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Exposé

Introduction

Dans l’Apologie de Socrate, Platon rapporte les plaidoyers de Socrate lors de son procès en 399 av. J.-C.
à Athènes qui déboucha sur sa condamnation à mort. La défense se déroule en trois parties, toutes en
lien direct avec la mort. Socrate se défend devant les juges, mais aussi devant toute la cité d’Athènes
(composant le Tribunal de la Cité). Il répond aux trois chefs d’accusation déposés contre lui : corruption
de la jeunesse, non-reconnaissance de l’existence des dieux traditionnels athéniens, et introduction de
nouvelles divinités dans la cité.

Le livre est composé de deux grandes parties : Socrate doit d'abord donner un discours contre ses
accusateurs pour démontrer qu'il est innocent, puis, à la suite d'un vote des citoyens qui le juge
coupable, il doit proposer une peine de remplacement à celle proposée dans l'accusation, la
condamnation à mort.

I-

Réfutation : les anciens accusateurs

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Dans cette partie[8], Socrate répond aux accusations les plus anciennes. Elles sont, selon lui, celles qui
lui causent le plus de tort, car elles ont pris racine il y a longtemps dans l'esprit des plus jeunes[9], et
sont ainsi les plus prégnantes[10]. Socrate regrette ne pas pouvoir mettre de nom sur les anciens
accusateurs, excepté Aristophane, qui le discrédite dans sa comédie Les Nuées[11],[12],[13].

Il synthétise les accusations faites par Aristophane : « Socrate est un homme dangereux qui, par une
curiosité criminelle, veut pénétrer ce qui se passe dans le ciel et sous la terre, fait une bonne cause
d’une mauvaise, et enseigne aux autres ces secrets pernicieux. »[14]

Socrate commence d'abord par réfuter ces accusations :

il argue qu'il n'est pas un penseur de la nature[15], et qu'il ne détient même pas ce type de savoir[16] ;

il avance qu'il n'est pas un sophiste car il n'a jamais demandé d'argent en échange de savoirs[17],
puisqu'il affirme même ne pas avoir le talent d'instruire les hommes[18].
Socrate explique ensuite l'origine de ces calomnies[19],[20] : un jour, un Athénien du nom de
Chéréphon, ami de Socrate[21], alla voir l'Oracle de Delphes pour lui demander s'il existait quelqu'un de
plus sage que Socrate, à quoi l'oracle répondit qu'il n'y en avait aucun[22]. Socrate, perplexe[23], et
voulant réfuter l'Oracle[24], chercha aussitôt quelqu'un de plus savant que lui en discutant avec les
personnes qui en ont la réputation[25]. Dans un premier temps, il alla voir un homme politique, mais il
fut surpris en se rendant compte que cet homme là ne possédait aucun savoir, contrairement à ce que
l'on dit. Ensuite, il alla consulter les poètes, mais ces derniers non plus ne possédaient pas non plus aux
yeux de Socrate le savoir auquel ils prétendaient. Enfin, Socrate se rendit voir les hommes qu'il savait
posséder un savoir : les hommes de métiers, les artisans, qui savaient tout du moins pratiquer leur
métier. Sur ce point, il ne fut pas déçu, mais ces hommes, selon Socrate, pensaient connaître tant de
choses là où ils n'en savaient rien, que Socrate dit ceci (traduction de Luc Brisson) :

Ces bons artisans me parurent avoir le même défaut que les poètes : chacun, parce-qu'il exerçait son
métier de façon admirable, s'imaginait en outre être particulièrement compétent aussi dans ce qu'il y a
de plus important. Et cette prétention, me sembla-t-il, occultait ce savoir qui était le leur, si bien que,
poussé par l'oracle, j'en vins à me poser la question suivante : ne serait-il pas préférable que je sois
comme je suis, n'ayant ni leur savoir ni leur ignorance, plutôt que d'être comme eux, à la fois savant et
ignorant ? Et, à moi-même comme à l'oracle, je répondis qu'il valait mieux être comme je suis.

II-

Réfutation : les nouveaux accusateurs (interrogatoire de Mélétos)

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Socrate va désormais répondre aux nouvelles accusations[27], donc à l'objet de son procès : « Socrate
est accusé de corrompre la jeunesse et de reconnaître non pas les dieux que la cité reconnait, mais, au
lieu de ceux-là, des divinités nouvelles. ». Pour ce faire, il va contre toute attente procéder à un
interrogatoire de Mélétos, d'abord sur la corruption de la jeunesse (l'éducation) puis sur les « divinités
nouvelles ». Cela permet à Socrate de procéder à une réfutation, et à l'ironie socratique.

