Corrosion des alliages d'aluminium : analyse et prévention
Corrosion des alliages d'aluminium : analyse et prévention
SYNTHÈSE BIBLIOGRAPHIQUE
Si les microstructures de ces alliages ont été étudiées, une faible attention a été
apportée dans la littérature à l’état chimique de surface sur ces alliages. Cette attention
sera portée dans la suite de ce mémoire (cf. Chapitre 3).
12
1.2. CORROSION DE L’ALUMINIUM ET DE SES ALLIAGES
surface du métal. Cet oxyde, très fin (d’une épaisseur de l’ordre de 2 à 4 nanomètres)
joue un rôle très important dans l’inhibition de la corrosion car il constitue la première
barrière entre le matériau et l’environnement extérieur [21].
Ceci est illustré par le diagramme de Pourbaix de l’aluminium [22]. Dans la gamme
de pH allant de 4 à 9, comme dans la plupart des conditions naturelles, l’aluminium est
passivé par sa couche d’oxyde naturelle qu’il forme à sa surface. Cette couche est plus
ou moins hydratée suivant les conditions et son épaisseur [23].
Figure 1.5 – Diagramme de Pourbaix (adapté) de l’aluminium dans l’eau à 25°C [22].
En pointillés : domaine de stabilité de l’eau.
Pour des pH acides (pH<4), l’aluminium dans l’eau va s’oxyder et former l’espèce
ionique Al3+ . Pour des pH basiques (pH>9), l’aluminium au contact de l’eau s’oxyde
pour former l’ion aluminate Al(OH)− −
4 ou AlO2 .
13
CHAPITRE 1. SYNTHÈSE BIBLIOGRAPHIQUE
Il existe cependant d’autres types de corrosion pour les alliages d’aluminium [3, 24],
comme la corrosion caverneuse ou bien encore la corrosion filiforme sous un film de
peinture, qui ne seront pas traitées en détail dans ce rapport.
C’est une des formes de corrosion les plus fréquentes sur les alliages d’aluminium,
en particulier pour la série 2000. La corrosion par piqûres est une corrosion localisée qui
se traduit par la formation, à la surface du métal, de cavités aux formes irrégulières. Le
diamètre et la profondeur de ces cavités (les piqûres ou pits en anglais) varient suivant
plusieurs paramètres propres au métal, au milieu et aux conditions de service. Elle se
produit quand l’aluminium est mis en contact avec une solution aqueuse contenant des
ions halogénures, le plus fréquemment des ions chlorures.
La Figure 1.6 permet de résumer le mécanisme de formation des piqûres : les ions
chlorures migrent vers la surface et déstabilisent le film d’oxyde natif. L’aluminium
sous-jacent se dissout alors pour former des ions Al3+ , qui s’hydrolysent au contact de
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1.2. CORROSION DE L’ALUMINIUM ET DE SES ALLIAGES
Al3 Fe -539
15
CHAPITRE 1. SYNTHÈSE BIBLIOGRAPHIQUE
S (Al2 CuMg), ce sont l’aluminium et le magnésium qui vont être oxydés et dissous,
d’où le phénomène de de-alloying très connu dans la littérature.
Beaucoup d’études ont été faites sur la piqûration des alliages d’aluminium [13, 28–32]
et principalement sur l’alliage 2024. Parmi elles, une étude récente de Hughes et al.
[33–35] s’intéresse très précisément à l’initiation des piqûres sur l’alliage 2024-T3 dans
un milieu NaCl 0,1M. Dans un premier temps, la phase S subit le phénomène de
de-alloying puis cette phase et d’autres (Al7 Cu2 Fe, Al6 (Cu,Fe,Mn)) se corrodent de
façon circonférentielle (trenching) comme le montre leur figure (Figure 1.7). Enfin, la
propagation des piqûres est, pour ces auteurs, très dépendante des agrégats de particules
intermétalliques.
La corrosion intergranulaire est une corrosion localisée au niveau des joints de grain.
En effet, dans les alliages de la série 2000, des particules intermétalliques contenant
Al-Cu-Mg précipitent majoritairement au niveau des joints de grains, formant une zone
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1.2. CORROSION DE L’ALUMINIUM ET DE SES ALLIAGES
juste autour appauvrie en cuivre, ou potential free zone (PFZ) [36]. Cette zone est
nettement plus anodique que la particule elle-même et va donc être préférentiellement
dissoute. Les particules intermétalliques s’enrichissent en cuivre et deviennent encore
plus noble par rapport à la PFZ, ce qui va engendrer l’attaque de la matrice environnante.
