gestion
inter-organisationnelle des coûts » (IOCM pour « interorganizational cost management »), les
auteurs expliquent que l’analyse par activités est d'abord utilisée pour décrypter la chaîne de valeur
commune aux entreprises engagées dans une alliance. Puis, avec la méthodologie du coût cible,
l'entreprise de tête identifie le prix cible (prix marketing que les clients sont prêts à débourser). Ce
prix cible impact les coûts cibles aussi bien de l'entreprise de tête que des autres firmes de la chaîne.
Une démarche par activités permet ensuite d'engager des actions d'amélioration en déployant une
« investigation organisationnelle des coûts ». Sur une chaîne de valeur, les entreprises définissent
les activités à faible valeur ajoutée ainsi que les activités redondantes. S'en suivent des
modifications inter-organisationnelles (partages ou suppressions d’activités, transferts d’activités
d’une entreprise à une autre, …)
Le schéma 8 décrit une chaîne des coûts cibles au sein d’un « Keiretsu »11. Les acheteurs et les
fournisseurs forment une chaîne où l’on distingue une ou plusieurs interfaces. Les cibles de coûts
des composants chez un acheteur définissent alors les prix de vente cibles chez un fournisseur. La
chaîne des coûts cibles permet notamment de transmettre la pression que subit l’entreprise de tête
aux autres membres de la chaîne.
11
Les auteurs (p. 5) décrivent une chaîne de sous-traitance dans l’automobile impliquant trois groupes industriels
japonais : Tokyo Motors, Kamakura et Yokohama.
39
Schéma 8 –
La chaîne des coûts cibles
(d’après Cooper et Slagmulder, 2003)
Clients nombreux,
moyens de pression limités
Situation A
Interface A
Entreprise
de tête
Interface B1 Coûts cibles
orientés composants
Entreprise
n° 1
Situation B B2 Coûts cibles
orientés marché
Entreprise
n° 2
Interface B3
Entreprise
n° 3
Situation C
Interface C
Ensemble de fournisseurs à l'abri
relatif des pressions
Dans la zone supérieur de la chaîne, situation A : une entreprise dans cette situation est appelée
entreprise de tête. Elle n’a à gérer qu’une seule interface, l’interface A.
En milieu de chaîne, deux interfaces, situation B : les entreprises dans ce type de situation (ici, les
entreprises 1 et 2) ont à gérer une double interface (B1 et B2). Dans ce contexte, de fortes pressions
s’exercent sur elles.
En bout de chaîne, situation C : les entreprises dans ce type de situation (entreprise n° 3) subissent
des pressions intenses à la réduction des coûts, pressions dont elles peuvent difficilement transférer
les effets à leurs fournisseurs.
Cooper et Slagmulder décrivent trois démarches pour optimiser la chaîne des coûts cibles :
l’arbitrage FPQ (fonctionnalité, prix et qualité), l’investigation organisationnelle des coûts
(suppression d’activités redondantes ou à faible valeur ajoutée ou transfert d’une activité d’une
entreprise à une autre) et le management concourant des coûts (ingénieries parallèle et simultanée).
40
Schéma 9 –
Chaîne des coûts cibles chez Tokyo Motors
(d’après Cooper et Slagmulder, 2004)
Yokohama
Sous-traitance
Prix d’achat + spécificités de
Kamakura fonctionnalité et de qualité
Chez Kamakura, les ingénieurs estiment qu’en l’état de la demande venant de leur client, la
méthode A, plus chère, est préférable à la méthode B12, moins chère. Or le prix que leur propose
Yokohama est trop faible pour générer un profit convenable. Ainsi, deux options se présentent à
Kamakura : soit refuser le marché, soit demander une investigation organisationnelle des coûts à ses
partenaires. Après investigation organisationnelle des coûts, Tokyo Motors se rend compte qu’il est
nécessaire de changer deux des spécificités initialement requises pour le produit concerné pour que
le partenariat puisse perdurer.
12
Il s’agit de techniques de forgeages pour la fabrication de pièces automobiles.
41
dimension cognitive d’une démarche de pilotage des coûts. Cette dimension semble au cœur d’une
logique qui consiste à mutualiser des informations de façon à optimiser les performances grâce à
une meilleure connaissance des coûts. La perspective cognitive semblerait ainsi prépondérante dans
une telle démarche. Mais il faudrait y regarder de plus près (par une étude de cas par exemple) car
des motifs contractuels pourraient également être dévoilés. Pensons notamment au cas d’un
partenariat déséquilibré au sein duquel l’acteur dominant pourrait utiliser une telle démarche pour
mieux contrôler son partenaire.