Dans un premier temps, Socrate répond donc à la question de l'éducation[28]. Il demande donc à
Mélétos quelle est la personne qui rend les gens meilleurs. Sa réponse est que ce sont les lois,
personnifiées par les juges. Socrate pousse le raisonnement de Mélétos, qui continue en avançant que
les membres de l'assemblée, puis tous les citoyens rendent les gens meilleurs, excepté Socrate, qui fait
remarquer à son interlocuteur l'absurdité de ce raisonnement. Ensuite, Socrate démontre à Mélétos
qu'il est idiot de corrompre quelqu'un de son entourage (les jeunes appréciant Socrate, ils font donc
partie de son entourage) car une personne corrompue, donc mauvaise, fera du mal à ses proches.
Socrate ne corrompt donc pas la jeunesse.
Dans un second temps, Socrate va répondre à l'accusation qui veut qu'il ne reconnaisse pas les dieux de
la cité, mais en introduise de nouveaux, et ainsi corrompe la jeunesse (c'est en tout cas l'interprétation
qui en est faite)[29]. Mélétos prétend que Socrate ne reconnaît « absolument aucun dieu », ce qui
l'amène déjà à contredire le chef d'accusation. Puis Socrate lui démontre qu'il reconnaît bien des dieux
en prenant le public pour témoin : il reconnaît qu'il existe des puissances démoniques, et par
conséquent qu'il existe des démons. Les démons étant des dieux, Mélétos est en totale contradiction
avec lui-même, ce qui amène Socrate à prendre cette accusation pour une plaisanterie et à la tourner en
ridicule.

Socrate a donc retourné les idées de Mélétos contre elles-mêmes et a démontré que l'accusation n'avait
pas lieu d'être[30].

III-

Digression : le mode de vie de Socrate

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Maintenant que Socrate a répondu aux accusations et a prouvé son innocence, il digresse et parle de ce
qu'on aurait pu lui reprocher, c'est-à-dire, dans un premier temps, que son mode de vie (à savoir
interroger les différents Athéniens pour leur montrer qu'ils ont tort) est un mauvais choix, car il se
mettrait en danger[31]. Socrate en tire une réponse concise et efficace : il commence par arguer que la
tâche divine qui lui a été conférée vaut plus que la vie, et que le menacer de la lui ôter ne le refroidira
pas car il continuera à la pratiquer. Puis il explique aux Athéniens que l'empêcher de réfuter les
Athéniens (il entend par là en le condamnant à mort), n'est une bonne chose pour personne, mais que
cela jouera surtout en défaveur des citoyens Athéniens, car il cherche à améliorer leur raisonnement.

IV

Digression : l'inactivité politique de Socrate

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Socrate va désormais répondre à une autre accusation qu'on pourrait lui faire : il aurait dû prendre part
à la vie politique athénienne[32]. Socrate a deux justifications à proposer aux juges : d'une part, la voix
divine qu'entend Socrate l'empêche de s'engager en paroles dans la politique, ce qui est selon le
philosophe une heureuse chose, car, d'autre part, Socrate est convaincu que, s'il devient un homme
public en politique, sa mort serait certainement plus rapide. Puis il prouve qu'il est en fait engagé
politiquement, non en paroles, mais en actes, et a deux exemples pour le prouver : Socrate a été le seul
a s'opposer à un jugement injuste[33], qui fut reconnu comme tel plus tard par les Athéniens, et plus
tard, sous le régime des Trente, il a refusé de se soumettre à un de leurs ordres, parce-qu'il jugeait
déraisonnable de s'y soumettre. Ces actes prouvent donc que Socrate agit pour le bien politique de la
cité, bien qu'il ne manifeste pas bruyamment ses idées. Ce dernier point permet à Socrate d'insister sur
le fait qu'il est discret et ne contraint personne à le côtoyer, donc de démontrer qu'il ne manipule ni ne
corrompt la jeunesse, mais que cette dernière apprécie simplement sa compagnie.

5-

Péroraison : Socrate ne va pas supplier les juges

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Socrate conclut son premier discours sur le fait qu'il ne va pas supplier les juges pour s'attirer leur pitié,
car cela le décrédibiliserait[34] : c'est selon lui une honte, et cela ruine la réputation de celui qui procède
à cette triche. Puis il avance que ce n'est en aucun cas conforme à la justice : influer sur le choix des
juges en les prenant par les sentiments, et non par la raison, n'est pas honnête. Les lois ayant un
caractère sacré, cela n'est pas non plus conforme à la piété.

