Nombres de Bernoulli : Origine et Propriétés
Nombres de Bernoulli : Origine et Propriétés
Lecture dirigée par Bernard Le Stum, Université de Rennes 1 - ENS Ker Lann
19 avril 2013
3 À quoi servent-ils ? 12
3.1 Liens avec la fonction ζ et conséquences . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12
3.2 Développements en série entière . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14
1
Introduction
n ( n + 1)
On raconte que Gauss (1777-1855), alors écolier, découvrit la formule 1 + 2 + ... + n = . La
2
formule de Gauss était bien sûr connue des Pythagoriciens, au Vème siècle avant Jésus-Christ. La somme
des carrés successifs était aussi connue pendant l’Antiquité.
Au XIème siècle, Al-Karagi, découvrit l’identité remarquable de la somme des cubes. Ces formules
furent popularisées plus tard par Jacques Bernoulli (1654-1705) qui en obtint le crédit, mais c’est de
Moivre qui donna le nom de Bernoulli à la suite de nombres que nous allons présenter.
On pense souvent que "Bernoulli " ne désigne qu’une personne. En fait, il s’agit d’une famille entière
de mathématiciens. Premier de la lignée de ces célèbres mathématiciens suisses, Jacques (Jakob) étudie
les probabilités et les séries numériques, ce qui le pousse à définir les fameux nombres de Bernoulli dé-
crits plus tard.
2
1 D’où viennent-ils ?
1.1 Construction
n ( n − 1)
On connaît, par exemple : S1 (n) = 01 + 11 + . . . + (n − 1)1 =
2
n ( n − 1)(2n − 1)
S2 (n) = 02 + 12 + . . . + (n − 1)2 =
6
n(n − 1)(2n − 1)(3n − 1)
On pressent alors que S3 (n) = . . . Mais il n’en est rien !
4!
On peut calculer S3 ainsi (méthode similaire pour S p avec p ≥ 3 : utiliser le binôme de Newton) :
( n − 1)4 − ( n − 2)4 = 4( n − 1)3 −6( n − 1)2 +4( n − 1) −1
4 4 3 2
( n − 2) − ( n − 3) = 4( n − 2) −6( n − 2) +4( n − 2) −1
.. n2 ( n − 1)2
. Donc S3 (n) = .
4 4
4
1 − 0 = 1
(n − 1)4 = 4S3 (n) −6S2 (n) +4S1 (n) −(n − 1)
Regardons le problème sous un autre angle :
2S1 (n) = 1n2 − 1n
3 2 1
3S2 (n) = 1n3 − n + n
2 2
4S3 (n) = 1n4 − 2n3 + 1n2 + 0n Remarquons la régularité de
5 4 5 3 1 ce tableau, ne serait-ce que
5S4 (n) = 1n5 − n + n + 0n2 − n dans les signes des coeffi-
2 3 6
5 1 cients.
6S5 (n) = 1n6 − 3n5 + n4 + 0n3 − n2 + 0n
2 2
7 7 6 7 5 4 7 3 1
7S6 (n) = 1n − n + n + 0n − n + 0n2 + n
2 2 6 6
Mettons maintenant ce tableau en comparaison avec le triangle de Pascal :
1
−1
1 1 La colonne verte diffère d’un facteur × , la colonne orange
2
1 2 1 1 −1
1 3 3 1 diffère d’un facteur × , la colonne rose d’un facteur × .
6 30
1 4 6 4 1
−1 1 −1
1 5 10 10 5 1 En fait, ce sont ces nombres 1, , , 0, , 0, . . . qu’on
2 6 30
1 6 15 20 15 6 1
appelle "nombres de Bernoulli ".
1 7 21 35 35 21 7 1
3
Démonstration 1 On va raisonner par récurrence.
p p −1
!