42
lors de l’allocation des coûts indirects aux objets de coûts. D’où l’idée de répartir ces coûts indirects
dans des ensembles plus fins, les activités, au sein desquelles les coûts seraient davantage
homogènes et en utilisant des clés de répartition plus fines que les unités d’œuvre, les inducteurs.
Plus généralement, comme le montre Bouquin (2006), l’origine de la méthode ABC s’inscrit dans
une réflexion sur le niveau d’analyse pertinent des coûts. Est-il pertinent d’analyser les coûts au
niveau des produits (ou des services, clients, …), des processus, des centres d’analyse, des activités,
des tâches, etc ? Cela dépend de considérations techniques (notion d’ensemble de coûts homogènes)
et managériales (que voulons nous piloter ?). En synthèse, dans leurs versions technique (Activity-
Based Costing) et managériale (Activity-Based Management), les démarches à base d’activités
poursuivent un triple objectif : améliorer la traçabilité des coûts, modéliser les variables clés de la
performance (facteurs déterminants des coûts, inducteurs) et développer des systèmes de pilotage
des coûts stratégiques et transversaux.
43
Tableau 10 –
Les dimensions d’usage de la comptabilité de gestion
(adapté de Wegmann, 2009 a et c)
Dans ce tableau, nous distinguons quatre dimensions. Les dispositifs recensés dans la littérature
s’appuient, à des degrés divers, sur l’une ou plusieurs de ces dimensions.
- La première dimension renvoie à une approche extravertie et partenariale de la comptabilité de
gestion. Elle s’inscrit dans le champ de la théorie des parties prenantes (Freeman, 1984), mais plutôt
dans une optique instrumentale où l’on considère que leur prise en compte aurait un impact positif
sur la performance.
Les dispositifs qui prennent en compte cette dimension tentent d’élargir leur périmètre d’analyse
des coûts aux clients, circuits de distribution, fournisseurs et autres parties prenantes. Une démarche
à base d’activités est souvent appréhendée comme devant faciliter l’intégration de cette dimension,
une cartographie des activités pouvant contribuer à l’analyse des interfaces entre une entreprise et
ses clients, fournisseurs et autres parties prenantes. Des modèles orientés clients (CPA, Customer
Profitability Analysis, analyse des clients profitables), sur l’environnement (comptabilité de gestion
44
environnementale), les fournisseurs, sous-traitants et partenaires (Interorganizational Cost
Management, management inter-organisationnel des coûts) ont été proposés en ce sens et intègrent
une composante à base d’activités.
- La seconde dimension fait référence à une vision prospective de la comptabilité de gestion. Les
dispositifs mentionnés dans le tableau 10 intègrent, à des degrés divers et selon des modalités
différentes, une analyse prévisionnelle des coûts. Des modèles tels que les budgets à base
d’activités, la planification à base d'activités, les coûts cibles à base d’activités, voir la gestion sans
budgets tels que formalisés notamment par le Cam-i, s’appuient sur les principes de l’ABC.
- La troisième dimension vise à caractériser les dispositifs comptables de gestion qui se sont
complexifiés, au moins partiellement. Tenant compte des nombreuses erreurs relevées à l’occasion
de mises en place de système ABC, des auteurs développent des recherches relatives à une
complexification de la maille d’analyse des coûts, à une tentative de renforcement de la
rationalisation de la phase d’allocation des ressources ou encore à des méthodes statistiques visant à
fiabiliser les calculs à base d’activités. Lorsque l’on observe par exemple une grande variété de
ressources consommées dans un processus, la méthode ABC peine parfois à allouer rationnellement
ces ressources aux activités (erreurs d'agrégation). La comptabilité de gestion à base de
consommations de ressources (méthode RCA, Resource Consumption Accounting, Keys et van der
Merwe, 2002) tente de résoudre entre autres ce problème d’allocation. La RCA revient à
complexifier l’ABC puisque se combinent deux phases d’allocation, des ressources aux pools de
ressources et des ressources aux activités, et que les éléments variables des éléments fixes sont
systématiquement dissociés.