Enfin, la corrosion intergranulaire continuera tant qu’il y aura un chemin anodique
préférentiel, comme illustré par la Figure 1.8.
Beaucoup de stratégies ont été mises en oeuvre afin de prévenir la corrosion des
alliages d’aluminium, et en particulier les corrosions localisées principales telle que la
corrosion par piqûres et la corrosion intergranulaire. Les plus connues d’entre elles sont
l’anodisation et la conversion chimique.
17
CHAPITRE 1. SYNTHÈSE BIBLIOGRAPHIQUE
3. Le colmatage,
4. La mise en peinture.
18
1.3. LES TRAITEMENTS DE SURFACE SUR LES ALLIAGES D’ALUMINIUM
Les prétraitements de surface ont pour but de préparer la surface des alliages au dépôt
de la couche protectrice. Il existe différents types de traitements : les traitements à base
de solvants organiques, les traitements par voie électrochimique ou encore les traitements
par immersion de la pièce dans des bains aqueux. Les dégraissages organiques les plus
utilisés sont l’orthodichlorobenzène et le trichloroéthylène. Cependant, en raison de leur
toxicité et des difficultés liées à la récupération des effluents, ces solvants sont employés
seulement pour des applications très précises comme l’élimination des peintures lors de
l’entretien des avions [37]. Les procédés électrochimiques de décapage sont principalement
utilisés pour des applications de polissage ou brillantage. Ils permettent d’obtenir des
surfaces lisses et brillantes à l’aide d’électrolytes concentrés et visqueux [39] car la
vitesse de dissolution est plus élevée pour les aspérités du métal que pour les creux.
Cela provoque donc un effet de nivellement [38].
19
CHAPITRE 1. SYNTHÈSE BIBLIOGRAPHIQUE
Le dihydrogène ainsi formé peut aider au décrochage des souillures superficielles. Il est
en effet assez complexe de rincer les pièces traitées de cette manière, car la formation
d’oxydes métalliques issus des éléments d’alliage (smuts en anglais) se forment durant
cette étape, noircissant la pièce. Pour aider à leur enlèvement, une étape de “blanchiment”
(de-smutting en anglais) est utilisée et consiste en un décapage rapide dans une solution
acide, fréquemment de l’acide nitrique ou de l’acide sulfo-chromique. La surface obtenue
a alors une apparence métallique.
La vitesse de décapage de ces bains est importante sur l’aluminium. Cependant peu
d’études ont porté sur l’action du décapage alcalin sur les particules intermétalliques des
alliages de la série 2000. Rangel et al. [40] indiquent que l’on obtient un enrichissement
en cuivre à l’interface oxyde/métal attribuable à la dissolution sélective de la phase S
Al2 CuMg. Pires et al. [41] indiquent la formation de cavités plus ou moins profondes à
la suite de la dissolution des particules intermétalliques. Le blanchiment suivant a pour
objectif de rincer la surface et d’éliminer les contaminations de surface. Harvey et al.
[42] ont proposé un modèle en 3 étapes pour expliquer la cinétique de ce blanchiment
pour l’alliage 2024-T3 :
– L’attaque initiale commence avec une dissolution principale des oxydes restés
après le dégraissage alcalin : c’est-à-dire les oxydes de magnésium et les phases
contenant du silicium.
– Si l’acide est suffisamment décapant, l’oxyde restant après le dégraissage est
complètement enlevé et le décapage de l’alliage sous-jacent commence. C’est l’étape
intermédiaire où chaque élément doit atteindre l’équilibre entre accumulation à
20
1.3. LES TRAITEMENTS DE SURFACE SUR LES ALLIAGES D’ALUMINIUM
Cette gamme de prétraitement est celle utilisée pour la conversion chimique des
pièces dans l’industrie aéronautique.
Pour cette gamme de prétraitements, le dégraissage alcalin n’a pas pour objectif
l’attaque du subtrat, mais seulement son nettoyage. Ces dégraissants sont formulés
avec une base faible (silicates ou triéthanolamine par exemple) et des tensioactifs
qui permettent l’emprisonnement des contaminations organiques, par la formation de
micelles par exemple. Bien que le pH soit moins élevé (inférieur à 11), il en reste que
ce prétraitement peut engendrer une légère attaque si le pH se situe dans la gamme
10-11. Aucune étude à notre connaissance ne porte exclusivement sur l’action d’un tel
dégraissage sur la surface d’un alliage d’aluminium.