(−1) p
1 p+1 p+1
p + 1 k∑
p +1− k
p+ ∑ k +1
Notons Qn,p la propriété : S p (n) = Bk n et B p = (−1) Bk
=0
k p+1 k =1
k
(résultat qui tombera tout seul dans l’hérédité).
1
2
On a bien : ∑ B 12−k = 1 × B0 + 2 × B1 = 0 = S1 (1). Donc (Q1,1 ) est bien vraie.
k =0
k k
Soit (n, p) ∈ (N∗ )2 ; supposons : ∀ j ≤ n, ∀k ≤ q, Q j,k , pour démontrer Qn+1,p et Qn,p+1 .
p p " p−k #
p+1−k j
p+1 p+1
∑ k Bk (n + 1) p +1− k
−n p +1− k
= ∑
k
Bk ∑
j
n
k =0 k =0 j =0
p p−k
p+1−k j
p+1
= ∑∑ k
Bk
j
n
k =0 j =0
p p− j
p+1−k j
p+1
= ∑∑ k
Bk
j
n
j =0 k =0
0 p −1 " p − j #
− −
p + 1 p + 1 k p + 1 p + 1 k
= np ∑ Bk + ∑ nj ∑ Bk
k =0
k p j =0 k =0
k j
p −1 p− j
" #
p+1−k
p+1
= ( p + 1) n + ∑ n ∑
p j
Bk
j =0 k =0
k j
p− j p− j
p+1−k
p+1 ( p + 1) ! 1
Or ∑ k
Bk
j
=
j! ∑ B
k!( p + 1 − k − j)! k
k =0 k =0
p− j
p+1−j
p+1
=
j ∑ k
Bk
k =0
p+1
= ( p + 1 − j)S p− j (1) (par hypothèse de récurrence)
j
=0
p p
1 p+1 1 p+1
p + 1 k∑ ∑ k Bk (n + 1) p+1−k , par les
p p p +1− k
Donc S p (n + 1) = n + S p (n) = n + Bk n =
=0
k p + 1 k =0
calculs qui précèdent.
Donc Qn+1,p est bien vraie. Démontrons désormais Qn,p+1 .
p −1
p+1
On a les égalités suivantes : (n − 1) p +1
− ( n − 2) p +1
= ∑ (−1)k (n − 1) p−k + (−1) p+1
k =0
k + 1
p −1
p+1
( n − 2 ) p +1 − ( n − 3 ) p +1 = ∑ (−1)k (n − 2) p−k + (−1) p+1
k =0
k + 1
..
.
En sommant, on obtient donc :
p
p+2
( n − 1) p +2
= ∑ (−1)k S p+1−k (n) + (−1) p+1 (n − 1)
k =0
k + 1
p
p+2
= ( p + 2 ) S p +1 ( n ) + ∑ (−1) p+1− j S j (n) + (−1) p+1 (n − 1)
j =1
j
4
p +2 p
p+2 p+2
( p + 2 ) S p +1 ( n ) = ∑ j
j p +2− j
(−1) n −∑
j
(−1) p+1− j S j (n) − (−1) p+1 (n − 1)
j =0 j =1
p
p+2
= n p +2 + ∑ (−1) j n p+2− j + ( p + 2)(−1) p+1 n + (−1) p+2
j =1
j
p
p+2
+∑ (−1) p+2− j S j (n) − (−1) p+1 n + (−1) p+1
j =1
j
p p
p+2 p+2
= n p +2
+ ( p + 1)(−1) n + ∑
p +1 j p +2− j
(−1) n +∑ (−1) p+2− j S j (n)
j =1
j j =1
j
p
p+2
= n p+2 + ( p + 1)(−1) p+1 n + ∑ (−1) j n p+2− j
j =1
j
p j
1 p+2 p +2− j j + 1
+∑ ∑ j+1 j (− 1 ) Bk n j+1−k (Posons i = j − k)
j =1 k =0
k
p
p+2
=n p +2
+ ( p + 1)(−1) n + ∑
p +1
(−1) j n p+2− j
j =1
j
p j
1 p+2 p +2− j j + 1
+∑∑ (−1) B j − i n i +1
j =1 i =0
j + 1 j j − i
p
p+2
=n p +2
+ ( p + 1)(−1) n + ∑
p +1
(−1) j n p+2− j
j =1
j
p j
( p + 2) !
