0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
75 vues5 pages

Chapitre 1 Quest Ce Quenseigner

Transféré par

Mamadou
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
75 vues5 pages

Chapitre 1 Quest Ce Quenseigner

Transféré par

Mamadou
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

CHAPITRE

Qu’est-ce qu’enseigner ?
1
Quelle fonction remplit l’enseignement ? Qu’est-ce qu’il implique, à quelles
activités correspond-il ? L’objectif de ce premier chapitre est de faire prendre
conscience au lecteur de l’importance de ces questions et de leur apporter
quelques éléments de réponse.

1.1. À QUOI ÇA SERT ?


L’enseignement sert essentiellement à pallier les insuffisances de la capacité
d’adaptation des humains pour vivre de façon libre et responsable dans nos
sociétés, pour s’y épanouir et y exercer un métier.
Les apprentissages adaptatifs sont en effet très limités : ils ne permettent
d’apprendre que ce qui est directement utile et très ancien dans l’espèce
humaine (par exemple : savoir parler, savoir vivre dans un groupe, reconnaître
les visages). La plupart des sociétés fondées sur l’ouverture culturelle, la décou-
verte scientifique et l’innovation technologique sont donc obligées de créer des
écoles pour que leurs enfants n’apprennent pas uniquement ce qui leur est
utile quotidiennement et que savent déjà leurs parents, mais ce qui leur sera
utile pour devenir des citoyens, des professionnels, des savants. À leur tour,
ils généreront de nouvelles connaissances qui rendront encore plus nécessaire
l’école à la prochaine génération.
Enseigner consiste donc à mettre en œuvre des apprentissages qui, par
définition, ne sont pas adaptatifs. Apprendre à l’école implique la mise en œuvre
d’apprentissages coûteux, qui nécessitent des efforts, du travail, du temps, de la
motivation, alors que ces apprentissages n’ont pas souvent d’utilité immédiate
(ils peuvent donc être perçus comme peu motivants).
Comment concevoir un enseignement ?

Chaque société dotée d’une école, au cours de son histoire, définit les
connaissances qui vont contribuer à la formation du futur adulte, membre
de cette société. Quand une connaissance est ainsi reconnue comme utile
et devant être enseignée, elle prend le statut de savoir scolaire. La définition
des savoirs scolaires au sein d’une société est l’objet de tensions, d’oppo-
sitions, voire parfois de débats démocratiques publics. Pour alimenter ou
au contraire confisquer ces débats, chaque société produit des institutions
dont la fonction est de légitimer telle ou telle connaissance pour qu’elle soit
enseignée, pour lui donner le statut de savoir scolaire. Le principal débat
oppose généralement ceux qui fondent la légitimité du savoir sur l’histoire
de celui-ci (quitte à ne jamais évoluer), sur sa scientificité ou validité interne
(quitte à enseigner des connaissances tout à fait inutiles ou très difficiles
à apprendre) et ceux pour qui la légitimité correspond plus directement
à l’utilité pour le futur citoyen ou professionnel (quitte à changer d’avis
tous les ans).
L’enseignement existe donc pour que les enfants d’une société acquièrent
des connaissances reconnues comme légitimes par cette société et appelées
savoirs scolaires.
De façon très étrange, la plupart de nos sociétés savent reconnaître une
sportive de haut niveau, un bon joueur d’échecs, une avocate efficace, un
médecin en qui on peut avoir confiance… mais elles ne savent pas reconnaître
un bon enseignant, ni même une excellente enseignante (Ericsson, 2010).
Peut-être est-ce parce que les enseignants exercent une profession où leur
expertise est surtout visible sur les élèves : un bon enseignant n’est-il pas celui
qui réussit à faire progresser ses élèves dans le domaine des savoirs scolaires ?
Comment se fait-il que la qualité de leur travail soit manifestement peu visible
sur eux-mêmes, sur leur activité ? Nous allons tenter de répondre maintenant
à cette question.

1.2. EN QUOI ÇA CONSISTE ?


Tous les animaux, dont les humains, apprennent. Mais seuls les humains
enseignent. Enseigner implique d’imposer quatre contraintes : de temps, de
lieu, de savoir à apprendre et de manière d’apprendre. À l’école, les élèves ne
choisissent ni quand, ni où, ni quoi, ni comment ils apprennent. Le génie des
enseignants ne réside pas uniquement dans la mise en œuvre de ces quatre
contraintes, il consiste aussi à les faire accepter aux enfants et aux adolescents,
car ces contraintes permettent l’émancipation des individus, futurs citoyens
libres, responsables et critiques de leur société.
Le métier d’enseignant existant depuis plusieurs millénaires et dans des
régions très diverses du globe, il correspond à différentes réalités. Quand on
essaie d’identifier les conceptions actuelles des enseignants dans nos pays