Thomas et Gervais (2008) développent une méthode pour tester l'homogénéité des activités et la
pertinence des inducteurs retenus. Pour ce faire, ils proposent, en s'appuyant sur une étude de cas,
de mener une analyse en composantes principales (ACP) combinée à une analyse factorielle. Cette
démarche permet d’aboutir à un modèle ABC à deux niveaux avec d’une part un ABC complexe
avec une systématisation de tests statistiques de robustesse, et d’autre part, un ABC simplifié avec
la mise en évidence de « méta-inducteurs » représentatifs pour chacun d’entre eux d’un panier
d’inducteurs.
- Le quatrième dimension de notre typologie s’intéresse cette fois à une simplification des
dispositifs comptables de gestion. Comme nous venons de le montrer avec Thomas et Gervais, il
faut imaginer un continuum entre les troisième et quatrième dimensions, un système comptable de
gestion pouvant combiner des processus complexes à des processus plus simplifiés13. Dans
certaines situations (des activités de services par exemple), le degré de complexité de la phase
45
d’allocation des ressources est faible et un ABC simplifié peut se révéler pertinent (Process Costing
ou Time-driven ABC, Kaplan et Anderson, 2007). Des auteurs suggèrent ainsi de modéliser un
nombre limité d'activités et notamment d’allouer les coûts à des « méta-activités » ou à des
processus (Horngren et al., p. 594 s., 2005). De façon encore plus radicale, des travaux, notamment
en contrôle de gestion industriel, suggèrent d’alléger les systèmes comptables de gestion (Lean
Accounting) et de retrouver les vertus de comptabilités en coûts partiels. Kaplan et Anderson (2007)
prônent pour leur part une simplification de l’ABC et développent en ce sens le Time-driven ABC.
Nous allons à présent nous attarder sur ce dispositif en montrant que la question de savoir s’il
génère une simplification ou une complexification des systèmes comptables de gestion reste
ouverte.
Au regard des études de cas menées, nous pouvons interpréter le TDABC de deux façons.
Pour Kaplan et Anderson, Le TDABC consiste à regrouper plusieurs activités en un processus dont
l’inducteur est un équivalent temps qui sert de standard. Ainsi, on obtient des normes de temps pour
accomplir les différentes activités à un coût moyen, et l’on suppose que ces normes sont stables
dans le temps (principe des constantes occultes de la méthode UVA). Contrairement à l’ABC, le
TDABC permettrait de mettre en évidence de la sous-activité ou de la sur-activité en comparant le
13
Horngren fait ainsi référence à Kellogs qui articule une composante « job costing » à une composante « process
costing » de son système comptable de gestion, la composante « job costing » générant un niveau de complexité plus
important.
14
Pour une étude approfondie du TDABC, se reporter à l’article de La Villarmois (de) et Levant (2007).
46
temps total disponible au temps normalement nécessaire pour réaliser les activités. Dans les
illustrations qu’ils proposent, Kaplan et Anderson (2007) développent des équations de temps
modélisant les activités d’un processus ou d’un centre de responsabilité.
L’analyse peut aussi être menée à un niveau plus analytique, celui des tâches. Après avoir identifié
les différents groupes de ressources (qui correspondent à l’accomplissement des tâches
élémentaires) qui contribuent à une activité, on estime leurs coûts respectifs et leurs capacités en
heures de travail. Ensuite, on calcule les coûts horaires de chaque groupe de ressources. Ceci permet
de déterminer le temps nécessaire pour accomplir une activité et les caractéristiques des actions à
mener. Ainsi, les temps requis et les inducteurs de temps sont calculés au niveau de chaque tâche, ce
qui revient à utiliser plusieurs inducteurs par activité, mais dans une logique de coût préétabli.
Bruggeman et al. (2005) développent une étude de cas de ce type où l’activité logistique est
prépondérante. Détaillons l’activité traitement des commandes de cette entreprise. Cette activité
comporte un ensemble de coûts hétérogènes car elle dépend, outre du nombre de commandes, du
type de clients. C’est pourquoi il faut préciser les temps nécessaires pour réaliser chacune des tâches
de cette activité : 3 minutes pour la saisie d’une commande normale, plus 2 minutes par ligne de
commande à saisir et le cas échéant 15 minutes pour la saisie d’un nouveau client et 10 minutes
pour la saisie d’une commande express. Sur la base de ces standards, les auteurs aboutissent à
l’équation de temps suivante (p. 10, 2005) :
Temps de traitement d’un ordre de commande : Tk = 3 + 2 x X1 + 15 x X2 + 10 x X3
Ainsi, le temps de saisie d’une commande à 5 lignes d’un nouveau client en express est de 38
minutes (3 + 2 x 5 + 15 x 1 + 10 x 1).