+∑ ∑ ( p + 2 − j)!( j − i)!(i + 1)! (−1) p+2− j Bj−i ni+1
j =1 i =0
p p
!
p+2 ( p + 2) !
=n p +2
+ ( p + 1)(−1) p +1
n+ ∑ j
(−1) j n p+2− j + ∑ ( p + 2 − j)!j! (−1) p+2− j Bj n
j =1 j =1
p p
( p + 2) !
+∑∑ (−1) p+2− j Bj−i ni+1 (Posons k = p + 1 − i)
i =1 j = i
( p + 2 − j ) ! ( j − i ) ! ( i + 1 ) !
p
!
p
p+2 p+2
=n p +2
+ (−1) p +1
p+1+ ∑ (−1) Bj n + ∑
j +1
(−1) j n p+2− j
j =1
j j =1
j
p p
( p + 2) ! 1
+ ∑( p + 2 − k ) !
n p +2− k ∑
( p + 2 − j ) ! ( j + k − p)!
(−1) p+2− j Bk+ j− p−1
k =1 j = p +1− k
p
!
p
p+2 p+2
=n p +2
+ (−1) p +1
p+1+ ∑ (−1) Bj n + ∑
j +1
(−1) j n p+2− j
j =1
j j =1
j
p
p + 2 p +2− k k −1
1
+∑ n k! ∑ (−1) j+1−l Bl (En posant l = j − p − 1 + k)
k =1
k l =0
( k − l + 1 ) !l!
p
!
p
p + 2 p+2
=n p +2
+ (−1) p +1
p+1+ ∑ (−1) Bj n + ∑
j +1
(−1)k n p+2−k
j =1
j k =1
k
p k −1
p + 2 p +2− k 1 k
+∑ n (−1)k ∑ (−1)l +1 Bl
k =1
k l =0
k − l + 1 l
p !
p + 2
= n p+2 + (−1) p+1 p + 1 + ∑ (−1) j+1 Bj n
j =1
j
p
" #
k −1
p + 2 p +2− k 1 k
+∑ n (−1)k 1 + ∑ (−1)l +1 Bl
k =1
k l =0
k−l+1 l
5
k −1
1 k −1 k + 1
1 k
Or 1 + ∑ k−l+1 l
(−1)l +1 Bl = 1 +
k + 1 l∑ l
(−1)l +1 Bl
l =0 =0
k −1
1 k+1 1
k + 1 l∑
= 1+ (−1)l +1 Bl −
=1
l k + 1
" #
k −1
1 k+1
= k+ ∑ (−1)l +1 Bl
k+1 l =1
l
= (−1)k Bk , par hypothèse de récurrence.
p +1
1 p+2
p + 2 k∑
Donc, finalement, S p+1 (n) = Bk n p+2−k , en prenant, par construction,
=0
k
p
!
(−1) p+1
p+2
B p +1 =
p+2
p+1+ ∑ k
k +1
(−1) Bk .
k =1
Donc Qn,p+1 est bien vraie. La récurrence a réussi.
6
2 Comment les étudie-t-on et quelles sont leurs propriétés ?
2.1 Premières propriétés des nombres de Bernoulli
p −1
!
(−1) p
p+1
∀ p ≥ 1, B p =
p+1
p+ ∑ k
k +1
(−1) Bk .
k =1
Démonstration 2
La première propriété est donnée par le fait que S p (1) = 0 pour p ≥ 1.
La seconde propriété découle de la démonstration précédente.
Proposition 3
À partir de B3 , tous les nombres de Bernoulli de rang impair sont nuls.