Après le nettoyage de la pièce, le décapage acide à chaud va donc avoir les mêmes
fonctions que le bain alcalin (suivi de l’étape de blanchiment) de la partie précédente,
c’est-à-dire la désoxydation de la surface (d’ailleurs l’autre appellation de ce type de
21
CHAPITRE 1. SYNTHÈSE BIBLIOGRAPHIQUE
bain est “désoxydant”) ainsi que de retirer les particules intermétalliques susceptibles à
la corrosion localisée, et ainsi avoir la surface la plus enrichie possible en aluminium. De
nombreuses solutions, commerciales ou testées en laboratoire, existent et contiennent
de l’acide nitrique, de l’acide sulfurique, de l’acide chromique, de l’acide phosphorique
ou bien une combinaison de ces acides [44].
Le décapage sulfo-chromique est certainement celui qui a été le plus employé jusqu’à
aujourd’hui [45]. Il permettait de coupler l’action dissolvante de l’acide sulfurique au
pouvoir oxydant de l’acide chromique. Cependant, pour les mêmes raisons de dangerosité
du chrome hexavalent que pour les couches de conversion (cf. 1.3.2), il est nécessaire
de trouver une alternative pour prétraiter les pièces d’aluminium. C’est ainsi que sont
apparus les décapants à base d’acide nitrique et de nitrate de fer en remplacement
de l’acide chromique, le fer 3+ permettant d’oxyder également l’aluminium grâce à la
réaction suivante [37] :
De plus, il a été montré que les nitrates permettent l’attaque préférentielle des particules
riches en cuivre et donc aident à l’enlèvement des particules intermétalliques des
alliages de la série 2000 [46]. Cependant, l’acide nitrique concentré seul engendre un
enrichissement en cuivre comparable à celui obtenu après un décapage alcalin [47], ce
qui a été confirmé par l’étude de Moffitt et al. [48] qui prouve que l’acide nitrique
peut être utilisé pour retirer des oxydes de cuivre à la surface de l’alliage mais pas
pour réduire l’enrichissement sous une couche d’oxyde établie. L’acide sulfurique a été
conservé et utilisé pour son action dissolvante.
Ainsi, les décapants sulfo-ferro-nitrique se sont positionnés commme des candidats
au remplacement du décapage sulfo-chromique. Néanmoins, très peu d’études ont été
menées sur l’action de ces décapants sur la surface des alliages. Toh et al. [49] ont
montré que ces décapants, dopés à l’acide fluorhydrique, étaient les plus efficaces pour
attaquer l’oxyde natif et atteignent une vitesse de décapage proche de celle du décapant
sulfo-chromique (environ 7 µm/h). Hughes et al. [50] ont étudié la cinétique et les
conséquences chimiques de ce type de décapage sur l’alliage 2024. Ils montrent ainsi que
22
1.3. LES TRAITEMENTS DE SURFACE SUR LES ALLIAGES D’ALUMINIUM
23
CHAPITRE 1. SYNTHÈSE BIBLIOGRAPHIQUE
Pour des raisons pratiques et de coût, les traitements de conversion usuels se font
par immersion de l’échantillon (de quelques secondes à quelques minutes) dans une
solution acide (0≤pH≤4) à température modérée (de la température ambiante à 60°C
environ). Cette solution acide est généralement composée :
– D’anions “activateurs”, tels que les halogénures (fluorures), qui permettent d’acti-
ver la réaction de conversion en attaquant le film d’oxyde d’aluminium naturel,
– De sels des éléments qui constitueront les couches de conversion : sels de chrome,
de zirconium ou de vanadium par exemple,
– D’un acide permettant l’activation du substrat métallique.
Les couches de conversion au chrome hexavalent ont été les couches utilisées pendant
plus de 50 ans dans l’industrie aéronautique. Elles seront détaillées dans la partie
suivante. Cependant, la dangerosité du Cr6+ a obligé chercheurs, formulateurs et
donneurs d’ordres à trouver une alternative à ce procédé. D’un point de vue académique,
cela peut se traduire par une recherche intensive sur, tout d’abord, le mode de protection
de ces couches, puis sur des systèmes différents tels que les couches au chrome trivalent
ou les couches de conversion au cérium. Cette recherche est illustrée par la Figure 1.9
qui présente le nombre de publications scientifiques répondant à la recherche sur Web
of Science© “conversion coating” en fonction des années. On peut voir que ce nombre
croît depuis les années 1995.