47
préétablis. Nous retrouvons les principes de la méthode UVA qui est une version extrême des
techniques à base d’équivalents.
Les travaux présentés dans cette partie se basent sur des sources documentaires, ce qui constitue une
limite si l’on veut essayer d’approcher les pratiques. Au vue des dernières réflexions, tout semble
affaire de dosage et de contexte avec l’ABC. Selon les cas, il faut déterminer un niveau de détail
adéquat pour mettre en lumière les variables clés pertinentes de la prise de décision stratégique. Ce
niveau de détail ne doit ni être excessif, au risque d’obscurcir les déterminants des choix
48
stratégiques, ni être insuffisant.
Un enjeu important du champ de la recherche en comptabilité de gestion se situe dans les tentatives
de modélisations comptables des activités de service. Mais cette modélisation du couple coût/valeur
est fortement contingente aux types d’activités et de services analysées. Il semble par exemple plus
facile de développer un modèle ABC lorsque la clientèle étudiée est ciblée et le nombre de
prestations réduit (faible variété d’objets de coûts). D’où notre volonté de prolonger nos travaux par
des études de cas de mise en place de modèles ABC.
3. Etudes exploratoires
Nous avons débuté nos études exploratoires au sein d’entreprises de service ayant mis en place
l’ABC. Les circonstances nous ont conduit à nous intéresser aux services informatiques de deux
groupes ayant adopté l’ABC. Un premier travail abouti (Wegmann et Nozile, 2009 et Wegmann
2009 a et c) concerne une analyse de la mise en place d'une forme d'ABC dans la branche systèmes
d'informations d'Arcelor-Mittal. Cette étude a été menée en 2007-2008 et a consisté à collecter des
informations auprès du responsable du projet, à mener des entretiens et à participer à une réunion
sous la forme d’un séminaire de formation à destination des utilisateurs dans l’entreprise de la
méthode ABC. En prolongement à cette étude, nous menons actuellement une enquête au sein des
services informatiques de la BNP.
49
caractéristiques de l'entreprise), des fonctions support (ressources humaines pour organiser les
actions de formation) et des utilisateurs chez les clients. Le directeur du contrôle de gestion de la
division systèmes d'information a ainsi jugé utile de déployer un système ABC qui permette de
piloter la performance de ces processus. Le schéma 10 décrit l'organisation du département étudié.
Schéma 10 –
Partenaires Application
Département Département
extérieurs management
management des infrastructure &
(offshore, applications opérations
sous-traitants,
Département "transformation" Département
..)
Fonctions support développement
Historiquement, le système de gestion d'Infotech reposait sur une comptabilité analytique basée sur
un découpage en centres de coûts et la détermination de coûts de revient par produit. Ce système
avait pour l'essentiel une vocation de reporting des coûts de la division vers le siège, mais il ne
permettait pas de piloter les performances de l'unité. La cause des coûts n'était pas tracée. Or
Infotech, en tant que centre de profits, devait rendre des comptes en termes de profitabilités par type
de services délivrés et catégories de clients. Mais le système traditionnel ne fournissait pas une
information suffisamment précise pour aider les managers à construire une gamme tarifaire qui
tienne compte des coûts générés par chaque client en fonction de sa demande (Infotech ayant pour
habitude de construire des offres sur-mesure pour ses clients). Le niveau d’hétérogénéité des coûts
était suffisamment important pour qu’une étude ABC se justifie.
15
Nous nommons la division informatique du groupe « Infotech ».
50
l’équipe projet, le comité de pilotage, d’élaborer un planning prévisionnel et de définir le périmètre
des interviews à mener (ici, les managers du comité de direction et le niveau N-1).
2ème étape : identification des activités et interview des managers.
C’est l’occasion de définir des règles de détermination des activités en ayant pour préoccupations de
déterminer la maille d’analyse pertinente et d’éviter des erreurs. Cette étape donne lieu également
au recueil des données, à la formation des interviewers et à la présentation des premiers résultats
(matrices directions/services et activités/processus). Une première liste d’activités est élaborée, puis
affinée grâce à des entretiens individuels et collectifs et des retours d’expérience avec tout le
personnel (approche interactive).