7
En premier lieu, ils sont tous pairs sauf le premier, et ils sont tous divisibles par 3, sauf les deux premiers.
On remarque ensuite que les dénominateurs de B4 , B8 , B12 ... sont tous divisibles par 5, et que ceux de
B6 , B12 , B18 ... sont divisibles par 7.
On pourrait conjecturer qu’un nombre premier q divise les dénominateurs de tous nombres de Bernoulli
Bq−1 , B2(q−1) , B3(q−1) ... et seulement ceux-là.
De plus que q2 ne divise aucun de ces dénominateurs.
Cela donne une règle pour calculer le dénominateur de B2p . On commence par faire la liste des diviseurs
de 2p augmentés d’une unité ; on élimine ensuite de cette liste tous les nombres qui ne sont pas premiers ;
le dénominateur de B2p est alors le produit des éléments restants.
Par exemple, les diviseurs de 10 augmentés d’une unité sont : 2, 3, 6 et 11. Les nombres premiers de cette
liste sont : 2, 3 et 11. Le dénominateur de B10 est donc 2 · 3 · 11.
1
Un résultat encore plus précis a été obtenu par Von Staudt et Clausen en 1840 : la somme B p + ∑ q
q premier,
q −1| p
est un nombre entier. Nous allons le démontrer en quelques étapes.
Proposition 4
Soit p ≥ 2 et q un nombre premier. On a les congruences suivantes :
Démonstration 4
q −1
Par définition, S p (q) = ∑ kp.
k =0
Cas 1 : (q − 1) - p
Soit g une racine primitive modulo q (ie un générateur de Z/qZ∗ ).
Alors : gq−1 ≡ 1 [q] et g p 6≡ 1 [q].
q −1 q −1 q −2
1 − g ( q −1) p
On a donc : S p (q) = ∑ kp = ∑ kp ≡ ∑ g pr ≡ 1 − gp
≡ 0 [ q ].
k =0 k =1 r =0
Cas 2 : (q − 1)| p
Pour 1 ≤ k ≤ q − 1, on a, grâce au petit théorème de Fermat : k p ≡ 1 [q].
q −1
Et donc S p (q) ≡ ∑ 1 ≡ q − 1 ≡ −1 [ q ].
k =1
8
Proposition 5
Soit p ≥ 2 et q un nombre premier.
Si (q − 1) - p, alors B p est q-entier (et qB p est également q-entier).
Si (q − 1) | p, alors qB p est q-entier et qB p ≡ −1 [q].
Démonstration 6 On va montrer que cette quantité est q0 -entière pour tout q0 premier.
Si (q0 − 1) - p, B p est q0 -entier (d’après la proposition précédente), et tous les termes de la somme sont également
q0 -entiers.
Si (q0 − 1) | p, à part q10 , tous les termes de la somme sont q0 -entiers. Or, on a aussi q0 B p ≡ −1 [q0 ], ie B p = −q01 + m
w
0
m 0
où w n’est pas divisible par q donc q -entier .
w
9
Ainsi, les termes en 1
q0 s’annulent et notre quantité se résume à m
w qui est q0 -entière.
Bp + ∑ 1
q est donc q0 -entière pour tout q0 premier.
q premier,
q −1| p
Son dénominateur ne contient donc aucun nombre premier, il vaut 1 et notre quantité est entière.
Démonstration 7
Soit x ∈] − R, R[. On!a :
+∞ +∞ +∞ +∞ m +∞ m
! !
x k +1 x m +1
Bn n Bn n Bk 1 m+1
(e − 1) ∑
x
x = ∑ ∑ n! x = ∑ ∑ k! (m + 1 − k)! x m +1
= ∑ ∑ Bk .
n =0
n! k =0
( k + 1) ! n =0 m =0 k =0 m =0 k =0
k ( m + 1) !
m 0
m+1 1
Regardons ∑ Bk : pour m = 0, ∑ k Bk = B0 = 1
k =0
k k =0
m
m+1
pour m 6= 0, ∑ Bk = 0.
k =0
k
+∞ +∞
!