— 14 —
Qu’est-ce qu’enseigner ?

franco­phones (disons occidentaux et riches), on peut les décrire par des méta-
phores (voir par exemple Bourdoncle, 1993 ; Altet, 2011) :
– Selon la première métaphore, l’enseignant serait un « artiste », un « magis-
ter ». Enseigner ne s’apprend pas explicitement. L’acte d’enseigner
reposerait sur des connaissances considérées comme des « allants de
soi », relevant de procédures et de notions implicites, voire innées. Il est
difficile, voire impossible, de former des enseignants.
– Selon la deuxième métaphore, l’enseignant serait un « artisan », un « tech-
nicien », un « bricoleur ». Enseigner s’acquerrait par « compagnonnage »,
par imitation et accumulation d’expériences, au contact d’enseignants
expérimentés. La compétence de l’enseignant reposerait essentiellement
sur des savoir-faire.
– La dernière métaphore est celle de l’« ingénieur », du « professionnel »,
pour laquelle enseigner relèverait de la mise en œuvre d’une planification
conçue rationnellement. Cette dernière prend appui sur un apprentissage
alternant théorie et pratique.
Ces métaphores montrent bien que, malgré le fait que des référentiels
définissent la profession dans de nombreux pays, on ne sait pas forcément très
bien en quoi consiste le métier d’enseignant (et on n’est pas tous d’accord sur la
nature de ce métier). Dans cet ouvrage, nous nous retrouvons plus franchement
dans la troisième métaphore que dans les deux premières. Mais nous voudrions
insister sur la nécessité d’appréhender le véritable enjeu de l’acte d’enseigner :
conduire les élèves à apprendre des connaissances scolaires.
Selon nous, enseigner consisterait à concevoir et à mettre en œuvre des
situations et des tâches au cours desquelles les élèves vont mettre en œuvre des
apprentissages qui leur permettront d’élaborer des connaissances scolaires.
Nous qualifions ces situations de situation d’enseignement-apprentissage.
Dans ce guide, nous aborderons donc les principaux aspects de la conception
de situations d’enseignement-apprentissage, à savoir :
– concevoir des situations et des tâches, pertinentes et à la portée des
élèves ;
– mettre en œuvre et réguler des situations et des tâches ;
– pour que les élèves mettent en œuvre des apprentissages ;
– pour que les élèves élaborent des connaissances scolaires ;
– donc évaluer si les élèves ont effectivement élaboré ces connaissances ;
– ce qui implique d’avoir préalablement analysé les savoirs scolaires
correspondants.

— 15 —
COMMENT CONCEVOiR UN ENSEiGNEMENT ?

SYNTHÈSE

ENSEIGNER POUR QUE LES ÉLÈVES APPRENNENT


Selon nous, concevoir un enseignement repose sur une activité d’ingénierie
qui prend en compte les connaissances sur les apprentissages et le retour
d’expérience. La conduite de cet enseignement correspond à la mise en
œuvre d’un plan d’action élaboré rationnellement et à une régulation de
la situation d’enseignement en fonction des imprévus et des perturbations.
Dit autrement, enseigner c’est planifier avec rigueur et réguler avec oppor-
tunisme (Crahay, 2000).
Figure 1 – Une représentation de l’activité d’enseignement
Apprendre

Apprentissage
de l’élève

Évaluer
ce que l’élève a appris

Enseigner

Retour d’expérience
Conception de Conduite de
l’action d’enseignement l’action d’enseignement

Évaluer
le dispositif d’enseignement
(mesurer l’écart entre
le prévu et le réalisé)

L’efficacité de l’acte d’enseigner s’appuie sur l’évaluation : de ce que l’élève


apprend et comment il apprend ; du dispositif d’enseignement, en mesurant
l’écart entre le prévu et le réalisé.

— 16 —
Qu’est-ce qu’enseigner ?

POUR ALLER PLUS LOIN

➡ Collectif Didactique pour Enseigner (2020). Enseigner, ça s’apprend.


Retz.
➡ Crahay, M. (2003). L’école peut-elle être juste et efficace ? De l’égalité
des chances à l’égalité des acquis. De Boeck.
➡ Dessus, P. (2008). Qu’est-ce que l’enseignement ? Quelques conditions
nécessaires et suffisantes de cette activité. Revue française de pédagogie,
164, 139‑158.
➡ Tricot, A., & Musial, M. (2020). Précis d’ingénierie pédagogique.
De Boeck Supérieur.
➡ Paquay, L., Altet, M., Charlier E., & Perrenoud P. (dir.), (2011). Former
des enseignants professionnels. Quelles stratégies ? Quelles compé­
tences De Boeck, 4e édition.

— 17 —

Vous aimerez peut-être aussi