Le sonnet
Le sonnet est une forme fixe de poème apparue en France au XVIème siècle.
Un sonnet est composé de deux quatrains et de deux tercets, les vers sont en
alexandrins.
Le sonnet se termine généralement par une chute (= pointe).
Histoire littéraire :
D'origine italienne, le sonnet est un poème destiné à être chanté. Il est illustré au
XIVème siècle par Pétrarque. Il apparait en France au XVIème siècle avec
Clément Marot et se développe au XVIIème siècle grâce aux auteurs de la
Pléiade comme Joachim du Bellay.
1. La forme du sonnet
Le sonnet se compose de quatre strophes : deux quatrains et deux tercets liés par
la rime. Le poète doit alterner rimes féminines et rimes masculines et disposer
les rimes ainsi :
abba, abba, ccd, ede → sonnet français
abba, abba, ccd, eed → sonnet italien.
Dans le poème, le mètre est toujours identique.
L'alexandrin supplante assez vite le décasyllabe.
2. La construction
La forme fixe permet diverses constructions de sens.
Souvent, les deux quatrains forment une unité et les deux tercets (qui constituent
un sizain) une autre, le vers 9 portant l'articulation majeure du poème.
Le dernier vers constitue une pointe ou une chute qui résume l'impression
d'ensemble, met en valeur un détail formant contraste, ou crée un effet de
surprise.
Cette chute est mise en valeur par la rime dans le sonnet italien (deed), puisque
la rime d'appel ne trouve son écho qu'au vers final.
« Tout cela ne vaut pas, ô bouteille profonde,
Les baumes pénétrants que ta panse féconde
Garde au cœur altéré du poète pieux ;
Tu lui verses l'espoir, la jeunesse et la vie,
– Et l'orgueil, ce trésor de toute gueuserie,
Qui nous rend triomphants et semblables aux Dieux ! »
Charles Baudelaire, « Le vin du solitaire », Les Fleurs du mal, 1857 et 1861.
Le sonnet peut aussi présenter une construction en parallélisme lorsque le
premier quatrain est lié au premier tercet, et le deuxième quatrain au deuxième
tercet.
On parle de construction en chiasme lorsque la première strophe fait écho à la
dernière, et la deuxième à la troisième.
3. L'évolution du sonnet
Très prisé pour développer le thème de l’amour ou de la fuite du temps, la
faveur du sonnet se prolonge jusqu'au XVIIème siècle. Il disparait ensuite pour
s'affirmer de nouveau au XIXème siècle avec les poètes du Parnasse, mais aussi
avec Charles Baudelaire, Arthur Rimbaud, Stéphane Mallarmé et Paul Verlaine.
Ces derniers renouvellent la forme du sonnet en s'écartant des règles de Marot,
mais ce sont surtout les thèmes qui sont changés.
Au XXème siècle, le sonnet est utilisé par Robert Desnos et par Raymond
Queneau, lequel en fait un usage expérimental et parodique.
Dans la rue un pas retentit. La cloche n’a qu’un seul
battant. Où va-t-il le promeneur qui se rapproche
lentement et s’arrête par instant ? Le voici devant
la maison. J’entends son souffle derrière la porte.
Je vois le ciel à travers la vitre. Je vois le ciel où les
astres roulent sur l’arête des toits. C’est la grande
Ourse ou Bételgeuse, c’est Vénus au ventre blanc, c’est
Diane qui dégrafe sa tunique près d’une fontaine de lumière.
Jamais lunes ni soleils ne roulèrent si loin de la
terre, jamais l’air de nuit ne fut si opaque et si
lourd. Je pèse sur ma porte qui résiste…
Elle s’ouvre enfin, son battant claque contre le
mur. Et tandis que le pas s’éloigne je déchiffre
sur une affiche jaune les lettres noires du mot “Peste”.
;
Robert Desnos, « La Peste », Contrées, 1944.