3ème étape : allocation des ressources aux activités avec l'utilisation notamment d'une « table des
temps » (Timesheet).
Le fonctionnement de la division étudiée reposant pour l’essentiel sur l’expertise des
informaticiens, il est constaté à cette étape que les temps de travail de ces derniers constituent la clé
de ventilation principale des ressources aux activités.
4ème étape : détermination des inducteurs d’activité et calcul des coûts de revient.
Il faut à cette étape déterminer des variables mesurables et pertinentes pour allouer les coûts aux
objets de coûts (services et clients). Pour cela, une réflexion est menée pour identifier la cause de la
variation du coût de l’activité. Certains inducteurs ont une fréquence mensuelle, tandis que d’autres
ont une fréquence plus faible (une fois par an).
5ème étape : calcul des profitabilités par type de services et par catégories de clients.
6ème étape : validation, corrections et analyse des résultats.
Cette étape est l’occasion de détecter des inducteurs omis et de déceler des erreurs et imprécisions.
Une synthèse est alors proposée au comité de direction.
Cette méthodologie a permis une allocation plus rationnelle des ressources aux activités, de gérer
les activités comme des éléments de processus plus vastes, de piloter les coûts en fonction des
services offerts aux clients, d'élaborer des mesures de benchmarking et au final de piloter la
performance en partenariat avec les clients.
Sur le schéma 11, nous proposons une extraction de plusieurs comptes analytiques, centres de coûts,
propositions d'activités et catalogue de services.
51
Schéma 11 –
Extraction de comptes analytiques, centres de coûts, proposition d'activités et catalogue de
services
(Wegmann et Nozile, p. 39, 2009)
Comptes Centres Activités Objets de
analytiques de coûts coûts
Revenus externe
La liste d’activités proposées discrimine des activités récurrentes des activités projets. C’est sur les
activités récurrentes (ainsi que les activités communes et support) que repose l’essentiel de
l’expertise ABC. Le schéma 11 ne présentant qu’un extrait du modèle, donnons quelques exemples :
les coûts de l’activité « management des imprimantes » sont par exemple alloués aux objets en
fonction du nombre d’imprimantes délivrées à un client, les coûts de l’activité « helpdesk » en
fonction du nombre d’appels d’un client, …
Le schéma 12 présente la logique d’ensemble du modèle. Présenté en Anglais, il servait de support
aux actions de formations menées auprès de salariés du groupe appartenant à plusieurs nationalités.
Le schéma montre bien que les inducteurs de ressources sont principalement construits sur la base
du temps de travail des informaticiens. Le modèle distingue les activités récurrentes (« on going »)
des activités projets, les coûts des premières étant les plus difficiles à allouer. Ensuite, les coûts des
activités sont alloués aux clients via les types de services délivrés, tandis que des centres de coûts
sont conservés pour l’allocation des coûts directs. Enfin le schéma propose quelques inducteurs
d’activités.
52
Schéma 12 –
Le modèle ABC d’Infotech
53
L’outil permet aussi de piloter les coûts en références aux meilleures pratiques observées sur le
marché (benchmarking).
En synthèse, nous considérons que le système comptable de gestion d’Infotech est un ABC
simplifié qui mix plusieurs approches : clients, processus, fournisseurs et à base d’un inducteur
temps. D’un point de vue organisationnel, il s’agit plutôt d’un modèle de déploiement participatif.
Les concepteurs de dispositifs à base d’activités ont besoin d’être proches du terrain et d’avoir une
connaissance approfondie des métiers et des processus de l’entreprise. C’est pourquoi une approche
bottom-up a été privilégiée, le contrôleur de gestion qui pilote le projet s’ayant entouré d’un groupe
de travail composé de salariés de la structure concernée. Cela a facilité aussi une diffusion des
connaissances autour de la logique ABC (perspective cognitive).