Dans la suite de cette partie, seules les couches au chrome hexavalent et celles au
chrome trivalent seront précisément détaillées. Il existe cependant de nombreux travaux
à l’échelle du laboratoire sur d’autres procédés de conversion chimique : des couches
de conversion contenant des terres rares (cérium [57–59], lanthane [60]) ou d’autres
inhibiteurs ayant la faculté d’exister sous différents degrés d’oxydation (vanadium
[52, 61, 62], manganèse [63–65], molybdène [66, 67]...) Enfin, de nouveaux systèmes
ont vu le jour pour tenter de mimer les effets bénéfiques de la couche de conversion au
chrome hexavalent, comme le dépôt par voie sol-gel avec ou sans dopage en inhibiteur
de corrosion [68–70].
24
1.3. LES TRAITEMENTS DE SURFACE SUR LES ALLIAGES D’ALUMINIUM
8 0
7 0
6 0
N o m b r e d e p u b lic a tio n s 5 0
4 0
3 0
2 0
1 0
0
1 9 9 0 1 9 9 5 2 0 0 0 2 0 0 5 2 0 1 0 2 0 1 5
A n n é e
25
CHAPITRE 1. SYNTHÈSE BIBLIOGRAPHIQUE
Le pH est en effet l’autre paramètre clé lors du dépôt de la couche et permet le dépôt des
oxy/hydroxydes de chrome trivalent [75]. En effet, les bains de chrome hexavalent ont
un pH très acide (pH≤1) qui va permettre l’attaque de l’oxyde d’aluminium natif, puis
l’oxydation de l’aluminium métallique sous-jacent. Cette oxydation va engendrer une
réaction de réduction du chrome VI en chrome III tout comme l’augmentation locale du
pH (par la réduction des protons) et permettre le dépôt du chrome trivalent. De plus,
pour des raisons encore mal comprises, une petite proportion de chrome hexavalent est
incorporée dans la couche de protection et va permettre la propriété d’auto-cicatrisation
de la couche.
Enfin, des ferrocyanates ont été rajoutés dans la formuation du bain car ils permettent
de jouer le rôle de catalyseur pour le dépôt de cette couche [76, 77] : ils accélèrent le
dépôt de chrome trivalent en servant d’intermédiaire de la réaction d’oxydo-réduction
comme illustré par la Figure 1.10 :
Figure 1.10 – Schéma de l’action des ferrocyanates pour la catalyse des dépôts des
couches au chrome hexavalent [77]
26
1.3. LES TRAITEMENTS DE SURFACE SUR LES ALLIAGES D’ALUMINIUM
27
CHAPITRE 1. SYNTHÈSE BIBLIOGRAPHIQUE
Cependant, la croissance des oxydes de Zr-Cr ne se fait pas par réduction de ces
éléments (comme dans le cas des CCC) mais seulement grâce à l’augmentation locale du
pH due aux réactions cathodiques de réduction de l’oxygène ou des protons. L.L. Li et al.