Bn n x Bn n
x
Donc (e − 1) ∑ n!
x = x + 0 = x. Donc sur ] − R, R[, g( x ) =
ex
= ∑
− 1 n=0 n!
x .
n =0
Démonstration 8
Par récurrence, l’initialisation étant triviale, montrons que An existe et est unique, en supposant la suite construite
jusqu’à An−1 . Z x
An ayant pour dérivée le polynôme nAn−1 , on a : An ( x ) = n An−1 (t) dt + Cn , où Cn est une constante.
Z 1 Z 1Z t 0 Z 1Z t
Il reste à satisfaire la condition An (t) dt = 0 ⇔ n An−1 (s) ds dt + Cn = 0 ⇔ Cn = −n An−1 (s) ds dt.
0 0 0 0 0
Cette constante étant parfaitement déterminée, le polynôme An ainsi construit est unique.
1
A0 = 1 A4 = X4 − 2X3 + X2 −
30
1 5 5 1
A1 = X− A5 = X5 − X4 + X3 − X
2 2 3 6
1 5 1 1
A2 = X2 − X + A6 = X6 − 3X5 + X4 + X2 +
6 2 2 42
3 1 7 7 7 1
A3 = X3 − X2 + X A7 = X7 − X6 + X5 − X3 + X
2 2 2 2 6 6
10
Proposition 9
∀n ≥ 2, An (1) = An (0)
Démonstration 9 Z
1 Z 1
A n (1) − A n (0) = A0n (t) dt = n An−1 (t) dt = 0
0 0
Proposition 10
∀n ∈ N, An (X) = (−1)n An (1 − X)
Démonstration 10
On note Qn = (−1)n An (1 − X).
On peut montrer que ( Qn )n∈N vérifie les trois propriétés qui entrent dans la définition des polynômes de Bernoulli.
Comme ils sont uniques, on en déduit : Qn = An .
Proposition 11
∀ p ∈ N∗ , A2p+1 (0) = A2p+1 (1) = 0
Démonstration 11
D’après les deux propositions qui précèdent, on a, pour p ≥ 1 :
A2p+1 (1) = A2p+1 (0) et A2p+1 (1) = (−1)2p+1 A2p+1 (0) = − A2p+1 (0).
On en déduit : A2p+1 (1) = A2p+1 (0) = 0.
11
3 À quoi servent-ils ?
3.1 Liens avec la fonction ζ et conséquences
Définition 4 La fonction ζ
+∞
1
On définit ζ telle que pour tout s ∈ C de partie réelle strictement supérieure à 1 : ζ (s) =
ns
. ∑
n =1
Cette fonction peut-être prolongée analytiquement à C\{1} (mais on ne traitera pas ici de la façon dont
on la prolonge).
Démonstration 13 x
On définit la suite f q q≥1 par : ∀ x ∈ [0, 2π [, f q ( x ) = A2q , f q étant 2π-périodique.
2π
f q coïncide avec un polynôme sur [0, 2π [ donc y est continue.
Et lim f q ( x ) = A2q (1) = A2q (0) = f q (0) = f q (2π ) donc f q est continue en 2π.
x →2π −
Par 2π-périodicité, f q est continue sur R. Par construction, elle est également de classe C 1 par morceaux.
La série de Fourier de f q converge donc uniformément vers f q .
Aussi, soit x ∈ R ; ∃k ∈ Z, ∃y ∈[0, 2π [, y = x + 2kπ. y
y 2q
Ainsi f q ( x ) = f q (y) = A2q = (−1) A2q 1 − = f q (2π − y) = f q (− x ) donc f q est paire.
2π 2π
a0,q +∞
On a donc : ∀q ≥ 1, ∀ x ∈ R, f q ( x ) = + ∑ ak,q cos(kx ).