Même si des difficultés nous ont été révélées (comme par exemple la difficulté à tracer certains
coûts administratifs ou encore l’allocation d’amortissements d’anciens projets), nous pensons qu’il
s’agit d’un outil d’aide à la prise de décision qui ne dénature pas les principes de l’ABC. Le niveau
de technicité du modèle est aussi délibérément limité, les concepteurs ayant exclu de systématiser
des procédures statistiques pour valider des niveaux d’homogénéité d’ensembles de coûts ou pour
tester des degrés de colinéarité entre inducteurs, comme le préconisent des spécialistes. Observons
aussi le rôle fondamental joué par les progiciels de gestion. En leur absence, il ne serait pas possible
de bâtir un tel système. Remarquons aussi qu’il s’agit d’un outil intégré qui est également utilisé
pour faire du reporting, les rapports étant disponibles en ligne dans l’intranet du groupe (même si
l’accès est limité aux managers et aux contrôleurs de gestion). Observons enfin que le progiciel
permet, à partir du système ABC, d’alimenter des tableaux de bord de type Balanced Scorecard.
Cette étude de cas montre qu’il est possible d’élaborer un système ABC pour une activité de
services qui semble faciliter l’aide à la prise de décision et qui s’inscrit dans une perspective
stratégique du contrôle de gestion. Concrètement, l’outil ABC décrit a été l’occasion de redéfinir
certaines des relations avec les clients en modifiant notamment les offres tarifaires. Il convient à
présent de mener d’autres études de cas pour pouvoir généraliser nos conclusions.
54
de l’outil est d’orienter le calcul de coûts vers le client final (particulier ou entrepreneur), même si
la BNP facture aussi à des prestataires tels que Carrefour, Conforama, ... Dans ce cadre,
l’informatique joue un rôle essentiel puisque par exemple, dans le calcul du coût d’un dossier de
crédit, le coût informatique est très important. D’où une mission spécifique confiée à un contrôleur
de gestion et consistant à adapter la méthodologie ABC aux spécificités des activités informatiques.
C’est cette partie là du projet que nous suivons.
A la fin 2008, le projet en est à un travail sur la différenciation des crédits. Nos premières
observations montrent que le système analytique par activités à élaborer est plus complexe que celui
décrit dans l’étude de cas précédente. Il semble qu’il y ait notamment une plus grande diversité dans
les ressources consommées et que des inducteurs « temps » ne soient pas suffisants. En outre,
beaucoup d’activités sont sous-traitées, ce qui pose le problème de la définition des métriques et la
question d’une approche partenariale de la construction du modèle.
Schéma 13 –
Démarche ABC services informatiques BNP-Paribas
Les coûts des ressources informatiques sont déversés sur les activités informatiques (administration
/ exploitation, réalisation de projets …) grâce aux inducteurs de ressources (temps passés, m²,
effectifs, détail de facture production…) Les coûts des activités sont ensuite déversés sur les
prestations fournies par l’informatique (mise à disposition d’applications crédit, monétiques…) via
des inducteurs d’activité (puissance mainframe…), la fourniture de ces prestations consommant des
activités. Les coûts des prestations sont ensuite déversés sur les clients de l’informatique (avec le
détail par produit) via des inducteurs d’activité (instances par média, autorisations monétiques,
55
nombre de dossiers…), les clients consommant des prestations. Comme dans le cas précédent, un
des objectifs est de proposer un découpage plus fin entre les prestations récurrentes et les projets, le
récurrent consommant environ 55 % des ressources.
Le schéma 14 propose une première cartographie des activités informatiques de BNP telles que
modélisée par le groupe projet en charge du développement de l’ABC.
Schéma 14 –
Cartographie des activités du département informatique de la BNP
Une autre réunion est programmée avec le contrôleur de gestion en charge du projet. Après avoir pu
appréhender de façon plus précise le modèle ABC déployé pour l’informatique de la BNP-Paribas,
nous mènerons une étude comparative entre les deux expériences suivies. L’objectif est de pouvoir
tirer des conclusions plus précises relatives à la mise en place de systèmes ABC au sein d’activités
informatiques.
Nous souhaitons aussi continuer notre démarche exploratoire au sein d’autres organisations. Des
projets sont à l’étude avec ERDF Centre-Est et une unité de production d’Unilever.
56
Conclusions et prolongements
Ce mémoire pour l’obtention de l’habilitation à diriger des recherches a été l’occasion de montrer
que le contrôle de gestion avait ces dernières décennies beaucoup évolué en s’orientant vers l’aide à
la prise de décision stratégique. A l’issu de notre travail, nous estimons que le potentiel stratégique
du contrôle de gestion est avéré, même si de nombreuses interrogations demeurent.