[83] ont mesuré le pH de la solution de conversion très près de la surface grâce à une micro-
pointe en tungstène, et ont pu déterminer que le pH augmentait localement d’environ
3 unités pour le bain d’AlodineT M 5900S. Le mécanisme de formation généralement
adopté débute de la même manière que pour les CCC. En effet, les ions fluorures et les
conditions acides permettent de dissoudre le film d’oxyde protecteur de l’aluminium, et
l’oxydation de l’aluminium métallique par la réaction classique :
La réduction associée est celle de l’oxygène dissous ou des protons (plus probable étant
donné le pH acide du bain de conversion) :
Ayant pour effet l’augmentation du pH, ce qui permet l’hydrolyse des zirconates et des
ions chromes trivalents, donc le dépôt d’oxydes de zirconium et d’oxydes de chrome
hydratés suivant les réactions [81] :
Ce mécanisme est confirmé par Chen et al. [84] avec une formulation similaire du bain
de conversion (fluoro-zirconates, sulfate de chrome(III) et fluorure de sodium). Ces
auteurs montrent que des durées d’immersion trop importantes (ici, supérieures à 5 min)
détériorent la qualité de la couche de conversion obtenue, et réduisent même légèrement
l’épaisseur de la couche. Une autre étude de Li et al. [85] valide le dépôt en « double
couche » du film TCP sur l’alliage 2024-T351, en étudiant, via des analyses de surfaces
28
1.3. LES TRAITEMENTS DE SURFACE SUR LES ALLIAGES D’ALUMINIUM
Figure 1.11 – Vue simplifiée de la couche TCP sur l’AA2024 (inspiré de [85])
Très récemment, Qi et al. ont mesuré les épaisseurs par microscopie MET des films
TCP obtenus sur l’aluminium pur [86] et sur l’alliage 2024 [87] avec le bain Surtec 650T M
de la société Surtec© . Ils ont déterminé une vitesse de dépôt d’environ 0,27 nm.s−1
durant les 300 premières secondes sur l’aluminium et seulement durant les 120 premières
secondes sur l’alliage 2024 (Figure 1.12). Ainsi, le dépôt se fait beaucoup plus lentement
par limitation de la diffusion des réactifs et de la diffusion électronique, causées par
l’augmentation de l’épaisseur de la couche interne. Au bout de 300 s de dépôt sur
l’alliage 2024, l’épaisseur du film est d’environ 50 nm, en bon accord avec les travaux
de Li et al. [85].
La Figure 1.12 permet de voir que la cinétique de dépôt est légèrement impactée par
les prétraitements utilisés sur l’alliage 2024. Cette partie est justement peu documentée
et sera étudiée dans le paragraphe suivant.
29
CHAPITRE 1. SYNTHÈSE BIBLIOGRAPHIQUE
30
1.3. LES TRAITEMENTS DE SURFACE SUR LES ALLIAGES D’ALUMINIUM
qui elle-même serait capable d’oxyder du chrome III en chrome VI. Ce mécanisme est
schématisé par la Figure 1.13.
Figure 1.13 – Schéma de la formation de chrome hexavalent dans les couches de chrome
trivalent [95]
Très récemment, le groupe de Thompson a étudié ces couches sur l’aluminium pur
[86] puis sur l’alliage 2024-T351 [87, 99] et a conclu à la présence de chrome hexavalent
à la surface des couches de conversion dès la fin de la conversion, par spectroscopie XPS
sur les deux matériaux. L’eau oxygénée se formerait donc aussi sur l’aluminium pur,
et n’aurait pas besoin de la présence de cuivre pour favoriser une réduction partielle.
Cependant, la superposition des pics correspondant au chrome hexavalent avec celui
correspondant au fluorure de chrome rend difficile l’interprétation précise de ces spectres.
En faisant l’hypothèse que le chrome hexavalent est uniformément réparti dans la couche
de conversion, ils estiment entre 0,1 et 1% la masse de CrV I par rapport au poids de
couche sur l’aluminium pur [86].
La présence -ou non- de chrome hexavalent est un point critique puisque c’est
précisément ce qui pose problème dans les couches de conversion utilisées aujourd’hui.
Cependant, ce chrome VI ne serait présent qu’en petite quantité au sein des couches,
respectant largement les contraintes légales, et surtout n’a pas été détecté au sein des
bains de traitement de conversion [86, 87]. Cette dernière condition est cruciale, car la
législation REACh interdit la présence de chrome hexavalent au sein de ces bains. Ce
chrome hexavalent dans les couches pourrait être un point sensible d’un point de vue
“politique” des donneurs d’ordres mais pas du point de vue technique ou réglementaire.
31
CHAPITRE 1. SYNTHÈSE BIBLIOGRAPHIQUE
32
1.3. LES TRAITEMENTS DE SURFACE SUR LES ALLIAGES D’ALUMINIUM
quels que soient les prétraitements employés, le résultat sur les propriétés anti-corrosion
de la couche de conversion ainsi que sur sa structure est le même [81], bien que le
bain de dégraissage alcalin riche en silicates engendre un enrichissement de la surface
en silicium. En d’autres termes, l’influence de ces prétraitements est minime sur les
propriétés de corrosion et le dépôt de la couche. Cela est probablement dû à la bonne
optimisation de ces prétraitements par ces auteurs.