2 k =1
1 2π
Z Z 1
Si k = 0, a0,q = f q (t) dt = 2 P2q (u) du = 0.
π 0 0 Z 2
2 2 π t 2 π t t 1
Z π Z
Si q = 1 et k 6= 0 : ak,1 = f 1 (t) cos(kt) dt = A2 cos(kt) dt = − + cos(kt) dt
π 0 π 0 2π π 0 4π 2 2π 6
( π Z π )
t2
2 t 1 sin(kt) t 1 sin(kt)
= − + − − dt
π 4π 2 2π 6 k 0 0 2π 2 2π k
−1 π t −1 − cos(kt) π −1
Z
t
Z π
= 2 − 1 sin(kt) dt = 2 −1 − cos(kt) dt
π k 0 π π k π k 0 0 πk
−1 −1 sin(kt) π
1 1 1 1
Z π
= 2 + cos(kt) dt = 2 2 − 3 2 = 2 2
π k k πk 0 π k π k k 0 π k
12
1 2π 1
Z Z
Si q 6= 1 et k 6= 0 : ak,q = f 2q (t) cos(kt) dt = 2 A2q (u) cos(2πku) du
π 0 0
( )
sin(2πku) 1
Z 1
sin(2πku)
=2 A2q (u) − 2qA2q−1 (u) du
2πk 0 0 2πk
Z 1
2q
= −2 A2q−1 (u) sin(2πku) du
2πk
(0 1 Z 1
)
2q − cos(2πku) − cos(2πku)
= −2 A2q−1 (u) − (2q − 1) A2q−2 (u) du
2πk 2πk 0 0 2πk
(2q)(2q − 1) 1
Z
= −2 A2q−2 (u) cos(2πku) du car A2q−1 (1) = A2q−1 (0)
(2πk)2 0
(2q)(2q − 1) (2q) × (2q − 1) × . . . × 4 × 3
=− ak,q−1 = (. . .) = (−1)q−1 ak,1
(2πk) 2 (2πk)2q−2
(2q)!
= (−1)q−1 2
(2πk)2q
+∞
(2q)!
Donc f q ( x ) = ∑ (−1)q−1 2 cos(kx ).
k =1 (2πk)2q
(−1)q−1 2 (2q)! +∞ 1 (−1)q−1 2 (2q)! (2π )2q
En particulier, f q (0) =
(2π ) 2q ∑ 2q
donc B2q =
(2π ) 2q
ζ (2q), d’où ζ (2q) =
(−1)q−1 2 (2q)!
B2q .
k =1 k
Démonstration 14
(−1)q−1 2 (2q)!
On a vu la formule B2q = ζ (2q) dans la démonstration précédente, et pour s > 1, ζ (s) est clairement
(2π )2q
positif.
Démonstration 15
+∞
1
On a : ∑ x est une série normalement (donc uniformément) convergente sur [2, +∞[.
n =1
n
1
Comme lim x = 0 pour n ≥ 2 (et 1 pour n = 1), on a : lim ζ ( x ) = 1.
x →+∞ n x →+∞
Donc, par la formule précédente et par Stirling :
2q
2 (2q)! 2 (2q)! 2 p 2q √ q 2q
B2q = 2q
ζ ( 2q ) ∼ 2q
∼ 2q
4πq = 4 πq
(2π ) (2π ) (2π ) e πe
Démonstration 16
+∞
Bn n x +∞ B2q 2q
Comme les termes de rang impair (excepté B1 ) sont tous nuls, on a : ∑ n!
x = 1− + ∑
2 q=1 (2q)!
x .
n =0
13
On applique d’Alembert à cette dernière série (en prenant x 6= 0) :
q+1 2q+2
B2q+2 2q+2 p s
(2q+2)!
x (2q)! B2q+2 2 1 4 π ( q + 1 ) πe 1 q + 1 (q + 1)2q+2 (πe)2q 2
2
= x ∼ √ x ∼ x
B2q 2q (2q + 2)! B2q (2q + 1)(2q + 2) q 2q 4q2 q q2q (πe)2q+2
x
(2q)!