Dans la première partie, nous sommes revenus sur notre travail doctoral en synthétisant nos
recherches relatives aux tableaux de bord stratégiques. Nous avons certes montré que la notion de
« contrôle de gestion stratégique » n’était pas encore arrivée à maturité et que de nombreuses
critiques perdurent sur la capacité de la discipline à instrumentaliser le pilotage de la stratégie. Le
développement d’outils comme les tableaux de bord stratégiques, attestent certes de l’engouement
pour un contrôle de gestion orienté stratégie. Mais de nombreuses limites ont été soulevées, dans la
communauté scientifique ainsi que dans l’univers des professionnels.
Nous avons expliqué, dans une seconde partie, que du point de vue des managers français, les
motifs d’usage des indicateurs non financiers sont difficiles à expliciter, même s’il semble que les
dispositifs à base d’indicateurs non financiers, du type Balanced Scorecard, soient bien considérés
comme des outils de pilotage de la stratégie. Ces conclusions sont le fruit d’une enquête par
questionnaire menée auprès des managers français ainsi que d’une étude de cas qui se situait au sein
de la Maif. La distinction, issue de la théorie de l’architecture organisationnelle, entre les
perspectives contractuelle et cognitive est intéressante, mais nécessite d’être complétée par d’autres
grilles de lecture, intégrant notamment davantage les dynamiques organisationnelles. Des études de
cas permettraient aussi de mieux appréhender les déterminants des choix des indicateurs non
financiers.
Enfin, dans une troisième partie, nous avons exploré le potentiel des outils de contrôle de gestion en
nous intéressant aux innovations véhiculées principalement par des spécialistes américains. Nous
avons tout d’abord investigué plusieurs outils et proposé une analyse critique. Le caractère novateur
de bon nombre de ces outils est contestable. Nous avons aussi montré que la plupart d’entre eux
s’intéressent à la dimension stratégique du contrôle de gestion et que la méthode ABC y sert
souvent de point d’ancrage. C’est pourquoi nous avons ensuite centré nos recherches sur les
différentes façons de mener une analyse des coûts par activités. Ici encore, les doutes sur la capacité
des approches à base d’activités à répondre aux attentes des managers sont nombreux. En outre, le
caractère très contingent de l’ABC nous a incité à nous orienter vers des recherches plus terrain.
C’est pourquoi nous avons décidé de prolonger nos travaux sur les indicateurs non financiers et
57
d’orienter nos recherches en comptabilité de gestion sur l’analyse de situations d’entreprises par le
biais d’études de cas. Concrètement, nous nous sommes engagés dans un projet collectif de
recherche relatif à l’analyse de la politique de diversité des entreprises. Nous étudions plus
spécifiquement l’usage des indicateurs de diversité dans les rapports RSE des grands groupes
français. Nous pensons que ce travail débouchera prochainement sur des interviews. Conjointement,
nous étudions des entreprises qui ont mis en place ou vont mettre en place des systèmes à base
d’activités. L’étude successive menée au sein de deux divisions informatiques de deux grands
groupes nous permettra de pouvoir tirer quelques conclusions sur la pertinence des comptabilités de
gestion dans les activités de prestation informatique. Deux autres études de cas au sein d’ERDF
Centre-Est et d’une unité de production d’Unilever sont également en projet.
Nous souhaiterions aussi donner une orientation internationale plus marquée à nos travaux. Nos
recherches autour de l’ABC donnent déjà des indications sur le thème d’une comparaison
internationale des systèmes de calculs de coûts. Des contacts pris avec un collègue de Hong Kong
nous permettent d’envisager une étude comparée en travaillant sur des données par questionnaire.
Enfin, un autre prolongement consisterait à davantage centrer nos travaux sur les questions
soulevées par les dynamiques organisationnelles. Notre thèse mettait par exemple en évidence un
rôle limité en France de modes de management plus participatifs lors notamment de l’élaboration
d’outils de contrôle de gestion. Or on sait que les entreprises françaises se caractérisent plutôt par
un nombre important d’échelons hiérarchiques (distance au pouvoir importante), ce qui ne facilite
pas le décloisonnement, la transversalité et le travail collaboratif. Nous avons constaté en outre que
les dispositifs à base d’activités nécessitent des modes de déploiement proches du terrain avec des
groupes de travail opérationnels. Nos études de cas (Maif et Arcelor-Mittal) semblent indiquer
qu’un mode participatif est possible et efficace, mais la question reste à approfondir. Une
comparaison avec une entreprise ancrée dans un contexte culturel différent du contexte Français
serait à ce sujet enrichissante.
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