33
CHAPITRE 1. SYNTHÈSE BIBLIOGRAPHIQUE
Relativement peu d’études portent sur la tenue à la corrosion des alliages d’aluminium
convertis avec des couches TCP. La plupart s’intéresse au degré de protection apporté
par ces couches sans étudier d’autres traitements ou la gamme de prétraitements utilisés,
sur l’alliage 2024-T3 [56, 81, 83, 85, 89, 99]. Une seule étude, très récente, porte, à notre
connaissance, sur la protection de l’aluminium pur par ces couches TCP [86]. Enfin,
quelques études ont porté sur d’autres alliages que le 2024, comme les alliages de la
série 6000 ou 7000 [97], ou sur des matériaux différents (zinc [91] ou encore acier [92]).
34
1.4. TENUE À LA CORROSION DES ALLIAGES D’ALUMINIUM CONVERTIS AU CHROME
TRIVALENT
Figure 1.15 – Résitances de polarisation des alliages 2024, 6061 et 7075 sans (bare) et
avec une couche de protection TCP Alodine 5900 obtenues dans un électrolyte 0,5M
Na2 SO4 (A) et 0,5M Na2 SO4 + 0,05M NaCl (B) [83]. Les astérisques montrent des
valeurs sûres à 95%.
55℃ ou 100℃ [90]. Ils attribuent cela à la formation d’une couche plus hydrophobe (par
déshydratation) et la formation d’une couche d’oxyde d’aluminium moins défectueuse
sur les régions non converties. Cependant l’effet d’un tel vieillissement sur l’adhésion
des couches organiques (primer et top-coat) n’est pas discuté [90].
De plus, Li et al. ont aussi montré qu’un temps de décapage trop important réduisait
les propriétés anti-corrosion de la couche de conversion TCP déposée sur l’alliage
2024 [98]. En effet, la résistance de polarisation est divisée par 5 entre un alliage non
décapé et converti et décapé 12 minutes puis converti. Cela confirme l’importance des
prétraitements sur le dépôt d’une couche TCP protectrice, et surtout le manque de
données précises sur ce sujet.
Enfin, très récemment, Qi et al. ont montré, par spectroscopie d’impédance électro-
chimique, que la protection d’un échantillon d’aluminium pur électropoli par la couche
de conversion TCP Surtec 650 était très faible (Figure 1.16) et, surtout, seulement pour
les courts temps de conversion (60 secondes). Après ce temps, des craquelures peuvent
apparaître dans la couche de conversion.
35
CHAPITRE 1. SYNTHÈSE BIBLIOGRAPHIQUE
36
1.5. CONCLUSIONS DE L’ÉTUDE BIBLIOGRAPHIQUE ET OBJECTIFS DE LA THÈSE
Beaucoup de travaux ont été effectués sur la microstructure des alliages d’aluminium
de la série 2000 ainsi que sur leur corrosion, fortement liée à cette microstructure. Les
couches de conversion ont été étudiées sur ces matériaux, dans le but de comprendre leur
mécanisme de dépôt et leur mécanisme de protection à la corrosion. Dans un premier
temps, une attention particulière a été portée sur les couches au chrome hexavalent
(CCC), puis, à cause de la dangerosité du Cr6+ et des contraintes réglementaires, les
études se sont portées sur des bains dépourvus de chrome hexavalent. Les couches de
conversion au chrome trivalent (TCP) ont un mécanisme de dépôt proche de celui
des CCC, mais pas identique. En effet, l’augmentation locale du pH est le véritable
moteur du dépôt des couches TCP contrairement à un dépôt contrôlé par réduction du
chrome VI en chrome III pour les couches CCC, même si cette réduction du chrome
est déclenchée par le même facteur que l’augmentation locale du pH : l’attaque et
l’oxydation de l’aluminium métallique. Néanmoins, les prétraitements classiques qui
permettaient l’obtention d’une couche CCC protectrice à la corrosion ont été conservés
pour la conversion TCP.
Très peu d’études portent sur les étapes de prétraitements avant la conversion,
toutes aussi impactées par la réglementation européenne interdisant l’utilisation de
bains contenant du chrome hexavalent pour Septembre 2017. Encore plus rares sont
celles qui concernent les prétraitements classiques utilisés aujourd’hui dans l’industrie
aéronautique, que sont les dégraissages alcalins doux suivis d’un décapage acide à chaud,
et leur influence sur la couche de conversion ayant les propriétés les plus prometteuses
pour remplacer les couches de CrV I : les couches de conversion au chrome trivalent ou
couches TCP.
37
CHAPITRE 1. SYNTHÈSE BIBLIOGRAPHIQUE
38