Le premier discours de Socrate s'achève sur ces quelques phrases, dans lesquelles il s'adresse aux juges
(traduction de Luc Brisson) :

[...] Il est évident que si je cherchais à vous persuader et si, par mes prières, je vous faisais violer votre
serment, je vous enseignerais à croire que les dieux n'existent pas, et, en me défendant de la sorte, je
me dénoncerais moi-même comme quelqu'un qui ne reconnaît pas les dieux. Mais il s'en faut de
beaucoup qu'il en soit ainsi. Oui, Athéniens, je reconnais les dieux plus fermement qu'aucun de mes
accusateurs, et je m'en remets à vous et au dieu du soin de porter un jugement sur ce qui vaudra mieux
pour moi comme pour vous.

6-

Second discours : sur l'établissement d'une peine

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Les juges ayant reconnu Socrate coupable[35], il reste donc à déterminer quelle sera la peine que
Socrate subira[36]. La condamnation à mort est la peine proposée par ses accusateurs (Mélétos, Anytos
et Lycon), mais Socrate peut proposer, dans un second discours, une peine de substitution, bien
entendue plus légère.

Sa première proposition est plus que surprenante[37] : Socrate réfléchit, et prend en considération son
mode de vie. Il est un bienfaiteur de la cité, et il est loin d'être riche, il propose donc d'être nourri aux
frais de la cité dans le Prytanée, un établissement réservé aux plus grands soldats et aux hommes
considérés comme les plus honorables. Cette proposition est considérée par les juges comme une
provocation, et par conséquent Socrate se voit contraint de proposer une autre peine (même s'il pense
n'en mériter aucune) : une amende[38]. Cependant, étant démuni, il ne peut payer une forte amende, il
propose donc de payer une mine à la cité, ce qui est une somme dérisoire. Sa proposition se voit
augmentée à trente mines, à la suite de la promesse de certains de ses amis de la payer.

Il s'agit là de la fin officielle du procès.

7-

Conversation informelle : aux juges qui ont voté pour une condamnation à mort

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Le procès ayant touché à sa fin, Socrate va désormais s'adresser aux juges (dans un premier temps ceux
qui ont voté pour le condamner à mort, puis dans un second temps pour ceux qui ont voté pour
l'acquitter) en privé[39]. Il commence par reprocher aux juges qui ont voté pour une condamnation à
mort d'avoir ainsi négligé leurs responsabilités et ruiné la réputation de la cité. Puis il montre aux juges
ce qu'il estime être la vérité : s'il a perdu le procès, ce n'est non pas la faute des actes qu'il a commis,
mais bien la faute des juges qui ont voté pour le condamner, car ils n'ont pas su porter un jugement
juste, étant donné que le discours donné par Socrate n'incitait pas à la pitié[40]. Enfin, il prédit aux juges
que l'objectif qu'ils poursuivaient (à savoir celui de freiner l'activité de Socrate et de ne pas avoir à
s'interroger sur sa vertu) ne sera pas rempli, et bien au contraire : des jeunes vont prendre la relève de
Socrate, et l'activité qui était la sienne, qui deviendra la philosophie, va s'amplifier.

8-

Conversation informelle : aux juges qui ont voté pour l'acquittement

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L'Apologie se conclut sur un entretien entre Socrate et les juges qui ont voté pour son acquittement[41].
Dans un premier temps, il leur fait remarquer que, de manière très surprenante à ses yeux, la voix divine
qu'il entendait ne l'a pas averti avant son procès, ne l'a pas retenu d'y aller : il en tire la conclusion que
ce procès devait arriver, et avec lui, sa mort[42]. Puis il va chercher à définir cette dernière, et se pose la
question du fait que la mort soit un mal ou non. Socrate trouve deux définitions à la mort : dans le
premier cas, le mort se rend au ciel, donc aux enfers, ce qui ne peut être qu'un bien pour Socrate qui ne
rêve que de s'entretenir avec les plus grandes personnalités helléniques pour les soumettre au même
interrogatoire qu'aux vivants ; dans le second cas, le mort est plongé dans un sommeil profond et ne
ressent rien avant d'être réincarné, ce qui, de la même manière que dans le premier cas, ne peut être
que bonne chose, car le mort se repose et est libéré de tous ses soucis. Enfin, il demande aux
concitoyens auxquels il fait confiance - parmi lesquels figurent les juges ayant voté pour l'acquitter - de
prendre soin de ses fils, et de leur faire remarquer s'ils ne se préoccupent pas assez de leur vertu ou de
leur âme.
L'Apologie de Socrate aura marqué l'histoire de la philosophie et s'achève sur ces quelques mots (42a) :

Mais voici déjà l'heure de partir, moi pour mourir et vous pour vivre. De mon sort ou du vôtre lequel est
le meilleur ? La réponse reste incertaine pour tout le monde, sauf pour la divinité.

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