4 πq πe
2q q 2
1 ( q + 1)2 q + 1
x 2
1 1 1
∼ x2 ∼ 1+ x2 ∼ e2 2
x ∼ .
4q2 (πe)2 q 4π 2 e2 q 4π 2 e2 2π
Le rayon de convergence est alors clairement 2π.
+∞
x2n−1
tan( x ) = ∑ (24n − 22n )| B2n |
(2n)!
n =1
Démonstration 17
On a : xth( x ) = g(4x ) − g(2x ) + x.
4 2
En effet, g(4x ) − g(2x ) + x = x ( − + 1).
e4x − 1 e2x − 1
1 1
Or : = 2x
e4x − 1 (e − 1)(e2x + 1)
On met au même dénominateur :
4 − 2e2x − 2 + e4x − 1 e4x − 2e2x + 1 (e2x − 1)2 e2x − 1
g(4x ) − g(2x ) + x = x = x = x = x = xth( x )
(e2x − 1)(e2x + 1) (e2x − 1)(e2x + 1) (e2x − 1)(e2x + 1) e2x + 1
Cette relation donne directement le développement de th.
A partir de ce développement, on pose x = iz et on a celui de tan.
Les deux rayons de convergence s’obtiennent de la même façon que dans le théorème 16.
Proposition 18
Les nombres de Bernoulli permettent d’obtenir d’autres développements en série . . .
Par exemple,
1 1 +∞ x2n−1
= + ∑ (22n − 2) B2n , pour 0 < | x | < π
sh x x n =1 (2n)!
1 1 +∞ x2n−1
= + ∑ (22n − 2)| B2n | , pour 0 < | x | < π
sin x x n =1 (2n)!
Démonstration 18
Comme précédemment, il s’agit de trouver une relation entre la fonction et la génératrice (on peut regarder la
x x
quantité : 2g( x ) − g(2x )), puis de déterminer le rayon de convergence de et .
sin x sh x
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Conclusion
Le titre de ce document attribuait aux nombres de Bernoulli l’adjectif "fascinants". Comme vous avez
pu le lire tout au long du dossier, ils apparaissent là où on ne les attend pas : le développement en série
entière d’une fonction rationnelle faisant intervenir l’exponentielle, une famille de polynômes (qui n’ont
a priori rien à voir !), la fonction ζ de Riemann. . .
Pourtant, ils sont apparus très tôt dans leur histoire (bien que non dénommés ainsi) de part leur
définition assez simple : ils interviennent, de manière assez étrange à première vue, dans une somme
parfaitement banale. Ils obéissent à des propriétés incroyables de régularité (nullité des termes impairs
de rang supérieur à 3, alternance du signe des termes de rang pair, dénominateurs aujourd’hui donnés
par une formule . . . ) Non seulement sont-ils fascinants, mais leurs utilités sont nombreuses (ζ, dévelop-
pements en série . . . ) : il aurait été impossible d’être exhaustif à leur propos.
Encore aujourd’hui, certains problèmes autour des nombres de Bernoulli restent ouverts ; citons, en
guise d’exemple, la conjecture d’Agoh-Giuga (deuxième moitié du XXème siècle) :
Références
[1] André J OYAL, Les nombres de Bernoulli, 2003
[2] Gaëtan B ISSON, Autour des nombres et des polynomes de Bernoulli, 2003
[3] Gilles C OSTANTINI, Polynômes et Nombres de Bernoulli, Applications
[4] Z. I. B OREVITCH et I. R. C HAFAREVITCH, Théorie des nombres, 1967
[5] Filipe C ARDOSO, Magali H UBLET, Élise P ETIT et Francisco S OARES, À la découverte des nombres de
Bernoulli, 2009
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